Mes pas dans les tiens, Fioly Bocca

Couverture Mes pas dans les tiens

Je remercie les éditions Denoël pour m’avoir permis de découvrir Mes pas dans les tiens de Fioly Bocca.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Alma a trente-cinq ans et tient une petite librairie à Bologne. Alors qu’elle est en vacances avec une amie dans une ferme du Piémont, elle fait la connaissance de Bruno, un moniteur d’équitation. Transportés par la magie du paysage, ils tombent amoureux. Mais au bout de quelques mois Bruno décide de mettre fin à leur relation, au désespoir d’Alma.
Frida est une psychiatre de cinquante-cinq ans. Après la mort de son mari dans un bombardement en Syrie, elle abandonne son cabinet et part sur les traces de ceux qui l’ont connu.
Alma et Frida vont se rencontrer sur le chemin de Compostelle. Malgré la froideur de Frida, elles apprécient la compagnie l’une de l’autre et décident de marcher ensemble, Alma racontant son amour perdu, Frida se taisant, murée dans sa douleur. Les deux femmes sont très différentes et elles ne savent pas encore que partager la souffrance et l’épuisement peut parfois engendrer des miracles.

  • Traduction : Anaïs Bouteille-Bokobza

Éditions Denoël (8 nov 2018) – 192 pages – 21€ (broché) – Ebook disponible

AVIS

Après Au cœur de la folie, nouvelle incursion dans la littérature italienne, mais cette fois-ci dans un registre bien différent…

Mes pas dans les tiens est un roman qui touche et qui frappe le cœur. Malgré les sujets abordés, bien souvent difficiles, ce qui marque, c’est toute cette poésie qui se dégage des pages et de la rencontre fortuite, mais presque évidente, de deux âmes en peine.

Nous faisons ainsi la connaissance d’Alma et de Frida, deux femmes très différentes qui vont se rencontrer par hasard sur le chemin de Compostelle. L’une, jeune et expansive, est une spécialiste des mots, quand l’autre, plus âgée et réservée, s’occupe des maux de l’esprit. Un duo que rien ne disposait à se rencontrer, mais qui va finir par marcher ensemble…

Très vite, en plus de partager ses pensées dans son carnet, Alma se met à nue devant Frida, ancienne psychiatre. Elle lui narre sa rupture avec Bruno, cet homme qu’elle a tant aimé, qu’elle aime toujours tellement, mais que la distance et les peurs lui ont pris. Quant à Frida, elle écoute patiemment et avec bienveillance cette femme qui partage la même douleur qu’elle, celle d’un amour perdu. Sauf que pour Frida, la séparation est irrémédiable…

Ces deux femmes m’ont touchée, voire bouleversée, surtout Frida dont la mort brutale de ce mari qu’elle aimait de manière inconditionnelle marque presque la fin de sa propre vie. L’autrice a réussi le tour de force de nous faire ressentir toute sa peine et son besoin de retourner sur les lieux de vie de son mari sans tomber dans le pathos. Même une hypersensible comme moi qui pleure systématiquement quand il est question de deuil n’a pas versé de larmes. Frida a perdu l’amour de sa vie, mais elle a également eu la chance rare de vivre l’amour avec un grand A, celui qui vous pousse à aimer l’autre entièrement, avec ses qualités et ses défauts. Elle a toujours respecté les valeurs de son mari et son besoin d’aider les autres quitte à le laisser partir loin d’elle. Une très belle preuve d’amour si ce n’est la plus belle…

L’empathie que l’on développe pour Frida, mais aussi pour Alma, est exacerbée par la manière dont l’autrice nous fait naviguer entre le présent et leur passé, quelques mois avant le début du pèlerinage. À mesure que l’on découvre leur vie et les circonstances qui les ont poussées à marcher (marcher pour oublier, marcher pour se rappeler, marcher pour se retrouver…), on ne peut que se sentir proche d’elles et espérer qu’elles arrivent à surmonter cette douleur qui leur broie le cœur.

À cet égard, les rencontres, bien souvent fugaces mais toujours pleines de sens, leurs échanges et confidences, mais aussi tous ces kilomètres qu’elles avalent les uns après les autres, leur seront d’une grande aide. Un peu comme si en marchant, elles reprenaient progressivement goût à la vie et se rendaient compte que se perdre dans les méandres du passé n’était pas un moyen pour survivre au présent. Cela ne signifie pas oublier ce qui fut, mais plutôt gagner assez en sérénité pour envisager ce qui sera… Une chose qui aurait semblé impossible aux deux femmes avant de se lancer sur le chemin de Compostelle, un voyage ou plutôt une quête autant physique que mentale.

À travers l’histoire d’Alma et de Frida, Fioly Boca nous parle de la vie et de la mort, de l’amour, du deuil, mais aussi de la reconstruction de soi, de la renaissance, de cette impression qu’un point est parfois le début d’une nouvelle histoire. D’une plume lumineuse et poétique, l’autrice dépeint avec force et précision, des couleurs, des sensations, des émotions, des moments fugaces de bonheur, d’autres plus longs de malheur. C’est parfois sublime, parfois nostalgique et triste, mais c’est toujours poignant et plein de vérité !

Quant à la fin, sans entrer dans les détails, elle m’a semblé parfaite. Elle comporte cette touche d’espoir et d’optimisme qui prouve que la vie peut toujours apporter des surprises à condition de lui en laisser la chance… A noter également, les multiples références littéraires qui, en plus de ravir les lecteurs, enrichissent à merveille le récit.

En conclusion, Mes pas dans les tiens nous offre un récit poignant mettant en scène deux femmes aux histoires aussi uniques que banales, la séparation et la mort ayant en commun une certaine universalité. Avec délicatesse et poésie, Fioly Boca nous invite aux côtés de ses personnages à faire un voyage dont la richesse et la profondeur se dévoilent au fil des pages. Belle, forte et touchante, laissez-vous emporter par cette rencontre riche en émotions !

Et vous, envie de feuilleter ou de craquer pour Mes pas dans les tiens ?

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