Femmes sans merci, Camilla Läckberg

Couverture Femmes sans merci

Ingrid Steen a renoncé à sa carrière de journaliste le jour où son mari infidèle a été promu éditeur en chef. Depuis, elle s’occupe de leur fille et s’efforce de maintenir l’image d’un mariage parfait.
Viktoria Brunberg est misérable, enchaînée aux fourneaux dans sa maison de Sillbo. Quand elle a découvert la véritable nature de son mari Malte, il était déjà trop tard.
Birgitta Nilsson, bientôt à la retraite, n’arrive pas à se libérer de son mari abusif. Depuis des années, elle fait tout pour cacher ses bleus.
Extrêmement différentes, ces trois femmes ont une chose en commun : elles sont toutes coincées dans des mariages destructeurs et toxiques. Via un forum sur le Net elles concluent un pacte : chacune va commettre le meurtre parfait en assassinant le mari de l’une des autres.

Actes Sud (3 juin 2020) – 144 pages – Broché (14,90€) -Ebook (10,99€)
Traduction : Rémi Cassaigne

AVIS

En voilà, une lecture courte et intense, l’autrice nous transportant dans la vie de trois femmes très différentes, mais toutes les trois victimes de violence de la part de leur époux.

Ingrid a renoncé à sa carrière de journaliste pour s’occuper de sa fille pendant que son mari se couvre de gloire au travail tout en la trompant allègrement. Viktoria, d’origine russe, pensait trouver un mari doux et gentil en Suède quand elle n’y rencontrera que violence et abus de la part d’un mari abusif, grossier et méchant. Quant à Birgitta, elle subit l’indifférence de ses deux fils et les coups de plus en plus violents d’un mari dont le passe-temps préféré, pour se détendre, est de la frapper comme un boxeur le ferait avec un punching-ball !

Suivre les violences subies par ces trois femmes est difficile parce que si le livre se passe en Suède, il pourrait très bien se dérouler dans n’importe quel endroit du globe. L’histoire Viktoria ou de Birgitta pourrait être l’histoire d’une voisine, d’une amie, d’une sœur, d’une femme rencontrée dans la rue, et dont le pas précipité cacherait la peur de rentrer en retard, de susciter un déchaînement de violence, peut-être le dernier…

Violence physique, violence psychologique, mais aussi hypocrisie d’un mari qui défend le mouvement #MeToo devant les caméras tout en refusant, en coulisse, de sanctionner les débordements de ses collaborateurs masculins parce que vous comprenez, ils ne sont pas méchants au fond. On ne va quand même pas les licencier et détruire leur carrière pour des mots déplacés et grivois ou des mains baladeuses ? Non, bien sûr, enfin sauf quand on a un minimum de dignité humaine et de conscience… Minimiser la portée de ces actes dégradants, par couardise ou sentiment de solidarité masculine bien malvenu, c’est participer aux violences faites aux femmes, qu’on le veuille ou non.

À travers sa novella, l’autrice dénonce ces violences, petites et grandes, inacceptables et déshumanisantes que l’on est toutes susceptibles de rencontrer dans notre vie professionnelle et/ou personnelle avec une telle acuité que cela en est saisissant et effroyable ! Mais alors que l’on découvre les maltraitances subies par les protagonistes, on se demande la raison d’un titre tel que « Femmes sans merci » ? Cela n’aurait pas plutôt dû être « Maris sans merci » ou, peut-être encore plus parlant, « Femmes à l’agonie » ? Puis de fil un aiguille, un glissement se produit dans le récit et l’on saisit les raisons d’un tel titre : si ces femmes ont subi sans rien dire des années durant, elles finissent par décider de prendre leur revanche !

À partir de là, la novella engagée s’oriente bien plus vers le thriller, car, le moins que l’on puisse dire, c’est que nos trois femmes bafouées ne font pas dans la dentelle… Je préfère rester vague sur leurs actions, mais j’ai apprécié le revirement de situation, et la manière dont les bourreaux deviennent victimes. N’étant pas une grande amatrice de la loi du talion, je n’ai pas approuvé la manière dont elles choisissent de régler leurs problèmes, mais j’ai réussi à comprendre les sentiments qui les ont motivées, du moins pour Viktoria et Birgitta. Un peu comme si à prendre trop de coups, la frontière entre mal et bien s’était étiolée jusqu’à complètement disparaître.

