Mac sur un toit brûlant, Melinda Metz

Couverture Mac sur un toit brûlant

Chat kleptomane épris d’indépendance, MacGyver – le Cupidon félin – a le don de se fourrer dans des situations impossibles. Mais, lorsqu’il tombe sur une portée de cinq chatons orphelins, il fond.
Pour ne pas les laisser livrés à eux-mêmes, Mac décide de s’occuper de ces petites boules de poil – le temps de trouver des humains qui les adopteront.
Mais Mac, suspect n° 1 d’une série de larcins commis dans le voisinage, est assigné à résidence par ses maîtres Jamie et David – qui s’étaient rencontrés grâce à lui.
Avec cinq chatons à caser – et deux matons à ses trousses –, notre matou a de quoi exercer sa sagacité légendaire. Sauf qu’une jolie minette croisée récemment lui fait perdre jusqu’à son sixième sens…

L’Archipel (11 mars 2021) – 340 pages – 19€

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Découvrez mon avis sur Un amour de chat et Le chapardeur des cœurs.

Si vous n’avez pas lu ces deux romans, vous pouvez néanmoins lire mon avis sans risque de spoiler, chaque tome mettant en scène un couple différent.

Quel plaisir de retrouver Mac, un chat de caractère aux tendances cleptomanes et au talent certain pour former les couples. Et dans ce tome, il est sur tous les fronts !

Car en plus de devoir venir en aide à tous ces humains incapables d’être heureux sans son aide, il va devoir prendre soin d’une portée de quatre chatons dont la mère a disparu. Notre minet, devenu papa poule, nous offre une version encore plus adorable de lui-même. On le voit ainsi jongler entre la recherche de nourriture pour ses petits protégés, quelques leçons éducatives indispensables pour leur équilibre et leur sûreté, et sa quête pour trouver un foyer à chacun des chatons. Et pour cela, il peut compter sur son flair infaillible qui lui permet d’associer les caractères et de juger de la nature profonde des deux pattes qui croisent sa route. Il n’hésitera ainsi pas à faire passer quelques tests de son cru aux humains qu’il estime dignes de veiller sur les chatons. Si vous aimez les animaux et/ou les chats, vous ne pourrez que craquer devant cette famille à poils et à moustaches. Pour ma part, j’ai adoré Fripouille qui porte très bien son nom et qui va donner du fil à retordre à notre Mac. Mais les caractères affirmés, il connaît et ça ne lui fait pas peur !

Malheureusement pour Mac, sa réputation de voleur de haut niveau le rattrape : le voilà injustement accusé du vol de différents objets précieux qui, soit dit en passant, sont tellement hideux que leur voleur aurait dû être remercié plutôt que traqué. Si la situation ne manque pas de piquant, elle n’arrange pas notre pauvre chat qui va devoir prouver son innocence, tout en prenant soin des chatons, et en affrontant une situation fort contrariante au sein de son propre foyer. Et cette fois, même enquiquiner le crétin, comprenez le chien de la maison, ne va pas suffire à lui faire oublier un véritable acte de trahison… Comme vous l’aurez compris, Mac est absolument débordé, mais cela ne l’empêchera pas de continuer sa mission de Cupidon qu’il maîtrise à merveille. Après tout, quand on est un être supérieur tel que lui, on ne peut décemment pas laisser de pauvres humains se dépatouiller tout seuls avec leurs émotions et leur tristesse…

Ce troisième tome nous permet de retrouver des personnages que l’on a croisés dans les deux précédents tomes, ce que j’ai adoré, d’autant que l’un des couples réunis grâce à Mac attend un très heureux événement. Mais il nous permet aussi de découvrir Serena, une professeure d’art dramatique qui est venue tenter sa chance à Hollywood grâce à une bourse. Installée dans l’une des maisons atypiques de Storybook Court, elle a un an pour faire de son rêve d’actrice une réalité. Pétillante, amusante, joyeuse, passionnée et dynamique, Serena est une jeune femme que l’on ne peut que trouver d’emblée fort sympathique. Un sentiment que semble d’ailleurs partager Erik, un des deux policiers nouvellement en charge des patrouilles dans Storybook Court. Entre les deux, ça fait tout de suite des étincelles ! L’attirance est mutuelle et évidente, mais il va leur falloir affronter les blessures de cœur d’Erik que sa précédente rupture a profondément marqué, et rendu craintive quant aux relations amoureuses.

