Throwback Thursday Livresque #135 : Contes & légendes

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Pour ce thème, j’ai tout de suite pensé à un recueil de contes que j’avais dévoré et adoré : The language of Thorns de Leigh Bardugo. Lu en VO, le livre a été édité depuis en français par les éditions Milan.

« Travel to a world of dark bargains struck by moonlight, of haunted towns and hungry woods, of talking beasts and gingerbread golems, where a young mermaid’s voice can summon deadly storms and where a river might do a lovestruck boy’s bidding but only for a terrible price.

Inspired by myth, fairy tale, and folklore, no. 1 New York Times-bestselling author Leigh Bardugo has crafted a deliciously atmospheric collection of short stories filled with betrayals, revenge, sacrifice, and love. Perfect for new readers and dedicated fans of the Grishverse. »

Pour en apprendre plus sur ce très beau livre, autant au niveau du fond que de la forme, je vous invite à lire mon avis dont voici la conclusion :

L’auteure nous offre six histoires envoûtantes qui sentent bon les contes d’antan et qui vous feront passer de délicieux moments de frissons et d’angoisse. Si vous aimez les Frères Grimm et tous ces autres conteurs qui ont donné leur lettre de noblesse à ce genre, The Language of Thorns est un livre qui devrait vous ravir.

Et vous, ce livre vous tente-t-il ?

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Grisha, Tome 2 : Le dragon de glace, Leigh Bardugo

Je remercie les éditions Milan et Babelio pour le tome 2 de la série Grisha de Leigh Bardugo.

SPOILER ALERT TOME 1

Si vous n’avez pas lu le tome précédent, je vous conseille de lire la chronique plus tard, car elle dévoile une information capitale que vous prendrez certainement plus de plaisir à découvrir par vous-même lors de la lecture du tome 1.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

 » Je suis l’Invocatrice de lumière. Et je suis votre dernière chance.  »

DÉVOTION. REMORDS. MARTYR.

Un pays déchiré par la guerre civile.
Une jeune femme idolâtrée, rongée par ses propres pouvoirs.
Un corsaire flamboyant et mystérieux.
Un soldat renégat, en proie aux doutes.
Une menace grandissante. Un danger imminent.

RÉSISTANCE. POUVOIR. SACRIFICE.

Pour s’opposer au Darkling, Alina devra explorer ses propres ténèbres. Au risque d’y perdre sa lumière.

  • Broché: 448 pages
  • Éditeur : Éditions Milan (20 juin 2018)
  • Prix : 16.90€

AVIS

Après la fin du premier tome, j’avais hâte de découvrir ce que Leigh Bardugo réservait à ses personnages qu’elle a une très légère tendance à malmener. Et sans surprise, la suite de cette intrigue continue dans la même lignée : de l’action, des révélations, des tensions, des intrigues politiques, des mensonges, un univers fascinant et toujours aussi dangereux, l’émergence d’un nouveau danger que l’on voit se profiler sans vraiment en prendre toute la mesure…

Néanmoins, par rapport au premier tome, j’ai trouvé que l’autrice prenait un peu plus le temps de poser le décor s’attardant pas mal sur la psychologie des personnages et la manière dont Alina et Mal doivent s’adapter à leur nouvelle situation. Une large importance est également accordée à la stratégie militaire, un domaine qui ne me fascine pas, mais que l’autrice a su rendre intéressant notamment par toutes les tensions que la recherche de la meilleure manière de vaincre le Darkling semble cristalliser.

Il m’a donc fallu un peu plus de temps pour m’immerger dans le récit, ce qui ne m’a pas empêchée d’apprécier le début du roman qui a un aspect « histoire de pirates » fort sympathique. Mais ce passage va surtout permettre à l’autrice d’introduire un nouveau personnage, plutôt haut en couleur ! Extrêmement rusé, capable de séduire à peu près tout le monde et bien décidé à faire de son objectif une réalité, cet homme a une présence certaine. J’espère le retrouver dans la suite des aventures d’Alina, car j’ai beaucoup apprécié sa personnalité pleine d’exubérance qui cache une détermination à toute épreuve.

