Héritages – Nina, Bénédicte Gourdon, Stéphanie Hans

Héritière d’un don surnaturel qui lui donne le pouvoir de guérison, Nina mène la vie normale d’une jeune femme moderne. Endeuillée par la disparition de son fiancé mort dans un accident, qu’elle n’est pas parvenu à sauver, elle hésite à accepter l’héritage de ce don magique. Jusqu’au jour où elle se découvre la proie d’un complot et réalise que l’accident dans lequel a péri son fiancé n’était pas le fruit du hasard. Elle comprend alors qu’elle a de puissants ennemis que son pouvoir semble particulièrement intéresser, et manifestement prêts à tout pour lui nuire. Ce thriller fantastique est le premier album du duo féminin Stéphanie Hans et Bénédicte Gourdon.

Dupuis (06 janvier 2011) – 56 pages – 14,50€

AVIS

La mention d’un don surnaturel, en plus d’une couverture intrigante, a suffi à me convaincre de me plonger dans cette BD que j’ai beaucoup appréciée.

L’entrée en matière est superbe avec une planche qui résume à elle seule la manière dont l’illustratrice réussit, page après page, à mettre en lumière les événements les plus importants, mais aussi tous ces petits détails qui nous font retenir notre souffle. Car suspense, tension et révélations ne manqueront pas de rythmer votre lecture !

En effet, si l’histoire aurait pu être un énième récit fantastique de sorcellerie, l’autrice nous propose un très efficace thriller fantastique qui nous plonge dans la vie de Nina, une femme qui possède, au bout des doigts, le pouvoir de guérir. Un pouvoir dont elle ne semble néanmoins pas mesurer toute l’étendue, mais aussi tout ce qu’il implique, jusqu’à ce qu’un événement dramatique la conduise sur les traces d’un passé trop longtemps ignoré.

J’ai adoré suivre Nina sur le chemin de la vérité, un chemin qui sera loin d’être un long fleuve tranquille puisqu’il sera parsemé d’embûches, de découvertes et d’une révélation fracassante ! À cet égard, j’ai été agréablement surprise de l’identité de la personne responsable des malheurs de Nina. J’ai craint, en début d’histoire, un antagoniste manichéen et stéréotypé agissant pour de vains motifs quand j’ai découvert un ennemi qui a bien su cacher son jeu et peaufiner des années durant son plan machiavélique. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que la quête de pouvoir est un aphrodisiaque très fort qui pousse à bien de terribles exactions…

Chose intéressante, le grand méchant de l’histoire, qu’on ne peut que condamner, dégage néanmoins une fragilité dans le regard que le talent de l’illustratrice restitue à merveille. Cela ne le rend pas attachant, mais lui apporte une certaine humanité qui, pour ma part, m’a étrangement touchée, un peu comme si à travers les illustrations, on pouvait s’approprier son débat intérieur entre raison et sentiments, entre velléité de perpétrer ses ambitions et culpabilité devant une trahison injustifiable et impardonnable !

Si j’ai trouvé le rythme de ce thriller haletant et la tension constante au point de me pousser à tourner les pages avec avidité, j’ai regretté que nous soit proposé un one-shot plutôt qu’une duologie. À la fin de ma lecture, j’ai ainsi eu le sentiment qu’il y aurait eu matière à approfondir la mythologie liée aux pouvoirs de Nina autour desquels flotte un certain flou. J’aurais également apprécié d’en apprendre plus sur une société secrète liée étroitement à la vie et au destin de Nina ainsi que sur un homme magnétique qui ne laissera pas la jeune femme indifférente.

Ce personnage introduit beaucoup de mystère, mais j’avoue avoir été quelque peu surprise et décontenancée par ce qui va se passer entre lui et Nina au regard du drame vécu par cette dernière… Mais je reconnais que c’est plus là un jugement de valeur de ma part qu’une quelconque critique sur le déroulé de l’histoire d’autant que chacun réagit à sa manière devant une épreuve.

J’ai, en revanche, apprécié le rôle de la meilleure amie dont le côté léger et libertin cache une femme de caractère et d’action bien décidée à aider Nina à se relever du drame qu’elle traverse. Ses interventions m’ont parfois semblé un peu brutales, moi qui suis plutôt une adepte de la douceur et de l’empathie, mais vu les circonstances, difficile de le lui reprocher. J’ai également trouvé Chloé d’une fidélité à toute épreuve surtout si l’on considère le manque de transparence de Nina qui, par crainte du rejet, ne s’est jamais confiée sur ses dons surnaturels…

Cette peur du rejet explique peut-être la raison pour laquelle Nina n’a pas essayé d’en apprendre plus sur ses pouvoirs, se contenant de les avoir en elle avant que les circonstances l’obligent à remonter les sources d’un don de guérison qui s’apparente parfois à une malédiction. Cette BD pose d’ailleurs, comme son titre le laisse supposer, une réflexion intéressante sur la notion d’héritage. Doit-on forcément accepter un destin imposé par sa filiation ou ne peut-on pas le reconnaître tout en décidant de choisir sa propre voie ? Chacun se fera sa propre opinion, mais ce qui est certain, c’est que Nina n’aura pas d’autre choix que de répondre à cette question en mesure de changer sa vie à jamais !

En conclusion, Héritages est un thriller fantastique particulièrement bien mené qui, en plus d’interroger la notion d’héritage, un fardeau autant qu’une force, nous plonge dans la vie d’une femme aux dons surnaturels qu’elle va devoir, plus que jamais, s’approprier afin de faire face à de terrifiantes révélations et d’être en pleine mesure de choisir son futur. Une enquête palpitante, entre ombre et lumière, sur les traces d’un héritage familial lourd de conséquences… Mon seul bémol est cette impression que si la fin conclut bien l’histoire, elle a, du moins pour moi, des allures de commencement même si je comprends que l’autrice ait préféré se concentrer sur le choix de Nina, et les circonstances l’ayant conduite à le prendre, que sur l’après.