Throwback Thursday Livresque #178 : couverture colorée

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Pour ce thème, je ne pouvais opter que pour l’un de mes derniers coups de cœur : Peindre la pluie en couleurs d‘Aurélie Tramier.

Couverture Peindre la pluie en couleurs

Morgane est directrice de crèche. Solitaire, fermée, elle ne supporte plus les enfants et rêve d’acheter une pension pour chiens. Tout vole en éclats lorsque sa sœur meurt dans un accident de voiture, lui laissant deux enfants en héritage. Eliott et Léa vont bousculer le quotidien de leur tante et faire ressurgir chez elle de douloureuses blessures profondément enfouie.

Ce livre aborde, entre autres, le thème du deuil et de la reconstruction, mais de manière tellement belle et émouvante qu’il en ressort beaucoup de lumière et de chaleur. D’ailleurs, lapsus révélateur, je ne peux m’empêcher d’écrire systématiquement Peindre la vie en couleurs à la place du titre original… Parce que plus que de pluie et de deuil, il s’agit ici d’une véritable ode à la famille, à l’amitié et aux liens forts que l’on peut développer même dans l’adversité.

Pour en apprendre plus sur Peindre la pluie en couleurs, n’hésitez pas à consulter ma chronique dont voici la conclusion :

Difficile de résumer en quelques mots ce roman qui a tellement résonné en moi. Est-ce parce que j’ai retrouvé quelques similitudes entre Morgane et moi, que j’ai terminé ce livre pile la veille de mes 35 ans, son âge, ou que l’autrice a su se frayer une place jusque dans mon cœur ? Peu importe finalement puisque le résultat est là, un roman coup de cœur qui m’a fait pleurer, sourire et qui m’a insufflé un élan d’optimisme fou, moi à la pessimiste de nature. Un livre qui évoque la perte, la mort, la résilience, le pardon, la rédemption, la notion de famille, mais surtout la vie et la possibilité pour chacun de renaître de ses cendres. Touchant et émouvant, Peindre la pluie en couleurs est de ces romans que l’on n’oublie pas et que l’on porte haut dans son cœur

Et vous, quel titre auriez-vous choisi ?
Connaissez-vous ce roman ?

Peindre la pluie en couleurs, Aurélie Tramier

Morgane est directrice de crèche. Solitaire, fermée, elle ne supporte plus les enfants et rêve d’acheter une pension pour chiens. Tout vole en éclats lorsque sa sœur meurt dans un accident de voiture, lui laissant deux enfants en héritage. Eliott et Léa vont bousculer le quotidien de leur tante et faire ressurgir chez elle de douloureuses blessures profondément enfouie.

Marabout (27 mai 2020) – 336 pages – Broché (19,90€) – Ebook (9,99€)

AVIS

Quant j’ai reçu la proposition de Babelio pour recevoir ce roman, je n’ai pas hésité très longtemps aimant beaucoup la ligne éditoriale de la collection La Belle Étoile qui m’avait déjà régalée avec Un métro pour Samarra et Je refuse d’y penser. Et je peux vous dire que mon empressement initial a été récompensé au-delà de toutes mes attentes, Peindre la pluie en couleurs ayant été un coup de cœur.

Une voiture, un arbre, des sirènes d’ambulance, il n’en faut pas plus pour faire voler en éclats le bonheur de toute une famille et priver deux enfants de leurs parents. Orphelins à l’âge de 10 et 6 ans, Eliott et sa petite sœur, Léa, seront donc recueillis par Morgane, cette tante un peu froide qui ne semble apprécier que son chien. Les débuts de cette cohabitation forcée sont maladroits et parfois tendus… Être une directrice de crèche consciencieuse et efficace ne fait pas de Morgane la parfaite maman à l’instinct inné pour répondre aux besoins des enfants ni même la personne le plus chaleureuse au monde. Il lui faudra donc apprendre à s’occuper de ces deux enfants, elle qui n’en voulait pas, tout en affrontant une mère bien décidée à récupérer ses petits-enfants quoi qu’il lui en coûte.

