Mini-chroniques en pagaille #34

 

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Nous sommes tous des féministes de Chimamanda Ngozi Adichie, illustré par Leire Salaberria (Gallimard Jeunesse)

Couverture Nous sommes tous des féministes, illustré

N’ayant pas encore pris le temps de lire le livre original, j’ai sauté sur cette adaptation graphique destinée à la jeunesse. En s’appuyant, entre autres, sur sa propre expérience, l’autrice revient sur toutes ces situations durant lesquelles elle a été traitée différemment, mise de côté ou ignorée en raison de son genre. Une injustice que l’on ressent pleinement à travers ses mots, a fortiori si l’on est une femme. Car si la situation au Niger n’est pas celle de tous les pays, il y a néanmoins certaines choses auxquelles presque toutes les femmes sont soumises à travers le monde, comme cette injonction au paraître, à la « féminité », à la douceur, à la soumission et à la discrétion. En fonction des cultures, cette injonction est plus ou moins forte, mais elle existe bien.

En plus d’être très accessible, que ce soit grâce à un texte aéré et concis ou à de douces et jolies illustrations, l’intérêt de cet album réside également dans l’accent mis sur l’éducation. L’autrice fait le constat des différences de traitement entre les hommes et les femmes, mais elle n’en demeure pas moins positive quant à la possibilité de faire évoluer les choses. Et cela commence par arrêter de traiter différemment les enfants en fonction de leur sexe, et leur laisser l’occasion de s’exprimer et de faire ce qu’ils souhaitent vraiment, plutôt que de les brimer en fonction de normes culturelles et sociétales profondément injustes. Ceci est d’autant plus important que ces stéréotypes liés au genre nuisent aux femmes, mais également aux hommes, enfermés dans la cage de la « virilité »…

Si la thématique est primordiale et sérieuse, le ton de l’ouvrage n’est pas dénué d’humour, l’autrice n’hésitant pas à s’amuser de tous ces préjugés entourant le mot et le concept de féministe, avant de mieux les déconstruire et d’en montrer l’absurdité. Une féministe peut prôner l’égalité des sexes, mais aimer porter des robes et se maquiller pour se faire plaisir et non faire plaisir…

En bref, voici un livre intéressant et accessible parfait pour entamer un dialogue avec les enfants sur l’égalité des sexes, les stéréotypes et la manière de faire évoluer les choses, parce que Nous sommes tous des féministes !


  • L’Atelier Détectives, tome 1 : Les Mystères de la nuit de Béka et Goalec (Bamboo Édition)

Couverture L'Atelier Détectives, tome 1 : Les Mystères de la nuit

Aimant beaucoup les ouvrages de la maison d’édition, les livres jeunesse et les enquêtes, j’ai tout de suite été intriguée par cette BD. Et je dois dire que je n’ai pas été déçue de ma lecture, bien au contraire.

Jules, Isidore et Lola sont trois amis liés par le même amour des enquêtes, ce qui explique d’ailleurs leur inscription et leur participation à l’Atelier Détectives de leur école. Toujours à la recherche de mystères à résoudre et de pistes à explorer, ils vont se lancer successivement dans trois enquêtes différentes, la première impliquant potentiellement un zombie, la deuxième un dinosaure et la dernière une sorcière !

Courageux et non dénués d’un certain sens de l’observation, nos jeunes héros ne vont pas hésiter à se confronter au danger, bien qu’ils aient une légère tendance à envoyer d’abord Jules au front, à imaginer des hypothèses et à tenter de faire toute la lumière sur les mystères et autres phénomènes surnaturels dont ils ont des échos. Néanmoins, au fil des pages, on se rend compte que les apparences sont bien souvent trompeuses et que nos enquêteurs ont une légère tendance à se laisser déborder par leur imagination !

En plus d’être rythmée et colorée, cette BD ne manquera pas de faire sourire les jeunes et moins jeunes lecteurs, notamment en raison des retournements de situation bien trouvés et diablement amusants. Je ne doute pas que les enfants se régalent des aventures des protagonistes et qu’ils apprécient de mener les enquêtes à leurs côtés. Pour ma part, j’ai adoré me laisser emporter par l’imagination contagieuse et débordante d’Isidore, de Jules et de Lola, trois jeunes enquêteurs pleins d’enthousiasme et liés par une belle amitié. Peut-être que nous avons là de futurs Sherlock Holmes ! Après tout, ils ont déjà le goût du mystère et la loupe…


  • Le mystère de Pouleville d‘Albert Arrayas (Éditions Crackboom !) : je remercie la maison d’édition et NetGalley pour cette lecture.

