La librairie des rêves suspendus, Emily Blaine

Couverture La librairie des rêves suspendus

Sarah, libraire dans un petit village de Charente, peine à joindre les deux bouts. Entre la plomberie capricieuse de l’immeuble, les murs décrépis et son incapacité notoire à résister à l’envie d’acheter tous les livres d’occasion qui lui tombent sous la main, ses finances sont au plus mal. Alors, quand un ami lui propose un arrangement pour le moins surprenant mais très rémunérateur, elle hésite à peine avant d’accepter. C’est entendu : elle hébergera Maxime Maréchal, acteur aussi célèbre pour ses rôles de bad boy que pour ses incartades avec la justice, afin qu’il effectue en toute discrétion ses travaux d’intérêt général dans la librairie. Si l’acteur peut survivre à un exil en province et des missions de bricolage, elle devrait être capable d’accueillir un être vivant dans son monde d’encre et de papier… Une rencontre émouvante entre deux êtres que tout oppose mais unis par un même désir : celui de vivre leurs rêves.

Éditions Harlequin (5 juin 2019) – 324 pages – Broché (15,90€) – Poche (7,20€)

AVIS

Attirée par le résumé et la couverture, j’étais très curieuse de découvrir ce roman, et je dois dire que la lecture fut à la hauteur de mes attentes puisque je l’ai lu d’une traite, en lecture commune avec Les Blablas de Tachan que je remercie pour nos échanges.

Alternant entre leur point de vue, l’autrice nous fait découvrir deux personnages qui n’auraient pu être plus différents l’un de l’autre. Sarah, libraire timide, réservée, casanière et relativement solitaire, n’aime rien d’autre que se plonger et s’oublier dans la lecture, ce qui tombe bien puisqu’elle est libraire dans un village de Charente. À l’inverse, Maxime, star des écrans, est un feu d’artifice à lui tout seul, toujours prompt à exploser et à faire parler ses poings pour se défouler. Mais acteur reconnu ou non, il y a des limites à la tolérance de la presse et surtout de la justice. Grâce à son ami d’enfance et son avocat, il évite donc de justesse la prison après un incident de trop. Ce ne seront donc pas les murs d’une prison pour lui, mais ceux de la librairie de Sarah qu’il n’aura guère le droit de quitter, bracelet électronique oblige.

Sarah n’est guère enthousiaste à l’idée d’accueillir l’acteur dans son havre de paix, mais elle a terriblement besoin de l’argent qu’il lui verse en échange de son « hospitalité » afin de faire les travaux dont sa librairie, héritage de sa grand-mère, a grand besoin. Commence alors une cohabitation forcée entre une accro aux livres timide, calme et routinière, et un bad boy qui a tout sauf envie de revenir dans sa région d’enfance, de rester enfermé dans une librairie poussiéreuse, et encore moins de faire montre de courtoisie. N’appréciant pas les hommes colériques qui parlent avec leurs poings, j’ai eu un peu de mal au début avec ce personnage grognon et ingrat à souhait, qui n’hésite pas à se montrer impoli avec Sarah, et à envoyer balader les quelques personnes qui essaient de l’aider à ne pas se laisser engloutir par sa rage.

Heureusement, de fil en aiguille, on découvre ses failles, ses blessures et la manière dont il tend à fuir et à mettre de la distance entre lui et les autres pour ne pas être blessé. Cela n’excuse pas ses emportements ni son comportement d’enfant gâté, mais cela permet de mieux appréhender sa complexité et d’aller au-delà des apparences. Chose dont se montrera capable Sarah, fidèle à sa bienveillance et sa gentillesse naturelles. D’emblée, j’ai eu un coup de cœur pour cette libraire dans laquelle je me suis bien souvent reconnue, reconnue dans sa réserve, sa timidité, sa maladresse, ses rougissements, sa manière de fuir les choses difficiles à travers les livres, et son amour obsessionnel pour ceux-ci… J’ai trouvé cela tellement troublant que j’ai presque eu le sentiment d’avoir rencontré ma jumelle !