Malgré ce sujet du deuil en toile de fond, le roman n’est pas triste et pour moi qui suis très sensible au sujet de la mort que j’ai tendance à éviter, cela fait toute la différence. J’ai adoré la manière dont l’intrigue se focalise autour du travail de reconstruction sans pour autant occulter les moments de doute et le poids de l’absence. Derrière la perte, la vie n’est jamais loin, un joli message porté avec subtilité par ce roman, et de manière bien plus brute de décoffrage par un personnage secondaire que j’ai tout simplement adoré : un croque-mort qui croque la vie à pleines dents !

En dépit de son exubérance avec sa tendance à faire des entrées remarquées à base de chansons de Dalida lancées à tue-tête de son corbillard, cet homme n’est pas dénué d’une certaine sagesse, de celle que l’on apprend à l’école de la vie et qui enseigne l’humilité. Respirant la bonté et la bienveillance, il aidera, souvent sans le vouloir, Morgane à voir la vie sous un autre jour. Quant à Viviane, un membre du personnel de la crèche, elle se révélera un atout précieux pour Morgane qu’elle soutiendra et conseillera sans jamais la juger. Douce, gentille et avec un cœur d’ange, cette femme m’a beaucoup touchée d’autant qu’elle doit elle-même porter son propre fardeau…

Ces aides spontanées et désintéressées contrebalanceront la méchanceté de la mère de Morgane qui s’immisce dès qu’elle le peut dans l’éducation que son aînée donne à ses petits-enfants. Si j’ai détesté ce personnage que j’ai trouvé révoltant, il n’en demeure pas moins intéressant de par son évolution et dans la mesure où il permet de mettre en avant le poids des secrets, des incompréhensions et de ces injustices qui minent des familles.

Petit à petit, on lève donc le voile sur l’histoire familiale compliquée de Morgane marquée par les tensions entre elle et sa mère qui lui a toujours préféré sa sœur, Émilie. L’amour inconditionnel pour Émilie est d’ailleurs le seul point commun qu’elles partagent puisque Morgane a toujours adoré sa petite sœur et veillé farouchement à la défendre quitte à se sacrifier… Car si Morgane semble avoir le cœur desséché, c’est qu’elle porte un lourd secret et une croix dont elle a bien du mal à se départir. Dès le début de l’histoire, l’autrice évoque à demi-mot ce qu’a vécu par Morgane avant de nous dévoiler la vérité… Je vous laisserai le soin de découvrir le secret qui la ronge, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai apprécié la manière dont Morgane réalise progressivement que là où elle ressent de la honte, il n’y a pas à en avoir, du moins pas de son côté, et que derrière son acte, se cache bien plus d’amour qu’elle ne pourrait l’imaginer…

D’ailleurs de l’amour et de beaux moments, il n’en manque pas dans ce roman dans lequel nos personnages apprennent à se connaître et à s’apprivoiser mutuellement. Il ne s’agit pas ici de remplacer des parents ou de venir combler un vide mais bien de développer une relation particulière empreinte d’amour, de confiance et de bienveillance. Une chose que Morgane, Eliott et Léa apprennent à faire main dans la main, à leur propre rythme. Tout ne sera pas facile, la perte de leurs parents affectant évidemment Eliott et Léa, mais les deux enfants trouveront leur place aux côtés d’une tante qui n’est finalement peut-être pas aussi froide qu’il n’y paraît. Quant à Morgane, solitaire depuis si longtemps, c’est un peu comme si elle avait tout à (ré)apprendre : à s’ouvrir, à sourire, à rire, à danser, à lâcher prise, mais surtout à se pardonner afin d’apprendre à aimer, la condition sine qua non pour offrir ce foyer chaleureux dont ont tellement besoin son neveu et sa nièce.

