Gary Cook, Antoine Jaunin et Romain Quirot

Je remercie Lecteurs.com et les éditions Nathan de m’avoir permis de découvrir Gary Cook d’Antoine Jaunin et Romain Quirot.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Dans un monde recouvert par les flots, une seule chance de survie : embarquer à bord de gigantesques navettes spatiales.

Gary Cook a grandi sous le pont des Oubliés, l’un des derniers refuges sur cette Terre condamnée. À quinze ans, il passe le plus clair de son temps avec Max et Elliott à bord du Neptune, leur modeste bateau de pêche. Les trois amis rêvent de prises fabuleuses et d’aventure. Autour d’eux, pourtant, le monde touche à sa fin.

Chaque année, d’immenses navettes surgissent de la mer pour fuir dans l’espace. Des navettes auxquelles les Oubliés n’ont pas accès – jusqu’au jour où Gary apprend que, pour la première fois, l’équipage vainqueur de la terrible course fantôme gagnera sa place à bord de la navette Deucalion III.

S’ils veulent faire partie du voyage, Gary, Elliott et Max vont devoir prendre tous les risques…

  • Broché: 396 pages
  • Editeur : Nathan (31 août 2017)
  • Prix : 17,95€

AVIS

Comme beaucoup de lecteurs, j’ai entendu parler de ce roman grâce à sa bande-annonce qui s’apparente plus à celle d’un film que d’un livre. Cela n’a rien d’étonnant si l’on considère que Romain Quirot est réalisateur. Ce n’est pas cependant la bande-annonce du roman qui m’a donné envie de le lire, mais l’intervention d’Antoine Jaunin lors d’une conférence à la Fête du livre de Saint-Étienne.

L’histoire et les personnages…

Gary est un adolescent de 15 ans qui, comme les autres jeunes de son âge, aime passer du temps avec ses meilleurs amis. Sauf que le monde dans lequel évolue Gary n’a rien de normal : dévasté et submergé en grande partie par les flots, il est devenu dangereux et hostile. Le jeune homme vit donc avec d’autres sous Le Pont des Oubliés, un endroit qui est loin d’être parfait, mais qui a le mérite d’offrir un abri, du moins pour le moment. Alors quand l’ultime opportunité de quitter ce monde, qui n’a plus rien à offrir, à bord d’une navette spatiale se présente, Gary et ses amis doivent prendre une décision… Rester ou partir ? Survivre ou vivre ? Vivre ou Mourir ?

Je ne lis quasiment pas de dystopie, pas que je n’aime pas le genre, mais je n’ai pas un attrait particulier pour celui-ci. J’ai toutefois été complètement happée par l’univers mis en place par les auteurs qui ont réussi à le rendre réaliste et immersif tout en le baignant d’une aura de mystère aussi plaisante que frustrante. Les descriptions nous permettent aisément de nous imaginer ces décors apocalyptiques érodés par le temps et les conséquences plus ou moins lointaines de l’action de l’homme. Et c’est là qu’arrive la frustration, car les auteurs nous laissent délibérément dans le flou quant à ce qui s’est exactement passé pour qu’on en arrive là. Espérons que le deuxième tome nous apporte des éléments de réponse. Quoi qu’il en soit, difficile de ne pas voir dans ce roman une critique du monde actuel, de la destruction de l’écosystème par la main de l’homme et une réflexion sur le genre de monde qu’on souhaite léguer aux générations futures.

Si cette critique présente en toile de fond dans le livre est intéressante, le gros point fort de ce roman pour moi est la galerie de personnages, et l’omniprésence de l’amitié, l’une des seules sources de lumière et d’espoir dans un monde où l’on survit plus que l’on ne vit. Je n’ai pas trouvé tout de suite Gary très attachant, peut-être car trop détaché de sa propre vie. C’est vraiment en le découvrant avec ses deux meilleurs amis puis avec une mystérieuse jeune fille du nom de Lou, que j’ai appris à l’apprécier. Plutôt gauche, peureux et peu sûr de lui-même, il n’en demeure pas moins un peu le pilier du groupe, la présence réconfortante et rassurante d’un être simple, mais gentil. Au gré des événements qui mettront ses relations avec ses amis à rude épreuve et qui pousseront le lecteur au bord de la crise d’angoisse, voire de larmes, il prend toutefois de l’assurance. Passant du gentil garçon enrobé de la bande à un personnage plus complexe, il gagne ainsi en consistance. Mais ce n’est vraiment que lorsqu’il comprend qu’aucun avenir sous le Pont des Oubliés n’est possible qu’il devient vraiment intéressant. Cette prise de conscience tardive va en effet le pousser à reprendre sa vie en main, à agir plutôt que subir, et à plonger dans son passé en vue d’écrire son avenir.

