Sur la route de Nosy Komba, Delphine Gosset

Je remercie Lucca éditions de m’avoir permis de découvrir Sur la route de Nosy Komba de Delphine Gosset.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La vie d’Elizabeth et du zoo de sa ville est paisible… Enfin, jusqu’au jour où Odile Panier resurgit dans l’existence de la jeune fille et prend la direction dudit zoo. Ses directives mettant en danger le bien-être des animaux et surtout celui de Pierre, son lémur noir préféré, Elizabeth fera tout pour lui mettre des bâtons dans les roues. Oui, tout : même se rendre à Madagascar et tenter une expérience folle en enfreignant plein de lois !

Lucca éditions en codiffusion avec Hikari Éditions (9 novembre 2018)
Broché
– 288 pages (14€) – À partir de 10 ans
Illustratrice : Mélanie Rebolj

AVIS

Après Le Trésor de Sunthy que j’avais beaucoup apprécié, j’étais curieuse de découvrir une autre parution des éditions Lucca, une curiosité qui a été largement récompensée si l’on considère l’excellent moment de lecture passé auprès d’Elizabeth.

Elizabeth est une jeune fille de 15 ans qui a une passion originale pour une adolescente de son âge : les primates, et plus particulièrement, les lémuriens qu’elle aime observer durant son temps libre. Mais les choses se compliquent quand une femme odieuse, menteuse et opportuniste prend la tête du zoo qui, jusque-là, l’accueillait pour ses séances d’observation.

Faisant fi du bien-être et de la sécurité des pensionnaires, Odile Panier provoque un véritable chaos autour d’elle entreprenant des changements afin de rendre la structure rentable et attractive à la manière… d’un cirque ! Une logique purement mercantile qui ne peut s’appliquer à un zoo, les animaux n’étant pas une vulgaire marchandise comme les autres, mais des êtres dotés de besoins spécifiques et de sensibilité. Bien sûr, l’autrice n’idéalise pas les zoos, ce que j’ai apprécié, mais elle démontre néanmoins le rôle que ce genre d’établissements joue dans la protection et la préservation de certaines espèces animales.

Devant les actes odieux de la nouvelle directrice, Elizabeth ne peut rester indifférente a fortiori quand elle s’attaque à Pierre, un lémurien étant mis au ban de son groupe lors des périodes de reproduction. Bien décidée à le sauver du triste sort qui l’attend, elle prend alors une décision qui va la conduire sur les routes de Madagascar, mais aussi sur celles de son passé….

Ce roman est une pure merveille de sensibilité, d’intelligence et d’émotions. À travers l’histoire d’Elizabeth, l’autrice nous parle de la richesse du monde animal et plus particulièrement de celui des primates. Du haut de mes trente-quatre ans, j’ai été émerveillée devant la diversité des espèces existantes et fascinée par leur intelligence, leurs spécificités, leurs comportements, leurs utilisations plus ou moins conscientes d’outils, leurs interactions, leurs méthodes de communication, leurs modèles d’organisation sociale…

Ce roman est une petite mine d’informations qui devrait ravir tous les lecteurs, car l’autrice explique les choses de manière claire, simple, passionnante et avec un tel enthousiasme qu’on ne peut qu’entrer de plainpied dans ce monde animal qu’elle met à la portée de tous. Après avoir terminé ce roman, difficile de ne pas approuver le Great Ape Project destiné à offrir des droits fondamentaux aux grands singes tout en espérant qu’un jour, ces droits soient étendus à d’autres animaux. L’autrice évoque également des scientifiques, certains connus comme Jane Goodall et d’autres peut-être un peu plus confidentiels du grand public ainsi que des expériences comme le test du miroir de Gordon Gallup nous prouvant, si besoin en est, que les animaux n’ont pas fini de nous surprendre.

Voici donc un roman de vulgarisation scientifique efficace et réussi d’autant que loin de se cantonner à cet aspect, Delphine Gosset a réussi le tour de force de nous offrir une aventure riche en péripéties, en rebondissements et en émotions. Page après page, on apprend ainsi à découvrir Elizabeth, son passé marqué par la disparition de sa mère puis plus tard par celle de son père, son entourage que ce soit sa tante aussi touchante qu’exaspérante, son ami Arthuro, un animalier l’ayant prise en affection, un étudiant tout aussi passionné qu’elle, son compagnon d’enfance, Konrad, un « choucas des tours » plutôt attendrissant… Une galerie de personnages haute en couleur que j’ai adoré voir évoluer et interagir.

