Le Requiem du Roi des Roses (tome 1), Aya Kanno

Le Requiem du Roi des roses, tome  1 par Kanno

La réinterprétation du Richard III de Shakespeare par Aya Kanno, l’auteur d’ Otomen !

Dès sa naissance, Richard, héritier de la prestigieuse famille d’York, est un enfant maudit. Né hermaphrodite, il est rejeté et haï par une mère qui considère sa venue au monde comme une
punition du ciel. Seule lueur d’espoir dans cette enfance tourmentée, la présence d’un père qui lui voue un amour inconditionnel.
Mais la vie du jeune Richard bascule quand son père s’engage dans un conflit avec les Lancaster pour faire valoir son droit au trône. De cette guerre des Deux-Roses va émerger un monstre politique, un tyran sanguinaire qui marquera de son empreinte l’histoire de l’Angleterre…
York et Lancaster : deux familles, une haine ancestrale et un seul destin possible pour l’Angleterre déchirée !
Après le succès d’Otomen, Aya Kanno signe son grand retour en France avec Le Requiem du Roi des roses, une réinterprétation brillante de la pièce de Shakespeare, Richard III !

Ki-oon (26 mars 2015) – 170 pages – Traduction : Jean-benoit Silvestre

AVIS

N’ayant jamais lu Richard III, la pièce de Shakespeare dont le manga est inspiré, je ne pourrais me prononcer sur le degré de liberté pris par Aya Kanno. Je peux simplement vous dire que j’ai apprécié cette histoire de lutte acharnée et sans merci pour le trône d’Angleterre.

On a ainsi d’un côté, un souverain en place qui ne semble pas y tenir tant que cela à son trône, au grand dam d’une reine prête à se battre pour la couronne. Machiavélique et plutôt efficace, je n’aurais pas aimé me trouver sur son chemin ! De l’autre côté, on trouve Richard qui, poussé par son conseiller et son benjamin du même nom, semble, quant à lui, déterminé à récupérer une couronne dont il s’estime le légitime héritier.

S’engage alors entre les York et les Lancaster, un conflit sanglant où ceux qui tirent les ficelles ne sont pas forcément ceux qui sont sur le devant de la scène ! Mes souvenirs sur la Guerre des Deux-Roses sont très vagues, mais j’ai apprécié de trouver dans ce manga une référence à un conflit historique sur lequel je n’ai jamais rien lu, un conflit qui nous plonge dans une guerre civile quelque peu sanglante ! Mais c’est probablement le travail réalisé sur la psychologie des personnages qui rend ce manga aussi captivant, sans oublier cette pointe de surnaturel distillée avec parcimonie et un réel sens de la mise en scène.

J’ai, pour ma part, été touchée par la sensibilité d’Henri, un roi qui semble agneau dans un monde de loups, et par les blessures psychiques du jeune Richard rejeté et haï par sa propre mère en raison de son physique. Si sa mère voit en lui le rejeton du diable, Richard pourra heureusement compter sur l’amour inconditionnel de son père que l’autrice sublime et rend palpable. Le lien entre le père et le fils est très fort, presque mystique, et semble les porter tous les deux. Quant à savoir si c’est une bonne chose, chacun se fera sa propre opinion, mais ce qui est certain, c’est que le jeune Richard aura une réelle influence sur le destin de son père.

Cette relation forte et indestructible attisera la haine de la mère qui ne supporte pas de voir son mari si proche d’un enfant qu’elle se refuse à reconnaître comme le sien. Apparemment pour cette mère, le physique de son enfant est plus important que l’enfant lui-même, bien que l’on puisse se poser la question du rôle de la superstition dans ce rejet franc et définitif… La relation entre le jeune Richard et le roi Henri ne manque pas non plus d’attiser notre curiosité, d’autant que les deux se rencontrent de manière fortuite, sans connaître leur identité respective. Ils se révèlent très différents l’un de l’autre que ce soit physiquement ou mentalement : l’un beau, doux, gentil et pieux ; l’autre sombre et taciturne avec une particularité physique qu’il se complaît à cacher, ce qui, vu le rejet de sa mère, se comprend plutôt bien. Les deux personnages sont ennemis par la naissance et les circonstances, mais j’ai apprécié les quelques scènes les réunissant et nous dévoilant une certaine vulnérabilité chez l’un et l’autre.