Couverture Le mystère de Pouleville

Je suis complètement fan de la couverture et du titre qui ne manquent pas d’humour ! Des poules qui vivent comme des coqs en pâte, vous y croyez vous ? Pourtant, c’est bien ce qui se passe à Pouleville, un village où les poules sont mieux traitées que le plus choyé des animaux de compagnie. Pour preuve, elles ont droit à leur propre peignoir quand elles sortent de leur bain. Si ce n’est pas poulettement sympa ça. Mais Pouleville est surtout connu pour son célèbre concours de la Plume d’Or qui récompense chaque année la meilleure poule de l’année. Un sacre très important dans la vie d’une poule.

Malheureusement, l’excitation du concours est quelque peu gâchée quand quelques jours avant qu’il ne démarre, des poules commencent à disparaître de leur chambre en pleine nuit. Et ni les indices relevés ni la surveillance des villageois ne permettent de mettre la main sur le ou la coupable. Il n’en faudra pas plus pour que la sorcière du village décide de mettre au point un plan pour faire toute la lumière sur cette histoire, et permettre à chaque poule de retrouver une certaine tranquillité d’esprit….

Mais cela sera-t-il suffisant pour résoudre le mystère de Pouleville ? Pour le savoir, il vous faudra dévorer cet album jeunesse plein d’humour sans oublier, au passage, de mener votre propre enquête et d’élaborer vos propres hypothèses en vous appuyant sur les indices laissés par le ou la coupable. Mais prenez garde, les apparences sont parfois trompeuses ! Pour ma part, je reconnais m’être laissée complètement surprendre par la fin que j’ai trouvée des plus savoureuses.

Dans tous les cas, j’ai adoré le ton de l’ouvrage, le focus sur un animal que j’aime beaucoup et une enquête pleine de charme qui rappelle que tout ce qui brille n’est pas d’or, et que certains sont prêts à beaucoup pour atteindre leur objectif. Les illustrations colorées et pleines de douceur contribuent également au plaisir que l’on prend à s’immerger à Pouleville.

En bref, si vous aimez les poules, les enquêtes et être surpris, Le mystère de Pouleville est fait pour vous.

Et vous, connaissez-vous ces livres ?
Vous tentent-ils ?

 

In My Mailbox ou Book Haul, spécial Rakuten

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« In My Mailbox a été mis en place par Kristi du blog The Story Siren et inspiré par Alea du blog Pop Culture Junkie. C’est un moyen de partager les livres reçus chaque semaine dans notre boîte aux lettres ainsi que les livres achetés ou empruntés à la bibliothèque. Les liens pour les participants francophones sont regroupés sur Accrocdeslivres. »


La veille de l’annonce du confinement, j’ai passé une grosse commande sur Rakuten, motivée d’abord par l’achat de L’Estrange Malaventure de Mirella sur lequel je lorgne depuis sa sortie. J’en ai profité pour prendre d’autres livres qui étaient dans ma wish list depuis plus ou moins longtemps…

Si vous n’avez jamais commandé sur Rakuten, vous pouvez utiliser mon code parrainage (17734459) au moment du paiement afin d’obtenir un bon d’achat de 10€ (le parrain obtient la même somme). Dans tous les cas, n’hésitez pas à faire un tour sur le site qui, en matière de livre, possède une offre complète et intéressante. C’est d’ailleurs l’un de mes principaux fournisseurs livresques.

Et vous, quelles sont les nouveautés de votre PAL ?

Les 9 vies d’Aristote, Dick King-Smith (illustré par Bob Graham)

Aristote est un joli chaton blanc. Mais il est bien trop casse-cou et risque sa vie à tout moment ! Chez sa nouvelle maîtresse, la sorcière Bella Donna, il accumule bêtises et catastrophes. Heureusement qu’elle veille sur lui et que, comme tous les chats, Aristote possède neuf vies !

Gallimard Jeunesse (14 novembre 2019) – Premiers romans – Dès 7 ans – 6,90€
Traduction :
Laurence Nectoux

AVIS

J’ai tout de suite craqué sur la couverture avec ce chat plein de vie qui semble faire le foufou. Et ce n’est pas qu’une impression parce que le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Aristote est plein de fougue et d’entrain. Curieux, vif et toujours prompt à partir à l’aventure, que ce soit dans la maison de sorcière de son adoptante ou à l’extérieur, il ne manque jamais l’occasion de se mettre dans des situations périlleuses… Heureusement que, comme tous les chats, il a neuf vies !

