Premières lignes #80 : À ce point de folie, Franzobel

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Le principe de ce rendez-vous initié par Ma lecturothèque est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Pour cette édition, j’ai eu envie de vous présenter les premières lignes d’un livre qu’on m’avait recommandé, mais dont le caractère cru et dur me fait peur : À ce point de folie, Franzobel.

« Le 17 juin 1816, La Méduse quitte Rochefort à destination de Saint-Louis, au Sénégal. À son bord, quelque 400 passagers et un équipage nombreux. Au commandement, un capitaine dont l’incompétence avérée est à l’origine du naufrage de la frégate après quelques jours de mer. Comme les chaloupes sont en trop petit nombre, 147 voyageurs sont abandonnés sur un radeau. Seuls quinze d’entre eux en réchapperont au terme de treize journées d’enfer, jalonnées de meurtres, de corps dépecés et d’ultimes stratégies de survie. L’un des rescapés, le médecin de bord Jean-Baptiste Henri Savigny, fera le récit de ce périple tragique, que le monde entier voudra connaître jusque dans ses détails les plus atroces… Mais qu’aurions-nous fait à leur place ? Dans ce roman historique et anthropologique mené tambour battant, Franzobel entraîne le lecteur aux frontières du supportable : son style précis, poétique, cru sert la tension dramatique et fraie sans cesse avec l’ignoble pour nous plonger au cœur du carnage. Magnétique et inquiétant, dérangeant et fascinant, l’ouvrage brise bien des tabous aux confins d’appétits inavouables… »

PREMIÈRES LIGNES

Une matinée grasse

Trois fois neuf font un jeudi, et le 18 juillet de l’an 1816 était un jeudi magnifique. Pas un nuage ne troublait le ciel d’azur, le soleil était aveuglant, et même l’air d’ordinaire brumeux avait la limpidité du cristal. À environ trente nautiques de la côte d’Afrique occidentale, le brick L’Argus fendait les flots lisses de l’océan. Marsouins et dauphins bondissaient sur ses flancs, des mouettes tournoyaient dans son sillage, décrivant des arcs de cercle, montant et descendant, frôlant l’eau de la pointe de leurs ailes. À bord, les mouvements s’engrenaient avec autant d’harmonie que les pièces d’un rouage complexe. On ne ressentait pas le moindre effort.

Puis un grain de sable se glissa dans le mécanisme. Il était onze heures du matin, L’Argus voguait quelques nautiques au-dessus de Nouakchott, aujourd’hui capitale de la Mauritanie, à peu près à hauteur de Portendick, lorsque le matelot de vigie signala un objet deux degrés sur tribord. Personne ne soupçonna quoi que ce soit. Surtout pas nous. Mais nous le saurons bien assez tôt.

Et vous, connaissez-vous ce livre ?
Vous tente-t-il ?

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Rose tome 1 : Rose et la maison du magicien, Holly Webb

C’est le thème de février du Challenge mystère, Lire un livre avec une couverture rose, qui m’a poussée à sortir ce roman de ma PAL. Et je dois dire que c’est une très bonne chose puisque j’ai beaucoup apprécié cette lecture jeunesse.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Rose quitte son orphelinat pour travailler au service du célèbre magicien, Mr Fountain. Une drôle de vie commence : formules, potions, mais surtout, une maison dans laquelle il se passe des choses étranges. Un jour Rose réalise qu’elle n’est pas une petite fille comme les autres et qu’elle aussi, maîtrise la magie… Alors quand des orphelins disparaissent mystérieusement, Rose n’hésite pas à se servir de ses pouvoirs…

  • Broché: 339 pages
  • Tranche d’âges: 9 – 11 années
  • Éditeur : Flammarion (1 mai 2011)
  • Prix : 13€

AVIS

Le résumé avait tout pour me plaire puisqu’on y parle de magie et d’enquête, deux choses que j’apprécie toujours dans un roman. Et sans surprise, le mélange des deux fonctionne à merveille dans cette histoire mettant en scène Rose, une orpheline qui est embauchée pour travailler dans la maison d’un alchimiste, M. Fountain.

Rose est ravie de quitter l’orphelinat, car si elle n’y est pas maltraitée et qu’elle a des amies, notamment la jeune Maisy, elle rêve depuis longtemps de gagner de l’argent et, peut-être, une certaine indépendance. Elle est, en revanche, bien décidée à rester loin de la magie qu’elle a appris à considérer d’un mauvais œil. Et ce n’est pas les autres domestiques de la maison qui ne l’apprécient pas non plus qui lui feront changer d’avis.

Malheureusement pour elle et heureusement pour les lecteurs, Rose devra bien se rendre à l’évidence : elle n’est pas une petite fille comme les autres et possède un talent naturel pour la magie. D’ailleurs, la maison de l’alchimiste, qui a vite détecté son potentiel, n’hésite pas à se dévoiler à elle en lui jouant des gentils tours. Et quand le chat de la maison, l’illustre Gus, engage un dialogue avec elle par télépathie, le doute n’est plus permis, Rose possède bel et bien des pouvoirs magiques que cela lui plaise ou non.

