Throwback Thursday livresque #206 : e comme…

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Pour le thème de la semaine E comme, j’ai décidé de vous parler d’un roman épistolaire qui m’avait beaucoup plu : Il n’est jamais trop tard d’Anne Youngson. La couverture en elle-même me semble d’ailleurs pas mal correspondre à ce thème.

Couverture Il n'est jamais trop tard

 

Rien de tel qu’un parfait inconnu pour se révéler à soi-même. Lorsque Tina Hopgood écrit une lettre depuis sa ferme anglaise à un homme qu’elle n’a jamais rencontré, elle ne s’attend pas à recevoir de réponse. Et quand Anders Larsen, conservateur solitaire d’un musée de Copenhague, lui renvoie une missive, il n’ose pas espérer poursuivre les échanges. Ils ne le savent pas encore, mais ils sont tous deux en quête de quelque chose.
Anders a perdu sa femme, ses espoirs et ses rêves d’avenir. Tina se sent coincée dans son mariage. Leur correspondance s’épanouit au fur et à mesure qu’ils s’apprivoisent au travers de leurs histoires personnelles : des joies, des angoisses, toutes sortes de découvertes. Quand les lettres de Tina cessent soudainement, Anders est plongé dans le désespoir. Leur amitié inattendue peut-elle survivre ? Un premier roman plein de grâce et de fantaisie.


Dans ce roman, on suit les échanges de lettres entre Tina, qui, de sa campagne anglaise, subit une vie familiale et maritale ne lui convenant guère, et un conservateur de musée de Copenhague. Deux pays, deux vies totalement différentes, mais pourtant une belle et tendre amitié qui leur permettra d’aborder en toute confiance de nombreux sujets et de réfléchir à leur vie.

Pour en apprendre plus, voici la conclusion de mon avis sur Il n’est jamais trop tard :

Porté par deux êtres que tout oppose mais qui vont nouer, grâce à un concours de circonstances, de profonds et solides liens, ce roman aborde avec sensibilité et justesse des thèmes forts et universels : l’amitié, la famille, le deuil, le bonheur, le sens de la vie, et cette question du temps qui passe… Ayant été séduite autant par le fond que la forme, je ne peux que vous conseiller de vous laisser séduire par cette histoire qui nous offre un très beau message d’espoir quant à l’avenir, Tina et Anders nous prouvant qu‘il n’est jamais trop tard pour arrêter la course du temps et construire une vie qui nous ressemble !

Et vous, connaissez-vous ce livre ?
Vous tente-t-il ?

Throwback Thursday Livresque #140 : fantasy

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Pour ce thème, j’ai tout de suite pensé à des incontournables comme La Passe-Miroir, La croisée des mondes ou encore à Un palais d’épines et de roses. Mais vous ayant déjà parlé de ces livres, j’ai préféré m’orienter vers un roman de fantasy que j’avais adoré et qui me semble un peu moins connu : Pierre-de-vie de Jo Walton.

Couverture Pierre-de-vie

« Applekirk est un village rural situé dans les Marches, la région centrale d’un monde où le temps ne s’écoule pas à la même vitesse selon que l’on se trouve à l’est – où la magie est très puissante et où vivent les dieux – ou à l’ouest – où la magie est totalement absente.
C’est la fin de l’été, et la vie s’écoule paisiblement pour les villageois. Mais le manoir va être mis sens dessus dessous par le retour de Hanethe, qui fut autrefois la maîtresse des lieux. Partie en Orient, elle y est restée quelques dizaines d’années. Mais, plus à l’ouest, à Applekirk, plusieurs générations se sont succédé. Ayant provoqué la colère d’Agdisdis, la déesse du mariage, Hanethe la fuit. Mais Agdisdis est bien décidée à se venger. »

Pourquoi ce choix ?

Assez surprenante d’un premier temps, la narration particulière soutenue par une double temporalité vaut à elle-seule lecture de ce roman dans lequel on suit le destin d’une famille ordinaire qui ne l’est finalement pas tant que ça…

L’autrice prend des risques en nous proposant un schéma familial original sortant nettement des normes actuelles. Mais elle nous enchante surtout par la place de choix accordée aux femmes qui sont toutes très fortes et déterminées bien que pour moi, l’une d’entre elle, tire son épingle du jeu…

Quant à l’univers, en plus d’être fascinant et complexe, il se révèle diablement immersif et particulièrement bien pensé !

