La Société secrète, Manuel Ruiz

La Société Secrète - Manuel Ruiz

Je remercie Évidence Éditions pour m’avoir permis de découvrir, dans le cadre du Crazy Books Day, La Société secrète de Manuel Ruiz.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Christian Dalleray, dit « le Bateleur », a réalisé son rêve : il a créé une société secrète, une vraie. Il la dirige avec deux amis : Michel Kowalski « le Pape », et Éric Schneider « l’Empereur ». Il devrait donc être heureux. Or, c’est le drame qui va bientôt l’entourer.

Les personnes de son entourage sont assassinées, une par une, quel que soit le pays où elles se trouvent. Il en est averti par une dame mystérieuse et séduisante, la duchesse. Naturellement, il comprend vite qu’il sera la dernière cible. Il entreprend donc une interminable enquête à l’échelle planétaire. Sur tous les continents, il poursuit ses ennemis. Mais les traces vont lui révéler ce qu’il craignait : les coupables sont tout près, ils font partie de ses amis. Il doit impérativement les démasquer, par crainte de devenir à son tour la victime d’un meurtre.

C’est ce qu’il fera, au cours d’un ultime et tragique huis clos à l’endroit même où l’histoire a débuté.

Évidence Éditions (7 août 2019) – 448 pages – Broché (19,99€) – Ebook (7,99€)

AVIS

Les deux plus grandes religions au monde qui s’unissent laissant de côté leurs différences ! Une bonne chose, non ? Pas vraiment quand cela se fait dans le secret avec comme objectif d’éradiquer la liberté, la laïcité et toutes ces avancées que certains pays veulent défendre. Il ne manquerait plus que les femmes aspirent toutes à l’indépendance financière, que les préservatifs soient accessibles facilement dans chaque région du globe…

En parallèle à cette unique et inédite entente religieuse, nous suivons Christian Dalleray, un homme qui voue un culte aux organisations secrètes au point d’avoir créé la sienne, avec ses deux meilleurs amis, il y a de cela maintenant plusieurs années. Ce qui n’aurait pu être que le projet un peu foufou de trois amis a rencontré du succès, leur Société secrète comptant 10 000 membres ! Malheureusement pour Christian, sa vie va se compliquer et devenir bien plus dangereuse quand l’un de ses contacts lui révèlera l’existence de l’entente secrète entre chrétiens et musulmans... Personne ne devait l’apprendre, et certainement pas lui !

Cette lecture présentant des atouts indéniables m’a toutefois posé problème en raison du protagoniste dont certaines paroles envers les religions manquent parfois de nuances bien que je sois d’accord avec les problématiques soulevées comme cette manière dont certains individus privent les autres de leurs droits et de leur liberté au non de leurs croyances. Toutefois, j’ai eu le sentiment qu’était systématiquement opposé Occident et reste du monde et que chaque croyant était un intolérant en puissance…

Autre point problématique, du moins pour moi, le machisme et sexisme de Christian qui se définit pourtant comme un galant homme. Alors personnellement quand un homme ne parle des femmes que sous le prisme de leurs attributs physiques avec une bonne dose de condescendance, je ne parle pas de galanterie, mais de goujaterie. Certaines phrases ont bien failli me faire fermer le livre malgré l’intérêt ressenti pour l’intrigue. J’ai ainsi été ravie de découvrir, par exemple, qu’on pouvait deviner le métier d’une femme rien qu’à son tour de poitrine ou que si une femme attirait bien des regards et des gestes déplacés, c’était de sa faute, elle n’avait pas qu’à être aussi séduisante…

Un roman de plus de 400 pages ne se définit pas seulement par son protagoniste, mais quand celui-ci est détestable, cela ne met pas forcément le lecteur dans les meilleures dispositions, a fortiori quand on est une femme. L’auteur a peut-être souhaité par le biais de Christian dénoncer ce genre de comportements (je l’espère sincèrement), mais en absence de personnages féminins consistants qui ne pensent pas qu’à baisser leur culotte pour s’attirer ses faveurs, j’ai eu juste le sentiment de suivre un mec (à son stade, je refuse de le qualifier d’homme) qui se pense galant quand ce n’est que le gros beauf de service ! J’irai plus loin en disant que j’ai parfois eu l’impression que l’intrigue était surtout là pour servir un pseudo fantasme d’homme irrésistible et tout-puissant héros de ces dames, de la mère à la fille (avec ce qui ressemble de très près à un abus de faiblesse) et du monde.

C’est vraiment dommage et frustrant, car si on met de côté le héros, la plume n’en demeure pas moins plaisante et le roman intéressant, rythmé, bien construit et non dénué de tension et de mystère. J’ai ainsi apprécié d’en apprendre plus sur les rouages des sociétés secrètes, mais aussi de découvrir les tensions, mensonges et trahisons auxquels devra faire face Christian. Toute organisation humaine a ses failles comme il le découvrira par lui-même… On le suit donc de près dans ses péripéties destinées à faire la lumière sur les meurtres qui se multiplient dans son entourage plus ou moins proche. De pays en pays, de rencontre secrète en rencontre secrète, l’intrigue se complexifie et le danger s’amplifie. Christian et son organisation sortiront-ils indemnes de cette force qui œuvre dans l’ombre pour imposer sa loi et détruire la liberté des peuples ?