En revanche, j’ai trouvé la décision d’Ingrid assez disproportionnée par rapport à sa situation. J’en suis venue à me demander ce qu’elle souhaitait vraiment punir : l’infidélité de son mari et l’humiliation qu’il n’a pas hésité à lui infliger, le sacrifice de sa carrière qu’il lui a plus ou moins imposé sans montrer une once de reconnaissance, son hypocrisie face au harcèlement sexuel des femmes qu’il dénonce à la télé et tolère dans la réalité… À moins que ce ne soit un peu de tout cela.

Question de survie ou recherche d’une justice presque divine en même temps qu’un sentiment de sécurité matérielle… Des motivations différentes, mais la même décision et détermination ! Les représailles de ces femmes envers des maris violents et/ou défaillants ne devraient donc pas vous laisser indifférents. Pour ma part, j’ai été complètement transportée par cette novella qui m’a fait vivre d’intenses émotions, pas agréables, mais nécessaires, les violences domestiques étant une réalité qu’il faut dénoncer, encore et encore.

Toutefois, le format novella pourrait déranger certains lecteurs, dont je ne fais pas partie, car il ne permet pas de traiter l’histoire en profondeur. Certains points sont ainsi occultés comme les détails du plan mis en place par les trois femmes pour quitter une vie loin d’être heureuse. J’aurais d’ailleurs moi-même apprécié un peu plus de détails à ce niveau, mais je pense qu’en lisant ce livre, il faut garder à l’esprit que la question essentielle est ici bien plus le « pourquoi » que le « comment »…

En conclusion, à travers ce livre, l’autrice suscite une certaine réflexion et prise de conscience quant aux violences faites aux femmes dans la sphère privée et professionnelle tout en offrant une histoire assez sombre dans laquelle les victimes finissent par se libérer de leur bourreau de manière plutôt expéditive. Pour le meilleur et pour le pire… un serment sacré respecté à la lettre !

Le moine et le singe-roi, Olivier Barde-Cabuçon

moine

Je remercie Lecteurs.com et Actes Sud pour m’avoir permis de découvrir Le moine et le singe-roi d’Olivier Barde-Cabuçon.

Découvrez sur le site de l’éditeur un extrait gratuit du livre.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Dans les jardins si carrés de Versailles, tout va de travers. Au milieu de l’enchevêtrement d’allées et de statues moralisatrices du labyrinthe qui orne le plus beau jardin du monde, un horrible meurtre est commis. Un précurseur de Jack l’Eventreur sévit-il sous les fenêtres de Louis XV, le Singe-roi ? Stupéfaite, la cour semble attendre la prochaine victime comme un poulet son égorgeur. Parmi les suspects, rien de moins que le premier chirurgien du roi, un peintre de la cour et la tenancière d’une maison d’un genre très particulier où les relations habituelles entre hommes et femmes sont inversées. Gangréné, Versailles semble devenu le royaume de la transgression des interdits. Dans cette nouvelle enquête du commissaire aux morts étranges, jamais encore les rapports de force n’avaient été aussi exacerbés et l’autorité autant remise en question. Faut-il se soumettre, se démettre ou se révolter ? Le chevalier de Volnay sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur, tandis que, tout excité, le moine semble considérer les jardins de Versailles comme un nouveau terrain de jeu. La tension est extrême, les deux enquêteurs abordent la plus périlleuse et la plus fascinante de leurs missions alors que, dans les jardins, le danger rôde partout et surgit souvent de là où on l’attend le moins.

