Mini-chroniques en pagaille #34

 

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Nous sommes tous des féministes de Chimamanda Ngozi Adichie, illustré par Leire Salaberria (Gallimard Jeunesse)

Couverture Nous sommes tous des féministes, illustré

N’ayant pas encore pris le temps de lire le livre original, j’ai sauté sur cette adaptation graphique destinée à la jeunesse. En s’appuyant, entre autres, sur sa propre expérience, l’autrice revient sur toutes ces situations durant lesquelles elle a été traitée différemment, mise de côté ou ignorée en raison de son genre. Une injustice que l’on ressent pleinement à travers ses mots, a fortiori si l’on est une femme. Car si la situation au Niger n’est pas celle de tous les pays, il y a néanmoins certaines choses auxquelles presque toutes les femmes sont soumises à travers le monde, comme cette injonction au paraître, à la « féminité », à la douceur, à la soumission et à la discrétion. En fonction des cultures, cette injonction est plus ou moins forte, mais elle existe bien.

En plus d’être très accessible, que ce soit grâce à un texte aéré et concis ou à de douces et jolies illustrations, l’intérêt de cet album réside également dans l’accent mis sur l’éducation. L’autrice fait le constat des différences de traitement entre les hommes et les femmes, mais elle n’en demeure pas moins positive quant à la possibilité de faire évoluer les choses. Et cela commence par arrêter de traiter différemment les enfants en fonction de leur sexe, et leur laisser l’occasion de s’exprimer et de faire ce qu’ils souhaitent vraiment, plutôt que de les brimer en fonction de normes culturelles et sociétales profondément injustes. Ceci est d’autant plus important que ces stéréotypes liés au genre nuisent aux femmes, mais également aux hommes, enfermés dans la cage de la « virilité »…

Si la thématique est primordiale et sérieuse, le ton de l’ouvrage n’est pas dénué d’humour, l’autrice n’hésitant pas à s’amuser de tous ces préjugés entourant le mot et le concept de féministe, avant de mieux les déconstruire et d’en montrer l’absurdité. Une féministe peut prôner l’égalité des sexes, mais aimer porter des robes et se maquiller pour se faire plaisir et non faire plaisir…

En bref, voici un livre intéressant et accessible parfait pour entamer un dialogue avec les enfants sur l’égalité des sexes, les stéréotypes et la manière de faire évoluer les choses, parce que Nous sommes tous des féministes !


  • L’Atelier Détectives, tome 1 : Les Mystères de la nuit de Béka et Goalec (Bamboo Édition)

Couverture L'Atelier Détectives, tome 1 : Les Mystères de la nuit

Aimant beaucoup les ouvrages de la maison d’édition, les livres jeunesse et les enquêtes, j’ai tout de suite été intriguée par cette BD. Et je dois dire que je n’ai pas été déçue de ma lecture, bien au contraire.

Jules, Isidore et Lola sont trois amis liés par le même amour des enquêtes, ce qui explique d’ailleurs leur inscription et leur participation à l’Atelier Détectives de leur école. Toujours à la recherche de mystères à résoudre et de pistes à explorer, ils vont se lancer successivement dans trois enquêtes différentes, la première impliquant potentiellement un zombie, la deuxième un dinosaure et la dernière une sorcière !

Courageux et non dénués d’un certain sens de l’observation, nos jeunes héros ne vont pas hésiter à se confronter au danger, bien qu’ils aient une légère tendance à envoyer d’abord Jules au front, à imaginer des hypothèses et à tenter de faire toute la lumière sur les mystères et autres phénomènes surnaturels dont ils ont des échos. Néanmoins, au fil des pages, on se rend compte que les apparences sont bien souvent trompeuses et que nos enquêteurs ont une légère tendance à se laisser déborder par leur imagination !

En plus d’être rythmée et colorée, cette BD ne manquera pas de faire sourire les jeunes et moins jeunes lecteurs, notamment en raison des retournements de situation bien trouvés et diablement amusants. Je ne doute pas que les enfants se régalent des aventures des protagonistes et qu’ils apprécient de mener les enquêtes à leurs côtés. Pour ma part, j’ai adoré me laisser emporter par l’imagination contagieuse et débordante d’Isidore, de Jules et de Lola, trois jeunes enquêteurs pleins d’enthousiasme et liés par une belle amitié. Peut-être que nous avons là de futurs Sherlock Holmes ! Après tout, ils ont déjà le goût du mystère et la loupe…


  • Le mystère de Pouleville d‘Albert Arrayas (Éditions Crackboom !) : je remercie la maison d’édition et NetGalley pour cette lecture.

Couverture Le mystère de Pouleville

Je suis complètement fan de la couverture et du titre qui ne manquent pas d’humour ! Des poules qui vivent comme des coqs en pâte, vous y croyez vous ? Pourtant, c’est bien ce qui se passe à Pouleville, un village où les poules sont mieux traitées que le plus choyé des animaux de compagnie. Pour preuve, elles ont droit à leur propre peignoir quand elles sortent de leur bain. Si ce n’est pas poulettement sympa ça. Mais Pouleville est surtout connu pour son célèbre concours de la Plume d’Or qui récompense chaque année la meilleure poule de l’année. Un sacre très important dans la vie d’une poule.

Malheureusement, l’excitation du concours est quelque peu gâchée quand quelques jours avant qu’il ne démarre, des poules commencent à disparaître de leur chambre en pleine nuit. Et ni les indices relevés ni la surveillance des villageois ne permettent de mettre la main sur le ou la coupable. Il n’en faudra pas plus pour que la sorcière du village décide de mettre au point un plan pour faire toute la lumière sur cette histoire, et permettre à chaque poule de retrouver une certaine tranquillité d’esprit….

Mais cela sera-t-il suffisant pour résoudre le mystère de Pouleville ? Pour le savoir, il vous faudra dévorer cet album jeunesse plein d’humour sans oublier, au passage, de mener votre propre enquête et d’élaborer vos propres hypothèses en vous appuyant sur les indices laissés par le ou la coupable. Mais prenez garde, les apparences sont parfois trompeuses ! Pour ma part, je reconnais m’être laissée complètement surprendre par la fin que j’ai trouvée des plus savoureuses.

Dans tous les cas, j’ai adoré le ton de l’ouvrage, le focus sur un animal que j’aime beaucoup et une enquête pleine de charme qui rappelle que tout ce qui brille n’est pas d’or, et que certains sont prêts à beaucoup pour atteindre leur objectif. Les illustrations colorées et pleines de douceur contribuent également au plaisir que l’on prend à s’immerger à Pouleville.

En bref, si vous aimez les poules, les enquêtes et être surpris, Le mystère de Pouleville est fait pour vous.

Et vous, connaissez-vous ces livres ?
Vous tentent-ils ?

