Toutes ces choses qu’on n’a jamais faites, Kristan Higgins

Je remercie les éditions HarperCollins pour m’avoir permis de découvrir Toutes ces choses qu’on n’a jamais faites de Kristan Higgins.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La personnalité n’est pas une question de poids.

Avant de mourir, la jeune Emerson, obèse morbide gravement malade, remet une enveloppe à ses deux meilleures amies Marley et Georgia, 34 ans, et leur fait promettre de suivre ses instructions. Elles découvrent qu’il s’agit de «  La liste de choses à faire quand elles seraient minces  », rédigée à 18 ans au camp d’amaigrissement où elles avaient formé leur trio.
Décidées à relever le défi lancé par leur défunte amie, les deux jeunes femmes vont devoir apprendre à surmonter leurs peurs et leurs complexes. Marley parviendra-t-elle à se délester de la culpabilité qui la ronge depuis la mort de sa sœur jumelle  ? Georgia saura-t-elle trouver les ressources pour s’opposer à sa famille qui ne cesse de la rabaisser  ? Munies de leur to-do list, elles sont prêtes à tout  oser  !

HarperCollins (2 mai 2019) – 528 pages – Broché (19,90€) – Ebook (12,99€)
Traduction : Alexandra Herscovici-Schiller

AVIS

Attirée par la promesse d’une lecture parfaite pour l’été, il n’y a qu’à voir ce jaune soleil pétant sur la couverture, j’ai lu avec plaisir cette comédie romantique aux allures de feel-good qui m’a permis de passer un très bon moment de lecture.

Centré autour de l’amitié et de cette difficulté à accepter son corps dans une société formatée et peu encline à tolérer la différence, a fortiori quand celle-ci saute aux yeux, ce récit est celui de trois amies dont le poids a trop longtemps dirigé leur vie. Il y a la regrettée Emerson que l’on apprend à connaître à travers des pages de son journal intime dans lequel elle s’adresse à une vision fantasmée d’elle-même, Marley, une cuisinière qui régale ses clients de ses petits plats livrés tout droit dans leur cuisine, et Georgia, une ancienne avocate bardée de diplômes qui a préféré tout plaquer, mari compris, pour se reconvertir en une maîtresse de maternelle très appréciée par les bambins.

Marley et Georgia accourent au chevet de leur amie Emerson qui a glissé, sans qu’elles ne s’en rendent compte, vers l’obésité morbide. Une situation qui ne se terminera hélas pas bien pour cette femme si gentille et ouverte d’esprit, mais qui marquera le début d’une nouvelle aventure pour ses deux meilleures amies. Marley et Georgia lui ont ainsi promis de cocher une à une les cases de cette « liste des choses à faire quand elles seraient minces« , rédigée lors de leur séjour dans un camp d’amaigrissement.

Chapitre après chapitre, on suit les deux trentenaires qui font de leur mieux pour tenir leur promesse : se faire offrir un verre par un bel inconnu, manger un dessert en public, s’habiller dans un magasin normal… Des petites choses anodines pour le commun des mortels, mais qui le sont beaucoup moins pour des personnes qui ont subi depuis des années le poids de la société, ces regards en biais, ces insultes méchantes et gratuites, ces piques sournoises, ces jugements de valeur sous fond de préjugés idiots, ces discriminations quotidiennes, ces violences médicales…

Le surpoids a donc impacté de manière plus ou moins importante et dramatique la vie des membres du trio même si Marley a appris à s’accepter et à ne pas chercher à tout prix à coller à l’image de la femme parfaite. Il faut dire qu’elle a la chance d’avoir grandi au sein d’une famille bienveillante et soudée qui l’a entourée d’amour depuis son enfance. Sportive (merci à l’autrice de casser le préjugé du gros allergique à l’effort physique), faisant un métier qu’elle adore, entourée de personnes adorables, Marley aimerait maintenant pouvoir goûter au bonheur d’une vie à deux avec un homme. Il y a bien le collègue pompier et beau gosse de son frère dont elle est terriblement amoureuse, mais les choses ne semblent pas avancer, leur relation se cantonnant à quelques rares incartades nocturnes…

