Dévotion, Dean Koontz

Couverture Dévotion

Woody Bookman, 11 ans, n’a pas dit un mot depuis sa naissance. Pas même quand son père est mort dans un prétendu accident. Mais pour Megan, sa mère, le plus important est que son fils autiste, doté d’une intelligence supérieure, soit heureux.

Woody, lui, est persuadé qu’un laboratoire se livrant à des expériences génétiques secrètes et ultrasensibles est responsable de la mort de son père. Et que la menace se rapproche désormais de lui et de sa mère.

Avec l’aide de Kipp, un golden retriever télépathe, Woody va tenter de stopper l’être maléfique tapi dans l’ombre…

L’Archipel (2 septembre 2021) – 450 pages – Broché (22€) – Ebook (15,99€)
Traduction : Antoine Guillemain

AVIS

Ma seule expérience avec l’auteur s’étant soldée par une lecture en demi-teinte, j’avais quelques appréhensions quant à la lecture de Dévotion, des appréhensions qui se sont heureusement envolées dès les premières pages. Si j’aime les thrillers psychologiques, j’apprécie aussi, de temps en temps, des thrillers qui, comme ici, sortent l’artillerie lourde. Ne vous attendez donc pas à un roman subtil, l’auteur ayant quand même tendance à jouer sur les heureux hasards et à privilégier l’action au détriment du réalisme, mais cela n’est pas dérangeant en soi.

Dévotion nous offre ainsi du grand divertissement, digne d’un bon film. Le résumé, bien que très alléchant, ne laisse en rien présager de la diversité des protagonistes qui vont intervenir dans ce roman que j’ai lu très rapidement. Il faut dire que prise dans l’enchevêtrement des événements, je n’ai pas vu le temps passer et me suis surprise régulièrement à vouloir accélérer ma lecture pour être certaine que la situation ne s’aggrave pas pour les gentils. Des gentils qui, au fil de l’aventure, vont tous converger vers un point : la maison de Megan et de son fils de onze ans. Depuis la mort de son mari Jason, il y a trois ans, Megan veille avec beaucoup d’amour et d’attention sur Woody, autiste à haut potentiel qui n’a jamais prononcé un mot, mais avec lequel elle a réussi à créer des liens solides. Si Woody n’ouvre jamais la bouche, il parle autrement…

On se prend immédiatement d’affection pour ce garçon sensible, extrêmement intelligent et fragile, qui « se sent en pagaille », gêné par lui-même et les autres. Cela ne l’empêche pas de mener une enquête à partir de son ordinateur pour prouver que l’accident de son père est en réalité un meurtre déguisé. Une enquête qui ne sera pas sans conséquence pour lui et sa mère, car s’il est intelligent, d’autres ont, quant à eux, d’infinies ressources… En parallèle, Woody va attirer, sans le vouloir ni le savoir, l’attention d’un chien. Mais pas un chien normal, un chien évolué qui appartient à une communauté, le Mystérium, composée de chiens aussi intelligents que les êtres humains, et capables de parler par télépathie sur le Circuit.

Privé de sa maîtresse décédée d’un cancer, Kipp, un golden retriever adorable et attachant, n’a qu’une idée en tête : retrouver Woody, seul humain capable de communiquer avec lui par télépathie, d’autant qu’il semble en pleine détresse. En parallèle de ces personnages, d’autres interviennent, certains bienveillants comme Rose ou Ben, un ancien SEAL, d’autres bien plus vicieux et dangereux… Si l’auteur intègre des menaces classiques, avec entre autres un milliardaire intouchable et un shérif corrompu plus intéressé par sa carrière et son profit personnel que par la collectivité, il teinte son roman d’une aura de science-fiction que ce soit avec cette communauté de chiens évolués et télépathes ou un homme en pleine mutation, Lee.

Lee n’est pas sorti complètement indemne d’un incident dans un laboratoire faisant des recherches, officiellement sur le cancer, officieusement sur le génie génétique. En plus de gagner en force physique et de voir ses sens s’affûter, grâce aux archées que son corps semble avoir absorbées, la rage le gagne. Une rage qui se transforme en un déchaînement de violence inouïe et en une faim insatiable… Et puis, il y a Megan, son ex-petite amie que Jason lui aurait volée il y a longtemps, comme si elle était un vulgaire objet. Un objet qu’il est bien déterminé à récupérer, à façonner selon ses propres désirs ou à détruire. À mesure que son envie de vengeance le gagne, la faim se fait vorace, la faim se précise, la faim le hante et le transforme en un hybride, du moins psychologiquement, à mi-chemin entre l’homme et l’animal, mais un animal réduit à ses instincts. Âmes sensibles s’abstenir, certaines scènes, heureusement très courtes, étant peu ragoûtantes.

J’ai apprécié le chemin emprunté par l’auteur qui, espérons-le, ne nous dessine pas ici le futur de l’Homme. Transhumanisme, évolution humaine provoquée par des visionnaires dépourvus de toute morale, limites d’un progrès scientifique sans éthique… tout autant de thématiques que j’ai trouvées intéressantes. Mais en grande amoureuse des animaux, ce sont les réflexions autour des chiens, de la complicité et de l’amour les unissant aux hommes qui m’ont le plus touchée. On reste sur une œuvre de fiction qui va très loin dans la communion mentale et la coopération entre les deux espèces, mais j’ai aimé m’imaginer que la vision de l’auteur devienne un jour réalité.