Ce deuxième tome marque donc l’arrivée de nouveaux personnages, certains prenant plus d’importance que d’autres. Un frère et une sœur m’ont particulièrement plu, leur courage et leur dévotion à Alina, et l’espoir qu’elle représente, forçant le respect. En plus de ce sang frais qui donne une nouvelle impulsion à l’intrigue, l’autrice n’a pas oublié de mettre sur le devant de la scène des personnages du premier tome. À cet égard, je salue la manière originale et bien flippante dont elle a décidé de faire intervenir le Darkling. Malgré la distance et malgré les événements, il se tient dans le sillage d’Alina, que ce soit grâce au doute qu’il a instillé en elle ou à des moyens peu conventionnels. Alors même qu’il n’apparaît quasiment pas, on sent sa présence vaporeuse et menaçante durant tout le roman !

Le Darkling est dérangeant, car il est effrayant, mais il est également dérangeant, car même si ces plans meurtriers font frémir, il fait preuve d’une certaine rationalité. Sa soif de pouvoir ne peut occulter le fait que ses arguments en faveur d’une paix obtenue par la force sont rationnels. Sa manière de vouloir faire cesser la guerre est donc abjecte et d’une froideur extrême, mais basée sur une argumentation logique. D’ailleurs, dans une certaine mesure, je n’ai pu m’empêcher de penser que l’histoire mondiale n’est pas dépourvue de décisions inhumaines prises pour retrouver une stabilité mondiale…

Néanmoins, impossible de ne pas le condamner d’autant que derrière son objectif officiel de paix à tout prix, il y a toujours cette quête de pouvoir, cette soif « de plus », de toujours plus. Une chose qu’Alina commence petit à petit à expérimenter. Oubliez la jeune naïve des débuts, l’Invocatrice de lumière devient plus sombre, et plus déterminée que jamais à ne plus se laisser traquer sans réagir. Elle s’affirme, ne recule plus devant les démonstrations de force, et semble imposer progressivement son leadership, quitte à flirter dangereusement avec la morale. D’ailleurs, dans sa quête pour renverser le Darkling en acquérant de plus en plus de pouvoir, ne risque-t-elle pas, à son tour, d’y perdre son âme ?

Une question qui ne peut que tarauder le lecteur en même temps que Mal qui a de plus en plus de difficultés à reconnaître l’Alina de son enfance. Sur ce point, je m’avouerais mitigée. Je n’ai pu que partager les craintes de Mal tout en regrettant que derrière une peur plutôt justifiée, se cache un comportement parfois mesquin, mais surtout empreint de jalousie, jalousie envers l’importance que prend Alina et jalousie envers les hommes qui pourraient s’intéresser à elle. Le jeune homme manque de confiance en lui et en Alina, ce qui rend ses réactions excessives et parfois, injustes. Du coup, comme dans le premier tome, la relation entre les deux meilleurs amis/amants a eu une légère tendance à m’agacer ayant l’impression d’être devant deux enfants incapables de communiquer. Ceci s’est révélé frustrant et assez surréaliste, car vu la situation, je ne suis pas certaine que les querelles amoureuses aient vraiment leur place dans le récit…

Toutefois, on sent que les tensions entre Alina et Mal ne sont pas là pour faire joli et que cela a et aura un impact sur la suite de l’aventure. Il faut dire que comme dans le premier tome, Leigh Bardugo ne laisse aucune place à l’improvisation, chaque pièce de l’échiquier se met en place, progressivement, pernicieusement et efficacement ! Au fur et à mesure que l’intrigue avance, le rythme s’accélère, les tensions s’accroissent, l’action s’emballe et le lecteur est pris dans une spirale infernale dont il est bien difficile de dire qui sortira gagnant. Mais gardez bien en tête que l’autrice n’hésite pas à affaiblir ses personnages et à les pousser dans leurs retranchements afin de tirer le meilleur comme le pire d’eux. Et c’est ce qui rend ses personnages si réalistes et si attachants ou, au contraire, si effrayants. Derrière chacun d’entre eux, on y reconnaît des forces et des faiblesses bien humaines…