Il va donc lui falloir se contenter de Will, un client peu causant, voire cassant, qui reste cloitré chez lui, comme seule présence masculine dans sa vie. Mais celui-ci est-il réellement antipathique ou, comme Marley, a-t-il ses propres blessures qu’il essaie, tant bien que mal, de surmonter ? Marley, toujours affectée par cette perte remontant à son enfance qui lui vrille parfois le cœur, pourrait trouver en Will bien plus qu’un client fidèle et taiseux… C’est un peu frustrant de ne pas pouvoir en dire plus, mais j’ai apprécié les thèmes abordés par l’autrice à travers ce personnage même s’il y a un événement qui m’a un peu moins convaincue, voire gênée, car les choses sont bien plus complexes que ce que l’autrice laisse entendre.

Georgia, quant à elle, a beaucoup plus de mal que Marley à faire table rase des blessures du passé et à accepter son corps qui s’est pourtant, au fil des années, nettement affiné au point de renouer avec les normes de la société. Entre vision déformée de son corps et troubles alimentaires, son rapport à la nourriture reste donc compliqué, ce qui n’est pas étonnant si l’on considère le comportement de sa mère qui ne la considère que sous le prisme de son tour de taille, et de son frère, un homme odieux ouvertement grossophobe. Il y a heureusement des personnes adorables dans sa famille comme son père et sa nouvelle famille, et surtout son neveu Mason, un adolescent assez solitaire, mais très touchant.

Si j’ai regretté le côté peut-être un peu trop caricatural de la mère et du frère, j’ai adoré Mason, sa gentillesse, son ouverture d’esprit, sa fragilité… Le neveu et la tante sont franchement attendrissants ! Cela demandera beaucoup de volonté, de force pour aller à l’encontre de certains schémas de pensées et de pensées limitantes, mais en s’entraidant avec bienveillance, Georgia et Mason arriveront, petit à petit, et main dans la main, à se réapproprier leur corps et leur vie.

Grâce à l’alternance des points de vue et la présence de nombreux dialogues, ce roman se lit très vite d’autant que l’écriture de l’autrice est simple et dynamique. Malgré la dureté de certains thèmes abordés (le deuil, les phobies, l’acceptation de soi, l’intolérance et la grossophobie, les troubles alimentaires, les conséquences d’une éducation défaillante, la difficulté de surmonter certains événements traumatiques…), le tout forme un roman empli de légèreté, de rires et de sourires, de beaux moments, d’émotions, d’espoir, d’amitié, d’amour, de gentillesse, de tendresse, de tolérance… De page en page, on suit avec un plaisir fou ces femmes qui se dévoilent dans toute leur simplicité et leur humanité. Elles ne sont pas exemptes de défauts tombant parfois à leur tour dans le jugement et les préjugés, mais elles sont touchantes, drôles, et pourraient être vous ou moi, votre meilleure amie, votre sœur, votre cousine…

Pour ma part, ancienne obèse, je n’ai pu que me reconnaître un peu dans Emerson, Georgia et Marley. J’ai parfois ressenti, dans le passé, les mêmes choses qu’elles, vécu des situations similaires et notamment certaines de ces humiliations dont le cœur, le corps et l’esprit gardent à jamais les traces. Mais plus que cette empathie pour les personnages, c’est le message de tolérance et d’acceptation de soi qui a rendu ma lecture si riche et intense. Un poids et une taille de vêtement ne définiront jamais une personne ni sa capacité à être heureuse. Une belle et brutale réalité qui finira par frapper Georgia de plein fouet et qui la poussera à tenter de renouer avec un pan, ou plutôt une personne de son passé, qui lui proposait ce qu’elle ne s’était jamais accordée, de l’amour.

