Hazel Wood, Melissa Albert

« Ne t’approche sous aucun prétexte d’Hazel Wood. »

Ces quelques mots laissés par la mère d’Alice juste avant son enlèvement scellent à tout jamais le destin de la jeune fille.
Hazel Wood, la résidence légendaire d’Althéa Proserpine, auteur des célèbres « Contes de l’Hinterland ».
Hazel Wood, dont vient d’hériter Alice.
Hazel Wood, où Alice doit s’aventurer pour espérer sauver sa mère.
Hazel Wood, cette demeure d’où semblent s’échapper des personnages inventés par Althéa.
Hazel Wood, dont personne ne revient jamais.

Et si Hazel Wood était bien plus qu’un simple manoir ? Un leurre ? Une porte d’entrée sur l’Hinterland ?
Et si Alice était bien plus qu’une simple New-Yorkaise ? Une princesse ? Une tueuse ?

Il était une fois… Hazel Wood.

Editions Milan (25 avril 2018) – 384 pages – Broché (17,90€) – Ebook (12,99€)

AVIS

Possédant ce roman dans sa sublime version Fairyloot et en français, j’ai hésité un long moment avant d’opter pour la version française d’autant que j’avais un peu de mal à me souvenir de l’endroit où se trouvait la VO. Mais maintenant que j’ai refermé le roman, je pense que ce n’est pas plus mal parce que Melissa Albert nous propose ici un univers riche et complexe qui nécessite une parfaite compréhension des différents événements pour savourer sa lecture.

Alice vit une relation quasi symbiotique avec sa mère, Ella. Une relation d’autant plus forte qu’elles sont toujours sur le qui-vive déménageant sans cesse pour éviter la malchance et tous ces événements étranges qui semblent irrémédiablement les poursuivre. Mais un jour, Ella décide de se poser et de se marier avec Harold. Un mariage qui n’enchante guère Alice, mais qui aura au moins le mérite de lui permettre de faire la rencontre de Finch, un jeune homme attachant dont elle va se rapprocher, notamment suite à un dramatiquement événement.

Fils d’un richissime homme qui le délaisse complètement, ce garçon m’a beaucoup touchée par sa gentillesse, mais aussi en raison de sa tendance à fuir sa vie et la réalité dans la lecture.  Au fil des pages, nous découvrons les raisons de sa passion pour le recueil des Contes de l’Hinterland écrits par la grand-mère d’Alice, une femme que l’adolescente n’a jamais rencontrée, sa mère s’y opposant tout comme elle lui a toujours refusé le droit de lire les histoires de son aïeule. Ce recueil de contes, qui suscite des réactions passionnées, est devenu quasiment introuvable, ce qui n’empêchera pas nos deux amis de tenter de mettre la main dessus avant de se lancer dans la plus périlleuse des aventures, l’assaut d’Hazel Wood et du monde dangereux que la demeure semble ouvrir !

Si la première partie est auréolée de mystère et soulève de très nombreuses interrogations sur Alice et sa mère, la seconde partie du roman est beaucoup plus onirique, l’autrice proposant une mise en abyme d’un conte dans un conte. Cela donne une tout autre envergure au récit qui se pare d’une richesse folle. Ce changement de ton pourra néanmoins déstabiliser certains lecteurs, voire complètement les dérouter.

Pour ma part, j’ai adoré tomber dans une histoire à la Alice au pays des merveilles avec cette sensation de perdre le contrôle sur ce qui se passe et de me faire ballotter d’une scène à l’autre sans trop savoir à quoi m’attendre. Mais rassurez-vous, l’autrice ne nous perd jamais en cours de route puisque par un savant équilibre entre rêve, ou plutôt cauchemar, et réalité, elle veille à ce que chacun puisse suivre Alice dans ses multiples péripéties, la jeune fille devant affronter un certain nombre d’épreuves pour retrouver une personne qui lui est chère et sur laquelle nous faisons de surprenantes découvertes. J’ai d’ailleurs été assez surprise de la réaction de l’adolescente qui réagit assez bien à une révélation qui fait pourtant vaciller son monde.

