Masques et Monstres, tome 1 : Magie d’artisan, R. Oncedor

Couverture Masques et Monstres, tome 1 : Magie d'artisan

Blanche et Cornélia n’ont guère l’étoffe des héroïnes. Elles sont fauchées, hirsutes, dorment en pyjama girafe et cohabitent vaillamment avec Greg, leur chat galeux mangeur de patates.

Mais lorsqu’elles rencontrent un jeune sans-abri, leur vie devient soudain beaucoup plus palpitante. Pourquoi leur offre-t-il ces masques somptueux ? Dans quel but leur confie-t-il un étrange colis ?

Bientôt, leur quotidien déraille pour de bon. Un autre monde colonise le leur : une dimension mystérieuse emplie de tarasques, de dragons orchidées et de lièvres ailés.

Et à cette faune improbable s’ajoutent deux inconnus aussi louches que séduisants, qui manœuvrent dans l’ombre…

BOD (8 octobre 2020) – 540 pages – Papier (18,90€) – Ebook (4,99€)

Je remercie l’autrice et Book on Demand pour m’avoir envoyé Masques et Monstres en échange de mon avis.

AVIS

Une belle couverture, un résumé mêlant humour, créatures et mystère, il n’en fallait pas bien plus pour me donner envie de lire Masques et Monstres que j’ai tout simplement adoré. Il n’y a pas une fausse note dans ce premier tome, l’autrice prenant le temps nécessaire pour nous présenter les principaux protagonistes de son aventure, et ceci sans jamais nous donner l’impression de se perdre dans les détails. Chose que j’ai fortement appréciée et qui explique le plaisir pris à suivre deux sœurs dont le quotidien va être mis sens dessus dessous par un sans-abri mystérieux, et par sa passion pour les masques et, elles le découvriront bien assez tôt, pour les créatures fantastiques. Des créatures pas forcément des plus dociles…

Sans vraiment leur demander leur avis, Iroël, va ainsi transformer Cordélia, l’aînée, et Blanche, sa cadette, en nounous pour des animaux qui ne devraient pas exister ailleurs que dans les livres et les légendes. Mais après tout, avec Greg, leur chat galeux mangeur de patates crues, les deux sœurs avaient déjà une petite expérience des animaux difficiles à gérer. Quoi qu’à bien y réfléchir, rien ne les avait vraiment préparées à prendre soin d’une tarasque, animal pour lequel j’ai personnellement craqué, et encore moins d’un lapin ailé carnivore et quelque peu destructeur sur les bords.

Au gré des « cadeaux » déposés par Iroël devant la porte des deux sœurs, leur appartement se transforme progressivement en refuge pour animaux de légende. Des animaux que l’autrice a eu la formidable idée de regrouper dans un bestiaire illustré en fin de roman. En plus d’être un bonus fort sympathique à admirer, la présence de ces dessins facile vraiment l’immersion dans le récit, d’autant que ceux-ci sont agrémentés de notes qui ne manquent pas d’humour ! J’ai, pour ma part, adoré le fait que l’autrice mélange deux créatures de son invention, dont l’adorable dragon orchidée, avec des créatures issues de différents folklores ( français, romain, grec, aztèque…). Des créatures qu’elle s’est appropriée pour les fondre dans un récit débordant d’imagination.

En voyant toutes ces créatures qui peuplent peu à peu la vie des deux sœurs, on se rend compte qu’il y a un côté arche de Noé. Mais rien de surprenant, car si Iroël rassemble autant d’animaux extraordinaires et extraordinairement prompts au chaos, c’est avant tout pour les sauver de la disparition. En effet, si notre monde n’est pas parfait, la Strate, dont tente de s’échapper définitivement Iroël en amenant ses animaux avec lui, n’est pas vraiment mieux : montée des eaux mettant en péril la survie des habitants, déchets qui s’accumulent, loi du plus fort avec des immortels qui dominent et exploitent… Cette dimension semble être le miroir de ce qu’il y a de pire dans notre monde ! Alors pas étonnant que des gens comme Iroël, mais aussi Aegus et Aaron, désirent la quitter sans se retourner, un projet d’exode hasardeux qui demande des moyens, des fonds et malheureusement pour elles, la collaboration de Cordélia et de Blanche…

Cordélia n’est pas vraiment emballée par l’idée d’accueillir tous ces animaux, parfois très dangereux, et encore moins ravie d’assister impuissante à l’appropriation de son territoire par Aegus, un homme serpent implacable, accompagné de son vassal, Aaron, un adolescent qui a le don de taper sur les nerfs de Blanche. À l’inverse, cette dernière, dans un élan d’optimisme mêlé d’une rafraîchissante naïveté, se plie en quatre pour tenter d’amadouer Iroël, dont elle s’est entichée, et d’accueillir comme il se doit Aaron. Et puis, curieuse au grand cœur, elle est émerveillée par ce monde nouveau et excitant qui la change d’un quotidien morne, et par toutes ces créatures sur lesquelles elle veille avec l’aide de sa sœur.

