Sous le regard de Laria (tome 1), Chloé Garcia

Couverture Sous le regard de Laria

Le royaume de Linaria a toujours vécu en paix, sous la bienveillance de la déesse Laria. Le couronnement d’Ystar, fils du Tiane, représentant divin de la déesse, approche. Tous se préparent et entament le long chemin pour célébrer cet événement.
De son côté, sa sœur Via a d’autres soucis en tête. De terribles cauchemars l’assaillent et de puissants pouvoirs se développent en elle. Serait-elle une anomalie ? Ou pire, un monstre ?
À l’est, l’Elfe Lildrille, au sang maudit à la naissance, est interdit d’assister à la cérémonie. Il ne pourra passer du temps avec Via, qu’il aime secrètement. Alors qu’il fuit pour la rejoindre, une guerre familiale intestine fait échouer tous ses plans et le transforme en criminel.
Plus au sud, indisposée par une jambe cassée, la reine Cassiopée se terre dans son antre. Une terrible tragédie remet en cause son amour pour la déesse, alors qu’un attentat meurtrier avorte la cérémonie de couronnement.
La paix en Linaria survivra-t-elle ?

AVIS

Ayant beaucoup apprécié son recueil de nouvelles Un grain de magie, j’étais curieuse de retrouver la plume de Chloé Garcia, cette fois-ci dans un roman, Sous le regard de Laria. Ici, la plume de l’autrice se veut plus incisive et âpre à l’image du royaume de Linaria, qui traverse une période trouble au grand dam du Tiane, le représentant de la déesse Laria et la personne régnant sur les huit régences du royaume. Il semblerait que le futur couronnement d’Ystar, son fils, ne fasse pas l’unanimité, le jeune homme n’étant pas reconnu pour ses qualités de politicien, son intelligence ou son sens de la mesure. Quant au Tiane, il craint un fils dont les pouvoirs sont nombreux et puissants…

Au fil des pages, on réalise néanmoins que le couronnement d’Ystar n’est que l’élément qui permet de mettre en lumière des tensions sous-jacentes entre les différents peuples constituant le royaume. Officiellement, humains, Elfes, Grèdes, Nains… vivent tous en paix, unis par le même amour pour la déesse Laria. Officieusement, la situation est bien différente, les rivalités, le racisme, l’esprit belliqueux et/ou l’envie de pouvoir de certains venant fragiliser et menacer l’harmonie du royaume. Difficile dans ces conditions d’assurer la paix comme va le découvrir le Tiane, qui doit gérer les dissensions entre les régents, la remise en question de son pouvoir, des fanatiques, un attentat meurtrier et même un enlèvement….

Malgré ses responsabilités, le Tiane n’est pas au centre de ce roman polyphonique qui nous offre une galerie de personnages variés et absolument fascinants ! Je ne suis pas certaine d’avoir déjà suivi des personnages aussi ambivalents qui exercent une telle emprise sur les lecteurs. Entre révulsion, attraction, mépris, sympathie, empathie, incompréhension… nos émotions et notre cœur sont mis à rude épreuve. Les personnages pour lesquels on développe un certain attachement sont parfois capables de nous décevoir ou de commettre des choses contestables, alors que des personnages antipathiques de prime abord révèlent parfois une sensibilité à fleur de peau qui émeut plus qu’elle ne le devrait au regard de leurs actes. Bien que certains personnages soient du bon côté, du moins par rapport aux valeurs morales de notre société, impossible, dans ce roman, de définir une ligne nette et claire entre le bien et le mal, entre les méchants et les gentils. Une absence de manichéisme qui m’a beaucoup plu et parfois déstabilisée, dans le bon sens du terme.

Je me suis ainsi surprise à être fascinée et révulsée à la fois par une relation étrange et malsaine, empreinte d’amour, de haine, d’attraction et de répulsion. Une relation qui met à nu des personnes complexes : l’une en quête de pouvoir et de reconnaissance, quitte à y perdre toute chance d’être aimée pour ce qu’elle est ; l’autre en quête d’un amour total et symbiotique, quitte à se diluer dans une relation asymétrique et un jeu de domination, dont malgré toute sa puissance, elle ne pourra jamais sortir indemne…

