Le château du temps perdu, Paul Bruard

Couverture Le château du temps perdu

Maxime, Lucien et toute leur bande de bons copains du CM2 ne se doutaient pas que leur voyage de fin d’année allait les entraîner dans de fantastiques aventures.
Un château médiéval, une chasse au trésor, jusque-là rien de plus banal ! Mais lorsque leur curiosité les conduit dans une autre dimension pour y faire la connaissance de deux enfants du treizième siècle, tout bascule.
Trouveront-ils le moyen de délivrer le château et ses habitants d’une malédiction qui les poursuit depuis neuf siècles ?

Ex Aequo éditions (7 février 2020) – 9/12 ans – 116 pages –
Papier (11€)- Ebook (3,99€)

AVIS

De la superbe couverture au résumé, tout me tentait dans ce roman jeunesse que j’ai lu d’une traite et qui m’a offert ce moment d’évasion et de distraction dont j’avais tant besoin. Maxime, Lucien et leurs amis de CM2 sont excités à l’idée de leur dernier voyage scolaire avant l’entrée en sixième, une étape tellement importante dans la vie d’un écolier. Au programme, la visite d’un château médiéval avec, en prime, une chasse au trésor ! Mais une surprise de taille va attendre les six amis : la rencontre avec deux enfants du treizième siècle qui vont leur demander de les aider à lever une terrible malédiction…

Le début d’une aventure menée tambour battant durant laquelle nos protagonistes vont devoir faire preuve de débrouillardise, d’intelligence, de réflexion, mais surtout de bravoure, les dangers étant nombreux et les défis de taille. Fort heureusement, notre groupe pourra compter sur les différentes personnalités qui le composent. Il y a ainsi le passionné d’histoire, l’amateur de gastronomie capable de détendre l’atmosphère avec son humour à toute épreuve, la très cartésienne, les aventuriers… Les enfants devraient vite s’attacher aux personnages et se retrouver, ainsi que certains de leurs camarades, dans ce sympathique et éclectique groupe. Et chose assez rare pour être noté, l’auteur a veillé à inclure des filles et des garçons dans son aventure.

Enfant, j’aurais adoré ce roman qui nous plonge avec réalisme dans un château médiéval dont on découvre, même si ce n’est que succinctement, la manière dont la vie y était organisée. Le mélange Histoire/fantastique fonctionne ici à merveille et apporte beaucoup de charme à ce roman dont on tourne les pages avec plaisir, curieux de découvrir comment les six amis vont faire face à un enchantement que personne n’a réussi, malgré les années, à lever. Je n’en dirai pas plus sur le sujet si ce n’est qu’ils ont de la ressource et que, malgré les moments de doute, les difficultés et les dangers, rien n’arrivera à ébranler la confiance qu’ils se portent mutuellement.

J’ai, en outre, fortement apprécié la relation entre les personnages, une relation faite de respect et de tolérance, les défauts des uns n’étant jamais méchamment moqués par les autres. À une époque où le harcèlement scolaire est plus que jamais d’actualité, ce genre de relations positives ne peut qu’être salué. Même la « rapporteuse » de service, qui va mettre en danger notre groupe, va réaliser que dénoncer à tour de bras ses camarades n’est peut-être pas la meilleure manière de se comporter. Une prise de conscience réaliste et très bien amenée tout comme l’est cette histoire de malédiction qui devrait attiser votre curiosité et satisfaire les amateurs de chasses au trésor, d’énigmes et de passages secrets !

Quant à la plume de l’auteur, elle m’a complètement charmée, Paul Bruard ayant trouvé un juste équilibre entre beauté du texte, accessibilité, réalisme et fluidité. En plus de descriptions courtes et percutantes, l’auteur veille à introduire, avec parcimonie et en toute intelligence, un peu de vocable moyenâgeux qu’il prend le temps d’expliquer en notes de bas de page. Cela facilite grandement l’immersion dans le récit et nous donne l’impression d’avoir fait, aux côtés de nos jeunes héros, un voyage dans le temps.

En conclusion, présent et passé se mêlent pour nous faire vivre une aventure fantastique dans laquelle des élèves de CM2 vont devoir, plus que jamais, compter sur leur amitié pour faire face à une succession de péripéties empreintes de danger et de mystère. Aventure, chasse au trésor, amitié, action et passages secrets vous attendent dans ce roman qui devrait ravir le cœur des enfants et leur prouver que l’Histoire, c’est loin d’être barbant !

Merci aux éditions Ex Æquo pour cette lecture.