La différence de caractère entre les deux sœurs est l’occasion de dialogues savoureux et pleins d’humour, qui donnent envie de prendre sa valise et de venir s’incruster dans leur appartement déjà bien encombré. Il y a, en effet, un côté joyeux bazar qui me plaît beaucoup ! Mais la sympathique cacophonie ne doit pas laisser oublier le danger bien réel qui pèse sur les fugueurs de la Strate et leurs deux complices humaines. Entre les attaques violentes et virulentes, la tension permanente, et un monde mystérieux, dont elles commencent à appréhender la violence, nos deux sœurs vont vivre des moments difficiles, d’autant que le danger est parfois bien plus proche qu’elles ne le croient.

Si je préfère rester vague pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, je peux néanmoins vous dire que j’ai adoré la complexité, et l’aura de danger et de mystère qui plane sur certains personnages. On sait qu’il n’est pas prudent de s’attacher et de se lier, mais inexorablement comme la prudente Cordélia, et la trop confiante Blanche, on se laisse prendre au jeu. On se laisse bien malgré nous attendrir et séduire par des personnalités fortes qui oscillent entre implacabilité et gestes derrière lesquels se cache quelque chose d’autre. Un début d’humanité, de tendresse, d’affection ? Peu importe finalement parce que les enjeux sont tels qu’il n’y a pas vraiment de place pour la sensiblerie ou la pitié.  Être utile ou périr, c’est un peu la devise de la Strate, et c’est celle à laquelle vont devoir faire face nos deux sœurs plus que jamais soudées dans les épreuves.

L’autrice prend le temps de nous dévoiler des informations sur la Strate et sur les véritables intentions d’Iroël, d’Aegus et d’Aaron. Cela apporte un certain suspense et nous pousse à tourner les pages, la boule au ventre comme Cordélia, et l’espoir au fond du cœur comme Blanche. J’ai ainsi adoré m’approprier l’histoire de chacun, et ai été révoltée par certaines choses, dont un retournement de situation douloureux, mais finalement logique. Car à aucun moment, l’autrice ne cache l’implacabilité de ses personnages : ils ont un objectif et sont prêts à tout pour l’atteindre. Et même celui qui nous apparaît comme un doux rêveur et idéaliste peut utiliser des moyens quelque peu discutables pour atteindre son but…

Je dois d’ailleurs dire que j’ai été étonnée de la manière dont les deux sœurs passent facilement sur certains actes et comportements, un peu comme si à force d’être entourées de créatures mues par leurs instincts, elles avaient fini par occulter une part de leur conscience. On les découvre donc très bienveillantes, mais aussi très conciliantes envers des choses qui auraient mérité une plus vive désapprobation. Un paradoxe qui les rend réalistes et diablement humaines ! Et c’est probablement cette capacité à s’adapter et à revoir leurs normes en fonction de la situation qui leur sauvera la vie…

La galerie de personnages est assez variée pour susciter l’intérêt de tous les lecteurs, mais assez restreinte pour qu’on ne s’y perde pas. Tous les personnages ne m’ont pas plu de la même manière. Contrairement à Blanche, je n’ai pas été séduite par Iroël même si son talent d’artisan, qui lui permet de créer des masques très particuliers, a titillé ma curiosité. J’ai également été touchée par son amour inconditionnel pour les créatures fantastiques qu’il essaie de sauver contre vents et marées. J’ai néanmoins été révoltée par l’inconscience avec laquelle il plonge les deux sœurs dans un univers qui n’est pas le leur et qui se révèle extrêmement dangereux .Alors qu’elles tendent à le considérer comme le gentil, pour moi, c’est peut-être le pire dans toute cette histoire. Derrière l’image du bon samaritain, je n’ai pu m’empêcher d’y voir celle d’un monstre d’égoïsme et d’hypocrisie.

C’est la raison pour laquelle j’ai largement préféré Aegus qui, en plus d’être bien plus charismatique, ne triche pas sur ce qu’il est et sur la violence qui sourde en lui. J’ai, en outre, apprécié la relation qu’il noue progressivement avec Cordélia, une relation tout en subtilité qui passe par des regards et des attentions, peut-être pas frappantes pour un humain, mais qui démontrent chez lui un certain effort. Après tout, n’oublions pas que nous sommes face à un être plus proche du serpent que de l’humain. Ne vous attendez donc pas à un prince charmant, mais à un être fascinant et difficile à cerner, qui peut très vite passer de la moquerie à une certaine bestialité. Un être que l’on préfère avoir comme allié plutôt que comme ennemi, et qu’il est fort peu prudent d’incommoder !