Mais il faut dire qu’elle n’est plus à une surprise près, l’Hinterland où elle finit par être plongée étant le lieu de bien d’autres découvertes, notamment sur sa nature profonde. Je resterai volontairement évasive parce que ce qui fait tout le charme de ce roman, c’est le mystère dont il est auréolé. Je peux néanmoins vous assurer que si vous aussi, vous adorez les contes d’autrefois avec leur cruauté et leur bestialité, l’univers qui se déploie sous vos yeux va vous enchanter bien que le terme captiver serait peut-être plus adéquat, l’Hinterland n’ayant rien d’enchanteur…

En plus du côté conte dans un conte qui m’a complètement conquise, Hazel Wood s’est aussi l’histoire du jeune fille qui lutte contre elle-même, contre ses démons et qui refuse avec courage une vie qui n’est pas la sienne, une vie qu’on lui a imposée et dans laquelle on essaie de l’emprisonner. C’est donc tout autant une histoire fantastique que le voyage d’une adolescente sur le chemin de sa propre vérité et de cette vie qu’elle va essayer de prendre à bras-le-corps nonobstant les épreuves. Alice n’est pas toujours agréable, elle est rarement souriante, mais elle est forte, déterminée et prête à tout pour sauver sa famille, la seule qui n’ait jamais compté pour elle. Le genre d’héroïne courageuse et imparfaite qui devrait plaire aux adolescent(e)s, et que je trouve diablement inspirante !

En conclusion, captivant, riche et complexe, ce roman fut une très bonne lecture que je recommanderai à tous les amateurs de contes et à toutes les personnes appréciant de se laisser bercer par un imaginaire puissant et empreint d’un certain onirisme. Le livre se suffit à lui-même, mais j’ai été ravie de découvrir qu’une suite était parue récemment. J’attends donc avec impatience sa traduction curieuse de retrouver Alice que ce soit dans notre monde ou celui de l’Hinterland…

Le dernier conte, Pascale Leconte

Couverture Le dernier conte

Alors qu’elle vient d’échapper à une tentative d’assassinat, la princesse Bianca doit fuir les gardes de l’Afag et sa marâtre. Lors de ce voyage initiatique, Bianca retrouvera les différentes héroïnes de nos contes d’enfant.
Que sont donc devenues Cendrillon, Belle, Aurore ou Peau d’Âne après leur mariage avec le prince charmant ?
Sous l’apparence d’un conte de fées, ce récit relate le passage entre un monde ancien, où l’humain vit en harmonie avec la nature, les forces invisibles qui l’habitent, et le début d’une nouvelle ère centrée sur l’homme matérialiste et égocentrique.
Une histoire qui rompt avec le schéma habituel en donnant la part belle aux héroïnes féministes, actives et maîtresses de leur propre destin.
Dans cet univers enchanteur, le lecteur pourra en apprendre davantage sur la méditation, les élémentaux ou autres esprits de la nature.

Couverture : Maud Chalmel – Illustrations : Agnès Fouquarf

AVIS

Une jeune princesse qui, à la mort de son père, doit s’enfuir de son propre royaume sous peine d’y trouver la mort, une marâtre qui dispose d’un miroir magique et qui est bien décidée à se débarrasser d’une encombrante belle-fille… Les débuts devraient immanquablement vous rappeler Blanche-Neige ce qui n’est guère étonnant, l’autrice nous proposant ici une histoire inspirée des contes d’antan. Nous y retrouverons d’ailleurs certaines princesses et autres héroïnes de contes qui ne semblent pas vivre le happy end tant mérité… Mais loin de se cantonner au charme suranné des récits de notre enfance, l’autrice va ici beaucoup plus loin nous invitant à réfléchir, à travers l’histoire de Bianca, à de multiples sujets.