Autre personnage complexe qui a tout de suite suscité ma curiosité, Dean qui est en quelque sorte l’ennemi de Gary et de ses amis. Si l’on est tenté de le détester dès son entrée en scène, pour ma part, il m’a tout de suite intriguée. En apprenant à mieux le connaître et à découvrir sa vie familiale, on ne peut que modérer notre opinion à son sujet sans pour autant pardonner ses excès de colère et son comportement exécrable. L’image du gros dur s’étiole progressivement pour laisser place à un adolescent perdu tentant coûte que coûte de protéger sa famille dans un environnement dur et mortifère. On ne peut alors que se mettre à sa place et se demander jusqu’où nous serions prêts à aller pour protéger les nôtres ? Je ne parlerai pas de tous les autres personnages, mais j’ai aimé leur diversité, parfois leur complémentarité et surtout leur complexité, chacun d’entre eux étant relativement nuancé. Il y a une petite exception avec un personnage dont la bêtise, le physique et son amour du poisson apportent un peu de comique. Il m’a un peu fait penser à Kubiac dans Parker Lewis ne perd jamais.

Une écriture fluide et immersive pour une histoire où rythme et dangers sont omniprésents…

L’écriture à quatre mains ne semble pas un exercice particulièrement facile, mais Antoine et Romain s’en sortent très bien. Le duo nous offre en effet une histoire à la narration parfaitement fluide et rythmée. L’écriture, en plus d’être très visuelle, coule de source et se révèle efficace pour vous immerger, et c’est le cas de le dire, dans un monde submergé par les flots. Il en résulte un roman qui se lit très vite, et qui ne demande pas une attention de tous les instants. Une accessibilité qui devrait séduire les adolescents ou les lecteurs ayant envie d’une lecture qui se lit d’une traite ou presque. En effet, l’enchaînement rapide d’événements dramatiques vous pousse à lire page après page afin de découvrir le devenir de Gary, de ses amis et même de ses ennemis. Difficile alors de s’ennuyer devant le rythme soutenu de cette histoire où le calme semble systématiquement cacher la tempête.

Et des tempêtes dans la vie de Gary, il va y en avoir que ce soit au sens propre ou figuré du terme. La vie sous le Pont des Oubliés est en effet loin d’être un long fleuve tranquille : maladie étrange qui, petit à petit, décime la population, désespoir, deuil, dangers en mer avec des phénomènes météorologiques dévastateurs ou des animaux marins peu avenants…  Si l’amitié permet d’apporter quelques moments de réconfort, les difficultés ne s’estompent donc jamais du paysage. Gary est également pris dans le tumulte de problèmes plus classiques pour un adolescent : amitié mise à mal par des secrets et de la jalousie, inimitié qui vire au harcèlement et à la méchanceté, découverte des sentiments amoureux, relations familiales, difficulté à s’accepter… Contexte post-apocalyptique ou non, l’adolescence reste l’adolescence.

Un petit point qui m’a moins convaincue, mais un autre qui m’a séduite…

Si je devais formuler une réserve sur ce roman, ce serait l’impression que les choses sont parfois trop faciles ou arrivent trop vite. Le monde de Gary Cook est horrible et il faut avoir une certaine dose d’optimisme pour capter chaque lueur d’espoir qu’il offre. Mais paradoxalement, j’ai eu ce sentiment diffus que Gary arrivait bien trop facilement à surmonter chaque difficulté qui se place sur sa route. Il est supposé être trouillard alors qu’il se lance dans des choses plus que téméraires, montre une capacité de survie déconcertante, arrive sans difficulté à pousser un vieillard retors à l’aider même si l’on peut comprendre que l’épreuve subie par ce dernier l’ait quelque peu adouci… L’aspect « lutte contre soi-même » n’est à mon sens pas assez développé alors qu’il n’en aurait donné que plus de crédibilité et de consistance au jeune homme. Les auteurs semblent avoir préféré mettre en avant la lutte contre les éléments sans pour autant aller au bout des choses. J’aurais ainsi préféré, et là c’est très personnel, que Gary traverse peut-être moins d’épreuves, mais que chacune soit mieux exploitée. J’aurais souhaité qu’il ait vraiment à chercher la force au fond de lui-même pour s’affranchir de ses barrières alors qu’elles paraissent presque sauter d’elles-mêmes quand la situation le requiert. Cette apparente facilité (je dis apparente car je rappelle que l’univers n’a quant à lui rien de facile) s’explique peut-être par le public visé.