 

En Arden, Mathilde Hug

En arden par Hug

Une compagnie de théâtre monte Macbeth, la police blesse à mort un jeune garçon et des émeutes éclatent dans Paris. Alors que son couple bat violemment de l’aile, Julie lit Shakespeare, se languit de son amant et retrouve son amie Sophia en soirée. Privé et politique sont les deux faces de la même pièce, en constante correspondance ; ils font d’En Arden le tiers lieu au sein duquel Julie, héroïne toute contemporaine, joue les équilibristes.
Mathilde Hug compose ici un premier grand roman féministe, dans lequel elle réussit à harmoniser le tragique propre à l’époque, les outrances médiatiques, les élans du désir, l’onirisme des parrainages littéraires avec les drames de l’intime.

Gorge Bleu – 252 pages – Broché (17€)
Illustration de couverture : Christelle Diale

AVIS

J’ai tout de suite été séduite par la couverture poétique et onirique qui laissait présager un texte tout en délicatesse.

Et c’est exactement ce que j’ai trouvé dans ce roman, du moins dans la forme, puisque le fond se concentre sur des thématiques sociétales fortes et importantes. Ainsi, les nombreuses références littéraires et les pensées et états d’âme de Julie mettent en lumière une actualité brûlante et des schémas de pensées archaïques, certaines issues du colonialisme et du patriarcat. Des pensées délétères et des préjugés qui égratignent chaque jour un peu plus le vivre-ensemble et menace d’imploser à chaque moment. C’est d’ailleurs dans un certain climat de tension que nous évoluons, des échauffourées ayant éclaté après l’interpellation d’un lycéen qui a mal tourné. Un drame qui ne sera pas sans faire écho à d’autres, ceux-là bien réels…

Si Julie nous semble évoluer dans son monde intérieur, elle se prend la réalité en pleine face : son couple est une vaste fumisterie, les sourires sont parfois un moyen détourné d’obtenir ce que l’on souhaite, le monde est injuste, le sexisme et le harcèlement de rue, une réalité, et la France pas forcément ce pays de tolérance qu’il se targue d’être. Mais alors qu’elle s’informe, s’indigne et essaie de comprendre, son compagnon se contente d’un cynisme propre à une certaine élite intellectuelle qui semble parfois déconnectée des drames du quotidien, préférant s’enfermer dans des idées et postures bien plus confortables. Mais jusqu’à quand peut-on faire la sourde oreille et rester en retrait du monde ? Jusqu’à quand peut-on prétendre ignorer que la politique d’intégration défendue par le modèle républicain français se soit transformée, au fil du temps, en une injonction à subir la discrimination en silence ? Comment peut-on laisser le racisme gangréner les esprits et les injustices durablement s’établir ?

La dénonciation du racisme et de l’hypocrisie autour de la question tient une place importante dans le roman, mais l’autrice évoque également les discriminations envers les femmes, mais surtout le rôle et la place que la société leur a assignés. Injonctions à se taire, injonctions à paraître, injonctions à enfanter, mais pas à explorer sa sexualité sous le prisme du plaisir… Difficile de dire les femmes libres ! N’oublions pas non plus la manière dont leur présence dans la rue est bafouée et soumise aux regards des hommes qui se sont approprié l’espace public : sifflement, insultes, regards salaces, frottements… Quand on est une femme, et quoi qu’on puisse faire, on est certaine d’y être confrontée à un moment de sa vie, plus probablement tout au long de sa vie.

Mais, peut-être pire, cette oppression et étouffante domination ne se limitent pas à la rue. Combien de femmes n’ont-elles pas pu ou osé dire non à leur compagnon, petit ami ou mari ? Combien doivent encore subir le mépris quotidien et ces petites phrases destinées à les remettre à leur place ? Combien se sont laissées prendre dans les filets d’un manipulateur ?

En parallèle de ces thématiques, on suit les coulisses d’une pièce de théâtre que tente de mettre en scène Thomas, avec l’aide de Julie. Mais entre les doutes personnels de l’homme, ses propres barrières mentales et les conflits entre les acteurs, la situation est loin d’être reposante. Cet interlude dans le monde du spectacle avec son aura toute shakespearienne m’a bien plu et offre une vision réaliste, et non idéaliste, du processus créatif et de ses difficultés… J’ai également apprécié la subtilité avec laquelle théâtre au sens strict du terme et théâtre de vie se fondent dans une mélopée grinçante.

Si l’écriture est puissante, poétique et belle à la fois et les différentes thématiques intéressantes, notamment par toutes ces réflexions et prises de conscience qu’elles suscitent, du racisme à la « puissance du masculin » en passant par tous ces doutes qui forment les personnalités, ce texte pourra surprendre. Car, du moins pour moi, on est bien plus à la croisée de l’essai et du roman que de la pure œuvre de divertissement. Un mélange audacieux, très bien amené, et plutôt percutant, qui a bien fonctionné sur moi, mais qui ne convaincra pas forcément les lecteurs en quête d’une simple histoire, et non d’une œuvre mêlant avec un certain sens de l’à-propos trajectoire individuelle et débâcle collective.

En conclusion, En Arden fait partie de ces textes forts, portés par une belle et délicate plume, qui bousculent les certitudes et poussent les lecteurs à s’interroger sur leurs propres croyances et le miroir déformant à travers lequel ils en sont venus à les façonner. Engagé, et par certains aspects militant, voici un ouvrage qui ne laissera personne indifférent, et dont la puissance réside, entre autres, dans la manière dont il fait le parallèle entre littérature, crises existentielles et drames actuels.

« J’écoute le bruit qui gonfle, qui ondule, qui se retire et qui revient, tapageur, violent. « 

Je remercie Babelio, Mathilde Hug et les éditions Gorge Bleu pour m’avoir envoyé ce livre en échange de mon avis.

Pas de trois, Gwladys Viscardi

Pas de trois par Viscardi

En fuite après avoir commis l’irréparable, la belle Emma, égarée, épuisée, finit par trouver refuge au sein de bois inconnus, où les ondes paisibles du lac et les lentes allées et venues des cygnes ne suffisent à adoucir la perte de sa vie passée.

Le Prince Rawdon, vain et solitaire, rencontre la jeune femme lors d’une partie de chasse et tombe immédiatement sous son charme.

Mais dans la forêt, le danger rôde. L’enchanteur qui y a élu sa demeure, perçoit Emma comme une menace à de secrets desseins et, furieux, jette sur elle une cruelle malédiction. Cygne le jour, humaine la nuit, projetée au sein d’enjeux qui la dépassent, tout salut semble impossible, si ce n’est la mystérieuse, ténébreuse, et non moins inquiétante Eva.

Et si la fille de l’enchanteur pouvait se révéler une alliée inattendue ?

Books on Demand (27 octobre 2019) – 396 pages – Papier (13,99€) – Ebook (3.99€)

AVIS

Une plume délicate et poétique au service d’un univers enchanteur ! 

