Thomas et la jupe, Francesco Pittau

Thomas se sent parfois seul, il n’a pas beaucoup d’amis. Mais il parle aux animaux et il aime les belles choses. C’est pour ça qu’il aime porter un chapeau avec une plume pour saluer la chatte et ses chatons et qu’il aime porter une jolie jupe grise pour faire des tourbillons. Les autres se moquent. Sauf Sophie, qui lui fait oublier ses peines et l’aide à réaliser que la différence est une force.

 Éditions École des loisirs – (4 septembre 2019) – 40 pages – 10€

AVIS

Voici un petit album jeunesse lu rapidement lors d’un passage à la médiathèque. J’ai tout de suite été attirée par sa jolie couverture et ses douces illustrations au ton joliment enfantin. On découvre ici le petit Thomas, un enfant assez solitaire, moqué par ses petits camarades du fait de son « excentricité » ou, plutôt, de sa différence.

Thomas n’aime pas le foot parce que non, tous les petits garçons ne vouent pas une passion sans borne à ce sport ! Mais Thomas aime les belles choses : les chapeaux parce que ça peut être rigolo et drôlement pratique un chapeau, mais il aime aussi porter une jupe. Et ça, il n’y a pas à dire, ça ne passe pas du tout auprès des autres enfants qui se moquent de lui, le rabrouent et lui jettent des pommes !

Si la vie d’adulte peut être parfois difficile, celle d’un enfant peut se révéler bien cruelle, le harcèlement commençant très jeune d’autant qu’il n’y a pas encore tous les filtres sociaux et les barrières que l’on acquiert au fil du temps… Et puis dès le plus jeune âge, les stéréotypes, notamment sur les genres, sont déjà bien ancrés, poussant des enfants à ostraciser ceux et celles qui oseraient ne pas s’y plier.

J’ai ainsi ressenti beaucoup de peine pour Thomas dont le sentiment d’isolement et la tristesse m’ont rappelé de désagréables souvenirs d’enfance. Néanmoins, Thomas va réussir à trouver des sources de réconfort : auprès d’une chatte, bien qu’elle soit occupée avec ses chatons, d’une araignée qui suscite le même sentiment de rejet chez les autres ou, encore, d’une adorable fillette. Sophie l’accueillera ainsi avec respect, gentillesse et bienveillance dans toute sa différence.

En plus d’une jolie histoire qui vous fera passer par différentes émotions et soulignera la naissance d’une belle amitié, cet album me semble être un bon moyen pour engager une conversation avec des enfants, notamment sur les stéréotypes liés au genre, et les notions de tolérance et de respect de la différence. Un garçon peut aimer les jolies choses, les jupes et les chapeaux sans que cela ne donne le droit à autrui de se moquer de lui. Chacun est différent et de cette différence naît la richesse…

Je vois également dans ce livre un bel outil pour inciter des enfants à se confier sur leurs propres expériences et les éventuelles difficultés rencontrées. Pour ma part, enfant, je pense que ce genre d’histoire m’aurait permis plus facilement de verbaliser mon mal-être et ces moqueries sur mon poids poussant à m’isoler…

En conclusion, Thomas et la jupe est un bel album jeunesse qui permet d’aborder, en subtilité et avec douceur, les dangers des stéréotypes liés au genre, mais aussi l’importance de la tolérance et du respect de la différence. Un beau message essentiel, surtout à un âge où l’on se construit, qu’il semble nécessaire de diffuser encore et encore.

Sothik, Marie Desplechin, Sothik Hok

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J’ai reçu Sothik de Marie Desplechin et Sothik Hok dans le cadre d’une opération Masse critique de Babelio. Je remercie donc la maison d’édition l’École des loisirs et Babelio pour cette belle découverte.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Sothik est né en 1967 dans un Cambodge en pleine tourmente. Il a trois ans quand la guerre civile fait rage, huit ans quand les Khmers rouges prennent le pouvoir. Du jour au lendemain, tout change. L’argent est aboli, les livres sont détruits, la religion interdite, la propriété privée n’existe plus. Sothik et sa famille doivent quitter leur maison en laissant tout derrière eux et prouver sans cesse leur obéissance au nouveau régime. Mais cela ne suffit pas ! Les Khmers rouges décident brutalement d’enlever les enfants à leurs parents afin de mieux les éduquer. Sothik rejoint un groupe d’enfants de son âge. La famille n’existe plus, la terreur et la famine s’installent…

Marie Desplechin est allée pour la première fois au Cambodge en 2014. Invitée à rejoindre Sipar par Suzanne Sevray, longtemps en charge de l’international à l’école des loisirs, elle a suivi sur place le travail des équipes et fait la connaissance de Sothik. C’est à la fin d’un séjour de trois semaines qu’ils ont décidé de travailler ensemble à ce livre, que Tian a accepté d’illustrer.

