12 bis, avenue du Maréchal-Joffre, Anne de Kinkelin

12 bis, avenue du Maréchal Joffre : Un roman d'apprentissage qui fait l'éloge de l'audace et du voyage (HarperCollins) par [Anne de Kinkelin]

«  Qu’avais-je, moi, pour commencer  ? Une adresse  : 12 bis, avenue du Maréchal-Joffre 78800 Houilles. Je n’aimais rien dans cette localisation.  »

12 bis, avenue du Maréchal-Joffre, à Houilles. C’est son adresse. Banale, comme elle. Hôpital-maison-bac avec mention  : un pur esprit dans un corps frêle et l’âme perdue dans un sfumato proche de la brume du lac de Côme. Mais voilà qu’un jour, réfugiée sur son toit, Léa acte la rupture. L’été est là. L’heure des possibles. Le moment rêvé pour quitter les siens et surtout, vérifier si la banalité du lieu où l’on vit détermine la grandeur de son destin.
Elle tient l’itinéraire parfait  : parmi les milliers d’occurrences trouvées sur Google, quatre «  12 bis  », des êtres dont elle ignore tout et veut tout savoir. 2615 kilomètres plein Sud, de Mérignac à La Colle-sur-Loup en passant par Tarbes et Biarritz, pour goûter à l’art des jardins sauvages, vivre sa vie à l’envers, rire de la colère et –  qui sait  ?  – apprendre à aimer sa mère

HarperCollins (3 juin 2020) – Broché (18€) – Ebook (11,99€)

AVIS

Anorexique depuis de nombreuses années, Léa souffre, mais un jour, elle a un déclic : l’heure de l’émancipation et du changement a sonné ! Et cela passe par un voyage, autant physique qu’introspectif, qui va la conduire aux quatre coins de la France chez quatre inconnus habitant, tout comme elle, au 12 bis, avenue du Maréchal-Joffre. En toile de fond de ce saut dans l’inconnu, une question : en habitant une adresse aussi banale, est-il possible d’avoir un destin ?

L’idée de départ a quelque chose de complètement fou, mais aussi de tellement innocent, poétique et romanesque… Pour apprécier ce roman, il faut d’ailleurs accepter le caractère insolite de la démarche, et faire fi de ces parcelles de rationalité nous poussant à considérer les risques : et si Léa faisait de mauvaises rencontres, et si elle se faisait agresser, et si elle tombait malade, et si elle manquait d’argent… Et, peut-être tout aussi dur pour sa mère qui a centré toute sa vie sur son enfant malade, et si Léa entrevoyait enfin la lumière au bout du tunnel ?

En découvrant la vie de Léa, son besoin d’évasion et de fuite pour se (re)trouver nous apparaît assez logique et semble même vital. Comment peut-elle guérir quand sa vie se résume à une prison médicalisée et à un appartement dans lequel elle est constamment surveillée ? Entre une mère aigrie qui ne s’exprime plus qu’avec acrimonie et considère d’un œil hargneux les velléités d’indépendance de sa fille, et un père qui a fait d’elle son doudou, quelle place peut-elle réellement revendiquer si ce n’est celle qu’on a consenti à lui assigner à son corps défendant ?

Au cours de son voyage et au gré des rencontres, Léa va apprendre beaucoup sur elle-même. Elle va se réapproprier progressivement son existence, ses envies, ses rêves, et faire la paix avec ce corps contre lequel elle a si longtemps lutté. Plus une petite fille, mais pas encore une femme, elle avance avec détermination tout en gardant au fond d’elle cette fragilité qui donne envie de la prendre dans les bras et de la rassurer. Certes, ses débuts dans la vie ont été difficiles, mais ils ne conditionnent en rien son avenir qu’elle commence, petit à petit, à modeler à son image, et non en fonction des attentes de ses parents.

Plus les pages défilent, plus l’on sent à quel point la fille perdue des débuts s’affirme et revendique enfin sa place dans ce monde. Curieuse, intelligente et d’une rafraîchissante et déroutante honnêteté, Léa m’a émue et touchée. Son évolution m’a, en outre, beaucoup plu tout comme ses rapports avec sa mère qui connaissent de profonds et surprenants bouleversements. Le roman possède donc une belle dimension feel good que je n’avais pas anticipée, mais qui rend la lecture particulièrement agréable et fluide tout comme la narration alternée bien amenée et exploitée.

