Throwback Thursday Livresque #100 : Frissons, sang, horreur, thriller, angoisse, suspense…

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J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Organisé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème qu’elle aura au préalable défini.


Thème de la semaine : frissons !

Pour ce thème, j’ai hésité entre plusieurs ouvrages avant de porter mon choix sur Hellraiser de Clive Barker dont vous pouvez retrouver les premières lignes ici.

Hellraiser - Collector

« J’ai vu le futur de l’horreur et son nom est Clive Barker. » Stephen King
« Frank avait commis, en ouvrant la boîte de Lemarchand, une funeste erreur.
— Ah, vous avez donc fini de rêver, dit la Cénobite qui l’observait tandis qu’il reposait, haletant, sur le plancher nu. Parfait. Maintenant, nous pouvons commencer. »

Ainsi s’ouvre Hellraiser. Ce roman culte réussit l’exploit de créer pour la postérité de nouvelles figures mythiques dans le bestiaire de l’horreur littéraire et cinématographique : les Cénobites, Pinhead et le cube de Lemarchand, portail vers des plaisirs ultimes et des douleurs sans pareilles.

Pourquoi ce choix ?

 

Encensé par Stephen King lui-même, Clive Barker semble donc être un auteur de l’horreur et du frisson à découvrir que ce soit à travers ses livres ou ses films puisque l’homme a plusieurs casquettes. L’art en tant que moyen d’expression est d’ailleurs un peu son leitmotiv… Hellraiser nous plonge dans une histoire assez glauque dans laquelle se mêlent recherche de plaisirs sensuels et horreur, et ceci, dans une course effrénée à la survie. En effet, Frank, personnage peu sympathique, a eu la mauvaise idée d’ouvrir la boîte de Pandore ou, ici, le cube de Lemarchand. Une action qui va le conduire à sa perte, entre rencontre avec les Cénobites, affreuses créatures, et découverte d’une nouvelle vie peu enviable et quelque peu effroyable…

 

Mais parce qu’un paumé adore attirer dans sa déchéance d’autres personnes, il va bouleverser, pour le pire, la vie de son frère et de son épouse. Dans une spirale infernale de meurtres et de soif de sang, l’auteur joue avec l’angoisse et l’envie oppressante de fuir Frank et les Cénobites auxquels il est enchaîné. Malgré le côté sombre de l’histoire et l’horreur de la situation, le roman, qui est d’ailleurs plutôt une novella, se lit sans peine même pour les personnes qui ne sont pas très fan du genre. Et pour les plus curieux/courageux, il existe une série de films vous permettant de prolonger le plaisir. Avec l’arrivée d’Halloween, ça pourrait être une bonne idée de film à visionner pour une soirée délicieusement frissonnante.

 

Et vous, êtes-vous tentés par le livre et/ou le film ? Connaissiez-vous l’auteur ?

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Le rôle de la guêpe, Colin Winnette

Je remercie les éditions Denoël pour m’avoir permis de découvrir Le rôle de la guêpe de Colin Winnette.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un nouvel élève vient d’arriver à l’orphelinat, un établissement isolé aux mœurs aussi inquiétantes qu’inhabituelles. Il entend des murmures effrayants la nuit, et ses camarades se révèlent violents et hostiles. Quant au directeur, il lui souffle des messages cryptiques et accusateurs. Seul et rejeté par ses pairs, le nouveau tente de survivre à l’intérieur de cette société inhospitalière.
Une rumeur court parmi les pensionnaires, selon laquelle un fantôme hanterait les lieux et tuerait une personne par an. Tous les ans, les garçons se réunissent, sous l’impulsion de quelques anciens, pour démasquer celui d’entre eux qu’ils pensent être le fantôme… et l’éliminer!
Simple mascarade potache ou mise en scène sordide pour justifier les meurtres rituels? Cette année, le prétendu fantôme a été clairement désigné : c’est le petit nouveau. Pour une simple et bonne raison, on ne l’a jamais vu saigner, et les guêpes, très nombreuses dans cette bâtisse, ne le piquent pas. La chasse aux sorcières peut commencer.