Des liens beaucoup plus doux m’ont également plu, ceux entre la fille cadette du Tiane, Via, et sa suivante Nandra, qui joue tour à tour le rôle de garde du corps, de confidente, d’amie, voire de mère, la mère de Via ayant été assassinée en raison de sa supposée trahison. De par sa discrétion, son ouverture d’esprit, sa soif d’apprendre, son amour des livres, sa curiosité et sa gentillesse, Via est un personnage intéressant et touchant que l’on prend plaisir à suivre, d’autant qu’elle se démarque nettement de son frère, être arrogant par nature, et de sa sœur, une pimbêche superficielle. Mais j’avoue avoir développé un attachement particulier envers Nandra qui fera de son mieux pour prendre soin de sa protégée et l’aider à surmonter les cauchemars qui hantent ses nuits et l’épuisent. La suivante n’est pas parfaite et commettra des erreurs, certaines guidées par une foi aveugle et non dénuée de superstition, mais elle est sincère et agit toujours en son âme et conscience, ce qui est loin d’être le cas de tout le monde. 

En plus d’avoir su proposer et développer des personnages complexes et nuancés, l’autrice dote certains d’entre eux d’une aura de mystère que ce soit Via et ses étranges cauchemars dont on aimerait découvrir la provenance et la signification, un mage apparu presque comme par magie, un elf habité par des voix goguenardes dont l’influence n’est pas anodine, une reine manipulatrice à l’ambition bien affirmée, une reine morte dont on aimerait percer les secrets, une autre qui se réveille d’un coma prête à se lancer dans la bataille, du moins en coulisse… Ainsi, le mystère est bien présent tout comme l’influence des femmes qui semblent ici puissantes, que ce soit au niveau de la transmission ou de l’exercice du pouvoir. Mon seul regret serait que les reines de ce royaume semblent avoir toutes sacrifié, du moins en partie, leur vie de famille et leurs liens avec leurs enfants au profit de leurs responsabilités. Mais cela serait hypocrite de leur reprocher alors que cette défaillance parentale est largement admise quand il s’agit de dirigeants masculins. Quoi qu’il en soit, j’ai apprécié de trouver dans ce roman des figures de femmes fortes, intelligentes et déterminées, dotées d’un sens politique aiguisé.

Au-delà des personnages, le roman peut s’appuyer sur un univers riche, précis et complexe travaillé avec soin et méticulosité, ce qui facilite le sentiment d’immersion et le plaisir que l’on prend à s’approprier un environnement unique et fascinant, qui ne semble pas dénué d’aspérités. La découverte de l’univers passe aussi par celle d’un système de magie, peut-être un peu flou au début du roman, mais qui se dévoile progressivement à nous, dans ses bons comme ses mauvais côtés. Pour ma part, j’ai apprécié, entre autres, cette idée de flux magiques et de magie liée directement à la planète, poussant certains à rechercher un équilibre et une utilisation modérée et réfléchie de la magie. Une préoccupation qui ne sera pas sans rappeler le souci d’écologie de notre propre réalité. Le modèle magique développé par l’autrice se révèle également intéressant par la manière dont il reproduit les inégalités sociales de tout système humain et favorise les classes sociales les plus aisées. Ainsi, quand Nandra doit se cantonner aux sortilèges de base, Ystar a bien plus de liberté et de pouvoir. Pratique pour aider les plus puissants et les plus riches à garder la mainmise sur les moins nantis…

La dimension religieuse est également présente sans être écrasante, le royaume étant organisé selon la doctrine de la déesse Laria, supposée déesse de l’amour et de la paix. Néanmoins, entre les fanatiques et ceux se défiant de son culte, il semblerait que la déesse ait plus tendance à diviser qu’à unir. J’ai trouvé cette déesse, qui semble étrangement silencieuse en cette période troublée, bien ambigüe et pas forcément très en accord avec la vision de bienveillance qu’on lui associe… À moins qu’imposer sa propre vision du monde puisse être considéré comme bienveillant ! Dans tous les cas, cette figure religieuse soulève des questions intéressantes quant à la foi, ses dérives et ce que certain(e)s sont prêt(e)s à faire pour défendre leurs croyances.

En conclusion, entre un univers riche et varié que l’on prend plaisir à s’approprier, une situation politique désastreuse, des luttes entre des peuples supposés en paix, des complots, les manipulations des uns et les mensonges des autres, des personnages à la psychologie aussi tortueuse que finement travaillée, sans oublier un système de magie fascinant et hautement contrôlé, les lecteurs ne devraient pas voir le temps passer ni les pages défiler. Un roman à conseiller aux amateurs de fantasy ou aux personnes souhaitant s’initier au genre à travers une histoire riche et complexe, mais facile d’accès.

Je remercie Chloé Garcia de m’avoir envoyé son roman en échange de mon avis.