Enfin, j’ai été agréablement surprise par les multiples références à la littérature qui raviront les amateurs de livres que ce soit à travers la citation de célèbres auteurs comme Montesquieu, l’amour de Gary pour les livres ou un ouvrage que chacun connaît au moins de nom, Le Petit Prince. Lu trop jeune, je n’avais pas spécifiquement apprécié ce livre considéré par beaucoup comme un chef-d’œuvre, mais je vais prendre exemple sur Gary, et le (re)lire. Vous verrez d’ailleurs que la présence du Petit Prince dans le roman n’a rien de hasardeux et que cet ouvrage, petit par la taille mais pas par les messages qu’il véhicule, aura un vrai impact sur la vie du jeune homme. Je vous laisserai le plaisir de découvrir de quelle manière Le Petit Prince est lié au passé de Gary.

En conclusion, ce roman fut une excellente surprise, je m’attendais à l’apprécier, mais pas à l’aimer autant. Rapide à lire, rythmé et empli de cette tension prompte à happer l’attention du lecteur, Gary Cook est un roman qui devrait ravir les personnes souhaitant une histoire mettant en scène un adolescent comme les autres dans un univers pas comme les autres. D’une plume fluide et immersive, les auteurs vous plongent dans un monde post-apocalyptique captivant où la question de la survie se mêle étroitement à celle de l’amitié. J’espère pour ma part retrouver très bientôt Gary que les auteurs ont laissé dans une situation peu confortable.

Et vous, vous avez envie de découvrir Gary Cook ?

Publicités

Chouquette, Emilie Frèche

Chouquette, Emilie Frèche

Je remercie Lecteurs.com ainsi que Babel pour l’envoi de Chouqette d’Emilie Frèche.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Quelle femme de soixante ans, aujourd’hui, peut sans grimacer s’entendre appeler « mamie » ? Pas Chouquette, qui a réglé le problème en recyclant le surnom de ses tendres années, au grand dam de sa fille Adèle, laquelle rêve pour son petit Lucas d’une vraie grand-mère. N’empêche, vraie ou fausse, c’est bien Chouquette qui doit jouer les baby-sitters de luxe auprès de son petit-fils, renvoyé de sa colo pour cause de varicelle, pendant qu’Adèle est partie sauver le monde au fin fond de l’Afrique. Et c’est bien Chouquette qui va se retrouver en tête à tête forcé avec Lucas… et la réalité. Trois jours de la vie d’une sexagénaire en perte de repères, pour tirer le portrait au vitriol d’une femme qui se noie, d’une époque qui boit la tasse et d’une génération qui tente coûte que coûte de garder les yeux grands fermés. Où la satire sociale, légère, féroce et réjouissante vire progressivement à quelque chose de bien plus intime.

  • Poche: 144 pages
  • Editeur : Actes Sud (14 juin 2017)
  • Collection : Babel
  • Prix : 6.80€

AVIS

Chouquette, c’est Catherine et Catherine, c’est cette femme très riche, mais tellement pauvre. La soixantaine passée, sa vie se résume à attendre désespérément de l’amour de la part d’un mari volage dont elle n’accepte pas le départ. Alors, elle s’enferme dans ses illusions ! Dans le monde de Chouquette, son Jean-Pierre continue à l’aimer et son absence ne s’explique que par la masse de travail qu’il accumule. Elle ne supporte donc rien qui pourrait entraver sa « relation » avec un mari fantôme, à commencer par un statut peu sexy de grand-mère. D’ailleurs, ce n’est pas une grand-mère, c’est Chouquette ! Que sa fille ou son petit-fils aient besoin d’elle n’y change rien, ce qui compte c’est Jean-Pierre…

Je dois avouer avoir été assez surprise par le contenu du roman. A la lecture du résumé, je m’étais attendue à une histoire plus sarcastique et plus drôle. Or à part quelques passages qui prêtent à sourire, la tristesse est omniprésente dans la vie de Chouquette. Que cette femme m’a fait de la peine à attendre désespérément de l’attention d’un mari qui l’ignore et qui l’a cocufiée des années durant ! Elle a en effet tout simplement mis sa vie et sa famille en attente pour une chimère…  Je ne suis pas psychiatre ou psychologue, mais son obsession pour Jean-Pierre a ce quelque chose de pathologique et de pathétique qui ne m’a pas permis d’en rire. Certains pourront peut-être se jouer de ses illusions dont personne n’est dupe, mais je n’ai pas pu.