J’ai adoré l’idée de l’auteur de donner le nom d’un grand philosophe à un chat qui se révèle plus polisson que sage. Mais c’est peut-être sa propension à faire des bêtises sans le vouloir qui m’a séduite, bien que j’avoue être ravie que mon Hardy ne soit pas aussi casse-cou. Je ne suis pas certaine que mon pauvre cœur s’en remettrait aussi bien que celui de Bella Donna, la sorcière qui a adopté Aristote. Plutôt original d’ailleurs pour une sorcière de préférer un chat blanc au traditionnel chat noir. Mais Belle Donna n’est pas une sorcière comme les autres : si elle a l’accoutrement et le physique typiques des sorcières, elle se révèle bien plus gentille, bienveillante et attentionnée. C’est d’ailleurs grâce à elle qu’Aristote retombe toujours sur ses pattes.

La relation entre les deux personnages est adorable et m’a beaucoup touchée. La tendresse qui les unit est d’ailleurs magnifiquement restituée par Bob Graham dont j’ai beaucoup les illustrations pleines de douceur et de poésié. Un style artistique qui permettra à l’auteur d’aborder avec beaucoup de subtilité le thème du deuil animal et de nous montrer que même derrière ses grosses babines, un gros chien de ferme est tout à fait capable de la plus grande des tendresses.

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Si en tant qu’adulte, j’ai apprécié ce roman et le jeu de l’auteur sur la superstition entourant les neuf vies supposées des chats, je ne doute pas que les enfants prennent également beaucoup de plaisir à suivre les (més)aventures et les exploits d’Aristote. Un chaton auquel ils ne devraient pas manquer de s’attacher et d’apprécier de voir grandir et évoluer comme eux-mêmes le font, jour après jour, année après année. Notre Artistote va ainsi s’assagir pour le plus grand bonheur de Belle Donna qui pourra alors compter sur son beau minet pour l’accompagner et l’aider dans ses différentes missions.

En plus de la douce présence d’Aristote, la sorcière gagnera une certaine tranquillité d’esprit, n’ayant dorénavant plus besoin de passer son temps à le surveiller de peur qu’il ne tombe de la cheminée, qu’il se fasse croquer par un gros chien ou écrasé par un train. Sa patience et son amour auront été efficaces et permis à un chaton casse-cou de devenir un chat raisonnable et aimant.

En résumé, de l’humour, de la tendresse et de l’aventure, en voici une histoire parfaite pour les jeunes lecteurs en quête d’un divertissement simple d’accès, mais riche en péripéties !

Promise, Ally Condie

Couverture Promise, tome 1

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Cassia, 17 ans, vit dans une Société prétendument idéale qui dicte tout : les distractions, le travail, le lieu d’habitation, la nourriture, les vêtements, même la mort est programmée. Mais surtout, les Officiels organisent les mariages selon des critères de compatibilité idéale. Aussi, quand Cassia apprend qu’elle est promise à Xander, son meilleur ami depuis l’enfance, tout semble parfait ! Étrangement, c’est le visage d’un certain Ky qui apparaît sur le fichier numérique consacré à son Promis, avant que l’écran ne s’obscurcisse…
Une erreur, lui dit-on ? Car Ky est issu d’une classe inférieure et n’a pas le droit de se marier. Intriguée, Cassia cherche à mieux connaître ce garçon au passé mystérieux. Ky est un garçon sensible qui lui fait découvrir l’écriture, la création poétique…

Gallimard Jeunesse (7 avril 2011) – 432 pages – Broché (19,50€) –
Autres format : poche/ebook –
Traduction : Vanessa Rubio-Barreau

AVIS

Ally Condie nous embarque dès les premières pages dans un monde qui sous des apparences de perfection fait très vite froid dans le dos. Les Officiels, qui régentent la vie de la population, ont établi un système totalitaire dans lequel l’esprit d’initiative est proscrit et les libertés individuelles quasiment inexistantes. En contrepartie, chaque individu bénéficie d’une longue espérance de vie, d’un métier à la hauteur de ses compétences, de la certitude d’une vie familiale épanouie et d’une descendance « optimale »… Mais peut-on vraiment être heureux quand tout est décidé à notre place, du choix du concubin à la nourriture ingérée ?