Bien qu’elle fasse tout pour cacher ses talents, Rose finira par attirer l’attention de l’apprenti-magicien de la maison, Freddy, qu’elle sauvera d’une périlleuse situation. Si ce dernier est au début profondément antipathique, il évolue au fil de l’intrigue. Au contact de cette orpheline de caractère qui, malgré sa position de nouvelle domestique, n’hésite pas à lui tenir tête, l’apprenti nous apparaît sous un jour nouveau. Derrière son masque d’arrogance, on découvre un jeune homme pétri de doutes qui se révèle beaucoup plus gentil que ce qu’il aimerait faire croire.

D’abord « ennemis », les deux jeunes se rapprochent donc et finissent même par s’allier pour sauver Maisie, une amie de Rose qui, à l’instar d’autres enfants, a été kidnappée. Mais avant d’arriver à libérer Maisie et, l’espèrent-ils, les autres enfants, il leur faudra mener une enquête afin d’identifier le responsable de toutes ces disparitions. Et c’est là que la magie de Rose montrera toute son utilité et, surtout, son étendue. La jeune fille va, en effet, découvrir qu’elle est beaucoup plus puissante qu’elle ne le pensait. Entre attraction et répulsion, elle n’aura alors d’autre choix que de laisser son talent naturel pour la magie s’exprimer pour le plus grand plaisir de Freddy. Celui-ci souhaiterait, en effet, que Rose accepte sa prédisposition à la magie et le rejoigne dans sa formation auprès de M. Fountain.

L’aide et le soutien du jeune homme seront fort utiles à Rose pour sauver les enfants, mais n’oublions pas non plus la participation active et poilue de Gus, un chat que j’ai juste adoré. Gourmand, amusant, courageux et attachant, c’est un peu mon personnage coup de cœur. Mais il faut dire que je ne résiste jamais à un chat qui parle ! Isabella, la fille capricieuse de l’alchimiste, finira également par les aider pour une raison que je vous laisserai le plaisir de découvrir puisqu’il faut bien conserver une part de mystère. J’ai apprécié que l’auteure fasse évoluer ce personnage qui se montre, dans un premier temps, particulièrement odieux. Sans devenir un modèle de gentillesse, cette petite fille de sept ans semble, au fil de l’aventure, s’adoucir quelque peu et révéler une certaine fragilité…

Mais cette petite peste n’est rien en comparaison d’un personnage féminin qui m’a fortement fait penser à Mme Coulter dans A la croisée des mondes de Philip Pullman. J’ai adoré l’aura de danger qui émane d’elle et qui vous donne juste envie de ne jamais croiser sa route. Chance que n’a pas eu M. Fountain qui est littéralement tombé sous son charme… Cette femme apporte la petite dose de frissons qui devrait ravir les jeunes lecteurs en quête de sensations fortes et, peut-être, impressionnés les moins hardis d’entre eux.

Quant à la plume de l’auteure, elle m’a séduite par sa simplicité, mais également sa fluidité. Les phrases, sans être ni trop courtes ni trop longues, sont bien travaillées et permettent de s’immerger rapidement dans ce récit plutôt rythmé. Holly Webb prend, en effet, le temps de poser son intrigue, mais l’action et les révélations s’enchaînent ensuite rapidement. J’aurais peut-être aimé que certains passages soient plus développés notamment ceux concernant la traque de la personne responsable des enlèvements… Mais étant dans un roman jeunesse et non dans une aventure de Sherlock Holmes, je conçois aisément que ce ne soit pas une direction dans laquelle ait choisi de s’engager l’auteure.

En conclusion, si vous aimez les enquêtes et la magie, ce premier tome de la série Rose devrait vous enchanter. En plus d’une jeune héroïne courageuse qui apprend, petit à petit, à s’accepter, l’auteure nous offre une galerie de personnages hauts en couleur que vous devriez prendre plaisir à découvrir. Magie, amitié, acceptation de soi, mystère et une petite dose de frissons, voilà tout autant d’ingrédients qui ne vous offrent pas la recette d’une nouvelle potion, mais d’une lecture qui devrait enchanter petits et grands.

Et vous, envie de craquer pour Rose et la maison du magicien ?

