Le libraire de Cologne, Catherine Ganz-Muller

Cologne, Allemagne. 1934.
Poussé à l’exil par les lois anti-juives, le libraire Alexander Mendel est obligé de s’exiler en France avec sa famille. Il confie sa Librairie à son jeune employé, Hans Schreiber.
Par fidélité à son mentor et par haine du régime nazi, Hans décide de se battre, malgré les menaces et les bombes, pour que la Librairie continue à vivre dans cette période tragique.

Le combat d’un libraire, héros ultime d’un pays où règnent la haine et la terreur, qui tente de faire triompher les livres… et la liberté.

Scrineo (20 février 2020) – 288 pages – Broché (16,90€) – Ebook (9,99€)
À partir de 14 ans – Illustration : Myrtille Vardelle

AVIS

Fin d’année 1933, Cologne. Lors du repas de la Saint-Sylvestre, les membres d’une famille se posent la question de s’exiler ou de rester dans cette Allemagne qui semble de plus en plus prompte à stigmatiser les Juifs et à les priver de leurs droits. Il se dégage beaucoup de sobriété, mais aussi tellement d’émotions de ce repas de famille qui devient un peu le symbole de la fin d’une période heureuse… En fonction de sa situation et de ses espoirs, chaque membre de la famille prend sa décision. À la lumière de ce que nous, lecteurs du 21e siècle, savons, certains choix laissent craindre le pire même si nous espérons que tout le monde trouve un moyen de survivre dans cette Europe sur le chemin de la terreur et du chaos.

Alexander Mendel, libraire passionné, quant à lui, fait le choix difficile de s’exiler en France avec sa femme et sa fille. Il laisse alors sa librairie aux mains d’un jeune homme de confiance, Hans, qu’il a pris très jeune sous son aile en veillant à alimenter son amour des livres. En digne successeur, Hans va faire de son mieux pour maintenir à flots la librairie alors qu’au fil des ans, les menaces se font de plus en plus lourdes : provocations, pression, représailles contre ce commerce d’origine juive dans un pays en proie à la haine d’une partie de sa propre population, censures des autorités qui jugent les ouvrages présentables et ceux à détruire, clients qui se raréfient, puis avec la guerre, les bombes, le feu…

Et pourtant, malgré les périodes de doute, les disparitions et les épreuves, Hans ne baissera jamais les bras ! Touchant, courageux et d’une force de caractère à toute épreuve, cet homme ne pourra qu’inspirer les lecteurs, et les émouvoir par sa volonté de lutter contre le nazisme et l’obscurantisme, non pas par les armes, mais par l’amour des livres qu’il propage avec beaucoup d’abnégation. À cet égard, Hans, peut être vu comme un héros dans sa définition la plus noble, celle d’un homme qui, avec ses propres moyens et toute son humanité, s’oppose et se dresse contre la haine, la violence et toutes ces idées nauséeuses et nauséabondes qui lui font avoir honte de son pays.

Que ce soit à travers ce personnage ou d’autres que l’on découvre au fur et à mesure de l’intrigue, j’ai apprécié la manière dont l’autrice souligne un point qui a souvent été occulté au lendemain de la guerre : tous les Allemands n’étaient pas des nazis et ne partageaient pas les idées du Führer. Malgré l’endoctrinement omniprésent, ce dont on a un rapide aperçu, et la peur, certains Allemands vont ainsi continué à fréquenter, même sporadiquement, la librairie et tenté, à leur manière, de soutenir Hans dans sa tâche périlleuse de la préserver.

En plus de l’histoire du libraire de Cologne et de la librairie, inspirée de faits réels, ce roman offre un rapide rappel des principales étapes de la Seconde Guerre mondiale, de la montée en puissance du nazisme quelques années précédant le conflit à la fin de cette guerre innommable. Ces rappels historiques sont, en plus d’être faits avec intelligence, toujours brefs, l’autrice se focalisant avant tout sur les livres et l’aspect humain du roman. Mais je pense que ce point pourra être particulièrement intéressant pour les collégiens et ceux étudiant cette période difficile de l’histoire. Le livre me semble d’ailleurs avoir toute sa place au sein des CDI et des programmes scolaires…

J’ai maintes fois été révoltée devant les injustices qui frappent des personnes ostracisées du simple fait de leurs origines ou de leurs différences, choquée devant la perfidie et la méchanceté de certains, mais également émue par la dévotion de Hans envers l’héritage de son mentor, et galvanisée par les actions de personnes prêtes à risquer leur vie pour ne pas laisser la haine de l’Autre l’emporter sur leurs idéaux et leur soif de liberté et de justice sociale… Cette lecture, bien que relativement courte, fut donc riche en émotions et en frissons d’autant que la plume fluide et évocatrice de l’autrice restitue à merveille l’humanité de Hans et des personnes qui l’épauleront pour faire de sa librairie, l’un des derniers bastions d’espoir et de lumière dans une ville et un pays alimentés par la haine.