Une question à laquelle Cassia n’aurait jamais pensé devoir répondre. Ravie d’assister à son banquet de Couplage durant lequel lui est dévoilé son Promis, cet être fait pour elle, elle était loin de se douter qu’une autre voie s’offrirait à elle... Et si à la place de battre pour son Promis, son meilleur ami Xander, son cœur battait pour quelqu’un d’autre ? Est-ce imaginable dans une société qui ne tolère aucun dérapage et aucune remise en question des décisions officielles ?

Tout autant de questions qui donnent une autre dimension à la romance qui progressivement se construit sous nos yeux. Je n’aime pas, en général, le schéma classique du triangle amoureux, mais je l’ai trouvé ici naturel, voire indispensable, pour comprendre les tiraillements auxquels est confrontée Cassia. Partagée entre son éducation qui la pousse naturellement à suivre ce qu’on lui demande, sa volonté de protéger les siens en ne faisant pas de vagues, et ses propres élans du cœur qui la poussent inexorablement vers Ky, la jeune femme va évoluer, grandir et apprendre, parfois douloureusement, à faire ses propres choix.

Mais plus que la romance qui ne m’a pas touchée outre mesure, c’est la société rigide dépeinte par l’autrice qui a su me séduire ainsi que toutes les réflexions, notamment sur la liberté, qu’elle soulève. Peut-on accepter de sacrifier sa liberté et son libre arbitre en échange d’un certain confort de vie ? Une question qui semble aller de soi, mais que peu de personnes se posent dans ce monde qui a réussi, grâce un profond travail d’endoctrinement et de propagande, à rendre les gens apathiques devant la suppression de leurs libertés. Heureusement, certains individus comme le grand-père de Cassia ne sont pas aveugles face aux égarements du pouvoir et essaient à leur niveau de résister afin de conserver un minimum de contrôle sur leur existence.

J’ai été touchée par la relation unissant la jeune femme à son grand-père dont on sent la grande influence dans sa vie, mais également dans celle des autres membres de sa famille. De manière générale, j’ai d’ailleurs beaucoup aimé les liens unissant Cassia à son petit frère et à ses parents qui, et c’est assez rare pour être souligné, se comportent en adultes responsables et bienveillants. Ils n’auront pas réponse à tout et se montreront parfois démunis, mais ils feront de leur mieux pour protéger leurs enfants quitte à prendre des décisions difficiles…

Ce premier tome m’a fait passer un bon moment de lecture, mais il n’est pas exempt de petits défauts comme quelques longueurs et une certaine superficialité dans le traitement des personnages dont le potentiel n’est pas toujours exploité. Toutefois, la fin laisse espérer une évolution à ce niveau, les choses se mettant en place et la dynamique de rébellion semblant amorcée ! Quant à l’écriture de l’autrice, j’ai été agréablement surprise la trouvant à la fois travaillée et très accessible. La présence de nombreux dialogues fluidifie également la lecture qui, sans être addictive, se révèle plutôt facile et rapide.

En conclusion, Promise est le premier tome d’une trilogie qui, à travers des personnages attachants dont la vie va prendre une tournure inattendue, aborde avec efficacité des thèmes importants comme la liberté et les sacrifices que l’on est prêt à faire pour l’obtenir. Si vous aimez les dystopies et les lectures mêlant action, réflexion et écriture immersive, ce roman devrait vous plaire. Cerise sur le gâteau, c’est également une jolie ode aux pouvoirs libérateurs de la créativité et de la poésie.

Feuilletez le roman sur le site des éditions Gallimard

L’extraordinaire voyage du chat de Mossoul raconté par lui-même, Élise Fontenaille

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Il était une fois un chat extraordinaire, et ce chat, c’est moi !Je vivais à Mossoul chez ma maîtresse, Samarkand, et je ronronnais à longueur de journée : le chat le plus heureux du monde ! Mais un jour, les hommes en noir ont envahi la ville. Nous nous sommes enfuis, nous avons traversé des frontières et moi, pour la première fois, j’ai vu la neige et la mer. Oui mais voilà : je me suis perdu ! Et bien croyez-moi ou pas : c’est très loin tout au nord que j’ai retrouvé ma famille. De l’Irak à la Norvège, ça en fait un bout de chemin, mais c’est ce qui s’est vraiment passé ! Et moi je suis toujours le chat le plus heureux du monde !