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Carabosse, La légende des cinq Royaumes : Michel Honaker

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J’ai découvert Carabosse de Michel Honaker, publié chez Flammarion, grâce à une vidéo de la chaîne Bazar de la littérature. J’ai donc sauté sur le roman quand je l’ai trouvé à la médiathèque.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

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En un instant l’ombre éclipse le soleil, au milieu des branches tortueuses aux feuilles grasses et triangulaires, émerge une jeune fille à la chevelure brune et au regard ténébreux. Le poison de l’amour déçu lui dévore l’âme. De sa soeur Léonore, qui lui a ravi son aimé, Carabosse jure de se venger : le fruit de leur amour mourra, le jour de ses dix-huit ans. Alors son sombre pouvoir jettera sur le Royaume terreur et désolation. Les liens du sang tissent des haines plus féroces que toutes les autres… Carabosse, la fée maléfique nous plonge dans les profondeurs du Conte de La belle au Bois-Dormant.

  • Broché: 386 pages
  • Editeur : Flammarion (2 avril 2014)
  • Prix : 14€

AVIS

Un livre soigné…

J’ai emprunté le livre, mais j’ai tellement été séduite par le travail d’édition de Flammarion que je pense l’acheter. La couverture, en plus de flatter l’œil, possède une texture particulière proche de celle d’une tapisserie.

En outre, une carte permettant de se représenter les Cinq Royaumes est présente en début d’ouvrage ce qui est toujours plaisant pour mieux situer l’univers d’un livre.

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Dernier petit détail sympathique, les débuts de chapitres sont joliment décorés :

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Des personnages intéressants…

Je ne connais de La belle au bois-dormant que la version de Disney, mais je dois avouer que ce conte n’a jamais été l’un de mes préférés. Il faut dire que de devoir attendre le baiser d’un prince charmant pour être réveillée, niveau passivité difficile de faire mieux ou pire, question de point de vue…

Du coup, j’ai été très agréablement surprise par les protagonistes féminines du livre qui ont toutes du caractère. Bon, j’ai dit du caractère pas bon caractère car Cara a plutôt mauvais caractère comme vous le découvrirez très vite dans le livre.

Belle, la jeune femme possède néanmoins un attribut physique qui la rebute : une disgracieuse bosse. Au fil du temps, cette « difformité » obsède Cara qui est prête à tout pour la faire disparaître d’autant qu’elle est source de moqueries et d’ostracisme.

Cette histoire de bosse aurait pu susciter de la pitié de la part des lecteurs, mais pour ma part ce ne fut pas le cas. J’ai trouvé l’importance que Cara lui accordait à la limite de l’obsession au point que cela en devient pénible… D’ailleurs, artisane de son propre malheur, c’est Cara qui finit par se personnifier elle-même en Carabosse, mêlant ainsi étroitement cet attribut « difforme » à sa personne.

De la même manière, j’ai eu beaucoup de mal à comprendre ses actes odieux afin de punir le prince charmant qui a préféré épouser sa jeune soeur, Léonore. Alors on est dans un conte, on comprend le concept d’amour fou au premier regard… Cependant, j’ai quand même eu le sentiment que plus que d’amour, il s’agissait ici de la goutte d’eau qui fait déborder le vase ; le prince semblant représenter cette énième chose qui échappe à Cara. C’est ça où je ne suis pas romantique et suis hermétique à la notion de coup de foudre, c’est possible aussi.

Bref, Carabosse est une méchante dont on saisit la détresse et la profonde solitude, mais pour laquelle, je n’ai pas réussi à développer d’empathie.

Je pourrais vous parler de chacun des personnages, mais afin de ne pas rendre ma chronique trop longue et indigeste, j’aimerais me focaliser sur mon personnage préféré : Trublion, ancien saltimbanque devenu ami du couple royal. J’ai admiré sa sagesse, sa loyauté amicale et amoureuse, sa gentillesse, sa dévotion… J’aimerais beaucoup lire une aventure basé sur ce héros, petit par la taille, mais grand par l’âme. Vous noterez que je vous ai épargné le « petit, mais costaud » qui s’appliquerait pourtant bien au personnage.

Mon seul regret…

Tous les personnages m’ont plu excepté Clèves, le fils de Carabosse, qui a manqué pour moi de profondeur comme si l’auteur nous en offrait seulement une ébauche. Dommage, de par sa naissance (vous comprendrez en lisant le livre), le jeune homme aurait pu se révéler très intéressant et tout en nuances, faisant un peu le pont entre les gentils et les méchants.

Ici, ce ne fut pas le cas ; si Carabosse montrait quelques faiblesses, Clèves est un pur méchant sans nuances donc sans grand intérêt, du moins pour moi.

Un style littéraire très agréable…

Enfin, si j’ai autant apprécié ma lecture c’est également grâce à la superbe plume de l’auteur. J’ai été ravie de lire un écrivain qui ose adopter le style littéraire des contes d’antan. Les passages descriptifs sont savamment entrecoupés avec des moments plus intenses rendant presque impérieux le besoin de tourner les pages.

Pour conclure, si vous aimez les réécritures de contes, les personnages forts et l’action, Carabosse est un roman qui devrait vous plaire d’autant qu’il est porté par le style fluide, envoûtant et bien construit de son auteur.

NOTE : 4,25/5

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