Quant aux deux sœurs, difficile de ne pas fondre devant leur gentillesse et leur indéniable complicité. Très différentes l’une de l’autre, elles se complètent à merveille ! Je n’ai pu m’empêcher, comme Cordélia, d’admirer le courage et le côté un peu fou fou de Blanche, qui sait vivre la vie au jour le jour et prendre des risques, peut-être un peu trop d’ailleurs… Mais loin de n’être qu’une écervelée au cœur tendre, c’est une jeune fille optimiste qui aime voir le meilleur en chacun, qu’il soit humain ou non. Une qualité qui peut vite devenir un inconvénient quand on se frotte à la Strate, mais qui apporte une belle touche d’humanité à un roman peuplé de créatures en tous genres. Si Cordélia se révèle assez sérieuse, car responsable pour deux, elle ne manquera pas de nous faire sourire et de nous toucher, celle-ci ayant un cœur bien plus tendre qu’elle ne veut bien l’admettre. Rien d’étonnant donc à ce que même le très froid Aegus finisse par apprécier ces deux sœurs bien souvent amusantes malgré elles.

En conclusion, d’une plume aussi fluide qu’élégante et immersive, l’autrice nous plonge avec perte et fracas dans la vie de deux sœurs qui vont devoir troquer un quotidien fade et banal pour une existence emplie de créatures plus ou moins dangereuses, d’hommes aussi exaspérants qu’énigmatiques, de mystère, de magie et d’une bonne dose de dangers. Entre une dimension qui s’invite dans la nôtre, des créatures parfois difficiles à gérer (chat bouffeur de patates y compris), des demi-vérités et des vérités qu’il aurait mieux valu ignorer, vous n’aurez pas le temps de reprendre votre souffle, et encore moins de vous ennuyer. Alors si vous avez envie d’une histoire rythmée et fantastique à plus d’un titre, vous avez trouvé votre bonheur. Mais n’oubliez pas, si vous découvrez un carton devant votre porte, ne l’ouvrez qu’à vos risques et périls ! 


Mes impressions en bref

Points positifs                                                                                              Point négatif
Plume fluide et immersive                                                                           Devoir attendre la suite !                
Bestiaire illustré
Des créatures folkloriques à ne plus savoir où donner de la tête                                               
Un duo de sœurs terriblement attachant                                                     
Des personnages nuancés à la psychologie travaillée
Des dialogues truculents et de l’humour à gogo
Un rythme bien dosé et une tension qui monte crescendo
Le fantastique qui s’invite dans notre réalité
Du mystère, de la magie et des dangers


 

À bout de nerfs, James Barnaby

Je remercie les éditions De Borée de m’avoir permis de découvrir À bout de nerfs.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Angelica, une Américaine de 25 ans, travaille comme fille au pair à Londres. Un soir, en rentrant du pub où elle a l’habitude de retrouver son ami Jim, elle découvre avec horreur que le père de famille a mis fin à ses jours après avoir abattu sa femme et ses deux petites filles.

Sous le choc, la jeune femme accepte alors l’étrange offre d’emploi que lui a dénichée Jim dans les petites annonces : un poste de nurse richement rémunéré dans un château en Écosse. Ils se rendent tous les deux sur place, sont reçus par un couple excentrique qui embauche aussitôt la jeune femme et lui confie la garde de leurs deux enfants pour vingt-quatre heures. Jim reste avec son amie pour lui tenir compagnie. L’orage gronde, quand soudain, l’électricité est coupée, plongeant le sinistre manoir dans l’obscurité. Lorsque la lumière revient, Jim et les enfants ont disparu…

Harcelée par les enquêteurs qui la soupçonnent d’être impliquée dans l’enlèvement des petits, Angelica commence à se poser des questions. Qui est vraiment Jim ? Est-il victime, ou auteur de ce rapt ? Cherche-t-il à la manipuler ? A moins qu’un danger plus grand encore ne la menace…

Éditions De Borée (10 octobre 2019) – 405 pages – Broché (20,50€) – Ebook (4,99€)

AVIS

Dans la vie, il y a les chanceux et les poissards. Et vu les circonstances, on peut raisonnablement penser qu’Angelica appartient à la seconde catégorie.

