Throwback Thursday Livresque #90 : Asie

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J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Organisé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème qu’elle aura au préalable défini.


 

Aimant beaucoup la littérature asiatique, il m’a été difficile de faire un choix, mais j’ai décidé de vous parler d’un roman qui m’avait touchée : Le Chat qui venait du ciel.

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Voici un roman touché par la grâce, celle d’un chat » si petit et si frêle qu’on remarquait tout de suite ses oreilles pointues et mobiles à l’extrême « . Quand un jeune couple emménage un jour dans le pavillon d’une ancienne demeure japonaise, il ne sait pas encore que sa vie va s’en trouver transformée. Car cette demeure est entourée d’un immense et splendide jardin, et au cœur de ce jardin, il y a un chat. Sa beauté et son mystère semblent l’incarnation même de l’âme du jardin, gagné peu à peu par l’abandon, foisonnant d’oiseaux et d’insectes. Tout le charme infini de ce livre tient dans la relation que le couple va tisser avec ce chat qui se fond dans la végétation exubérante pour surgir inopinément, grimpe avec une rapidité fulgurante au sommet des pins gigantesques, frappe à la vitre pour se réconcilier après une brouille. Un charme menacé, car ce qui éveille en nous la beauté et appelle le bonheur est toujours en sursis…

Pourquoi ce choix ?

Si vous me suivez régulièrement, vous devez savoir à quel point j’aime mes chats et les chats en général. Cet animal semble avoir aussi la faveur des écrivain(e)s japonais(e) qui arrivent avec une grande poésie à retranscrire toute sa beauté et sa complexité.

Aimant à la fois sa liberté et son foyer, capable d’une grande indépendance comme d’une totale dévotion à l’égard des personnes qui auront su toucher son cœur, le chat possède cette noblesse de cœur et d’esprit que Takashi Hiraide a su subliment retranscrire dans son roman. L’auteur a également réussi à montrer de manière très touchante la place qu’un chat prend dans la vie de ses maîtres et les liens forts qui peuvent unir hommes et animaux.

Le Chat qui venait du ciel est un magnifique roman plein de poésie que je ne peux que conseiller à tous les amoureux des chats. Pour en apprendre un peu plus sur le roman, je vous invite à lire ma chronique.

Si vous aimez les chats et la littérature asiatique,  20 ans avec mon chat devrait également vous toucher.

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Et vous, Le chat qui venait du ciel vous tente ?

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Fils de l’eau, Gu Byeong-MO

Fils de l'eau, Editions Philippe Picquier

Attirée par la couverture sur laquelle une aura de mystère planait, j’ai acheté Fils de l’eau de Gu Byeong-Mo, publié par les Editions Philipppe Picquier, sans hésitation.

J’ai lu ce livre dans le cadre du challenge Livra’deux pour Pal’AddictMa binôme, Vinushka du blog Lectoplum a sélectionné pour moi trois livres dans ma PAL : Fils de l’eau, La mort est mon métier et le Livre des sortilèges. Pour réussir le challenge, il me fallait lire au moins l’un des trois ouvrages avant le 31 janvier 2017.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Pour échapper à la noyade, un enfant développe des branchies qui vont lui permettre de respirer, de survivre dans le monde des hommes et de nager dans la solitude de l’eau et le bonheur d’être libre au milieu des poissons.
Cet épisode sera pour lui comme une seconde naissance car il ne se souvient de rien de ce qui s’est passé avant. Recueilli par un vieil homme et son petit-fils, il mène avec eux une vie fruste et innocente au bord du lac où ils vivent, forcé de cacher sa singularité aux yeux des autres.
Profondément ancré dans la réalité de la Corée d’aujourd’hui, ce roman distille un charme secret. Imprégné de l’odeur de l’eau et des algues, de la violence de la pluie, il conte l’histoire d’un être à part, dont la différence est à la fois un malheur et une grâce, avant de devenir le moyen de sauver les autres.