En conclusion, si vous avez envie d’une comédie romantique portée par des protagonistes terriblement attachants qui, tout en parlant de sujets importants, arrive à porter un message de tolérance et à vous offrir un moment de lecture léger et agréable, ce roman est fait pour vous. Au programme, rires, amitié, amour, seconde chance et acceptation de soi !

Retrouvez le roman sur le site des éditions HarperCollins.

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L’industrie du bonheur, Mathilde Chabot

L'Industrie du bonheur par [Chabot, Mathilde]

Je remercie Mathilde Chabot de m’avoir permis de découvrir son très joli roman L’industrie du bonheur.

PRÉSENTATION AUTEURE

Catherine ne se résout pas à faire le même métier que tout le monde. Maïwenn souffre de maltraitances psychologiques. Lorsque le destin les fait se rencontrer, la première rêve de devenir raccommodeuse de sourire, alors que le sourire de la seconde est porté disparu. Cet heureux hasard prend place sous le toit d’un inventeur bariolé, ex-horloger – désormais praticien en bobologie et mauxrologie à ses heures –, et de sa femme, une écrivaine un peu particulière.

Auto-édition (18 mars 2019) – 220 pages – Broché ( 9,80€) – Ebook (2,99€)
Emprunt abonnement Kindle possible – Illustrations : Didier Chabot

AVIS

Après une superbe préface de Didier Chabot qui laisse entrevoir toute la beauté et la poésie de ce roman, on fait la connaissance de deux fillettes, Catherine Manon dont l’histoire derrière le nom et le prénom est très touchante, et Maïwenn. Malgré des vies très différentes et des personnalités diamétralement opposées, elles vont, grâce à leur rencontre avec un personnage haut en couleur, se lier d’amitié.

Mais avant d’en arriver à cette proximité, elles devront passer de l’enfance à la vie de jeune adulte, ce qui ne se fera pas sans heurt pour Maïwenn dont l’enfance est marquée par la violence. Alors que sa mère aurait dû lui offrir cet amour inconditionnel qui permet d’avancer avec sérénité dans la vie, elle va lui apporter haine, méchanceté, violence… Une maltraitance psychologique cruelle que l’on découvre grâce au carnet de la fillette qui couche sur le papier ce qu’elle n’arrive pas encore à exprimer à l’oral : la souffrance, l’angoisse, le mal-être, la peur…

Si Maïwenn enfant était isolée dans sa peine, Maïwenn jeune adulte pourra, quant à elle, compter sur le soutien de ces personnes au grand cœur que le destin va mettre sur son chemin : un ex-horloger, Stephen, sa femme, une écrivaine d’un genre spécial, et Catherine. Ces derniers lui offriront ce qu’elle n’a jamais eu, un foyer stable, doux, aimant, et respectueux de son individualité, qui la laisse avancer à son rythme et évacuer toutes ces larmes trop longtemps contenues. Forte d’un cadre de vie plus serein et chaleureux, Maïwenn trouvera alors dans l’écriture un moyen de panser les blessures du passé et de se reconstruire avant de s’épanouir.

Malgré le début de vie difficile de Maïwenn, le livre ne sombre jamais dans le pathos ni le larmoyant, bien au contraire. Dénué de ce ton dogmatique que l’on peut parfois reprocher au genre, ce roman a des airs de feel-good qui vous donne envie de vous raccrocher au positif, de voir le bonheur dans les petites choses de la vie et de sourire avec le cœur. Et ça, c’est indéniablement l’effet Stephen Skye, praticien en bobothérapie, mauxrologue et inventeur bariolé ! Son métier : apporter du bonheur aux personnes qui en ont besoin. Son arme : son écoute, sa bienveillance, et son imagination débordante de laquelle émergent des inventions quelque peu farfelues, mais merveilleusement efficaces. J’ai eu un véritable coup de cœur pour ce personnage atypique, chaleureux et plein d’humanité ainsi que pour sa femme qui, bien que plus discrète, possède une réelle capacité d’empathie… 