Gallimard jeunesse (4 octobre 2018) – à partir de 6 ans – 28 pages – 13€
Illustratrice : Sandrine Thommen

AVIS

Attirée par le titre et la couverture, j’ai tout de suite eu envie de découvrir L’extraordinaire voyage du chat de Mossoul raconté par lui-même. Et je peux d’ores et déjà vous dire que j’ai eu un coup de cœur pour cet album jeunesse qui aborde le sujet des migrants, un sujet qui est hélas toujours d’actualité. 

Le jeune public auquel est destiné cet ouvrage explique le parti pris de l’auteure de parler de ce sujet difficile et complexe de manière simple, accessible et assez « légère ». Cela est rendu possible par la narration effectuée par un chat auquel on s’attache immédiatement. Il faut dire qu’il n’est pas dénué d’humour et qu’il se révèle terriblement touchant par l’amour qu’il porte à sa maîtresse et à ses quatre filles. Celles-ci, obligées de fuir en raison de l’arrivée de Daech à Mossoul, vont entreprendre un périple afin de gagner l’Europe.

Sans entrer dans les détails, l’auteure nous fait ressentir la tristesse de ces femmes devant tout quitter, patrie, amis, famille et biens, pour fuir la barbarie et l’oppression. Elles auront néanmoins la chance de ne pas rencontrer trop d’obstacles sur leur route et de pouvoir arriver en sécurité en Europe, et plus particulièrement en Norvège, pays où elles pourront reconstruire une vie joyeuse et sereine.

Le texte est poignant alors même qu’il n’y a aucun pathos. Toutes les émotions sont suggérées que ce soit par le texte tout en subtilité ou les illustrations dont les couleurs reflètent les joies et les tourments des personnages. Les dessins se veulent joyeux et colorés à l’évocation de la vie à Mossoul avant l’arrivée des fanatiques, un peu plus sombres et mouvementés pour suggérer les peurs et les dangers comme cette traversée en bateau à laquelle beaucoup ne survivent pas…

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Alors que le récit, tiré d’une histoire vraie, évoque un sujet triste et grave, il en ressort beaucoup d’optimisme, de joie et d’amour ! Amour d’abord de cette mère envers ses filles pour lesquelles elle abandonne sa vie d’antan sans se retourner, mais aussi amour entre un chat et ses « humains ». Séparé des siens lors de la fuite pour l’Europe, notre matou va vivre une aventure hors du commun…

De Mossoul à la Norvège, le périple sera long et semé de rencontres, mais il sera surtout la preuve que rien ne peut venir à bout de l’amour infaillible et total d’un chat pour ses adoptants. Si vous appréciez les chats, vous ne pourrez qu’être ému par ce matou aimant, drôle et adorable qui saura d’ailleurs séduire les personnes qui croiseront sa route.

Quant à la fin, en plus d’être émouvante et de m’avoir donné quelques frissons, je l’ai trouvée pleine de beauté, de tendresse et de sagesse. L’auteure nous offre ainsi une jolie réflexion sur la notion de bonheur, et nous prouve qu’avec un peu d’humanité, on peut offrir à des personnes qui ont tout perdu une nouvelle chance de reconstruire leur vie.

En conclusion, L’extraordinaire voyage du chat de Mossoul raconté par lui-même est un magnifique album jeunesse abordant de manière légère, drôle et touchante le sujet difficile des migrants. L’écriture tout en finesse et empreinte d’amour et d’optimisme rend la lecture riche en émotions. À mettre en toutes les mains !

Feuilletez l’ouvrage sur le site des éditions Gallimard
Retrouvez le livre chez votre libraire ou en ligne

Dans la forêt sombre et mystérieuse, Winshluss

Je remercie Lecteurs.com et Gallimard de m’avoir permis de découvrir, dans le cadre des explorateurs de la BD, Dans la forêt sombre et mystérieuse de Winshluss

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Angelo, jeune apprenti aventurier féru de zoologie, prend la route en famille pour rendre visite à sa mémé géniale qui est très malade. Mais sur l’aire d’autoroute où ils s’arrêtent, ses parents l’oublient et repartent sans lui ! Terrorisé, Angelo décide de couper à travers la forêt, où il se perd tout à fait…

Sa rencontre avec de fascinantes créatures – de la luciole obèse à l’ogre terrifiant – vont faire de son singulier périple une aventure fantastique.