  • Broché: 193 pages
  • Editeur : Philippe Picquier (2 mai 2013)
  • Prix : 18,50€
  • Autre format : poche

AVIS

Partie pour lire quelques pages avant de me coucher, j’ai fini par lire la moitié du roman avant de le finir le lendemain soir. Vous aurez donc compris que j’ai beaucoup apprécié cette lecture qui m’a tout simplement happée dès les premières pages d’autant que le livre n’est pas dénué d’humour.

J’ai adoré la plume de l’auteure tout en finesse. Les pages défilent les unes après les autres sans que l’on s’en aperçoive comme si les mots coulaient de source. Il n’y a pas de jolies descriptions ou d’envolées lyriques, mais pourtant, le texte que nous offre l’autrice est d’une très grande poésie.

Dans le roman, Gon est qualifié d’homme-sirène ce qui m’a un peu perturbée car sa description et ses particularités physiques me font plutôt penser à un homme-poisson. Mais, c’est vrai que cette appellation perd le côté magique du personnage et suscite bien moins l’imagination.

Je m’attendais d’ailleurs à ce que la place de l’imaginaire soit plus conséquente. L’autrice nous décrit de manière si naturelle les attributs physiques de poisson de Gon et les intègrent si bien au récit, qu’on finit presque par les croire comme normaux. Ils font partie de Gon et c’est tout ! Ce sentiment est accentué par le fait qu’elle n’explique pas d’où ils viennent et qu’au final, cette différence n’est pas le point central du roman, mais plutôt un point de départ.

Au-delà de l’aspect fantastique, l’autrice aborde différents thèmes comme la solitude qui semble si présente et pesante, les relations familiales et toute leur complexité, la différence et la peur qu’elle suscite, l’amour et la haine… Tout cela fait de Fils de l’eau une lecture forte qui marque l’esprit du lecteur même une fois la dernière page tournée d’autant que l’épilogue du livre est très beau et triste à la fois.

En conclusion, dénué de tout superflu, l’écrivaine nous livre ici texte simple mais d’une grande beauté, un peu à l’image de notre homme-sirène. Derrière le côté fantastique, ce roman est avant tout une histoire bien humaine où l’ambivalence des sentiments prévaut.

NOTE : 5/5

Retrouver un extrait gratuit proposé par les Éditions Philippe Piquier.

La Tour de Tokyo Maman, moi et papa de temps en temps, LILY Frankie

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Découvert par hasard et ne connaissant pas l’auteur, LILY Frankie, j’ai hésité à acheter La Tour de Tokyo, Maman, moi et papa de temps en temps, l’ouvrage étant un texte auto-biographique.

Néanmoins, j’ai fini par me laisser tenter en constatant que livre avait été publié par les Éditions Philippe Picquier.

J’ai lu ce livre dans le cadre du Challenge Pioche dans ma PAL.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Par une star de la scène rock et pop japonaise indépendante, un livre superbe, énergique, puissant, poignant hommage à sa mère et récit de ses années d’enfance puis d’errance et de galère à Tôkyô. Un père violent, looser indécrottable et yakuza à ses heures, une mère forte et généreuse qui voue son existence à son fils. Et, pivot symbolique et ombilic du monde, la Tour de Tôkyô, qui attire les jeunes provinciaux et leur brûle les ailes.

Porté par une langue orale inventive et imagée, mais aussi très maîtrisée, qui transforme progressivement ce récit de la découverte de la ville et de soi en leçon de vie, ce livre est aussi l’emblème de toute une génération. Celle qui, née dans les années 1960, fut trop jeune pour avoir participé aux mouvements contestataires, mais ne s’est jamais reconnue dans l’idéologie du »miracle » japonais. Une génération sans complexes qui refuse de rentrer dans le rang et invente sa propre modernité.