Entre l’action bien présente et les références historiques, les personnages qui tirent les ficelles dans l’ombre, la montée en puissance d’un jeune homme rejeté par sa mère, mais prêt à tout pour offrir à son père une couronne, le destin tragique d’un souverain qui semble plus intéressé par la religion et une vie simple que son rôle de roi, la découverte de personnages secondaires qui, chacun à leur manière, jouent un rôle dans une guerre intestine… je n’ai pas vu le temps passer ! Je lirai d’ailleurs la suite avec plaisir, notamment pour suivre l’évolution d’un personnage ambigu qui suscite une certaine empathie, mais qui semble néanmoins cacher en lui une violence qui ne demande qu’à s’exprimer.

Alternant entre noirceur et lumière, les illustrations sont à la hauteur d’une histoire de haine, de quête de pouvoir, de manipulation, de rejet de la différence, mais aussi d’amour familial et de destins hors norme que l’on apprécie de voir évoluer en parallèle avant de les voir entrer en collision. Si vous aimez les mangas mêlant politique, Histoire avec un grand H et histoires de personnages conditionnés par leur naissance, Le requiem du Roi des Roses devrait vous plaire.

 

Le Renard et le Petit Tanuki, Mi Kitagawa

Le Renard et le Petit Tanuki T01

Animaux magiques et folklore japonais : un conte touchant pour faire grandir les petits… et les grands !

Il était une fois Senzo, un renard surpuissant craint de tous les animaux, qui semait la terreur sur son passage… à tel point que les dieux, pris d’une vive colère, le plongèrent dans un profond sommeil… 300 ans plus tard, à notre époque, ils décident de l’en sortir… à une condition ! Privé de sa force destructrice, le voilà chargé d’une mission spéciale : élever le petit tanuki Manpachi pour faire de lui un digne serviteur de la déesse du Soleil.

Manpachi a été rejeté par sa famille car il possède des pouvoirs immenses, qu’il a encore du mal à contrôler. Allergique à toute autorité, Senzo refuse de s’embarrasser d’un disciple, aussi mignon soit-il… Sauf qu’au moindre signe de rébellion, il est parcouru d’une douleur insoutenable ! Le voilà bien obligé d’accepter le marché…

Impossible de rester de marbre face à cette fable animalière ultra-craquante ! Mi Tagawa est de retour dans un récit plein de tendresse, après nous avoir déjà fait fondre avec sa peinture poignante des liens familiaux dans Père & Fils. À la manière d’un film de Ghibli, Le Renard et le Petit Tanuki touchera le cœur des petits comme des grands !

Ki-oon (5 novembre 2020) -156 pages – 7,90
Traduction : Geraldine Oudin

AVIS

Ayant complètement craqué pour la douceur qui se dégage de la couverture, j’étais impatiente de découvrir ce manga qui a fait fondre l’amoureuse des animaux en moi.

Après un long repos, destiné à le punir d’avoir semé la terreur autour de lui, Senzo, un grand méchant renard, se réveille avec des pouvoirs affaiblis, l’impossibilité de se rebeller sans en subir les conséquences, et l’obligation de former et de s’occuper d’un petit tanuki qu’il nommera Manpachi. Des trois punitions, c’est certainement la dernière qui exaspère le plus notre renard, qui n’a guère envie de jouer les nounous auprès d’un petit tanuki extrêmement affectueux et démonstratif ! Il a d’ailleurs beau le repousser, ce dernier ne peut s’empêcher de le coller.

Et si cela ne suffisait pas, voilà que notre duo doit également effectuer des missions sous la surveillance d’une bande de loups que notre renard rêverait de réduire en charpie. Il faut dire qu’en plus d’être ses ennemis naturels, ils ne sont pas du genre docile, même s’il y a quelques exceptions comme Tachibana, qui se révèle aussi fou fou que sympathique. De fil en aiguille, on suit donc cette bande de plus ou moins joyeux métamorphes et l’on assiste aux liens qui se forment entre Senzo et Manpachi. Car sous ses airs durs et implacables, Senzo n’est peut-être pas ce méchant renard que tout le monde pense et dont il aime se donner l’image.

J’ai adoré la relation entre le renard et le tanuki, une relation intergénérationnelle version animale non dénuée de poésie et de tendresse. Et ceci malgré le côté bourru et gros dur de Senzo qui a bien du mal à admettre que le sort de son protégé ne le laisse pas indifférent. Il y a d’ailleurs une scène dans laquelle on les retrouve endormis et collés l’un à l’autre des plus attendrissantes. Mais ne le répétez pas à Senzo parce que vu son caractère, je ne suis pas certaine que cela lui plairait beaucoup qu’on lui fasse remarquer.