Pour en apprendre plus, je vous invite à lire ma chronique de Pierre-de-vie dont voici la conclusion :

Roman de fantasy mais aussi roman de vie, Jo Walton nous propose ici une jolie fresque familiale dans laquelle la magie du cœur a tout autant d’importance, si ce n’est plus, que celle des Dieux. Entre les bouleversements liés à deux personnages qui font le pont entre présent et passé, le quotidien d’une famille ordinaire aux liens extraordinaires, et un monde original qui remet en question notre conception du temps, de l’amour et de la famille, ce roman vous promet un très beau et intense moment de lecture.

Et vous, connaissez-vous ce roman ? Vous tente-t-il ?
Quel titre auriez-vous choisi ?

Il n’est jamais trop tard, Anne Youngson

Couverture Il n'est jamais trop tard

Je remercie les éditions Denoël de m’avoir permis de découvrir Il n’est jamais trop tard d’Anne Youngson.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Rien de tel qu’un parfait inconnu pour se révéler à soi-même. Lorsque Tina Hopgood écrit une lettre depuis sa ferme anglaise à un homme qu’elle n’a jamais rencontré, elle ne s’attend pas à recevoir de réponse. Et quand Anders Larsen, conservateur solitaire d’un musée de Copenhague, lui renvoie une missive, il n’ose pas espérer poursuivre les échanges. Ils ne le savent pas encore, mais ils sont tous deux en quête de quelque chose.
Anders a perdu sa femme, ses espoirs et ses rêves d’avenir. Tina se sent coincée dans son mariage. Leur correspondance s’épanouit au fur et à mesure qu’ils s’apprivoisent au travers de leurs histoires personnelles : des joies, des angoisses, toutes sortes de découvertes. Quand les lettres de Tina cessent soudainement, Anders est plongé dans le désespoir. Leur amitié inattendue peut-elle survivre ? Un premier roman plein de grâce et de fantaisie.

Denoël (23 mai 2019) – 256 pages – Broché (19,90€) – Ebook (13,99€)
Traduction : Perrine Chambon

AVIS

Tina, de sa campagne anglaise où elle tient une ferme avec son mari et ses enfants, n’aurait jamais imaginé qu’en envoyant une simple lettre au professeur Glob, elle ferait une rencontre spéciale qui changerait à jamais le cours de sa vie. Décédé depuis des années, ce n’est, en effet, pas le professeur qui lui répond, mais Anders, conservateur dans un musée de Copenhague. Si leur correspondance débute autour de l’Homme de Tollund, cadavre naturellement momifié d’un homme découvert dans les années 1950 au Danemark, le ton devient très vite plus familier et intime. De lettre en lettre, les deux personnages finissent ainsi par nouer une belle et émouvante amitié…

Peut-être parce qu’ils sont loin l’un de l’autre ou que leur vie est tellement différente qu’ils ne craignent aucun jugement, Tina et Anders partagent, avec une totale transparence, les moments forts de leur existence, leurs doutes, leurs espoirs, les absences qui font mal, leurs blessures, les bons souvenirs… Des confidences touchantes qui sont étayées de réflexions intéressantes sur le sens de la vie, le deuil, le bonheur, la famille et la maternité, le poids du passé, cet Homme de Tollund qui les fascine…

Ces sujets forts et, pour la plupart, universels sont ici abordés avec beaucoup de sensibilité et d’humanité. Certaines lettres sont ainsi empreintes d’espoir et de joie quand d’autres dégagent une certaine tristesse et nostalgie. Mais l’autrice ne tombe jamais dans le larmoyant ou le pathos. Tout est dit avec beaucoup de retenue dans le cas d’Anders, et avec une certaine neutralité bienveillante dans le cas de Tina qui essaie toujours de prendre en compte tous les points de vue dans ses jugements, quitte parfois à s’oublier…

En évitant les conflits et les jugements lapidaires, Tina donne ainsi l’impression de s’estomper derrière les besoins des autres, et notamment de ce mari qu’elle assiste dans une vie qui ne lui convient guère. Si son mari est attaché à sa ferme familiale, à l’isolement et à ses habitudes, Tina n’a jamais voulu de cette existence rythmée par les saisons et les obligations. Choisi par défaut, pour faire plaisir et suivre les conventions, ce rôle de fermière qui s’est imposé à elle a fini par se muer en une prison que seule la correspondance avec Anders rend plus supportable. Au gré de ses échanges avec le conservateur, cette femme, pour laquelle on éprouve très vite de l’attachement, évolue et reprend peu à peu les rênes d’une vie trop longtemps subie… Cela ne se fera pas sans heurts ni remises en question, mais au fil des pages, on acquiert la conviction que malgré les turbulences, Tina possède les atouts nécessaires pour faire face à toutes les situations.