 

Un grain de magie, Chloé Garcia

Un grain de magie par Garcia

Dans ce recueil, la magie prend toutes les formes et toutes les couleurs. Vaisseaux conscients, êtres nocturnes étranges, créatures légendaires, mondes imaginaires extravagants, artefacts redoutables ou encore musique céleste, tout y passe ! Un grain de magie invite à rêver et à accompagner des personnages attachants, dont les aventures uniques font ressentir allégresse, tristesse, espoir ou quiétude.

Histoires de familles, quêtes insolites, complots politiques, tranches de vie étonnantes ou enquêtes policières, chaque nouvelle se veut l’écho de ce que nous traversons, aussi bien dans notre quotidien que dans nos questionnements intérieurs.

La magie vit en toutes choses et ne demande qu’à s’exprimer.

LE LYS BLEU (26 octobre 2020) – 15,20€ (papier) – 7,99€ (ebook)

AVIS

Je n’accepte plus les recueils de nouvelles en SP parce que ce sont des ouvrages extrêmement chronophages à chroniquer et que j’en ai déjà une ribambelle dans ma PAL personnelle. Je n’ai néanmoins pas résisté à l’invitation de l’autrice à découvrir ce recueil dont le titre m’a d’emblée charmée : Un grain de magie. Tentant, mais énigmatique, à l’image d’un recueil qui se dévoile à nous page après page.

Dès les premières lignes, le style de l’autrice m’a conquise : fluide, élégant, poétique, imagé et extrêmement immersif. Derrière des mots que l’on sent choisis avec soin, l’autrice nous offre un peu d’elle-même, de sa capacité indéniable à titiller l’âme humaine, à sonder les cœurs, à faire émerger des sujets de société derrière un imaginaire riche et varié.

Dans ce recueil, il est question de contrées lointaines et imaginaires, de lieux inconnus que l’on s’approprie pourtant sans peine grâce à des descriptions concises, mais pointues qui nous débarrassent du superflu pour nous recentrer sur l’essentiel. Au fil des nouvelles, nous croisons des créatures du Petit Peuple, des fées protectrices qui luttent pour protéger les êtres humains, des fantômes victimes de maltraitance, des vaisseaux d’un genre spécial, des êtres de légende en détresse mais pas sans pouvoir, et même un tapis volant !

Les histoires sont variées, mais elles ont toutes en commun de nous faire voyager, de provoquer des remous en nous, de l’émotion à l’état brut, de l’émerveillement, de la révolte, de la surprise, chaque chute étant particulièrement inattendues. Adorant les nouvelles à chute je peux d’ailleurs vous dire que j’ai été ravie de me laisser berner, surprendre ou emporter vers des directions que je n’avais pas envisagées ! Cerise sur le gâteau, des titres bien souvent inspirés qui jouent avec brio sur les mots.

Mais la plus grande force de ce recueil, du moins pour moi, est la manière dont l’autrice réussit à parler du monde actuel à travers un monde imaginaire, tout en veillant à offrir un moment de lecture divertissant et entraînant. Sous couvert de fiction, des thématiques sociétales fortes sont ainsi abordées avec beaucoup de subtilité et de délicatesse : obscurantisme, peur de l’autre, violences conjugales, tromperie, avidité, mais aussi amour sincère et inconditionnel, amitié, dévotion, tendresse… Le tout enrobé d’une bonne dose de magie, parfois de science-fiction, et toujours de poésie et d’évasion !

En résumé, mélange de poésie et de réalisme, de noirceur humaine et de magie, ce recueil est un enchantement qui ravira ceux et celles en quête de nouvelles sublimement écrites qui, sous couvert d’imaginaire, n’oublient pas de toucher directement le cœur des lecteurs.

Si vous voulez en apprendre plus sur ce beau recueil, je vous propose un petit avis sur les douze nouvelles qui devraient vous prouver la magie des mots et d’un imaginaire puissant et débordant… 


La magie d’Ela : alors qu’un village est en pleines festivités, un massacre de moutons est découvert. Il n’en faut pas plus pour mettre un terme aux réjouissances, rendre furieux les commerçants et pousser Ela, la fille du chef du village, a quitté le réconfort de la forêt pour mener l’enquête… De l’héroïne douce et proche de la nature, mais pas reconnue à sa juste valeur par les villageois, à l’ambiance de ce village peut-être pas aussi paisible qu’il n’y paraît, en passant par la présence de différentes formes de magie, j’ai tout apprécié dans cette nouvelle. La confrontation de la magie blanche, à travers la magie de la musique, à celle de la magie noire se révèle également très intéressante, quand la chute ne devrait pas manquer de vous surprendre !