  • Poche: 510 pages
  • Editeur : Philippe Picquier (31 janvier 2013)
  • Prix : 9€

 

L’AUTEUR (info du site Philippe Picquier)

De son vrai nom Nakagawa Masaya, Lily Franky est né le 4 novembre 1963 à Kokura sur l’île de Kyûshû. Illustrateur, musicien, chroniqueur de presse et de radio, scénariste, acteur de cinéma, auteur d’albums pour les enfants : c’est un artiste touche-à-tout et une figure polymorphe de la scène rock et pop japonaise. Il explique son pseudonyme ainsi : « Je voulais un nom qu’on ne puisse pas définir comme masculin ou féminin, ni comme japonais ou étranger. »

La Tour de Tokyo » a obtenu le prix des Libraires japonais en 2006 et s’est vendu à plus de deux millions d’exemplaires

AVIS

Une histoire personnelle dévoilée sans voyeurisme…

La Tour de Tokyo n’est pas un livre qu’il m’est facile de chroniquer sûrement parce qu’il est basé sur la vie de son auteur. Il apparaît alors quelque peu difficile de donner son avis sur l’histoire en soi sans, d’une certaine manière, porter un jugement sur la vie de Nakagawa Masaya, devenu Lily Frankie. Je ne peux donc que vous inviter à lire vous-même l’ouvrage pour découvrir la vie de l’artiste de son enfance à sa vie d’adulte.

Au début de ma lecture, j’ai craint que « lire » la vie d’une personne que je ne connaissais même pas aurait quelque chose d’ennuyant voire relèverait du voyeurisme à la manière de ces émissions exaspérantes de pseudo télé-réalité. Heureusement, ce ne fut point le cas !

Évidemment, nous entrons dans la vie d’une personne et dans son intimité mais l’auteur, avec son style d’écriture particulier, arrive à se raconter tout en gardant la distance nécessaire avec son lectorat. En d’autres mots, nous découvrons sa vie, ses actions et ses pensées, mais toujours avec une certaine réserve.

Il m’est arrivé de m’offusquer des actions de l’auteur notamment durant sa période « d’adulescent » mais le personnage a ce petit quelque chose qui fait, que de la même manière que sa mère, nous lui pardonnons vite ses errances. J’ai en outre trouvé intéressant la manière dont l’auteur s’est longtemps refusé à entrer dans le moule de la société japonaise et sa valorisation à outrance de la valeur travail. Cela rompt avec l’image des Japonais que nous pouvons avoir en Occident.

La figure maternelle…

Et puis, surtout, plus nous apprenons à connaître l’artiste, plus nous saisissons l’importance de sa mère dans sa vie, peut-être même avant ce dernier. Telle la Tour de Tokyo, pour les jeunes venus dans la ville pour se trouver et se réaliser, la mère de l’auteur apparaît comme le pilier de sa vie. Cette figure maternelle se transforme en une sorte de phare qui, par sa dévotion, son amour parfois pudique mais toujours inconditionnel illumine la vie de l’auteur et lui sert de point d’ancrage durant ses années d’errance. Un poème que sa mère aimait lire représente parfaitement la relation mère/fils qu’ils entretiennent :

Que tu sois là
Et par le simple fait
Que tu sois là
L’espace de ce lieu
S’illumine
Par le simple fait
Que tu sois là
Le cœur de tous
S’apaise
Moi aussi pour toi
Voilà
Ce que je veux être

Mitsuwo

J’ai ralenti ma lecture une fois arrivée à la dernière partie, l’auteur y racontant la maladie de sa mère. Alors qu’il se montre au final assez économe dans l’expression de sa peine et sa douleur, elle transparaît dans le récit tout comme l’amour qu’il porte à sa mère. Les derniers chapitres sont ainsi très émouvants et pour ma part, plutôt de nature émotive, éprouvants.

MA NOTE : 4/5

CONCLUSION

La tour de Tokyo est un livre que je suis contente d’avoir découvert. J’en ai apprécié le style particulier de l’auteur qui permet d’entrer rapidement dans le récit. Mais c’est surtout l’hommage  de l’auteur à sa mère et la manière dont il a su le distiller tout au long du livre qui m’a le plus touchée.

Je ne peux que conseiller ce livre à tous d’autant que l’universalité du thème (l’amour maternelle) ne nécessite pas de connaître l’écrivain pour en apprécier la prose.

Si vous souhaitez un aperçu du livre, les Édition Philippe Picquier vous offre un extrait gratuit en téléchargement.