En conclusion, d’abord déstabilisée par l’importance donnée à la psychologie des personnages, je me suis de nouveau laissée embarquer avec délectation par la plume de l’autrice qui s’est révélée tout aussi entraînante que dans le premier tome. Entre la découverte des talents de stratège militaire d’Alina et de son nouvel allié, la recherche pour chacun de son rôle à jouer face à la guerre contre le Darkling, et cette tension qui ne fait que s’accroître au fil des pages, l’autrice signe de nouveau une histoire palpitante. Oscillant entre réflexion et exaltation, entre danger et espoir, ce deuxième tome laisse entrevoir de nouvelles péripéties que j’ai hâte de découvrir.

Et vous, envie de découvrir ce roman ?

Commandez-le chez votre libraire ou retrouvez-le sur des sites comme Amazon.

Grisha (tome 1), Leigh Bardugo

Couverture de « Grisha »

Je remercie les éditions Milan et Babelio pour le tome 1 de la série Grisha de Leigh Bardugo.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

OMBRE. GUERRE. CHAOS.
Un royaume envahi par les ténèbres.
Une élite magique qui se bat sans relâche contre ce mal.
Des citoyens envoyés en pâture aux créatures qui peuplent le Shadow Fold.
Parmi eux : Alina Starkov.
ESPOIR. DESTINÉE. RENOUVEAU.
L’avenir de tous repose sur les épaules d’une orpheline qui ignore tout de son pouvoir.
L’Invocatrice de lumière.

  • Broché: 350 pages
  • Éditeur : Éditions Milan (11 octobre 2017)
  • Prix : 15.90€

AVIS

Quand j’ai reçu un mail m’indiquant que j’allais recevoir les tomes 1 et 2 de Grisha, j’ai sauté de joie, cette série me tentant depuis un long moment autant pour l’histoire que le magnifique travail d’édition effectué par les éditions Milan : sublime couverture, dorures, carte en début d’ouvrage, prise en main agréable de l’ouvrage… La maison d’édition s’est ainsi assurée de vous donner envie de vous jeter sur cette petite merveille.

On peut, en effet, qualifier de petite merveille ce roman qui, dès les premières pages, vous dévoile un univers aussi sombre que passionnant, un univers façonné par Leigh Bardugo pour tenir en haleine ses lecteurs. C’est simple, de l’ambiance, au système politique en passant par les personnages, tout dans cette histoire m’a donné envie de tourner les pages les unes après les autres ! Malgré les nombreuses informations à assimiler, vous ne verrez donc pas le temps passer, les différents rouages de l’intrigue s’enchaînant naturellement…

On découvre d’ailleurs très tôt un élément essentiel et intrigant de l’histoire, un personnage à part entière qui n’a pourtant pas d’enveloppe charnelle : le Shadow Fold. Abritant de dangereuses créatures, dont on apprendra par la suite la terrifiante origine, ce brouillard maléfique est bien souvent synonyme de mort pour les individus qui tentent de le traverser. Peu de survivants donc, mais beaucoup de morts sans que personne ne puisse y faire grand-chose. Personne ? C’est ce que l’on croyait jusqu’à ce qu’un miracle se produise ! Et ce miracle prend l’apparence d’Alina, une orpheline devenue cartographe, et bien plus. Alors qu’elle se croyait quelconque, elle va se découvrir une grande destinée, une destinée qui va lui faire croiser la route d’un autre personnage hors du commun, le ténébreux et mystérieux Darkling. Cet homme influent aux grands pouvoirs va voir en la jeune fille l’avènement d’une nouvelle ère et accessoirement, la fin d’une guerre qui n’a que trop duré. Alina n’aura donc pas d’autre choix que de le suivre au Little Palace pour apprendre à maîtriser son don et devenir L’Invocatrice de lumière sur laquelle tout le monde fonde de grands espoirs.