Deus ex machina : si les batailles spatiales ne sont pas ma tasse de thé, bien que l’autrice maîtrise à merveille les scènes d’affrontement, j’ai beaucoup aimé la nature des Dieux qui protègent ici les humains et leur apportent un appui technique et matériel dans la lutte contre leurs opposants. En plus d’être intéressante, la nature de ces Dieux implique un sujet de SF que j’apprécie particulièrement… De nouveau, la chute est excellente et m’a complètement prise de court ! Avec un certain cynisme, j’ajouterai qu’elle est une réalité bien réelle pour certains grands acteurs de l’économie mondiale.


Un monde par fée : dans cette nouvelle beaucoup plus longue que les précédentes, l’autrice nous offre une vision originale des fées, bien différente de celle propagée par Disney et les contes. Ici, les fées sont laides, ne peuvent guère voler longtemps et dépendent de leur double humain. Ainsi, chaque fée est assignée, dès sa naissance, à un humain qui lui assure, sans même le savoir, sa protection. Mais là où beaucoup de fées ne voient en leur hôte qu’un moyen de survivre et une source d’énergie, notre protagoniste a noué une relation particulière avec Arthur, l’adolescent qui l’abrite, tout comme elle l’avait fait avec sa première humaine… Alors si elle ne peut pas dévoiler sa présence à son protégé, un adolescent intelligent et adorable, elle veille sur lui et ses nuits.

Néanmoins, un évènement lugubre risque de tout remettre en question, et pousser certaines fées à se retourner contre les humains jugés mauvais, dominateurs et vindicatifs ! En plus de l’ambiance que j’ai adorée, alternance de beau et de laid, l’intérêt de cette nouvelle réside dans les questions qu’elle soulève, notamment sur la peur qui pousse à la haine et à toutes les velléités de violence. Il est, en outre, intéressant de voir comment certains utilisent ce sentiment universel pour contrôler les masses, bien que la révélation finale nous entraîne vers un terrain assez différent, qui donnera tout son sens au titre !

Quant à l’héroïne, je l’ai beaucoup aimée. Différente de la plupart de ses congénères, elle aime sincèrement son jumeau humain et prend un vrai plaisir à veiller sur lui dans l’ombre, en profitant de sa lumière. Mais ce que j’ai préféré, c’est sa capacité à réfléchir par elle-même, à ne pas se laisse submerger par le climat ambiant de peur et à rester fidèle à sa nature bienveillante et aimante. Une nature qui ne l’empêchera pas de prendre une décision radicale, car après tout, que ne ferait-elle pas pour protéger Arthur ?


Cocon protecteur : profitant de la disparition de son père, Ryn retourne sur cette planète aride qu’elle avait fuie, pour une pause bien méritée entre collègues… Empreinte d’une certaine mélancolie, cette courte nouvelle marque principalement par la jolie relation nouée entre notre héroïne blessée par son passé et des missions difficiles, et son compagnon ailé. En trame de fond, une thématique difficile dont la noirceur est compensée par la tendresse certaine unissant ces deux amis. Ainsi notre dragon est prêt à tout pour alléger le cœur de son amie, quitte à prendre une décision éthiquement discutable. À la fin, une question s’impose : est-ce vraiment dans l’oubli que l’on se reconstruit ?


Solde de tout conte : courte, mais intense, j’ai adoré cette nouvelle qui nous transporte en Arabie auprès d’un conteur qui rêve de gloire et de fortune. Mais si son public est très réceptif, l’homme étant doué pour faire monter le suspense et ménager ses effets, les choses ne vont pas se passer comme prévu... Méfiez-vous des feux magiques et des trésors qu’ils protègent ! Certains ne sont pas toujours ce qu’ils paraissent être.


Les enfants de Dana : privés de Terre car certains n’avaient pas respecté les règles établies par la Déesse Dana, les Grim’Oires n’en demeurent pas moins un peuple joyeux et apprécié des membres du Petit Peuple qu’ils conseillent avec plaisir. Un moyen détourné de continuer à veiller sur les êtres humains tout en respectant la volonté de Dana… Mais les visites du Petit Peuple se tarissent et les Grim’Oires d’habitude si insouciants découvrent la déprime, d’autant que leur déesse ne semble plus répondre à leurs appels. Comme d’habitude, la chute est bien trouvée et nous permet de comprendre ce que traversent les Grim’Oires, qui vont devoir faire face à une surprenante vérité.