Quant à Anders, on ne peut que ressentir beaucoup d’empathie pour ce solitaire que la mort de sa femme a profondément affecté. D’un abord un peu austère, il finit par nous apparaître comme un homme plein de sensibilité qui a trop longtemps caché sa nature dans la solitude. Fort heureusement, à mesure qu’il s’entretient par courrier avec son amie anglaise, il s’ouvre aux autres, et notamment à ses deux enfants que l’obsession pour une femme fragile psychologiquement avait poussé à négliger. Sa relation avec sa fille se révèle d’ailleurs très touchante tout comme sa manière d’être présent pour cette dernière malgré des choix de vie qu’il ne comprend pas toujours. Aimant sans être collant, prévenant sans être intrusif, Anders est définitivement un père prévenant et bienveillant !

Cette relation amicale nouée grâce à une simple lettre va donc bouleverser la vie de ces deux êtres très différents que rien ne prédisposait à devenir amis si ce n’est ce sentiment de solitude qui leur permet de se comprendre même dans le poids des silences et des non-dits. Car ne vous y trompez pas, si Tina est entourée physiquement de sa famille, on la découvre bien seule face à ses sentiments.. Un événement m’a d’ailleurs fait beaucoup de peine pour elle et m’a révoltée devant le manque d’empathie des siens, voire une certaine forme de complicité.

C’est donc avec émotion que l’on voit Anders prendre une place de plus en plus importante dans sa vie même si les choses ne sont pas forcément si simples, l’amitié nécessitant parfois de laisser l’autre s’éloigner pour lui permettre de mieux se retrouver… Comme dans toutes les histoires centrées sur les relations humaines, l’avenir n’est donc pas figé dans le marbre, mais il y a une chose dont on peut être certain, c’est que Tina a trouvé en la personne d’Anders un ami sincère qui sera toujours là pour l’écouter et la soutenir dans les bons comme les mauvais moments. Quant à Anders, il a enfin trouvé cette source de lumière qui vient éclairer une vie norme et sans saveur.

En conclusion, porté par deux êtres que tout oppose mais qui vont nouer, grâce à un concours de circonstances, de profonds et solides liens, ce roman aborde avec sensibilité et justesse des thèmes forts et universels : l’amitié, la famille, le deuil, le bonheur, le sens de la vie, et cette question du temps qui passe… Ayant été séduite autant par le fond que la forme, je ne peux que vous conseiller de vous laisser séduire par cette histoire qui nous offre un très beau message d’espoir quant à l’avenir, Tina et Anders nous prouvant qu‘il n’est jamais trop tard pour arrêter la course du temps et construire une vie qui nous ressemble !

Découvrez/feuilletez le roman sur le site des éditions Denoël.

 

 

Cendrillon et moi : la belle-mère parle enfin, Danielle Teller

Je remercie les éditions Denoël de m’avoir permis de découvrir Cendrillon et moi de Danielle Teller.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

C’est la marâtre la plus détestée de l’Histoire, celle dont on parle pour faire peur aux enfants désobéissants. Mais qui savait que la belle-mère de Cendrillon s’appelle en réalité Agnès, qu’elle a passé sa jeunesse à trimer comme bonne à tout faire, quelle a dû se battre comme une lionne pour accéder à un monde qui n’est pas le sien, que son époux est alcoolique et que sa belle-fille, petite princesse aux petons si délicats, est en réalité fort capricieuse ? Agnès n’en peut plus des sornettes autour des pantoufles, des princes charmants et des citrouilles. Elle est bien décidée à rétablir la vérité, quitte à égratigner quelque peu la version officielle. Une réécriture ingénieuse et jubilatoire du célèbre conte, qui réussit l’exploit de nous faire aimer un personnage détesté.