  • Broché: 208 pages
  • Editeur : Denoël (13 septembre 2018)
  • Collection : Sueurs froides
  • Traduction : Robinson Lebeaupin
  • Prix : 20€
  • Autre format : ebook (14,99€)

AVIS

Si j’ai eu envie de m’attarder sur ce roman, c’est d’abord en raison, ou à cause, de sa couverture que je trouve aussi dérangeante que fascinante. Cette guêpe à l’orée d’un œil à la beauté glaçante ne peut qu’attirer l’attention tout en donnant envie de fuir loin, très loin. On peut donc dire que cette couverture annonce dès le début au lecteur l’ambivalence des sentiments que ce roman ne manquera pas de faire naître chez lui. Car le résumé, qui me semble d’ailleurs quelque peu éloigné de ce que vous trouverez dans le livre, ne vous prépare pas vraiment à la tournure que vont prendre les événements. Je m’étais ainsi attendue à une vague histoire de persécution dans une ambiance teintée de fantastique quand j’ai découvert bien plus que cela.

L’auteur va bien plus loin dans le glauque, l’horreur et le bizarre. À travers un narrateur à la froideur déstabilisante, il vous propose une histoire abordant des thèmes difficiles : la persécution, la malveillance, la violence individuelle et collective, la force des croyances, la recherche d’un sentiment d’appartenance et ses dérives… Mais ce qui met vraiment mal à l’aise, ce ne sont pas ces thèmes courants, notamment dans les romans noirs, mais le fait qu’ils soient abordés du point de vue d’adolescents. Dans l’imaginaire collectif, l’enfance est liée à l’innocence, mais ici enfance et adolescence sont placées sous le signe de la malveillance et de la méchanceté. Nous découvrons ainsi un orphelin placé dans un orphelinat aux mœurs plutôt hostiles. Asocial et assez égocentrique, il n’arrivera pas vraiment à s’intégrer à ses « frères »… Mais la situation prend une tournure encore plus délicate quand des meurtres sont commis au sein de l’orphelinat.

À la fois accusateur et accusé, notre protagoniste se met à soupçonner tout le monde, à commencer par ce directeur qui lui semble tour à tour sympathique puis manipulateur. Mais qu’en est-il vraiment ? Ami ou ennemi dont il faut venir à bout avant qu’il ne ligue les autres orphelins contre lui ? Le doute s’installe, l’ambiance devient étouffante et poisseuse, les tensions croissent, les rancœurs s’installent, la peur s’immisce dans l’orphelinat en même temps que s’accumulent les disparitions… Et puis il y a ces rumeurs d’une présence spectrale qui laissent sceptique notre narrateur, mais qui ne manqueront pas de semer le doute et l’effroi dans l’esprit des lecteurs. La frontière entre réalité et monde fantasmagorique semble donc mouvante entre les mains de l’auteur qui, tel un metteur en scène, construit patiemment un décor horrifique prompt à enfermer votre imagination dans des scénarios plus angoissants les uns que les autres.

La tension monte crescendo, bien que l’auteur ménage régulièrement des pauses à travers les considérations presque philosophiques de notre orphelin, et c’est avec horreur que le lecteur assiste à un pseudo procès de cet orphelin bouc émissaire qui passe auprès de ses pairs de potentiel meurtrier à fantôme qu’il convient de faire disparaître. À travers une mise en scène à la fois éloquente et grotesque, l’auteur nous convainc du poids du groupe en tant qu’entité et des exactions qu’un faux sentiment, entre autres, de camaraderie peut faire commettre à chacun. Une dilution des responsabilités inhérente aux groupes qui peut mener au pire des chaos et aux actions les plus condamnables que ce soit ici, ou dans la vraie vie d’ailleurs.

La malveillance de certains jeunes protagonistes met donc fortement mal à l’aise car elle est dépeinte avec détachement et de manière désagréablement réaliste ! Difficile de parler de bons et de méchants dans ce roman puisque même le protagoniste a un comportement des plus ambivalents. Froid et méthodique notamment dans les plans qu’il imagine pour se débarrasser de ses ennemis supposés, il est impossible de le prendre en pitié. L’auteur se délecte d’ailleurs du doute qu’il installe, petit à petit, dans notre tête. Victime d’un système qui l’a privé d’amour ou malade d’une personnalité égocentrique et calculatrice, qu’en est-il vraiment de ce personnage dont on partage les pensées pendant plus de 200 pages ?

