Top Ten Tuesday #204 : 10 BD avec des fantômes que je vous recommande

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« Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. »


Si j’aime beaucoup les bestiaires fantastiques en littérature, je me suis également rendu compte que j’apprécie fortement les histoires de fantômes qu’elles soient effrayantes, divertissantes ou drôles. Et cela tombe bien puisque la littérature jeunesse en regorge, notamment au rayon BD. Voici dont 10 BD avec des fantômes que je vous recommande.

Couverture 109, rue des Soupirs, tome 1 : Fantômes à domicileCouverture Esmée, tome 1 : Envoyée d'outre-tombe / Un fantôme au bahutCouverture Le fantôme d'Anya / La vie hantée d'Anya

Couverture Le fantôme de CantervilleCouverture FantominoCouverture Sixtine (BD), tome 1 : L'or des Aztèques

Couverture Alisik, tome 1 : AutomneCouverture L'Étrange Vie de Nobody Owens (Comics), tome 1Couverture L'encyclopédie curieuse et bizarre par Billy Brouillard, tome 1 : Les fantômes

Couverture Rhapsody, tome 1 : Après moi le déluge

Et vous, aimez-vous les BD avec des fantômes ?
Certains de ces titres vous tentent-ils ?
Lesquels avez-vous déjà lus ?

La belle et le grenadier, Philippe Laperrouse

La Belle et le Grenadier par Laperrouse

À l’été 1813, un grenadier de l’armée De Napoléon, Rigobert, meurt sur le champ de bataille à Dresde. Quelques jours plus tard une jeune provinciale, Pauline, décède lors d’un bal donné par l’Impératrice.

Au moment de leurs morts, les deux jeunes gens sont interpellés par les voix de leurs ancêtres respectifs. Pauline et Rigobert sont transformés en fantômes chargés de retrouver un trésor dissimulé par le Templier.

La recherche va durer deux siècles, ce qui conduira Rigobert et Pauline à traverser plusieurs époques historiques.

Librinova (5 octobre 2020) – 103 pages – Papier (11,90€)

AVIS

Sous fond de chasse au trésor, l’auteur nous fait traverser les époques auprès de deux personnes mortes en 1813 et transformées en fantômes. Si cette chasse au trésor va rythmer leur vie spectrale, c’est bien plus sur demande de leur ancêtre respectif que pour répondre à une quelconque velléité d’enrichissement post-mortem.

Rigobert, grenadier dans l’armée napoléonienne, est quelque peu décontenancé par la demande de son ancêtre, un Templier, de retrouver son trésor. Il faut dire que mourir, être transformé en fantôme et sommé de poursuivre une quête, qui s’annonce bien ardue, a de quoi déstabiliser même le plus courageux et averti des soldats ! Mais étrangement, Pauline, pourtant bien moins expérimentée dans la vie, semble prendre la situation avec beaucoup plus de sérénité. Elle se met d’ailleurs très vite au travail afin de satisfaire sa propre ancêtre, Isabeau, qui lui a également demandé de trouver le trésor du Templier.

Dès le départ, l’auteur frappe fort avec un suspense autour d’un trésor dont on ignore bien des choses, de l’emplacement à la nature en passant par les motivations ayant conduit deux défunts à exhorter leur descendance respective à le retrouver. De fil en aiguille, le mystère autour du trésor s’épaissit et soulève un certain nombre de questions auxquelles nos deux protagonistes sont bien décidés à répondre… Cette quête de vérité va les conduire sur un chemin plus personnel puisqu’au gré de leurs découvertes, ils vont retracer l’histoire du Templier et d’Isabeau, une histoire qui semble comporter sa part de mystère et de drame. C’est peut-être d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai tant apprécié la fin et sa belle note d’espoir qui nous donne le sentiment que si trésor il y a, ce n’est pas forcément celui auquel on pense.

Très différents l’un de l’autre, Rigobert et Pauline se sont révélés tous les deux, et à leur manière, plutôt attachants et intéressants. J’ai adoré les suivre chacun de leur côté dans leur mission, et voir comment leur route allait se croiser à de multiples reprises, avant de prendre une direction plutôt inattendue. J’ai, en outre, été touchée par ces deux êtres qui n’ont pas vraiment eu l’occasion de profiter de la vie de leur vivant. Rigobert était bien trop occupé à semer la mort sur les champs de bataille et à éviter de passer de vie à trépas, quand la santé fragile de Pauline ne lui a pas vraiment permis de profiter de sa prime jeunesse…

J’ai également aimé l’originalité avec laquelle l’auteur pense la figure du fantôme. Sous sa plume, ces derniers, qui ne perçoivent pas le temps de la même manière que le commun des mortels, peuvent choisir ou non d’apparaître devant autrui et toucher des objets. Mais ce n’est là qu’un perçu de leurs capacités qui se révéleront plutôt utiles et efficaces pour les aider à mener à bien une mission délicate qui les fera traverser les couloirs du temps...

D’ailleurs, les amateurs d’Histoire devraient apprécier les brèves incursions dans différents épisodes et périodes de l’histoire de France comme l’exil de Napoléon. À travers le personnage de Rigobert, qui a dédié sa vie à Napoléon et à la nation, on ressent le climat de défiance envers l’ancien Empereur fort vite désavoué par des gens qui n’ont probablement pas hésité, par le passé, à l’encenser… De la même manière, l’auteur nous offre une petite plongée intéressante dans l’histoire des Templiers, des moines-soldats de légende qui n’ont pas manqué de marquer les esprits.

Quant à la plume de l’auteur, je l’ai trouvée fort agréable d’autant que Philippe Laperrouse n’hésite pas à ajouter, par-ci, par-là, quelques touches savoureuses d’humour. Il y a ainsi quelques réparties et scènes qui m’ont fait sourire. Je pense notamment aux passages avec un archiviste très décontenancé par nos deux fantômes. Il faut dire que pour lui qui ne voit jamais personne de la journée, l’arrivée d’un ancien grenadier de l’armée napoléonienne en uniforme et d’une belle femme bien apprêtée brise quelque peu ses habitudes.