Denoël (11 avril 2019) – 400 pages – Broché (22,90€) – Ebook (16,99€)
Traduction : Audrey Coussy

AVIS

Vous pensez tout connaître de l’histoire de Cendrillon, de sa marâtre et de ses deux horribles belles-sœurs ? Détrompez-vous ! Agnès, alias la méchante belle-mère, vous donne sa propre version de l’histoire, une version bien différente de celle communément admise…

Quand nous imaginons Agnès méchante et cruelle, nous la découvrons malmenée par la vie, courageuse et pugnace. Que ce personnage m’a fascinée, émue, remuée… Élevée dans une famille pauvre qui ne peut continuer à subvenir à ses besoins, elle est envoyée très jeune dans un manoir pour assister la lingère. Cette femme fainéante et odieuse, qui abusera de sa position pour l’exploiter, sera, d’une certaine manière, la première personne à lui apprendre la dureté de la vie…

Tout au long du roman, on alterne entre des flash-back durant lesquels nous voyons Agnès grandir et partageons les moments forts de sa vie d’enfant, d’adolescente et d’adulte, et le présent.

En lisant ce roman, je m’attendais à une réécriture de conte légère et empreinte d’humour alors que j’ai découvert un récit plus proche d’une fiction historique que d’une histoire fantastique. Oubliez la fée marraine et sa baguette magique, et entrez plutôt de plain-pied dans cette histoire qui décrit de manière implacable une réalité sociale difficile, celle des pauvres contre les nantis, celle des femmes du peuple qui doivent se battre pour assurer leur survie et protéger le fruit de leurs entrailles, celle des femmes qui ne sont que peu de chose face à un pouvoir religieux écrasant et une société patriarcale qui a vite fait de vous voler tous vos acquis à la mort de votre mari…

On ne peut que se révolter devant les injustices faites à Agnès d’autant que derrière cette œuvre de fiction, se cache une réalité historique qui est d’ailleurs, en partie, toujours d’actualité dans certaines régions du globe. Agnès vit des choses difficiles et révoltantes, mais à aucun moment, nous ne ressentons de pitié pour cette femme. Non parce qu’elle nous est antipathique, bien au contraire, mais parce que c’est une battante qui ne se laisse pas faire, et qui affronte chaque situation et chaque personne avec courage. Intelligente, débrouillarde et déterminée, elle se battra sans relâche pour assurer son avenir et celui de ses deux filles issues d’un mariage malheureux dont elle arrive pourtant à s’accommoder et tirer parti…

Matilda et Charlotte, les deux amours de sa vie, ont également connu leur lot de malheurs. Rendues laides, chacune à leur manière, par les vicissitudes de la vie, elles seront rejetées et moquées alors que derrière leur apparence se cachent un cœur d’or et une grande intelligence. À travers ces deux personnages, l’autrice semble souligner ce culte de l’apparence qui hante le monde depuis tellement longtemps qu’il a imprégné les contes de notre enfance. Quand la laideur est associée à la méchanceté, la beauté est, quant à elle, synonyme de toutes les vertus. Mais est-ce vraiment le cas ?

Les choses ne sont-elles pas bien plus complexes à l’image de cette histoire qui nous permet de voir le mythe de Cendrillon sous un autre jour ? Sous la plume poétique et évocatrice de Danielle Teller, les personnages de ce célèbre conte nous apparaissent bien différents de l’image que nous en avons. Agnès n’est pas cette méchante femme que l’on a tous détestée, et Cendrillon ou Elfida de son vrai nom, aucunement ce parangon de vertu qui aurait été brimé et asservi par sa belle-famille ! Tout ceci n’est que billevesées et rumeurs idiotes dont rien ne semble entraver la propagation…

Ni sorcière pour l’une, ni modèle de perfection pour l’autre, ces deux femmes sont simplement des êtres humains avec leurs défauts et leurs qualités. Agnès se montre parfois maladroite, trop rigide et trop dure avec sa belle-fille pensant agir pour son bien… Quant à Cendrillon, c’est une enfant complexe dont il est difficile de briser la carapace, et qui se révèle capricieuse, habituée à ce que son père alcoolique et défaillant lui passe tous ses caprices. Mais derrière les malentendus, les incompréhensions, et les tensions inhérentes à toute vie de famille, a fortiori d’une famille recomposée, il y a aussi beaucoup de tendresse et d’amour. Le « belle » de belle-mère et de belle-fille finit d’ailleurs par disparaître ne laissant plus qu’une mère et sa fille qui sont passées par des moments difficiles, mais qui ont fini par se trouver.