Nul besoin de vous dire que j’ai complètement craqué devant la couverture que je trouve aussi enchanteresse et mystérieuse que sublime. Elle est d’ailleurs à l’image de la plume de l’autrice qui m’a subjuguée par l’élégance et la finesse avec laquelle elle nous plonge dans cette réécriture du Lac des cygnes. N’ayant jamais eu la chance de voir ce ballet, je ne me prononcerai pas sur le degré de liberté pris, mais ce qui est certain, c’est que l’autrice a réussi à retranscrire toute l’idée de mouvement et de poésie que l’on est en droit d’attendre d’une telle œuvre.

Cela se ressent dans le choix des mots et la beauté de longues phrases qui prennent le temps de s’écouler au rythme des sentiments et des espoirs des personnages. Et puis, il y a cette manière dont l’autrice exalte nos sens et plus particulièrement la vue, sa plume étant indéniablement visuelle et immersive. Page après page, on s’imprègne de l’atmosphère des bois, de l’ambiance de suspicion, la forêt étant habitée par d’innombrables espions à bec et à plumes, de l’aura de danger, mais aussi d’espoir qui entoure nos protagonistes.

Un ballet fascinant prend ainsi vie sous nos yeux à condition d’apprécier les plumes poétiques et les romans d’ambiance dans lesquels chaque chapitre ne donne pas lieu à un rebondissement. Pour ma part, c’est quelque chose que j’ai adoré, mais j’ai conscience que ce qui fait le charme du roman pour moi pourra donner à d’autres un certain sentiment de lenteur et de langueur. Ne vous attendez donc pas à une histoire menée tambour battant, mais plutôt à une histoire qui prend le temps de se dévoiler à nous dans toute sa complexité et sa splendeur. Les enjeux et les ressorts dramatiques se dévoilent ainsi avec subtilité au fil de la lecture.

Deux jeunes femmes fortes et courageuses…

M’attendant à une narration alternée traditionnelle, j’ai quelque peu été déroutée par le découpage en trois parties du roman, chacune consacrée à l’un des trois protagonistes. Si cela manque peut-être de liant, ce découpage nous permet néanmoins d’appréhender avec une certaine acuité les différents enjeux de l’intrigue selon la perspective de chacun. À cet égard, je dois avouer avoir largement préféré la partie consacrée à Eva, le personnage, du moins pour moi, dont la psychologie est la plus fine, aboutie et complexe.

Cette jeune femme vit depuis toujours sous le joug d’un père malfaisant, violent et haineux qui utilise sa magie pour la contraindre elle, mais aussi tous ceux qui ont eu le malheur de croiser sa route. Année après année, il n’a ainsi pas hésité à transformer des êtres humains en une armée d’oiseaux obéissants et menaçants. Une méchanceté à laquelle n’a pas échappé Emma, une jeune femme de bonne naissance qui, après un crime de légitime défense, a dû fuir amis, famille et maisonnée avant de trouver refuge dans, malheureusement pour elle, la forêt de cet ignoble enchanteur.

En quittant une vie de confort afin d’éviter la mort, la douce et belle Emma n’aurait jamais pensé devoir affronter le courroux d’un enchanteur peu enclin à laisser ses plans machiavéliques menacés par l’arrivée d’une péronnelle. Ne pouvant l’occire sans en subir les conséquences, il lui lance un enchantement aussi pernicieux qu’effroyable : le jour, la belle se transformera en cygne ! Cela, suffira-t-il à l’éloigner durablement du Prince Rawdon, rencontré fortuitement, ou la jeune femme, avec l’aide inespérée d’Eva, pourra-t-elle trouver un moyen d’obtenir du prince ce salut tant espéré ?

… pour un conte qui bouleverse avec brio et subtilité les codes du genre !

Cette réécriture du célèbre ballet Le Lac des cygnes m’a très agréablement surprise, l’autrice n’hésitant pas à casser les codes des contes traditionnels dans lesquels les princes sont tout-puissants, et les princesses magnifiées dans leur impuissance. Ici, le prince nous apparaît presque faire de la figuration quand Emma et Eva prennent leur vie à bras-le-corps, se rebellent, luttent, trébuchent avant de se relever la tête haute et la tête emplie d’idées de liberté ! Chacune à leur manière, elles sont fortes et refusent de courber l’échine devant l’adversité et les épreuves qui ne manqueront pas de croiser leur route.

Rien ne les prédisposait à se rencontrer et pourtant, les deux jeunes femmes semblent être faites pour être complices, unies par ce même souhait d’émancipation. Un souhait qui m’a semblé être au cœur du récit : l’une souhaitant se libérer d’un père et d’une forêt aux limites infranchissables, l’autre des carcans de la société et du « sois belle et tais-toi » dans laquelle elle a été élevée. Si je n’ai guère été étonnée du courage d’Eva qui, élevée sans tendresse ni amour, a appris dès son plus jeune âge la force de la débrouillardise et l’importance d’être maître de son destin, Emma m’a surprise. Choyée depuis toujours, on aurait pu craindre qu’elle s’effondre devant le destin qui semble s’acharner sur elle quand elle nous prouve qu’être belle ne signifie pas être dépourvue de caractère, de pugnacité, de courage et d’audace ! La jeune femme, loin de s’effondrer, se révèle dans l’adversité.

En plus du travail effectué sur la psychologie des deux jeunes femmes, j’ai apprécié la manière dont l’autrice a pensé le duo et son évolution. Alors qu’en début de roman, Eva nous apparaît presque inquiétante, que ce soit en raison du noir qu’elle porte ou des secrets qu’elle refuse de dévoiler, elle finit par gagner le cœur des lecteurs, mais pas seulement. De fil en aiguille, la relation entre les deux jeunes filles change de nature, se renforce jusqu’à prendre une tournure que je trouve magnifiquement amenée. Il y a ainsi beaucoup de tendresse et de poésie dans la relation entre Eva et Emma, chacune exprimant ses émotions et sentiments avec une retenue teintée d’espoir et de craintes face à un avenir qui s’annonce compliqué…

Un prince sauveur ou troisième roue du carrosse ?