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Le chat qui venait du ciel, Takashi Hiraide

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Le chat qui venait du ciel de Takashi Hiraide est un livre que j’ai découvert en parcourant le catalogue de la maison d’édition Philippe Picquier. En grande amoureuse des chats, la sublime couverture de l’ouvrage n’a pu qu’attirer mon attention.

J’ai lu ce livre dans le cadre du challenge Vide ta PAL en été et du challenge Lire en thème.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Voici un roman touché par la grâce, celle d’un chat  » si petit et si frêle qu’on remarquait tout de suite ses oreilles pointues et mobiles à l’extrême « . Quand un jeune couple emménage un jour dans le pavillon d’une ancienne demeure japonaise, il ne sait pas encore que sa vie va s’en trouver transformée. Car cette demeure est entourée d’un immense et splendide jardin, et au cœur de ce jardin, il y a un chat. Sa beauté et son mystère semblent l’incarnation même de l’âme du jardin, gagné peu à peu par l’abandon, foisonnant d’oiseaux et d’insectes. Tout le charme infini de ce livre tient dans la relation que le couple va tisser avec ce chat qui se fond dans la végétation exubérante pour surgir inopinément, grimpe avec une rapidité fulgurante au sommet des pins gigantesques, frappe à la vitre pour se réconcilier après une brouille. Un charme menacé, car ce qui éveille en nous la beauté et appelle le bonheur est toujours en sursis…

Hiraide Takashi, qui est avant tout poète, a insufflé une lumineuse et délicate magie à cette histoire du  » chat qui venait du ciel « , son premier roman, largement autobiographique.

  • Broché: 109 pages
  • Editeur : Editions Philippe Picquier (26 mars 2004)
  • Traduction : Elisabeth Suetsugu
  • Prix : 12€
  • Autre format : poche

AVIS

Ce livre m’a un peu rappelé 20 ans avec mon chat par la poésie qu’il dégage et bien sûr, la présence d’un chat.

Il est au final très différent notamment par le type de relation qui unit le chat du livre aux principaux protagonistes. Ici, Chibi n’appartient pas au couple bien que la réciproque ne semble pas vraie : le couple appartient bel et bien à cette petite boule de poils.

L’auteur décrit sublimement la manière dont Chibi a su conquérir le cœur du couple et prendre une place considérable dans leur vie. La femme et le mari ont ainsi développé, chacun à leur façon, une relation particulière avec l’animal empreinte d’amour et de respect.

« Si je ne prends pas Chibi dans mes bras, commença ma femme après avoir enterré l’oiseau, c’est parce que je suis contente quand les bêtes font ce qui leur plaît. »

Bien que le chat ne leur appartienne pas, nous ne doutons pas un seul instant des liens qui l’unisse à nos deux personnages. Mais cela n’a rien d’étonnant, ces petites boules de poils ont l’art et la manière d’attendrir les cœurs et de nouer des relations avec les deux pattes que nous sommes.

J’ai également apprécié d’être immergée dans une ambiance très japonaise avec un aspect contemplatif qui me plaît beaucoup. Cela peut en revanche déplaire aux personnes qui recherchent un livre avec un certain rythme.

Cette chronique sera volontairement courte afin de ne pas dévoiler le contenu de ce petit ouvrage. Néanmoins, je ne peux que vous inciter à vous laisser bercer par sa beauté et toute sa poésie.

MA NOTE : 4/5

En quelques mots, Le chat qui venait du ciel est un roman contemplatif que l’on prend plaisir à découvrir. Je le conseille à tous les amoureux des chats mais également à tous ceux qui apprécient les textes poétiques que semblent savoir si bien maîtriser les auteurs japonais.

 

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La librairie Tanabe, MIYABE Miyuki

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C’est avant tout le titre de l’ouvrage qui m’a interpellée étant dans une période où j’ai envie de lire des ouvrages liés, de près ou de loin, au monde des livres.

J’ai acheté La librairie Tanabe de Miyabe Miyuki, publié aux Editions Philippe Picquier, d’occasion car je souhaitais l’avoir en grand format qui ne me semble plus édité.