En conclusion, La belle et le grenadier est une sympathique aventure pleine de mystère qui, sous couvert d’une fascinante et troublante chasse au trésor, vous permettra de traverser les siècles auprès de deux personnages/fantômes que tout oppose, mais qui se révéleront tous les deux très attachants. Un moment de lecture rapide et divertissant mêlant grande et petite histoire.

Je remercie Philippe Laperrouse de m’avoir envoyé son livre en échange de mon avis.
Vous pouvez télécharger gratuitement le livre sur Amazon et/ou le retrouver en format papier sur le site.

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Throwback Thursday Livresque #194 : Noël

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Pour le thème de la semaine, Noël, j’ai eu du mal à fixer mon choix sur un seul livre, cette fête étant une inépuisable source d’inspiration pour les auteurs. Mais j’ai fini par choisir Un chant de Noël de Dickens.

Un chant de Noël de Charles Dickens - Editions Flammarion

Dans le cœur d’Ebenezer Scrooge règne un froid plus glaçant que le vent d’hiver. À l’approche de Noël, ce vieux grincheux s’agace de voir l’atmosphère joyeuse qui règne en ville gagner le cœur de ses semblables et n’a qu’un mot à la bouche : «Sottise!» Car Scrooge passera les fêtes comme il les a toujours passées : en solitaire. À moins que la visite de trois esprits de Noël le fasse changer d’avis…
Paru en 1843, rapidement devenu un classique de la littérature anglo-saxonne, ce conte en cinq couplets enchante tous les lecteurs par sa fraîcheur et son humour intemporels.

Un chant de Noël fait partie de ces œuvres intemporelles qui traversent le temps et qui transcendent les âges ainsi que les médias. Que l’on choisisse de lire le livre de Dickens, l’une de ses adaptations graphiques ou cinématographiques, on ressent toujours les mêmes émotions devant l’histoire d’un homme rattrapé par les fantômes du passé, et la magie de Noël.

Pour ma part, je me laisserais volontiers tentée, l’année prochaine, par l‘adaptation en manga proposée par les éditions Nobi Nobi.

Un chant de Noël | nobi nobi !

Et pour ceux qui ne l’auraient pas encore fait, je ne peux que vous conseiller de regarder le film Le drôle Noël de Scrooge, dont  la réalisation m’avait émerveillée.

Et vous, appréciez-vous Un chant de Noël ?

La vie hantée d’Anya, Vera Brosgol

Le fantôme d'Anya par Brosgol

Ado mal dans sa peau, Anya va voir sa vie radicalement changer après sa rencontre… avec un fantôme. Premier album de l’autrice d’Un été d’enfer. On en veut encore et encore !

Anya a l’impression d’être en permanence la petite nouvelle : fille d’immigrés, elle n’a jamais réussi à trouver complètement sa place. Mais quand elle tombe dans un puits et découvre le fantôme qui s’y trouve, elle a l’impression de se faire son premier véritable ami. Les ennuis commencent quand ce fantôme, prénommé Emily, devient jaloux de tout ce qui remplit la vie d’Anya

Rue de Sèvres (28 août 2019) – 224 pages – Papier (16€) – Ebook (6,99€)

AVIS

Cela fait un moment que je voulais découvrir cet ouvrage qui m’a complètement séduite malgré mes réserves du début sur la forme. En effet, si j’ai tout de suite apprécié la rondeur des traits et l’expressivité incontestable des visages, j’avais un peu peur de me lasser du ton gris/bleuté des illustrations. Mais que nenni ! En plus de se révéler assez originale et de représenter à merveille les tourments de l’adolescence, cette teinte apporte une identité propre à cette histoire mêlant fantastique et sujets résolument très humains. Un mélange harmonieux qui permet, sous couvert de fiction, de parler confiance et acceptation de soi, intégration, double culture, amitié toxique, jalousie, apparences trompeuses… Cette large palette de thèmes, loin de tirer la couverture à l’histoire, s’insère parfaitement et avec beaucoup de naturel dans le récit. Ceci explique peut-être la raison pour laquelle j’ai lu cet ouvrage d’une traite, bien incapable de le reposer avant d’en avoir lu la conclusion.

Nous faisons ainsi la connaissance d’Anya, jeune fille d’origine russe arrivée durant son enfance aux États-Unis. Afin de s’intégrer et d’éviter les moqueries, cette dernière a veillé à perdre son accent, du poids et surveille scrupuleusement ce qu’elle mange, au grand dam de sa mère qui aime à lui cuisiner des spécialités russes pas toujours très diététiques. Cette volonté de s’intégrer dans son pays d’adoption, et parmi ses camarades de lycée, la pousse, en plus de renier une partie de sa culture, à éviter l’autre élève russe de son établissement scolaire…

Si Anya nous semble parfois un peu égoïste, difficile de ne pas comprendre son envie d’être une adolescente américaine comme les autres. On ressent, à travers son histoire, toute la difficulté de concilier ses origines avec les valeurs de son pays d’adoption. Une double culture, source de richesse, mais qu’il est parfois difficile de porter, a fortiori quand on est une adolescente en pleine construction, qui se cherche encore. Je ne suis pas concernée par le sujet, mais je pense que cet aspect pourra parler à certains lecteurs qui ne devraient pas manquer de se retrouver, du moins en partie, en Anya.