Je vous laisserai le soin de le découvrir, mais ce qui est certain, c’est que dans ce jeu de dupes et de faux-semblants, il faut rester sur ses gardes, les foudres de Dieu ou, du moins, de personnes s’octroyant le droit de parler et d’agir en son nom, quel qu’il soit, peuvent frapper à tout moment ! Danger, action et mystère sont donc au rendez-vous. Dommage que le tout repose sur un personnage manquant de subtilité et nous apparaissant bien plus comme un gros goujat ayant une notion très personnelle de la gent féminine qu’un héros que l’on a envie de voir triompher dans sa lutte pour la liberté.

Retrouvez le roman sur le site d’Évidence Éditions.

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Mini-chroniques en pagaille #16

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures. 


Pour cette édition, je vais vous parler de deux albums publiés par Évidence éditions que je remercie pour leur confiance. Afin de rendre la lecture accessible au plus grand nombre, ces ouvrages sont adaptés aux lecteurs dyslexiques.

Tous les deux conseillés à partir de 4 ans, ces albums bénéficient de grandes illustrations sur lesquelles les enfants pourront s’appuyer pour s’approprier et s’immerger complètement dans les récits. Quant aux adultes, ils devraient prendre plaisir à se laisser porter par ces deux histoires et à les narrer aux plus petits.

Le petit cadre
Si vous aimez les jolis contes de Noël, Le petit cadre devrait vous plaire.

Ani et Karine, deux sœurs très complices, vivent avec leurs parents dans une maison au bord d’une forêt. Malgré le manque de moyens, la famille n’étant pas fortunée, les deux fillettes ont néanmoins le bonheur de découvrir chaque matin, dans leur calendrier de l’avent, des friandises réalisées par leur maman. Et parce que Noël n’est pas vraiment Noël sans un sapin, leur papa, bûcheron de profession, n’a pas oublié d’abattre un sapin afin que ses filles puissent l’orner de belles décorations…

L’autrice a su parfaitement retranscrire cette ambiance si caractéristique de la période de Noël avec les traditionnelles décorations que l’on place avec soin, l’excitation grandissante à l’approche du grand jour, la neige (pour les plus chanceux) sans oublier les cadeaux. Les deux sœurs y ont d’ailleurs pensé en fabriquant pour leurs parents un cadre traditionnel en bois joliment décoré. Un cadeau fait avec les mains et le cœur qui ne pourra que toucher ses destinataires, mais aussi les lecteurs…

Mais n’oublions pas que Noël, c’est aussi une période magique où tout peut arriver ! C’est ainsi qu’un mystérieux personnage va entrer dans la vie des fillettes et leur faire un cadeau inestimable… Si j’aurais aimé en apprendre un peu plus sur ce personnage que j’ai trouvé fort mignon au demeurant, j’ai finalement apprécié cette aura magique et mystérieuse qui le caractérise. Pas besoin de savoir d’où elle vient pour que la magie opère…

Le petit cadre

Illustrations : Rémi Griselain

En  bref, voici un adorable petit album qui, à travers une histoire simple et mignonne à souhait, nous plonge à merveille dans l’ambiance et la magie de Noël tout en nous rappelant les belles valeurs d’amour et de partage que cette fête véhicule.

À noter qu’un petit jeu bonus est proposé en fin d’ouvrage !

Collection Farfadet – 64 pages – Broché (13€) – Ebook (0,99€)

  • Théo L’Esquimau de Van Ly :
    Je dois avouer que le titre de cet album m’a tout de suite donné le sourire aux lèvres, une bonne humeur qui s’est accentuée au fil des pages appréciant l’humour distillé tout au long de l’album. Il faut dire que voir de la nourriture s’animer, cela n’est pas courant !


    Théo l’esquimau s’est perdu, mais il pourra compter sur la solidarité des autres aliments du frigo
    , d’Agathe la tomate en passant par Ombre le concombre, pour le conduire dans le Pays du grand froid où l’attendent ses parents. Avec l’autrice, l’idée de chaîne alimentaire prend une tout autre dimension !

    Les enfants devraient être sensibles à cette entraide spontanée qui se créer entre les personnages et souhaiter très fort que Théo retrouve les siens. Quant aux couleurs vives et pleines de peps des illustrations, elles devraient attirer leur regard et rendre à leurs yeux cette histoire aussi agréable qu’attractive.

Capture d’écran (67)

Illustrations : Maïka

Derrière ce récit complètement loufoque, l’autrice, à l’imagination débordante, apprend également aux enfants à reconnaître de manière amusante différents aliments et leur place dans le frigo. Une connaissance fort appréciable qui aurait permis à Théo de ne pas se trouver dans un endroit non adapté à ses besoins en matière de conservation…

En bref, voici un album original et instructif qui devrait plaire aussi bien aux enfants qu’à leurs parents que ce soit pour le récit ou les jolies valeurs de solidarité et d’amitié mises en avant.