  • Broché: 96 pages
  • Editeur : ECOLE DES LOISIRS (14 septembre 2016)
  • Prix : 13€

MON AVIS

L’objet livre…

Je suis complètement sous le charme du livre en tant qu’objet. Sa couverture me plaît beaucoup et l’on y reconnaît facilement le travail de Tian qui a réalisé la série L’année du lièvre.

Ni trop petit ni trop grand, le format du livre est en outre parfait pour que sa prise en main soit autant agréable pour les enfants que leurs parents. La lecture en est d’autant plus plaisante que le texte est aéré et agrémenté de très belles illustrations. Même si j’aurais aimé qu’elles soient plus nombreuses, elles enrichissent indéniablement le récit :

L’histoire…

Sothik commence par nous raconter son enfance d’avant les Khmers rouges avec sa part d’insouciance et surtout ses liens avec sa famille que l’on perçoit emplis d’amour. Puis, avec l’arrivée des Khmers rouges au pouvoir, le récit se fait petit à petit plus sombre et l’on découvre alors toutes les horreurs commises par ceux-ci.

Ainsi les Khmers rouges, sous couvert de créer une société parfaitement égalitaire, « révolutionnent » la vie des Cambodgiens pour leur plus grand malheur. Comme dans les grandes dictatures communistes, la pauvreté, la faim, la dénutrition, la surveillance constante entre les habitants, les dénonciations, la rupture des liens familiaux et amicaux, le racisme et les meurtres, l’abolition de toute forme de culture et d’espoir… deviennent le quotidien du peuple.

A ma grande honte, je ne connaissais que les grandes lignes des exactions commises par les Khmers rouges au Cambodge. J’ai donc été frappée par toute l’atrocité de la situation qu’ont su décrire simplement mais de manière marquante Sothik Hok et Marie Desplechin.

J’ai été néanmoins perturbée par le sentiment qu’en nous racontant son histoire, Sothik prenait une certaine distance avec celle-ci comme pour se protéger d’un passé marqué par l’horreur ou simplement, pour se prouver qu’il a définitivement tourné la page de celui-ci.  Cela m’a parfois donné l’impression qu’il nous racontait son histoire mais que son récit aurait tout aussi bien pu être celui d’un autre enfant.

Mais au final, c’est peut-être volontaire puisque ces expériences traumatisantes ont été partagées par beaucoup d’autres enfants…

Un roman jeunesse qui mériterait d’être plus développé pour les adultes…

La seule chose que j’ai un peu regrettée, c’est que la narration m’a semblé rester un peu trop en surface. Si l’on découvre les atrocités commises par les Khmers rouges, le récit n’entre pas dans les détails. On finit par ressentir une certaine résignation comme si tous ces événements dramatiques n’étaient au final pas si terribles. Des détails plus importants les auraient sûrement ancrés plus fortement dans l’esprit des lecteurs.

Néanmoins, je pense que cela s’explique par le fait que le livre soit avant tout destiné à des jeunes de 9 à 12 ans. A cet égard, le roman me semble vraiment parfait pour des enfants car, sans être traumatisant, il leur permet de connaître cette période noire du Cambodge. Le fait que l’histoire soit celle de Sothik enfant ne peut en outre que les encourager à lire le roman puisqu’il est alors plus facile pour eux de s’identifier au personnage principal.

NOTE : 4,5/5

Pour conclure, Sothik est un livre que j’ai beaucoup apprécié et que je n’hésiterai pas à relire. A travers un récit simple mais très joliment illustré, les auteurs ont su partager un épisode noir et dramatique de l’Histoire cambodgienne.

Destiné à la jeunesse, je ne peux qu’inviter tout le monde à se pencher sur ce livre et à découvrir l’histoire de ce petit garçon qui a vécu sous les Khmers rouges. Son témoignage sert un peu d’hommage à tous les autres enfants et adultes qui, contrairement à lui, n’ont pas survécu à la barbarie.

Un travail de mémoire collectif en somme…

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