Quant au prince, s’il nous offre d’abord l’image d’un bellâtre superficiel et inconstant intéressé seulement par la chasse, le portrait finit par nous sembler quelque peu injuste et réducteur. En suivant son point de vue, on comprend que la chasse est pour lui un exutoire à sa frustration et qu’il n’est pas plus libre de ses choix que nos deux jeunes femmes, sa prison étant seulement d’une autre nature. On apprend donc à connaître les tours et contours d’une vie rythmée par les obligations royales, l’espoir d’obtenir auprès de la reine des fées un remède à la maladie d’un père qui ne semble guère lui faire confiance, et ses rêveries au sujet d’Emma. Une jeune femme qui, malgré les doutes qu’il a à son sujet, a réussi à capter son attention et à lui donner des envies de noces…

Plus complexe qu’il n’y paraît sans être d’une profondeur abyssale, Rawdon ne vole néanmoins pas la vedette à Emma et Eva, nous apparaissent plutôt comme un rouage nécessaire à leur desiderata de liberté. J’ai, en outre, apprécié la manière dont l’autrice utilise ce personnage pour nous pousser avec subtilité à réfléchir aux archétypes des princes dans les contes et autres histoires de princesse. Ainsi, quand on loue la bravoure des princes, on occulte que leur motivation n’est point la noblesse ou une quelconque grandeur d’âme, mais bien la beauté de leur demoiselle en détresse et la volonté de prouver leur bravoure… Un schéma auquel ne déroge pas Rawdon même si au fil du livre, on finit par ressentir une certaine pitié pour ce jeune homme qui n’aspire qu’à prouver sa valeur à un père qui semble bien plus prompt à le dédaigner qu’à le soutenir et à l’encourager.

Quand l’ennemi se conjugue également au féminin…

Au-delà du trio, j’ai également apprécié l’aura de mystère et de danger entourant l’enchanteur bien que j’aurais peut-être apprécié d’en apprendre un peu plus sur ce dernier, d’autant qu’il m’a semblé quelque peu caricatural par rapport aux autres personnages. La manière dont l’intrigue autour de cet affreux personnage est résolue m’a, en outre, paru un peu précipitée. En revanche, la reine des fées nous apparaît plus nuancée avec cette impression que cette alliée d’aujourd’hui pourrait faire le redoutable ennemi de demain. Puissante et intelligente, elle semble, en effet, tisser sa toile autour du prince sans que ce dernier ne s’en rende compte. Il faut dire qu’il est bien plus doué à la chasse que sur le terrain politique qui nécessite une subtilité et une certaine capacité à toujours avoir un pion d’avance, dont il semble complètement dépourvu… Je suis vraiment curieuse de découvrir comment les choses vont évoluer dans le deuxième tome, en croisant les doigts pour que notre beau prince gagne en perspicacité.

En conclusion, j’ai trouvé un petit côté révolutionnaire, voire féministe, à ce conte qui nous montre comment deux jeunes femmes, contraintes par les hommes et la société, vont tout faire pour gagner leur liberté, une liberté à laquelle aspire également un prince. Cette magnifique réécriture du célèbre ballet Le Lac des cygnes tout en poésie ravira les amateurs de belles plumes qui savent retranscrire, grâce à la beauté et le choix des mots, l’essence d’une histoire empreinte de magie, de mystère, de danger, d’espoir et d’illusions. Un roman à l’ambiance délicate, enchanteresse et envoûtante que je ne peux que vous recommander si vous appréciez les histoires immersives dont l’intérêt réside autant dans l’atmosphère que l’intrigue et les personnages.

Pourquoi les filles ont mal au ventre ? Lucile de Pesloüan, Geneviève Darling (illustratrice)

Pourquoi les filles ont mal au ventre ? est un manifeste féministe qui dénonce les malaises que ressentent les femmes, de l’enfance à l’âge adulte, dans une société qui ne les ménage pas. Lucile de Pesloüan a écrit ce texte sous forme de fanzine en 2014. Plusieurs centaines d’exemplaires vendus plus tard, l’ouvrage est édité en livre illustré avec un texte enrichi, appuyé par des illustrations réalistes et percutantes de Geneviève Darling. Pourquoi les filles ont mal au ventre ? invite les adolescents à se questionner sur les situations de sexisme que les filles vivent au quotidien. Le livre sensibilise aux inégalités que subissent les femmes dans le monde, ici ou ailleurs avec des illustrations sans tabou, qui racontent une réalité complexe et hétérogène

Isatis Canada (5 septembre 2017) – 16 € – Illustrations : Geneviève Darling

AVIS

Je tiens à remercier Le petit rat de bibliothèque grâce à qui j’ai découvert cet ouvrage que j’ai dévoré et beaucoup apprécié.

L’autrice dénonce tout ce qui fait que, de par le monde, les femmes se sentent oppressées et sur le fil du rasoir, en plus d’être constamment sujettes à des injustices : violences physiques et morales (viols, excision, mariages forcés..), harcèlement de rue, pression sociétale sur le corps de chaque femme dès son plus jeune âge, obligation de correspondre à ce que les hommes attendent d’une femme, sexisme constant et ordinaire, différence de salaire, charge mentale, dangers d’être une femme bisexuelle, trans, queer, racisée…

Évidemment en fonction de votre vécu et de vos conditions de vie, certaines planches vous parleront plus que d’autres, mais toutes ne devraient pas manquer de vous toucher (a fortiori si vous êtes une femme), de vous heurter, de vous révolter et de vous faire réaliser à quel point la société doit changer pour que chaque femme puisse enfin se sentir en sécurité et ne plus devoir se plier à la volonté des hommes.

Informatif et simple d’accès, Pourquoi les filles ont mal au ventre ? est le genre d’ouvrages que chaque homme devrait lire parce que si certains ne se préoccupent pas et ne se préoccuperont jamais de la condition des femmes, d’autres, plus ouverts à la question, pourraient faire des découvertes et remettre en question certains comportements et croyances tout en réalisant les difficultés d’être une femme à l’heure actuelle. 

L’album, en plus d’être vif et percutant, réussit à dénoncer sans invectiver, un petit exploit en soi dont j’aurais bien été incapable devant toutes les injustices mises en images. Pour ce faire, l’autrice se contente d’établir des faits, ce qui permet d’ouvrir le dialogue, mais qui ne permet pas d’approfondir les choses. Un point qui m’a un peu frustrée bien que je comprenne qu’ici l’idée est bien plus de susciter une prise de conscience collective et d’ouvrir la réflexion que de se lancer dans une étude sociologique autour des femmes et des violences dont elles sont victimes.

Quant aux illustrations, elles frappent par leur réalisme et toutes les émotions qu’elles véhiculent. J’ai apprécié une certaine sobriété, la seule excentricité étant le ton violet des dessins qui happe l’attention des lecteurs tout en leur laissant deviner la violence des différentes situations vécues par les femmes.