Sur ce point, à chacun de tirer ses propres conclusions, mais ce qui est certain, c’est que le doute est roi dans ce récit, ce qui vous met dans un climat permanent de questionnement et de tension. Un procédé efficace pour s’assurer de votre entière attention devant cet enchaînement de faits catastrophiques dont on essaie tant bien que mal de déterminer le fil conducteur. Et pour ce faire, vous n’aurez que les pensées d’un orphelin dont l’ambiguïté n’inspire pas vraiment la confiance et des dialogues dont il est parfois difficile de déterminer la véracité. Ces doutes permanents m’ont parfois frustrée, notamment avec une fin qui n’apportera pas les réponses tant attendues, mais ce sont aussi eux qui m’ont permis de m’immerger totalement dans ce récit aux relents angoissants de films d’horreur.

L’orphelinat en lui-même apporte également cette dimension dramatique qui fait le sel de ce roman. Ce lieu austère, dans lequel les orphelins vivent quasiment en autarcie, semble porter intrinsèquement en lui le terreau du drame. On ne sera donc nullement surpris qu’il soit le théâtre d’événements perturbants. Mais derrière l’horreur d’un récit teinté de fantastique, l’auteur semble aussi dépeindre de manière plus ou moins directe, l’horreur cette fois-ci bien humaine, d’un endroit délaissé par les autorités publiques qui demandent à un homme seul de gérer son établissement avec toujours moins de moyens, mais toujours plus d’orphelins. Si la critique sociétale, une parmi d’autres, est intéressante en soi, elle sert aussi ici parfaitement l’intrigue puisque le manque de ressources ne pourra qu’avoir un impact sur ces orphelins conscients du problème… Avec cynisme, on en vient d’ailleurs à se demander si les meurtres ne sont pas un moyen de régulation comme un autre.

Ce climat malsain dans lequel on évolue passe par les péripéties, bien sûr, mais aussi par le style atypique de l’auteur qui allie froideur et pensées teintées de poésie et de philosophie, un mélange efficace qui garantit une immersion totale dans ce huis clos dont on regrettera seulement de ne pas avoir percé tous les mystères. La plume de l’auteur plaira donc à ceux qui acceptent de ne pas rentrer dans l’émotif, mais dans l’efficacité, la froideur et la complexité derrière une apparente simplicité.

En conclusion, Colin Winnette a su imposer ici son style, un style efficace dont la relative froideur cache des questions non dénuées d’une certaine profondeur. Derrière des situations qui frisent parfois l’absurde, l’auteur semble sonder l’âme humaine dans toute sa noirceur et sa complexité. Il en ressort une histoire qui dérange, met mal à l’aise et laisse le lecteur seul face à ses doutes notamment sur la dimension horrifique du livre. Déstabilisant et fascinant, à l’image de son protagoniste, Le rôle de la guêpe fait partie de ces romans qui ne plairont pas à tout le monde, mais qui ne laisseront aucun lecteur indifférent.

Et vous, envie de feuilleter et/ou d’acheter le roman ?
Retrouvez-le chez votre libraire ou en ligne

Throwback Thursday Livresque#49 : Au bois dormant, Christine Féret-Fleury

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J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Organisé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème qu’elle aura au préalable défini.


Thème de la semaine : Fais-moi peur

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J’avoue être rarement terrifiée par mes lectures au point de ne pas me souvenir d’un titre qui m’ait réellement fait peur. Il y a bien les histoires de fantômes qui me fichent la trouille, mais bizarrement, je n’en lis jamais. Je vais donc me rabattre sur une lecture qui m’avait quand même fait psychoter un peu : Au bois dormant de Christine Féret-Fleury.