Celle-ci nous permet de suivre les pensées de Léa et d’en apprendre plus sur ses parents et les personnes qu’elle rencontre tout au long de son road trip. Si j’ai trouvé intéressant de découvrir la galerie variée de personnages, certaines personnalités m’ont plus touchée que d’autres à l’instar de Joseph, un homme doux qui a trouvé son salut dans le jardinage. J’ai également apprécié Garance, une écrivaine publique, qui va se révéler d’une grande aide pour Léa qu’elle va prendre sous son aile avec beaucoup de bienveillance et de douceur. Milo, mannequin solitaire qui se cache derrière sa beauté, est la personne qui m’a le moins inspirée, mais j’ai apprécié son évolution et la manière dont l’intrusion de Léa dans sa vie va lui offrir matière à réflexion.

Marceau, animateur de radio nocturne à fleur de peau, est, quant à lui, un personnage qui émeut même si je pense qu’un point le concernant pourra heurter certains lecteurs. Pour ma part, mes réserves du début se sont envolées devant le naturel avec lequel les choses se déroulent… Très différents les uns des autres, ces personnages seront une étape indispensable dans le voyage de Léa qui, en échange de leur hospitalité et/ou de leur attention, sèmera en eux les graines du changement.

L’autrice, à travers cette histoire aux allures de quête initiatique et de roman d’apprentissage, évoque le besoin de liberté et d’émancipation, la quête de soi, la fin de l’adolescence et le début parfois difficile de la vie d’adulte, la pression sociétale sur les femmes et leur rôle de mère, mais elle parle aussi beaucoup d’amour. Aimer, ne pas s’aimer, mal aimer, aimer malgré tout, aimer sous pression, apprendre à aimer et à pardonner, se libérer d’un amour toxique, se séparer, se retrouver… Des thèmes forts abordés avec justesse, élégance et subtilité ! 

Anne de Kinkelin nous parle également des relations mères-filles oscillant parfois entre haine et amour inconditionnel, et d’un autre sujet que je vous laisserai découvrir puisqu’il apporte un changement majeur dans la vision que l’on peut avoir de l’histoire. Vous découvrirez ainsi que les apparences sont parfois trompeuses et qu’il faut faire attention avant de porter des jugements trop hâtifs sur certaines personnes sous peine de se montrer profondément injuste et de transformer des victimes en bourreaux… Pour ma part, j’ai été profondément révoltée par la monstruosité d’une personne qui, des années durant, a endossé un rôle pour mieux tromper et manipuler son entourage. Je sais que de tels individus existent et je n’ose imaginer les dégâts qu’ils laissent derrière eux.

Quant à la plume de l’autrice, immersive, fluide et poétique, c’est un enchantement de tous les instants d’autant qu’Anne de Kinkelin possède l’art de la formule avec des phrases percutantes qui vous restent en tête et qui résonnent au plus profond de votre être… Petit bonus, chaque titre de chapitre est un intitulé d’un morceau de musique, ce qui permettra aux lecteurs qui le souhaitent d’accompagner leur lecture en musique et/ou de se constituer une petite liste d’œuvres à (re)découvrir.

En conclusion, 12 bis, avenue du Maréchal-Joffre est un magnifique et poignant roman, empreint de poésie et de bienveillance, sur la résilience, l’acceptation de soi, les secondes chances, la famille, et sur l’amour, l’amour qui blesse, mais aussi celui qui fait grandir et libère… Touchante dans sa vulnérabilité, Léa nous montre que pour vivre, il faut déjà apprendre à s’aimer et à trouver dans les petites choses de la vie et les opportunités qu’elle offre, ou que l’on provoque, les graines de son futur bonheur. Il suffit pour cela d’un projet un peu fou, de beaucoup d’audace, et d’une bonne dose d’espoir… Belle, poétique et inspirante, cette histoire devrait vous émouvoir et vous offrir un beau moment d’évasion à savourer sans modération !

Je remercie les éditions HarperCollins pour cette lecture.

13 minutes, Sarah Pinborough

Natasha, seize ans et reine du lycée de Brackston, ne se souvient pas comment elle a fini dans les eaux glacées de la rivière. La seule chose qu’elle sait : ce n’était pas un accident.
D’après le proverbe, il faut être proche de ses amis et encore plus de ses ennemis. Sauf que, au lycée, il est parfois difficile de les différencier.
Ses amies l’aiment, Natasha en est sûre. Mais ça ne veut pas dire qu’elles n’ont pas essayé de la tuer…

Castelmore (14 novembre 2018) – 448 pages – Broché (16,90€) – Ebook (5,99€)

AVIS (qui dormait dans mes brouillons depuis très longtemps)

13 minutes est une lecture qui me tentait autant qu’elle me faisait peur ayant lu un certain nombre d’avis assez réservés sur cet ouvrage. Ma curiosité a fini par l’emporter, ce que je ne regrette pas puisque malgré quelques longueurs, j’ai dans l’ensemble apprécié ma lecture.