Au-delà de ce doux rêve, on prend un plaisir immense à découvrir le fonctionnement de cette communauté de chiens intelligents et soudés qui ne connaissent ni la haine ni le mensonge, juste l’amour, la bienveillance et l’espoir. J’ai ainsi été touchée par l’envie très forte de ces chiens de comprendre d’où ils viennent, comme n’importe quel être humain, sans pour autant négliger les familles qui les ont accueillis. J’ai, en outre, apprécié d’entrer dans le Circuit, y découvrir Bella, chienne veillant à ce que les communications urgentes soient bien transmises à tous, et voir se dessiner les espoirs de ces représentants particuliers de l’espèce canine

En résumé, Dévotion est un thriller efficace, qui manque peut-être un peu de subtilité quant au déroulé des événements, mais qui se démarque par sa patte particulière, son rythme haletant et cette impression que tout converge vers un jeune autiste et un chien qui, à eux deux, risquent bien de changer la face du monde ! Les amoureux des animaux et des romans où le danger semble arriver de tous les côtés devraient apprécier ce roman qui mêle habilement action et une science, dépourvue de garde-fous, dont les avancées s’apparentent parfois à un net recul de l’humanité…

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

 

Duel au soleil, Angie Hockman

Couverture Duel au soleil

Henley Evans, 28 ans, est accro au travail. Entre son emploi de responsable marketing chez un croisiériste et les cours du soir, elle n’a plus de temps à elle. Et surtout pas pour une relation amoureuse !

Tous ses sacrifices sont sur le point de payer : la voilà pressentie pour un poste de direction. Il n’y a qu’un seul problème : Graham Crawford-Collins, le community manager de la société et rival de Henley, est lui aussi en lice pour cette promotion. Pour les départager, il leur faut doper les réservations de croisières pour les Galapagos… en s’y rendant ensemble !

Quand Henley rencontre Graham en chair et en os, la surprise est totale : il n’a rien à voir avec ce qu’elle avait imaginé…

Entre décor paradisiaque et cocktails acidulés, les préjugés de Henley vont être mis à rude épreuve. Est-elle prête à tous les sacrifices pour décrocher le job de ses rêves ?

  L’Archipel (10 juin 2021) – 370 pages – Papier (20€)

Traduction : Danièle Momont

AVIS

Quand j’ai vu le résumé, j’ai tout de suite su que ce roman était fait pour moi : un cadre idyllique, un bateau de croisière, une compétition entre deux collègues pour avoir la même promotion, des préjugés, une romance qui s’annonce mouvementée…

Et je ne m’étais pas trompée puisque j’ai dévoré ce roman qui reste assez classique dans ce genre mais qui offre ce que l’on attend, une jolie romance en même temps qu’un très bon et divertissant moment d’évasion. On prend ainsi un plaisir certain à se délecter des décors enchanteurs des îles Galápagos, d’en admirer les richesses, et d’en explorer les merveilles, tout en découvrant une faune locale somptueuse et variée. Une faune fascinante qu’il convient de respecter et de ne pas déranger comme le découvriront les croisiéristes au cours d’excursions auxquelles j’aurais adoré prendre part.

Mais loin d’être des vacances paisibles et reposantes, ce séjour sur un bateau de croisière représente avant tout pour Henley la chance de prouver à son supérieur que des deux candidats en lice, elle est la plus apte à obtenir le poste de Directrice Marketing Numérique. Mais avant de décrocher le Saint-Graal, la jeune femme doit réussir à trouver un concept qui la différenciera de son concurrent et ennemi depuis son arrivée, ou presque, au sein de l’entreprise de croisières où elle travaille, Graham.

Si elle a pu au début être charmé par sa voix, ce dernier travaillant en télé-travail loin des bureaux, elle a très vite revu son jugement à la baisse sur ce goujat toujours là à pinailler et incapable d’écrire plus de deux mots dans ses mails. Pire, un homme qui n’a pas hésité à se laisser attribuer la paternité de l’une de ses idées qui a fait un carton. Impardonnable pour Henley bien décidée à l’écraser par une idée de génie destinée à booster les réservations dans cette partie du monde paradisiaque où elle est en « séjour forcé ». Malheureusement pour elle, la tâche va se révéler plus ardue que prévu. Entre une sœur bien gentille, mais du style gentil boulet, un passager qui semble avoir du mal à comprendre qu’elle n’est pas là pour danser à l’horizontale, et un ennemi/concurrent qui se révèle bien différent de l’image qu’elle s’en faisait, elle ne sait plus où donner de la tête !

Le roman s’éloigne du schéma enemies to lovers que j’affectionne pour nous en proposer un autre qui a également mes faveurs, celui d’une personne qui s’est laissée aveugler par ses préjugés au point de se forger une image injuste et erronée de l’un de ses collègues. Petit à petit, nous découvrons à ses côtés que le Graham machiavélique et condescendant qu’Henley déteste n’existe que dans son esprit. À la place, nous faisons la connaissance d’un jeune homme adorable, altruiste, bienveillant et prévenant, avec ses propres failles à surmonter. Un jeune homme qui clairement ne la laisse pas indifférente, elle qui ne se laisse pourtant jamais détourner de ses plans de carrière…

Mais Henley peut-elle laisser une place à l’amour quand il y a tellement en jeu, a fortiori si elle se remémore une triste et amère expérience qui lui a laissé de profondes séquelles ? L’alchimie entre Henley et Graham est tellement évidente et palpable que nous ne pouvons que, tout au long du roman, croiser les doigts très forts pour la réponse soit positive, et que la jeune femme arrive à concilier vie professionnelle et vie personnelle, tout en laissant de côté le passé. À leurs côtés, nous ressentons ces papillons qui semblent les assaillir à chaque fois qu’ils se regardent, que leurs mains s’effleurent ou que le hasard, pas si hasard que cela, les pousse à explorer les environs ensemble. Je les ai trouvés adorables et j’ai apprécié chacune de leurs rencontres et de leurs interactions chargées de tension sensuelle et teintées de respect. Et ceci d’autant plus que je me suis autant attachée à Henley qu’à Graham dont on découvre progressivement les fragilités.