Ce « docteur » des âmes en peine et des cœurs cabossés ne pouvait qu’attirer l’attention de Catherine qui, depuis son enfance, refuse d’entrer dans les cases, et de choisir un métier non porteur de sens. Elle n’aspire qu’à rendre les gens heureux et à raccommoder les sourires. Mais dans un monde hyper-formaté où chacun doit entrer dans une case sous peine d’exclusion, sa volonté de s’engager dans l’industrie du bonheur ne suscite pas un grand enthousiasme… Mais peu importe à Catherine qui, du haut de ses 18 ans, sait ce qu’elle désire vraiment faire dans la vie et n’est pas prête à céder devant l’incompréhension de ses parents ou l’opprobre d’une société mercantile qui ne reconnaît l’épanouissement personnel que dans la consommation à outrance.

Avec un peu de débrouillardise et d’imagination, elle arrive donc à effectuer un stage chez Stephen où elle apprendra à observer, à écouter et à accompagner les personnes qui en ont besoin. Sympathique, optimiste, forte et déterminée, Catherine est un personnage attachant dont j’ai pris plaisir à suivre l’apprentissage chez Stephen, un homme qui a su remettre en question sa vie à un moment où elle ne lui convenait plus afin de trouver sa voie, celle qui le rendrait véritablement heureux.

J’aurais souhaité découvrir un peu plus d’inventions de notre très sympathique inventeur et m’émerveiller plus longuement devant son imagination, mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier cet ouvrage qui bénéficie d’ailleurs d’un très beau travail d’édition : une jolie couverture dont la douceur et les différents éléments reflètent parfaitement l’histoire, une couverture soft touch très agréable, des débuts de partie introduits par une citation et une illustration, des extraits de documents…

Mais la vraie richesse de ce roman réside dans les nombreuses et intenses émotions qu’il suscite ainsi que dans la très belle plume de l’autrice. Immersive et empreinte de poésie, elle possède une fluidité et une élégance qui poussent le lecteur à se laisser bercer par la musicalité des mots que l’on sent choisis avec soin. Si on ajoute à cela une narration alternée et dynamique entre le point de vue de Catherine et de Maïwenn qui, à mesure qu’elle reprend goût à la vie, arrive à faire entendre sa voix au-delà de ses écrits, on obtient un récit qui se lit tout seul ou presque.

On appréciera également les nombreuses thématiques abordées de manière simple, mais avec beaucoup de justesse et de sensibilité : les relations enfants/parents, le poids des mots sur les maux, la quête de sens et d’identité, la notion de bonheur, le deuil d’une relation espérée mais jamais nouée, la manipulation, la maltraitance infantile, la résilience…

En conclusion, à travers la rencontre entre un couple atypique au grand cœur, une battante refusant d’entrer dans ces cases qui rassurent, mais ne rendent pas heureux, et une jeune adulte meurtrie par une mère qui n’en porte que le nom, l’autrice nous offre une histoire pleine de sensibilité, d’émotions, d’humanisme, de bienveillance et de poésie… Un livre qui met du baume au cœur et à l’esprit et qui vous laisse cette impression que chacun d’entre nous devrait avoir la chance de rencontrer, au moins une fois dans sa vie, un inventeur bariolé praticien en bobologie et mauxrologie.

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Un amour de chat, Melinda Metz

Melinda Metz - Un amour de chat.