Les outrepasseurs – Tome 1 : Les héritiers, Cindy Van wilder

J’ai lu ce premier tome des Outrepasseurs, qui dormait dans ma PAL depuis des lustres, en lecture commune avec Lire à la folie.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Londres, 2013. Peter, un adolescent sans histoire, échappe de justesse à un attentat. Il découvre que l’attaque le visait personnellement et qu’elle a été préméditée par de redoutables ennemis : les fés. Emmené à Lion House, la résidence d’un dénommé Noble, il fait connaissance avec les membres d’une société secrète qui lutte depuis huit siècles contre les fés : les Outrepasseurs. Ces derniers lui révèlent un héritage dont il ignore tout…

Gulf stream éditeur (6 février 2014) – 352 pages – Broché (18€) – Ebook (11,99€)

AVIS

Pas très doué sur un terrain de football, Peter, adolescent lambda, connaît pourtant une progression fulgurante qui impressionne même son entraîneur. Surprenant ! Mais ce n’est rien par rapport à la révélation brutale qu’il va devoir affronter suite à une attaque durant laquelle, sans l’aide de sa mère, il aurait probablement perdu la vie. Le début d’une nouvelle vie qui va le conduire chez un personnage aussi inquiétant qu’énigmatique, Noble. L’heure est venue de faire face à un passé et à un destin hors du commun ! Mais Peter est-il prêt à entendre la vérité et à découvrir ces secrets que sa mère lui a jusqu’à présent cachés ?

Après deux premiers chapitres haletants et emplis de mystère, l’autrice opère une nette coupure dans la narration. On quitte ainsi Peter pour se retrouver dans le passé à une époque que j’aime beaucoup, le Moyen Âge. J’aurais peut-être apprécié que cette alternance des époques soit amenée de manière un peu moins brutale et déstabilisante. On comprend néanmoins rapidement que ces flash-back ne sont pas le fruit du hasard, mais qu’ils apportent un éclairage sur la situation inattendue et périlleuse dans laquelle se retrouve, bien malgré lui, Peter ainsi que d’autres adolescents aussi déboussolés que lui. Ce premier tome se concentre donc bien plus sur le passé que sur le présent, un point qu’il vaut mieux prendre en considération avant de se lancer dans la lecture sous peine de ressentir une certaine frustration.

Sous couvert de fiction, l’autrice soulève des thèmes variés et intéressants : le fanatisme religieux et l’hypocrisie régnant chez certains ecclésiastiques plus intéressés par leur confort de vie que le bien de leurs ouailles, la solidarité, les superstitions qui poussent à commettre des horreurs qui ne sont pas sans rappeler la chasse aux sorcières, ce que l’on est prêt à faire et à sacrifier pour obtenir ce que l’on estime juste, des dilemmes moraux comme l’épineuse question du sacrifice individuel au profit de la collectivité, le fait que tout n’est jamais tout blanc ni tout noir…

À cet égard, si l’on comprend la légitimité du combat des Outrepasseurs contre les fés qui sont loin d’être des enfants de chœur, on ne peut que rejeter la personne chapeautant cette organisation secrète. Loin d’être un parangon de vertu, Noble n’hésite ainsi pas à réduire en esclavage ses ennemis et à entraver le libre arbitre d’adolescents encore sous le choc des révélations concernant leurs ancêtres et la malédiction dont ils subissent de plein fouet les conséquences… Peter ne sera d’ailleurs pas dupe et fera de son mieux pour lutter contre cet assujettissement qu’on lui impose et ces choix qui ne sont guère les siens !

Les différentes thématiques soulevées tout au long du récit m’ont surprise par leur dureté, l’autrice n’hésitant pas à jouer sur la frontière entre le bien et le mal, la mort et les décès violents. Un point qui m’a plu et qui m’a tenue en haleine puisque page après page, je n’avais qu’une envie, découvrir le sort réservé à ces personnages du passé. D’ailleurs, si je ne me suis point attachée à eux, je n’ai pu que compatir devant les épreuves traversées et les tourments endurés.

Il y a pourtant un protagoniste qui a su me toucher, le prêtre. Mû par une véritable foi et une volonté d’aider les autres, on le voit, petit à petit, se perdre en chemin et commettre des actes contraires à ses valeurs et à son éthique bien qu’il finisse par retrouver la voix de la raison. Il se sait dépasser par la situation, ne peut espérer de soutien de l’église et finit par être rejeté par les personnes qu’il tente de protéger, mais il fera de son mieux avec le peu de moyens dont il dispose pour sauver ceux qui peuvent encore l’être… Imparfait d’humanité, voici un personnage qui m’a brisé le cœur d’autant que l’autrice ne l’épargne pas.