J’ai lu ce livre dans le cadre du challenge Vide ta PAL en été et du challenge Objectif du mois

PRESENTATION EDITEUR

Monsieur Iwa est libraire à Tôkyô. Dans la librairie Tanabe, avec l’aide de son petit-fils, féru de littérature, il vend des livres d’occasion. Mais, par l’intermédiaire de leurs clients, tous deux vont se trouver impliqués dans des histoires de meurtres ou de morts étranges. Une grande perspicacité et une clairvoyance certaine alliées à une solide culture leur permettront de jouer les détectives amateurs.

  • Broché: 187 pages
  • Editeur : Picquier (juin 1995)
  • Prix poche : 7,50€

AVIS

Le livre se compose de cinq nouvelles avec en toile de fond les livres et la librairie Tanabe. Les histoires sont bien sûr indépendantes les unes des autres mais elles ont en commun l’intervention, plus ou moins prononcée, de notre libraire et de son petit-fils des plus impertinents, ou comme M. Iwa l’appelle son « bon à rien de petit-fils unique« .

C’est d’ailleurs la relation entre ces deux personnages que j’ai préférée dans ce livre. Leurs échanges, emplis d’humour, témoignent de la grande complicité et de l’amour qui les unit. J’ai lu ce livre tranquillement assise sur un banc dans un jardin public et j’ai eu beaucoup de difficultés à cacher mes sourires en les lisant.

Les intrigues ne sont pas d’un suspens haletant et certains dénouements m’ont semblé un peu tiré par les cheveux ou trop simplistes. Mais j’ai quand même apprécié ces nouvelles qui abordent différents thèmes comme les traditions japonaises, les cérémonies funéraires, les conséquences de la Seconde Guerre Mondiale, les premiers émois amoureux…

J’ai en outre particulièrement apprécié la troisième nouvelle intitulée Le Clairon menteur dont le sujet central est la maltraitance infantile. J’avais anticipé très tôt le dénouement de l’histoire mais le personnage de l’enfant maltraité m’a beaucoup touchée tout comme son appel au secours à travers le vol d’un livre. Le traitement de l’histoire par l’auteure est assez japonais dans son fond et sa forme avec une certaine pudeur qui n’ôte rien à l’abomination de la situation.

Enfin, ma seule déception est le caractère au final assez secondaire des enquêtes surtout dans les deux premières nouvelles. Je m’étais attendue à un roman un peu plus typé policier. Ayant déjà eu le même genre de déception avec La vie contrariée de Louise, je crois que je vais un peu moins lire les quatrièmes de couverture qui ont tendance à trop guider mes attentes.

« Qu’est-ce que tu as, grand-père ? »

Ce dernier laisse échapper un grognement en guise de réponse.

« Un point te paraît douteux ? insista Minoru.

_ Tu parles comme un détective de roman policier ! dit son grand-père.

_Oui, peut-être. « 

NOTE : 3,5/5

En conclusion, La librairie Tanabe est un recueil de cinq nouvelles que je conseille à tous d’autant que le livre se lit très vite, soit d’une seule traite, soit nouvelle par nouvelle. Il devrait plaire aux personnes aimant les histoires ayant un lien avec les livres et/ou à ceux souhaitant une immersion dans la culture japonaise même si le livre commence à dater…

Je pense déjà découvrir d’autres livres de l’auteure dont Une carte pour l’enfer.

Photo du site Babelio

Photo du site Babelio

 

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Nos jours heureux, Gong Ji-Young

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Je continue ma découverte des auteurs asiatiques avec Nos jours heureux de Gong Ji-Young dont l’éditeur, Les Éditions Philippe Picquier, vous propose un extrait gratuit. 

J’ai en outre lu ce livre dans le cadre de mon challenge Livra’deux pour Pal’Addict.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Yujeong a le coeur en miettes lorsque sa tante Monica, qui est religieuse, la prend par la main et l’emmène à la Maison d’arrêt de Séoul visiter un condamné à mort. Rien ne semble pouvoir rapprocher une jeune désespérée de bonne famille d’un triple meurtrier, et pourtant… Au fur et à mesure de leurs rencontres, ils vont se raconter avec sincérité leurs « vraies histoires », affronter les ténèbres et découvrir les lumières éblouissantes au sein de ces ténèbres, réparer leurs âmes meurtries. Ce roman bouleversant nous parle de la force de l amour, de pardon et de rédemption.