Je vous avais déjà présenté les premières lignes d’Un amour de chat de Melinda Metz, un roman qui me tentait énormément et que j’ai eu le plaisir de recevoir dans le cadre de mon partenariat avec les éditions l’Archipel.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Ils sont félins pour l’autre

Jane, 34 ans, a connu l’année de l’Homme égocentrique, l’année de l’Homme qui a oublié de dire qu’il était marié, l’année de l’Homme qui ne s’engage pas… Et combien d’autres déconvenues encore ?
Alors, c’est décidé : cette année sera la sienne ! Une parenthèse au cours de laquelle elle accomplira ses rêves – dès qu’elle les aura identifiés, bien sûr… Une année loin du lycée où elle enseignait l’histoire. Une année loin des hommes, surtout !
Mais MacGyver, son adorable chat, ne l’entend pas de cette oreille. Cupidon facétieux, il s’est fixé pour objectif de briser la solitude de Jane. Quitte à se muer en cha(t)pardeur


l’Archipel (mars 2019) – 336 pages – Broché (20€) – Epub (13,99€)
Traductrice : Catherine Duras

AVIS

Melinda Metz a été scénariste et cela se ressent dans la manière dont est orchestré ce récit qui ferait sans aucun doute des merveilles s’il était porté sur grand écran. Il faut dire qu’avec un personnage aussi truculent et haut en couleur que MacGyver, les spectateurs n’auraient pas d’autre choix que d’avaler leur pop-corn les yeux rivés à l’écran !

Dès les premières lignes, j’ai ainsi été séduite par le ton de l’histoire qui n’est pas dénuée d’humour et de légèreté. S’inspirant d’un fait réel qui m’avait d’ailleurs beaucoup amusée, l’autrice nous narre l’histoire d’un chat prénommé MacGyver qui est aussi débrouillard que son homonyme. Mac adore sa maîtresse Jane et s’est donné comme mission de la rendre heureuse en lui trouvant un compagnon de route afin de chasser ce sentiment de solitude qui l’anime. Et pour ce faire, vous verrez qu’il a plus d’un tour dans son sac ! Il n’hésitera pas, la nuit tombée, à quitter sa peau de chat d’appartement pour se muer en petit chapardeur, au plus grand désarroi de Jane…

Mais Mac a un grand cœur, et très vite, aider son humaine ne lui suffit plus. Il va se mettre en tête d’apporter du bonheur à tous ces humains qui sont bien incapables de deviner par eux-mêmes ce dont ils ont véritablement besoin. Usant et abusant de sa malice, de son flair hors pair, d’un certain culot, d’un sens aigu de la discrétion et de son intelligence à toute épreuve, il apportera ainsi, petit à petit, bonheur et lien social dans son quartier. Il met tellement de cœur et d’enthousiasme à rendre les gens heureux qu’on ne pourra que lui pardonner la méthode peu orthodoxe qu’il met en œuvre pour y arriver. Et puis comment résister à ce chat qui joue les gros durs, mais qui a un cœur en or ? Ne lui répétez pas, mais je le soupçonne même de ne pas autant détester ce « crétin » de chien qu’il s’amuse à provoquer et à embêter à la moindre occasion.

Aux côtés de ce chat qu’on ne peut qu’adorer et rêver d’adopter, l’autrice nous propose également une galerie de personnages attachants et tout aussi hauts en couleur. Parmi ceux-ci, il y a la voisine bohème que l’on apprécie pour la pointe d’excentricité et l’amitié qu’elle apporte à Jane, le couple de voisins âgés avec la femme autoritaire qui se révèle attentionnée bien que plutôt intrusive tout comme peut l’être son amie Helen, le voisin agaçant, mais pas méchant, qui sous prétexte d’avoir joué un détective à l’écran, se lance sur la piste du voleur qui sévit dans le voisinage…

Il n’y a pas à dire, Jane a bien fait de poser ses valises à Storybook Court, un lotissement plein de charme que ce soit grâce à ses habitants et à ses habitations atypiques ou l’atmosphère qui imprègne les rues. Et puis être domiciliée au 185 rue de la Pantoufle-de-Vair, ça en jette ! À l’inverse de Cendrillon, il n’y a pas de marâtre ni de sœurs détestables dans la vie de Jane, mais il se pourrait qu’un prince charmant, du nom de David, fasse son apparition… Touchant, sensible, gentil et drôle, cet homme plein de charme ne devrait pas laisser les lectrices et lecteurs indifférents d’autant qu’il y a une vraie alchimie entre lui et Jane. Mais la jeune femme est-elle prête à lui faire une place dans son « Année à moi » ? Cette année sabbatique durant laquelle elle est bien décidée à trouver sa voie, ce travail qui la rendrait heureuse et qui lui permettrait de s’épanouir. De la même manière, David, toujours affecté par le décès de sa femme, est-il prêt à laisser la place à une autre personne dans son cœur ?