En fin d’ouvrage, un encart signale que ce livre, écrit et illustré par des femmes blanches, ne saurait représenter les expériences vécues par toutes les femmes, ce que j’ai trouvé important, la condition des femmes appartenant à une minorité étant encore plus difficile. Je retiendrai également l’appel à la solidarité féminine qui me semble être une condition sine qua non pour que la société évolue dans le bon sens…

En conclusion, Pourquoi les filles ont mal au ventre ? est un manifeste féministe accessible et remarquable qui pointe avec beaucoup d’acuité ce que signifie être une femme dans le monde actuel entre sexisme, oppressions et violences. Percutant, il offre également une bonne entrée en matière pour instaurer un changement et susciter un dialogue hommes/femmes permettant, espérons-le, de faire changer les choses…

Écoutez un extrait de l’ouvrage lu par l’autrice

 

Je refuse d’y penser, Lotta Elstad

Je refuse d'y penser par Elstad

Je remercie Babelio et les éditions Marabout, collection La Belle étoile, pour m’avoir permis de découvrir Je refuse d’y penser de Lotta Elstad.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Après un vol épouvantable qui s’est terminé par un atterrissage d’urgence à Sarajevo, Hedda Møller décide de rentrer à Oslo en bus. Elle voyage à travers une Europe en crise, dort dans des hôtels miteux et vit une aventure d’un soir avec un homme à Berlin qui ensuite ne cesse de lui envoyer des messages en MAJUSCULES. Une fois rentrée à Oslo, elle découvre qu’elle est enceinte. Cela devrait être un problème facile à résoudre, pense Hedda. Mais elle découvre que c’est bien plus compliqué qu’elle ne le pensait. Un style corrosif, une comédie féministe dans laquelle la grossesse non désirée d’une journaliste free lance prend une dimension politique.

AVIS

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en me lançant dans cette lecture et je dois dire que j’ai été séduite par le style très franc et direct de l’autrice. Elle nous plonge d’emblée dans la tête de son héroïne, Hedda Møller, une femme de caractère qui ne se laisse dicter sa conduite par personne et encore moins par les diktats de la société. Un point qui prend toute son importance si l’on considère que sa tentative d’escapade, qui s’est soldée par un atterrissage en urgence et un retour en Norvège avec les moyens du bord, lui a laissé un souvenir. Un de ceux dont Hedda se serait volontiers passée et qui se porte neuf mois.

Une situation financière précaire qui s’est aggravée suite à la perte de son unique contrat en tant que free-lance, une amitié érotique qu’elle aimerait transformer en une vraie relation, un potentiel père, Milo, qui n’est qu’un coup d’un soir rencontré sur Tinder… Avoir un enfant ne fait définitivement pas partie des plans de Hedda d’autant que chose encore plus importante, elle n’a aucune envie de pouponner ! Cela arrivera peut-être un jour ou jamais, peu importe, l’important étant que Hedda ne souhaite pas à cet instant devenir mère. À travers son héroïne, l’autrice aborde donc sans tabou ni jugement, et parfois de manière assez crue, la question de l’avortement.

Un droit qui, hélas, est loin d’être acquis de partout et qui tend à être remis en question ou menacé de durcissement comme va le découvrir à ses dépens notre héroïne. Alors qu’elle pensait que ce serait une formalité, la voilà à devoir se justifier pour faire valoir son simple droit à disposer de son corps et de sa vie comme elle le souhaite ! Une situation d’autant plus révoltante qu’elle traduit la réalité de nombreuses femmes à travers le monde…

Face à cette déconvenue, Hedda choisira la fuite en avant, reléguant la procédure dans un coin de sa tête… Si ce fœtus qu’elle rejette et qui grandit en elle occupe parfois ses pensées et ses cauchemars, notre héroïne va surtout se mettre à penser à tout et à rien, à toutes ces choses de son quotidien, à sa vie professionnelle et amoureuse auprès d’un sex-friend prompt à se lancer dans des discussions intellectuelles, beaucoup moins à s’engager, mais aussi à la société norvégienne, son évolution, la politique, l’Europe en crise… Des sujets divers et variés qui nous permettront de découvrir un peu mieux la Norvège, un pays qui fait face à ses propres défis, mais aussi à des problématiques similaires à celles rencontrées en France, voire dans une bonne partie de l’Europe : réduction des coûts et flexi-précarité, désengagement de l’État, financement des retraites, chômage, désœuvrement…

Le fait de nous balader dans la tête en ébullition de Hedda nous permet également de mieux s’approprier sa vie tout en gardant une certaine distance avec elle. Il faut dire que franche, cynique, capable d’une corrosive autodérision et d’un certain recul sur sa vie et les travers de la société, Hedda ne verse pas dans le sentimentalisme. Elle m’a d’ailleurs un peu fait penser à l’héroïne de la série Daria, une personnalité que l’on appréciera ou pas, mais qui pour ma part me plaît même si c’est vrai que j’aurais peut-être apprécié un peu plus de positivité de sa part.

La seule chose qui m’a gênée est la manière dont elle considère et traite Milo. Suite à l’insistance de ce dernier, elle a accepté de renouer avec lui non pas une relation amoureuse, mais une relation aux contours assez flous… Or rien dans ses propos ne laisse entrevoir qu’elle ne ressent pour lui autre chose qu’un vague agacement devant ses flots de paroles incessants, le jeune homme aimant se perdre dans ses plans abracadabrantesques pour gagner de l’argent, ses rêves et des considérations politiques parfois plus philosophiques.

Milo semble donc être juste au bon endroit au bon moment pour lui permettre de ne plus y penser… jusqu’à ce que la réalité reprenne ses droits et que Hedda doive affronter la situation. Si je n’ai pas forcément approuvé les moyens utilisés ni la manière dont elle a laissé traîner la situation, j’ai aussi compris que c’était pour elle une manière de reprendre le contrôle de sa vie et ne pas laisser d’illustres inconnus jauger et juger une décision qui lui revient de plein droit.

Quant à la plume de l’autrice, elle m’a un peu déstabilisée en début de roman, peut-être en raison de la structure de la langue norvégienne assez différente de la nôtre, mais j’ai très vite été conquise par la proximité qu’elle dégage. Le roman se lit donc très vite d’autant que l’écriture très orale apporte une certaine fluidité et musicalité au récit.

En conclusion, Je refuse d’y penser est un roman entraînant abordant le thème de l’avortement à travers une héroïne assez cynique, mais plutôt réaliste, sur l’état de sa vie et de la société dans laquelle elle évolue. Teinté de réflexions politiques et de ces paradoxes qui forgent une vie, voici le portrait sans concession d’une femme ancrée dans son époque et en phase avec ses convictions. Corrosif et atypique, un roman à ne pas manquer !

Retrouvez le roman sur le site des éditions Marabout.

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Throwback Thursday livresque #137 : sport

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Pour ce thème, j’ai hésité entre deux ouvrages avant d’opter pour un titre qui me sort quelque peu des mes habitudes de lecture : #MeFoot de Lucie Brasseur.

« L’événement est historique. Vingt-huit ans après sa création, la France accueille – enfin – pour la première fois, la Coupe du monde de football féminin.

Un an après le titre retentissant de la bande à Mbappé, l’occasion est inespérée de prendre la parole sur la place des femmes au sein du sport le plus populaire de la planète. Évidemment représentative de ce qu’il se passe dans le reste de la société.