Collection Farfadet – 40 pages – Broché (12€), Ebook (2,99€)

Conte d’Ocitarina, Zélie Jumel

Conte d'Ocitarina

Je remercie Évidence éditions de m’avoir permis de découvrir Conte d’Ocitarina de Zélie Jumel qui, en plus d’être autrice, tient le blog Les livres de Zélie.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Jeanne est une coquette princesse de 17 ans, d’Ocitarina, un royaume autosuffisant.
L’Ocitarine, fruit miraculeux est très convoité.
Jeanne est l’Héritière. Une grande charge repose sur ses épaules. Néanmoins, une menace approche.
Trouvera-t-elle qui lui veut du mal avant qu’il ne soit trop tard ?
Trouvera-t-elle autre chose ? L’amitié, l’amour,…
Les apparences sont parfois trompeuses.
La princesse doit faire très attention…

Évidence Éditions – 232 pages – Broché (20€) – Ebook (4,99€)
Illustrations : Corentin Lecorsier 

AVIS

Dans ce joli conte qui, grâce à sa sublime couverture, avait attiré mon attention depuis un moment, nous faisons la connaissance d’une princesse de dix-sept ans, Jeanne, et de son père, un roi apprécié de son peuple sur lequel il veille avec justesse et bonté. Le père et la fille, très proches, ont développé une relation de confiance et de respect. Contrairement à nos souverains européens et à leur tradition des mariages arrangés, le père est donc bien décidé à laisser sa fille choisir son futur époux, le moment venu.

Mais plus préoccupée par les jolies toilettes que le mariage, Jeanne n’en est pas encore à prendre une telle décision bien que l’arrivée d’un nouveau maître tailleur au château, maître Paul, ne la laisse pas indifférente… La princesse apprécie ainsi grandement ce nouveau venu doté d’un physique agréable et d’une conversation intéressante. À défaut de ces voyages dont elle rêve, mais que son protecteur de père lui refuse, Maître Paul lui offre quelques moments d’évasion bienvenus.

Une vie joyeuse et insouciante, bien que parfois un peu frustrante, qui sera menacée par une tentative d’empoisonnement. Devant le danger, le roi va placer sa fille unique sous la surveillance et la protection d’un jeune et courageux soldat, Hector, pour lequel on développe d’emblée une réelle sympathie. En plus d’assurer sa sécurité le plus discrètement et efficacement possible, il développe pour la princesse une grande admiration et une totale dévotion. Sa présence rassurante ne suffira néanmoins pas à éviter un nouvel incident… En attendant que les choses rentrent dans l’ordre, la princesse doit alors assurer un rôle pour lequel elle n’est pas encore prête, celui de reine.

Inquiète à l’idée d’être sur le devant de la scène et de devoir prendre des décisions qui impacteront l’avenir de son royaume, Jeanne sera heureusement épaulée par des personnes, pour la plupart, bienveillantes… Un soutien d’autant plus précieux qu’une question demeure : qui sont ces deux personnes mystérieuses qui complotent contre la princesse et qui essaient, par tous les moyens, de la déstabiliser que ce soit par des attaques directes ou indirectes ? Quel est leur véritable objectif ? Le royaume prospère d’Ocitarina est-il en danger ?

Une série de questions qui apporte un certain suspense même si les adultes ne devraient pas être très surpris par le retournement de situation final. Ce n’est pas gênant en soi, l’autrice arrivant à nous immerger totalement dans son histoire. On prend donc grand plaisir à suivre les différentes péripéties qui s’enchaînent rapidement et à suivre l’évolution de la princesse. Peut-être un peu frivole en tout début de livre, Jeanne prend très vite la mesure de la tâche qui lui incombe, et s’attèle du mieux qu’elle le peut pour être à la hauteur des attentes de son peuple et de son père qu’elle aime beaucoup.

Forte, intelligente et capable de prendre du recul, cette jeune femme offre un joli modèle qui devrait inspirer les enfants, et leur montrer que même quand les obstacles semblent trop grands, il est toujours possible de prendre son destin en main. Les jeunes lecteurs devraient également se sentir proches d’elle, car si elle a du caractère et sait prendre des décisions quand la situation le requiert, elle n’en demeure pas moins très humaine. Comme tout le monde, elle commet des erreurs et peut être aveuglée par les apparences, mais c’est aussi ce qui la fait grandir… 

L’autrice nous offre ici une jolie histoire dans laquelle l’amitié a toute son importance tout comme l’amour, un sentiment auquel la princesse s’éveille doucement. Vous savez probablement que la romance et moi, ce n’est pas le grand amour, mais ici, cela ne m’a pas dérangée. D’une part, nous sommes dans un conte, et le genre se prête à merveille à la naissance des premiers amours, et d’autre part, il n’y a rien de mièvre ou de trop appuyé. Au contraire, j’ai trouvé les personnages très touchants dans la découverte de leurs sentiments, et devant ces émotions, parfois confuses, qui peu à peu les gagnent.

En tant qu’adulte, la fin m’a peut-être semblé un peu rapide et facile sans que cela ne soit dérangeant. J’ai d’ailleurs eu l’impression de replonger dans ces contes qui ont bercé mon enfance et dont je ressortais le sourire aux lèvres et le cœur empli de belles émotions. Je ne doute pas que les enfants prennent beaucoup de plaisir à découvrir cette histoire qui, cerise sur le gâteau, bénéficie de jolies illustrations signées Corentin Lecorsier. En plus du côté esthétique, elles facilitent indéniablement l’immersion dans le récit.