Je vous laisserai bien sûr le plaisir de découvrir la réponse à ces questions par vous-mêmes, mais je peux vous dire que j’ai beaucoup aimé la manière dont l’autrice a construit et développé la relation entre les deux personnages. C’est fait avec réalisme, bienveillance, douceur, et humour. J’ai, en outre, apprécié que Jane et David ne soient pas obnubilés par la recherche de l’âme sœur, mais que ce soient les caprices du destin, et peut-être un peu ceux d’un certain chat, qui vont les pousser à s’interroger sur leurs sentiments… La seule chose qui m’a parfois légèrement exaspérée est l’insistance avec laquelle l’entourage plus ou moins proche de Jane et David va essayer de les caser. Ce n’est pas juste, mais quand c’est Mac qui joue les cupidons, on trouve tout de suite ça très mignon, mais quand ce sont deux voisines intrusives ou des amis qui semblent incapables de comprendre qu’il faille du temps pour surmonter un deuil, ça finit par exaspérer. Mais les personnages sont tellement attachants qu’on leur pardonne très vite…

L’histoire, construite avec intelligence et une certaine légèreté, a indéniablement des airs de feel-good, du genre à vous donner le sourire pour la journée, et l’envie de croire en la capacité de chacun à reprendre sa vie en main. Se dessine également une jolie réflexion sur la notion de bonheur, et de cette force qui vous pousse, matin après matin, à vous lever et à avancer dans la vie.

En conclusion, Un amour de chat est un joli roman qui met en scène des personnages attachants, réalistes et proches des lecteurs. Même MacGyver, ce super chat qu’on rêverait tous d’adopter, finit par sembler aussi réaliste que tous ces humains qu’il s’échine à rendre heureux malgré leur manque évident de bon sens et de flair. Romance ou feel-good, voire un peu des deux, voici un livre que je vais garder précautionneusement dans ma bibliothèque afin de le relire quand j’aurais besoin d’une bonne dose de soleil et de bonne humeur dans ma vie. Merci à toi MacGyver, chat du bonheur !

Découvrez un extrait du roman sur le site des éditions l’Archipel.

Alice au pays des casseroles, Maud Brunaud

Alice au pays des casseroles

Je remercie les éditions Marivole pour m’avoir permis de découvrir Alice au  pays des casseroles de Maud Brunaud.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Il était une fois… Moi ! Alice ! Jeune femme douce et timide dans la trentaine (on ne demande JAMAIS son âge exact à une femme ! ). Célibataire. 90/60/90 (enfin, à peu près… à la louche quoi ! à la bonne grosse louche ! ). De loin et sans lunettes, on me dit que je ressemble assez à Emily Blunt… Heureuse propriétaire d’un chien-saucisse et de deux perruches. Je demeure en pleine campagne berrichonne où je tiens le restaurant familial depuis que maman (contrainte et forcée) m’a passé la main. Je bous souvent intérieurement et je ne sais pas pourquoi je n’arrive jamais à me lâcher ! C’est un peu comme si le chanteur de Kiss était coincé dans le corps d’Edith Piaf ou comme si on voulait apprendre à mordre à un ours en peluche. Je ne suis donc ni une princesse de conte de fées ni une icône mode du XXIe siècle à la Kim Kardashian, vous l’aurez peut-être remarqué… Ainsi, commence  » l’histoire de ma vie  » ! Jusqu’ici, je me suis toujours évertuée à ne pas me montrer trop gourmande et j’ai goûté, avec parcimonie, aux plaisirs de la vie. Mais, un jour, mon petit château de convenances et de solitudes s’est envolé aux quatre vents… tout ça à cause d’un food-truck installé devant ma porte et de son séduisant propriétaire !