Quant à notre petit tanuki, j’ai eu un véritable coup de cœur pour lui. Joyeux, confiant, optimiste, et mignon à souhait, il est impossible de ne pas s’attacher et de ne pas vouloir prendre soin de lui, d’autant qu’il a une histoire familiale difficile. Rejeté par les siens en raison de ses pouvoirs, et donc de sa différence, il cherche désespérément une famille. Mais Senzo acceptera-t-il de baisser suffisamment ses barrières pour lui laisser une place dans son cœur, dans sa vie et lui servir d’ancrage émotionnel et affectif ?

Au-delà de la relation qui se noue entre deux animaux qui n’ont apparemment rien en commun, mais qui sont liés à plus d’un titre, ce premier tome nous immerge avec brio dans le folklore japonais, fait de légendes et de créatures fantastiques fascinantes. À cet égard, en plus des métamorphes présents tout au long du manga, j’ai apprécié l’intrigue liée à un esprit de la maison chassé par un autre esprit... Cet épisode, qui apporte une petite touche d’horreur sympathique, sera l’occasion de réaliser que Senzo n’est pas encore prêt à se soumettre, et qu’aussi mignon soit-il, notre petit tanuki est peut-être bien plus fort qu’il n’y paraît... Mais l’est-il assez pour résister à une menace dont notre renard n’avait pas saisi toute l’ampleur ? 

Ce premier tome se finit ainsi sur une scène qui nous donne envie de nous jeter sur la suite et de découvrir ce qui va arriver à un tanuki pour lequel on développe très vite une vive et franche affection. Quant aux illustrations, elles sont à la hauteur de la couverture : mignonnes, douces et splendides. Le trait très rond des dessins, avec un accent volontairement mis sur les yeux, apporte beaucoup de douceur à une histoire pleine de sensibilité, mais non dénuée de moments plus durs, bien que jamais vraiment effrayants. Nous restons, après tout, dans une œuvre qui pourra plaire, divertir, attendrir et émerveiller les lecteurs de tout âge. 

En résumé, tout en abordant des thèmes parfois difficiles comme l’abandon et la peur de la différence, Le Renard et le Petit Tanuki est un manga adorable qui met en scène avec sensibilité et une certaine pudeur deux personnages très différents, mais dont le destin se trouve inexorablement lié. Doux et tendre à la fois, voici un manga qui devrait enchanter et émouvoir les amoureux des animaux, et les lecteurs en quête d’une plongée mouvementée et pleine d’émotions dans le folklore japonais.

Manga lu dans le cadre du challenge Mai en BD

Reine d’Égypte, Chie Inudoh

J’ai lu ce manga dans le cadre du Challenge Lire en thème dont le thème du mois d’octobre est de lire un livre dont la couverture comporte un visage en gros plan.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Hatchepsout, ou le combat d’une reine au temps des Pharaons !

C’est le début d’une nouvelle ère dans l’Égypte des Pharaons : le mariage de la jeune Hatchepsout et de son demi-frère Séthi fait de ce dernier l’héritier légitime du trône, sous le nom de Thoutmôsis II. Représentants des dieux sur terre, ils resplendissent sous leurs parures, et forment à première vue un couple parfait. Mais sous ses airs d’épouse idéale, Hatchepsout cache une colère profonde… Elle ne veut pas être simple reine, mais plutôt devenir pharaon elle-même, comme son guerrier de père ! Enfant, elle n’a cessé d’humilier Séthi au combat à l’épée, et elle est imbattable au tir à l’arc. Pourquoi ne serait-elle pas digne d’accéder au rang suprême, juste parce qu’elle est née femme ?
Pour Hatchepsout, c’est le début d’un combat pour s’affranchir des conventions ancestrales d’une des plus grandes civilisations du monde !

L’Égypte ancienne revisitée, à travers les yeux d’Hatchepsout, la première grande reine de l’histoire de l’humanité ! Reine d’Égypte n’est pas seulement un régal pour les yeux, c’est aussi une fresque historique minutieusement documentée sur le combat d’une femme trop libre pour son époque. Son charisme, son intelligence et sa volonté sans faille sont ses meilleurs atouts, mais suffiront-ils à provoquer une révolution au pays des dieux.