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Quant à la plume de l’autrice, elle devrait plaire à un large public : des enfants, enchantés par son accessibilité, aux adultes qui savoureront sa poésie et sa fluidité. À cet égard, j’ai particulièrement apprécié les descriptions qui, tout en restant synthétiques, sont pleines de poésie. Elles permettent d’ailleurs, au même titre que les illustrations, de se plonger pleinement dans l’histoire et l’univers qui prend vie sous nos yeux.

Mention spéciale pour un personnage à quatre pattes que j’ai adoré et qui, enfant, m’aurait fait fondre au point de me donner envie de lire et relire le livre. En plus de nous attendrir, ce personnage permet à l’autrice de subtilement inculquer l’amour et le respect des animaux de compagnie, sa maîtresse le traitant avec beaucoup de délicatesse.

En conclusion, grâce à un style tout en finesse qui n’en demeure pas moins très accessible, Zélie Jumel réunit petits et grands lecteurs autour de l’amour des contes, des princesses et des belles histoires d’amour et d’amitié ! Bénéficiant de jolies illustrations et auréolé d’un certain mystère, Conte d’Ocitarina vous réserve un très beau moment de lecture dans la lignée des contes de notre enfance, une pointe de modernité en plus. À lire et à relire seul ou en famille !

À noter que dans une volonté affichée de la maison d’édition de rendre la lecture accessible à tous, la police d’écriture est adaptée aux personnes dyslexiques.

Retrouvez le roman sur le site d’Évidence Éditions.

Site de l’autricePage FB de l’autricePage FB de l’illustrateur

Les Rats de Hamelin, Jean-Christophe Chaumette

Je remercie Évidence éditions de m’avoir permis de découvrir Les Rats de Hamelin de Jean-Christophe Chaumette dans le cadre du Crazy Books Day.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Chargé de fournir aux États-Unis une arme révolutionnaire, John Dougherty se heurte à deux difficultés majeures : Eli Weisman, le seul scientifique capable de doter des robots de combat d’un cerveau efficace, est un pacifiste cocaïnomane réticent à aider les militaires ; et Paul Teofinua, favori des élections présidentielles à venir, rêve de désarmement mondial.
Tandis que Dougherty et Weisman, tous deux convaincus d’œuvrer pour le bien commun, s’opposent sans relâche, Paul Teofinua se rapproche de la victoire finale.
Mais la menace qui plane réellement sur l’humanité n’est ni celle imaginée par John Dougherty le nationaliste ni celle redoutée par Eli Weisman l’antimilitariste. Personne n’est capable de la prévoir.

Évidence éditions – 456 pages – Broché (19,99€) – Ebook (7,99€)

AVIS

Aimant beaucoup la légende du joueur de flûte de Hamelin, le titre du roman m’a tout de suite donné envie de découvrir l’histoire proposée par un auteur que je ne connaissais que de nom, Jean-Christophe Chaumette. S’il m’a fallu la fin du roman pour vraiment comprendre le choix du titre, je le trouve très pertinent.

Cette histoire, je l’ai dévorée très vite happée par l’écriture de l’auteur qui est un parfait équilibre entre fluidité, précision et immersion. On sent une parfaite maîtrise de la langue et une volonté de coller au plus près de l’intrigue, des personnages et de leur vie mouvementée. Car je peux vous dire qu’avec Les Rats de Hamelin, vous ne risquez pas de vous ennuyer, l’auteur réservant à ses personnages moult péripéties et aventures, plus ou moins agréables, mais toujours imprévisibles.

Très rythmé, les actions s’enchaînant rapidement, ce roman nous plonge dans la vie de personnages très différents autant en termes d’idéaux que de personnalité. Quand John Dougherty est prêt à tout pour s’assurer de la suprématie des États-Unis sur le reste du monde, Eli Weisman est, quant à lui, un scientifique pacifique et passablement accro à la drogue, le seul moyen qu’il a trouvé pour faire taire ce terrible cauchemar qui hante ses nuits depuis son enfance. Victime d’un abject chantage, Eli est néanmoins contraint de collaborer avec Dougherty afin de mettre son extrême intelligence au service de l’armée américaine.

L’enjeu est de taille : révolutionner l’art de la guerre en s’appuyant sur la robotique pour maximiser les pertes chez l’ennemi tout en limitant les morts du côté américain. Si l’idée d’une armée de robots a d’abord laissé sceptique Forrester, le gradé s’est vite rangé du côté du progrès… Même s’il semble moins dangereux et extrême que Dougherty, Forrester reste profondément attaché à son pays quitte à prendre quelques largesses avec la morale pour le protéger des dangers, quelle qu’en soit leur nature.

Et les menaces ne manquent pas entre les pays hostiles aux Etats-Unis et cette menace intérieure, repérée avant tout le monde par Dougherty, qui se fait de plus en plus pesante. Elle prend la forme d’un candidat à la présidence qui semble, comme par miracle, conquérir le cœur des Américains et même de ceux qui devraient le haïr : les industriels de l’armement. Paul Teofinua a, en effet, basé son programme sur le désarmement nucléaire, un objectif qui ne rencontre pas la levée de boucliers à laquelle on aurait pu s’attendre. Quel est donc le secret de cet homme qui arrive à faire accepter l’inacceptable à la plus grande nation du monde et à ses industriels ?