Une pression importante pour une jeune fille qui découvre brutalement qu’elle n’est pas aussi banale qu’elle le pensait. Il lui faudra donc un peu de temps pour accepter qu’elle possède bel et bien le potentiel de changer, aux côtés du Darkling, la face du monde. Mais avant cela, elle devra apprendre à utiliser son don que ce soit à travers les livres ou des entraînements physiques plutôt intensifs. Testée, provoquée, soumise aux jugements, poussée dans ses retranchements, la jeune fille va, petit à petit, prendre de l’assurance et de la consistance. Elle doute toujours, mais on sent qu’elle essaie de s’ajuster à sa nouvelle vie et que surtout, ses capacités commencent à se dévoiler même si la route sera longue avant qu’elles ne soient à leur apogée.

Si la vie d’Alina au Little Palace lui offre le confort dont elle a toujours manqué et ce sentiment d’appartenance qui lui a toujours fait défaut, elle n’en est pas pour autant complètement heureuse. Il y a d’abord le Darkling qui est peu présent pour elle bien que leurs rares entretiens ne laissent pas le cœur de la jeune fille indemne. Tantôt cajoleur, tantôt froid et distant, difficile de véritablement le cerner même si au cours de l’aventure, les choses deviendront plus claires. Alina ne sait donc pas vraiment sur quel pied danser avec ce puissant sorcier qui semble cacher quelques secrets. Il y a ensuite la vie à la Cour : faite de ragots, de médisance et de rivalité, Alina a du mal à trouver sa place même si elle pourra heureusement compter sur la bonne humeur et l’amitié de Genya pour évoluer dans ce panier de crabes. Mais ce qui manque le plus à la vie de la jeune fille, c’est son meilleur ami Mal dont elle a été séparée à la découverte de son pouvoir.

Mal et Alina sont inséparables depuis qu’ils sont enfants, une amitié que j’ai appréciée surtout dans un univers aussi froid et dur que celui du Grisha. J‘ai toutefois regretté que l’autrice tombe dans un cliché très courant en fantasy : l’amie amoureuse de son meilleur ami qui, lui, se plaît à papillonner, mais qui découvre ses sentiments quand un autre mâle entre en jeu. Je n’aime pas ce schéma qui, en plus, est souvent accompagné de l’idée que c’est normal pour un homme se sauter sur tout ce qui bouge, ou presque, quand une fille vraiment amoureuse doit se préserver pour l’élu de son cœur…

Je n’ai donc pas été transportée par cet aspect qui, fort heureusement, n’est pas au centre de l’intrigue. Je dois toutefois reconnaître que l’autrice utilise et exploite de manière intelligente les liens forts qui unissent Mal et Alina. Des liens qui vont être mis à rude épreuve devant les dangers que ces deux personnages vont devoir affronter… Car en plus du Shadow Fold tant redouté, se tapit dans l’ombre un danger bien plus grand que ni Alina ni les autres Grishas n’avaient vu s’élever. Je n’ai moi-même pas vu venir le retournement de situation savamment orchestré par l’autrice ! Les cartes sont ainsi redistribuées en cours de route pour mon plus grand plaisir, adorant que les auteurs prennent des risques et partent dans des directions inattendues.

Leigh Bardugo, en plus de nous offrir des personnages très différents les uns des autres et parfois difficiles à cerner, nous propose un univers riche, complexe et très immersif. Ce fut donc un véritable plaisir de découvrir le concept de Grisha, les différents ordres, les compétences de chacun et la mythologie autour du Shadow Fold ainsi que les enjeux qu’il représente. Les intrigues politiques sont également passionnantes, car l’autrice a trouvé un juste équilibre entre jeu de pouvoirs et d’influence et tension et mystère. Ainsi, rien ne semble gravé dans le marbre dans ce système politique où le roi ne brille pas par ses compétences et où le faste de la Cour tente en vain de cacher l’ambiance poisseuse qui y règne… Un terrain parfait pour l’émergence d’une force supérieure et destructrice à moins qu’Alina ne choisisse de s’y opposer en embrassant enfin ce qu’elle est vraiment, la puissante Invocatrice de lumière !

