Le coffre enchanté de Jean-François Chabas et David Sala

Couverture Le Coffre Enchanté

Remonté par un pêcheur des profondeurs de la mer, un gros coffre en métal luisant suscite l’avidité de l’Empereur cupide, toujours en quête d’un trésor supplémentaire. Seulement voila : rien ni personne ne parvient à l’ouvrir…

Casterman (05/10/2011) – 15,90€ – 24 pages

AVIS

J’ai tout de suite été attirée par ce très bel objet-livre avec son beau de travail de découpe et sa couverture enchanteresse…

Un jour, un pêcheur remonta un coffre de métal dans ses filets. Bien que cela ne se mange pas, il ne fut pas mécontent de sa découverte à un petit détail près : impossible de l’ouvrir ! Un problème dont il fut fort vite débarrassé quand le capitaine de la garde de l’Empereur décida que ce coffre constituerait un parfait présent pour l’Empereur….

Malheureusement pour lui, il ne réussit pas non plus à ouvrir cet énigmatique coffre, ce qui ne fut guère au goût de l’Empereur qui, après l’avoir châtié de dix coups de fouet, fit diligenter différentes personnes pour résoudre le problème. Mais ni le savoir-faire d’un serrurier, ni la magie et encore moins la force brute n’arrivèrent à venir à bout de la serrure récalcitrante. Et si la ruse était encore la meilleure manière de satisfaire un Empereur, aussi radin que peu commode, qui savoure bien plus l’idée de posséder un nouveau trésor que d’avoir entre les mains ledit trésor ?

Comme dans toutes les fables, il y a une morale, notamment sur le fait que croire posséder un objet est parfois aussi important que de réellement le posséder, et qu’il y a une certaine excitation à ne pas encore s’être approprié une chose qui nous est destinée. Mais pour ma part, j’aime à y voir d’autres messages forts et non dénués de pertinence. Les enfants apprennent ainsi que le vol n’apporte que des ennuis : si le capitaine de la garde ne s’était pas octroyé une chose qui ne lui appartenait pas, l’Empereur n’aurait pas eu à traverser toutes ces péripéties.

D’une certaine manière, on peut également considérer que cette fable met en garde contre l’amour excessif de l’or et l’envie maladive d’accumuler les richesses qui finissent par vous plonger dans des abîmes de solitude. Car, si le roi semble obsédé par cette idée d’ouvrir le coffre et d’en découvrir toutes les richesses, je ne peux m’empêcher d’y voir un moyen détourné de combler matériellement une vie vide de tout affect et de relations humaines enrichissantes.

Cette illustration avec l’Empereur tenant le coffre et le cajolant comme il le ferait avec un enfant me conforte dans cette impression. Il y a un tel décalage entre le visage serein, heureux et apaisé du personnage, et la réalité de la situation, que je n’ai pu m’empêcher de ressentir une certaine tristesse pour cet être pourtant méprisable…

Le Coffre Enchanté Illustration

J’ai, en outre, beaucoup apprécié l’intervention d’un animal qui illustre à merveille une expression. Il nous prouve également qu’il faut parfois faire montre de malice et d’une certaine intelligence des situations pour venir à bout des esprits les plus retors et se sortir de situations délicates. La force brute est rarement une solution… À cet égard, notre personnage m’a un peu fait penser au renard et à sa célèbre ruse.

Quant aux illustrations, elles possèdent incontestablement une identité propre qui donne corps et vie au récit. La manière dont l’illustrateur se joue des formes géométriques et de leur répétition dans les décors et les vêtements apporte un aspect très graphique à l’ensemble qui n’est pas sans rappeler le travail de Gustav Klimt.

En bref, voici une fable très graphique que je conseillerais aussi bien aux enfants qu’aux parents pour un moment de lecture coloré et non dénué d’intelligence.

Le chat bonheur, Qu Lan

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Echigoya, jeune héritier, dilapide les biens familiaux au jeu. Lorsqu’il se retrouve dans la misère, il demande à son chat adoré de le tirer d’affaire. Ce dernier lui rapporte alors une pièce d’or… Mais Echigoya continue de gaspiller sans se rendre compte que ses actions pourraient avoir des conséquences funestes…

PERE CASTOR (22 août 2018) – 32 pages – 5.25€

AVIS

Adorant les chats et le Japon me fascinant, cet album jeunesse ne pouvait que me plaire, il fut d’ailleurs un coup de cœur !

Dès les premières pages, les lecteurs sont éblouis par les illustrations qui dégagent autant de douceur que d’intensité. Les sublimes graphismes, tout en délicatesse, nous plongent avec délectation dans ce Japon féodal au charme certain. Les décors et les costumes traditionnels sont, quant à eux, criants de réalisme, mais ce sont bien les expressions des visages qui donnent toute la force à cette histoire émouvante et d’une terrible beauté.

ChatBonheur

Nous découvrons ainsi le jeune héritier d’une noble famille qui délaisse l’entreprise familiale au profit d’une vie d’oisiveté et de son addiction aux jeux d’argent. Convaincu de la véracité d’une légende racontant comment une grue remercia son maître de ses soins en lui apportant prospérité, il dilapide la fortune de ses aïeux sans vergogne. Après tout, en s’occupant si bien de son fidèle chat, Tama, ne s’était-il pas assuré un avenir radieux ?

