Nos premières élections en classe, Marie Colot et Florence Weiser (illustrations)

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Dans la classe de mademoiselle Coline, on se prépare à élire un ou une déléguée. Affiches électorales, tracts, campagne, tout est là pour faire de belles élections. Mais dès les premiers débats, les choses s’enveniment…

Tout est parti d’une remarque malheureuse de Jorge qui a prétendu que les filles ne pouvaient pas être présidentes. Madame Coline a trouvé l’occasion idéale pour rappeler ce qu’est un stéréotype et en a profité pour organiser des élections dans sa classe. Ce qui partait d’une bonne intention va très vite tourner au désastre : les tensions entre les filles et les garçons vont se généraliser au point que les débats organisés relèveront plus de la mesquinerie que de l’échange d’idée. Madame Coline est déçue… Elvis aussi. Il préférait sa classe quand les élèves s’entendaient tous bien et ne voulaient pas tous être au pouvoir. Mais il a peut-être une super idée pour tout arranger

Alice (04 février 2021) – 80 pages – 12€

AVIS

Découverte grâce à un autre roman de la maison d’édition, Je ne sais pas, Marie Colot est une autrice que j’apprécie beaucoup et dont je prends plaisir à découvrir au fur et à mesure sa bibliographie. Elle nous propose ici de nous intéresser à la démocratie et à la politique à travers un roman jeunesse plein d’humour, d’intelligence et de pertinence.

Comment diviser rapidement un groupe uni et soudé ? Parler politique évidemment ! Une réalité que la classe de mademoiselle Coline va découvrir à ses dépens. Tout partait pourtant d’une bonne intention : donner aux enfants le pouvoir de parler en leur nom en organisant une élection pour élire un(e) délégué(e). Un bon moyen également pour mademoiselle Coline de déconstruire le stéréotype révoltant selon lequel les femmes ne sont pas capables d’accéder au pouvoir et de diriger.

Sa proposition d’organiser des élections emporte un franc et tonitruant succès, les enfants étant ravis à l’idée de toutes ces choses qu’ils vont pouvoir changer, non révolutionner : des chansons et pas de leçons, des toboggans à la place des escaliers… Des souhaits certes sympathiques, mais qui ne résisteront pas à l’épreuve de la réalité. C’est ainsi que les enfants vont apprendre l’une des premières règles de la politique : proposer des choses réalistes et réalisables !

De fil en aiguille, ils découvrent également les dessous d’une campagne électorale : l’élaboration d’un programme, la recherche de soutiens, la communication, les débats et le temps de parole… Il est d’ailleurs amusant de voir à travers les stratégies de chacun, les idées qu’ils se font de la politique et des politiciens. À cet égard, Ali et sa folie des grandeurs très américaine m’a beaucoup amusée, d’autant que l’un des points de son programme met en lumière l’absurdité de la réalité de laquelle il s’est inspiré.

Cette première expérience concrète de la politique se heurte néanmoins rapidement aux dissensions et aux disputes. Chacun défend âprement et véhémentement ses idées, poussant le débat politique sur un terrain bien plus personnel et fort peu amical. Une évolution qui ne sera pas sans rappeler la réalité de la politique entre adultes. Mais c’était sans compter sur Elvis bien décidé à ne pas laisser sa classe s’entredéchirer et, accessoirement, à retrouver son amoureuse qui s’est éloignée de lui depuis que ces élections sont devenues hors de contrôle. Et si la solution à toutes ces disputes, c’était la coopération ? Avec beaucoup de courage, de débrouillardise et avec un peu d’aide, notamment d’un chauffeur d’autobus fort sympathique, Elvis va se lancer dans une campagne bien différente de celles des débuts, et découvrir l’un des fondements de la démocratie.

En plus de la thématique de ce roman plutôt originale pour un roman jeunesse, et de la subtilité avec laquelle l’autrice aborde la question des stéréotypes, j’ai adoré le ton plein d’humour, qui passe autant par les expressions tarabiscotées de mademoiselle Coline que la tendance de certains élèves à prendre chaque expression au pied de la lettre. Cela permet d’alléger l’atmosphère parfois tendue, de s’amuser de la richesse du français et de ses pièges, et de faire sourire les lecteurs. La présence de la chienne de mademoiselle Coline durant les cours apporte également un charme indéniable à l’histoire, même si j’aurais adoré qu’elle soit encore plus présente.

J’ai retrouvé avec plaisir le très efficace duo Marie Colot/ Florence Weiser, découvert dans le très touchant Croquettes & Cie. Les illustrations colorées de Florence Weiser, à la douceur très enfantine, complètent à merveille l’histoire tout en facilitant l’immersion des jeunes lecteurs. Ceux ayant déjà lu des romans de la série Le jour des premières fois devraient, en outre, être ravis de revoir mademoiselle Coline et ses élèves pour lesquels, je n’en doute pas, ils ont dû développer un certain attachement. Mais rassurez-vous, pas besoin d’être familier de la série pour se laisser séduire et prendre au jeu de Nos premières élections en classe.

En conclusion, avec beaucoup d’intelligence et d’humour, Marie Colot permet aux enfants d’entrer de plain-pied dans une campagne électorale avec ses enjeux et ses dérives. De fil en aiguille, nos jeunes protagonistes vont comprendre la force de la coopération et s’approprier pleinement le concept de démocratie, tout en apprenant à dépasser un stéréotype qui a la vie dure. Nos premières élections en classe est un ouvrage à destination des enfants qui a toute se place dans les bibliothèques familiales et scolaires, et qui me semble parfait pour engager un dialogue enfants/adultes sur des notions comme la politique, la démocratie et l’égalité entre les sexes. 

Découvrez un extrait du roman sur le site des éditions Alice que je remercie pour cette lecture.