  • Broché: 330 pages
  • Editeur : Actes Sud Editions (1 mars 2017)
  • Prix : 22,50€

AVIS

Le moine et le roi-singe est le sixième tome de la série Le commissaire aux morts étranges. Je n’ai pas lu les tomes précédents, mais les subtils rappels de l’auteur sur les liens unissant les deux protagonistes ainsi que sur leurs principaux traits de caractère m’ont suffi pour me plonger directement dans l’histoire.

J’ai ainsi été tout de suite intriguée par ce duo atypique constitué du chevalier de Volnay et de son père, le moine hérétique. Bien que très proches, ils sont somme toute très différents l’un de l’autre, le premier étant d’un grand sérieux quand le second se révèle plus prompt au cabotinage qu’au respect strict des règles d’une société qu’il abhorre. Cette différence de caractère rend les échanges, voire les confrontations père/fils, intéressants et permet une approche complémentaire de l’enquête.

Si les deux enquêteurs sont intéressants, j’avoue cependant avoir préféré le moine qui, derrière sa gaieté et une certaine légèreté, cache une grande érudition et une part d’ombre que l’on découvre au fil de l’enquête. Quelque chose me dit que nous avons encore beaucoup de choses à découvrir de cet hérétique.

Avec ce roman, on a un peu l’impression d’un voyage à Versailles sous le règne de Louis XV. L’auteur nous transcrit ainsi à merveille le faste de la cour qui, sous les dorures et la richesse, n’est que puanteur que ce soit au sens propre ou figuré du terme. On ressent également le poids de l’étiquette qui régit la vie de la noblesse et du roi qui n’en a de fonction que le nom. J’ai, pour ma part, beaucoup aimé le contexte historique de l’enquête et la faculté de l’auteur de complètement nous y immerger.

J’ai été néanmoins assez déroutée par la tournure qu’a pris l’enquête, car le résumé m’avait laissé entrevoir tout autre chose. Mais cela ne m’a pas déplu, bien au contraire. J’ai adoré la manière dont l’auteur a su nous mettre sur une fausse piste nous laissant plus qu’interdit devant la révélation du meurtrier. Il a même réussi l’exploit de nous offrir un coupable aussi banal et idiot qu’original ! Si ça peut vous rassurer, notre duo préféré s’est également laissé berner, chacun des enquêteurs ayant laissé ses propres préjugés fausser son jugement.

La seule chose que je n’ai pas appréciée dans ce roman, ce sont les tergiversations amoureuses de Volnay vis-à-vis de l’Écureuil. Si elles permettent d’humaniser un personnage d’apparence assez froide, elles m’ont surtout agacée…

Enfin, j’ai été conquise par la plume de l’auteur qui nous offre une enquête à l’esthétique parfaite.  Avec Olivier Barde-Cabuçon, vous êtes ainsi transportés dans le roman autant grâce à la qualité de l’intrigue policière qu’à celle de l’écriture.

En conclusion, du duo atypique et haut en couleur, à l’ambiance parfaitement décrite de Versailles et de sa cour en passant par l’enquête pour confondre le meurtrier, tout m’a plu dans ce livre. Si on ajoute à cela la sublime plume d’Olivier Barde-Cabuçon, vous comprendrez aisément que je ne peux que vous conseiller vivement de découvrir Le moine et le singe-roi. Pour ma part, c’est avec un plaisir certain que je rattraperai mon retard en parcourant avec avidité les tomes précédents de la série.

Blanche-neige doit mourir, Nele Neuhaus

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En regardant mes habitudes de lecture sur Livraddict, je me suis aperçue que je lisais souvent des auteurs provenant des mêmes pays : France, Japon et États-Unis. J’ai donc entrepris de partir à la rencontre d’auteurs provenant d’autres pays avec pour commencer, l’Allemagne.