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On l’appelle le Rouet. En référence au « rouet » sur la pointe duquel la Belle au Bois Dormant se pique le dois dans le conte de Perrault. Car le Rouet est un tueur en série, un criminel qui traque ses victimes dès leur naissance, promettant à leurs parents qu’il leur dérobera la vie le jour de leur seizième anniversaire. Ariane aura seize ans dans quelques mois. Elle décide de s’enfuir plutôt que d’attendre cette mort annoncée. En chemin, elle rencontre Lara, une jeune fille qui lui ressemble comme une sœur. Mais un terrible accident emporte Lara. Elle aurait eu ses seize ans quelques jours plus tard. Dans la précipitation des évènements, on confond Ariane et Lara. Et si changer d’identité était la solution pour échapper au tueur ? Ariane décide de se faire passer pour la défunte et continue sa fuite. Mais le tueur est bien plus proche qu’elle ne le croit…


POURQUOI CE CHOIX ?

Ce thriller jeunesse vous plonge dans une atmosphère assez étouffante avec cette impression que le tueur est partout et nulle part à la fois. Sa présence sourde est tellement pesante qu’au bout d’un moment, j’ai eu peur qu’en levant les yeux de mon livre, je le trouve en chair et en os dans mon salon ! Cette impression a été accentuée par le fait que j’ai lu ce roman lors d’une nuit d’insomnie et que j’étais seule chez moi. A la fin du livre, je suis d’ailleurs allée vérifier que la porte d’entrée était bien fermée et tous les stores de l’appartement baissés…

Pour plus de détails, je vous invite à découvrir ma chronique d’Au bois dormant dont voici la conclusion :

L’autrice nous propose, grâce à une plume aussi immersive qu’agréable, un récit bien rythmé qui, s’il emprunte des références à un célèbre conte, n’a rien de féerique. Les personnes aimant les histoires à l’ambiance angoissante et à la tension permanente devraient être comblées. Proposé comme thriller jeunesse, je pense qu‘Au bois dormant contient la part suffisante de suspense et d’angoisse pour plaire aux adultes à condition qu’ils acceptent que le récit ne soit pas aussi fouillé que dans un thriller classique. Pour ma part, c’est avec un plaisir certain que je vais me plonger dans la bibliographie de l’autrice dont la plume m’a conquise.

Et vous, il vous tente ce roman ? Vous aimez vous faire peur à travers vos lectures ?

Des aventures hors du commun, Yannick Giammona

Des aventures hors du commun, Yannick Giammona

Je remercie Yannick Giammona pour m’avoir envoyé Des aventures hors du commun via le site simplement.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Zoé a huit ans. Elle possède un don. Elle doit apprendre à le gérer. Surtout quand les milliers de voix qu’elle entend se mélangent dans sa tête. Heureusement, Tom va l’aider à enfermer toutes ces voix et à vivre avec ce don.
Diana et Jonathan sont étudiants à Paris. Ils vivent ensemble en appartement. Ils vont apprendre, à leurs dépens, que le miroir qui est dans leur chambre est un objet maléfique…
Pierre est instituteur en Normandie. Sans le savoir, il a des voisines étranges. En effet, sa curiosité va le mener à voir ses deux vieilles dames faire des allées et venues incessantes entre leur cave et leur voiture. Et la curiosité est un bien vilain défaut !
Retrouvez à travers trois nouvelles des aventures hors du commun, où rien ne présage à l’avance ce qu’il va arriver à des personnages qui sont au départ des plus ordinaires.

  • Broché: 182 pages
  • Prix : 7.90€
  • Autre format : ebook

AVIS

Tout d’abord, je suis complètement fan de la couverture réalisée par Virginie Wernert. En plus d’être superbe, elle dégage une aura de mystère et d’angoisse qui donne envie de se plonger très vite dans la lecture de l’ouvrage.

Des aventures hors du commun est un petit recueil de trois nouvelles qui se lit très rapidement. Bien qu’abordant des thèmes très différents, elles mettent toutes les trois en scène des personnages d’apparence banale qui vont néanmoins vivre des situations qui sont loin de l’être. Avant d’entrer dans le vif du sujet, je dois dire que j’ai apprécié l’ordre dans lequel l’auteur a choisi de nous présenter ses histoires puisqu’il permet une progression dans l’angoisse et l’horreur. On part ainsi d’une histoire teintée de fantastique pour conclure en beauté par un récit glaçant.