En conclusion, en prenant le parti de nous offrir une réécriture de conte aux allures de fiction historique, Danielle Teller captive ses lecteurs qu’elle rend témoin privilégié de l’émancipation d’une enfant devenue femme malgré l’adversité. Quand l’imaginaire collectif fait de la belle-mère de Cendrillon et de ses deux filles d’horribles personnes, l’autrice les humanise et nous prouve que derrière chaque histoire, peut se cacher une tout autre réalité.

Feuilletez un extrait du roman sur le site des éditions Denoël.

J’ai d’abord tué le chien, Philippe Laidebeur

Je remercie les éditions Denoël de m’avoir envoyé, dans le cadre de notre partenariat, J’ai d’abord tué le chien de Philippe Laidebeur, vainqueur du Prix Matmut 2019.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Il est SDF, clodo, sans abri. Un échec sentimental, un désastre professionnel, et le voilà dans la rue. Il y vit depuis dix ans. Et touchera bientôt le fond de sa descente aux enfers. Vagabond solitaire, il gère son quotidien en évitant les pièges que lui tend la jungle urbaine. C’est tout du moins ce qu’il croit. Une nuit, pour une banale histoire de planches volées, il égorge un vigile et son chien. Il le fait machinalement, sans la moindre émotion. Ce sera le premier meurtre d’une longue série. Tuer pour ne pas être tué, sa vie est aussi primitive que cela. Un jour, il élimine un homme qui lui ressemble de façon étonnante et, tout naturellement, il prend sa place. Il usurpe l’identité d’un étrange et riche inconnu. Porte de sortie inattendue ? Chance ultime ou erreur fatale ? Peut-on entrer dans la peau d’un autre sans prendre le risque de voir un passé sulfureux rattraper un présent chaotique ? Sans payer le prix du sang ? …

Denoël (14 mars 2019) – 192 pages – Broché (19,90€) – Ebook (13,99€)
Préface : Philippe Labro

AVIS

Passer d’informaticien respecté et aisé à SDF maltraité par la vie, il n’y a qu’un pas. Un pas franchi par notre protagoniste qui a perdu femme, enfants, travail, statut social et argent. Dans la rue où il vit depuis maintenant dix ans, il a appris à se faire petit, à ne pas se mêler aux autres ni à leurs querelles, à se méfier de l’alcool, à trouver les bons lieux pour faire la manche, à grappiller de la nourriture au gré des opportunités… En d’autres termes, il a appris à survivre dans cette jungle urbaine et à affronter avec un minimum de dignité la faim, le froid, la misère, la violence…

Mais difficile d’échapper à la violence quand on la porte en soi ! Notre homme, d’apparence courtoise, est en effet loin d’être un enfant de cœur. Dénué de sentiments et ne berçant pas dans le sentimentalisme, il n’hésite pas à sortir la lame et à faire couleur le sang pour se protéger. Tuer ou être tué ? Une question qu’il ne se pose jamais très longtemps ! De meurtre en meurtre, ne prend-il d’ailleurs pas un peu trop goût au sang ?

Sa vie dans la rue, qu’il affronte sans jamais s’apitoyer sur son sort, va prendre une tournure inattendue quand il décidera de s’approprier la somptueuse villa et la vie de l’une de ses victimes, un homme richissime qui lui ressemble étrangement, Charles de Montesquieu. Notre SDF aux tendances meurtrières a-t-il bénéficié d’une chance insolente en croisant la route de cet homme ou a-t-il, sans le savoir, mis le pied dans quelque chose qui va complètement le dépasser ?

L’auteur nous propose ici une plongée fascinante dans le présent d’un homme qui tue avec un naturel déconcertant et sans une once de remord, et le passé d’un homme aussi riche que secret qui ne sortait presque pas de chez lui, n’avait pas de famille, pas d’ami et ne recevait qu’une seule visite, celle d’une femme de ménage particulière… Devant l’aura de mystère qui entoure le bourgeois, notre SDF n’a pas d’autre choix que d’enquêter afin de mieux s’approprier le personnage et faire de sa vie la sienne : inspection de la maison, études des documents et photos retrouvés, piratage de l’ordinateur…

Se dégage, au fil des pages, une tension et un suspense de plus en plus intenses jusqu’à ce que le portrait de Charles de Montesquieu qui se forme se révèle des plus inquiétants et des plus glaçants ! C’est que le personnage pousserait presque le lecteur à relativiser les crimes de notre SDF sociopathe sur les bords. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que l’auteur, à travers son récit, a su habilement aborder des périodes peu glorieuses de notre histoire…