Prophète des temps modernes qui œuvre pour le bien de l’humanité ou dangereux personnage qui menace la grandeur des États-Unis en l’affaiblissant comme le pense Dougherty ? Et derrière cet écran de respectabilité que rien ne semble pouvoir entacher malgré une vie privée passée au crible, Paul Teofinua est-il vraiment l’homme qu’il prétend être ? Non, si l’on se fie à sa fille aînée qui ne reconnaît plus son propre père depuis sa rencontre avec un docteur et ses méthodes de guérison alternatives qui ont conduit un père de famille mourant à se transformer en un combattant acharné pour la paix…

L’auteur a réussi à faire de Paul Teofinua un personnage fascinant car très difficile à appréhender. Il intervient très peu dans le roman, mais il l’imprègne de son aura et laisse son ombre planer, une ombre qui se veut tout à tour synonyme d’espoir et de danger. Le mystère et le suspense autour de cet homme sont probablement ce qui m’a le plus tenue en haleine et fait tourner les pages avec cette envie irrépressible de faire tomber le masque, si masque il y a… On ne peut donc s’empêcher de formuler différentes hypothèses pour expliquer le comportement de cet idéaliste et son envie de dénucléarisation qui remet totalement en cause l’équilibre du monde. Quel est son véritable objectif, la paix ou quelque chose que personne n’aurait pu anticiper ni même imaginer ?

Une question qui nous obnubile jusqu’à la fin et quelle fin ! Après le premier choc et un « mais c’est quoi ce délire ?  » qui ne manquera pas de vous traverser l’esprit, on ne peut que se dire que l’auteur a su nous balader de la première à la dernière ligne. À la manière d’un prestidigitateur, il a veillé à détourner notre attention pour mieux nous éblouir par une fin totalement inattendue et choc ! Il m’a fallu quelque temps pour la digérer et j’ai été aidée en cela par un des meilleurs épilogues que j’ai pu lire. Avec subtilité et à travers la voix de l’un de ses personnages, l’auteur arrive à nous faire comprendre son cheminement de pensée et à induire une réflexion sur le nucléaire, l’état du monde, la nature humaine et sa propension à la destruction. Je n’en dirai pas plus sous peine de gâcher la puissance de la fin et du message, mais je peux néanmoins vous dire qu’avec une telle conclusion, je ne suis pas prête d’oublier cette histoire.

Au-delà de la fin, le roman ne manque pas d’atouts : des citations de chansons qui rythment le récit et participent à l’ambiance, une plongée dans les arcanes des services secrets et de ces organisations travaillant dans l’ombre pour le bien d’un pays, la présence de la technologie et la révolution que celle-ci engendre dans les guerres et les questions éthiques que cela soulève, une petite immersion dans la culture polynésienne, une critique sous-jacente de l’hégémonie américaine et des comportements parfois plus que discutables de cette puissance… Des points qui apportent une richesse indéniable à l’intrigue.

À cela s’ajoute l’alternance de points de vue bien maîtrisée qui nous fait entrer de plain-pied dans la vie des personnages principaux, mais aussi secondaires, Eli ayant la chance d’être soutenu par des amis qui, chacun à leur manière, l’aideront à faire face à une situation qui va vite le dépasser. Il faut dire que l’auteur a su insuffler à son récit cette ambiance complotiste qui pousse certains personnages dans leurs retranchements. Dans cette histoire pleine de rebondissements où les rôles s’inversent vite, difficile en effet d’anticiper les événements ce qu’apprendront à leurs dépens certains protagonistes… À cet égard, j’ai été plus qu’horrifiée par un homme, qui n’en porte que le nom, dont les pensées et les exactions font froid dans le dos d’autant qu’elles sont basées sur une idéologie qui a fait beaucoup de victimes et qui continue à gangréner les esprits.

En conclusion, à la croisée du thriller, du roman d’action et de science-fiction, Les Rats de Hamelin est un roman très cinématographique qui vous offrira un bon divertissement empli de suspense, d’action et de rebondissements. En plus d’une intrigue immersive qui vous tiendra en haleine, les événements s’accélérant à mesure que l’on approche du dénouement, le roman pose les bases d’une réflexion pleine de justesse sur l’homme et sa capacité de destruction…

Retrouvez le roman sur le site d’Évidence éditions.

Légendes urbaines, Sébastien Gallois

Légendes Urbaines

Je remercie Évidence éditions pour m’avoir envoyé Légendes urbaines de Sébastien Gallois dans le cadre du Crazy Books Day qui a lieu le premier jeudi de chaque mois.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Il y a des personnes que vous pouvez croiser dans une rue sans leur accorder la moindre attention. Des gens dont l’histoire ne fera jamais les gros titres, dont les drames ne seront connus que de quelques personnes pour être vite oubliés. Après tout, qui s’intéresse aux souffrances que peut causer une femme éprise d’amour et de liberté, aux enquêtes menées par un flic retraité…

Évidence éditions – Collection Clair-Obscur – 198 pages
Broché (12,99€) – Ebook (5.99€)

AVIS

Visages et silhouettes anonymes dans une rue à l’atmosphère violacée… cette magnifique couverture a tout de suite attiré mon attention et donné envie de m’intéresser à ces Légendes urbaines.