Moins diffusées, (beaucoup) moins rémunérées, moins soutenues dès l’enfance, les footballeuses en particulier, mais de manière plus générale toutes les femmes, « ont trop souvent l’impression de s’incruster dans un monde qui ne veut pas d’elles » (Mélissa Plaza, ex internationale). Les lignes bougent, lentement. À quoi pouvons-nous croire ?

Un voyage exceptionnel au cœur du foot féminin pour que l’on arrête enfin de dire aux femmes qui elles doivent être.

#MeFoot, c’est l’extraordinaire road trip dans lequel Lucie Brasseur (romancière) et l’iconique Marinette Pichon (1ère footballeuse française professionnelle) se lancent à la veille de la 1ère Coupe du Monde de Foot Féminin. Écrit à la première personne du pluriel, comme un roman d’aventure, on rit, on pleure, on tremble, on s’émeut à la lecture de ces pages. 6 pays, 30 personnalités incontournables, un livre et un documentaire qui en finissent avec les clichés. »

Pourquoi ce choix ?

Je ne m’intéresse pas vraiment au football qu’il soit sur écran ou non… Et s’il peut m’arriver parfois d’aller voir un match de l’ASSE, c’est clairement plus pour l’ambiance du Chaudron et passer un bon moment entre amis que pour le match.

Toutefois quand Lucie Brasseur m’a proposé son ouvrage, j’ai accepté sa proposition appréciant que pour une fois, on aborde le thème du football du point de vue féminin. L’autrice, à travers différentes rencontres et voyages, fait un état des lieux des inégalités entre les hommes et les femmes qui existent dans le milieu tout en soulignant l’avancée des mentalités.

Avec ce livre, j’ai appris des choses édifiantes comme cette interdiction de jouer au football qui a pesé sur les femmes ou la difficulté pour ces dernières de se consacrer entièrement à leur carrière professionnelle… Alors si évidemment, l’enjeu n’est pas une rétribution égalitaire entre les hommes et les femmes, le football masculin générant des retombées financières bien plus importantes, il serait temps que l’on donne aux femmes les moyens nécessaires pour mener à bien leur passion et leur carrière. Cela passe autant par l’arrêt des préjugés stupides qui commencent dès la cour d’école que le matériel, des salaires réévalués, ou une meilleure couverture médiatique…

Pour en apprendre plus, je vous invite à découvrir mon avis sur #MeFoot.

Et vous, connaissez-vous ce livre ?
Quel titre auriez-vous choisi ?

Throwback Thursday Livresque #134 : rentrée

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Après une pause estivale bien méritée, Carole a relancé le Throwback Thursday Livresque avec comme thème de reprise : la rentrée.

Pour cette édition, j’ai eu envie de vous parler d’un roman jeunesse qui m’avait particulièrement plu : Salomé et les femmes de parole de Nathalie Charles.

Couverture Salomé et les femmes de parole

Salomé entre en 6e, dans un tout nouveau collège. Rêveuse, amoureuse des mots grâce à sa mère traductrice, inventrice d’interviews imaginaires, elle est qualifiée d’« intello » par certains. Timide, elle sait réagir face à l’injustice. Sa grande rivale en classe est Capucine, déléguée et initiatrice de rumeurs. Bientôt, Salomé relève un défi : proposer un nom pour le collège. À cette fin, elle doit être parrainée par un professeur et faire un exposé devant ses pairs pour les convaincre de voter en sa faveur. Capucine se lance aussi dans ce défi. Quel personne célèbre va choisir Salomé ? Dans ce collège, parmi tous ses camarades, saura-t-elle trouver sa place ?

Pourquoi ce choix ?

Ce roman s’est imposé à moi, car il évoque cette rentrée en 6ème qui a marqué et qui marquera encore des générations d’écoliers. Pas facile de quitter la cour de l’école pour intégrer celle des « grands » ! L’autrice retranscrit à merveille les peurs, les attentes, les amitiés, mais aussi les tensions et les rivalités…

Mais ce qui fait le charme de ce roman, c’est le personnage de Salomé qui, en tentant de mener à bien un projet, s’aperçoit de l’existence des inégalités hommes/femmes, ces dernières ayant légèrement tendance à se voir gommer de l’Histoire. Mais qu’à cela  ne tienne, à son petit niveau, elle est bien décidée à faire bouger les choses…

Si le roman vous intéresse, je vous invite à lire ma chronique dont voici la conclusion :

D’une plume simple mais très agréable, Nathalie Charles nous immerge dans la vie d’une jeune fille à laquelle il est bien difficile de ne pas s’attacher, et ceci quel que soit l’âge du lecteur. Entre l’entrée dans cette année de 6ème tellement redoutée, l’amitié, les rivalités, et une mission à laquelle elle se donne complètement, Salomé va vivre des moments forts qui la feront grandir, et lui prouveront l’importance de se battre pour ses valeurs… Voici une collégienne pleine de courage qui ne devrait pas manquer d’inspirer les enfants et leur donner envie de découvrir la suite de ses aventures.

Rendez-vous la semaine prochaine autour du thème fort prometteur des Contes & légendes !

Et vous, qu’auriez-vous choisi ?

#MeFoot, Lucie Brasseur

Je remercie Lucie Brasseur de m’avoir invitée à lire son dernier livre, #MeFoot.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

L’événement est historique. Vingt-huit ans après sa création, la France accueille – enfin – pour la première fois, la Coupe du monde de football féminin.

Un an après le titre retentissant de la bande à Mbappé, l’occasion est inespérée de prendre la parole sur la place des femmes au sein du sport le plus populaire de la planète. Évidemment représentative de ce qu’il se passe dans le reste de la société.

Moins diffusées, (beaucoup) moins rémunérées, moins soutenues dès l’enfance, les footballeuses en particulier, mais de manière plus générale toutes les femmes, « ont trop souvent l’impression de s’incruster dans un monde qui ne veut pas d’elles » (Mélissa Plaza, ex internationale). Les lignes bougent, lentement. À quoi pouvons-nous croire ?

Un voyage exceptionnel au cœur du foot féminin pour que l’on arrête enfin de dire aux femmes qui elles doivent être.

#MeFoot, c’est l’extraordinaire road trip dans lequel Lucie Brasseur (romancière) et l’iconique Marinette Pichon (1ère footballeuse française professionnelle) se lancent à la veille de la 1ère Coupe du Monde de Foot Féminin. Écrit à la première personne du pluriel, comme un roman d’aventure, on rit, on pleure, on tremble, on s’émeut à la lecture de ces pages. 6 pays, 30 personnalités incontournables, un livre et un documentaire qui en finissent avec les clichés.

Éditions du Rêve (13 juin 2019) – 192 pages – Broché (14,95€)

AVIS

Quand l’autrice m’a proposé son livre, j’ai un peu hésité puisque je ne suis pas très foot et que regarder le sport sur un écran m’ennuie prodigieusement que les joueurs soient masculins ou féminins. Au moins, pas de discrimination ! Ce qui est loin d’être le cas dans le milieu très masculin du foot comme le démontre avec un certain panache cet ouvrage.