De la même manière, j’ai eu du mal à compatir avec la fille de Catherine qui regrette l’égoïsme de sa mère quand elle-même, n’essaie à aucun moment de la comprendre ou du moins, de compatir, et surtout de lui tendre la main. Là où Adèle ne voit que pur égoïsme, je lis un profond désespoir et un besoin désespéré d’amour et de contacts.

Il est vrai que même Chouquette ne semble pas saisir ses vrais besoins puisqu’elle met son bonheur entre les mains de son mari qui n’en a que faire. Heureusement, au fil du récit et de ses interactions avec Diane, ancienne maîtresse de son mari qu’elle a invitée à Saint-Tropez, et de son petit-fils, elle va progressivement évoluer. Cela ne se fera pas consciemment, mais petit à petit, elle va réaliser qu’il y a des choses en dehors de Jean-Pierre comme sa fille et son petit-fils, ce petit bonhomme de cinq ans qu’elle connaît si peu.

J’ai beaucoup aimé le fait que Catherine ne fonde pas immédiatement au contact de son petit-fils se transformant en mamie gâteau adepte du tricot. L’auteure ne nous offre pas un feel-good, mais bien l’histoire d’une femme qui s’est perdue au cours de sa vie et qui, à plus de soixante ans, entrevoit enfin un moyen de reprendre les rênes de sa vie. La scène de fin est, à cet égard, d’une grande sensibilité. Sans tomber dans le pathos ou la surenchère de sentiments, je l’ai trouvée belle et synonyme d’espoir.

Il y a néanmoins deux choses qui m’ont un peu chagrinée dans le roman. La première est une scène qui m’a quelque peu mise mal à l’aise d’autant qu’elle n’apportait rien au récit. Je n’ai rien contre la nudité, mais je ne suis pas certaine que celle d’une femme d’âge mûr, en pleine épilation intégrale devant un garçon de cinq ans, soit très saine… La seconde chose que j’ai regrettée est que l’auteure est peut-être restée trop en surface. Il y aurait eu tellement de choses à exploiter comme le passé et la jeunesse de Chouquette qu’on entrevoit sommairement à la fin du livre et qui apporte un regard nouveau sur cette femme, la relation mère/fille, les relations intergénérationnelles…

En conclusion, Chouquette met en scène cette mamie malgré elle et son obsession pour un mari qui ne l’aime pas et qui ne la respecte pas. Au gré du récit, le lecteur va assister à ses vains espoirs, mais surtout à son désespoir. Sans être particulièrement joyeux, ce roman offre toutefois une réflexion sur la famille et sur ce qui compte dans la vie. Et comme le découvre Chouquette, il n’est jamais trop tard pour être heureux !

POUR ALLER PLUS LOIN

Si l’histoire vous intéresse, n’hésitez pas à aller voir du côté de l’adaptation cinématographique dont est tirée la couverture du roman.

Enregistrer

Enregistrer

Le moine et le singe-roi, Olivier Barde-Cabuçon

moine

Je remercie Lecteurs.com et Actes Sud pour m’avoir permis de découvrir Le moine et le singe-roi d’Olivier Barde-Cabuçon.

Découvrez sur le site de l’éditeur un extrait gratuit du livre.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Dans les jardins si carrés de Versailles, tout va de travers. Au milieu de l’enchevêtrement d’allées et de statues moralisatrices du labyrinthe qui orne le plus beau jardin du monde, un horrible meurtre est commis. Un précurseur de Jack l’Eventreur sévit-il sous les fenêtres de Louis XV, le Singe-roi ? Stupéfaite, la cour semble attendre la prochaine victime comme un poulet son égorgeur. Parmi les suspects, rien de moins que le premier chirurgien du roi, un peintre de la cour et la tenancière d’une maison d’un genre très particulier où les relations habituelles entre hommes et femmes sont inversées. Gangréné, Versailles semble devenu le royaume de la transgression des interdits. Dans cette nouvelle enquête du commissaire aux morts étranges, jamais encore les rapports de force n’avaient été aussi exacerbés et l’autorité autant remise en question. Faut-il se soumettre, se démettre ou se révolter ? Le chevalier de Volnay sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur, tandis que, tout excité, le moine semble considérer les jardins de Versailles comme un nouveau terrain de jeu. La tension est extrême, les deux enquêteurs abordent la plus périlleuse et la plus fascinante de leurs missions alors que, dans les jardins, le danger rôde partout et surgit souvent de là où on l’attend le moins.

