Mercy, tome 3 : La mine, nos souvenirs et la mortalité, Mirka Andolfo

Alors que la communauté de Woodsburgh livre ses derniers secrets, Lady Hellaine parvient enfin à ses fins. Ce plan machiavélique qu’elle a préparé soigneusement depuis toutes ces années arrive à son dénouement et nous découvrons enfin ses véritables intentions. Mais un grain de sable vient semer le trouble dans l’esprit de la mystérieuse jeune femme : quels sont donc ces sentiments nouveaux qu’elle ressent ? Serait-elle véritablement capable d’aimer ? Il y a fort à parier que le final explosif de la trilogie Mercy saura en surprendre plus d’un…

Glénat BD (24 février 2021) – 64 pages – 14,95€

AVIS

Ayant beaucoup aimé les deux premiers tomes (La dame, le gel et le diable et Des chasseurs, des fleurs et du sang), j’avais hâte de lire ce troisième et dernier tome qui s’est révélé à la hauteur de mes attentes.

On retrouve le charme incroyable des illustrations de Mirka qui allient beauté et horreur, et qui rendent la lecture aussi forte que marquante. Pour ma part, je suis satisfaite des réponses apportées aux nombreuses questions soulevées tout au long de la série. Mais ce qui m’a frappée dans ce tome, c’est qu’à mesure que l’on progresse dans l’intrigue, l’horreur monte d’un cran, tout en laissant de plus en plus de place à l’humanité. Car monstre ou pas, esprit d’un parasite détraqué par des souvenirs qui ne sont pas les siens, mais qui imprègnent sa psyché ou non, dans cette conclusion, lady Hellaine nous révèle sa superbe dualité. Derrière son aura de dangerosité et sa monstruosité, se dessine en filigrane quelque chose d’autre, des émotions, de la tendresse, de l’amour même, et des remords que bien trop humains… Ce personnage m’a touchée et attendrie malgré ses crimes, malgré sa nature, ou peut-être à cause d’une nature qui n’est plus vraiment celle d’un monstre, mais qu’on ne peut raisonnablement pas qualifier d’humaine.

Surprenante, lady Hellaine l’est ! Tout comme l’est un retournement de situation que je n’avais pas anticipé, mais qui s’intègre à merveille à une trame où l’horreur n’est jamais très loin, et dans laquelle l’humanité déploie ses vices même à des endroits et en des personnes inattendues. Néanmoins, dans cette ambiance sombre autant sur le fond que la forme, la lumière n’est jamais absente, faisant des percées marquées et appréciées. Cette luminosité passe notamment par Rory, cette fillette à laquelle lady Hellaine s’est attachée bien malgré elle, et qui sera autant un objet de rédemption que de perte. Il se joue indéniablement quelque chose de fort et de puissant autour de cette fillette qui touche et fait vibrer la corde sensible chez le lecteur, mais pas que, sans que l’autrice ait besoin de sortir les violons.

Cette BD fait, d’une certaine et déroutante manière, écho à l’amour maternel, qu’il soit traditionnel ou entouré d’une dose de surnaturel rendant les choses plus compliquées, mais pas moins puissantes. À cet égard, lady Hellaine devrait vous surprendre et Gloria vous toucher. Cette femme forte et intelligente est prête à tout pour protéger ses enfants, et notamment un aîné pris dans le piège de l’amour, et dans les filets d’une femme dont il n’imagine pas la vraie nature ni les réels desseins. Mais le danger ne vient pas forcément de là où on pense ! Et l’inimitié peut parfois laisser place à de déroutantes ententes, apportant un vent d’espoir et une certaine sensibilité à une histoire qui peut à tout moment sombrer dans l’horreur. Je n’en dirai pas plus, si ce n’est que la fin est à l’image de la série, spectaculaire, horrifique et belle à la fois.

En conclusion, si vous souhaitez vous plonger dans une histoire fascinante mêlant habilement horreur, fantastique, suspense, mystère, manipulation, secrets, et personnages sombres et dangereux, cette série est faite pour vous. À fortiori si vous cherchez une identité graphique forte, qui réussit à mettre de la beauté dans la monstruosité, et de la monstruosité derrière la grâce d’une lady qui n’est peut-être pas aussi belle que son physique le laisse penser. Voici une série courte mais riche en promesses et en sensations fortes que je ne peux que vous recommander, d’autant que le final ne devrait pas manquer de vous surprendre, et de vous rappeler la dualité d’une œuvre qui prend le temps de dévoiler toute sa noirceur et ses (sombres) secrets.