  • Broché: 214 pages
  • Editeur : Marivole Editions (27 septembre 2018)
  • Collection : Gossip de campagne
  • Prix : 18.90€
  • Autre format : ebook (7.49€)

AVIS

Si vous me lisez régulièrement, vous devez connaître mon amour pour Alice au pays des merveilles et son univers si particulier. Vous ne serez donc pas étonnés si je vous confesse avoir tout de suite été attirée par le titre de ce roman et sa sublime couverture.  Bien que l’histoire n’ait rien à voir avec celle de Lewis Carroll comme la lecture du résumé le laisse présager, j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman qui nous prouve qu’il peut y avoir de la bonne chick lit française.

Aux commandes, avec sa maman, d’un restaurant familial dans le Berry, Alice est une cuisinière qui, disons-le clairement, s’ennuie que ce soit derrière ses fourneaux ou dans sa vie en général. Il faut dire que sous le joug d’une mère autoritaire qui régente plus ou moins sa vie, Alice a peu de marge de manœuvre pour exprimer sa propre personnalité. À cela s’ajoutent des problèmes financiers, le chiffre d’affaires du restaurant n’étant pas au beau fixe. Une situation qui n’est pas prête de s’arranger, un food-truck et son beau mais exaspérant propriétaire, Gabriel, venant de s’installer devant sa porte !

Le livre est relativement court (215 pages), l’autrice ne nous noie donc pas sous une avalanche de détails et attaque son récit dès les premières pages. Un bon point puisqu’on se prend d’intérêt immédiatement, ou presque, pour Alice qui se révèle aussi attachante qu’agaçante. Alice, c’est un peu la copine rigolote qui n’est pas contente de sa vie, qui se laisse marcher sur les pieds, mais qu’on a envie d’aider et de réconforter. Et cela est dû en grande partie par le sentiment de proximité que l’autrice a su naturellement créer, on se sent proche de son héroïne alors qu’on vient juste de la rencontrer. On est donc content de la voir évoluer au fur et à mesure de l’intrigue : elle ne devient pas superwoman d’un coup et ses réactions sont parfois contestables, mais elle prend confiance en elle et en ses talents de cuisinière.

Autour de cette héroïne simple et attachante, évolue une galerie de personnages intéressante et plutôt variée, certaines personnes prenant plus d’importance que d’autres. Il y a Constance, la mère d’Alice, qui se montre en début de roman assez acariâtre, mais qui finalement, devrait vous réserver quelques surprises. La relation entre la mère et la fille est faite de non-dits, de moments de complicité ratés, mais elle se révèle plus complexe et touchante qu’aux premiers abords. L’arrivée de Geoffrette et de Max, son fils, apporte une touche non négligeable de douceur dans la vie d’Alice. Si j’ai trouvé la présence de Geoffrette presque superflue, du moins pas assez exploitée, j’ai juste adoré le personnage de Max. Cet enfant est un amour et d’une intelligence de cœur qui le rend très très attachant et amusant. C’est mon personnage coup de cœur ! D’ailleurs, Lump, la chienne d’Alice, partage mon avis puisqu’elle a très vite adopté cet enfant dont la « sagesse » dépasse parfois celle des adultes du roman. Georges, un ami d’Alice et de Constance, est également très attachant, son dévouement à la mère et à la fille étant total.

Mais la personne qui va prendre le plus de place dans la vie d’Alice, à son corps défendant, est le beau Gabriel. En général, les romances me laissent de marbre, mais j’ai beaucoup aimé celle entre les deux personnages, car elle est construite avec intelligence et sans mièvrerie. Gabriel tombe très vite sous le charme de cette cuisinière qui ne semble pas partager ses sentiments comme l’en attestent les éclairs qu’elle lui lance à chaque regard. Vous me direz, pour une cuisinière, cela aurait pu être bon signe…  L’autrice a donc eu la bonne idée de nous proposer un personnage féminin qui ne tombe pas tout de suite amoureux du beau gosse de service. Cette réticence à laisser entrer une personne dans sa vie apporte un certain piquant à l’intrigue, Alice pouvant faire preuve d’un sacré caractère quand elle le décide. Le pauvre Gabriel en fera d’ailleurs les frais.