L’autrice plonge, sans mauvais jeux de mots, directement les lecteurs au cœur de cette histoire où le sordide n’est jamais très loin. Natasha, lycéenne très populaire, est sauvée in extremis de la mort par James, un musicien qui s’est précipité à son secours quand il a vu son corps flottant dans la rivière glacée. Accident, suicide, tentative de meurtre ? L’inspectrice Bennett doit faire la lumière sur cette affaire, mais en attendant, Natasha reprend le cours de son existence et tente de se souvenir de ce qui a bien pu se passer, sa mémoire ayant du mal à recoller les morceaux du puzzle.

Au fil des pages, nous suivons la victime, mais surtout Rebecca, son ancienne amie d’enfance, avec laquelle elle renoue des liens. En parallèle de l’enquête officielle, les deux adolescentes décident de mener leurs propres investigations afin de confondre les deux personnes qu’elles suspectent d’être à l’origine du drame vécu par Natasha… Mais l’affaire n’est-elle pas plus complexe qu’elle n’y paraît ? Une question que l’on ne peut que se poser et à laquelle on essaie d’obtenir des réponses, notamment à travers les différents documents intégrés au récit : extraits de journal intime, extraits de journaux, extraits de documents judiciaires, sms intrigants, comptes-rendus de séances de thérapie… Une pluralité dans la narration qui la rend particulièrement attrayante et dynamique !

Derrière le vernis doré d’une jeunesse dopée à l’égo et aux réseaux sociaux, on découvre des lycéens obnubilés par leur image, pétris d’orgueil, de méchanceté et d’arrogance au point de rendre chaque protagoniste, ou presque, détestable. Les pensées, les actes, les mots… tout donne envie de vomir ! Le fait d’avoir failli mourir ne rend pas Natascha meilleure, loin de là, et Rebecca se révèle une bien piètre amie pour Hannah qui la soutient pourtant au quotidien alors qu’elle la traite comme un simple laquais. Si Rebecca et Natasha sont bien différentes, que ce soit physiquement ou mentalement, elles partagent cette même superficialité qui les rend aussi égoïstes qu’irritantes !

Si vous aimez vous identifier aux personnages, vous risquez donc d’être décontenancés par ce livre où même les victimes vous donnent des envies de meurtre. Mais bizarrement, cela ne m’a pas dérangée outre mesure puisque je me suis surtout accrochée à l’enquête que j’ai trouvée bien menée malgré quelques longueurs qui ont parfois failli me faire décrocher.

Les ficelles de ce thriller Young Adult ne sont pas inextricables quand vous avez l’habitude des romans à suspense, mais elles sont utilisées avec assez de subtilité et d’efficacité pour happer l’attention des lecteurs, et leur donner envie de connaître le fin mot de l’histoire. J’avais anticipé bien avant la fin la révélation finale, mais je ne doute pas que des lecteurs plus jeunes se laissent surprendre. J’ai, en revanche, trouvé qu’il manquait peut-être un épilogue pour permettre aux lecteurs de découvrir ce qui arrive aux différents protagonistes après que la terrible vérité éclate.

En conclusion, dans un jeu de dupe et de faux-semblants, l’autrice nous offre un thriller prenant qui met en lumière l’emprise et la fascination que certaines personnes arrivent à avoir sur d’autres. Avec ce roman, les apparences n’ont jamais été aussi trompeuses, et les certitudes tout autant de mensonges savamment orchestrés par un esprit malade et pervers dont on appréciera néanmoins toute l’intelligence et l’imagination !

Mortelle tentation, Christophe Ferré

Mortelle tentation par [Ferre, Christophe]

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir permis de découvrir Mortelle tentation de Christophe Ferré.

RÉSUMÉ

Connaît-on vraiment la personne avec qui l’on partage sa vie ? Dans un coin sauvage des Pyrénées, le cadavre d’une jeune femme est retrouvé entièrement nu. Peter, un ancien international de rugby aujourd’hui architecte d’intérieur, est parti randonner en solitaire à cet endroit, mais il est injoignable depuis le jour du meurtre. D’abord inquiète qu’il ait croisé la route de l’assassin, Alexia, sa femme depuis plus de vingt ans, découvre avec effroi qu’il connaissait la victime… Et si Peter avait quelque chose à se reprocher ? Et s’il était en réalité le meurtrier ? C’est en tout cas ce que semble penser la police…Quand l’homme que vous aimez est accusé du pire, la confiance et la passion vacillent… Déchirée entre l’amour et le doute, Alexia doit faire éclater la vérité.