Bénéficiant d’un double niveau de lecture, ce roman se pare donc de multiples facettes : aventure trépidante conduisant une jeune princesse sur le chemin de sa destinée, conte au charme féerique, mais aussi roman engagé et éclairé. Sont ainsi abordés des thèmes comme la monétarisation de l’économie et l’essor d’un libéralisme sauvage avec ses corollaires : la pauvreté et l’agrandissement du fossé entre les très riches et les très pauvres, l’uniformisation de la pensée, l’asservissement des masses au seul profit de quelques élus, ici représentés par une mystérieuse et puissante organisation, l’Afag. Le dernier conte relate donc un changement sociétal, politique et économique profond qui s’accompagne d’un patriarcat révoltant dans lequel les hommes sont tout-puissants, et les femmes reléguées et cantonnées au rôle de mère incapables d’agir sur leur destinée. Les menstruations deviennent taboues, les guérisseuses d’abominables sorcières à éliminer quand la médecine des hommes devient la référence et la seule solution à tous les problèmes…

Difficile de ne pas voir dans ce conte quelques échos de notre passé même si ici, ce ne sont pas les religions monothéistes qui ont mis à  mal les anciennes solidarités et croyances, mais l’économie de marché, l’individualisme et le scientisme, une science érigée en dogme si ce n’est en religion. Ce roman nous laisse d’ailleurs entrevoir le danger que toute doctrine imposée et extrême peut engendrer. Non à une science dépourvue de libre arbitre et dénuée d’âme humaine dans laquelle la femme serait érigée en ennemie ou tout simplement infantilisée.

En parallèle d’un univers menacé par des dangers plus ou moins pernicieux, l’autrice nous baigne dans une atmosphère enchanteresse et onirique organisée autour d’une nature consciente et foisonnante. Ce roman est d’ailleurs une ode à la nature et au besoin urgent des êtres humains de s’y reconnecter et de s’ouvrir à toutes les merveilles qu’elle offre à ceux qui savent prendre soin d’elle et la respecter. Des merveilles que Taïmoon, apprenti jardinier, permet à notre princesse d’appréhender. Ce garçon touchant l’accompagne et la soutient dans ses aventures, mais c’est surtout la personne qui lui permet de s’ouvrir à un monde invisible et peuplé de créatures dont elle n’avait jusque-là pas conscience : elfes, nymphes, sirènes, sylphes, lutins… Tous ces êtres ne se révèlent pas sympathiques ou bienveillants, mais cela n’a rien d’étonnant si l’on considère que leur existence reflète l’état du monde et des pensées parfois néfastes des individus.

Si les très nombreuses réflexions soulevées par l’autrice ne manquent pas d’intérêt ni de pertinence, voire parfois d’originalité pour un conte (je pense notamment à la question du végétarisme brièvement évoquée), on appréciera la manière dont elle réussit rapidement à nous immerger dans une aventure épique et mouvementée au cours de laquelle une jeune princesse va faire de multiples rencontres et affronter de nombreux dangers. Elle pourra heureusement compter sur l’aide d’un jeune jardinier qui se révèle très vite attachant et attendrissant. Le duo est adorable et l’on prend grand plaisir à le voir évoluer et affronter chaque situation avec beaucoup d’aplomb et de courage. Complémentaires, les deux personnages vont évoluer aux côtés l’un de l’autre : la princesse va gagner en maturité et apprendre à voir au-delà des apparences et de la beauté quand son nouvel ami va prendre confiance en lui et réaliser que la richesse ou le statut d’un homme ne font pas sa valeur.

Pascale Leconte s’approprie parfaitement l’univers des contes en lui offrant une belle cure de jeunesse avec des messages forts et une princesse bien différente de celles que l’on rencontre dans les contes traditionnels. Bianca ne reste pas endormie en attendant le baiser du prince charmant, elle ne se terre pas dans une chaumière, elle ne se sacrifie pas pour sauver sa famille en restant prisonnière d’une bête… Non, elle prend le carnet et la plume magique offerts par sa marraine et, sous couvert de collecter des informations sur l’Afag, écrit le propre livre de sa vie et se forge sa propre destinée ! Un joli exemple pour les jeunes lecteurs qui verront en elle un modèle de courage et de bravoure, et espérons-le, une preuve que ni le déterminisme social ni les conventions ne doivent venir leur dicter leur chemin de vie.