J’ai également apprécié un personnage qui prendra probablement de l’importance par la suite et dont je vous laisserai le plaisir de la découverte. Je dirai simplement qu’il fait une entrée fracassante dans la vie de Peter qui va devoir apprendre à coexister avec cet être que l’on pressent malin, peut-être parfois fourbe, mais également débrouillard, perspicace et plutôt haut en couleur… À l’inverse, j’ai été révulsée d’horreur par un antagoniste du passé, le Chasseur. Froid, calculateur, pervers et manipulateur, il ne recule devant rien pour acculer ses proies et les faire siennes au grand dam de sa dernière victime et de son entourage. Je dis d’ailleurs chapeau à l’auteure pour la construction d’un personnage à l’esprit aussi détraqué qui apporte une vraie touche d’angoisse et d’horreur au récit !

Si j’ai été surprise de constater la place prise par le passé dans l’intrigue, ce qui confère d’ailleurs à ce premier tome des allures de grosse introduction, je reconnais avoir tout de suite adhéré au style et à la plume de Cindy Van Wilder. Pas de fioriture, mais un bel équilibre entre actions, descriptions et dialogues rendant la lecture aussi plaisante que fluide ! Quant aux allusions à des histoires et légendes comme Le Joueur de flûte de Hamelin ou le fameux et fabuleux Roman de Renart, elles renforcent cette impression d’être projeté en pleine période médiévale.

En résumé, ce premier tome nous offre une immersion efficace et menée d’une main de maître dans le passé de personnes confrontées à des forces surnaturelles et implacables qui changeront leur vie et celle de leurs descendants à jamais. Je suis maintenant curieuse de découvrir comment ces Héritiers vont faire face à la situation et à cette malédiction qui pèse sur leurs épaules…

N’hésitez pas à découvrir l’avis de Lire à la folie.

Retrouvez le roman sur le site des éditions Gulf Stream.

L’Envoûtante, Marieke Aucante

L’image contient peut-être : texte

Je remercie les éditions De Borée de m’avoir permis de découvrir L’Envoûtante de Marieke Aucante.

A noter que si le livre est une fiction, il est basé sur un sordide fait divers.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Eugénie a 26 ans quand elle revient sur les terres familiales. Fille et petit-fille de sorcière, Eugénie a grandi en orphelinat après la mort précoce de ses parents dans des circonstances qu’elle était trop petite pour comprendre. Elle rencontre Lucas, le chauffeur du châtelain du village, dont elle tombe amoureuse. Avec lui, un avenir radieux s’annonce. Pourtant, Eugénie découvre qu’elle a hérité des dons de ses aïeules : mais comment mener une existence normale avec un tel héritage familial ?

  • Broché: 207 pages
  • Editeur : Editions De Borée (19 avril 2018)
  • Prix : 17.90€
  • Autre format : ebook

AVIS

Je dois avouer que c’est d’abord la très belle couverture de ce roman qui m’a attirée. J’ai immédiatement été intriguée par cette femme qui, comme un arbre, semble fermement ancrée dans la terre. Le résumé a fini de me convaincre de lire cet ouvrage ayant toujours aimé les histoires de sorcière. J’ai néanmoins été assez déstabilisée par cette histoire qui s’est éloignée de la trame que je m’étais imaginée.

Cela s’explique par le résumé qui n’est pas faux en soi, mais qui tend, à mon sens, à insister sur des éléments qui ne sont finalement pas au cœur des choses. Certes, il y a de la sorcellerie et une petite pointe de romance, mais le roman est avant tout un roman de vie, celui d’Eugénie, une fille et petite-fille de sorcière, qui revient dans son village natal après un drame familial.

Alors qu’on aurait pu s’attendre à découvrir son retour et la manière dont se déroulent les choses pour la jeune femme de vingt-six ans, l’auteure a fait le choix de narrer principalement son passé mêlé à quelques bribes de son présent. En plus de créer une coupure dans la narration et de dynamiser le récit, cette alternance passé/présent amène un certain suspense que j’ai, pour ma part, beaucoup aimé.

On sait ainsi qu’Eugénie a perdu ses parents, mais on ne découvre les raisons de ce drame que tardivement, Marieke Aucante préférant n’y faire que de subtiles allusions à travers, notamment, des métaphores ou du moins, des images qui prendront tout leur sens une fois l’histoire terminée. Il en résulte une forme d’oppression et de tension à l’image de celle que l’on devine presque s’échapper par tous les pores de la ferme familiale dans laquelle a grandi la jeune femme… Car, des souvenirs d’Eugénie, on finit par deviner que l’auteure déploie sous nos yeux, couche après couche, le terreau du drame.