Sébastien Gallois nous propose ici trois nouvelles très différentes les unes des autres, mais toutes très marquantes. Avant de vous parler plus en détail de chacune d’entre elles, je tenais à mettre en avant l’atout charme de ce livre : la plume de l’auteur. Poétique, fine et élégante, elle permet de ressentir pleinement l’intensité qui se dégage des différents récits qui, comme vous le verrez, devraient vous faire vivre de multiples émotions.

  • La symphonie de la tempête

Une jeune musicienne qui doit étudier et travailler en attendant de pouvoir vivre pleinement son rêve, un jeune homme qui lui aussi a un projet artistique, une rencontre, une union… et la désillusion.

J’avoue que cette nouvelle m’a quelque peu déroutée ne sachant pas exactement où voulait en venir l’auteur. S’agissait-il simplement du récit d’une relation amoureuse commencée sur un rêve et terminée par un cauchemar, celui d’une vengeance, une histoire destinée à prôner la poursuite de ses rêves et aspirations profondes quelles qu’en soient les conséquences ? La fin grandiose et très théâtrale, qui m’a d’ailleurs complètement surprise, pourrait faire pencher la balance pour l’une de ces hypothèses… Mais peu importe, le plus important étant, à mon sens, que l’auteur a réussi à offrir une histoire courte et intense dans laquelle on se plonge sans réserve et avec curiosité.

Au fil des pages, on suit le schéma classique d’une relation qui part en déliquescence sans pouvoir s’empêcher de ressentir agacement, peine et indulgence. Et de l’agacement, j’en ai eu face à une femme égocentrique qui tend à rejeter tout son malheur sur la société et son mari sans se questionner sur ses propres choix et actions. Quelle femme horripilante ! Elle dégage pourtant de la beauté par son amour pour la liberté, la musique et l’art. Il est juste dommage que sa passion annihile, paradoxalement, toute trace d’humanité et d’empathie chez elle… Brillante musicienne et compositrice, elle est donc le parfait exemple de ces personnes dont on admire le travail, mais dont on ne supporte pas la personnalité.

Cette nouvelle m’a fait ressentir des émotions plutôt intenses, et m’a conquise par les différentes réflexions qu’elle induit sur le processus créatif, l’importance de vivre l’instant présent, la portée de ses rêves et de ses ambitions, l’amour et la haine, et la tempête intérieure que de tels sentiments peuvent provoquer en chacun d’entre nous pour le meilleur et pour le pire…

Music, Heart, Love Of Music, Clef

  • Sa dernière enquête

Cette nouvelle a été un coup de cœur ! Je vais d’ailleurs avoir du mal à vous dire pourquoi je l’ai tant appréciée sans partir dans tous les sens…

Il y a d’abord ce titre dont le côté dramatique a titillé ma curiosité dès le début de ma lecture introduisant d’emblée un certain suspense. Mais ce que j’ai le plus apprécié est sans aucun doute le protagoniste, un sexagénaire appartenant à un groupe de « super-héros », que j’ai trouvé particulièrement bien construit, attachant et touchant. Lasse de ces coéquipiers masqués plus intéressés par les réunions et les vues sur YouTube que par l’action, il va se lancer en solitaire dans des opérations dont on peut questionner la pertinence d’autant qu’elles le mettront dans une situation délicate… On suit avec plaisir et une certaine angoisse cet homme qui, depuis son départ à la retraite, cherche à continuer à aider la justice et à retrouver un rôle actif dans la société.

Au-delà de cette histoire captivante, l’auteur aborde avec beaucoup de justesse et sans lourdeur différents thèmes : la course à la notoriété sur des réseaux tels que YouTube, le thème du terrorisme et de la place des réseaux sociaux dans son expansion, la morale et la justice… et la notion de super-héros.

Un super-héros doit-il porter une cape et avoir des super-pouvoirs pour changer le monde ? Ou chacun peut-il devenir un super-héros du quotidien contribuant, par des actions individuelles et petits gestes, à améliorer la société ? Une question que je trouve intéressante d’autant qu’elle traduit une tendance que l’on constate parfois sur les réseaux sociaux : des gens qui se mobilisent derrière leur écran, mais qui ne traduisent pas forcément leurs revendications par une action concrète…

Quant à la fin, elle m’a, comme pour la nouvelle précédente, prise de court, mais je l’ai  trouvée très belle et pleine de sensibilité.

Superhero, Shirt, Tearing, Superman, Everyday Life

  • Ils sont jugés. Ils sont châtiés.

Sébastien Gallois termine son recueil avec une histoire sombre et dérangeante à souhait ! Anne, étudiante en prépa à Lyon, vit un événement traumatisant qui ne la laissera pas indemne. Blessée et déboussolée, elle rencontrera un énigmatique personnage qui lui montrera la possibilité d’une nouvelle vie, une vie guidée par un sens particulier de la justice. La jeune femme prendra alors une décision qui ne souffre d’aucun retour en arrière…

Je préfère rester vague quant à ce récit bouleversant qui ne pourra que susciter en vous une avalanche d’émotions plutôt fortes et parfois contradictoires. Il faut dire que l’auteur, à travers un drame réaliste, soulève un certain nombre de questions quasi philosophiques sur des notions complexes telles que la morale, la loi, la justice… Jusqu’où peut-on aller pour punir un criminel sans perdre soi-même son humanité ? La loi du talion est-elle vraiment le seul moyen pour « venger » une victime ou du moins, lui rendre justice ?