A noter que le texte contient quelques coquilles et n’est pas justifié ce que je trouve assez perturbant. Cependant, l’auteur conscient de ces problèmes devrait les corriger dans la prochaine édition.

LE DON

Zoé est une petite fille de 8 ans qui possède un don : celui de lire dans les pensées. Déstabilisée puis affaiblie par toutes ces voix qu’elle entend, elle va devoir apprendre à maîtriser son pouvoir pour vivre normalement. Elle pourra heureusement compter sur le soutien sans faille de ses parents, d’un sympathique docteur et d’un énigmatique personnage, Tom.

Je dois avouer avoir un avis plutôt mitigé sur cette nouvelle en raison notamment du choix de l’auteur de nous narrer son récit à travers les mots de Zoé. De prime abord, l’idée m’a tout de suite emballée puisqu’elle annonçait la perspective d’entrer dans la psyché de cette enfant et donc de comprendre son ressenti et ses émotions. A cet égard, le contrat est parfaitement rempli : on sent à merveille l’ambiguïté que Zoé ressent face à son pouvoir tout comme l’angoisse qui finit par prendre le pas quand elle réalise que la situation lui échappe. Je me suis donc sentie assez proche de cette enfant et ai partagé, avec ses parents, l’inquiétude quant aux répercussions de son don sur sa santé mentale et psychique. L’auteur a, en outre, rendu l’enfant très crédible dans ses réactions. Bien que plutôt gentille, Zoé ne résiste pas en effet à la tentation d’utiliser son don pour briller en classe ou pour battre sa meilleure amie à une partie de cartes. Tous ces points rendent la jeune fille aussi crédible qu’attachante d’autant qu’elle fait face avec un certain courage et une certaine maturité aux problèmes engendrés par toutes ces voix qui s’immiscent dans son esprit.

Si la jeune protagoniste m’a plu, ses propos m’ont en revanche régulièrement dérangée. J’ai eu le sentiment que l’auteur oscillait entre l’envie de nous narrer son histoire du point de vue d’une enfant et celui d’un adulte. Le mélange des deux donne un résultat assez étrange qui m’a quelque peu mise mal à l’aise et a perturbé ma lecture. De la même manière, les dialogues m’ont semblé parfois souffrir d’un manque de naturel ce qui m’a empêchée de me projeter entièrement dans le récit.

Malgré ces deux points qui mériteraient, à mon sens, d’être retravaillés, l’idée de base de l’auteur est intéressante. Lire dans les pensées des gens est en effet un fantasme qui a probablement effleuré l’esprit de beaucoup d’entre nous, mais combien ont pris le temps de s’imaginer les difficultés engendrées par une telle capacité ? J’ai par conséquent aimé le fait que l’auteur nous montre, à travers les yeux enfantins et parfois naïfs d’une enfant, que la frontière entre don et fardeau est parfois très mince. J’ai également pris plaisir à suivre la quête de Zoé pour apprendre à maîtriser ses pouvoirs, celle-ci alternant entre espoir, crainte et soulagement.

DE L’AUTRE CÔTÉ DU MIROIR

Diana, étudiante en couple avec Pierre à Paris, aime à se regarder chaque jour dans le miroir qui trône dans sa chambre. Narcissisme ou simple coquetterie, cette habitude va être bouleversée quand notre étudiante fera une étrange découverte concernant cet objet.

Le titre de cette nouvelle ne pouvait que m’intriguer puisqu’il m’a bien sûr fait penser à Alice au pays des merveilles. J’attendais donc avec impatience de découvrir le récit imaginé par Yannick Giammona ! Mais de nouveau, je dois confesser un avis en demi-teinte en raison principalement du style de l’auteur. J’ai ainsi regretté des phrases trop courtes qui, si elles apportent un certain dynamisme mettant en valeur l’action qui se déroule sous nos yeux, tendent malheureusement à hacher le récit et à rendre sa lecture peu fluide.