La violence, celle de la société, celle de la rue, celle de l’hérédité, celle qui pousse un homme à perpétrer des atrocités, trouve son écho dans la plume de l’auteur à la fois brute et brutale. Philippe Laidebeur décrit ainsi, sans fioritures ni effets de manche, mais avec beaucoup de réalisme, la descente aux enfers d’un homme qui se savait meurtrier sans émotions et finit par se croire bourreau sanguinaire. La frontière entre réalité et folie est parfois mince a fortiori quand on a déjà perdu tous ces repères et toutes ces petites choses qui nous rattachent à la vie…

En conclusion, nous découvrons dans ce roman deux hommes très différents, mais dont les vies vont, petit à petit, se mêler et s’entremêler. Les pistes se brouillent, le passé et le présent se mélangent, la vérité devient fantasme et le fantasme prend des allures de vérité. Peut-on vraiment s’approprier la vie d’un autre et occulter la sienne sans sombrer dans la folie ? Une question qui devrait vous tenir en haleine et vous pousser à lire d’une traite ce roman court, mais intense.

Feuilleter le roman sur le site des éditions Denoël et/ou retrouvez-le chez votre libraire/en ligne

Blues pour Irontown, John Varley

Je remercie les éditions Denoël de m’avoir fait parvenir Blues pour Irontown de John Varley.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Christopher Bach était policier lors de la Grande Panne, ce jour où le Calculateur central, qui contrôle tous les systèmes de survie sur Luna, a connu une défaillance fatale. La vie de Chris a alors irrémédiablement basculé, et il essaie désormais d’être détective privé. Assisté de son chien cybernétiquement augmenté, Sherlock, il tente de résoudre les quelques missions qu’on lui confie en imitant les héros durs à cuire qui peuplent les livres et films noirs qu’il adore. Lorsqu’une femme entre dans son bureau et prétend avoir été infectée volontairement par une lèpre incurable, Chris est tout disposé à l’aider à retrouver celui qui l’a contaminée. Mais il va vite déchanter en comprenant que son enquête doit le mener là où personne n’a réellement envie d’aller de son plein gré : à Irontown…

Blues pour Irontown est un mélange détonant de roman noir et de science-fiction. Situé dans le même univers que les précédents ouvrages de l’auteur, notamment Gens de la Lune et Le Système Valentine, parus chez Denoël, il marque le retour, tant attendu, de John Varley à son meilleur.

Denoël (14 février 2019) – Collection Lunes d’encre – 272 pages – Broché (21,90€)
Ebook (15,99€) – Traducteur : Patrick Marcel –  Extrait en ligne

AVIS

Bienvenue chez Sherlock & Bach – Enquêtes privées discrètes, Sherlock étant un chien cybernétiquement augmenté, et Bach, un détective autoproclamé du nom de Christopher. Suite à la visite d’une cliente mystérieuse à laquelle on a, à son insu, inoculé une lèpre incurable, nos deux héros vont se lancer dans une enquête qui les conduira dans un endroit dont Chris garde de très très mauvais souvenirs : Irontown. Repère de tous les laissés-pour-compte, criminels, marginaux et autres joyeux lurons de la société, c’est le genre de lieu que l’on fuit comme la peste !

Le roman m’a surprise dans la mesure où je m’attendais à une enquête linéaire alors que l’auteur joue habilement entre l’enquête dans le présent et le passé de Chris. Cette incursion dans le passé de notre détective permet, en plus de découvrir ses blessures, de comprendre ce qui est arrivé durant la Grande Panne, un événement traumatisant qui pose un certain nombre de questions sur, entre autres, les dangers des intelligences artificielles et la dépendance de l’homme vis-à-vis de ces dernières… L’enquête en elle-même ne souffre d’aucun temps mort, l’auteur ne se perdant pas en palabres ni détours inutiles. Il vous réserve même un petit twist que je n’avais pas anticiper et qui permet de voir toute l’histoire sous un jour nouveau. On peut dire que John Varley a le sens du détail et de la mise en scène, et qu’il ne laisse rien au hasard, chaque élément finissant par s’emboîter et former un tableau d’ensemble inattendu.