Restant parfois interloquée voire dégoûtée face à certaines décisions de justice, j’ai réussi, sans l’accepter, à comprendre la logique développée par ce personnage aux allures d’ange vengeur qui fascine autant qu’il horrifie. Une antithèse de super-héros à moins que ce soit une version de super-héros dépouillée de toute humanité…

L’ambiance noire et étouffante qui se dégage de ce récit ne plaira pas à tout le monde, mais l’auteur nous prouve ici qu’il arrive avec brio à pousser les lecteurs dans leurs retranchements. J’ai d’ailleurs retrouvé, dans une certaine mesure, la même impression de noirceur qui colle à la peau que dans certains thrillers très sombres.

Lawyer, Scales Of Justice, Judge, Justice, Court


En conclusion, sans jamais tomber dans la facilité, Sébastien Gallois arrive à surprendre par des récits forts qui suscitent émotions et réflexions, et des fins inattendues. Qu’il explore les tourments d’une artiste, ceux d’un retraité ou d’une étudiante victime d’un acte barbare, il le fait avec beaucoup d’intensité, de finesse et une certaine poésie.  Amour, haine, rêve, vengeance… sont au programme d’un ouvrage qui ne devrait laisser aucun lecteur indifférent.

Découvrez le livre sur la boutique en ligne d’Évidence éditions.

Le rêve de Chat Taigne, Colline Hoarau

Le rêve de Chat Taigne

Je remercie Évidence éditions et Colline Hoarau pour la découverte de ce joli livre jeunesse.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Chat Taigne est le compagnon quotidien de Clémentine. Heureusement qu’il est là lorsque Colin, le marin, s’en va de par les océans. Il a un rêve secret, en voyant chaque jour, les enfants passer devant la fenêtre. Les accompagner vers l’école…

48 pages – Format papier (13€) – Epub (2.99€) – Collection Farfadet

Adapté aux lecteurs dyslexiques

AVIS

Ceux qui me suivent régulièrement sur le blog savent à quel point j’aime les chats. Ils ne seront donc pas étonnés si je leur dis avoir complètement craqué devant la couverture, le titre, le résumé et le contenu de ce livre qui devrait plaire à un large public…

Si vous faites partie de ceux qui estiment qu’un chat ne pense qu’à dormir et à manger, Chat Taigne va vous prouver le contraire. Très attachant, rêveur et ayant de la suite dans les idées, ce petit chat que l’on a immédiatement envie d’assaillir de caresses a un rêve ! Non, il ne s’agit pas d’avoir une gamelle qui se remplit automatiquement de ses mets favoris, son rêve est bien plus inattendu si ce n’est cocasse : il rêve d’aller à l’école. Y arrivera-t-il ? C’est une chose que je vous laisserai bien entendu découvrir par vous-même.

Mais ce que je peux d’ores et déjà vous dire, c’est que l’on prend grand plaisir à découvrir Chat Taigne, l’origine de son prénom inhabituel, ses habitudes, sa grande curiosité, son intelligence, sa gentillesse et sa relation touchante avec son adoptante, Clémentine. Cette dernière a vécu quelque chose de difficile, mais elle a su garder le sourire et aller de l’avant grâce, entre autres, à son adorable compagnon à quatre pattes.

Entouré de la présence aimante de Clémentine, Chat Taigne va également découvrir un sentiment nouveau : l’amour avec un grand A. C’est ainsi que rentrera dans sa vie, une gentille et belle minette du nom amusant de Chatte Touille. Difficile de ne pas craquer devant la relation naissante entre ces deux poilus qui se révèlent tous les deux très attachants.

En plus de divertir les enfants, Le rêve de Chat Taigne présente également l’avantage de questionner leur relation à l’école. Les enfants devraient être surpris puis inspirés par ce petit minet qui leur montre toutes les joies que l’école peut leur apporter et toutes les choses qu’ils peuvent y apprendre. Ce n’est bien sûr pas la solution miracle pour faire apprécier l’école aux plus récalcitrants des enfants, mais l’histoire de ce chat curieux qui rêve d’école leur donne une image valorisante de cet endroit au sein duquel ils passent finalement beaucoup de temps…

Quant au style de l’autrice, je l’ai trouvé très agréable même pour les adultes. Tout en restant simple pour être accessible aux jeunes lecteurs Colline Hoarau joue avec les mots, le rythme des phrases et n’hésite pas à faire preuve d’humour. Il en résulte une histoire amusante et toute douce que l’on prend plaisir à lire et ceci, quel que soit son âge.

Enfin, on ne peut pas parler du rêve de Chat Taigne sans évoquer ses illustrations qui viennent enjoliver une histoire déjà très belle. Je ne sais pas vous, mais pour ma part, je craque complètement devant ces beaux personnages à quatre pattes. Grâce à des couleurs pastel d’une grande douceur et un coup de crayon simple auquel les enfants pourront facilement s’identifier, l’illustrateur facilite sans aucun doute leur immersion dans le récit.