Cette Américaine de vingt-cinq ans doit d’abord faire face au massacre de la famille anglaise pour laquelle elle travaillait comme fille au pair avant d’affronter la suspicion de la police écossaise l’accusant de l’enlèvement des deux enfants de ses nouveaux employeurs, un couple d’Écossais. Ce qui s’annonçait comme un nouveau départ suite au drame londonien se révèle donc une nouvelle épreuve d’autant que la jeune femme n’est pas au bout de ses peines…

En parallèle, nous suivons une affaire d’escroquerie financière d’envergure internationale qui prend ses racines en Israël. Le flou entourant l’entreprise dans le collimateur des autorités, TradeOption, et la complexité de ses montages financiers nécessiteront l’intervention de professionnels spécialisés dans la traque des dérives financières que ce soit le Lahav 433, sorte de FBI Israélien, ou l’agent Sleuth du FBI.

Ce dernier a une motivation toute personnelle d’intervenir, Angelica étant sa nièce. C’est donc sans hésiter qu’il se rend en Angleterre et en Écosse où il finira par découvrir que les malheurs de sa nièce semblent inextricablement liés à cette fraude financière qui met en émoi son contact israélien. Mais quel est le lien entre les deux affaires et comment aider sa nièce qui se retrouve dans une situation bien fâcheuse ? N’est-il d’ailleurs pas trop tard ?

James Barnaby nous propose une enquête passionnante et rondement menée qui nous fait voyager entre Israël, Angleterre et Écosse, pays dont il a su retranscrire l’atmosphère si particulière. C’est donc dans une ambiance étouffante, teintée de folklore et de légendes locales, que l’on suit l’enquête qui se révèle bien plus complexe qu’il n’y paraît. Mais quand l’argent entre en jeu, n’est-ce pas toujours le cas ?

Il faudra donc toutes les bonnes volontés pour avancer ! Et ce n’est pas l’agent Sleuth qui vous dira le contraire. Désespéré par la police locale bien plus encline à accuser sa nièce d’enlèvement qu’à tenter de faire toute la lumière sur cette étrange histoire, il enquêtera  de son côté se fiant à son flair, son expertise et ses contacts. Si j’ai apprécié ce personnage très humain qui fait de son mieux pour venir en aide à sa nièce, j’ai regretté un manque d’éclat. J’aurais ainsi souhaité qu’il nous épate un peu plus, son rôle restant finalement accessoire. Mais on peut comprendre que ses liens avec Angelica ne lui permettent pas d’avoir l’objectivité nécessaire pour mener à bien, et de manière détachée, des investigations.

J’ai, en revanche, beaucoup apprécié Angelica, une femme forte, indépendante et courageuse qui fait face aux épreuves sans jamais se lamenter et avec un certain aplomb ! En plus d’avoir la tête sur les épaules, elle possède aussi beaucoup d’empathie, une certaine imagination et une vraie capacité d’adaptation, des qualités qui expliquent peut-être l’excellent contact qu’elle entretient avec les enfants. Des enfants qu’elle fait d’ailleurs passer avant tout !

Bien que le roman fasse un peu plus de quatre cents pages, on ne voit pas le temps passer, l’auteur apportant beaucoup de rythme et de dynamisme à son récit. D’une plume fluide et immersive, il nous fait naviguer avec simplicité dans les méandres de la finance, mais aussi dans ceux de l’esprit humain prompt à toutes les extrémités pour s’enrichir… Grâce à des personnages variés, et pour certains plutôt excentriques et énigmatiques, il veille également à semer le doute dans l’esprit des lecteurs qui ressentent alors la même perplexité que l’agent Sleuth face à cet embrouillamini.

Qui est vraiment Jim, l’ami d’Angelica, qui l’a plus ou moins convaincue d’entrer au service du couple écossais et comment expliquer sa double personnalité ? Que penser de ce laird excentrique, débonnaire et haut en couleur qui semble bien prendre à la légère l’enlèvement de ses enfants ? Quelle est la véritable envergure de la fraude orchestrée par TradeOption et comment est-elle liée au drame londonien et à l’enlèvement des deux enfants en Écosse ? Qu’en est-il de cette action de crowdfunding lancée pour payer la rançon des enfants ? Vraie démarche ou nouvelle manière d’extorquer de l’argent à de naïfs contributeurs ? Les questions ne manquent pas et les révélations, du moins pour certaines, ne devraient pas manquer de vous surprendre…

En bref, finance, magouilles et appât du gain offrent ici un tango endiablé à l’issue duquel ne reste que la vision de personnes prêtes à beaucoup, certaines au pire, pour conserver leurs acquis et s’enrichir. Suspense, tension, mensonges, révélations choquantes, faux-semblants et jeux de dupe sont donc au rendez-vous de ce thriller mêlant avec beaucoup de charme folklore local et dure réalité… L’argent n’a pas d’odeur ? Peut-être, mais elle a ici le goût du sang !

Retrouvez le roman sur la boutique en ligne des éditions de Borée.