Chaque couleur a sa place : nous voici plongés dans une société où après des années à expérimenter, on doit choisir une seule et unique couleur qui déterminera les aliments que l’on peut manger, la couleur de sa propre peau et de celle de son partenaire. Une vie conditionnée par la couleur donc… Je n’ai pas tout de suite compris où l’autrice voulait nous embarquer avec notre narratrice, jeune femme en décalage avec les siens, et qui cherche un exutoire dans la passion des corps. Mais je dois admettre que j’ai apprécié le parallèle entre fiction et réalité, nous rappelant que certains combats sont loin d’être gagnés !


Une nouvelle ère : les amoureux du mythe arthurien se régaleront avec cette nouvelle qui nous permet de retrouver des personnages de légende (la Dame du Lac, Viviane, Merlin, Morgane…), certains en proie à de terribles dangers. Il faut dire que les anciennes croyances et traditions ne font guère faire le poids face à la montée du christianisme et à un Arthur qui semble s’être détourné de son célèbre mentor… Mais si le véritable danger ne provenait pas de la foi en un dieu unique ? En plus de cette ambiance Petit Peuple à laquelle je suis très sensible, les réflexions quant à la religion ne manquent pas d’intérêt, nous rappelant que ce qui pose problème, ce sont bien plus les hommes que les croyances…


La vie en bleu : Teora adore la mer, qui le lui rend bien. Néanmoins son père ne semble pas partager son enthousiasme, ce qui la chagrine… Un chagrin qui se transforme en colère quand il l’oblige à lui remettre un étrange artefact lumineux qu’elle a trouvé lors d’une balade avec son ami, un dauphin. Tous les éléments sont mis en place pour que l’on devine rapidement le secret derrière l’appétence de la jeune fille, tout juste devenue adulte, pour la mer. Néanmoins, on se laisse prendre au jeu de cette nouvelle, aux allures de conte, teintée de sel et de mystère.


Avec ou sang : scientifique dans l’âme et spécialiste des maladies du sang, notre héroïne se méfie des Vagabonds, surnommés les Crochus, supposés avoir une maladie de sang nécessitant des transfusions. Si des volontaires se font un plaisir de leur fournir le sang nécessaire, elle, elle ne peut s’empêcher de douter de ces personnes arrivées il y a deux ans, et qui refusent de répondre à ses questions. Élucubrations d’une scientifique qui passe trop de temps enfermée à faire ses expériences, divagations d’une femme encore marquée par son agression ou propos pleins de bon sens ?

Une rencontre devrait lui permettre d’y voir plus clair… Si la fin m’a moins emballée que dans d’autres rebelles, j’ai adoré le climat de doute et de confusion instauré par l’autrice. Les pensées de l’héroïne nous semblent friser la paranoïa, avec peut-être cette peur de l’inconnu qui rend méfiant, mais d’un autre côté, on ne peut que s’interroger sur la véritable nature des Crochus. Qui sont-ils véritablement ? Des vampires ? Des êtres dangereux ? Et qui est ce petit garçon qui s’est entiché de notre scientifique ? Impossible de s’attacher à la narratrice à la pensée trop froide, mais impossible de ne pas succomber à cette nouvelle qui ferait un excellent épisode de série.


La puissance de l’amour : avec cette nouvelle, l’autrice prouve qu’on peut faire court mais puissant et émouvant. Une mère regarde ses enfants, regrettant de les voir s’enfoncer dans un puits de tristesse : la petite dernière, asservie de cauchemars craint l’obscurité, l’aîné se perd dans les jeux vidéos. Pourtant, cette mère aimante est là, phare sans lumière mais pilier fidèle et aimant… La chute est terrible et la vérité dévoilée apporte son lot d’émotions et de colère, rappelant le sort révoltant que trop de femmes connaissent encore. C’est la nouvelle qui m’a le plus touchée et suscité en mois le plus d’émotions.


Suer sang et eau : ravie de son séjour en Provence où elle participe aux vendanges, notre protagoniste, amatrice de romans, semble avoir l’imagination fertile, au point de donner aux paroles de son patron une bien étrange signification… à moins que… Jouant habilement sur la couleur du vin et celle du sang, sur la volonté d’une jeune fille de se protéger du soleil et sur le mythe du vampire, l’autrice nous propose ici une nouvelle à l’ambiance soignée et à la chute digne d’un film d’horreur. Et rappelez-vous, gardez-vous bien d’être trop curieux, la vérité pourrait bien vous faire l’effet d’un coup de pioche en pleine tête !

Je remercie l’autrice de m’avoir envoyé ce recueil en échange de mon avis.