Je ne suis pas une grande lectrice de science-fiction ayant toujours peur d’être submergée par une masse complexe d’informations. J’ai donc apprécié que l’auteur mette en place un univers simple et abordable par tous. Il prend le temps, petit à petit, de détailler les spécificités de Luna colonisée il y a longtemps après l’invasion de la Terre par des extraterrestres sans jamais se perdre dans de longues explications. Toutes les informations qu’il donne servent l’intrigue et permettent de mieux appréhender les tenants et aboutissants d’une enquête plus complexe qu’au premier abord. Il en résulte une immersion facile et totale dans ce monde où la technologie et les progrès scientifiques tiennent une place centrale. Envie de changer de sexe ou de vous inoculer une maladie soignable pour être à la mode ? Il suffit de demander et d’en avoir les moyens.

En plus d’un univers accessible même aux personnes ne lisant jamais de science-fiction, l’auteur met en place une narration alternée efficace et originale entre Chris et son chien-associé Sherlock dont on suit les pensées grâce à une traductrice. Celle-ci s’adresse d’ailleurs parfois directement aux lecteurs pour leur expliquer les difficultés de traduire certains concepts canins. Il faut dire que la fascination de Sherlock pour les odeurs ne lui facilite pas la tâche… L’auteur exploite à merveille cette double narration n’hésitant pas à changer son style en fonction du protagoniste au cœur de l’action. Alors que Chris s’exprime de manière posée, les phrases de Sherlock sont bien plus courtes et, surtout, plus « fleuries ». Je n’aime, en général, pas trop la vulgarité dans les romans, mais celle dont fait parfois preuve Sherlock ne m’a pas gênée puisqu’elle est cohérente avec son statut de chien.

Je dois d’ailleurs dire que si j’ai apprécié l’histoire, c’est avant tout l’utilisation d’un chien en tant que protagoniste qui a su me séduire ! Loin de ne faire que de la figuration, Sherlock tient un rôle de premier ordre dans le récit d’autant que cybernétiquement augmenté, il fait preuve d’une grande intelligence et de capacités qui dépassent de beaucoup celles d’un chien lambda. Conscient de son intelligence, Sherlock ne connaît pas le mot modestie et a tendance à considérer les deux pattes comme de gros benêts, mais il n’en demeure pas moins attachant et très drôle à condition d’adhérer à son humour. J’ai adoré suivre l’enquête à travers ses yeux ou plutôt grâce à son odorat puisque chien oblige, Sherlock saura utiliser brillamment son flair pour seconder Chris voire le sortir de situations délicates…

Face à un associé aussi particulier et haut en couleur, Chris m’a paru peut-être un peu fade. Même sa mère, une éleveuse de dinosaures volants, qui apparaît pourtant peu dans le roman m’a semblé plus remarquable… Bien que notre détective donne parfois un peu le sentiment de vivre dans sa propre bulle fortement inspirée des années 1930, il prend heureusement de l’épaisseur à mesure que son enquête progresse et que l’on découvre tout un pan de son passé. Un passé dont il n’a pas encore pansé toutes les blessures, mais vu les épreuves qu’il a endurées, difficile de le blâmer… Pas forte tête ni grosse gueule, l’intérêt de ce personnage réside, du moins pour moi, dans la dimension profondément humaine qu’il apporte au récit et dans la relation qu’il a su tisser avec Sherlock. Les amoureux des animaux ne devraient ainsi pas rester de marbre devant les liens forts qui unissent nos deux acolytes et la sincère affection qu’ils se portent. Vous verrez d’ailleurs que l’amour de Sherlock pour Chris qu’il place au centre de son monde est sans limite…

En conclusion, Blues pour Irontown nous offre une enquête prenante et plus complexe qu’au premier abord dans un univers de science-fiction accessible et immersif. En alternant les points de vue et en modulant avec succès sa plume en fonction de ses protagonistes, l’auteur met en scène un duo touchant qui devrait marquer les esprits des lecteurs. Si vous aimez les enquêtes teintées d’un humour qui a du chien ou les chiens qui ont de l’humour, vous devriez passer un bon moment de lecture.

Retrouvez le roman chez votre libraire ou en ligne

 

Premières lignes #70 : Blues pour Irontown, John Varley

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J’ai décidé de participer au rendez-vous Premières lignes, initié par Ma lecturothèque, dont le principe est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Pour cette édition, j’ai chois de vous présenter les premières lignes de ma dernière lecture : Blues pour Irontown de John Varley. Ce roman me sort clairement de ma zone de confort, mais j’ai été intriguée par son résumé et la mention d’un chien de nom de Sherlock !