D’une certaine manière, les deux semblent faits l’un pour l’autre, mais reste à le faire accepter à Henley qui se débat entre son envie d’obtenir sa promotion, ses désirs profonds, mais aussi les contraintes d’un monde professionnel où les femmes doivent systématiquement faire mieux et plus pour légitimer leur place. Bien que le roman reste très léger, on appréciera la manière dont l’autrice aborde avec réalisme, mais sans pathos, ce fameux plafond de verre qui guette les femmes ambitieuses, mais aussi la condescendance et le sexisme de certains hommes qui semblent avoir quelque peu oublié que leurs attributs masculins ne leur assurent pas l’apanage de la compétence. Un personnage m’a d’ailleurs fait grincer des dents même si j’ai apprécié la conclusion du roman qui, bien que très gentillette par rapport à la réalité et à la dureté d’un monde professionnel pas encore prêt pour une totale parité, a le mérite d’offrir une belle note d’espoir aux femmes.

Le roman est centré autour de la romance, mais il nous permet donc également d’aborder des sujets importants comme le sexisme en entreprise, les préjugés et les jugements hâtifs, l’ambition, la solidarité féminine, la famille, l’importance de ne pas passer à côté de sa vie, l’amitié, mais aussi l’écologie à travers l’écosystème des îles Galápagos. Là aussi, on reste sur quelque chose de subtil, mais qui m’a personnellement intéressée et touchée, d’autant que l’autrice prend le soin de mélanger le grave et l’important au ludique grâce à un éclair de génie de son héroïne.

Mais chut, je ne vous en dis pas plus si ce n’est de vous jeter sur cette romance parfaite pour l’été ou pour se laisser embarquer dans un voyage qui va permettre à une jeune femme obnubilée par son plan de carrière de revoir ses préjugés et de réaliser que si le travail est important, il est également nécessaire de savoir croquer la vie à pleines dents avant qu’elle ne vous échappe. Et pour ce faire, quoi de mieux qu’une croisière qui, certes s’amuse et amuse, mais qui offre surtout de beaux moments d’évasion et d’amitié sans oublier une belle relation entre deux collègues qui nous fait retenir notre souffle en même temps que battre notre cœur ?

Un cocktail doux, sucré et tendre à déguster sur un ponton, au soleil ou caché sous une grosse couette, car après tout, peu importe l’endroit et le moment pourvu qu’on ait l’ivresse.

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.
Lire un extrait sur Lisez.com.

Le sang des Belasko, Chrystel Duchamp

Couverture Le sang des Belasko

Cinq frères et sœurs se réunissent dans la maison de leur enfance, la Casa Belasko, une imposante bâtisse isolée au cœur d’un domaine viticole au sud de de la France.
Leur père, vigneron taiseux, vient de mourir. Il n’a laissé qu’une lettre à ses enfants, dans laquelle sont dévoilés nombre de secrets.
Le plus terrible de tous, sans doute : leur mère ne se serait pas suicidée – comme l’avaient affirmé les médecins six mois plus tôt. Elle aurait été assassinée…
Au cours de cette nuit fatale, les esprits s’échauffent. Colères, rancunes et jalousies s’invitent à table. Mais le pire reste à venir. D’autant que la maison – coupée du monde – semble douée de sa propre volonté.
Quand, au petit matin, les portes de la Casa se rouvriront, un membre de la fratrie sera-t-il encore en vie pour expliquer la tragédie ?

L’Archipel (14 janvier 2021) – 240 pages – broché (18€) – Ebook (12,99€)

AVIS

Ayant adoré le premier roman de l’autrice, L’Art du meurtre, je me suis jetée avec avidité sur Le sang des Belasko, pressée de découvrir où l’esprit diaboliquement tortueux de Chrystel Duchamp allait cette fois nous emmener. Et je peux d’ores et déjà vous dire que je n’ai pas été déçue du voyage !

Toutes les familles ont leurs petits, voire grands secrets, et quelques squelettes dans le placard, mais la famille Belasko pousse le concept à un niveau difficilement imaginable ! Alors, rien d’étonnant à ce que la situation devienne explosive quand les cinq frères et sœurs se retrouvent dans la maison de leur enfance suite au décès de leur père, survenu six mois après le suicide de leur mère. Deux drames rapprochés qui auraient pu pousser ces cinq adultes à faire table rase du passé. Mais c’était sans tenir compte du caractère rancunier de cette famille, des petites mesquineries jamais pardonnées, des trahisons injustifiables, des secrets peut-être pas si bien gardés que cela, des jalousies tenaces, et de tous ces non-dits qui ont fini par semer la discorde au sein d’une fratrie pourtant très unie par le passé. Et ce n’est pas une lettre faisant mention d’une nouvelle fracassante qui risque d’apaiser les tensions…