Loin de rester cette adolescente tellement obnubilée par le paraître qu’elle en oublie les autres, Anya évolue petit à petit, n’en devenant que plus touchante. Et ce changement de mentalité et de comportement, elle le doit au fantôme d’une jeune femme, Emily, rencontrée lors d’une chute dans un puits… Alors qu’Anya pensait, une fois secourue, ne jamais revoir le spectre, le destin en a décidé autrement. L’arrivée du fantôme dans sa vie de lycéenne bougonne ne l’enchante guère, mais Anya finit vite par en saisir tous les avantages comme le petit coup de pouce qu’Emily peut lui donner lors des examens. Plus besoin de réviser quand on a un fantôme qui vous souffle toutes les bonnes réponses ! Le rêve, non ? Et puis, avoir une espionne invisible se révèle également très pratique pour suivre incognito l’emploi du temps du beau gosse du lycée sur lequel elle a craqué. Et tant pis, si ce dernier est déjà en couple avec une fille qui semble posséder tout ce qu’Anya rêverait d’avoir : petit copain parfait, corps de rêve, beauté et popularité.

Mais les apparences sont parfois trompeuses… Et si la beauté extérieure ne signifiait pas beauté intérieure et que même les filles idéales possédaient leurs propres blessures et failles ? Et, surtout, si le gentil et serviable fantôme qui s’était lié d’amitié avec vous poursuivait ses propres desseins ? Et si à tout vouloir, on risquait de tout perdre ? Je n’en dirai pas plus de manière à ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, mais j’ai adoré le travail réalisé par l’autrice sur la psychologie de ce fantôme qui m’a fascinée, et dont l’évolution suit le cheminement inverse de celui d’Anya. Il y a ainsi une sorte de jeu de miroir inversé entre les deux personnages : à mesure que l’un dévoile sa noirceur, l’autre gagne en lumière. On suit donc avec grand intérêt l’étrange relation qui se noue entre Anya et Emily, et l’on attend avec une certaine angoisse le dénouement de leur histoire commune ! Le livre ne fait pas peur en soi, du moins quand on est adulte, mais j’avoue que la dernière partie m’a quelque peu angoissée, la tension montant crescendo jusqu’à atteindre un point de non-retour…

Bien que l’ouvrage comporte plus de 200 pages, il se lit très rapidement d’autant que la mise en page reste assez épurée avec des illustrations parfaitement lisibles et un texte concis qui ne tombe jamais dans le babillage inutile. Cela correspond d’ailleurs assez bien à la personnalité d’Anya qui n’est pas du genre à s’épancher pendant des heures sur ses émois intérieurs. Sa mère, à cet égard, m’a semblé beaucoup plus chaleureuse, mais c’est peut-être parce que j’ai été touchée par sa volonté d’offrir le meilleur à ses deux enfants qu’elle élève seule dans un pays qui n’est pas le sien…

Si Anya se révèle assez taciturne, elle a néanmoins su nouer une amitié chien/chat avec Shioban qui aime la taquiner, lui dire les choses franchement, fumer des cigarettes, faire l’école buissonnière… Les deux filles, très différentes l’une de l’autre, forment un duo plutôt complémentaire même si j’aurais apprécié d’en apprendre plus sur le personnage de Shioban qui reste finalement assez survolé. Shioban m’a plu par son côté rebelle, et surtout, par la manière dont elle s’assume telle qu’elle est, contrairement à Anya qui aura besoin d’une expérience malencontreuse pour se libérer du regard des autres. Mais l’essentiel est qu’elle y soit arrivée !

En conclusion, La vie hantée d’Anya est un très bon ouvrage graphique qui nous plonge dans une ambiance fantasmagorique saisissante que ce soit grâce au travail de colorisation ou la présence d’un spectre dont on essaie de découvrir les véritables intentions. Mais c’est également le récit de vie d’une adolescente qui doit jongler entre deux cultures et sa volonté de s’intégrer à tout prix. Une adolescente qui, de fil en aiguille, va réaliser qu’à la place d’envier la vie des autres, il est peut-être préférable de vivre la sienne sans a priori, et d’apprendre à s’accepter tel que l’on est.

Feuilletez l’ouvrage sur le site des éditions Rue de Sèvres.

InqEnqIncEnc : La bête de Tourrettes-sur-Loup (S.01 – épisode 2), S. de Sheratan

InqEnqIncEnc – Les Inquiétantes Enquêtes d’Incoming Encounters - S.01 – ép.02: La bête de Tourrettes-sur-Loup par [Sherdan de Sheratan]

Les présentations sont de courte de durée pour Denis Hurvoas, fraîchement accueilli par d’autres héritiers à l’agence paranormale Incoming Encounters. Rapidement, c’est une voix bien familière qu’il reconnaît au bout du fil du standard de l’agence. Le danger est palpable et la coïncidence troublante pour le nouvel enquêteur qui n’a peut-être pas signé un pacte si tutélaire

La Compagnie Littéraire (25 octobre 2019) – 70 pages
Ebook (1,99€) – Papier (5€)

AVIS

Ayant beaucoup apprécié l’épisode pilote qui nous permettait de faire la connaissance de Denis Hurvoas, je me suis attaquée à cette suite avec beaucoup de curiosité.

Correspondant de guerre devenu détective du surnaturel afin d’avoir une chance d’accéder à un héritage inattendu et colossal, Denis a à peine le temps de découvrir l’étrange agence de Philadelphie pour laquelle il va travailler qu’il doit retourner, accompagné de ses cousins,  en France pour mener une enquête. Et pas n’importe où, chez sa propre belle-mère partie en vacances avec sa femme et ses enfants ! La raison de ce départ précipité : la présence d’un rôdeur signalé par la très sympathique voisine.

L’enquête pour remonter les traces de ce rôdeur se révèle intéressante et empreinte d’un certain mystère. Quelle est la nature du danger ? Y a-t-il d’ailleurs un véritable danger ? Et le cas échéant, comment l’arrêter ? Des questions qui ne seront pas sans conséquence sur les relations entre Denis et ses cousins dont on commence, petit à petit, à découvrir les principaux traits de caractère. Le livre étant court, la personnalité de chacun n’est pas développée outre mesure, mais cela ne m’a pas dérangée d’autant que l’auteur propose des personnages très différents les uns des autres et donc facilement identifiables.