C’est ainsi que j’ai choisi de lire Blanche-Neige doit mourir de Nele Neuhaus, publié aux Éditions Actes Sud. J’ai également lu ce livre dans le cadre du Challenge Vide ta Pal en été.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Une femme est tombée d’un pont sur une voiture. Selon un témoin, elle aurait été poussée. L’enquête conduit Pia Kirchhoff et Oliver von Bodenstein à Altenhain où la victime, Rita Cramer, a vécu avant son divorce d’avec un certain Hartmut Sartorius. Onze ans plus tôt, deux jeunes filles du village avaient disparu sans laisser de trace. Sur la foi de maigres indices, un garçon de vingt ans, Tobias Sartorius, avait été arrêté et condamné à dix ans de prison.
Or, depuis quelques jours, Tobias est revenu chez son père à Altenhain… Dans le village, Pia et Bodenstein se heurtent à un mur de silence. Mais bientôt une autre jeune fille disparaît et les habitants accusent Tobias Sartorius, même si ce dernier a toujours clamé son innocence. Les preuves manquent, la police piétine et certains villageois semblent bien décidés à prendre les choses en main.

  • Broché: 400 pages
  • Editeur : Actes Sud Editions (6 octobre 2012)
  • Prix : 23,50€
  • Autres formats : ebook, poche

 

AVIS

Lu en trois soirées, on peut sans peine dire que j’ai beaucoup aimé suivre notre duo d’enquêteurs : Oliver von Bodenstein et Pia Kirchhoff.

En apparence anodin, Altenhain est un village dont les habitants vont réserver de grosses surprises aux lecteurs. Je ne préfère pas vous en dire plus pour ne pas dévoiler l’intrigue mais vous verrez que les apparences sont trompeuses et que les gens ne sont pas forcément ce qu’ils paraissent être.

J’ai adoré le talent de Nele Neuhaus pour créer une intrigue complexe où tout semble être lié sans que l’on sache comment ni pourquoi. Chaque nouvel élément que nos policiers découvrent, loin d’éclaircir l’affaire, la rend encore plus opaque. Aux côtés de Pia et d’Olivier, on essaie de séparer le vrai du faux alors que l’auteure prend un malin plaisir à brouiller les pistes.

Les rouages permettant de relier le meurtre de deux jeunes filles il y a une dizaine d’années à la disparition d’Amélie se mettent, petit à petit, en place avec son lot de révélations. On saisit alors dans toute son ampleur l’injustice dont a été victime Tobias, coupable idéal, accusé à tort du double meurtre. On comprend également l’urgence de retrouver Amélie avant qu’il ne soit trop tard et que le village soit de nouveau la scène d’un drame.

En plus de l’enquête, on découvre certains éléments de la vie privée de notre duo et notamment d’Olivier avec ses problèmes de couple. Je me suis interrogée sur la pertinence ou l’intérêt de certains détails mais force est de constater qu’on finit par s’attacher à ces deux policiers. Loin de l’image de super justiciers, on les voit essayer de faire leur travail au mieux malgré leurs difficultés personnelles et leurs faiblesses.

Le seul point négatif à mon sens est l’omniprésence de l’adultère. Je ne suis pas puritaine et cela fait évidemment partie de la vie mais dans une telle mesure, ça finit par donner un côté Melrose Place assez agaçant.

NOTE : 4/5

AUTEURE (informations BABELIO)

Nele Neuhaus, née en 1967 à Münster en Westphalie, vit depuis son enfance à Taunus, près de Francfort.
Après ses études universitaires, elle travaille dans une agence de publicité et après son mariage dans la charcuterie de son mari. Obsédée par l’écriture dès son enfance, elle publit ses trois premiers romans policiers à compte d’auteur, puis se met à écrire des romans policiers qui rencontrent un succès immédiat. Flétrissure est le premier traduit en français.
Son polar « Blanche-Neige doit mourir » s’est vendu à 1 million d’exemplaires Outre-Rhin (Actes Sud noir)

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En résumé,  Blanche-Neige doit mourir est un roman que j’ai beaucoup aimé et dont je n’ai pas vu défiler les pages. L’auteure a su créer un climat anxiogène dans ce village où certains sont prêts à tout pour protéger leurs secrets. Si vous aimez les histoires faites de faux-semblants et de suspense, ce polar est fait pour vous.

Pour ma part, je lirai sans aucun doute la première enquête de notre duo (Flétrissure) et toutes les prochaines.

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