  • Album: 160 pages
  • Editeur : Gallimard Jeunesse (20 octobre 2016)
  • Prix : 18€

AVIS

J’avais repéré cet ouvrage à la FNAC notamment attirée par sa luxuriante couverture et la beauté du livre-objet, mais je n’avais pas craqué en raison des illustrations qui ne correspondent pas forcément à ce que j’attends quand j’achète un album. Je recherche en général les beaux coups de crayons et les dessins soignés. Avec Dans la forêt sombre et mystérieuse, ce n’est pas ce genre d’illustrations que vous retrouverez, mais plutôt des dessins simples qui vont à l’essentiel et qui sont mis en valeur par un très beau travail de colorisation.

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A noter également que l’album est coupé en plusieurs parties et que chacune d’entre elles est annoncée par une illustration.

Si les dessins ne m’ont pas éblouie, je me suis néanmoins plongée dans l’histoire dès les premières pages de l’album. J’ai ainsi fait, avec plaisir et curiosité, la connaissance d’Angelo et de sa famille composée de ses parents, d’un frère « idiot » et d’une petite sœur coincée dans sa condition de bébé. Toute cette famille des plus banales est en route pour rendre visite à la grand-mère gravement malade quand un oubli sur une aire d’autoroute va contraindre Angelo à partir à l’aventure.

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’Angelo va être gâté de ce côté-là ! Il va en effet enchaîner les situations périlleuses et les rencontres improbables, certaines amicales comme Fabien un « oiseau » particulier et d’autres parfois franchement désagréables comme un ogre décidé à ne pas laisser filer son repas. Heureusement, le jeune garçon saura se montrer débrouillard surmontant les unes après les autres les situations pleines de danger qui se présentent à lui d’autant qu’il pourra compter sur sa chance et ses amis de fortune.

Ces différentes péripéties fantastiques font incontestablement penser aux contes de notre enfance d’autant que l’auteur glisse, dans son album, quelques franches allusions que je vous laisserai le plaisir de découvrir. Néanmoins, à la différence des contes que nous connaissons tous plus ou moins, Dans la forêt sombre et mystérieuse possède une grosse touche humoristique qui rend la lecture très plaisante et très rapide. Vous vous surprendrez donc à sourire à de multiples reprises devant cette histoire presque effrayante, souvent amusante.

Quant à Angelo, c’est un jeune héros plutôt attachant qui porte bien son nom puisqu’il ne va pas hésiter à porter secours aux personnes ayant besoin de son aide tout en gardant à l’esprit son objectif final : se rendre au chevet de sa grand-mère qu’il semble adorer. Il faut dire que cette dernière a l’air franchement sympa et « cool ». Proche de ma grand-mère, j’ai, pour ma part, beaucoup aimé cette relation grand-mère/petit-fils même si elle n’est pas au centre de l’histoire, mais plutôt en filigrane. Seul petit défaut de notre mini héros, sa légère tendance à geindre dans les situations critiques, mais pour un enfant qui se retrouve seul perdu dans une forêt mystérieuse face à des créatures franchement bizarres voire inquiétantes, il s’en sort quand même très bien. Et puis, ses pleurs et ses craintes ne le rendent que plus crédible.

Si j’ai beaucoup apprécié Angelo, je dois reconnaître que mon coup de cœur va à un personnage secondaire que j’ai trouvé adorable autant dans l’apparence que dans la personnalité. Il s’agit de l’inimitable Fabien que j’aimerais beaucoup voir prendre son envol dans sa propre aventure.

En conclusion, si vous aimez les histoires avec du rythme, de l’humour et des rebondissements, Dans la forêt sombre et mystérieuse devrait vous plaire. Vous ne verrez pas les 160 pages défiler, pris dans le tournant des aventures d’Angelo menées tambour battant. Je vous invite donc à vous laisser tenter par cet univers particulier dans lequel l’auteur arrive à nous plonger rapidement et totalement grâce à un magnifique travail sur les couleurs et à la « simplicité » de son coup de crayon. Je mets des guillemets car je ne doute pas que sous cette apparente simplicité se cache beaucoup de travail.