Avec ce roman, Chrystel Duchamp répond à cette question obsédante que l’on se pose quand on s’éloigne de personnes dont on a été proches, au point parfois d’en venir à ne plus les supporter : comment en est-on arrivé là ? Comment des enfants qui ont une enfance heureuse, entourés par des parents aimants, et ayant vécu dans un certain luxe, ont pu en arriver à se détester autant ? Les parents, en favorisant certains plus que d’autres, n’ont-ils pas participé à cette débandade des sentiments ? Cela n’explique pas tout, bien sûr, mais ayant personnellement vite pris en grippe Solène et sa manière de considérer ses traitements de faveur comme chose acquise et normale, j’aurais tendance à croire que oui. Mais comme dans tous les drames familiaux, la situation ne saurait être aussi simple : il semble y avoir quelque chose de fondamentalement mauvais et vicié chez les enfants Belasko…

Pourtant, au cours d’une soirée qui changera la vie à la Casa Belasko à jamais, on sent encore quelques sentiments fraternels, réminiscence d’un passé heureux et insouciant. Quelques bribes de lumière dans cette maison coupée du monde extérieur, témoin nostalgique du bonheur passé, avant de devenir le témoin silencieux, mais pas consentant, d’un drame annoncé.

Une maison qui tient ici un rôle particulier et qui, d’une certaine manière, faire preuve de cette humanité qui tend à avoir déserté le cœur et la conscience de Philippe, Mathieu, David, Garance et Solène. Alors que le temps s’écoule au rythme des ressentiments, l’autrice nous plonge sans faux-semblant dans l’âme noircie de ses protagonistes tellement égocentriques, vaniteux, vindicatifs et ingrats qu’ils se révèlent bien incapables de compromis, de concession et d’une once de compassion… Et ceci même envers des personnes de leur propre sang avec lesquelles ils ont pourtant vécu des jours heureux et emplis de tendresse. De fil en aiguille, et à mesure que les barrières de chacun tombent, on comprend comment ces frères et sœurs en sont venus à développer de bien vils sentiments. Pêché d’orgueil, de jalousie, de luxure… plus de doute, le mal est en la demeure, mais il ne prend pas la forme que l’on aurait pu craindre.

Si vous espérez trouver chez les Belasko des personnages touchants, vous risquez la déception, mais si vous acceptez de vous plonger dans ce qu’il y a de plus vil chez les humains, vous allez adorer ce huis clos familial addictif qui, dans une ambiance de tension extrême, aborde avec brio des thèmes divers et variés, et soulève cette question intéressante de l’inné et de l’acquis. Sans vous en dire plus, j’ai également adoré cette impression de prophétie auto-réalisatrice qui plane sur l’ombre des Belasko, nous prouvant qu’en se focalisant sur le passé, on tend parfois à devenir le propre artisan de son malheur !

L’autrice, d’une main de maître et avec un sens diabolique de la mise en scène, happe l’attention de ses lecteurs dès le prologue, en donnant la parole à un personnage atypique, et en nous faisant vite comprendre que va se jouer sous nos yeux un drame familial violent, mais non dénué de réalisme. Un drame en cinq actes qu’il est impossible de lâcher : on souhaite avec une curiosité presque malsaine découvrir tous les tenants et aboutissants d’une histoire teintée de mystères, de secrets, de cachotteries, et empreinte d’une violence implacable et aveugle qu’il semble impossible d’endiguer. Mais les frères et sœurs Belasko, sont-ils seuls responsables de leur malheur ou quelque chose qui les dépasse est intervenu pour faire de la Casa Belasko le témoin meurtri d’un drame familial dont personne, ou presque, ne ressortira indemne ?

Pour ma part, et c’est assez rare pour que je le mentionne, j’ai été surprise par les révélations finales qui m’ont poussée à repenser l’action depuis le début, avant de conclure que Chrystel Duchamp a le don de construire des intrigues, en apparence simples, mais qui cachent en leur fondement des secrets que seuls les esprits les plus tortueux, ou peut-être les plus attentifs, sauront démasquer. Je ne suis pas l’un d’entre eux et tant mieux, parce que j’aime cette impression d’avoir été baladée du début à la fin par une autrice qui sait où elle veut aller et n’hésite pas pour cela, à semer la discorde chez ses personnages, et le doute chez ses lecteurs !

Machiavélique et cynique, mais humainement réaliste, du grand Chrystel Duchamp, assurément !

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir envoyé Le sang des Belasko en échange de mon avis, et l’autrice pour son gentil mot personnalisé ! Une attention rare et toujours hautement appréciée.

Les derniers romantiques, Tara Conklin

Couverture Les derniers romantiques

Dans un monde en proie au dérèglement climatique, Fiona Skinner, 102 ans, poétesse de renom, vient de donner sa première lecture publique depuis vingt-cinq ans quand une jeune femme se lève dans l’auditorium. Elle lui dit s’appeler Luna.
Luna. Une apparition fantomatique… Un prénom surgi du passé… Alors Fiona se souvient.
Au cours de l’été 1981, Reine, Caroline, Joe et Fiona Skinner perdent leur père. Puis assistent, impuissants, à la dérive de leur mère. Âgés de 12 à 4 ans et livrés à eux-mêmes, ils ne sortiront pas indemnes, mais soudés à jamais, de cet été là – qu’ils appelleront par la suite La Grande Parenthèse.
Vingt ans plus tard, surviendra une nouvelle tragédie familiale…
Émouvant et ambitieux, Les Derniers Romantiques interroge nos choix de vie, les conséquences qu’ils ont sur notre avenir, et les liens qui nous unissent à ceux que nous aimons.