  • Broché: 336 pages
  • Editeur : EDITIONS PHILIPPE PICQUIER (21 août 2014)
  • Collection : Corée
  • Prix : 19,50€
  • Autre format : poche, 8,50€

AVIS

Deux personnages différents mais qui se ressemblent…

Le roman alterne entre le passé de Yunsu, le condamné à mort, à travers ses « cahiers » bleus et le présent de Yujeong dans lequel Yunsu va trouver sa place.

Au début du livre, Yujeong apparaît désabusée. On a le sentiment que l’auteure va nous narrer la classique histoire de la pauvre petite fille riche qui, ayant déjà tout eu à sa naissance, se sent perdue dans la vie qu’elle traverse d’ailleurs sans aucun objectif ni sens. Ce n’est qu’une impression car sous les apparences d’une personne cynique voire méchante, on découvre un être blessé par la vie, par sa famille mais surtout par un événement douloureux arrivé durant son adolescence et qui l’a profondément meurtrie.

Quant à Yunsu, grâce à ses cahiers bleus, on découvre son passé, celui d’un enfant devenu adolescent puis adulte mais dont la vie n’a été que drame et douleur. Expression crue de la violence et de la souffrance qui ont jalonné la vie de Yunsu et de son jeune frère, ces cahiers marquent l’esprit du lecteur.

Les deux protagonistes, au parcours si différent, sont ainsi liés par la douleur et cette volonté farouche de mourir ; Yujeong par des pulsions de mort tournées envers elle-même à travers des tentatives de suicide et Yunsu, par la violence dirigée envers les autres.  A cet égard, une phrase du livre résume parfaitement ce lien entre elle et lui :

« Je voulais mourir, eh bien, vous aussi. « 

D’abord par contrainte puis finalement par choix, Yujeong va finir par venir voir régulièrement Yunsu en prison. Au fil de leurs rencontres, des liens vont se tisser, permettant à chacun de se raconter mais surtout de changer, d’évoluer. D’un être en colère prêt à faire du mal aux autres sans aucun remords, Yunsu s’apaise et devient quelqu’un d’autre. Il devient tout simplement humain! Et ce changement de personnalité est éprouvant et difficile à vivre pour le lecteur car on sait dès la première page du livre que Yunsu est condamné à mort.

La peine de mort, le pardon, la rédemption…

A travers l’histoire de Yunsu, l’auteure pousse le lecteur à s’interroger sur ce qui peut pousser un être humain à blesser et à tuer d’autres personnes. Comme pour notre condamné à mort, est-ce qu’une vie marquée par la violence et dans laquelle l’amour est absent peuvent expliquer qu’un individu devienne mauvais? De quelle manière notre histoire influe-t-elle sur notre présent?

« Derrière celui qui a commis un crime inimaginable se trouvent toujours des adultes qui ont exercé sur lui une violence inimaginable depuis son enfance. C’est comme si on avait signé un pacte, c’est partout pareil. La violence appelle une autre violence et cette violence appelle encore une autre violence. »

« Ceci dit, docteur Choe, intervint ma tante qui l’écoutait attentivement, il y a aussi des enfants qui grandissent dans des quartiers difficiles et qui passent leur enfance sous les coups mais qui deviennent des gens remarquables. Tous ces enfants ne deviennent pas pulsionnels ni criminels, n’est-ce pas ?
_Effectivement. C’est comme un virus. Quand il y a une épidémie, certains attrapent la maladie d’autres s’en sortent indemnes. L’homme ne peut se réduire à un seul facteur. »

L’auteure évoque également la question de la rédemption et du pardon à travers les deux protagonistes principaux. Pour Yunsu, il s’agit de recevoir le pardon alors que pour Yunseong, il s’agit de le donner…

Mais ce que j’ai le plus apprécié dans ce roman, c’est la manière dont l’auteure a su dénoncer la peine de mort, toujours en usage dans son pays la Corée du Sud, à travers l’histoire de Yunsu qui finit presque par la personnifier. Cela permet de dépasser le simple débat sur l’abolition ou non de la peine de mort pour l’ancrer dans la réalité, celle d’un être humain capable d’émotions mais surtout de changer.