Mais ce qui est le plus intéressant dans le fait qu’Alice ne saute pas dans les bras de son « concurrent » tout de suite, c’est que cela est cohérent avec la situation difficile qu’elle traverse, son restaurant battant de l’aile. Elle va donc essayer de faire taire ses sentiments naissants, chose peu aisée devant la présence rassurante et patiente de Gabriel… Je lis peu de romance et je n’adhère pas à celles en vogue actuellement, alors lire un roman où les personnages ne se sautent pas dessus dès la quatrième page, je dis un gros OUI. L’autrice prend ainsi le temps de développer la relation entre Alice et Gabriel qui commencent d’ailleurs par se vouvoyer, un petit détail que j’ai trouvé plein de charme.

Alice et Gabriel, bien que très différents, sont liés par cet amour commun pour la cuisine, un amour qui, pour la jeune femme, remonte à son enfance. Je n’en dirai pas plus, mais j’ai trouvé la raison qui l’a poussée à se mettre derrière des fourneaux très touchante. La cuisine est donc un art bien représenté dans ce roman que ce soit à travers le contexte de l’intrigue, quelques recettes en fin d’ouvrage, le rappel de termes culinaires (roussir, blanchir…)… Il y a donc de fortes chances que vous ayez envie de vous jeter sur un bon petit plat ou sur des madeleines, spécialité d’Alice, dès la dernière page tournée.

Amour et cuisine, voilà un joli mélange qui va malheureusement se trouver entacher par une sombre histoire de corbeau. Alice reçoit des lettres de menace qui seront suivies par des actes de malveillance allant crescendo. Cette histoire apporte une petite touche de mystère et de suspense fort plaisante d’autant que le mobile du méchant est plutôt cocasse. Mais cet interlude est, pour moi, surtout un moyen pour l’autrice de renforcer les liens entre les différents personnages. Ne vous attendez donc pas à une enquête bien poussée, mais plutôt à un joli élan de solidarité autour d’Alice. Cela ne nous empêche pas de suivre avec plaisir et curiosité le travail de la petite équipe de détectives improvisés. Max, en fan de Sherlock Holmes (je vous ai déjà dit que j’adore ce gamin ? ), semble d’ailleurs prendre l’enquête très à cœur.

Quant à la plume de Maud Brunaud, elle fait partie intégrante du charme du récit. Accessible, mais travaillée et d’une grande fluidité, l’autrice nous prouve que lecture détente ne rime pas forcément avec style plan-plan ou pire, gnangnan. Mais le grand atout de l’autrice est d’avoir su, à travers sa plume, transmettre aux lecteurs tout l’amour qu’elle porte à ses personnages. Émouvants tout en ayant chacun leur caractère, il se dégage de chacun d’entre eux un petit quelque chose qui vous donne envie d’apprendre à les connaître comme s’ils existaient réellement. J’ai également apprécié l’humour très présent grâce, notamment, à Alice dont certaines réparties sont pleines de piquant voire de mordant. Max apporte également une touche d’humour par sa manière déstabilisante d’énoncer des vérités sans beaucoup de tact, mais toujours avec pertinence.

En bref, sont réunis dans ce roman tous les ingrédients que l’on recherche dans une lecture détente : une plume fluide, des situations parfois drôles parfois plus rocambolesques, des personnages attach(i)ants, de l’humour, une touche de suspense, de la romance… Alors si vous avez envie de passer un moment de lecture sympathique, gourmand et entraînant, Alice et tous ses amis vous attendent. Bons plats, madeleines et bonne humeur au menu !

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