L’Archipel (22 octobre 2020) -352 pages – Broché (22€) – Ebook (15,99€)
Traduction : Daniele Momont

AVIS

Si les fresques familiales ne m’attirent pas outre mesure, j’ai tout de suite été intriguée par ce roman que j’ai dévoré, complètement transportée par la plume de l’autrice qui s’est révélée aussi fluide qu’agréable.

Dès le début, je me suis donc prise d’intérêt pour cette histoire alternant entre l’année 2079, qui semble en proie à un profond bouleversement climatique, et le passé durant lequel on voit évoluer la famille Skinner. Une famille meurtrie par le décès soudain et brutal du père qui changera à jamais les enfants Skinner : Reine, Caroline, Joe et Fiona. Leur mère tombée en dépression sans que les enfants ne saisissent vraiment la portée de sa léthargie, la vie familiale se réorganise afin de pallier l’absence du père et la défaillance de la mère.

Reine, la très responsable Reine qui porte à merveille son prénom, veille sur le bien-être de chacun, s’assurant aussi bien du brossage de dents que de la réalisation des devoirs. L’aimante et souriante Caroline apporte cette étincelle de vie dont la famille a tellement besoin, Joe brille par son aura de puissance et d’assurance quand la petite dernière, Fiona s’enferme dans sa passion des livres, des listes et son admiration pour ce grand frère dont elle est si proche. Une fratrie, des personnalités bien marquées, des petites peines et de gros chagrins, des rires, des jeux d’enfant, la volonté farouche de protéger une mère qui se noie, et une foi inébranlable en la force des liens fraternels…

Si l’on découvre la vie de chacun, c’est plus particulièrement celle de Fiona que l’on suit. Devenue spécialiste de l’environnement, mais surtout poétesse reconnue et adulée, nous la retrouvons centenaire devant un auditorium venu l’écouter. Et là, au beau milieu de ces visages anonymes, mais bienveillants, sort de l’obscurité, Luna. Luna qui pose une question en apparence anodine, mais pas pour Fiona ! Devant les souvenirs qui affluent et les émotions qui menacent de la submerger, elle propose alors à son public de raconter, raconter les échecs amoureux, mais surtout l’histoire de sa famille. Un voyage éprouvant seulement entrecoupé du bruit des sirènes comme pour rappeler la nécessité et l’urgence de partager avant que tout ne finisse par s’effacer.

Dans ce roman, il est question de dépression, de deuil, de féminisme un peu, d’amour et de sa recherche parfois maladroite, mais il est surtout question des liens spéciaux développés entre des enfants qui ont dû apprendre à veiller les uns sur les autres avant que leur mère reprenne les rênes de sa vie et retrouve sa place dans leur vie. Si cette période d’abandon maternel, nommé sobrement Grande Parenthèse, a laissé quelques meurtrissures, elle nous apparaît ici comme le commencement de tout… C’est à grâce à ces moments étranges, mélange de félicité naïve et de chaos organisé, que chacun des enfants est devenu l’adulte qu’il est.

Page après page, on s’attache de manière viscérale à cette famille et l’on se trouve happé par le devenir de chacun, par les accomplissements, les échecs, les périodes de doute, les réussites, les malentendus, les secrets… Reine devient un médecin reconnu qui travaille d’arrache-pied quitte à annihiler ses émotions, Joe se perd dans son travail et ses illusions d’une bien dangereuse manière, Caroline gère d’une main de maître son foyer au point de s’épuiser et d’oublier la personne qu’elle est en dehors de ses lourdes responsabilités. Et Fiona se cherche avant de se lancer dans un projet audacieux qui ne suscitera pas l’approbation de sa famille, mais qui lui offrira l’opportunité de mettre ses talents d’écrivaine et de poétesse en œuvre. Un choix de carrière différent que j’ai, pour ma part, trouvé courageux, car si son initiative aurait valu à un homme des regards de connivence de la part de ses pairs, elle vaut à Fiona un certain mépris.

Des chemins de vie tellement différents qu’on ne peut que se demander si les liens entre les Skinner résisteront au poids des ans, et de toutes ces décisions, petites et grandes, aux conséquences parfois bien lourdes. Une interrogation légitime traitée avec beaucoup de sensibilité et d’humanité par l’autrice qui nous montre comment malgré tous les souvenirs partagés, et l’amour que l’on peut éprouver pour une personne, on peut finir par s’éloigner d’elle et avoir cette impression déstabilisante de ne plus vraiment la connaître. Cela est d’autant plus palpable avec l’un des personnages qui emprunte une voie sans issue, une voie si différente de celle qu’on aurait volontiers associée à l’enfant qu’il était…

Pendant une partie du roman, l’autrice fait planer un certain mystère sur un drame ayant frappé la famille Skinner, de nombreuses années après la mort du père. J’ai plus ou moins anticipé sa teneur, mais j’ai néanmoins apprécie la manière dont elle l’utilise pour nous montrer que tous les signes avant-coureurs étaient là. Fallait-il encore les saisir et en mesurer toute la portée. Mais de toute manière, aurait-on pu vraiment éviter la catastrophe ?