Touchante et souriante, notre libraire saura faire tomber les barrières de Maxime, ce qui ne se fera pas sans heurts et remises en question. Je n’entrerai pas dans les détails puisque tout l’intérêt de ce roman réside dans l’évolution de la relation entre ces deux personnes qui n’auraient jamais dû se rencontrer, mais qui, étrangement, semblent se compléter et s’apaiser. J’ai ainsi adoré les voir évoluer côte à côte et suivre leurs échanges d’abord tendus et distants, puis de plus en plus intimes, personnels et chaleureux. En d’autres mots, ces colocataires improbables m’ont donné de jolis papillons dans le ventre, tout en offrant des moments non dénués de sensualité. Mais je vous rassure, si comme moi, les scènes de sexe à toutes les pages vous gênent, l’autrice reste relativement sage à ce niveau, nous en donnant juste assez pour nous émoustiller sans jamais nous saturer.

Je ne suis pas très fleur bleue, mais il y a deux ou trois scènes qui sont d’un romantisme fou, du moins pour la livraddict que je suis. Je dois d’ailleurs reconnaître que Maxime a réussi à surmonter toutes mes réserves du début pour devenir, si ce n’est le parfait petit ami, un homme auquel on a envie de donner sa chance. Si Sarah, de sa présence douce et bienveillante, saura l’apaiser et le pousser à reprendre sa vie en main sans jamais le juger, Maxime aura également un effet positif sur la jeune femme. À ses côtés, elle osera enfin prendre des risques, sortir de sa zone de confort, réfléchir à ce qu’elle veut vraiment et réaliser que si les livres sont importants, la vie mérite également d’être vécue !  Elle m’a d’ailleurs surprise à quelques reprises, en se montrant bien plus entreprenante qu’on aurait pu le penser, mais il faut reconnaître que le tatouage de Maxime a quelque chose de très hypnotique, voire érotique…

Le roman tourne beaucoup autour de la relation entre ces deux personnages, ce qui n’a pas été pour me déplaire même si j’aurais apprécié que les personnages secondaires, la plupart fort sympathiques, soient plus développés. J’ai ainsi adoré les amis de Sarah, du restaurateur qui se comporte comme un père pour elle à la truculente et exubérante Annie qui la pousse à vivre sa vie au lieu de la lire. Ils sont parfois intrusifs, surtout avec leur obsession pour sa vie amoureuse, mais je leur ai trouvé un quelque chose de très touchant et attendrissant. J’ai aussi apprécié Damien, l’ami commun qui aura permis à Sarah et à Maxence, bien qu’il m’ait à un moment un peu fait peur pour une raison que je vous laisserai le soin de découvrir…

Au-delà des personnages et de la romance que j’ai appréciée et qui m’a procuré de belles émotions, l‘autrice aborde sans lourdeur ni pathos des thématiques intéressantes et importantes : les familles défaillantes, les passés difficiles qui peuvent marquer les individus et les empêcher d’avancer, les peurs qui enferment, l’amitié, l’amour malgré les différences, le pardon, la culpabilité… J’ai, en outre, été surprise par deux révélations : l’une permettant d’avoir un nouvel éclairage sur l’un des personnages et de mieux comprendre certaines de ses réactions, et l’une qui m’a beaucoup touchée et peinée, alors même qu’elle concerne un personnage dont on sait fort peu de chose. L’autrice aborde avec beaucoup de justesse et de force une thématique qui peut toucher n’importe qui… et nous offre, à travers l’un de ses personnages, un très beau discours empli d’émotions.

En conclusion, Emily Blaine nous propose ici une très belle romance entre deux êtres qui n’auraient jamais dû se rencontrer et encore moins cohabiter mais qui, malgré leurs nombreuses différences, vont réaliser que les opposés s’attirent, voire qu’ils se complètent à la perfection. Entre tension, provocation et rapprochement, attendez-vous à sentir quelques papillons fourmiller au creux de votre ventre, en plus de prendre une belle bouffée de passion livresque, notre héroïne pensant et respirant livres, un peu comme vous et moi, non ?

Je remercie Netgalley et les éditions Harlequin pour la version numérique et France Loisirs pour la version papier dédicacée que j’avais eu la chance de gagner lors d’un tirage au sort.

Lire l’avis des Blablas de Tachan.