L’autrice a opté pour une narration alternée entre Morgane et Eliott. Le procédé, en plus de rendre la lecture dynamique et quelque peu addictive, nous permet de nous sentir au plus proche de l’histoire et des personnages qui se sont révélés, pour la plupart, particulièrement attachants. Bien que ma vie soit différente de la sienne, je me suis parfois reconnue en Morgane avec sa maladresse dans les interactions avec autrui, sa difficulté à exprimer ses émotions, son amour inconditionnel pour son chien et son rêve d’ouvrir une pension pour chiens… Elle m’a donc beaucoup touchée comme l’adorable Léa qui est un petit rayon de soleil capable de chasser en un sourire tous les nuages. Léa possède une intelligence du cœur qui offre une belle bouffée d’oxygène à sa tante et à son frère, mais elle n’en demeure pas moins une petite fille qui a besoin d’être consolée la nuit, seul moment où elle semble laisser s’exprimer son propre chagrin.

Quant à Eliott, il se montre très mature pour son âge bien que la mort de ses parents le pousse à commettre des actes qui ne lui ressemblent pas et qui nécessiteront l’intervention bienveillante d’une professionnelle. Je l’ai trouvé adorable dans son envie de protéger sa sœur et de faire de son mieux pour la rendre heureuse. Cela offre d’ailleurs de très jolis moments de complicité entre les deux enfants. Entrant parfois en conflit avec Morgane et profitant des largesses de sa grand-mère même quand il comprend que ce n’est pas une bonne idée, Eliott n’en demeure pas moins un gentil garçon qui fait de son mieux pour affronter une situation difficile qui a chamboulé toute sa vie et fait voler en éclats ses repères. Il lui faudra donc un peu de temps pour s’ouvrir à sa tante et lui laisser une place dans son cœur…

À l’aide d’une plume simple et d’une grande fluidité, l’autrice sait toucher les lecteurs, énonçant avec une certaine délicatesse des vérités parfois difficiles tout en s’efforçant d’instiller beaucoup de lumière et de chaleur dans les cœurs. Il en résulte une belle lecture pleine d’émotion avec des phrases qui frappent, interpellent et sur lesquelles on prend le temps de réfléchir…

Difficile de résumer en quelques mots ce roman qui a tellement résonné en moi. Est-ce parce que j’ai retrouvé quelques similitudes entre Morgane et moi, que j’ai terminé ce livre pile la veille de mes 35 ans, son âge, ou que l’autrice a su se frayer une place jusque dans mon cœur ? Peu importe finalement puisque le résultat est là, un roman coup de cœur qui m’a fait pleurer, sourire et qui m’a insufflé un élan d’optimisme fou, moi à la pessimiste de nature. Un livre qui évoque la perte, la mort, la résilience, le pardon, la rédemption, la notion de famille, mais surtout la vie et la possibilité pour chacun de renaître de ses cendres. Touchant et émouvant, Peindre la pluie en couleurs est de ces romans que l’on n’oublie pas et que l’on porte haut dans son cœur.

Je remercie Babelio et la collection La Belle Étoile pour m’avoir permis de découvrir Peindre la pluie en couleurs d’Aurélie Tramier en échange de mon avis.

Je refuse d’y penser, Lotta Elstad

Je refuse d'y penser par Elstad

Je remercie Babelio et les éditions Marabout, collection La Belle étoile, pour m’avoir permis de découvrir Je refuse d’y penser de Lotta Elstad.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Après un vol épouvantable qui s’est terminé par un atterrissage d’urgence à Sarajevo, Hedda Møller décide de rentrer à Oslo en bus. Elle voyage à travers une Europe en crise, dort dans des hôtels miteux et vit une aventure d’un soir avec un homme à Berlin qui ensuite ne cesse de lui envoyer des messages en MAJUSCULES. Une fois rentrée à Oslo, elle découvre qu’elle est enceinte. Cela devrait être un problème facile à résoudre, pense Hedda. Mais elle découvre que c’est bien plus compliqué qu’elle ne le pensait. Un style corrosif, une comédie féministe dans laquelle la grossesse non désirée d’une journaliste free lance prend une dimension politique.