C’est grâce à une remarque d’apparence naïve, mais parlante sur l’état des inégalités hommes/femmes, d’un petit bout de chou de 6 ans et demi que Lucie Brasseur s’est intéressée à la question du foot féminin et à la place de la femme dans cette pratique sportive. Elle s’est alors lancée dans une enquête d’envergure durant laquelle elle a rencontré et interrogé des professionnelles et professionnels du foot, des politiques, des universitaires… Tout autant de visions qui se croisent et s’entrecroisent dans un ballet de questions/réponses passionnant et rondement mené.

Dès le premier chapitre, les faits interpellent tellement ils surprennent et révoltent : comment est-on passé d’un premier quart de siècle où un match international féminin a enthousiasmé les foules à une interdiction pure et simple pour la gent féminine de tirer dans un ballon ? Les hommes auraient-ils eu peur que les femmes leur volent la vedette ? Une chose reste certaine, apprendre qu’en France, pendant des décennies, les femmes n’ont pas eu le droit de jouer au foot m’a plus que laissée sans voix !

Et ce n’était que le début de ma surprise puisqu’au fil des pages, on découvre dans le monde du sport, a fortiori du foot, un sexisme tellement courant qu’il en devient ordinaire : les différences physiques utilisées pour dénigrer, sous-estimer et exclure, des comportements infantilisants qu’aucun sportif masculin n’accepterait, des questions idiotes qui humilient et/ou décrédibilisent… Ce dernier point n’est hélas pas l’apanage du foot. Je me souviens ainsi d’une rencontre publique avec une autrice à laquelle l’auditoire n’a fait que poser des questions sur son mari : comment vit-il la renommée de sa femme ? Est-ce qu’il doit s’occuper des enfants ? Comment l’aide-t-il dans sa carrière ? Ne se sent-elle pas trop coupable de faire des séances de dédicace loin de son mari et de ses enfants ?… Je loue d’ailleurs la patience de l’autrice et sa gentillesse, mais je suis ressortie de la salle très en colère… Je ne peux donc que compatir avec toutes ces femmes, footballeuses ou non, qui sont victimes au quotidien d’un sexisme franc ou plus latent.

Grâce à l’enquête menée par l’autrice, j’ai découvert un autre point qui m’a, en tant que femme, chagrinée : quand les footballeurs gagnent des millions ou, pour les moins nantis, de quoi vivre très décemment leur vie, beaucoup de footballeuses n’ont pas cette chance. Il semble exister une réelle précarité dans le milieu du foot féminin qui pose une question sur la sécurisation des parcours professionnels et la pérennisation des carrières. Un point qu’il est d’autant plus nécessaire d’aborder que les jeunes générations de femmes qui sont prêtes à faire valoir leur talent sur le terrain semblent rêver d’une carrière à la Mbappé sans se rendre vraiment compte de la réalité actuelle du métier.

Mais avant d’avoir la chance de défendre les couleurs d’une équipe, il faut d’abord avoir la possibilité de jouer. Or, même si les préjugés tombent peu à peu, les femmes ne sont clairement pas toujours les bienvenues sur un terrain de foot comme en témoignent les obstacles rencontrés par les footballeuses interviewées. Il faut dire que la discrimination commence dès l’enfance avec le fameux « le foot, ce n’est pas pour les filles » ou son corollaire, « le foot, c’est pour les garçons ». Pas étonnant que les filles doivent alors se battre deux fois plus pour s’imposer et prouver leur valeur à des garçons qui ont, pour leur plus grand malheur, tendance à sous-estimer leurs adversaires quand une fille est présente dans une équipe…

Avec un titre qui n’est pas sans rappeler le fameux #MeToo lancé sur Twitter et un sujet aussi complexe et vaste que la place des femmes dans le foot, j’ai eu peur d’un livre ardu à lire et à décortiquer alors que je l’ai lu d’une traite sans aucune difficulté. Il n’est pas nécessaire d’être féru(e) de foot féminin ou incollable en matière de féminisme pour s’approprier cette lecture. Les citations en début de chapitre sont très inspirantes, les propos clairs et simples et toujours mesurés, les différentes notions abordées définies de manière précise et succincte, les témoignages pertinents et intéressants, les exemples édifiants… La comparaison du football féminin en France avec la situation dans d’autres pays, quant à elle, apporte une autre perspective très intéressante d’autant qu’elle casse certains préjugés et mythes.

Lucie Brasseur nous offre donc ici un livre documentaire dynamique et très accessible qui met en avant, avec beaucoup d’intelligence et de perspicacité, le lien entre discriminations des femmes dans la société et discriminations des femmes dans le foot. Et parce ce que le foot est le sport qui suscite le plus d’engouement dans le monde, on apprécie que les choses et les mentalités commencent progressivement à évoluer comme l’en attestent l’augmentation du nombre de licenciées, la création d’un maillot spécialement conçu pour les joueuses ou encore l’organisation, pour la première fois depuis sa création, de la Coupe du Monde de football féminin en France.

Des petits pas qui se traduisent dans les témoignages par un certain optimisme quant à l’avenir. Il ne nous reste donc qu’à tout faire pour qu’un jour, il ne soit plus question de foot féminin par opposition au foot masculin, mais de foot tout simplement. Et cela commence par offrir aux femmes des moyens matériels et financiers suffisants pour leur permettre, au même titre que les hommes, de se dévouer entièrement à leur carrière sportive. En attendant, je vous invite à découvrir cet ouvrage instructif et très bien construit avant de visionner le reportage dont j’attends avec curiosité la diffusion.

Retrouvez le livre sur le site des Éditions du rêve.

Salomé et les femmes de parole, Nathalie Charles

Couverture Salomé et les femmes de parole

Je remercie NetGalley et les éditions Rageot pour m’avoir permis de découvrir Salomé et les femmes de parole de Nathalie Charles.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Salomé entre en 6e, dans un tout nouveau collège. Rêveuse, amoureuse des mots grâce à sa mère traductrice, inventrice d’interviews imaginaires, elle est qualifiée d’« intello » par certains. Timide, elle sait réagir face à l’injustice. Sa grande rivale en classe est Capucine, déléguée et initiatrice de rumeurs. Bientôt, Salomé relève un défi : proposer un nom pour le collège. À cette fin, elle doit être parrainée par un professeur et faire un exposé devant ses pairs pour les convaincre de voter en sa faveur. Capucine se lance aussi dans ce défi. Quel personne célèbre va choisir Salomé ? Dans ce collège, parmi tous ses camarades, saura-t-elle trouver sa place ?