Archipel (9 octobre 2019) – 384 pages – Broché (22€)

AVIS

Emballée par le résumé et la promesse d’un bon thriller domestique comme je les aime, je me suis lancé avec enthousiasme dans ma lecture. Malheureusement, si le roman possède quelques atouts, ils n’ont pas suffi à compenser ses faiblesses. Mon avis sera donc mitigé…

Alors que l’on découvre le cadavre nu d’une jeune femme dans les Pyrénées, Peter, parti seul en randonnée, ne donne plus de signe de vie à sa femme… Les deux affaires sont-elles liées ? L’intuition d’Alexia lui souffle que c’est bien le cas, mais reste une question en suspens : son mari a-t-il croisé la route d’un prédateur ou est-ce lui le prédateur ? Et si après tout, son tendre et aimant Peter n’était pas le mari et père parfait qu’elle pensait ?

Christophe Ferré, que je découvre avec ce roman, a repris les codes assez classiques du genre, ce qui ne m’a pas dérangée les trouvant toujours aussi efficaces. C’est donc sans surprise que j’ai rapidement identifié le coupable du meurtre, mais cela ne m’a pas empêchée d’avoir été complètement happée par le suspense et la tension que l’auteur insuffle à son récit. Il faut dire que tout est mis en place pour faire douter les lecteurs, à commencer par les deux époux tout aussi instables l’un que l’autre.

J’ai ainsi été dubitative de la rapidité avec laquelle Alexia, qui se dit amoureuse de son mari comme au premier jour, en vient aussi rapidement à le soupçonner. Pas très réaliste ni très convaincant, mais vous verrez que cette femme n’est pas la personne la plus cohérente qui existe… Quant à son mari, difficile de porter crédit à ses dires, ses explications pour justifier son absence et son silence étant aussi changeantes qu’abracadabrantesques. Ce n’est plus à un ex-professionnel du sport qu’on a affaire, mais à un véritable scénariste !

Entre une femme qui change d’avis comme de chemise pensant « l’homme de sa vie » innocent pour le déclarer coupable trois phrases plus loin, et un homme se déclarant innocent, mais n’arrêtant pas d’enchaîner mensonge sur mensonge, on en vient à se demander où se situe exactement la vérité, mais surtout à qui se fier… Ce couple, tout comme la plupart des autres personnages au demeurant, se révèle donc assez exaspérant avec une mention spéciale pour le parfait mari, devenu le parfait suspect, qui n’hésite pas à se lancer dans un petit viol conjugal histoire d’assouvir son appétit sexuel d’ogre. Quitte à être suspecté de meurtre et être traqué par la police autant faire les choses en grand !

Si ces deux personnages exaspèrent, on se surprend néanmoins à suivre leurs mésaventures et l’enquête avec une certaine curiosité. Qui a bien pu tuer la jeune femme et pourquoi ? Notre ex-sportif beau gosse à qui tout réussit ne cache-t-il pas des zones d’ombre comme une petite tendance au meurtre ? Ce bonheur conjugal étalé à la face du monde depuis plus de vingt ans est-il aussi solide qu’Alexia le pense ? Tout autant de questions qui vous tiendront en haleine et vous pousseront à tourner les pages rapidement d’autant que l’auteur a opté pour des chapitres courts et dynamiques qui apportent une certaine fluidité à la lecture.

J’ai donc dévoré le roman en deux séances de lecture malgré des personnages antipathiques, un comportement d’adolescente transie d’amour oscillant entre idiotie et naïveté qui ne sied guère à une avocate supposée avoir la tête sur les épaules, certaines répétitions, des propos manquants parfois de naturel, et des révélations qui pèchent peut-être par leur manque de réalisme. Le scénario m’a ainsi donné le sentiment d’un film à l’américaine avec des rebondissements quelque peu improbables bien que très cinématographiques.

En bref, voici un thriller que l’on peut qualifier de page-turner par la vitesse avec laquelle on le dévore, mais qui souffre de certaines maladresses pouvant rendre la lecture parfois agaçante.

Découvrez un extrait sur le site des éditions de l’Archipel.
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