L’Appel d’Am-Heh (Les Chroniques Occultes t. 1), Guy-Roger Duvert

L'Appel d'Am-Heh (Les Chroniques Occultes t. 1) par [Guy-Roger Duvert, Mark Chac, Patrick Balou]

En 1934, Kristen, archéologue travaillant à la Miskatonic University, à Arkham, tente de faire reconnaître ses compétences dans un monde où les femmes restent méprisées.

Tout change le jour où elle reçoit un paquet envoyé d’Égypte, contenant une moitié de tablette aux inscriptions semblant dater de l’époque archéenne. Accompagnée de Milton Blake, un aventurier obéissant à un conclave occulte au sein de la Miskatonic, et de Howard Brixton, ancien espion britannique, elle s’engage dans une odyssée qui l’amènera des États-Unis en Égypte, puis en France et jusqu’en Allemagne nazie.

Mais cette course après un savoir occulte qui aurait dû rester enfoui ne risque-t-elle pas de les mener aux portes de la folie ?

Guy-Roger Duvert, réalisateur du long métrage “Virtual Revolution” et compositeur de nombreuses musiques de films, séries télé et jeux vidéos, est également l’auteur de la saga Outsphere, dont le premier tome a remporté le prix Amazon TV5 Monde en 2019, ainsi que des romans Backup, Virtual Revolution 2046 et Eschaton. L’Appel d’Am-Heh est le premier de ses romans à sortir du domaine de la science-fiction, pour lui préférer ceux du fantastique et de l’aventure pulp.

Auto-édité (2 mai 2021) – 319 pages – Papier (19,90€) Ebook (4,99€)

AVIS

Quand Guy-Roger Duvert m’a proposé de m’envoyer L’appel d’Am-Heh, je n’ai pas hésité une minute, appréciant beaucoup sa plume et son imaginaire. Et je dois dire que je ne le regrette pas ayant de nouveau passé un très bon moment de divertissement avec ce roman qui devrait combler les amoureux des aventures à la Indiana Jones.

Pour ma part, j’ai d’emblée ressenti cette impression, caractéristique du style de l’auteur, de quitter le confort de mon canapé pour m’immerger pleinement dans les décors qui prennent vie sous nos yeux. Des décors tour à tour fascinants, grandioses et emplis de mystère comme tout ce qui touche à l’Égypte ancienne. Si cette civilisation bien réelle, qui ne manque pas d’enflammer les esprits, est en trame de fond, l’auteur a choisi de la mêler à une autre civilisation, une civilisation dont on se surprend à rêver…

La question de l’existence ou non de cette civilisation sera un point de dissension dans le couple formé par l’aventurier Rick Nighy et Kristen, une archéologie et universitaire, qui se quitteront sur un échange tendu. Cela n’empêchera pas Rick de lui envoyer, depuis l’Égypte, la moitié d’une tablette comprenant des inscriptions semblant dater de l’époque archéenne. Une découverte capitale réalisée lors de la fouille d’un site archéologique connu de quelques-uns, mais protégé, de manière convaincante, du plus grand nombre. Cet envoi représente-t-il une formidable marque de confiance, un cadeau empoisonné et/ou une clé d’entrée pour Kristen, femme ayant des origines asiatiques dans un monde de l’archéologie dominé par les hommes, au cœur d’une Amérique des années 1930 peu encline à la diversité ?

À moins que ce ne soit un peu de tout ça… Quoi qu’il en soit, Kristen voit en cette tablette la chance de pouvoir enfin faire ses preuves et prouver que, comme son respecté et défunt père, elle est tout à fait capable de partir sur le terrain. Si ses espoirs de mener elle-même une expédition sont quelque peu douchés, elle obtiendra néanmoins la permission de se lancer à la recherche de Rick disparu, et de l’autre moitié de la tablette, tout en découvrant au passage l’existence d’un comité secret au sein de son université.

Dans cette mission, elle sera accompagnée du détective Milton Blake, mandaté par le comité, un homme assez mystérieux qui ne quitte jamais ses gants, et par un ami de ce dernier, Howard Braxton, un ancien espion britannique qui a gardé tous les réflexes de sa profession. Un trio plutôt inattendu, mais qui au fil des péripéties, nous prouvera sa parfaite complémentarité. En effet, trouver la seconde moitié de la tablette va se révéler plus ardu que prévu, cette relique d’une ère éloignée déchaînant les passions, et c’est un euphémisme. Notre trio va donc devoir évoluer dans des sables mouvants et faire face à de multiples dangers, certains qui ne manqueront pas de vous faire trembler. Ces péripéties seront l’occasion pour l’auteur de déployer tout son talent pour retranscrire l’intensité des scènes d’action et en restituer à la perfection la dynamique. J’ai ainsi eu l’impression de participer aux combats, de visiter des endroits fascinants, mais dans lesquels je n’aurais guère eu envie d’être piégée, et d’assister à des événements surnaturels, prémisses de l’arrivée d’un plus grand danger…

Car si le roman est parsemé d’ennemis terrestres qui se battent avec des armes traditionnelles, il est également empli de dangers bien plus pernicieux et au potentiel de destruction inégalable et inimaginable. L’auteur mêle ainsi réalité en transposant son récit dans une période historique précise, et imaginaire en parant son histoire d’une bonne dose de mythologie et d’occulte. Un occulte qui se cristallise ici autour de la tablette mais qui fait partie intégrante du monde, ce dont Milton Blake est bien conscient puisqu’il en a déjà payé le prix fort. Kristen, quant à elle, n’a pas d’autre choix que de s’ouvrir à cette idée perturbante, la jeune femme ayant été témoin de phénomènes étranges qui ne laissent que peu de doute sur l’existence du surnaturel.

Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais j’ai apprécié toute la mythologie déployée autour des Grands Anciens et d’Am-Heh, un dieu peut-être mineur, mais majeur au regard du danger qu’il fait planer sur le monde. Néanmoins, ce sont les liens entre Kristen et la tablette qui se révèlent les plus intrigants, celle-ci semblant avoir une influence grandissante sur l’archéologue, ce qui ne sera d’ailleurs pas sans conséquence sur ses capacités… Il y a également quelque chose de mystérieux au fait que contrairement aux autres personnes qui ont eu le malheur de toucher la tablette, Kristen ne semble pas sombrer dans la folie à son contact, un contact dont elle a de plus en plus besoin. Mais la jeune femme est-elle vraiment immunisée contre le pouvoir de la relique ? Pour le savoir, il vous faudra lire le roman, mais j’avoue m’être laissée surprendre par une révélation qui m’a poussée à revoir l’intrigue sous un autre jour, avant d’en déduire que oui, finalement, c’était quelque chose de palpable, à défaut d’être facilement identifiable !

Comme à son habitude, l’auteur propose une aventure rythmée sans temps mort qui, ici, transcende les frontières qu’elles soient surnaturelles ou plus terrestres, l’action se déroulant entre Égypte, Allemagne, États-Unis et France. Ajoutons à cela une écriture vive, immersive et dynamique qui pousse à tourner les pages à vitesse grand V, d’autant que plus on avance dans la lecture, plus l’action s’intensifie et la vérité se précise… pour le meilleur et pour le pire. Les personnages vont ainsi être poussés dans leurs retranchements et vont devoir abandonner leur scepticisme pour certains, leurs préjugés pour d’autres, ou encore faire face à  une vérité dangereusement occultée, soit par réelle ignorance, soit par facilité, voire un peu des deux.

Si j’ai trouvé les personnages assez bien dessinés pour être aisément identifiables et reconnaissables, sans pour autant être clichés, j’aurais peut-être apprécié d’en apprendre plus sur eux et d’avoir une connaissance plus fine de leur personnalité. Ce n’est pas un défaut en soi puisque clairement ici, on est plus dans le mystère et l’action que l’introspection, mais j’imagine que cela amenuise un peu le sentiment de proximité que l’on peut ressentir pour eux. Par conséquent, si j’ai aimé l’expertise, le courage, la force de caractère et la volonté de Kristen de s’imposer dans un monde d’hommes, la détermination et la droiture de Milton, et le côté sympathique et caméléon de Howard, en plus de son esprit cartésien dans lequel je me retrouve (et qui m’aurait probablement coûté la vie dans ce roman), aucun personnage ne se révèle terriblement attachant. Cela ne m’a pas empêchée de prendre un immense plaisir à suivre leurs péripéties, à trembler pour eux et à avoir envie que tout se termine le mieux possible pour chacun. Mais si vous avez déjà lu l’auteur, vous savez déjà que le monde des Bisounours, ce n’est pas sa tasse de thé. Alors attendez-vous à une fin qui vous donnera des sueurs froides et qui vous poussera à réclamer à cor et à cri  la suite !

Les héros sont charismatiques, intéressants et complémentaires, chacun apportant quelque chose à l’intrigue, mais j’ai également été sensible à l’un des méchants, pas à son comportement et à son aveuglement face aux conséquences de son projet, mais à ses motivations que l’on peut sans peine comprendre ! J’ai d’ailleurs été agréablement surprise de la subtilité avec laquelle l’auteur fait se côtoyer deux grandes menaces : l’une surnaturelle et finalement encore assez mystérieuse à la fin de ce premier tome, et l’autre réelle et issue de notre propre Histoire. À cet égard, un Allemand m’a beaucoup touchée et apporte cette nuance que certains semblent oublier quand l’on évoque l’une des pires périodes de notre passé pas si lointain.

Avec ce premier tome d’une série que je suivrai avec plaisir, l’auteur nous prouve son talent pour lier fiction et réalité et ainsi construire une œuvre complète, à la croisée des genres, rythmée, mystérieuse, fascinante, addictive, fantastique mais réaliste à la fois. Une œuvre qui devrait plaire aux aventuriers dans l’âme, aux Indiana Jones de cœur et à toutes les personnes passionnées par l’Égypte ancienne et les histoires mêlant enquête et occulte.

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé son roman, que vous retrouverez sur Amazon, en échange de mon avis.