J’ai de nouveau beaucoup apprécié cet épisode qui tranche quelque peu avec le ton du précédent. On y retrouve la même atmosphère fantastique teintée de mystère, mais le récit se pare d’une aura bien plus dramatique et personnelle. Alors que Denis s’interroge sur ce drôle de hasard qui l’a conduit chez sa belle-mère, il fait de surprenantes et dévastatrices découvertes sur sa famille ! Et si toutes ces dernières années avaient été bâties sur un tissu de mensonges ou, du moins, sur un château de cartes qui s’effondre sans qu’il ne puisse rien y faire ?

Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais ce qui est certain, c’est que l’auteur malmène sans vergogne son protagoniste n’hésitant pas à mettre sa vie sens dessus dessous. Notre héros arrivera-t-il à remonter la pente et faire face à cette révélation qu’il n’aurait jamais pu anticiper ou imaginer ? Une question qui ne manquera pas de vous titiller et de vous donner envie de vous jeter sur la suite !

Pour ma part, je commence vraiment à m’attacher à Denis, ce qui explique peut-être la raison pour laquelle l’épreuve qu’il doit affronter m’a tellement peinée et révoltée. J’oscille donc entre l’espoir que les choses s’arrangent vite pour lui et l’envie que l’auteur continue à lui faire vivre moult péripéties et à malmener son petit cœur de la plus atroce des façons. Oui, je suis parfois une lectrice un peu sadique…

Quant à la plume de l’auteur, elle se révèle de nouveau fluide, dynamique et très immersive. On appréciera également l’ambiance particulière du livre, alternant entre la douceur d’une ville ensoleillée du sud de la France et la froideur d’une créature qui sèmera désordre et chaos à Tourrettes-sur-Loup et, surtout, dans la vie de Denis ! Mais les apparences sont parfois trompeuses, et le vrai monstre n’est pas forcément celui que l’on pense…

En conclusion, si l’épisode pilote posait les bases de l’univers, cette première enquête entre dans le vif du sujet en nous plongeant dans une intrigue sans temps mort qui marquera les premiers pas officiels de Denis en tant que détective de l’étrange et du surnaturel. Mais cet épisode, c’est aussi celui d’une révélation fracassante qui apporte une dimension dramatique parfaitement maîtrisée au récit et une dynamique familiale intéressante dont on hâte de découvrir les implications pour notre héros.

Merci à La Compagnie Littéraire pour cette lecture.

109 rue des soupirs,Tome 1 : Fantômes à domicile, Mr Tan

La nouvelle série gothique et désopilante de Mr Tan ! Lorsque Elliot et ses parents emménagent au 109 rue des Soupirs, à Belle-en-joie, ils ne peuvent se douter que cette maison sinistre est réellement hantée… Enfin, surtout Elliot, car ses parents, accaparés par leur travail, l’abandonnent vite à son sort. Il ne tarde pas à rencontrer ses colocataires plutôt spéciaux, tandis que débarque une baby-sitter pas très commode, qui semble chercher quelque chose… Des fantômes, peut-être ?

CASTERMAN (4 septembre 2019) – 128 pages – 10,90€
Illustrations : Yomgui Dumont 

AVIS

Bienvenue à Belle-en joie, avec ses belles rues, ses spécialités locales et ses fantômes ! Car si la ville semble être l’endroit idéal où poser ses valises, elle abrite au 109 rue des soupirs une bâtisse menaçante et hantée. Une découverte que va faire Elliot en y emménagement avec ses deux parents qu’il ne voit qu’en coup de vent.

Après le choc de cette rencontre inattendue avec le monde de l’au-delà, le jeune garçon va vite s’apercevoir qu’être ami avec des fantômes n’a pas que des inconvénients ! Bien qu’un peu envahissants, ceux-ci se révèlent ainsi adorables et toujours prompts à  veiller sur lui et à s’assurer de son bien-être. À défaut d’une famille de chair et de sang, le voilà maintenant doté d’une famille spectrale à laquelle il s’attache et qu’il est bien décidé à protéger d’un terrible danger…

En plus d’une ambiance gothique qui passe autant par l’intrigue que le ton bleuté des illustrations, cette BD offre de jolis moments de tendresse et de complicité entre des personnages hauts en couleur pour lesquels on se prend immédiatement et irrémédiablement d’amitié. La galerie de personnages est ainsi variée, amusante et plutôt atypique.

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Quel plaisir donc de suivre cette bande de fantômes qui a su créer une cellule familiale, peut-être un peu particulière, mais complètement fonctionnelle ! Un point qui ne pourra que faire du bien à Elliot complètement délaissé par des parents obnubilés par leur carrière professionnelle au point de ne pas savoir l’âge exact de leur enfant unique…

Quant à la menace qui pèse sur le 109 rue des soupirs, je préfère vous laisser le plaisir de la découverte, mais je peux néanmoins vous dire que féroce, dangereuse et machiavélique, elle a de quoi effrayer même le plus courageux des fantômes ! L’amitié, l’imagination, la débrouillardise et la solidarité peuvent heureusement soulever des montagnes…

Destiné aux enfants, ce livre joue sur l’humour pour atténuer le côté angoissant que peuvent avoir les fantômes pour de jeunes lecteurs d’autant que dans cette histoire, nos fantômes sont bien plus victimes que bourreaux. Une inversion des rôles qui ne manque pas de piquant et qui devrait permettre aux enfants de passer un moment de lecture divertissant et amusant. 

En conclusion, empreint d’humour et de réparties qui font mouche, de personnages terriblement attachants, de suspense et d’action, 109 rue des soupirs fut une lecture particulièrement agréable qui m’a donné le sourire aux lèvres. On a coutume de dire qu’on ne choisit pas sa famille, Elliot vous prouve ici le contraire !

La fille fantôme, Bérengère Berte

Couverture de La fille fantôme par Bérengère Berte

Je remercie Bérengère Berte de m’avoir permis de découvrir La ville de l’étrange – La fille fantôme.