Enfin, Nos jours heureux, au regard l’actualité, m’a semblé avoir un écho particulier. En effet, même si la peine de mort a été abolie en France, cela ne signifie pas que certains individus, lors d’événements traumatisants et d’une extrême violence comme le furent par exemple les attentats qui ont frappé notre territoire, ne finissent pas par tomber eux-mêmes dans la violence en souhaitant un retour à cette pratique. Il y une citation du livre concernant l’éventuel abandon de la peine de mort en Corée qui m’a marquée car c’est une phrase que l’on peut encore entendre en France en 2016 :

« Et puis, c’est un argument un peu extrême, mais ça revient à dire que les familles des victimes vont devoir payer davantage d’impôts pour garder leur bourreau en vie pour le reste de ses jours? »

MA NOTE : 4,75/5

L’AUTEURE (propos recueillis sur le site de l’éditeur)

Née en 1963 à Séoul, Gong Ji-young est une romancière très populaire en Corée et infiniment respectée pour la lutte qu’elle a menée, dès les années de dictature, pour défendre la démocratie et les droits des exclus de la société. Écrivain profondément engagé, ses romans traitent de la condition des femmes et des travailleurs, des maltraitances dont sont victimes les handicapés, de la répression sexuelle… En 1991, elle est l’objet d’une surveillance par le parti conservateur qui commande une enquête sur ses activités politiques. Elle se moquera plus tard de ces investigations sur son compte Twitter en postant « Merci au Grand National Party pour m’avoir rendu populaire internationalement. »

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ADAPTATION

Une adaptation cinématographique du livre existe même si d’après la bande-annonce, elle semble prendre quelques libertés avec le livre.

En résumé, Nos jours heureux est une lecture éprouvante dont le lecteur ne ressortira pas sans se poser des questions sur des thèmes durs comme la rédemption, le pardon, la peine de mort… A travers les histoires de Yunsu et de Yujeong, l’auteure prouve que les êtres humains peuvent changer et que rien n’est immuable à part … la mort.

A l’instar du Dernier jour d’un condamné de Victor Hugo en France, Gong Ji-Young propose ici un vibrant plaidoyer contre la peine de mort qui n’est au final que l’expression de la vengeance et dont le seul raffinement a été de substituer le terme d’exécution à celui de meurtre.

« Depuis l’aube de l’humanité , la violence n’a jamais réussi à éteindre la violence, jamais.. »

20 ans avec mon chat, Inaba Mayumi

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Des chats sur une couverture de livre, il n’en faut pas plus pour me donner envie de le lire. Si en plus l’ouvrage en question est publié chez l’une de mes maisons d’édition préférée, la lecture devient urgente. C’est de cette manière que je me suis précipitée chez  mon libraire pour commander 20 ans avec mon chat d’Inaba Mayumi aux éditions Philippe Picquier.

Pour ceux qui aimeraient lire un extrait du livre avant de l’acheter ou de l’emprunter, les Editions Picquier vous proposent un extrait à télécharger.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Tout a commencé avec la rencontre d’un chaton égaré. Une boule de poils vaporeuse accrochée de toutes ses griffes au grillage d’un jardin. Une chatte friande de sardines et de bonite aigre-douce, qui va s’introduire dans la vie de cette habitante de Tokyo (qui ressemble beaucoup à l’auteur) pour très longtemps. Mî va partager avec elle quatre-vingts saisons, la rendre sensible à l’odeur du vent, aux signes de la nature, à la température de la lumière, et accompagner chacune des transformations de sa vie. Car ce roman étoilé de poèmes est aussi celui d’une femme traversée par la soif d’écrire, qui tous les soirs égrenait sur le papier des choses qui apparaissaient, ou disparaissaient, les yeux posés sur Mî blottie à ses côtés. La malicieuse chatte va se transformer, avec la vieillesse, en une belle endormie, et sa maîtresse, presque sans s’en apercevoir, va devenir écrivain. De la nuit lointaine que les yeux humains ne voient pas Tu reviens Les coussinets glacés les oreilles dressées Et moi j’essuie les petites traces de tes pas dans le couloir L’empreinte de la nuit Les traces d’un secret qui n’appartient qu’à toi.