Chaque membre de la famille développe sa propre manière de faire face à la douleur, mais on ne doute pas de la force de leur amour, parfois invasif, mais tellement salvateur. À leur manière, les Skinner se complètent et c’est ensemble qu’ils se révèlent les plus forts face à l’adversité et aux épreuves dont ils finissent toujours par se relever. Pour ma part, j’ai été très émue par la vie de ces personnages que j’ai appris à apprécier dans leur individualité et à adorer dans leur globalité. En tournant la dernière page, j’ai ressenti un vide immense comme si ce n’était pas des êtres de fiction que je quittais, mais un frère et des sœurs, des individus qui ont eu une place importante dans ma vie et dans mon cœur. Mais n’est-ce pas la plus grande force de l’autrice : réussir à nous faire vivre pleinement l’histoire de la famille Skinner, à la faire devenir nôtre au point de plus avoir envie de la quitter ?

Touchante et tellement humaine, voici une fresque familiale vibrante d’émotion qui met à nu le cœur de personnages attachants et imparfaits en même temps que celui des lecteurs, complètement subjugués par ces destins qui s’emmêlent et se démêlent au fil des années. Des lecteurs qui éprouveront d’ailleurs de vives difficultés à tourner définitivement la page d’une histoire marquée par les drames, mais sublimée par les moments de félicité familiale et la force des liens fraternels.

Feuilletez un extrait  sur le site des éditions de l’Archipel que je remercie pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

L’ombre de l’assassin (Stillhouse Lake#2), Rachel Cain

L'ombre de l'assassin par Caine

Gwen était parvenue à sauver ses enfants des griffes de son ex- mari, le tueur en série Melvin Royal. Mais celui-ci vient de s’évader de prison. Et elle prend peur.
Alors que seule une poignée de personnes connaissent son nouveau numéro de portable, elle reçoit ce texto glaçant :  » Vous n’êtes plus en sécurité nulle part  » ! Fuir ou se terrer de nouveau ne servirait à rien. L’heure a sonné d’inverser les rôles…
De proie, Gwen veut devenir prédateur. Et, avec l’aide du frère de l’une des victimes de Melvin, éliminer ce dernier. Mais à mesure que leur traque avance, le doute envahit ceux qui croient en Gwen. Est-elle aussi étrangère aux crimes de son mari qu’elle le prétend ? Pour preuve cette photo compromettante qui circule sur les réseaux sociaux..

L’Archipel (15 octobre 2020) – 400 pages – Broché (22€) – Ebook (15,99€)
Traduction : Sebastian Danchin

AVIS

L’ombre de l’assassin est la suite de L’ombre de la menace.

Ayant adoré L’ombre de la menace, j’attendais avec impatience cette suite qui s’est révélée assez différente, mais tout aussi palpitante et prenante ! Melvin, évadé de prison, Gwen est de nouveau sur le qui-vive, allant d’hôtel en hôtel miteux pour protéger ses enfants, Lanny et Connor, de leur psychopathe et tueur en série de père. Mais un déclic s’est produit en elle : fini de jouer les proies, l’heure d’inverser les rôles a sonné. Et si, maintenant, c’était au tour de Melvin d’être traqué et acculé ?

Cette décision courageuse, mais pas sans risque, contraint Gwen à faire une chose qui lui brise le cœur, confier ses deux enfants au soin de deux personnes de confiance, capables de veiller sur eux et de faire face à toutes les situations. Gwen pourra également compter sur le soutien de Sam, le frère d’une victime de Melvin, bien décidé à régler son compte à ce tueur pervers, mais d’une intelligence rare. Mais notre duo est-il réellement conscient de ce qu’une telle traque implique et de toutes les forces en jeu ? Peu probable si l’on se fie à ce que l’on découvre au fil des pages. Car si Melvin est un homme extrêmement dangereux, il ne représente peut-être pas la pire des menaces…

Je préfère rester vague sur le fond du roman pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais je peux toutefois vous dire que j’ai été complètement captivée par les événements qui rythment cette sorte de road trip visant à débusquer l’un des pires tueurs en série que j’aie pu rencontrer dans un roman. Melvin est un homme froid, pervers et d’une noirceur extrême, n’hésitant pas à manipuler même un enfant qui ne désirait que trouver ce qui lui a toujours manqué, une figure paternelle aimante et bienveillante. Plus on apprend à le connaître, plus on tremble donc à l’idée de toutes ces années qu’il a pu passer auprès d’une famille bien inconsciente de sa véritable nature.

Si les lecteurs ne doutent pas de la bonne foi de Gwen et de ses enfants quant aux abominations perpétrées par Melvin, une partie de l’opinion publique et de nombreux trolls sur le web continuent à accabler et à harceler Gwen, quand ce n’est pas une organisation aux contours bien plus flous qui la traque sans répit. Que cette situation m’a révoltée, cette femme ayant déjà bien assez souffert sans que des personnes viennent déverser toute leur haine ! Mais le pire, du moins pour moi, a été de voir que malgré tout ce qu’elle a fait pour les siens, il a suffi d’un élément pour que les doutes les assaillent… Si j’ai pu excuser Connor en raison de son âge et de son besoin de reconnaissance paternelle, j’ai eu bien plus de mal à comprendre les autres personnages. J’ai d’ailleurs ressenti un tel sentiment d’injustice et d’indignation devant certains comportements et certaines paroles que j’ai eu envie de jeter mon livre par la fenêtre. Preuve de l’attachement que j’ai développé pour Gwen…