Zoé, douze ans, vient tout juste de déménager dans une ville au bord de la mer. Elle est impatiente de tout découvrir et de se faire de nouvelles copines. Mais voilà qu’elle entend des bruits inquiétants la nuit et qu’on la met en garde contre une fille étrange. Et si leur nouvelle maison était hantée?

Auto-édition (4 août 2018) – 72 pages – Pour les 9-12 ans

AVIS

C’est avant tout le titre qui a attiré mon attention appréciant les histoires de fantôme, notamment dans la littérature jeunesse. Ici, nous découvrons Zoé, une enfant de 12 ans qui vient d’emménager avec son grand frère, Mathis, et sa mère dans une nouvelle ville. Qui dit emménagement, dit nouvelle demeure, nouveau collège, et nouvelles amies !

De grands changements plutôt ordinaires, à l’inverse des phénomènes étranges qui semblent se dérouler entre les murs de la nouvelle maison de Zoé : des formes évanescentes, des coups portés à la porte de sa chambre durant la nuit et toujours à la même heure, des messages d’appel à l’aide… Même Mathis semble avoir remarqué quelque chose même s’il préfère faire la politique de l’autruche plutôt que d’affronter ces effrayants et inhabituels phénomènes.

La maison serait-elle hantée ? La jeune fille, d’un naturel curieux, se lance dans une enquête afin de comprendre le fin mot de l’histoire et, si possible, filmer l’éventuel fantôme. En effet, passionnée de vidéos, elle filme tout ce qu’elle peut… Et il faut bien admettre que des phénomènes paranormaux font un superbe sujet de reportage !

En plus de l’aspect fantastique que j’ai beaucoup apprécié et que j’ai trouvé très bien dosé, une large place est accordée à l’amitié, à l’acceptation de soi, aux non-dits, aux disputes et aux premiers pas vers la réconciliation. Les relations entre les personnages sont touchantes et l’on prend plaisir à suivre Zoé dans sa volonté de se faire de nouvelles amies dans son nouveau collège et de briser la carapace de sa très discrète et fuyante voisine.

Férue de littérature et introvertie, Seph est un personnage qui m’a particulièrement émue et dont j’ai apprécié de découvrir le passé, et notamment l’épreuve qui l’a poussée à rompre les liens avec ses anciennes camarades. Je ne vous en dirai pas plus sous peine de vous spoiler l’intrigue, mais je me suis sentie très proche d’elle, de sa personnalité et de son histoire. À cet égard, un gros bravo à l’autrice d’avoir su aborder, avec beaucoup de justesse, l’introversion trop souvent confondue avec la timidité, bien que les deux ne soient pas incompatibles. Introvertie moi-même, je pense qu’enfant, j’aurais apprécié d’avoir enfin un personnage auquel m’identifier, du moins en partie.

L’évolution de la jeune fille est frappante et bien amenée. D’abord fuyante, Seph va apprendre, avec l’aide de Zoé, à enterrer le passé pour aller de l’avant et s’ouvrir aux autres. Quant à Zoé, c’est une enfant dynamique, courageuse et intelligente à laquelle il est bien difficile de ne pas s’attacher. D’ailleurs, elle réussira très vite à nouer de nouvelles amitiés et à réunir des amies restées bien trop longtemps séparées… Seph et Zoé forment un duo complémentaire que je serais ravie de retrouver un jour ou l’autre dans de nouvelles aventures !

L’écriture de l’autrice est plaisante, fluide et travaillée tout en demeurant très accessible. La présence de nombreux dialogues apporte, en outre, pas mal de rythme à une histoire dans laquelle on s’immerge avec plaisir d’autant que sous couvert de fiction, des thèmes importants sont abordés…

En conclusion, La fille fantôme est un très sympathique roman jeunesse qui devrait plaire aux lecteurs, jeunes et moins jeunes, autant pour les personnages auxquels ils pourront s’attacher que l’ambiance fantastique teintée de mystère. Bien écrit et plutôt rythmé, voici un roman parfait pour ressentir de doux et légers frissons et faire le plein de belles émotions.

Retrouvez le roman sur Lulu ou Amazon.

L’image contient peut-être : texte qui dit ’LIRE EN THEME FÉVRIER 2020 UN LIVRE D'UN AUTEUR’

Throwback Thursday Livresque #154 : À contresens (vous l’aimez mais tout le monde le déteste ou inversement)

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Pour ce thème, j’ai pensé à un roman qui est loin d’avoir fait l’unanimité : La maison des oubliés de Peter James.

Le déménagement dans ce manoir charmant, en haut de la colline, devait être le point de départ pour une nouvelle vie. Après des années passées dans la banlieue de Brighton, Ollie Harcourt ne pouvait rêver mieux qu’une existence paisible à la campagne. Le reste de la famille suit d’un pas hésitant, mais ne rechigne pas pour autant à cette nouvelle aventure.
Cependant, peu après leur installation, des scènes étranges se déroulent dans la maison.
Des ombres apparaissent, les animaux domestiques se comportent de manière bizarre et plusieurs accidents, plus déroutants les uns que les autres, ont lieu.
Bientôt, Ollie n’a plus de doute : leur présence n’est pas vraiment souhaitée. Quelqu’un semble même prêt à tout pour les expulser de là… à n’importe quel prix.

J’ai lu quelques bonnes chroniques, mais j’ai également lu des avis très négatifs sur ce roman que j’ai, pour ma part, adoré. Il faut dire que Peter James ne révolutionne pas le genre, mais il utilise à merveille les grosses ficelles qui font son charme : maison hantée, fantômes, apparitions brutales, danger omniprésent, tension qui monte crescendo…

Je peux donc comprendre que les lecteurs habitués aux thrillers horrifiques aient eu le sentiment d’un roman bourré de clichés bien que, pour ma part, j’ai été séduite par la manière dont l’auteur a su se les approprier pour plonger les lecteurs dans une ambiance ténébreuse et malfaisante.