  • Grand format : 208 pages
  • Editeur : EDITIONS PHILIPPE PICQUIER (6 mars 2014)
  • Collection : Japon
  • Prix : 17,50€
  • Autre format : Poche

AVIS

20 avec mon chat est l’histoire d’une rencontre, d’une rencontre entre une jeune minette trouvée suspendue à un grillage et sa sauveuse qui pourrait être l’auteure du livre. Quand elle l’a sauvée puis adoptée, elle ne s’imaginait sûrement pas la place que cette chatte allait prendre dans sa vie. Pendant 20 ans, Mî et sa propriétaire, même si ce terme semble si trivial au regard de la relation qui unit ces deux personnages, vont se découvrir, s’apprivoiser et développer une profonde et indéfectible amitié.

Ce roman m’a donné le sentiment d’être une sorte d’ode aux chats. D’ailleurs, le texte est parsemé de petits poèmes qui ajoutent une touche supplémentaire à l’écriture élégante et poétique d’Inaba Mayumi.

Le chat

minuscule

Les griffes

transparentes et nacrées

Les oreilles

mobiles il écoute ma voix

Les yeux

humides et clairs

Un soir où le quartier avait une légère odeur mentholée

Tu es venu de loin

Viens ! Bonjour !

Je suis un être humain et toi tu es un chat

A travers toutes ces années que Mî et la narratrice passent l’une avec l’autre, l’auteure dépeint avec réalisme tous ces petits moments de complicité et de bonheur, parfois de tristesse, qui font d’un chat un si précieux compagnon de vie.  Nous apprenons à découvrir Mî de ses premiers mois d’existence à ses dernières heures. Avec elle, nous tressaillons devant l’inconnu, nous profitons des belles parties de jeu et de chasse dans le jardin, nous passons une partie de la journée à faire la sieste comme tout bon félin, nous nous pourléchons les babines à la vue de nos mets préférés…. Le quotidien de ce chat et par répercussion, de celui de sa propriétaire est décrit avec poésie rendant les moindres petits moments de vie plaisants à lire.

Comme avec un animal en chair et en os, on en vient à s’attacher à cette minette que l’héroïne aime comme un membre de sa famille. Au moment où la séparation devient inéluctable, on ressent et partage la peine de la narratrice. Les mots de l’auteure face à la fin de vie de la minette, moment que redoutent tant les heureux possesseurs d’animaux, ont sonné pour moi très juste. Ils sont tristes mais leur douceur et leur poésie permettent de se recentrer sur l’essentiel : la joie d’avoir pu rencontrer et vivre au côté de son compagnon à quatre pattes.

Pour conclure, avec son roman, l’auteure ne propose pas une histoire pleine de péripéties mais plutôt un journal sur 20 ans d’une très belle histoire d’amitié et d’amour entre un être humain et un chat. Toutes les personnes qui ont déjà vécu avec un chat au cours de leur vie devraient retrouver un peu du leur dans Mî. Nous sommes ici face à un livre à conseiller aux amoureux des animaux et des textes emplis de poésie et de douceur.

« Quant à moi, sans rien comprendre à la nature des chats, je trouvais bien mystérieux des êtres humains qui passent leur vie à se laisser mener le bout du nez par cet animal qu’on désigne sous le nom de chat. »

MA NOTE : 4,5/5

L’AUTEURE (propos recueillis sur le site des Éditions Philippe Picquier)

Née en 1950, Inaba Mayumi gagne à seize ans un concours de poésie organisé par l’influent magazine Bungei Shunjû, et remporte un prix à vingt-trois ans pour son premier récit. Depuis elle publie romans et nouvelles, qui ont entre autres été couronnés par le prix Kawabata et le prix Tanizaki.

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