Eugénie a ainsi vécu de bons moments dans la ferme familiale auprès d’une mère qu’elle avait parfois du mal à comprendre mais qu’elle aimait, d’un père plutôt gentil et dont elle était assez proche, de ses deux frères et de sa grand-mère sorcière. Mais la vie à la ferme était dure, entre conditions de vie et de travail peu épanouissantes et une grand-mère qui, au fil des pages, se montre de plus en plus inquiétante. Alors que l’on sent d’abord une certaine complicité entre Eugénie et sa sorcière de mamie, qui a manifestement choisi la jeune fille comme successeur, les relations semblent, petit à petit, se fissurer et les liens se distendre…

Cela est en partie dû aux préjugés des gens qui vont pousser le père d’Eugénie à une certaine défiance vis-à-vis de sa belle-mère l’accusant de tous les malheurs de la maisonnée. Mais cela s’explique également par le comportement de cette sorcière qui, au début bienfaisante, semble petit à petit devenir plus sombre, plus violente et vindicative jusqu’à tomber dans une sorte de folie. Alors qu’Eugénie et les lecteurs sont, dans un premier temps, charmés par cette vieille femme qui sait tirer parti des richesses de la nature et apprivoiser les animaux, on finit par la craindre et penser, comme le père d’Eugénie, que son départ pourrait être une bonne chose… La seule question restant en suspens est de savoir si la méfiance suscitée par la grand-mère a créé son changement de comportement ou si son comportement n’est que le reflet de sa profonde nature ? Pour ma part, j’ai mon avis sur la question, mais je ne doute pas que chacun puisse avoir sa propre interprétation des événements.

En ce qui concerne la sorcellerie, nous ne sommes pas ici dans un roman de type Harry Potter, mais plus dans l’idée d’une sorcellerie liée à la nature avec une observation omniprésente de la faune et de la flore. Point donc de sortilèges lancés avec une baguette magique ou élaborés dans un grand chaudron noir ! D’ailleurs, cartésienne dans l’âme, je n’ai pas forcément été convaincue que le « don » familial soit réellement magique même si certains passages demeurent troublants. Dans tous les cas, j’ai apprécié la vision de la sorcellerie défendue par l’auteure puisqu’elle sied à merveille à l’atmosphère de ce livre. On y retrouve ainsi les peurs qui sévissaient dans les campagnes d’autrefois, ces craintes mêlées de religion et de superstition. Je dis les campagnes d’autrefois, mais certaines idées m’ont rappelé celles toujours présentes dans le village de ma grand-mère, il y a encore vingt ans. Les superstitions et les peurs ancestrales ancrées dans la mémoire collective ont la vie dure…

Quant à la fin, aussi abrupte que logique par certains aspects, elle a ce côté aigre-doux qui pourrait résumer la vie d’Eugénie, une fille de sorcière et de petite-sorcière qui aurait préféré avoir une mamie gâteau qu’une mamie qui parle aux crapauds. Selon l’expression populaire, on ne choisit pas sa famille, mais peut-on choisir de suivre ou non ce qu’elle nous a légué, parfois bien malgré nous ? Une question qui, de nouveau, est sujette à débat…

Enfin, si le roman m’a déstabilisée, car je ne m’étais pas attendue à ce que l’auteure aborde son histoire de cette manière, j’ai fortement apprécié sa plume. Elle manie à merveille les images et les mots pour nous plonger dans un récit à la fois empreint d’une naïveté toute juvénile, et d’une grande dureté. Un décalage qui rend la narration prenante et qui permet de ressentir en son for intérieur le virage dramatique que prend progressivement l’enfance de notre protagoniste.

Cependant, si le langage est beau et que l’on sent un sens du phrasé quasi inné, il se dégage du roman une certaine langueur, voire lenteur, qui pourrait déplaire aux amateurs de récits menés tambour battant. Je leur déconseillerais donc cette lecture sauf à vouloir sortir de leur zone de confort. Je confierais plutôt le roman aux lecteurs appréciant les plumes immersives prenant le temps de raconter la vie peu banale d’une fille qui aurait souhaité être normale.

En conclusion, teinté de sorcellerie et d’une pointe de romance, l’auteure ne nous propose pas ici la recette d’une potion magique, mais le récit d’une jeune femme qui, de retour dans sa ville natale, retrace sa propre histoire afin, peut-être, d’oublier les drames du passé et construire son avenir. Alternant entre douleur et joie, espoir et désespoir, ombre et lumière, douceur et violence, nul doute que la vie d’Eugénie ne devrait pas vous laisser indifférent.

Et vous, envie de découvrir L’Envoûtante ? Découvrez le roman sur la boutique des édition De Borée.