Quant à la plume de l’autrice, fluide, rythmée, immersive, délicieusement imagée et poétique, elle m’a enchantée et participe grandement au plaisir que j’ai pris à dévorer ce roman bien plus profond que sa belle couverture ne le laisse présager. En plus d’être agréable à l’œil, cette couverture a également le mérite de mettre en avant une belle diversité dans le monde des fées, ce que je n’ai, pour ma part, encore jamais rencontré dans un roman. Et parce que l’autrice semble avoir à cœur d’immerger complètement ses lecteurs dans son univers enchanteur, quelques douces et jolies illustrations viennent illuminer et embellir l’ouvrage.

On notera également quelques sympathiques et amusants clins d’œil de l’autrice à son propre rôle dans l’histoire et à ses précédents ouvrages. Une petite facétie qui m’a bien amusée et convaincue de mon envie de poursuivre mon expérience de lectrice auprès d’une autrice qui offre, entre autres, une littérature jeunesse pleine d’intelligence, d’originalité et de fantaisie.

En conclusion, Le dernier conte m’a très agréablement surprise et ceci à plus d’un titre. Loin de n’être qu’une belle histoire auréolée de merveilleux, Pascale Leconte nous propose des réflexions pertinentes sur une ribambelle de sujets allant du pouvoir de la nature et du monde invisible au sacré féminin en passant par l’importance de l’instant présent. Mélange de conte, de poésie et d’aventure, voici un ouvrage à lire et à relire et à partager en famille : les plus jeunes y verront un joli moment de divertissement quand les lecteurs plus âgés se régaleront de l’imaginaire engagé de l’autrice. Pour moi, voici son roman le plus abouti, ou du moins, celui que je conseillerais à toutes les personnes qui souhaitent se lancer dans son univers et qui ont à cœur de s’émerveiller, maintenant et à jamais.

Retrouvez le roman sur le site internet de l’autrice que je remercie pour sa confiance.

Top Ten Tuesday #173 : les 10 livres avec des sirènes qui me tentent le plus

566856438

« Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. »


Les sirènes sont des créatures que je trouve fascinantes et que je prends toujours grand plaisir à retrouver dans les livres. Voici donc les 10 ouvrages avec des sirènes qui me tentent le plus.

  • Dans ma PAL :

Je ne pouvais pas commencer ce top sans vous parler de cette sublime version de La petite sirène. Enrichi de différents documents, ce livre des éditions Harper est une petite merveille que je ne me lasse pas d’admirer.

Couverture La petite sirène (illustrés)

Couverture Le Royaume de Lénacie, tome 1 : Les Épreuves d'AlekSea Witch (English Edition) par [Sarah Henning]

The surface Breaks par O'Neill

  • Dans ma wish list :

Couverture La sirène de VeniseCouverture Aquarel, tome 1 : Initiation Couverture Plume, intégrale

Et vous, appréciez-vous les livres avec des sirènes ?
En avez-vous à me conseiller ?

 

Jonathan Livingston le Goéland, Richard Bach

Couverture Jonathan Livingston le goéland

 

Décidément, Jonathan Livingston n’est pas un goéland comme les autres. Sa seule passion : voler toujours plus haut et plus vite, pour être libre. Mais cet original qui ne se contente pas de voler pour se nourrir ne plaît guère à la communauté des goélands. Condamné à l’exil, seul, Jonathan poursuit ses découvertes, sans peur, sans colère. Il est seulement triste de ne pouvoir les partager, jusqu’au jour où il rencontre des amis… Jonathan apprend alors à briser les chaînes qui emprisonnent son corps et ses pensées. Ce livre drôle et poétique est un hymne à l’amour et à la liberté !