Enfin, j’ai aimé que pour ce premier tome, l’autrice ne tombe pas dans l’écueil de la lenteur en plombant sa narration par une avalanche de détails redondants. Non, bien au contraire, elle entre directement dans le vif du sujet tout en prenant le soin de distiller, au fur et à mesure, toutes les informations nécessaires pour appréhender l’univers complexe de son roman. Un procédé redoutable et efficace pour ne pas avoir l’impression d’être écrasé sous le poids des informations. On se plonge alors avec délectation dans cette histoire qui se distingue autant par le fond que la forme, la plume de l’autrice m’ayant complètement conquise. D’abord plaisante, son écriture s’enrichit au cours de l’aventure jusqu’à devenir envoûtante et surtout, complètement immersive et addictive. Une fois plongé dans le récit, bien difficile de le quitter tellement la magie des mots opère !

En conclusion, aux côtés d’Alina, de Mal et d’autres personnages, tous pas forcément très bienveillants, vous passerez un moment de lecture exaltant marqué par de l’action, des complots et rivalités, de l’amitié, de l’amour, des trahisons, de la tension et du danger. En moins de temps qu’il ne faudrait au Darkling pour vous réduire au silence, Leigh Bardugo vous entraîne dans un univers passionnant et dangereux où la magie côtoie les ténèbres. La plume de l’autrice, qui alterne entre poésie et rudesse, colle parfaitement à l’atmosphère ténébreuse de ce roman, ajoutant à ce sentiment d’immersion présent dès les premières pages. Entre faux-semblants et dangers masqués, ce premier tome ne vous laissera donc pas le temps de souffler et ne pourra que vous donner envie de vous jeter sur la suite.

Et vous, envie de découvrir ce premier tome de Grisha ?

Commandez le roman chez votre libraire ou retrouvez-le sur des sites comme Amazon.

The Language of Thorns : Midnight Tales and Dangerous Magic, Leigh Bardugo

Je remercie Le tanuki pour cette lecture commune et pour sa patience puisque j’ai mis bien plus de temps que prévu pour lire The Language of Thorns, un magnifique livre écrit par Leigh Bardugo. L’édition que je vous présente est une édition exclusive reçue dans une Fairyloot (box littéraire anglaise).

AVIS

Tout d’abord, je tiens à m’extasier sur la beauté de l’ouvrage qui, en plus d’avoir une superbe couverture avec des parties en relief, est illustré avec des petits ornements et des dessins en grand format. La couleur du texte varie également d’un récit à un autre ce qui est du plus bel effet. Je préfère néanmoins vous prévenir de ne pas feuilleter l’ouvrage avant de le lire. Les illustrations en grand format ont en effet une légère tendance à dévoiler la fin des histoires ce qui est gênant quand l’on sait que l’auteur nous a gâtés avec de très bons retournements de situation.

 

Ce magnifique hardback contient six nouvelles. Bien que chacune d’entre elles soit indépendante, elles partagent toutes un point commun, celui d’être ancrées dans l’univers des contes et du folklore notamment slave. L’auteure s’inspire ainsi ouvertement de différentes histoires que l’on connaît tous plus ou moins : La petite sirène, les contes des Mille et Une Nuits, Hansel et Gretel…

Je vous rassure, l’auteure ne nous propose pas de pâles copies, mais bien des histoires uniques qui n’ont rien à envier aux contes d’antan. On y retrouve cette ambiance si particulière, ce mélange de magie et de sorcellerie, cette aura de découverte et de mystère mais aussi de danger et de mort, ces denses forêts aux sombres secrets, ces créatures hideuses qui côtoient de frêles jeunes filles, ces princes beaux mais pas forcément preux, ces parents plus obsédés par la gloire et la fortune que le bonheur de leur progéniture, des trahisons, de l’amour sous différentes formes, des désirs de revanche… Et puis, qui dit conte dit morale et Leigh Bardugo ne déroge pas à la règle en nous offrant des morales toujours pleines de sagesse et comme souvent dans les contes, intemporelles.