Pour en apprendre plus, je vous invite à lire ma chronique de La maison des oubliés dont voici la conclusion :

D’une plume très visuelle et d’une redoutable efficacité, Peter James nous offre une plongée immersive et totale dans la vie d’une famille dont le rêve se transforme en cauchemar. Digne d’un scénario de films d’horreur dont l’auteur a repris les principaux codes, La maison des oubliés est un roman qui tient en haleine jusqu’à la dernière page et qu’il s’avère difficile, si ce n’est impossible, de lâcher avant de connaître le sort réservé aux personnages. Amateurs de frissons, d’ambiance angoissante et de fantômes, ce livre est fait pour vous !

Et vous, connaissez-vous de roman ?
Quel titre auriez-vous proposé ?

Les nouvelles aventures de Carnacki, Frédéric Livyns

Les nouvelles aventures de Carnacki par [Livyns, Frédéric]

Je remercie Évidence Éditions pour m’avoir permis de découvrir Les nouvelles aventures de Carnacki de Frédéric Livyns.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Carnacki, le légendaire détective du surnaturel créé par William Hope Hodgson revient dans de nouvelles aventures.
À travers les six épisodes de cette première saison, vous vous mesurerez, avec lui, à de démoniaques entités qui vous feront passer des nuits blanches.
Repris par l’auteur belge Frédéric Livyns, lauréat à trois reprises du Prix Masterton, ce Sherlock Holmes du surnaturel vous emmènera aux portes de la peur ; à vous de décider si vous souhaitez les franchir ou non.

22 novembre 2019 – Ebook (7,99€) – Broché (14,99€)

AVIS

Dès les premières lignes, j’ai été séduite par la plume de l’auteur qui dégage un charme suranné avec cette impression de faire un plongeon dans le passé, ce qui n’est guère étonnant si l’on considère que Frédéric Livyns a choisi de redonner vie à un personnage créé au début du XXe siècle par William Hope Hodgson. Je ne connais pas la version originale, mais je peux vous dire que j’ai été plus que séduite par la manière dont Frédéric Livyns s’est approprié ce détective de l’étrange qui n’hésite pas à se confronter à des forces qui le dépassent.

Si vous connaissez mon appétence pour les enquêtes à la Sherlock Holmes et le fantastique, vous ne serez pas étonnés qu’un livre regroupant ces deux genres m’ait fait passer un très bon moment de lecture empli de frissons. Il faut dire que les fantômes et autres créatures de cauchemar que l’on rencontre au détour des pages ne peuvent laisser de marbre. À travers six nouvelles à l’ambiance particulièrement soignée, l’auteur nous entraîne ainsi dans le monde de l’occulte, de l’étrange, du surnaturel, du frisson, des secrets, de la vengeance, de la monstruosité qu’elle soit surnaturelle ou tristement humaine… 

Et pour ce faire, il suit toujours le même schéma : Carnacki convie son groupe d’amis à venir l’écouter narrer ses aventures. Un procédé plutôt astucieux qui nous donne l’impression de faire partie des quelques privilégiés qui ont l’honneur de ces instants intimes et feutrés durant lesquels l’incroyable prend vie. Cela nous procure également la satisfaction de nous sentir directement concernés lorsque détective s’adresse à ses amis…

Carnacki nous apparaît comme un personnage téméraire, mais réfléchi, qui prend un véritable plaisir à exercer son savoir-faire des plus particulier ! Sans se révéler très attachant, c’est un homme dont on ne peut qu’admirer la force de caractère et la pugnacité. En plus d’avoir un véritable talent pour faire face avec aplomb à des situations effrayantes pour le commun des mortels, Carnacki possède un certain sens de la déduction et une bonne capacité à percer les secrets de l’âme humaine. Des traits de caractère qui lui seront fort utiles dans ses investigations…

Je regrette seulement les allusions, trop nombreuses à mon goût, aux précédentes enquêtes du détective. Je n’ai pas eu le sentiment que cela présentait un réel intérêt pour la compréhension du recueil même si ces allusions permettent de sentir tout le poids de l’expérience du détective, et de créer une certaine connivence entre ce dernier et ses amis/les lecteurs.

En conclusion, si vous appréciez les plumes au charme suranné, les enquêtes et le surnaturel, ce recueil devrait vous plaire. À travers six nouvelles entraînantes, l’auteur vous offre la dose parfaite de frissons pour un délicieux moment de lecture où l’angoisse se dispute à la curiosité d’explorer le monde de l’occulte aux côtés d’un personnage qui n’a pas froid aux yeux.


Si vous souhaitez en apprendre plus sur les différentes nouvelles, je vous en donne brièvement mon avis ci-dessous.

Encre, Red, Éclaboussures, Résumé

  • Chambre rouge : quand l’un de ses amis fait appel à lui, Carnacki sait tout de suite que la situation est grave. Tom, endeuillé par le suicide de sa femme, n’est pas du genre à crier au loup sans raison. Il lui aura d’ailleurs fallu attendre que deux personnes se tuent dans sa propre maison, transformée en maison d’hôte, avant de tirer la sonnette d’alarme ! Heureusement que le flair de Carnacki va lui permettre de percer le mystère de ces suicides et de faire le lien entre ces drames et le drame personnel vécu par Tom.

Quand la douleur, la mort, le deuil et une entité malfaisante à vous faire dresser les cheveux sur la tête se mêlent, cela donne une histoire pleine de sang, de tension et de frissons ! L’auteur a su, en une trentaine de pages, créer une atmosphère angoissante qui rendra chaque petit bruit qui vous entoure suspect. Cette nouvelle m’a fait forte impression peut-être parce que l’horreur de celle-ci passe autant par les événements obscurs de la Chambre rouge que les faits qui en sont à l’origine…

Armoire, De Stockage, Meubles, Intérieur

  • Le placard qui chuchote : c’est un Carnacki fatigué par sa dernière affaire que ses amis découvrent… Appelé à l’aide par le fils d’un homme récemment décédé, il a vécu une situation difficile autant physiquement qu’émotionnellement. Si les monstres revêtent parfois le voile de la mort, d’autres sont, quant à eux, bien humains. Une vérité qui frappera le détective et les lecteurs de plein fouet !