Mercy – tome 2 : Des chasseurs, des fleurs et du sang de Mirka Andolfo

Mercy, tome 2 par Andolfo

Jusqu’où peut-on aller par amour ?

Si la bourgade de Woodsburgh semble avoir accueilli la mystérieuse Lady Hellaine et son majordome les bras ouverts, des meurtres étranges viennent semer le trouble dans l’esprit des habitants. D’apparence paisible, la petite communauté n’est pas aussi solidaire qu’elle veut bien le faire croire et en particulier envers ses nouveaux arrivants. L’étau serait-il en train de se resserrer sur la belle étrangère et pourquoi donc a-t-elle recueilli Rory, cette orpheline amérindienne ? Alors qu’un groupe de redoutables chasseurs rend visite à Lady Swanson pour lui apporter la preuve irréfutable de la présence d’une créature démoniaque en ville, Hellaine met en marche son plan machiavélique…

Glénat BD (14 octobre 2020) – 64 pages – Papier (14,95€)

AVIS

Ayant adoré le premier tome, j’ai été ravie de me replonger dans l’atmosphère sublimement horrifique de Mercy, une série qui se distingue par son incroyable ambiance graphique et ses dessins mêlant habilement beauté et scènes effroyables.

Si ce second tome n’apporte pas toutes les réponses aux nombreuses questions que l’on se pose tout au long de la lecture, il permet néanmoins d’en apprendre plus sur les personnages, et de saisir un peu mieux les liens qui les (re)lient. Il reste toutefois encore beaucoup de mystère que ce soit autour de la sublime lady Hellaine et de ses véritables intentions, ou de lady Swanson qui nous apparaît être un adversaire redoutable, bien que peut-être un peu en retrait. Il faut dire qu’en dame de la bonne société, ses attaques ne sont pas forcément frontales, la lady comptant plutôt sur sa langue acérée et des « associés » qui œuvrent dans l’ombre, mais qui semblent difficilement contrôlables…

Alors que lady Hellaine soigne son apparence pour être la rose qui attire les regards, l’étau semble doucement se resserrer autour de sa gorge, son visage d’ange ne trompant pas tout le monde. Son majordome, quant à lui, se montre toujours aussi protecteur, mais peut-être un peu trop sûr de lui pour son propre bien. Car s’il est indéniable que notre duo possède une force et des capacités phénoménales, il pourrait fort bien se trouver face à des ennemis redoutables, qui compensent leur humanité par une certaine fourberie et une capacité à acculer leurs proies sans qu’elles ne sentent le danger arriver…

J’apprécie toujours autant les interactions entre lady Hellaine et son majordome, celles-ci nous donnant le sentiment que ces deux êtres sont étroitement liés, et qu’ils partagent de nombreux secrets. Mais c’est la relation entre lady Hellaine et la fillette qu’elle a acceptée de prendre sous son aile, qui m’a le plus touchée et intéressée. Rory s’est imposée dans la vie de notre lady avec un naturel désarmant, mais le plus étonnant, c’est la manière dont elle accepte sans sourciller sa monstruosité. Au lieu d’avoir peur d’elle, elle voit en lady Hellaine sa mère ainsi qu’un ange vengeur et protecteur, et non un démon se sustentant d’humains. Cela explique peut-être qu’à son contact, lady Hellaine s’humanise un peu et développe un instinct de protection qu’elle n’aurait jamais pensé posséder.

Mais cela ne l’empêchera pas de se laisser rattraper par sa nature, déborder par la faim et de commettre un crime qui semble étrangement la perturber. Aurait-il éveillé quelque chose dans sa conscience, un lien qu’elle et que nous ne comprenons pas vraiment, mais qui pourrait s’avérer d’une importance capitale pour la suite de l’aventure ? Une question parmi tant d’autres, cette série ayant la particularité de jouer avec emphase sur le mystère, ce qui pourra frustrer certains lecteurs. Pour ma part, j’adore le fait d’être dans le flou et de découvrir au compte-gouttes des informations sur une lady énigmatique, sorte de vampire végétal, sur son dangereux et gentleman majordome, et sur les personnages secondaires, d’importance ou non, qui évoluent dans leur sillage. 

En bref, dans ce tome, la tension monte crescendo, des liens se dessinent et s’affirment, d’autres se rompent, mais en toile de fond, reste en suspens cette question obsédante : que veut réellement lady Hellaine et jusqu’où est-elle prête à aller pour l’obtenir ? Espérons obtenir la réponse à cette question dans le troisième et dernier tome d’une série que je recommanderais aux personnes à la recherche d’une histoire fantastique teintée d’horreur, mais sublimée et illuminée par un travail graphique d’une beauté époustouflante. Beauté et ténèbres n’auront ainsi jamais été autant liées !