AVIS

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en me lançant dans cette lecture et je dois dire que j’ai été séduite par le style très franc et direct de l’autrice. Elle nous plonge d’emblée dans la tête de son héroïne, Hedda Møller, une femme de caractère qui ne se laisse dicter sa conduite par personne et encore moins par les diktats de la société. Un point qui prend toute son importance si l’on considère que sa tentative d’escapade, qui s’est soldée par un atterrissage en urgence et un retour en Norvège avec les moyens du bord, lui a laissé un souvenir. Un de ceux dont Hedda se serait volontiers passée et qui se porte neuf mois.

Une situation financière précaire qui s’est aggravée suite à la perte de son unique contrat en tant que free-lance, une amitié érotique qu’elle aimerait transformer en une vraie relation, un potentiel père, Milo, qui n’est qu’un coup d’un soir rencontré sur Tinder… Avoir un enfant ne fait définitivement pas partie des plans de Hedda d’autant que chose encore plus importante, elle n’a aucune envie de pouponner ! Cela arrivera peut-être un jour ou jamais, peu importe, l’important étant que Hedda ne souhaite pas à cet instant devenir mère. À travers son héroïne, l’autrice aborde donc sans tabou ni jugement, et parfois de manière assez crue, la question de l’avortement.

Un droit qui, hélas, est loin d’être acquis de partout et qui tend à être remis en question ou menacé de durcissement comme va le découvrir à ses dépens notre héroïne. Alors qu’elle pensait que ce serait une formalité, la voilà à devoir se justifier pour faire valoir son simple droit à disposer de son corps et de sa vie comme elle le souhaite ! Une situation d’autant plus révoltante qu’elle traduit la réalité de nombreuses femmes à travers le monde…

Face à cette déconvenue, Hedda choisira la fuite en avant, reléguant la procédure dans un coin de sa tête… Si ce fœtus qu’elle rejette et qui grandit en elle occupe parfois ses pensées et ses cauchemars, notre héroïne va surtout se mettre à penser à tout et à rien, à toutes ces choses de son quotidien, à sa vie professionnelle et amoureuse auprès d’un sex-friend prompt à se lancer dans des discussions intellectuelles, beaucoup moins à s’engager, mais aussi à la société norvégienne, son évolution, la politique, l’Europe en crise… Des sujets divers et variés qui nous permettront de découvrir un peu mieux la Norvège, un pays qui fait face à ses propres défis, mais aussi à des problématiques similaires à celles rencontrées en France, voire dans une bonne partie de l’Europe : réduction des coûts et flexi-précarité, désengagement de l’État, financement des retraites, chômage, désœuvrement…

Le fait de nous balader dans la tête en ébullition de Hedda nous permet également de mieux s’approprier sa vie tout en gardant une certaine distance avec elle. Il faut dire que franche, cynique, capable d’une corrosive autodérision et d’un certain recul sur sa vie et les travers de la société, Hedda ne verse pas dans le sentimentalisme. Elle m’a d’ailleurs un peu fait penser à l’héroïne de la série Daria, une personnalité que l’on appréciera ou pas, mais qui pour ma part me plaît même si c’est vrai que j’aurais peut-être apprécié un peu plus de positivité de sa part.

La seule chose qui m’a gênée est la manière dont elle considère et traite Milo. Suite à l’insistance de ce dernier, elle a accepté de renouer avec lui non pas une relation amoureuse, mais une relation aux contours assez flous… Or rien dans ses propos ne laisse entrevoir qu’elle ne ressent pour lui autre chose qu’un vague agacement devant ses flots de paroles incessants, le jeune homme aimant se perdre dans ses plans abracadabrantesques pour gagner de l’argent, ses rêves et des considérations politiques parfois plus philosophiques.

Milo semble donc être juste au bon endroit au bon moment pour lui permettre de ne plus y penser… jusqu’à ce que la réalité reprenne ses droits et que Hedda doive affronter la situation. Si je n’ai pas forcément approuvé les moyens utilisés ni la manière dont elle a laissé traîner la situation, j’ai aussi compris que c’était pour elle une manière de reprendre le contrôle de sa vie et ne pas laisser d’illustres inconnus jauger et juger une décision qui lui revient de plein droit.