Je ne développerai pas outre mesure mon avis sur cette nouvelle sous peine de vous gâcher la lecture, mais je peux néanmoins vous dire que l’auteur aborde des thèmes forts tout en arrivant à instaurer une ambiance gothique avec une demeure ancienne dont la partie délabrée ne sera pas sans rappeler la nature de certaines personnes qui n’ont d’humaines que le nom. Apparence, secret, vengeance et famille au cœur d’un récit glaçant !

Ancre, Chaîne, Nautiques, Océan, Mer

  • Ce qui murmure : instant nostalgie avec un Carnacki qui se remémore et raconte l’une de ses premières interventions… Alors que le monde de l’occulte venait de s’ouvrir à lui, il accepte d’aider un de ses anciens amis dans une situation délicate, ses nuits étant hantées de manière assez surprenante. Mais de fil en aiguille, nous comprenons que les choses sont bien plus complexes  qu’au premier abord et qu’il existe une zone d’ombre autour de cette histoire. Mais comment régler le problème quand votre ami vous ment par omission ? Une question qui taraudera Carnacki loin, à l’époque, de posséder tout le savoir et le savoir-faire qui font aujourd’hui sa force.

J’ai trouvé cette nouvelle différente des précédentes, pas dans le style ni le frisson que l’on ressent à l’évocation d’une entité qui réclame le prix du sang, mais plutôt dans l’identité de la vraie victime, la fin réservant un retournement de situation qui pose la question de la justice et de la vengeance. Il est intéressant de voir que Carnacki ne semble pas avoir fait un trait sur ce souvenir que l’on sent encore empli d’émotions ! C’est d’ailleurs la première fois que l’on perçoit réellement l’humanité du personnage avec ses moments de doute et ses regrets. J’aurais néanmoins apprécié qu’il condamne plus fermement un acte qui ne pourra que vous révolter surtout quand l’on considère les chiffres actuels…

Union, Alliance, Mariés

  • L’écho de son ombre : c’est, cette fois, auprès d’un père et de ses deux filles que le détective intervient. Une entité vient, nuit après nuit, hanter le repos de la maisonnée au point de faire fuir tous les domestiques ! Le père est éreinté et apeuré à  l’éventualité que ses filles soient blessées… Malheureusement, une fois n’est pas coutume, la victime ne se montre pas totalement honnête avec le détective sur l’entité qui a pris possession de sa demeure. Il faudra alors à Carnacki toute sa patience et son sens de la déduction pour faire la lumière sur le problème et trouver une solution à une situation qui n’a que trop duré.

De nouveau, l’intérêt de la nouvelle repose sur l’ambiance instaurée par l’auteur, une ambiance mêlant surnaturel, amour tourmenté, injustice et vengeance. Si je n’ai pas trouvé le récit fondamentalement original par rapport aux précédents, j’en ai, en revanche, apprécié la fin émouvante et la morale sans oublier la satisfaction de voir que rien n’est jamais perdu, et que des personnes dans l’erreur peuvent finir par trouver le chemin de la rédemption…

Halloween, Horreur, Gruselhaus

  • La plaintivel’auteur signe ici une nouvelle diablement effrayante reprenant avec efficacité ce qui fait le succès du genre : spiritualisme, fantômes, maison hantée…  Dès les départ, l’ambiance se veut angoissante avec cette maison dont chaque mur semble nous crier de fuir. Même le très courageux Carnacki sent que quelque chose ne va pas et que la prudence lui recommanderait de prendre ses clics et ses malles et de partir sans se retourner. Mais le détective ne peut décemment pas abandonner à son sort le maçon qui l’a appelé pour purifier cette maison que, sur demande de son riche employeur, il doit retaper. Prenant son courage à deux mains et en affichant une confiance de façade, Carnacki entreprend alors de cerner le problème et de sonder cette demeure de malheur dont l’aura funeste le prend à la gorge…

Pour la première fois, on tremble vraiment pour Carnacki qui va être confronté à des forces d’une puissance incroyable qui semblent bien décidées à ne pas le laisser franchir le seuil de la porte vivant. Quant à la fin, elle m’a rappelé certains films, mais elle n’en demeure pas moins terriblement efficace pour vous faire dresser les cheveux sur la tête. Vous avez ici ma nouvelle préférée du recueil et celle qui m’a le plus angoissée !

Portes, Choix, Choisir, Décision

  • L’envers : pas de vacances pour les braves ! Alors que Carnacki profitait d’une accalmie dans son activité pour prendre quelques jours de vacances, le voilà de nouveau en prise avec des forces occultes. Question de karma peut-être… En passant la nuit dans son hôtel, il ne s’attendait certainement pas à être réveillé par des bruits et des coups étranges ! Libre de ses mouvements, le détective aurait pu prendre la poudre d’escampette, mais après une conversation avec un bavard du coin, il décide de retourner à son hôtel afin de se confronter à ces forces occultes qui ont eu l’audace de perturber un repos bien mérité.

L’auteur ménage ses effets en introduisant un mystère bienvenu autour des tragédies qui ont frappé l’établissement. On suit donc avec plaisir le détective dans son enquête puis dans ses préparatifs pour sauver les gérants d’une situation dont ils ont bien du mal à se dépêtrer. Sa volonté de les aider est d’autant plus généreuse que leur accueil fut loin d’être chaleureux, mais vu la terreur dans laquelle ils vivent depuis plusieurs années, on leur pardonnera aisément. Voici encore une enquête rondement menée par un personnage débrouillard qui, même dépourvu de tout son matériel, réussit à s’imposer comme la référence en matière de lutte contre les forces du mal !