Si le policier va se comporter à quelques reprises comme un véritable goujat, préférant fuir lâchement plutôt qu’affronter ses peurs et ses sentiments pour Serena, j’avoue qu’il m’a touchée. J’ai apprécié que, pour une fois, ce soit le personnage masculin qui fait montre d’une certaine vulnérabilité affective. Soufflant le chaud et le froid, Erik va néanmoins devoir faire face à l’évidence : son attirance pour Serena n’est pas passagère et la fuir, pas vraiment une solution. Une réalité que sa très perspicace collègue, Kait, ne manquera pas de lui rappeler à la moindre occasion.. Comme elle, on suit l’évolution de leur relation avec plaisir, tout en croisant les doigts pour qu’Erik ait la force de se libérer du passé et d’accepter que Serena, bien qu’actrice comme son ex, ne lui ressemble en rien. C’est une jeune femme équilibrée et altruiste qui adore les arts dramatiques, mais qui a assez la tête sur les épaules pour affronter avec aplomb et positivité les déceptions… Il se pourrait d’ailleurs qu’elle se (re)découvre à Storybook Court. Pour ma part, j’ai adoré la complicité immédiate entre Serena et Erik, une complicité qui donne lieu à des échanges aussi drôles que taquins et parfois sensuels. Mais rassurez-vous, rien de vulgaire ni de détaillé.

De l’amour familial, des sentiments amoureux… Il ne manquait plus que l’amitié pour former le portrait de la parfaite comédie romantique. Et à cet égard, l’autrice nous a gâtés que ce soit avec la relation entre Ruby et Serena, entre Serena et Daniel, mais surtout entre Erik et Kait, sa collègue. Si vous ne croyez pas en l’amitié homme-femme, avec ce duo, vous risquez fort bien de réviser votre jugement. Complices, proches et complémentaires, Erik et Kait sont aussi efficaces sur le terrain que dans le domaine amical. En véritables amis, ils osent ainsi aborder les sujets qui fâchent et se poussent mutuellement à sortir de leur zone de confort. Et à ce petit jeu, Kait est bien plus directe. Si elle ne brille pas par sa subtilité, elle se révèle touchante par sa volonté de voir Erik mener la vie dont il rêve. Elle va donc s’efforcer de l’aider à y voir plus clair et l’exhorter à ne pas laisser ses peurs tout gâcher avec une femme pour laquelle il ressent de forts sentiments, qu’il veuille bien l’admettre ou non. Mais elle-même n’est pas non plus très honnête avec ses propres sentiments, vis-à-vis d’un suspect dans l’enquête sur les vols, un suspect aussi amateur qu’elle de comics et de statistiques. Et ça, c’est du jamais-vu ! J’aurais adoré que la vie sentimentale de Kait soit un peu plus exploitée, ayant trouvé cette forme atypique et très attachante…

En résumé, comme toujours, la plume de l’autrice est fluide, agréable et légère, et j’aurais envie d’ajouter pleine d’allégresse. J’ai aimé tous les tomes de la série, mais celui-ci a quelque chose de vraiment spécial. Il s’en dégage une douceur folle, une bonne humeur contagieuse et une avalanche de beaux sentiments qui donnent immédiatement envie de sourire et de voir la vie en couleurs. C’est mignon, doux et tendre ! Mac sur un toit brûlant ou la comédie romantique quatre saisons, car il n’y a véritablement aucun moment meilleur que l’autre pour s’y plonger et découvrir la vie d’un chat haut en couleur et des humains qui sont sous sa protection. Parce ce qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités, Mac n’est pas prêt de se reposer !

Merci aux éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Lorsque nous étions morts, Mathieu Guibé

Lorsque nous étions morts de Mathieu GUIBÉ (ACTUSF) | Editions ActuSF

Lassé de l’existence et de la société, Lord Josiah Scarcewillow se complaît dans un quotidien vampirique où les meurtres sont devenus banals. Pourtant, sa rencontre inattendue avec Abigale va le pousser à reconsidérer sa condition de non-mort et ravive sa curiosité envers le vivant. Son âme réanimée, sa nature monstrueuse n’en est pas pour autant altérée ; il est prêt à tout pour retrouver cette jeune fille que l’éternité ne saurait effacer. À tout, même à une pluie de cadavres.

ACTU SF (22 novembre 2019) – 256 pages – Broché (15,90€) – Ebook (9,99€)

AVIS

D’abord publié chez les éditions du Chat noir sous un autre titre, ce roman nous revient dans une très belle édition signée Naos, un label des éditions ActuSF. Je dois avouer que c’est avant tout la couverture et la promesse d’un roman à l’ambiance sombre, parfaite pour le Pumpkin Autumn Challenge, qui m’ont donné envie de me plonger dans la vie de Lord Josiah Scarcewillow, vampire de son état.

Dès les premières lignes, j’ai été transportée par la plume poétique de l’auteur et par sa faculté à restituer toute l’ambiance sombre de son histoire à travers des mots choisis avec soin et des descriptions d’une surprenante acuité. Mais si j’ai apprécié les descriptions nous permettant de nous plonger avec réalisme dans les différents lieux et les différentes époques que nous traversons, c’est la manière dont l’auteur réussit à nous faire ressentir les sentiments de ses personnages qui m’a le plus séduite.