Audible – 58 minutes
Lu par Patrice Laffont, Dorothée Berryman, Cédric Noël, Vincent Davy

AVIS

Un mal de tête carabiné, mais aucune envie de rester allongée dans le noir sans rien faire, j’ai décidé d’écouter un livre audio, de préférence court. Mon choix s’est alors porté sur Jonathan Livingston le Goéland que j’avais téléchargé gratuitement sur mon application Audible.

Jonathan pour un goéland, cela a de quoi surprendre, mais Jonathan n’est pas un goéland comme les autres. Quand les autres membres de son clan ne pensent qu’à vivre pour manger lui, il ne pense qu’à voler, voler toujours plus haut, toujours plus vite, pour gagner en liberté. Mais ses progrès en techniques de vol seront loin de plaire à son clan qui finira par le chasser… Le goéland, exilé, mais bien déterminé à rester fidèle à ses envies, finira heureusement par trouver d’autres goélands partageant ses aspirations.

À travers cette histoire, qui s’apparente à un petit conte philosophie, l’auteur aborde différents sujets, et notamment la différence et le rejet qu’elle suscite. Comme l’en atteste la communauté de goélands qui chasse notre héros, un être, qui n’entre pas dans la norme et ne respecte pas les traditions, inquiète avant d’être simplement mis au ban de la société.

Ce constat ne suscitera pourtant aucune haine chez Jonathan. Peiné que ses comparses se contentent d’une vie sans but, sans volonté de se dépasser, il restera néanmoins fidèle à ses aspirations profondes, et à ce qu’il est. Il a bien tenté, durant un moment, de se fondre dans le moule, mais il a vite compris que l’acception de ses pairs ne valait pas le sacrifice de son être… Comment, en effet, être heureux si l’on renie ce que l’on est et ses propres rêves ?

En gagnant en âge, il gagnera également en maturité jusqu’à comprendre, grâce à sa rencontre avec d’autres goélands, plus ouverts d’esprit que ceux de son clan, que la liberté ne dépend que de soi et des barrières que l’on se met. Une fois les chaînes brisées, chacun est libre de s’approprier sa vie, et faire de ses rêves une réalité. Cette liberté tant désirée une fois devenue sienne, Jonathan deviendra alors à son tour porteur d’espoir, et partagera, avec ceux qui en ont besoin, la sagesse acquise au fil de ses rencontres et de ses expériences, heureuses comme malheureuses.

La plupart des idées soulevées ne sont pas innovantes, mais l’auteur a su les mettre en scène de manière assez imagée et subtile pour parler à chacun des lecteurs sans tomber dans un ton moralisateur ou dogmatique. L’ensemble offre donc un récit harmonieux et philosophique plaisant et accessible.

Quant à la partie audio du livre, je dois dire qu’elle m’a complètement conquise. Alors que je n’écoute jamais de musique en lisant, j’ai adoré les musiques diffusées tout au long du livre. Choisies avec soin et beaucoup de justesse, elles participent grandement et activement au plaisir que l’on prend à se laisser conter l’histoire de ce goéland en quête de liberté. Pourvoyeuses d’émotions, elles m’ont également permis de ressentir avec force tout ce qui se dégage de ce récit, simple en apparence, mais finalement assez profond et universel.

Autre point qui m’a plu et qui est assez rare, chaque personnage est interprété par une personne différente, ce qui permet de mieux se représenter chacun des protagonistes et de s’immerger plus facilement dans la lecture.

En conclusion, Jonathan Livingston le Goéland est un petit livre audio qui m’a très agréablement surprise. À travers l’histoire d’un goéland devenant le mouton noir de son clan, l’auteur aborde de nombreux sujets qui ne devraient pas manquer de vous faire réfléchir : la quête de soi, le besoin de réaliser ses rêves, l’indépendance, les envies d’évasion, la liberté, mais aussi la différence et le rejet qu’elle tend encore bien trop souvent à susciter. Sans être révolutionnaire, cette petite histoire devrait donc vous faire passer un joli moment d’évasion et de réflexion.