Quant à la plume de l’autrice, elle m’a un peu déstabilisée en début de roman, peut-être en raison de la structure de la langue norvégienne assez différente de la nôtre, mais j’ai très vite été conquise par la proximité qu’elle dégage. Le roman se lit donc très vite d’autant que l’écriture très orale apporte une certaine fluidité et musicalité au récit.

En conclusion, Je refuse d’y penser est un roman entraînant abordant le thème de l’avortement à travers une héroïne assez cynique, mais plutôt réaliste, sur l’état de sa vie et de la société dans laquelle elle évolue. Teinté de réflexions politiques et de ces paradoxes qui forgent une vie, voici le portrait sans concession d’une femme ancrée dans son époque et en phase avec ses convictions. Corrosif et atypique, un roman à ne pas manquer !

Retrouvez le roman sur le site des éditions Marabout.

https://i1.wp.com/delivrer-des-livres.fr/wp-content/uploads/2019/08/logorl2019.png

Un métro pour Samarra, Isabelle de Lassence

Je remercie Babelio et les éditions Marabout, collection La belle étoile, pour m’avoir permis de découvrir Un métro pour Samarra d’Isabelle de Lassence.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Swann Delva étudie la philosophie à la Sorbonne. Le jeune homme s’imagine devenir un penseur en vogue, mais d’ici là, il gagne sa vie en travaillant dans le métro. Par hasard, il découvre les stations désaffectées du réseau parisien, et se prend de passion pour ces lieux hors du temps. Un jour d’exploration de la station-fantôme Haxo, dans le XIXe arrondissement, il se retrouve transporté à Samarra, une ville d’Irak, au Moyen Âge. C’est là qu’un calife des Mille et Une Nuits lui pose la plus importante question qui soit : peut-on espérer une vie après la mort ? Alors que le sommeil le ramène à Paris, Swann ne rêve que de retrouver les splendeurs de Samarra. Mais pour conserver ses privilèges auprès du calife, déjouer les complots qui le visent et obtenir les faveurs d’une belle astrologue, il doit apporter une réponse aux angoisses du souverain. Trente-cinq jours de voyages entre Paris et Samarra vont transformer la vie de Swann, à jamais…

Marabout (10 avril 2019) – 336 pages – Broché (19,90€) – Ebook (14,99€)

AVIS

Isabelle de Lassence signe ici un premier roman envoûtant et au charme certain qui nous plonge en alternance dans un Paris contemporain et une ville irakienne du Moyen Âge, Samarra. Cette ville, dont le nom signifie « celui qui l’aperçoit est heureux« , enchante et émerveille par cette ambiance des Mille et Une Nuits qu’elle dégage avec ses richesses, son architecture, son calife, ses dorures, ses splendeurs. Des splendeurs aux formes diverses et variées qui ne laisseront pas insensible Swann…

Étudiant en philosophie à la Sorbonne, rien ne lui plaît plus que se perdre dans des considérations et des réflexions intellectuelles qu’il émaille du discours de tous ces grands penseurs qui ont marqué le monde et sa vie. Malheureusement, avant de devenir le grand intellectuel en vogue qu’il espère être un jour, il lui faudra revenir à des considérations plus terre à terre. Que ce soit triste ou non, la pensée pure et les exercices de rhétorique nourrissent rarement, du moins à notre époque, son homme.

Swann ne fera pas ses premiers pas dans les entrailles d’un géant du fast-food américain, mais dans ceux du métro parisien. Un travail pas forcément plus épanouissant intellectuellement pour notre étudiant philosophe, mais qui aura le mérite de lui ouvrir la porte d’un monde dont il ne soupçonnait pas l’existence… Un monde entre rêve et réalité qui donnera un tout autre sens à sa vie et qui le conduira à vivre des expériences intenses ! Adieu grisaille et béton parisien, bienvenue Samarra et la vie de pacha !