Que l’on apprécie ou non Josiah, il est ainsi impossible de rester insensible devant la force de sa passion pour la belle Abigale, objet de toute son affection, de tout son bonheur, mais également raison de son affliction. Année après année, son destin va se retrouver inextricablement lié à cette femme rencontrée par hasard, une femme qui a su l’ensorceler, lui le vampire qui se pensait dépourvu d’humanité. Or, de l’humanité n’en faut-il pas pour aimer sans retenue et au-delà de la raison et de tout esprit de conservation ? Car si l’amour entre les deux est indéniable, le destin semble s’acharner à les séparer de bien cruelle manière. Amour et souffrance finissent par ne plus faire qu’un alors que Josiah se laisse dévorer par ses plus bas instincts et qu’Abigale se fait plus insaisissable que jamais…

Je préfère rester très vague sur le fond du récit et les liens forts et inébranlables unissant les personnages pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais je peux néanmoins vous dire que si vous aimez les histoires romantiques teintées de dramatique, celle de ces deux amants maudits devrait faire battre votre cœur et vous faire ressentir une myriade d’émotions. Moi qui reste bien souvent insensible devant les romances contemporaines dont je regrette parfois le manque d’élégance et de noblesse, j’ai été touchée par cette histoire d’amour d’un autre temps dans laquelle les sentiments sont exacerbés à l’extrême et l’ambiance sombre à souhait.

Dans ce roman romantique à l’ambiance gothique, l’auteur alterne ainsi entre le beau et le monstrueux que ce soit dans les événements, les décors ou le personnage de Josiah qui se révèle aussi beau à l’extérieur que sanguinaire et bestial à l’intérieur. Loin de l’image du vampire actuel, ce personnage renoue avec l’image du vampire brutal qui n’hésite pas à tuer pour se nourrir, à tuer pour oublier, à tuer pour se défouler, à tuer par envie… Mais alors qu’il devrait faire naître en nous un profond dégoût, Josiah arrive à nous émouvoir et à nous toucher au plus profond de notre être par son amour total et viscéral pour Abigale d’autant que finalement, toute cette cruauté qu’il n’hésite pas à déchaîner autour de lui ne sera jamais aussi forte que celle qu’il subit lui-même.

Profondément humain dans son inhumanité, ce personnage se révèle donc fascinant et fait quelque peu de l’ombre à l’objet de son désir, la délicate Abigale qui, de prime abord, pourrait ressembler à la blanche colombe sacrifiée sur l’autel de la passion et de la déraison. Mais ce serait faire fausse route de ne voir en cette femme qu’une jeune naïve, car si sa candeur est rafraîchissante, Abigale n’en demeure pas moins un être de passion qui saura, au même titre que son bien-aimé, faire de lourds sacrifices pour s’assurer de leur félicité ou, du moins, d’un moyen de s’en rapprocher. J’aurais peut-être apprécié d’en apprendre plus sur cette dernière, mais j’ai été séduite par sa force de caractère et sa pugnacité surtout pour une femme du XIXe siècle à laquelle on a probablement plus appris l’obéissance que la liberté d’esprit et de cœur. D’ailleurs, l’auteur évoque, bien que ce soit brièvement, le sort des femmes à l’époque avec, entre autres, les mariages arrangés et la difficulté pour ces dernières de s’adonner à des centres d’intérêt comme les sciences et les technologies nouvelles, des sujets sérieux supposés être réservés aux hommes…

En trame de fond, est également évoquée la question de l’immortalité qui se peut révéler être un bien lourd fardeau, a fortiori quand elle semble se jouer de vous et vous ravir, année après année, l’objet de votre affection en même temps que tous vos repères qui s’envolent devant le progrès et les changements sociétaux. Une immortalité contre laquelle notre vampire semble lutter, en proie à de multiples tourments et à cette sensation qu’elle est incompatible avec toute humanité. Mais l’est-elle vraiment ou Josiah ne se perd-il pas dans ses illusions et croyances lui permettant d’éviter de se confronter à la réalité : ce sont bien plus nos actes qui nous définissent que notre supposée nature ? À cet égard, j’ai été très touchée par la leçon de vie offerte par un personnage aussi discret que remarquable qui, par un de ces caprices dont le destin a le secret, s’est révélé être autant serviteur que père de son créateur…

Roman à l’ambiance gothique, on y retrouve ce qui fait le charme du genre : une demeure inquiétante et quelque peu abîmée par le temps, la présence d’une créature fantasmagorique, la nostalgie du passé devant l’arrivée du progrès, des sentiments d’une extrême puissance qui dévastent tout sur leur passage, une héroïne qui sait ce qu’elle veut, l’horreur avec des scènes violentes et sanguinaires… Tout autant d’éléments, parmi d’autres, qui expliquent à quel point j’ai aimé me plonger dans cette atmosphère inquiétante au charme suranné.

En conclusion, Lorsque nous étions morts est l’histoire tragique d’un vampire peut-être pas aussi dépourvu d’humanité qu’il se complaît à le penser et d’une femme plus forte qu’il n’y paraît, séparés par un destin qui semble s’acharner à les empêcher de communier. Poétique, sombre et brutal, voici un roman qui devrait ravir les lecteurs avides de renouer avec l’image ténébreuse et torturée du vampire et les romances sombres et dramatiques dans lesquelles les sentiments, portés à leur paroxysme, s’inscrivent dans l’éternité.