A travers ces six histoires, l’auteure nous invite à aller au-delà des apparences, à voir la beauté dans la laideur et la laideur derrière les apparats, elle nous montre que les apparences sont bien souvent trompeuses et que derrière des personnages banals ou même beaux, peut se cacher la pire des cruauté quand sous la cruauté apparente peut se cacher la plus grande des bontés. Pour ce faire, elle nous pousse dans nos retranchements, utilise contre nous nos jugements parfois trop hâtifs, nous mène sur des fausses pistes… avant de mieux nous éblouir par des révélations fracassantes qui, pour certaines, vous laisseront interdits. Ne vous attendez donc pas à des histoires où tout finit bien, mais plutôt à des histoires sombres dont les retournements de situation vous laisseront indéniablement une forte impression.

Je n’ai pas lu d’autres livres de Leigh Bardugo, mais je dois dire que dans le registre des contes, sa plume fait des étincelles. Le niveau d’anglais m’a parfois ralentie dans ma lecture, mais j’ai été happée par sa manière de construire ses histoires, et de déployer, tout autour des lecteurs, un filet dont il est bien difficile de s’échapper. Vous commencez ainsi les premières lignes du livre en vous demandant vers quels horizons l’auteure va vous emporter, puis très vite, vous vous laissez simplement porter par sa plume envoûtante.

J’ai donc passé un excellent moment avec ces six nouvelles même si je confesse une nette préférence pour les trois premières histoires dont l’atmosphère possède définitivement un charme particulier mêlant lumière et ombre, terreur et espoir. Je vous propose donc de m’attarder plus particulièrement sur celles-ci en espérant vous donner envie de les dévorer.

Ayama and the Thorn Wood

Ayama, jeune femme peu gracile, vit dans l’ombre de sa sœur dont la grande beauté fait la fierté de ses parents. A l’image de Cendrillon, elle est alors traitée en domestique et est cantonnée aux basses besognes. Ses parents vont même jusqu’à la cacher au reste du monde. Le deuxième fils du roi, à l’apparence quelque peu animalière, est condamné, quant à lui, à vivre dans un labyrinthe. Il arrivera heureusement à s’échapper et à trouver refuge dans une forêt. Par un concours de circonstances, la route de ces deux laissés-pour-compte va se croiser.

J’ai été dégoûtée si ce n’est courroucée par le comportement de la famille des deux protagonistes. Le roi, malgré ses moyens financiers, n’a jamais tenté d’élever son fils faisant fi de son apparence. Quant à la reine, elle ne semble pas s’être opposée à sa décision d’envoyer son fils dans un labyrinthe. Un bel exemple d’amour parental en somme ! Même son de cloche du côté de la famille d’Ayama.  Sa sœur n’est pas méchante et semble d’ailleurs apprécier sa cadette, mais j’ai trouvé qu’elle ne l’aidait pas vraiment à sortir de sa place de domestique. Alors elle aime sa sœur, mais bon, c’est pratique d’avoir quelqu’un qui fait toutes les corvées pour que vous puissiez vous faire belle en vue d’attirer un prétendant, fortuné si possible. De manière encore plus frappante, les parents d’Ayama se montrent ignobles en condamnant leur deuxième fille sur le seul critère du physique. Quant à la grand-mère, elle n’apparaît pas bien plus sympathique à moins, évidemment, qu’elle ne cache bien son jeu… Mais pour le savoir, il vous faudra lire le livre.

J’ai quelque peu regretté la passivité d’Amaya qui se laisse traiter comme une esclave sans se rebeller. Je l’ai néanmoins trouvée très courageuse puisqu’elle finit par accepter une épreuve, potentiellement mortelle, afin de gagner un peu de liberté. J’ai également adoré sa manière de se sortir de toutes les difficultés qui se dressent devant elle montrant ainsi toute l’étendue de son intelligence et de sa débrouillardise. Elle se révèle en outre émouvante durant les scènes où elle trouve enfin une oreille attentive alors qu’elle était jusqu’alors condamnée au silence.  A la manière des contes des Mille et Une Nuits, elle saura d’ailleurs utiliser sa voix comme une arme ou plutôt comme un moyen de gagner la paix et de se réapproprier sa vie. Un joli pied de nez à sa famille ! Il est juste dommage que la fin soit un peu trop lisse à mon goût…