En conclusion, Le Libraire de Cologne est un très beau et touchant roman qui nous montre la puissance des convictions et la manière dont un homme ordinaire, poussé par ses idéaux et son amour de la littérature, a réussi à apporter un peu de lumière dans l’obscurité. Sombre, mais également empli d’humanité (une arme efficace contre la barbarie), ce livre devrait réunir adolescents et adultes autour d’une période sombre de notre histoire que l’on redécouvre à travers le destin d’un homme qui a transformé son amour des livres en un combat pour la liberté.

Je remercie Babelio et les éditions Scrineo pour cette lecture.

Top Ten Tuesday #136 : 10 romans repérés en librairie en ce mois de juillet

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« Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français pour une 2e édition sur le blogue Frogzine. »


Je vous propose 10 romans repérés en librairie durant ce mois de juillet. En rédigeant cet article, je me suis rendu compte que ma curiosité a surtout été happée par des titres faisant référence au règne animal, ce qui n’était pas volontaire, mais qui n’est pas pour me déplaire adorant les animaux.

Pour rappel, ne possédant pas ces romans, je me suis contentée de citer les quatrièmes de couverture.

  • Le rêve de la baleine :

Le rêve de la baleine par [Hobson, Ben]Premier roman australien, Le rêve de la baleine est un conte initiatique d’une grande beauté. Après la mort de sa mère, un jeune garçon doit apprivoiser son chagrin et celui de son père. L’homme, qui travaille en mer sur un baleinier, est taiseux et a du mal à faire face à cette proximité nouvelle avec son fils. Il décide de l’emmener avec lui au large pour lui apprendre son métier. L’enfant découvre un monde à la fois sublime et brutal. Mêlant récit légendaire, réalisme et nature writingLe rêve de la baleine renouvelle un mythe biblique et littéraire – celui de Jonas, de Moby Dick mais aussi du Vieil homme et la mer – avec une sensibilité remarquable.

  • La solitude du bonsaï :

Après trente ans d’une carrière diplomatique sédentaire sans gloire ni démérite, alors que son corps a gagné en embonpoint et que sa pression artérielle commence à lui jouer des tours, Pierre Tonneau, proche de la soixantaine, cède à l’appel du large et quitte une vie sans relief à Paris pour occuper le poste de consul général à Kyoto au Japon. Célibataire endurci, il tombe sous le charme d’une bibliothécaire souriante qu’il épouse. Après quelques années de bonheur, le tsunami de 2011 les pousse à quitter le Japon.
Sur les conseils de Kimiko, sa femme, Tonneau postule pour Calcutta, la plus délirante métropole indienne. Ce choix fatal va bouleverser son existence et l’Inde déverser sur lui le fracas de son exubérance. S’ensuit une cascade d’aventures calamiteuses ou rocambolesques, auxquelles le couple Tonneau aura bien du mal à résister.
Nourri d’expériences vécues, l’humour british de Sébastien Ortiz célèbre Calcutta, héroïne de ce roman délicieusement décalé.

  • Le chien de madame Halberstadt :

Un homme malchanceux voit sa vie bouleversée par le chien de sa voisine. Un livre plein d’humour et de tendresse qui marque le retour de Stéphane Carlier, auteur notamment de Les gens sont les gens.

Baptiste, écrivain, a connu des jours meilleurs. Son dernier roman a fait un flop, sa compagne l’a quitté pour un dentiste et, à bientôt quarante ans, il est redevenu proche de sa mère. Il passe ses journées en culotte de survêtement molletonné, à déprimer dans son studio qui sent le chou… Jusqu’à ce que Madame Halberstadt, sa voisine de palier, lui demande de garder son chien quelques jours. Baptiste accepte à contre-cœur et doit très vite se rendre à l’évidence : depuis que Croquette a franchi le seuil de son appartement, sa vie change du tout au tout.