Il faut dire qu’elle m’a profondément touchée, émue, bluffée et époustouflée ! Oubliez la femme effacée et soumise que Melvin a épousée. Accueillez plutôt la personne qu’elle est devenue : une femme courageuse bien décidée à se battre comme une lionne pour mettre définitivement hors circuit le prédateur qui menace sa vie, mais surtout, celle de ses deux enfants. L’autrice nous brosse ici le portrait d’une mère courage que l’on a qu’une envie : voir sortir vainqueur de son combat à mort avec un être abject qui prend plaisir à détruire et à massacrer des femmes, mais aussi sa propre « famille ». Je mets des guillemets, car avec un tel monstre, il est peu probable que ce mot ait une quelconque signification…

En plus de celui de Gwen, on suit également les points de vue de ses deux enfants et de Sam, ce qui apporte beaucoup de dynamisme au roman même si je dois avouer que ce sont les passages consacrés à Gwen qui m’ont le plus tenue en haleine. Pour autant, il reste intéressant de découvrir la perception des choses de chacun, et notamment de Connor qui semble assez renfermé sur lui-même, une faille que son père n’hésitera pas à exploiter de la plus abjecte des manières. Lanny, quant à elle, m’a parfois fait penser à Gwen dans sa manière de protéger Connor. Elle se montre parfois maladroite, mais difficile de ne pas ressentir les liens forts qui l’unissent à son frère. Si l’adolescente a vécu des choses inimaginables, elle est également confrontée à des problématiques bien plus communes comme l’amour. Il sera ainsi question d’homosexualité, un sujet traité ici avec beaucoup de simplicité et de naturel.

Le souvenir de Sam s’était un peu estompé depuis ma lecture du premier tome, mais j’ai apprécié de retrouver cet homme dont la vie a également été brisée par Melvin, l’assassin et le tortionnaire de sa sœur. Aussi déterminé que Gwen à lui régler son compte, il se révélera un précieux allié que ce soit grâce à ses différents talents ou son réseau. En plus de sa personnalité et de son envie manifeste de protéger Lanny et Connor, j’ai apprécié la relation assez complexe et ambivalente qu’il a développée et nouée avec Gwen. Une relation qui sera mise à mal par des événements qui semblent gagner en intensité et en noirceur à mesure que les pages défilent…

Comme dans L’ombre de la menace, l’autrice a ainsi réussi à créer un climat d’angoisse qui monte crescendo jusqu’au dénouement final tant attendu et redouté à la fois. Melvin, simple homme que l’on peut arrêter, ou figure démoniaque dont l’aura funeste planera toujours au-dessus des siens ? Une question qui nous pousse, comme les personnages, à être tout le temps sur nos gardes, comme si le serpent pouvait nous frapper à chaque instant. Au-delà de ce tueur en série effrayant et dénué de sentiments, nous découvrons également la perversion humaine sous sa forme la plus brute, celle qui exploite la violence et les vices les plus immondes des hommes pour se faire de l’argent. C’est peut-être d’ailleurs le plus effrayant dans cette histoire, parce que si les tueurs en série ne sont pas légion, le phénomène dénoncé par l’autrice semble bien plus conséquent et d’une telle horreur qu’on en vient à questionner le fondement de notre humanité…. Et si après tout, Melvin n’était pas le plus effrayant des monstres ?

En conclusion, machination, mensonges, révélations, tension qui monte crescendo jusqu’à vous enserrer le cœur, lutte à mort pour la survie, personnages à la psychologie parfaitement travaillée… Tout autant d’éléments qui rendent la lecture de L’ombre de l’assassin hypnotique et glaçante à la fois. Si vous avez envie d’un roman dans lequel un combat sans merci s’engage entre une mère courage et un monstre sans cœur, ce thriller psychologique addictif est fait pour vous. Mais prenez garde aux monstres tapis dans l’ombre… de l’assassin.

Découvrez un extrait de L’ombre de l’assassin sur le site des éditions de l’Archipel.

Pièces détachées, Phoebe Morgan

Pièces détachées par [Phoebe Morgan, Daniele Momont]

Corinne, Londonienne de 34 ans, a déjà eu recours à trois FIV. Mais cette fois, elle en est sûre, c’est la bonne. Elle va tomber enceinte. Cette cheminée miniature en terre cuite, qu’elle découvre un matin sur le pas de sa porte, n’est-elle pas un signe du destin ?
Cette cheminée coiffait le toit de la maison de poupée que son père adoré – célèbre architecte décédé il y a bientôt un an – avait construite pour elle et sa sœur Ashley quand elles étaient enfants.
Bientôt, d’autres éléments de cette maison de poupée font leur apparition : une petite porte bleue sur le clavier de son ordinateur, un minuscule cheval à bascule sur son oreiller…
Corinne prend peur. Qui s’introduit chez elle ? Qui l’espionne ? La même personne qui passe des coups de téléphone anonymes à Ashley ? Y a-t-il encore quelqu’un en qui la jeune femme puisse avoir confiance

L’Archipel (18 juin 2020) -384 pages – Broché (21€) – Ebook (14,99€)
Traduction : Daniele Momont

AVIS

Encore très affectée par le décès de son père dont elle était très proche, Corinne doit également faire face à des difficultés pour devenir mère. Mais après une nouvelle FIV, elle en est persuadée, son plus grand rêve est sur le point de se réaliser. C’est donc avec le sourire et beaucoup de joie qu’elle accueille cette cheminée miniature trouvée sur le pas de sa porte et qui ressemble à celle de la maison de poupée de son enfance. Une maison fabriquée avec amour et un sens du détail impressionnant par son défunt père, un architecte de renom. L’enthousiasme des débuts devant ce signe du destin laisse toutefois place à l’angoisse quand la jeune femme commence à se sentir menacée par l’apparition soudaine et inexpliquée de nouvelles pièces de maison de poupée dans son appartement. 