Mercy (tome 1) : La dame, le gel et le diable, Mirka Andolfo

Alaska, fin du XIXe siècle. Hellaine, une femme d’apparence noble et aux origines mystérieuses, débarque dans la petite ville de Woodsburg non loin de l’épicentre de la ruée vers l’or du Klondike, Dawson City. Elle cherche à acheter la concession d’une mine à l’abandon. Car ce que tout le monde ignore, c’est que sous les décombres se cache un lac souterrain donnant accès à une autre dimension peuplée d’êtres cauchemardesques. Hellaine est en réalité l’un de ces êtres. Et manifestement, elle a un plan. Un plan qui va être bouleversé par l’apparition de Rory, une jeune orpheline amérindienne pour qui Hellaine va se prendre d’affection après l’avoir délivré des griffes de son agresseur…

Glénat BD (2 septembre 2020) – 64 pages – 14,95€

AVIS

J’ai tout de suite été attirée par la sublime couverture qui est d’ailleurs assez représentative des illustrations intérieures qui m’ont subjuguée. Flirtant entre la magnificence et l’horreur, les planches sont tout simplement superbes et à l’image d’une lady qui, derrière une plastique impeccable et un visage d’ange, se révèle être une femme extrêmement dangereuse. Mue par une faim d’une nature peu commune, et des desseins bien mystérieux, lady Hellaine est indéniablement l’atout de cette BD.

À la fin de ce premier tome, on sait encore peu de choses sur elle, si ce n’est que les quelques souvenirs qui l’assaillent spontanément la déstabilisent, qu’elle semble cacher des secrets et que son retour à Woodsburg sera placé sous le signe de la violence et du sang. Mais rien de très nouveau pour les habitants de cette petite ville vivant dans la peur du Diable de Woodsburgh…

Accompagnée par un prétendu majordome, qui semble bien plus tenir le rôle de complice que de domestique, lady Hellaine va faire une entrée remarquée dans la société, que ce soit auprès d’une femme dont la suspicion risque de contrecarrer ses plans, quels qu’ils soient, d’un homme, Jonathan, qui semble voir en elle un souvenir du passé, ou d’une jeune enfant, Rory, exploitée et ostracisée en raison de sa différence et de ses origines.

Tous ces personnages secondaires se révèlent intéressants, bien qu’on ne puisse qu’attendre le tome suivant pour en apprendre plus sur eux, et découvrir de quelle manière ils vont plus ou moins interagir avec Hellaine. Pour ma part, je me suis particulièrement attachée à Rory que Jonathan essaie d’aider comme il le peut. J’ai trouvé la fillette courageuse et ai apprécié son caractère de battante, tout en étant assez surprise quant à sa réaction lors d’un événement qui aurait eu de quoi la terroriser… Un événement qui marque probablement le début d’une toute nouvelle vie pour cette enfant, mais aussi pour Hellaine.

La palette de personnages est variée, avec un effort certain de diversité, et une belle place est accordée à des femmes fortes qui n’hésitent pas à se mouiller les mains, et à utiliser la manière forte pour atteindre leurs objectifs. À cet égard, si j’ai été fascinée par l’aspect monstrueux de lady Hellaine, caché sous des couches de vernis, lady Swanson n’a pas non plus manqué de m’interpeller, cette femme se révélant également tranchante et implacable à sa manière. Je suis d’ailleurs curieuse de découvrir l’histoire qui lie ces deux femmes, l’autrice suggérant qu’elles ne sont pas de parfaites inconnues, bien que lady Swanson ne semble pas encore en avoir conscience…

L’autrice évoque, bien que ce soit brièvement, des thématiques comme le racisme et le travail des enfants, mais ce que l’on peut avant tout retenir ici, c’est bien l’aura sombre et belle à la fois de cette BD, qui nous plonge dans une histoire fantastique mêlant horreur, secrets et mystères. Des secrets que l’on espère ardemment percer, et des mystères sur lesquels on a très envie de lever le voile… Si vous avez envie de découvrir une palette de personnages diverse et variée, parmi lesquels deux femmes de caractère, Mercy devrait vous plaire. Pour ma part, je poursuivrai la série avec grand plaisir que ce soit pour le fond ou la forme, le travail d’illustration et de colorisation étant à couper le souffle.