  • Broché: 330 pages
  • Editeur : Actes Sud Editions (1 mars 2017)
  • Prix : 22,50€

AVIS

Le moine et le roi-singe est le sixième tome de la série Le commissaire aux morts étranges. Je n’ai pas lu les tomes précédents, mais les subtils rappels de l’auteur sur les liens unissant les deux protagonistes ainsi que sur leurs principaux traits de caractère m’ont suffi pour me plonger directement dans l’histoire.

J’ai ainsi été tout de suite intriguée par ce duo atypique constitué du chevalier de Volnay et de son père, le moine hérétique. Bien que très proches, ils sont somme toute très différents l’un de l’autre, le premier étant d’un grand sérieux quand le second se révèle plus prompt au cabotinage qu’au respect strict des règles d’une société qu’il abhorre. Cette différence de caractère rend les échanges, voire les confrontations père/fils, intéressants et permet une approche complémentaire de l’enquête.

Si les deux enquêteurs sont intéressants, j’avoue cependant avoir préféré le moine qui, derrière sa gaieté et une certaine légèreté, cache une grande érudition et une part d’ombre que l’on découvre au fil de l’enquête. Quelque chose me dit que nous avons encore beaucoup de choses à découvrir de cet hérétique.

Avec ce roman, on a un peu l’impression d’un voyage à Versailles sous le règne de Louis XV. L’auteur nous transcrit ainsi à merveille le faste de la cour qui, sous les dorures et la richesse, n’est que puanteur que ce soit au sens propre ou figuré du terme. On ressent également le poids de l’étiquette qui régit la vie de la noblesse et du roi qui n’en a de fonction que le nom. J’ai, pour ma part, beaucoup aimé le contexte historique de l’enquête et la faculté de l’auteur de complètement nous y immerger.

J’ai été néanmoins assez déroutée par la tournure qu’a pris l’enquête, car le résumé m’avait laissé entrevoir tout autre chose. Mais cela ne m’a pas déplu, bien au contraire. J’ai adoré la manière dont l’auteur a su nous mettre sur une fausse piste nous laissant plus qu’interdit devant la révélation du meurtrier. Il a même réussi l’exploit de nous offrir un coupable aussi banal et idiot qu’original ! Si ça peut vous rassurer, notre duo préféré s’est également laissé berner, chacun des enquêteurs ayant laissé ses propres préjugés fausser son jugement.

La seule chose que je n’ai pas appréciée dans ce roman, ce sont les tergiversations amoureuses de Volnay vis-à-vis de l’Écureuil. Si elles permettent d’humaniser un personnage d’apparence assez froide, elles m’ont surtout agacée…

Enfin, j’ai été conquise par la plume de l’auteur qui nous offre une enquête à l’esthétique parfaite.  Avec Olivier Barde-Cabuçon, vous êtes ainsi transportés dans le roman autant grâce à la qualité de l’intrigue policière qu’à celle de l’écriture.

En conclusion, du duo atypique et haut en couleur, à l’ambiance parfaitement décrite de Versailles et de sa cour en passant par l’enquête pour confondre le meurtrier, tout m’a plu dans ce livre. Si on ajoute à cela la sublime plume d’Olivier Barde-Cabuçon, vous comprendrez aisément que je ne peux que vous conseiller vivement de découvrir Le moine et le singe-roi. Pour ma part, c’est avec un plaisir certain que je rattraperai mon retard en parcourant avec avidité les tomes précédents de la série.

Dans la forêt sombre et mystérieuse, Winshluss

Je remercie Lecteurs.com et Gallimard de m’avoir permis de découvrir, dans le cadre des explorateurs de la BD, Dans la forêt sombre et mystérieuse de Winshluss

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Angelo, jeune apprenti aventurier féru de zoologie, prend la route en famille pour rendre visite à sa mémé géniale qui est très malade. Mais sur l’aire d’autoroute où ils s’arrêtent, ses parents l’oublient et repartent sans lui ! Terrorisé, Angelo décide de couper à travers la forêt, où il se perd tout à fait…

Sa rencontre avec de fascinantes créatures – de la luciole obèse à l’ogre terrifiant – vont faire de son singulier périple une aventure fantastique.