J’ai en outre trouvé que l’auteur donnait bien trop de détails sur des choses secondaires alors qu’il m’aurait semblé plus pertinent et intéressant de s’attarder sur l’atmosphère du récit et notamment sur le monde qui se cache derrière ce miroir. Or, malheureusement, il se contente de l’évoquer sans l’approfondir ce qui a suscité chez moi une certaine frustration d’autant qu’il a eu le très bon goût de faire intervenir une créature que j’adore. Le format nouvelle peut expliquer ce manque d’approfondissement, mais je pense sincèrement qu’en éliminant une partie des informations factuelles et banales qui n’apportent rien à l’intrigue, l’auteur a toutes les cartes en main pour nous narrer une histoire aussi angoissante que passionnante.

Je n’ai certes pas été convaincue par la forme, mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier le fond et plus particulièrement, l’utilisation du miroir et l’angoisse qu’il suscite chez Diana, le mélange de la technologie et du fantastique, l’apparition d’une créature mythologique fascinante et dangereuse, la montée de l’angoisse à mesure que l’on avance dans l’histoire… L’auteur arrive également à créer un certain suspense autour de ce miroir et à surprendre le lecteur par le basculement du récit dans l’horreur. Je ne m’attendais pas à la tournure que finissent par prendre les événements ce qui est, pour ma part, un point très positif.

LES VOISINES

Pierre, instituteur en Normandie, est quelque peu intrigué par ses deux voisines qui font de multiples allers-retours entre leur maison et leur voiture afin d’y déposer des paquets aux étranges contours. Sa curiosité grandissant, il finit par mener sa propre enquête mettant ainsi le pied dans un engrenage dont il n’aurait pu imaginer les conséquences.

Cette nouvelle est, sans aucun doute, celle qui m’a le plus fait frissonner. On quitte clairement le fantastique pour entrer tout droit dans l’horrifique. D’ailleurs, je préfère vous prévenir que si comme moi, vous êtes plutôt sensibles aux scènes d’horreur, vous risquez de passer un moment difficile. Je vous rassure, j’ai survécu et cela devrait être la même chose pour vous…

Au-delà du côté « en direct de votre film d’horreur préféré », j’ai apprécié le personnage de Pierre qui, en plus d’être un très grand curieux, est avec sa femme un grand amateur de livres. Étant également de nature curieuse, j’ai également plutôt bien compris l’intérêt que le manège de ses deux voisines éveille en lui. Par contre, je pense que j’aurais été un peu moins prompte que lui à élaborer des hypothèses aussi radicales sur leur comportement. De surcroît, je n’aurais pas agi de manière aussi intrépide que notre protagoniste et ne me serais donc probablement pas retrouvé dans une situation aussi dramatique que la sienne. Je ne vous en dirai pas plus sur ce point préférant vous laisser le soin de découvrir jusqu’où la curiosité peut vous mener. Avec cette nouvelle, l’expression « la curiosité est un vilain défaut » prend une tout autre dimension... Il faut dire que l’auteur a gâté les amateurs de films et d’histoires d’horreur avec deux voisines qui ne peuvent que faire frémir d’angoisse et donner des sueurs froides aux plus sensibles d’entre nous. A l’issue de ce livre, vous risquez de ne plus regarder vos voisins de la même manière !

De nouveau, si j’ai apprécié le fond, la forme ne m’a néanmoins pas convaincue. J’ai, par exemple, regretté la manière de Pierre d’insister sur le fait que le lecteur va découvrir une histoire horrible, saugrenue. Cette insistance, en plus de devenir lourde, donne le sentiment que l’auteur a besoin d’appuyer son récit pour que le lecteur comprenne la direction qu’il souhaite lui donner…

En conclusion, Des aventures hors du commun est un petit recueil de nouvelles qui met à l’honneur le fantastique et l’horreur. Les lecteurs qui aiment les frissons et les histoires angoissantes devraient donc prendre plaisir à les découvrir. Pour ma part, si j’ai apprécié les idées de l’auteur et les chemins que son imagination lui a fait prendre, je n’ai cependant pas totalement accroché à sa plume. Mais cela demeurant assez subjectif, je ne peux que vous inviter à vous faire votre propre opinion sur le sujet.

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