Christopher Bach était policier lors de la Grande Panne, ce jour où le Calculateur central, qui contrôle tous les systèmes de survie sur Luna, a connu une défaillance fatale. La vie de Chris a alors irrémédiablement basculé, et il essaie désormais d’être détective privé. Assisté de son chien cybernétiquement augmenté, Sherlock, il tente de résoudre les quelques missions qu’on lui confie en imitant les héros durs à cuire qui peuplent les livres et films noirs qu’il adore. Lorsqu’une femme entre dans son bureau et prétend avoir été infectée volontairement par une lèpre incurable, Chris est tout disposé à l’aider à retrouver celui qui l’a contaminée. Mais il va vite déchanter en comprenant que son enquête doit le mener là où personne n’a réellement envie d’aller de son plein gré : à Irontown…

Blues pour Irontown est un mélange détonant de roman noir et de science-fiction. Situé dans le même univers que les précédents ouvrages de l’auteur, notamment Gens de la Lune et Le Système Valentine, parus chez Denoël, il marque le retour, tant attendu, de John Varley à son meilleur.

PREMIÈRES LIGNES

La frangine entra dans mon bureau comme une brise chaude exhalée par le Pacifique. En d’autres circonstances, je l’aurais invitée à danser le jitterbug toute la nuit sur la jetée de Santa Monica, au swing de la clarinette d’Artie Shaw et des Gramercy Five.
Mais une paralèpre, ça gâche.
Elle était habillée à la mode rétro-Noir. Son visage se limitait à une forme vague derrière une épaisse voilette accrochée à un chapeau chargé de ce qui ressemblait bien à un paon. Pas seulement les plumes : le paon au complet. Son corsage portait des fronces à la gorge et sa veste était suffisamment rembourrée aux épaules pour qu’on puisse y poser deux verres de martini. Ses escarpins, aux talons carrés de dix centimètres, étaient ouverts au bout et découvraient deux ongles vernis de carmin. J’étais tout disposé à parier que ses bas arboraient une couture à l’arrière.
Non que je sois le mieux placé pour me ficher d’elle. Elle pouvait très bien s’être habillée ainsi pour s’assortir au décor. Mon bureau lui-même aurait pu avoir été transporté en totalité d’une autre époque par une machine à voyager dans le temps.

Et vous, ce roman vous tente-t-il ?

 

 

Premières lignes #66 : L’Ours et le Rossignol, Katherine Arden

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J’ai décidé de participer au rendez-vous Premières lignes, initié par Ma lecturothèque, dont le principe est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Pour cette édition, je vais vous présenter les premières lignes de ma prochaine lecture : L’Ours et le Rossignol de Katherine Arden.

Au plus froid de l’hiver, Vassia adore par-dessus tout écouter, avec ses frères et sa soeur, les contes de Dounia, la vieille servante. Et plus particulièrement celui de Gel, ou Morozko, le démon aux yeux bleus, le roi de l’hiver. Mais, pour Vassia, ces histoires sont bien plus que cela. En effet, elle est la seule de la fratrie à voir les esprits protecteurs de la maison, à entendre l’appel insistant des sombres forces nichées au plus profond de la forêt. Ce qui n’est pas du goût de la nouvelle femme de son père, dévote acharnée, bien décidée à éradiquer de son foyer les superstitions ancestrales.

PREMIÈRES LIGNES

L’hiver était déjà bien avancé en Rus’ septentrionale et l’air lourd d’une humidité qui n’était ni la pluie ni la neige. Les paysages resplendissants de février avaient fait place à la morne grisaille de mars, et tous dans la maisonnée de Piotr Vladimirovitch avaient la goutte au nez et la maigreur de qui s’est sustenté six semaines de pain noir et de chou fermenté. Mais personne ne pensait aux engelures ou aux reniflements ni n’avait même la nostalgie des bouillies et des viandes rôties, parce que Dounia allait raconter une histoire.
Ce soir-là, la vieille dame s’assit à la meilleure place pour deviser : dans la cuisine, sur le banc de bois à côté du poêle. Ce poêle était une structure massive faite d’argile rouge, plus haute qu’un homme et assez vaste pour que les quatre enfants de Piotr Vladimirovitch pussent aisément tenir à l’intérieur. Le dessus plat servait de plate-forme de couchage et ses entrailles cuisaient la nourriture, chauffaient la pièce, produisaient des bains de vapeur pour les malades.

Et vous, est-ce que ce roman vous tente ?