Qui envoie ces pièces et pourquoi ? Appartiennent-elles vraiment à la maison de poupée d’enfance de Corinne et de sa sœur Ashley ou Corinne est-elle victime d’une imagination un peu trop riche ? Pourquoi sa mère fuit-elle les questions sur la maison de poupée et son époux décédé ? Et que cachent les absences et le comportement de plus en plus distant du mari d’Ashley ? Cela est-il lié aux appels anonymes et muets qu’Ashley reçoit et qui lui mettent les nerfs à vif ou cette dernière est également victime d’une personne aux intentions obscures ?

Quelques questions, parmi beaucoup d’autres, qui viendront hanter votre lecture en même temps que l’esprit de Corinne partagée entre l’envie de faire toute la lumière sur cette étrange et inquiétante histoire de pièces de maison de poupée et celle de devenir mère à tout prix.

Cette thématique de la maternité revêt d’ailleurs une certaine importance dans le roman que ce soit à travers le désir d’être mère et la difficulté de procréer ou la charge mentale écrasante qui repose sur les femmes. Ashley adore ses trois enfants, mais entre une adolescente qui semble en pleine crise, un bébé sujet aux terreurs nocturnes et un mari passant son temps à travailler, elle se sent dépassée par la situation. Sa seule bulle d’oxygène, un travail dans un café, seul endroit où elle n’est plus soumise aux impératifs domestiques…

J’ai apprécié ce parallèle entre les deux sœurs qui, d’une certaine manière, se coupent toutes les deux du monde : l’une en raison du désir viscéral d’être mère qui supplante tout et l’autre en raison d’une vie de famille dont le poids écrasant l’empêche de souffler. Elles pourront heureusement compter l’une sur l’autre, leur complicité ne faisant aucun doute. Mais cela sera-t-il suffisant devant l’aura de danger qui semble planer sur leur vie et qui, à mesure que l’on tourne les pages, nous prend à la gorge ? L’autrice a, en effet, un talent certain pour faire monter la tension crescendo et nous pousser à suspecter toutes les personnes qui gravitent autour des protagonistes.

Elle s’amuse également à jouer avec les nerfs de Corinne et d’Ashley qu’elle pousse dans leurs retranchements suscitant par là même une vive empathie de la part des lecteurs. Quand Ashley est pétrifiée à l’idée que son couple vole en éclats devant les sirènes de l’adultère, Corinne a, quant à elle, l’impression de devenir folle… Il faut dire que si son compagnon se montre d’un total soutien en ce qui concerne son désir d’enfant, partageant ses espoirs et ses peines, il se révèle bien plus sceptique en ce qui concerne son impression d’être épiée et menacée. Ce dernier m’a d’ailleurs passablement agacée par son refus obtus d’étudier avec impartialité les propos de sa compagne, considérant d’emblée que c’est son désir d’enfant et la mort de son père qui la poussent à voir des choses là où il n’y a que des hasards. Pour un journaliste, je ne l’ai pas trouvé très curieux… On ne pourra pas lui reprocher d’être victime de déformation professionnelle.

Ashley et Corinne adoraient leur père, mais pour Corinne, cela m’a semblé parfois être assez malsain, un peu comme si la jeune femme voyait en lui non pas seulement un père, mais une idole, un modèle de perfection. Il faut dire que l’homme semble avoir toujours veillé à briller et à être au centre de l’attention que ce soit dans sa vie personnelle et/ou professionnelle. Mais ce père adoré et adulé était-il vraiment aussi parfait que cela ? Une question que je laisserai volontairement en suspens… Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’on perçoit parfaitement l’aura de toute-puissance de ce personnage qui continue à avoir une certaine emprise sur la vie de sa famille, un peu comme si son ombre n’était jamais loin.

En parallèle de la vie des deux sœurs, on découvre, grâce à des flash-back, l’enfance difficile d’un personnage mystère aux côtés d’une mère maltraitante psychologiquement qui ne lui a jamais apporté ni amour ni stabilité émotionnelle. Une enfance passée à épier, à jalouser et à inventer une autre vie, une vie bien plus heureuse. De fil en aiguille, on en vient à faire le lien avec le reste du roman et à entrevoir les conséquences funestes que l’obsession malsaine d’une mère aura sur la vie de sa fille, une fille autant victime que bourreau. À cet égard, la fin m’a donné quelques frissons, l’autrice lui insufflant une bonne dose d’horreur (mais pas de gore) qui ne devrait pas manquer de comprimer votre poitrine si, comme moi, vous êtes entrés en empathie avec les personnages.

Bien que la narration m’ait semblé parfois manquer de liant, j’ai passé un très bon moment avec ce thriller qui alterne les phases de doute et d’angoisse avec des moments plus chaleureux, ce qui le rend aussi réaliste qu’effroyable. On se plonge sans réserve dans la vie d’Ashley et de Corinne, deux sœurs qui n’auraient jamais imaginé devoir faire face à l’indicible… Sortiront-elles indemnes de cette épreuve ?  Il vous faudra vous plonger dans cette lecture pour le découvrir, mais ce qui est certain, c’est que les amateurs de suspense, de secrets de famille et de thrillers psychologiques prenant le temps de faire monter la tension devraient trouver ici leur bonheur !

Découvrez un extrait du roman sur le site des éditions de l’Archipel que je remercie pour ce partenariat.