The too-clever fox

Koja, renard de son état, n’est pas beau, mais il a pour lui sa grande intelligence et sa ruse, deux atouts qui vont lui permettre de se sortir de situations dangereuses. Un jour, sa route va croiser celle d’un chasseur et de sa très jolie sœur…

Adorant les récits où la parole est donnée aux animaux, j’ai dévoré cette histoire d’autant que l’auteure a su exploiter l’image classique que l’on peut avoir du renard dans la littérature, à savoir un animal rusé ayant du bagout. Si vous n’en avez pas cette image, filez alors vite lire le Roman de Renart ou la célèbre fable de La fontaine, Le corbeau et le renard. Koja joue de son intelligence pour se sortir de situations tendues ou transformer un prédateur en ami. Au fil des pages, on s’attache donc à ce renard qui a l’art et la manière de survivre malgré les obstacles qu’il rencontre. On le voit toutefois, petit à petit, prendre un peu trop confiance en lui au point de se transformer en fanfaron. Son excès de confiance lui sera malheureusement préjudiciable quand il rencontrera un ennemi dont la fourberie dépassera de loin son intelligence. Le lecteur sent poindre le danger, l’ambiance se faisant de plus en plus pesante. Il ne peut donc que ressentir une certaine angoisse devant un Koja presque hypnotisé par sa nouvelle et charmante amie alors qu’une menace se profile. On tremble pour lui et on croise très fort les doigts pour que sa célèbre intelligence lui permette une nouvelle fois de survivre. Je ne vous en dirai pas plus si ce n’est que j’ai adoré le retournement de situation même si je l’avais deviné ayant vu l’illustration finale du conte qui l’explicite clairement.

The witch of Duva

Nadya vit avec son père qui finira par prendre une deuxième femme, Karina, après la mort de sa femme. La jeune fille en est certaine, Karina, loin d’être une femme aimante, est une sorcière qui a envoûté son père et qui est prête à tout pour se débarrasser d’elle. Sinon, comment expliquer son comportement odieux envers elle et la manière dont elle met sa vie en danger en lui demandant d’aller dans la forêt alors que ne cessent de disparaître des filles du village ? C’est décidé, Nadya doit faire quelque chose pour sauver son père de ce monstre et retrouver sa vie d’avant !

L’auteure revisite de manière originale le conte d’Hansel et Gretel en lui insufflant quelques notes du mythe de Baba Yaga.  Page après page, elle s’évertue à créer une ambiance angoissante avec cette impression de danger qui rôde et qui peut frapper à tout instant, que ce soit dans la forêt ou dans le propre foyer de l’héroïne. Comme elle, on en vient à être en permanence sur le qui-vive guettant les actions de Karina afin d’y déceler des signes de sorcellerie ou des preuves qui la lieraient d’une manière ou d’une autre à toutes les disparitions. Et ce n’est pas le départ de Nadya et son séjour chez une sorcière qui vont faire cesser notre angoisse. Méchante sorcière qui aide la jeune fille avant de la dévorer ou gentille sorcière qui veut simplement l’aider ? Une question qui ne pourra que vous tarauder.

En plus d’une ambiance angoissante, voire étouffante, ce qui fait la richesse de cette histoire est sa fin qui m’a laissée complètement pantoise. C’est le genre de final, digne d’un bon scénario de film d’horreur, dont on se souvient longtemps. Il y a un côté gore et tellement dérangeant, car très imagé, que j’ai relu deux fois les dernières pages pour être certaine d’avoir tout compris. Et pas de doute, l’esprit de Leigh Bardugo est tortueux !

En conclusion, l’auteure nous offre six histoires envoûtantes qui sentent bon les contes d’antan et qui vous feront passer de délicieux moments de frissons et d’angoisse. Si vous aimez les Frères Grimm et tous ces autres conteurs qui ont donné leur lettre de noblesse à ce genre, The Language of Thorns est un livre qui devrait vous ravir.

Découvrez l’avis du Tanuki.