Les Royaumes de feu, tome 1 : La Prophétie, Tui T. Sutherland

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C’est par hasard que j’ai découvert Les Royaumes de feu de Tui T. Sutherland, série publiée par Gallimard jeunesse. Cette histoire de dragons et de prophétie m’a tout de suite intriguée. C’est donc avec plaisir que je me suis lancée dans la lecture du premier tome, La Prophétie.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Une terrible guerre divise les royaumes du monde de Pyrrhia. Selon une mystérieuse prophétie, seuls cinq jeunes dragons nés lors de la Nuit-la-plus-Claire pourront mettre fin aux combats et apporter la paix. Mais les élus, Argil, Tsunami, Gloria, Comète et Sunny, rêvent de voler de leurs propres ailes plutôt que d’accomplir leur destin…

  • Broché: 400 pages
  • Tranche d’âges: 9 – 14 années
  • Editeur : Gallimard Jeunesse (8 janvier 2015)
  • Prix : 16€

AVIS

L’objet livre

Tout d’abord, je trouve l’objet-livre magnifique, la couverture donnant envie de se plonger directement dans le récit. J’ai en outre apprécié la carte en début de livre ainsi que le petit Guide des dragons de Pyrrhia qui répertorie les différents types de dragons avec leurs caractéristiques. Vous verrez que c’est utile, surtout en début de lecture, afin de visualiser correctement les dragonnets que nous suivons et comprendre les enjeux de la guerre qui frappe Pyrrhia.

Cependant, oui je suis râleuse, j’aurais préféré pour des raisons de praticité que ce récapitulatif soit placé dans un petit carnet, dans l’idéal en couleurs, que l’on aurait pu consulter facilement et à loisir pendant la lecture du roman…

L’histoire…

Dans le roman, nous faisons la connaissance de cinq dragonnets de différents types (Ailes de sable, Ailes de boue…) qui ont été élevés secrètement et totalement coupés du monde dans le but d’accomplir une certaine prophétie. Las de cette vie et prêts à tout pour protéger l’une des leurs, ils décident de s’enfuir. Ils découvriront néanmoins, à leurs dépens, que la vie à l’extérieur n’est finalement pas synonyme de liberté, mais plutôt de dangers…

Le livre est destiné à la jeunesse, mais cela ne veut pas dire qu’il est plat et tout gentillet. Aux côtés de l’amitié, du courage et de l’espoir, vous trouverez également beaucoup d’actions, de la jalousie, de la violence, des combats parfois impressionnants, de la cruauté physique et morale, la mort, la trahison… Cela rend l’histoire intéressante et permet de passer un très bon moment de lecture que l’on soit enfant ou adulte.

Les personnages…

Les personnages principaux sont tous des dragons, mais on oublie très vite leur nature et on finit par avoir l’impression de suivre les aventures d’êtres humains. Il faut dire que leurs comportements, leurs peurs, leurs espoirs et leurs valeurs les rendent très humains.

J’ai adoré découvrir ces cinq dragonnets qui sont aussi différents physiquement que psychologiquement même si je me suis surtout attachée à Argil. C’est assez normal puisque chaque tome de la série met en avant un des dragons et que dans La Prophétie, nous suivons surtout Argil.

Ce jeune Ailes de boue n’est pas le plus courageux de la bande, loin de là, mais il est généreux, profondément gentil, altruiste et ferait tout pour protéger ses amis. C’est typiquement le genre de « héros malgré lui » auquel il est facile de s’attacher et peut-être même de s’identifier surtout quand on est un enfant. Je l’ai tellement apprécié que j’ai été un peu déçue de savoir que je ne le retrouverai pas en tant que personnage principal dans les autres tomes. Mais je suis certaine que je m’attacherai aux autres dragonnets de la même manière ou, du moins, je l’espère.

Plusieurs scènes de ce tome m’ont marquée que ce soit par leur intensité, les valeurs véhiculées ou l’attitude des dragonnets qui se révèlent toujours prompts à s’aider les uns les autres. A cet égard, je ne citerai qu’une scène que j’ai trouvée particulièrement mignonne et triste à la fois : celle où Argil, Ailes de Boue, se retrouve pour la première fois en contact avec des éléments inhérents à sa nature : la terre et l’eau. J’ai trouvé adorable de le voir se délecter de la boue qui lui a tant manqué durant sa captivité. Mais au-delà de cela, on se rend compte à quel point être coupés du monde et de leurs racines a dû être difficile pour les dragonnets

A noter que tous les adultes, ou presque, du livre sont absents, cruels ou décevants alors que les dragonnets sont, à l’inverse, gentils et solidaires. Dans un livre pour adule, ce manichéisme aurait eu tendance à me faire lever les yeux au ciel, mais pour un livre jeunesse, je ne l’ai pas trouvé dérangeant. Et puis, j’imagine que cela rend la lecture plus facile pour les enfants et leur permet, dans une certaine mesure, de mieux s’identifier aux gentils.