  • Broché: 190 pages
  • Editeur : Ki-oon (9 mars 2017)
  • Traduction : Fedoua Lamodiere
  • Prix : 7.90€

TRAILER

 

AVIS

Sur le papier, ce manga avait tout pour me plaire : une héroïne forte qui lutte pour se faire sa place dans l’Égypte ancienne. Et dans les faits, le plaisir pris à découvrir cette histoire fut total !

Le gros point fort de ce manga est Hatchepsout, jeune femme destinée à devenir reine d’Égypte quand elle aurait souhaité être pharaon. Cette héroïne porte à bout de bras l’intrigue tellement l’autrice a travaillé et façonné son personnage pour le rendre fascinant, pétillant, attachant et émouvant.

Hatchepsout n’a qu’un objectif dans la vie : s’affranchir des conventions et devenir pharaon afin de faire honneur à ce titre que son sexe ne lui permet hélas pas de revendiquer. Pour cela, elle n’hésitera pas à rompre avec l’image féminine que sa famille souhaiterait qu’elle donne, se comportant, selon le dire de ses servantes et de son demi-frère, en garçonne. Mais peu importe pour la future reine qui mise plutôt sur sa force que sur sa beauté. Et c’est ce qui fait son charme ! Que c’est plaisant de voir une jeune femme qui tente d’imposer sa propre personnalité à un entourage qui attend d’elle un total dévouement à son futur époux, son demi-frère Séthi.

Au fil du temps, on la voit néanmoins se conformer à l’image que l’on attend d’une future reine. Sous ses sourires, se dessine alors ce voile de tristesse qui viendra ternir et assombrir son regard. Mais Hatchepsout n’a pas renoncé à sa liberté !  Une fois devenue reine, elle continuera son combat pour lutter contre l’ordre social et les conventions d’autant que son demi-frère, devenu pharaon grâce à elle, ne semble aucunement mériter ce titre. Une injustice qui renforce l’envie de la reine de prendre la place de son demi-frère/mari.

Dès ma rencontre avec cette héroïne, j’ai admiré son audace et sa force de caractère qui m’ont émue et inspirée. La personnalité hors norme de cette femme qui lutte contre la société et ses préjugés m’a donné envie de me jeter sur la suite de la série. J’espère sincèrement que l’auteure continuera dans sa lignée en nous proposant des intrigues et des épreuves à la hauteur d’une grande reine qui mérite bien plus que ce titre.

Quant à Séthi, qui deviendra l’héritier légitime du trône sous le nom de Thoutmôsis II, il semble bien pâle au regard de la personnalité pleine d’exubérance de son épouse. Les illustrations le présentent d’ailleurs sous un jour peu flatteur : avec un regard niais à la limite du bovin, il n’inspire pas vraiment le respect. Facile donc de comprendre que Hatchepsout n’a pas envie de laisser son royaume aux mains d’un être manquant tellement de grandeur et d’une vision éclairée pour assurer la souveraineté de l’Égypte…

J’ai quelque peu regretté que Thoutmôsis n’ait pas plus de consistance dans ce tome puisqu’il ne m’a pas paru être un antagoniste à la hauteur de Hatchepsout . La jeune femme semble donc plus en prise contre ses doutes et les conventions sociales que contre son frère qui lui laisse une relative autonomie. Mais je ne doute pas que les rapports entre les deux personnages se complexifient par la suite…

J’ai décidé de centrer ma chronique sur son héroïne, car pour moi, c’est elle qui porte le manga et c’est la raison principale qui va me pousser à dévorer tous les tomes. Mais le manga ne manque pas d’autres atouts : le lieu de l’action avec cette Égypte qui fascine, des informations historiques qui sont distillées avec parcimonie et subtilité, de somptueux décors et bijoux/vêtements, des dessins d’une grande précision et de toute beauté, un récit rythmé, l’introduction d’un personnage assez mystérieux mais qui semble aussi avoir son caractère… Tous ces éléments contribuent à rendre ce manga immersif et envoûtant.

En résumé, Reine d’Égypte est un manga que je conseillerais à tout le monde tellement le travail réalisé par l’autrice sur son héroïne est remarquable. Si vous aimez les personnages forts avec leurs moments de doute, mais surtout une volonté de fer, vous allez adorer vous plonger dans cette aventure. Et puis, sans être une spécialiste de l’époque, l’autrice semble avoir fait un réel travail de recherche retranscrivant à merveille l’ambiance si particulière de l’Égypte ancienne. Un sens du réalisme qui donne une autre dimension à cette série !

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