Rageot Éditeur (9 mai 2019) – 9/12 ans – Broché (12,90€) – Ebook (9,99€)

AVIS

Faire son entrée au collège, c’est toujours une grande étape dans la vie d’un enfant… Mais Salomé peut heureusement compter sur le soutien de sa meilleure amie, Emma, qu’elle aura d’ailleurs la chance de retrouver dans sa classe. Malgré cette bonne surprise, tout n’est pas rose au collège ! Entre les moqueries des autres élèves de sa classe, les rivalités et les injustices, Salomé aura de quoi occuper ses journées.

N’oublions pas non plus ce projet qui mobilisera une bonne partie des collégiens : la délicate tâche de trouver un nom à ce collège fraîchement sorti de terre. Alors que les esprits s’échauffent et que la compétition fait rage, Salomé est bien décidée à proposer le nom d’une personnalité qui a marqué les esprits, mais qu’on ne retrouve pas à chaque coin de rue… Et parce qu’une conversation avec sa cousine lui a permis d’ouvrir les yeux sur certaines inégalités, la collégienne désire honorer la mémoire d’une femme. Reste à choisir l’heureuse élue…

Il y a donc une touche de féminisme bienvenue dans cet ouvrage qui montre à quel point toutes ces femmes célèbres, qui ont pourtant contribué à façonner le monde d’aujourd’hui, sont peu représentées dans l’espace public. C’est donc avec plaisir que l’on suit Salomé dans sa recherche du nom idéal, celui d’une femme ordinaire qui a fait quelque chose d’extraordinaire. Je ne vous gâcherai pas la surprise, mais je dois dire que je trouve le choix de Salomé très bien trouvé, le combat de cette femme héroïque étant hélas toujours d’actualité…

Si cette question du futur nom de l’établissement scolaire et les tensions qu’elle fait émerger forment le fil conducteur du roman, Nathalie Charles évoque également d’autres thèmes qui ne manqueront pas de parler aux enfants : les peurs liées à un nouvel environnement et à de nouvelles habitudes, les moqueries des autres quand on a le malheur de ne pas entrer dans la norme, les complexes, les professeurs qui ne semblent pas toujours très justes, le manque de confiance en soi, mais aussi l’amitié, l’entraide, la nécessité de croire en ses rêves et d’affronter ses peurs, la famille…

Bien que mes années collège soient dorénavant loin derrière moi, les aventures de Salomé et de ses amis ont néanmoins fait remonter quelques souvenirs à la surface comme cette étiquette d’intello qu’on a tôt fait de vous coller à la peau… Mais contrairement à la collégienne timide que j’étais, Salomé a assez de caractère pour se défendre, et prouver à la peste de sa classe, la stupidité de ces étiquettes distribuées à l’emporte-pièce. Salomé m’a ainsi épatée par son intelligence, sa capacité d’adaptation et la force de ses convictions. Elle ne tombe jamais dans la provocation, mais va jusqu’au bout de ses idées, ce qui la rend aussi attachante qu’intéressante.

Cette force de caractère est encouragée par le cadre familial stable dans lequel évolue la jeune fille. Si je regrette parfois l’éviction des parents dans les livres jeunesse, l’autrice a brossé ici le portrait d’une famille unie et soudée avec une mère interprète occupée mais toujours à l’écoute, un père stressé mais impliqué dans l’éducation de ses enfants, un grand frère peu intéressé par l’effort intellectuel, et une grand-mère très jeune d’esprit aussi douée pour faire de bons petits gâteaux que donner de bons conseils… Un portrait familial touchant et réaliste qui nous donne l’impression d’entrer de plain-pied dans la vie de cette charmante famille qu’on a d’ailleurs bien du mal à quitter. 

En conclusion, d’une plume simple mais très agréable, Nathalie Charles nous immerge dans la vie d’une jeune fille à laquelle il est bien difficile de ne pas s’attacher, et ceci quel que soit l’âge du lecteur. Entre l’entrée dans cette année de 6ème tellement redoutée, l’amitié, les rivalités, et une mission à laquelle elle se donne complètement, Salomé va vivre des moments forts qui la feront grandir, et lui prouveront l’importance de se battre pour ses valeurs… Voici une collégienne pleine de courage qui ne devrait pas manquer d’inspirer les enfants et leur donner envie de découvrir la suite de ses aventures.

Découvrez un extrait du roman sur le site des éditions Rageot.

Throwback Thursday Livresque #18 : Girl power

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Organisé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème qu’elle aura au préalable défini.

Thème de la semaine : Girl Power (féminisme ou des romans avec un personnage principal féminin) proposé par La tête en Claire

girlpower

Je n’ai lu que très peu de choses sur le féminisme, à ma grande honte d’ailleurs… Néanmoins, à la lecture du thème, un livre s’est tout de suite imposé à mon esprit, l’excellent roman graphique Olympe de Gouges de Catel et Bocquet.

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Mariée et mère à 18 ans, veuve aussitôt après, Marie Gouze décide ensuite de vivre librement. Elle se fera désormais appeler Olympe de Gouges. Femme de lettres, fille des Lumières, libertine et républicaine, Olympe a côtoyé la plupart de ceux qui ont laissé leur nom dans les livres d’histoire au chapitre de la Révolution : Voltaire, Rousseau, Mirabeau, La Fayette, Benjamin Franklin, Philippe Egalité, Condorcet, Théroigne de Méricourt, Desmoulins, Marat, Robespierre…

En 1791, quand elle rédige la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe demande l’égalité entre les sexes et le droit de vote ; des propositions qui resteront révolutionnaires jusqu’au XXe siècle.

  • Pourquoi ce livre ? : j’avais emprunté cet ouvrage dans l’optique d’en apprendre plus sur cette femme forte à la personnalité hors norme, voire révolutionnaire, pour son époque. Si je connaissais sa célèbre Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, il me restait beaucoup à apprendre sur sa vie et sa lutte pour l’émancipation de la femme. Et cette œuvre graphique, plutôt imposante, a parfaitement rempli son rôle en retraçant l’histoire d’Olympe de Gouges de manière claire et passionnante. Si les graphismes ne m’ont pas forcément beaucoup plu, j’ai aimé la précision des informations données autant dans le scénario que dans les documents annexes. La vie d’Olympe de Gouges fut complexe et ce livre permet à chacun de mieux l’appréhender et de se rendre compte de l’apport de cette femme, éprise de justice et de liberté, dans notre propre histoire.
  • Pour qui ? : pour tout le monde, pour ceux qui aiment l’histoire et pour ceux qui souhaitent découvrir une figure de proue du féminisme.
  • Quand ? : à n’importe quel moment, il n’y a pas de moment idéal pour s’instruire. Néanmoins, la lecture étant dense, c’est plutôt un livre à parcourir l’esprit reposé, au calme.

Pour en apprendre plus sur ce roman graphique, voici une petite vidéo :

France TV Télévision propose également une petite vidéo plutôt intéressante sur Olympe de Gouges.

Et vous, connaissez-vous cet ouvrage ? Avez-vous un livre sur le féminisme à me conseiller ?