  • Album: 160 pages
  • Editeur : Gallimard Jeunesse (20 octobre 2016)
  • Prix : 18€

AVIS

J’avais repéré cet ouvrage à la FNAC notamment attirée par sa luxuriante couverture et la beauté du livre-objet, mais je n’avais pas craqué en raison des illustrations qui ne correspondent pas forcément à ce que j’attends quand j’achète un album. Je recherche en général les beaux coups de crayons et les dessins soignés. Avec Dans la forêt sombre et mystérieuse, ce n’est pas ce genre d’illustrations que vous retrouverez, mais plutôt des dessins simples qui vont à l’essentiel et qui sont mis en valeur par un très beau travail de colorisation.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

A noter également que l’album est coupé en plusieurs parties et que chacune d’entre elles est annoncée par une illustration.

Si les dessins ne m’ont pas éblouie, je me suis néanmoins plongée dans l’histoire dès les premières pages de l’album. J’ai ainsi fait, avec plaisir et curiosité, la connaissance d’Angelo et de sa famille composée de ses parents, d’un frère « idiot » et d’une petite sœur coincée dans sa condition de bébé. Toute cette famille des plus banales est en route pour rendre visite à la grand-mère gravement malade quand un oubli sur une aire d’autoroute va contraindre Angelo à partir à l’aventure.

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’Angelo va être gâté de ce côté-là ! Il va en effet enchaîner les situations périlleuses et les rencontres improbables, certaines amicales comme Fabien un « oiseau » particulier et d’autres parfois franchement désagréables comme un ogre décidé à ne pas laisser filer son repas. Heureusement, le jeune garçon saura se montrer débrouillard surmontant les unes après les autres les situations pleines de danger qui se présentent à lui d’autant qu’il pourra compter sur sa chance et ses amis de fortune.

Ces différentes péripéties fantastiques font incontestablement penser aux contes de notre enfance d’autant que l’auteur glisse, dans son album, quelques franches allusions que je vous laisserai le plaisir de découvrir. Néanmoins, à la différence des contes que nous connaissons tous plus ou moins, Dans la forêt sombre et mystérieuse possède une grosse touche humoristique qui rend la lecture très plaisante et très rapide. Vous vous surprendrez donc à sourire à de multiples reprises devant cette histoire presque effrayante, souvent amusante.

Quant à Angelo, c’est un jeune héros plutôt attachant qui porte bien son nom puisqu’il ne va pas hésiter à porter secours aux personnes ayant besoin de son aide tout en gardant à l’esprit son objectif final : se rendre au chevet de sa grand-mère qu’il semble adorer. Il faut dire que cette dernière a l’air franchement sympa et « cool ». Proche de ma grand-mère, j’ai, pour ma part, beaucoup aimé cette relation grand-mère/petit-fils même si elle n’est pas au centre de l’histoire, mais plutôt en filigrane. Seul petit défaut de notre mini héros, sa légère tendance à geindre dans les situations critiques, mais pour un enfant qui se retrouve seul perdu dans une forêt mystérieuse face à des créatures franchement bizarres voire inquiétantes, il s’en sort quand même très bien. Et puis, ses pleurs et ses craintes ne le rendent que plus crédible.

Si j’ai beaucoup apprécié Angelo, je dois reconnaître que mon coup de cœur va à un personnage secondaire que j’ai trouvé adorable autant dans l’apparence que dans la personnalité. Il s’agit de l’inimitable Fabien que j’aimerais beaucoup voir prendre son envol dans sa propre aventure.

En conclusion, si vous aimez les histoires avec du rythme, de l’humour et des rebondissements, Dans la forêt sombre et mystérieuse devrait vous plaire. Vous ne verrez pas les 160 pages défiler, pris dans le tournant des aventures d’Angelo menées tambour battant. Je vous invite donc à vous laisser tenter par cet univers particulier dans lequel l’auteur arrive à nous plonger rapidement et totalement grâce à un magnifique travail sur les couleurs et à la « simplicité » de son coup de crayon. Je mets des guillemets car je ne doute pas que sous cette apparente simplicité se cache beaucoup de travail.