Molly Alone et la méchante belle-mère, Anne Vidal

Molly Alone et la belle-mère (Farfadet) par [Vidal, Anne]

Je remercie les éditions Évidence pour m’avoir permis de découvrir cette jolie histoire jeunesse.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Molly est une fillette pleine d’imagination. Sa seule compagnie est celle de son oreillard.
Quand ses parents divorcent elle raconte son histoire, mais en la peuplant d’un dragon, d’une sorcière, d’une princesse..

Évidence Éditions – 26 mai 2018 -64 pages – Ebook (2,99€) – Papier (8€)
Adapté aux lecteurs dyslexiques

AVIS

C’est une vérité presqu’incontesbable que la belle-mère d’une petite fille est toujours une odieuse marâtre. C’est, du moins, ce dont est persuadée Molly, une enfant à l’imagination débordante, qui va nous conter ses (mé)saventures en les teintant de fantastique… Affectée par le divorce de ses parents et le départ de la maison du dragon (pardon, de sa mère), elle vit plutôt mal l’état d’euphorie dans lequel baigne son père depuis l’arrivée d’une nouvelle femme dans sa vie. Une femme odieuse qui, il ne peut en être autrement, l’a ensorcelé ! Sinon comment expliquer qu’il soit amoureux ?

Mais Molly n’est pas dupe des tentatives d’apaisement de la méchante sorcière qui ose même lui offrir des bonbons ! Des bonbons ? Mais quelle horrible bonne femme ! De mauvaise foi notre Molly ? C’est en tout cas ce que semble lui souffler à l’oreille, voire lui asséner avec conviction, son compagnon à quatre pattes transformé en étrange créature dans le conte de Molly. J’ai d’ailleurs eu un coup de cœur pour ce chat-oreillard qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui n’hésite pas à jouer l’avocat du diable au grand désarroi de la jeune fille. Cette dernière n’apprécie guère qu’il lui montre que dans son histoire, la sorcière n’est pas vraiment la belle-mère…

Grâce à son imagination, ses talents de conteuse, sa faculté à manier les rimes, son humour, et son côté gentille petite peste, Molly nous amuse et nous ensorcelle. Les enfants devraient ainsi tomber sous le charme de cette fillette à laquelle ils pourront facilement s’identifier… Les enfants qui vivent la même situation qu’elle pourront également, à ses côtés, réaliser que l’arrivée d’une nouvelle personne dans la vie de leurs parents n’est pas toujours une mauvaise chose. La belle-mère (mais cela est également valable pour le beau-père) est-elle vraiment méchante ou c’est l’image que l’enfant s’en fait qui la rend ainsi ? Une question subtilement amenée et intelligemment illustrée…

En plus de nous offrir un récit divertissant mis en valeur par des illustrations pimpantes et d’une attrayante modernité, l’autrice aborde donc avec tact et humour le divorce et la difficulté pour un enfant de se projeter dans une nouvelle cellule familiale sur laquelle il n’a aucun contrôle. En dédramatisant la situation grâce à une héroïne à l’imagination fertile, le message passe avec douceur, et laisse la place à un éventuel dialogue…

Pleine d’humour, de joutes verbales entre une jeune fille haute en couleur et un animal qui l’est tout autant, cette histoire jeunesse offre un amusant moment de divertissement tout en abordant un thème sensible, le divorce et la difficulté pour un enfant d’accepter les nouvelles relations amoureuses de ses parents parfois perçues comme menaçantes. Mais si finalement, toutes les belles-mères n’étaient pas méchantes ?

Retrouvez le livre sur le site d’Évidence Éditions.

Le chat bonheur, Qu Lan

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Echigoya, jeune héritier, dilapide les biens familiaux au jeu. Lorsqu’il se retrouve dans la misère, il demande à son chat adoré de le tirer d’affaire. Ce dernier lui rapporte alors une pièce d’or… Mais Echigoya continue de gaspiller sans se rendre compte que ses actions pourraient avoir des conséquences funestes…

PERE CASTOR (22 août 2018) – 32 pages – 5.25€

AVIS

Adorant les chats et le Japon me fascinant, cet album jeunesse ne pouvait que me plaire, il fut d’ailleurs un coup de cœur !