Retrouvez le livre sur le site d’Évidence Éditions.

 

Poussière fantôme, Emmanuel Chastellière

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Une histoire de fantôme rocambolesque… à Montréal !

Être guide touristique spécialisé dans les mystères du Montréal hanté n’est pas facile tous les jours, malgré les pourboires et les touristes à berner. Mais ça l’est encore moins quand on peut réellement converser avec les fantômes, trop contents de trouver quelqu’un à qui parler !
Depuis qu’Archibald a fait la rencontre d’Elizabeth McKenzie, jeune scientifique décédée dans des circonstances étranges en 1917, sa vie a basculé. Déterminé à aider Elizabeth à lever le voile sur sa mort, Archie va devoir compter sur des amis parfois surprenants et apprendre à percer les secrets de la poussière fantôme, alors que les revenants, goules et autres spectres de la ville se montrent de plus en plus menaçants…
Et tout ça si possible sans trop se fatiguer

 

Scrineo (26 avril 2018) – 336 pages – Broché (14,90€) – Ebook (7,99€)
Illustration : Xavier Collette

AVIS

Difficile de ne pas craquer devant une telle couverture et un tel titre ! C’est donc sans vraiment prêter attention au résumé que j’ai décidé de m’embarquer dans cette lecture. Un voyage qui fut riche en péripéties et en présences fantasmagoriques. Il faut dire qu’avec un protagoniste voyant les fantômes, cela n’a rien de très étonnant.

Profitant de son don, Archibald s’est associé avec son meilleur ami, Isidore, libraire spécialisé dans l’occulte, pour proposer des visitées guidées d’un genre nouveau… À ses côtés, ce ne sont pas les musées que les touristes découvrent, mais plutôt le Montréal de l’ombre, des fantômes et des histoires à vous faire dresser les cheveux sur la tête. Un métier dans lequel Archibald excelle d’autant qu’il peut compter depuis peu sur l’aide du fantôme d’Elizabeth, une jeune scientifique décédée cent ans plus tôt.

C’est d’ailleurs avec cette dernière que l’auteur commence son livre. Nous découvrons ainsi la tragique histoire de cette femme qui s’est lancée dans des recherches scientifiques qui auraient pu, en cas de succès, changer la face du monde. Une réussite effleurée de près avant qu’un terrible accident ne vienne mettre fin aux ambitions de la jeune prodige, à sa vie et à celle de son amant.

Cent ans plus tard, Elizabeth, qui n’a rien perdu de son caractère, doit faire face à un autre problème qui prendra une tournure que ni elle ni Archibald n’auraient pu imaginer. Ils pourront heureusement compter sur le soutien de différentes personnes plus ou moins liées au monde de l’étrange. C’est donc dans une aventure auréolée de mystère, empreinte de mythologie et emplie de dangers que l’auteur nous plonge sans nous laisser le temps de reprendre notre souffle. Dans un rythme effréné,  les scènes d’action et les événements s’enchaînent apportant leur lot de questionnements et de révélations…

Au fur et à mesure de l’intrigue, les liens entre les personnages se précisent et les relations sont mises à mal… J’aurais apprécié que l’auteur développe un peu plus cet aspect du livre puisque finalement, on reste à la surface des choses. À titre d’exemple, la relation entre notre héros et son meilleur ami m’a laissée assez dubitative. Leurs interactions, basées sur les silences et les secrets, manquent cruellement de chaleur, un peu comme si nous étions face à de vagues connaissances et non à des personnes censées être proches... Archibald m’a en outre agacée par la manière dont il jette l’opprobre sur son ami qui lui avait caché tout un pan de son existence quand lui-même n’a pas été un exemple de transparence et d’honnêteté. Un peu de mauvaise foi notre Archibald…

J’ai, en revanche, apprécié l’amitié entre le jeune homme et sa colocataire qui va se révéler être un précieux atout pour la petite bande que ce soit en raison de son caractère bien trempé ou de ses dons. De la même manière, j’ai particulièrement été touchée par le duo formé par Archibald et Elizabeth. Complices, les deux amis essaient de s’épauler du mieux qu’ils le peuvent. Archibald n’est pas parfait et a tendance à opter pour la fuite face aux problèmes, mais pour son amie, il se lance dans une aventure périlleuse sans trop sourciller… Quant à la scientifique, elle m’a beaucoup émue. Bien que désemparée face à la situation et au mal qu’elle cause indirectement autour d’elle, elle fera de son mieux pour affronter les épreuves qu’elles soient d’ordre magique, amical ou sentimental… 

La psychologie des personnages n’est pas développée outre mesure, mais l’auteur a veillé à apporter pas mal de tension et de suspense à son récit : que s’est-il passé exactement il y a cent ans ? L’amant perdu l’est-il vraiment à tout jamais et surtout est-il celui qu’il prétend être ? Pourquoi et par qui Elizabeth est-elle poursuivie ? Qui est ce Grand Œil ? Pourquoi les fantômes semblent prendre vie dans le monde réel avec des intentions plus ou moins sympathiques ? Quelle est l’étendue des capacités d’Archibald ? Un exemple des nombreuses questions qui viendront vous titiller durant votre lecture et vous donner envie de connaître le fin mot de l’histoire d’autant que la plume fluide et immersive de l’auteur plonge directement les lecteurs au cœur de l’aventure…

Petit détail qui contribue au sentiment d’immersion et au charme du roman, la découverte de quelques expressions québécoises des plus savoureuses.... Mais rassurez-vous, elles sont utilisées avec parcimonie et l’on devine bien souvent, grâce au contexte, leur sens.

En conclusion,  amitiés, amour, actions, fantômes, magie, complot et mythologie sont au cœur de cette aventure rythmée, pleine de mystère et d’actions qui devrait ravir les amateurs de surnaturel et d’histoires de fantômes palpitantes, mais pas vraiment effrayantes.

Retrouvez le roman chez votre libraire ou sur le site des éditions Scrineo.