Elizabeth est un modèle de courage et de maturité, mais elle n’en demeure pas moins une adolescente de quinze ans avec ses incertitudes, ses premiers émois amoureux, ses décisions parfois impulsives… C’est donc un personnage réaliste et attachant dont on suit avec intérêt l’évolution et les péripéties. Il faut dire qu’en partant à l’aventure à Madagascar, elle ne s’attendait pas à traverser, entre deux paysages à vous couper le souffle, toutes ces zones de turbulences. Mais sur la route la menant à Nosy Komba, elle pourra heureusement compter sur le soutien d’Arthuro avant d’être soutenue par ses proches et ses deux nouveaux amis qui feront un joli pont entre présent et passé. Je préfère ne pas en dire plus pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais ces deux personnages m’ont beaucoup touchée…

Aux côtés de ces personnages, on découvre à travers quelques courts chapitres qui lui sont consacrés, le père d’Elizabeth, Léo. On perçoit, très vite, avec force et émotion l’amour qu’il vouait à sa fille bien que son métier le conduisant à observer les lémuriens dans leur milieu d’origine l’ait tenu bien trop souvent éloigné de sa fille. Même disparu prématurément dans de mystérieuses circonstances, cet homme intelligent, gentil, sensible et fascinant imprègne de sa forte présence tout le roman. Pas besoin de chercher très loin pour comprendre de qui Elizabeth a hérité son esprit passionné ! Cette incursion dans le passé de Léo met également en lumière un autre personnage bien différent de lui. D’aucuns pourraient regretter un certain manque de nuances dans l’expression de sa personnalité, mais ayant déjà pu côtoyer des arrivistes prêts à tout pour arriver à leurs fins, je trouve, hélas, le personnage crédible…

Destiné aux enfants à partir de dix ans, le roman se révèle accessible grâce, entre autres, à l’alternance de chapitres courts, une écriture immersive, simple mais travaillée, la présence de nombreux dialogues fluidifiant le récit… À cela s’ajoutent des illustrations de Mélanie Rebolj qui, en plus d’apporter beaucoup de cachet au roman, permettent aux lecteurs de complètement s’immerger dans le récit et de mieux se représenter les personnages et les animaux évoqués.

 

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À noter également que bien que ce ne soit pas le sujet central du récit, le thème du handicap physique et mental est également abordé. J’ai trouvé que cela était fait de manière plutôt positive dans la mesure où l’autrice ne joue pas sur le pathos, mais montre des personnages entourés qui avancent dans la vie avec entrain et une certaine joie.

En conclusion, Sur la route de Nosy Komba est un très bel ouvrage que je conseillerais à tous les curieux, amoureux des primates ou non, qui aiment apprendre en se divertissant. À travers une adolescente passionnée, d’une grande maturité et d’une force de caractère à toute épreuve, Delphine Gosset nous offre un ouvrage de vulgarisation scientifique accessible et immersif. De la France à Madagascar, attendez-vous à découvrir un monde animal fascinant et varié et à vibrer d’émotions à mesure que le passé et le présent d’Elizabeth se rejoignent dans une aventure riche et mouvementée.

À lire et à relire à tout âge !

Retrouvez le roman sur le site de Lucca éditions.

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Le Trésor de Sunthy, Arnaud Friedmann

Je remercie Lucca Éditions de m’avoir permis de découvrir Le Trésor de Sunthy d’Arnaud Friedmann.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Suite à l’annonce de la maladie grave de son grand-père, Garance réalise qu’elle ne sait pas grand-chose de lui, notamment de sa jeunesse et des circonstances qui l’ont mené loin de son pays natal, le Cambodge. Comme pour rattraper ou rallonger le temps, elle lui rend visite aussi souvent que possible et l’interroge sur son passé. Ce passé qui risque bien de changer sa propre vie et sa relation avec ses parents…

Lucca/Hikari Éditions (17 mai 2019) – 11-13 ans – 240 pages – Broché (11,90€)

AVIS

En plus de la superbe couverture qui représente à merveille le fond du livre, une jeune fille sur les traces de ses ancêtres, j’ai été attirée par l’idée de découvrir une jolie relation entre un grand-père et sa petite-fille que les non-dits et les silences ont longtemps tenus à distance… Et je peux déjà vous dire que je ressors complètement attendrie et émue par cette lecture dans laquelle Arnaud Friedmann a su m’immerger dès les premières pages.

Suite à une remarque idiote d’un ami, Garance en vient à s’interroger sur ses origines cambodgiennes qui donnent lieu à une véritable omerta au sein de sa famille. Le père de l’adolescente de quatorze ans semble avoir coupé le lien avec ses racines se refusant à interroger son propre père sur sa vie au Cambodge qu’il a été contraint de fuir, et sa mère, d’origine française, se révèle peu encline à se lancer sur la piste des ancêtres de son époux.