D’ailleurs, comme par miracle, Tama rapporte une pièce d’or à son maître puis une autre… Malheureusement, le jeune homme, trop nonchalant pour être responsable, profite de cette providentielle source d’argent pour faire ce qu’il fait le mieux au plus grand désespoir de la seule gouvernante de la famille qui lui est restée fidèle. Mais à trop tirer sur la poule aux œufs d’or, ne risque-t-on pas de la tuer ?

Si le maître, bien que pas vraiment méchant, n’attire pas la sympathie, son adorable chat, quant à lui, émeut par sa totale dévotion à un humain qui ne mérite pas tout son amour. Tama dont la douceur transparaît autant dans ses actes que dans sa physionomie est prêt à tous les sacrifices pour le bien de son maître, et même au sacrifice ultime. Que cet amour inconditionnel d’un chat pour son humain m’a transportée et émue au point, je le confesse, de m’avoir fait verser quelques larmes…

La morale de l’histoire, bien que difficile, n’en demeure pas moins belle avec ce maître qui se rendra compte trop tard que tout à un prix, mais qui saura tirer une leçon de ses erreurs. Finalement, il avait raison, en s’occupant bien de son chat, celui-ci lui aura apporté la fortune même si elle n’a pas pris la forme qu’il espérait.

En conclusion, Le chat bonheur est un sublime conte qui, en plus de nous offrir une cruelle mais belle morale, nous éblouit par ses illustrations et cet amour inconditionnel d’un chat pour son maître, un homme imparfait qui aura néanmoins su conquérir le cœur de son compagnon à quatre pattes.

Feuilletez l’album sur le site des éditions Flammarion Jeunesse.

Itinéraire d’un diamantaire, Faissoil Mdahoma

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Je remercie Faissoil Mdahoma de m’avoir fait confiance en me proposant son livre, Itinéraire d’un diamantaire, en échange de mon avis.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Du jour au lendemain, un jeune homme décide de tout quitter, sa femme et son fils, pour partir à l’aventure. Il est irrésistiblement attiré par Londres et se lance avec euphorie dans l’inconnu. Malgré de belles rencontres, il est rapidement confronté aux difficultés que lui réserve le statut d’étranger sans travail. L’insistance de sa femme le décide finalement à retourner en France. De retour chez lui, il réalise que le trésor qu’il recherchait éperdument n’était autre que sa propre famille. Réconcilié avec lui-même, il comprend la cause de son insatisfaction et envisage avec sérénité des projets d’avenir. De ce court roman aux airs d’apologue se dégage une morale au bon sens imparable.

  • Broché: 36 pages
  • Editeur : Edilivre (23 février 2017)
  • Prix : 1,49€
  • Autre format : papier

AVIS

L’histoire

Avez-vous déjà rêvé de tout quitter pour tenter votre chance dans un autre pays ?

Notre héros l’a rêvé et l’a fait, quittant femme et enfant sans autre plan que celui de trouver du travail à Londres, ville qui fait rêver de nombreuses personnes. Mais il découvrira très vite que derrière les belles images de réussite qu’offrent les golden boy anglais, se cache une tout autre réalité. Comme à Paris, ici le travail ne court pas les rues notamment pour une personne ne maîtrisant pas totalement la langue.

Malgré les galères, notre protagoniste va trouver la force d’aller de l’avant notamment grâce à des personnes prêtes à lui venir en aide que ce soit en lui offrant un repas, en lui donnant un peu d’argent ou en lui trouvant une solution, même temporaire, d’hébergement.

Le protagoniste

Je dois dire que j’ai eu au début un peu de mal avec le personnage, car le fait qu’il quitte précipitamment sa famille sans plan d’avenir ne l’a pas rendu spécifiquement sympathique à mes yeux…

Puis, j’ai été assez agacée par la critique facile de « tout est meilleur que la France ». C’est le genre d’idée toute faite que je n’ai jamais supporté, qu’il s’agisse de la France d’ailleurs ou d’un tout autre pays.

Cependant, force est de constater que ses propos sont complètement cohérents avec sa personnalité puisque notre protagoniste est obnubilé par l’idée que le pré est plus vert ailleurs et qu’il n’y a point de salut en dehors de l’étranger. Ce n’est que grâce à son aventure londonienne et aux péripéties qu’il traversera sur place, qu’il prendra conscience que le bonheur est bien souvent à portée de main et qu’il suffit de baisser les yeux pour le découvrir.

Une écriture franche…

Le style de l’auteur est très simple au point qu’on a le sentiment qu’il n’y a aucune velléité de romancer l’histoire. Si, en général, je préfère les jolies plumes, cette écriture très franche et directe correspond parfaitement au contenu du livre. L’auteur s’adresse ainsi aux lecteurs comme il le ferait à des amis créant, de fait, une certaine connivence. Cela n’en rend en outre la lecture que plus fluide.

Le seul petit point…

Le seul petit point qui m’a dérangée est la morale dont j’ai regretté le manque de subtilité. L’histoire se suffit pour comprendre le message que l’auteur cherchait à partager, or il tend en fin de livre à bien trop insister sur ce point. Un peu plus de subtilité aurait rendu le message certainement plus percutant.

Pour conclure, à travers l’histoire, peut-être un peu naïve, d’un homme qui quitte tout pour tenter sa chance à l’étranger, l’auteur pose la question du bonheur et permet de comprendre qu’avant de chercher son « diamant », il est déjà nécessaire d’identifier, puis de prendre le temps de contempler ce que la vie nous offre. Qui sait, peut-être que, sans le savoir, vous avez un diamant à portée de main ?

Vous pouvez acheter le livre sur Edilivre (Amazon, FNAC…).