 

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En bref, Colline Hoarau nous offre une jolie histoire qui devrait enchanter les jeunes lecteurs et les lecteurs plus âgés ayant gardé une âme d’enfant. Colorées et mignonnes à souhait, les illustrations de Ben Renaut, qui soulignent à merveille la douceur de l’histoire de Chat Taigne, devraient, quant à elles, rendre l’expérience de lecture encore plus immersive et agréable. À lire et à relire avec toujours autant de plaisir…

Et vous, envie de découvrir Le rêve de Chat Taigne ?

Des voisins… d’enfer, Hélène Duc

Des voisins... d'enfer

Je remercie Évidence Éditions pour m’avoir permis de découvrir Des voisins… d’Enfer d‘Hélène Duc.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Salut, je m’appelle Lukas Jenkle, j’ai treize ans et, cette nuit, je vais vivre l’aventure la plus terrifiante de toute ma vie ! C’est sûrement le prix à payer, lorsqu’on habite à côté d’une vieille famille de sorciers, aux ancêtres réputés pour leur cruauté (les Báthory, ça vous dit quelque chose ?). Surtout quand ces dangereux voisins décident d’organiser une grande fête dans leur jardin pour célébrer le Sabbat de Lughnasadh avec tous leurs copains, as de la baguette magique ! Vacarme et nuit blanche assuré ! Mais cette fois, ça ne va pas se passer comme ça, râle mon père, furieux de ne pas pouvoir dormir. Cette fois-ci, ces enquiquineurs vont l’entendre ! Foi de Jenkle ! Et le voilà qui part se plaindre auprès des fêtards… à ses risques et périls car il ignore qu’une très mauvaise surprise l’attend à l’intérieur de la maison… Pauvre papa ! S’il avait su quel danger le guettait, il aurait vite fait demi-tour, croyez-moi !

Évidence Éditions (21 juillet 2018) – Broché 8€ (ebook disponible) – 80 pages

AVIS

Je connaissais Hélène Duc dans un registre plus adulte et ai donc été intriguée de la découvrir dans un roman jeunesse dont j’aime d’ailleurs beaucoup la couverture.

Lukas Jenkle, 13 ans, et ses parents habitent près d’une maison de sorciers, et pas n’importe lesquels : les descendants de la fameuse comtesse hongroise sanguinaire, Élisabeth Báthory ! Malgré la crainte que ceux-ci suscitent en eux, le jeune homme et son père, excédés par le boucan que font ces terrifiants voisins, décident d’aller les voir pour qu’ils cessent leur vacarme. La nuit est faite pour dormir pas pour faire la fête, Sabbat ou non ! Si le couple Báthory comprend parfaitement la demande de ses voisins, leur vieille tante, beaucoup moins… Commence alors pour Lukas une nuit qu’il n’est pas prêt d’oublier. 

Ce livre est destiné aux enfants à partir de 7 ans, mais laissez-moi vous dire que je me suis laissée embarquer dans cette histoire dès les premières lignes. Il faut dire que j’ai retrouvé la finesse et l’élégance qui caractérisent la plume de l’autrice. Je vous rassure, elle a tout de même veillé à adapter son style afin qu’il soit accessible aux jeunes lecteurs. Les enfants et les adultes devraient donc être enchantés par l’ambiance instaurée par l’autrice à travers un style aussi agréable qu’immersif.

Au-delà de la plume de l’autrice, le roman se lit rapidement grâce à son rythme : mené tambour battant, on ne voit pas défiler les pages. Les lecteurs, quel que soit leur âge, prendront donc plaisir à suivre le jeune Lukas dans ses (més)aventures. Témoin du sort peu enviable réservé à ses parents, il va, en effet, tout mettre en œuvre pour les sortir des griffes de la méchante tante Báthory. Sorcière à l’ancienne, elle ne porte pas les humains dans son cœur, et c’est un euphémisme. Devant ses plans machiavéliques, Lukas n’aura donc pas d’autre choix que se jeter courageusement dans la gueule du loup… Une témérité qui ne devrait pas laisser les lecteurs indifférents.

J’ai, pour ma part, beaucoup aimé ce personnage qui n’hésite pas à s’adresser directement aux lecteurs pour partager ses sentiments. C’est une démarche que j’apprécie quand elle est réalisée avec efficacité comme ici. Il en résulte une connivence quasi immédiate avec ce jeune homme dont j’ai fortement admiré la capacité à surmonter ses peurs.

En jouant sur la réputation sulfureuse des Báthory et sur l’image des sorcières telle qu’on la trouve dans les livres de contes, l’autrice réussit à créer un climat angoissant. Mais de nouveau, elle a su s’adapter aux enfants en offrant un bel équilibre entre action, magie, tension et solidarité. Le livre ne devrait donc pas terrifier les enfants, mais leur faire tout de même vivre quelques émotions fortes. Quant à la fin, je ne vous en dirai pas plus si ce n’est qu’elle conclut à merveille le récit.

En bref, un peu à la manière des livres Chair de poule, l’autrice invite les enfants à  frissonner, un peu, et à passer un moment de lecture envoûtant et prenant.  Des voisins… d’Enfer devrait donc enchanter les petits, mais aussi les grands lecteurs qui ont envie d’un récit empli de sorcellerie les faisant retomber, durant un instant, en enfance.

Et vous, envie de découvrir le livre ?
Retrouvez-le sur le site d’Évidence éditions.