  • Si j’avais un perroquet je l’appellerais Jean-Guy : Au chapitre 2 de la deuxième partie du deuxième livre de Françoise Sagan qu’elle a emprunté à la bibliothèque, Catherine tombe sur un bout de papier. Dessus, un prénom – Jean-Philippe –, un numéro de téléphone et un message clair :  » Appelle quand tu veux « . Catherine, célibataire et traumatisée depuis deux ans (son ex a couché avec sa sœur…), envisage toutes les hypothèses, entend les préventions légitimes de ses amies et, sachant bien qu’a priori personne ne répond à un message trouvé par hasard dans un livre de bibliothèque, décide malgré tout de contacter Jean-Philippe. Aussi insensé, absurde, impensable, inconcevable et improbable que puisse paraître un tel geste. Car qui ne tente rien…

  • Et pour quelques Toudous de plus : C’est avec émotion que Tom Cox quitte le Norfolk, accompagné de ses chats terriblement charismatiques bien décidés à rendre le déménagement aussi chaotique que possible ! Un autre chapitre commence alors pour les félins et leur maître dans les prés verdoyants et fleuris du Devon. L’Ours, Ralph, Shipley et leur dernière recrue, l’aventureuse Roscoe, y vivent de nouvelles aventures racontées avec humour. L’Ours, chat à l’air mystérieux et solennel, prouve une fois de plus qu’il a de nombreux secrets et bien plus que neuf vies à son actif ! Ses camarades félins se révèlent toujours plus attachants, et Tom Cox tout aussi charmant dans ce récit sincère et plaisant.

  • Un monde sauvage : Quelques empreintes de pattes dans la neige, une carcasse de daim abandonnée un peu plus loin… et Felitsa avait compris en un éclair à qui elle avait affaire. Sa mère Alissa est garde forestière au bout du bout de la taïga russe, une zone de trafic intense avec la Chine voisine et un beau terrain de chasse pour les braconniers. De l’autre côté de la frontière, la dépouille d’un tigre de Sibérie vaut des dizaines de milliers de dollars. Si Felitsa et sa mère ont repéré la tigresse, les braconniers ne vont pas tarder à faire de même. Il faut trouver le moyen de sauver sa peau…

  • Toto Ninja chat : Attention : Toto n’est certainement pas une chatte ordinaire. Elle est presque aveugle et c’est un grand ninja ! Ce soir, avec son frère Silver, froussard expert en grignotage et en gaffes, Toto devra sauver son quartier d’une terrible menace : le cobra royal Brian s’est échappé du zoo. La nuit risque d’être longue pour notre Ninja chat !

  • Tant que durent les rêves :  » Qu’est-ce qui donne à certains d’entre nous la force de croire en soi et de se surpasser ? Nathan fait de la natation en compétition, il s’entraîne sans relâche, mais depuis quelque temps le doute s’immisce en lui, la peur de ne pas réussir. Un matin, il se réveille dans la peau d’un fantôme, spectateur impuissant de son pire cauchemar : le vrai Nathan de chair et d’os vient d’arrêter la natation, il est en train de saccager sa vie. Il va alors rencontrer le fantôme d’Alicia, qui a renoncé à devenir écrivaine… »

  • Légendes chimériques :  » Koyomi Araragi est un lycéen un peu particulier : mordu par une vampire âgée de 500 ans, il doit composer avec des capacités hors du commun qui le rendent, malgré lui, sensible aux phénomènes surnaturels… Un jour, il rattrape Hitagi, une de ses camarades de classe, alors qu’elle chutait dans les escaliers. Quelle n’est pas sa surprise quand il découvre qu’elle ne pèse pratiquement rien ! Très vite, Koyomi réalise qu’une entité chimérique a pris possession de la jeune fille et qu’il va devoir lui venir en aide… »

  • Les affamés : Auteur à succès, Charles noie son ennui dans l’alcool, le tabac, la bonne chère et les conquêtes faciles. Un style de vie proscrit depuis que les Lois de la Santé ont mis le pays au régime sec : travail et nourriture saine pour tous, sport obligatoire et interdiction formelle de nuire à sa santé. Mais Charles est adulé par les foules, alors on le laisse faire… jusqu’au jour où un politicien aux dents longues décide de censurer la production littéraire. Commence alors pour l’écrivain une descente aux enfers qui lui donnera à voir l’envers du décor de cette société prétendument idéale.

Les affamés (Nouveaux Millénaires) par [Edgar, Silène]

Et vous, est-ce que l’un de ces romans vous tente ?