Alors que Swann a un besoin compulsif, si ce n’est maladif, de contrôler chaque instant de sa vie, il va finalement se laisser rapidement, et sans réserve, transporter dans le temps et dans l’espace. Il faut dire qu’en plus de la richesse et de la beauté que dégage cette ville irakienne du Moyen Âge, le jeune homme y gagnera, du moins dans un premier temps, cette reconnaissance qui lui fait tant défaut dans sa vie parisienne. Mais la gloire a un prix, et sa place auprès du calife conditionnée à sa faculté à répondre à cette question qui hante l’humanité : existe-t-il une vie après la mort ? Une question complexe dont on ne peut hélas trouver la réponse dans les livres ou la pensée des Anciens, ce qu’apprendra à ses dépens notre philosophe. Commencera alors pour lui une quête de vérité et de sens qui le poussera dans ses retranchements pour le meilleur et pour le pire… 

L’écriture est fluide, poétique, élégante, et de cette finesse qui allie la complexité de la pensée à la beauté de la réflexion. Alors que l’on aurait pu craindre une certaine pédanterie dans la narration, elle se révèle tout en délicatesse invitant à l’évasion et au dépaysement. Teintée de réflexions philosophiques toujours accessibles et auréolée d’un certain humanisme, cette histoire fait réfléchir, mais invite surtout au voyage sans a priori ni attentes particulières.

On se laisse immerger par les images, les sensations et l’aventure extraordinaire d’un étudiant qui, au fil des pages, quitte sa carapace d’intellectuel déconnecté du monde et des gens pour celle d’être humain en prise avec ses émotions et la vie. Une évolution réaliste et progressive qui rend Swann moins agaçant dans sa façon de se sentir supérieur à tout le monde ou presque. Si j’ai eu du mal en début de roman avec ce personnage, appréciant peu que la réflexion serve l’ego plus que l’épanouissement personnel et intellectuel, j’ai fini par être touchée par ses failles et la manière dont, au gré des épreuves qu’il traverse, il s’élève non plus seulement par la pensée, mais aussi par le cœur.

J’ai également beaucoup apprécié sa mère, Christiane, qui est un peu le négatif de son fils : ouverte d’esprit, plus portée sur l’ésotérique que la rhétorique, pleine de gentillesse, très sociable… On la suit avec plaisir en espérant voir un peu plus de Christiane en Swann. Même si je suis loin de partager l’enthousiasme de cette mère aimante pour la voyance et autres pratiques du genre, je l’ai trouvée adorable dans sa volonté d’aider son fils. Elle l’idéalise bien sûr, mais elle n’est pas non plus aveugle face à ses faiblesses que ce soit ses obsessions et autres « rituels » ou sa difficulté à se connecter à l’Autre. Voici dans tous les cas un personnage qui apporte beaucoup de douceur et de dynamisme au récit.

L’alternance des époques et des lieux insuffle également un certain rythme à l’histoire d’autant que les transitions entre les époques sont toujours amenées avec subtilité et efficacité. On ne se sent jamais perdu bien que peut-être un peu frustré de ne pas avoir plus de Samarra à se mettre sous la dent. Cela ne m’a pas empêchée de savourer avec plaisir les incursions dans le Palais, un endroit synonyme de luxe, bien sûr, mais aussi de dangers… Swann y trouvera ainsi honneur et richesses, voire bien plus, mais il y découvrira également la jalousie, la compétition, la trahison, les doutes… Tout autant d’épreuves qui le feront perdre en certitudes, mais gagner en humanité !

En conclusion, d’une plume éclatante de saveur et de délicatesse, Isabelle de Lassence nous propose ici une aventure enchanteresse et pleine de poésie qui ne pourra que vous faire voyager, vous émerveiller et vous pousser à vous interroger sur des notions universelles comme le sens de la vie et de la mort. Aux confins du temps, de l’espace, du rêve et de la réalité, ne ratez pas le train pour Samarra !

Retrouvez/feuilletez le roman sur Amazon.