Dès les premières pages, les lecteurs sont éblouis par les illustrations qui dégagent autant de douceur que d’intensité. Les sublimes graphismes, tout en délicatesse, nous plongent avec délectation dans ce Japon féodal au charme certain. Les décors et les costumes traditionnels sont, quant à eux, criants de réalisme, mais ce sont bien les expressions des visages qui donnent toute la force à cette histoire émouvante et d’une terrible beauté.

ChatBonheur

Nous découvrons ainsi le jeune héritier d’une noble famille qui délaisse l’entreprise familiale au profit d’une vie d’oisiveté et de son addiction aux jeux d’argent. Convaincu de la véracité d’une légende racontant comment une grue remercia son maître de ses soins en lui apportant prospérité, il dilapide la fortune de ses aïeux sans vergogne. Après tout, en s’occupant si bien de son fidèle chat, Tama, ne s’était-il pas assuré un avenir radieux ?

D’ailleurs, comme par miracle, Tama rapporte une pièce d’or à son maître puis une autre… Malheureusement, le jeune homme, trop nonchalant pour être responsable, profite de cette providentielle source d’argent pour faire ce qu’il fait le mieux au plus grand désespoir de la seule gouvernante de la famille qui lui est restée fidèle. Mais à trop tirer sur la poule aux œufs d’or, ne risque-t-on pas de la tuer ?

Si le maître, bien que pas vraiment méchant, n’attire pas la sympathie, son adorable chat, quant à lui, émeut par sa totale dévotion à un humain qui ne mérite pas tout son amour. Tama dont la douceur transparaît autant dans ses actes que dans sa physionomie est prêt à tous les sacrifices pour le bien de son maître, et même au sacrifice ultime. Que cet amour inconditionnel d’un chat pour son humain m’a transportée et émue au point, je le confesse, de m’avoir fait verser quelques larmes…

La morale de l’histoire, bien que difficile, n’en demeure pas moins belle avec ce maître qui se rendra compte trop tard que tout à un prix, mais qui saura tirer une leçon de ses erreurs. Finalement, il avait raison, en s’occupant bien de son chat, celui-ci lui aura apporté la fortune même si elle n’a pas pris la forme qu’il espérait.

En conclusion, Le chat bonheur est un sublime conte qui, en plus de nous offrir une cruelle mais belle morale, nous éblouit par ses illustrations et cet amour inconditionnel d’un chat pour son maître, un homme imparfait qui aura néanmoins su conquérir le cœur de son compagnon à quatre pattes.

Feuilletez l’album sur le site des éditions Flammarion Jeunesse.

Throwback Thursday Livresque #135 : Contes & légendes

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Pour ce thème, j’ai tout de suite pensé à un recueil de contes que j’avais dévoré et adoré : The language of Thorns de Leigh Bardugo. Lu en VO, le livre a été édité depuis en français par les éditions Milan.

« Travel to a world of dark bargains struck by moonlight, of haunted towns and hungry woods, of talking beasts and gingerbread golems, where a young mermaid’s voice can summon deadly storms and where a river might do a lovestruck boy’s bidding but only for a terrible price.

Inspired by myth, fairy tale, and folklore, no. 1 New York Times-bestselling author Leigh Bardugo has crafted a deliciously atmospheric collection of short stories filled with betrayals, revenge, sacrifice, and love. Perfect for new readers and dedicated fans of the Grishverse. »

Pour en apprendre plus sur ce très beau livre, autant au niveau du fond que de la forme, je vous invite à lire mon avis dont voici la conclusion :

L’auteure nous offre six histoires envoûtantes qui sentent bon les contes d’antan et qui vous feront passer de délicieux moments de frissons et d’angoisse. Si vous aimez les Frères Grimm et tous ces autres conteurs qui ont donné leur lettre de noblesse à ce genre, The Language of Thorns est un livre qui devrait vous ravir.

Et vous, ce livre vous tente-t-il ?