En résumé, La Prophétie est un livre jeunesse, mais si vous êtes un adulte et que vous aimez l’action, le suspense, les retournements de situation, les dragons, l’amitié avec un grand A… vous serez certainement plus que séduits par l’histoire. Les Royaumes de feu font ainsi partie de ces séries qui devraient enchanter toute la famille, des enfants ( à partir de neuf ans selon Gallimard) aux adultes.

 

Un thé pour Yumiko, Fumio Obata

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En grande amoureuse du thé, Un thé avec Yumiko de Fumio Obata a tout de suite attiré mon attention. En lisant la présentation de l’éditeur, j’ai vite compris que ma boisson favorite ne serait pas la vedette de l’ouvrage mais j’ai quand même décidé de lui donner sa chance.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Quand elle apprend la mort de son père, Yumiko, jeune graphiste londonienne, doit partir au Japon pour assister à la traditionnelle cérémonie des obsèques. Le voyage au pays de ses origines, jusque dans la ville où elle est née et a grandi, se révèle une succession d’émotions contradictoires et bouleversantes. Qui est-elle devenue loin de chez elle?

  • Pages : 160 pages
  • Éditeur : Gallimard Jeunesse, collection Bayou
  • Date de sortie : 13 mars 2014
  • Prix : 22€

AVIS

J’ai d’emblée été séduite par la couverture de ce roman graphique que j’ai trouvée magnifique. Elle dégage au premier regard une grande douceur, résultat probable de la superbe mise en couleur, qui contraste à merveille avec la gravité ou du moins, la mélancolie imprégnant le visage de Yumiko.

Tout au long de ma lecteur, j’ai été enchantée par les dessins de Fumio Obata. L’auteur ne s’attache pas à la reproduction fidèle de ses personnages mais aux émotions qui les tenaillent. En ce sens, ses dessins sont d’un grand réalisme.

Le personnage de Yumiko, jeune expatriée japonaise à Londres, permet d’aborder et de questionner un certain nombre de thèmes comme la recherche d’identité, la question du déracinement, les relations familiales, le deuil…

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Évidemment, ces différentes questions prennent une résonance particulière pour les personnes ayant quitté leur pays de naissance. Mais la force de Fumio Obata est d’avoir su aborder des thèmes « universels » qui, pour la plupart, concernent tout un chacun. Ce roman graphique peut donc se lire à travers deux prismes: celui d’une jeune expatriée japonaise avec les affres qu’un tel déracinement engendre et tout simplement, celui d’une jeune femme, d’un être humain avec ses doutes et ses interrogations sur son identité.

Le retour au Japon de Yumiko la pousse, volontairement ou non, à un travail d’introspection que le lecteur suit à ses côtés sans jamais s’ennuyer. L’ambiance de l’ouvrage aurait alors pu être pesante mais il n’en est rien grâce, notamment, à la douceur des illustrations.

Enfin, j’ai apprécié le voyage au Japon que cet ouvrage permet de faire. On y découvre des aspects culturels typiquement japonais avec ses traditions et ses coutumes. A cet égard, l’évocation du Théâtre Nô, « une forme de théâtre classique japonais, alliant la poésie à la danse et à la musique« (Larousse), en plus d’être fort a propos, m’a intéressée d’un point de vue culturel.

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Si vous voulez en apprendre plus sur cette forme de théâtre inconnue en Occident, je vous invite à consulter cet article et/ou à visionner la vidéo présente sur le site Le grand tour.

images                                                                                    Photo du site Le grand tour

NOTE : 4/5

L’AUTEUR

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Fumio Obata est né à Tokyo en 1975. Depuis l’âge de 16 ans, il vit en Grande-Bretagne. Il est diplômé du Glasgow School of Art (Glasgow) et du Royal College of Art (Londres) où il a obtenu un master de graphisme et design. Depuis, il a travaillé principalement pour le cinéma d’animation et le multimédia, et notamment pour le studio Redkite Animations, installé à Edimbourgh. Bien qu’il n’ait jamais cessé de lire des mangas, ce n’est que récemment qu’il a décidé de réaliser un projet de bande dessinée dans lequel il souhaite développer un univers graphique où se mêleront esthétique européenne et techniques issues de la tradition du manga.

Propos du site bedetheque

En résumé, un thé pour Yumiko a été une excellente surprise. Je le conseille à tout le monde, chacun pouvant trouver dans cet ouvrage des thèmes qui lui parlera. La qualité des illustrations devrait en outre plaire aux personnes en recherche d’un ouvrage aussi intéressant qu’esthétique.