Garance n’aura donc pas d’autre choix pour en apprendre plus que d’interroger son grand-père paternel qu’elle connaît finalement très peu… Au fil de ses visites à l’hôpital où, gravement malade, il séjourne, elle apprend à connaître ce grand-père qui lui est longtemps apparu intimidant, voire insaisissable. C’est que discret par nature et, probablement par culture, il ne s’épanche pas facilement sur ses sentiments et sur ce passé dont son propre fils ne s’est jamais préoccupé… Touché par l’intérêt soudain de sa petite-fille pour son histoire, il consentira heureusement à répondre aux questions qu’elle lui pose que ce soit directement ou en l’encourageant à lire le mémoire d’un étudiant qui l’a interviewé, il y a quelques années, sur son passé et les circonstances de son arrivée en France. En découvrant son témoignage plein de pudeur et de retenue, j’ai été frappée par l’humanisme de cet homme qui a affronté des choses innommables et qui a perdu des êtres chers, mais qui ne tombe jamais dans la haine ni la diabolisation des Khmers rouges

Se noue entre le grand-père et sa petite-fille une jolie relation empreinte de tendresse et de douceur qui m’a beaucoup émue. Pas d’effusion ou de grandes embrassades, mais des petits gestes qui traduisent leurs sentiments. Mais le temps les rattrape et bientôt, Garance devra poursuivre son enquête sur les traces de ses origines sans son parent… Ce sera alors le début d’un voyage qui la changera à jamais et qui lui permettra de renouer avec tout un pan du passé de son grand-père, et de cette culture qui appartient à son histoire familiale et dont on l’a longtemps tenue éloignée.

Je dois avouer que j’ai été assez dubitative devant l’attitude de ses parents que ce soit sa mère, psychologue, qui manque singulièrement d’empathie et de prévenance, ou son père dont je n’ai pas réussi à comprendre, à l’instar de Garance, l’absence de curiosité et d’intérêt pour la vie de son père et du pays de ses ancêtres. Mais j’imagine que face à un déracinement, chacun réagit différemment, et qu’il n’est pas donné à tout le monde de pouvoir affronter sa propre histoire, notamment quand elle est entachée de drames.

À travers ce récit plein de sensibilité, l’auteur aborde avec une certaine délicatesse la complexe question de l’identité, des origines, de l’immigration et de l’intégration. Est-ce que s’intégrer signifie tirer un trait sur l’histoire, la culture et le pays d’origine de sa famille comme semble le penser le père de Garance ou n’y a-t-il pas, au contraire, un moyen de faire concilier passé et présent pour construire sa propre identité comme le fait si bien Garance ? Ce livre n’apporte pas de réponse puisque cela dépendra de son propre vécu et de sa sensibilité, mais il offre une jolie réflexion sur le sujet. Il permet également, au passage, de démystifier certaines idées sur l’immigration et les problèmes d’intégration en montrant que la peur relative aux vagues d’immigration ne date pas d’hier…

En levant progressivement le voile sur le passé du grand-père de Garance, l’auteur revient sur une période mouvementée du Cambodge avec l’arrivée au pouvoir des Khmers rouges en 1975, mais il le fait de manière concise et très humaine. Plus que l’histoire avec un grand H, c’est donc celle d’un homme comme les autres pris dans les turpitudes de son pays et de son époque qui est ici au cœur du roman. Une approche efficace et accessible qui permettra aux lecteurs de tout âge de se plonger corps et âme dans un récit qui ne pourra que les toucher. Intense et sans temps mort, ce livre se lit donc très vite sans oublier son découpage intelligent en plusieurs parties qui guide à la perfection la lecture, notamment des jeunes lecteurs. Simple mais travaillée, la plume de l’auteur est, quant à elle, très agréable d’autant qu’elle dégage un certain dynamisme qui se retrouve d’ailleurs dans la personnalité de Garance.

L’adolescente va faire des découvertes parfois difficiles, mais elle ne perd jamais son entrain ni son enthousiasme pour faire la lumière sur le passé de son grand-père. C’est donc avec courage, optimisme et pugnacité qu’elle fera tomber toutes les barrières qui se dresseront sur son chemin qu’elles soient familiales, historiques ou géographiques. Pour ce faire, elle pourra compter sur le soutien de ses amis, mais aussi sur celui d’un garçon qui l’éveillera aux sentiments amoureux. N’oublions pas que Garance reste une adolescente comme les autres et que son envie de renouer avec ses racines ne l’empêche pas de partager les mêmes préoccupations que les jeunes de son âge…

Tout au long de ce travail de recherche et de mémoire que fait la jeune fille, se dessine également un certain hommage au métier d’historien dont on découvre la difficulté de plonger au cœur de l’histoire et d’en restituer avec fiabilité les événements, les sources devant toujours être questionnées et les données contextualisées… Un aspect du roman assez subtil, car très bien intégré au récit, que j’ai trouvé très inspirant que l’on apprécie ou non l’histoire.

En conclusion, Le Trésor de Sunthy, un titre énigmatique dont vous découvrirez en fin d’ouvrage l’explication, est un superbe récit qui alterne entre France et Cambodge, entre présent et souvenirs du passé. Un passé qui prend vie grâce à la quête de vérité d’une adolescente bien décidée à se réapproprier ses origines et cette histoire familiale dont on l’a trop longtemps dépossédée. Un voyage dans le temps et dans l’espace qui la changera à jamais… Cette histoire offre également une réflexion plus que jamais d’actualité sur l’immigration et l’intégration, mais aussi sur l’importance de savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. Touchant, plein de délicatesse et d’émotions, voici un roman intergénérationnel que je ne peux que vous conseiller.

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