Valkyrie, Federico Saggio

Couverture La Saga de la Dernière Geste, tome 3 : Valkyrie

Depuis que Midgard a émergé du Ginnungagap et que du chaos primordial est née la vie, une mission est échue aux Valkyries : écumer les champs de bataille, et faire le tri entre les âmes des guerriers occis pour convoyer les braves au Valhalla… Afin qu’aux côtés des Dieux, ils affrontent le Ragnarök qui approche à grands pas.

Mais à mesure que le temps passe, Brunehilde est saisie d’un doute affreux ; Odin est-il réellement à même de les protéger du froid infernal qui avance et menace de les submerger ?

Et qui est ce mystérieux guerrier qui semble avoir la faveur des Ases, et auquel elle est censée apporter une épée ?

Tandis que les fils de sa destinée se nouent jusqu’à la faire suffoquer, la Valkyrie se sent plus seule que jamais. L’heure n’est plus au doute, ni à la passivité… Ou les neuf mondes partiront en fumée.

Auto-édité (28/02/2021) – Papier (14,99€) – Ebook (6,99€)

AVIS

Valkyrie s’inscrit dans la saga de La Dernière Geste dont j’avais adoré les deux premiers tomes Sigurd et Le Royaume des Brumes. Après nous avoir présenté le destin hors nome et quelque peu dramatique de Sigurd, héros qui a forgé sa légende dans la douleur, Federico Saggio remonte le passé pour s’attarder maintenant sur un autre personnage de la saga, Brunehilde. Nous l’avons découverte femme endormie, puis femme libérée et aimée, nous la retrouvons ici dans sa forme d’origine, une Valkyrie puissante, immortelle et guidée par la foi en Odin, le Père de Tout.

Une foi qui, petit à petit, s’étiole devant les incohérences et les injustices profondes d’un système régi par des dieux qui le bafoue sans le moindre remord dès que leurs intérêts sont en jeu. Comment accepter de prendre part à une comédie de justice cosmique qui glorifie les faits d’armes et l’honneur, mais qui condamne à l’enfer les guerriers vaillants qui n’ont pas eu le malheur ou, si l’on se fie aux dieux, la chance de mourir au combat ? Comment garder la foi en un dieu s’entourant de personnes faibles qui, à défaut de se battre vaillamment lorsque le Ragnarök surviendra, ne tenteront jamais de le renverser ? Un dieu censé protéger et veiller, mais qui finit par révéler sa vraie nature, celle d’un être faible et lâche, qui se laisse guider par ses peurs, créant ainsi le cycle de la haine et de la destruction.

Contrôler et éradiquer au lieu d’accepter, d’éduquer et de guider, condamner avant même de laisser l’autre s’amender, rompre le Cycle pour assouvir ses propres désirs… Dans ce tome, Odin perd l’aura divine qui l’entoure pour prendre celle d’un dieu qui ne mérite pas d’en porter le nom, celle d’un père prêt à sacrifier sa propre lignée pour se préserver. Rien d’étonnant donc à ce que Brunehilde finisse progressivement par briser ses chaînes, refusant de rester prisonnière d’une foi aveugle qu’elle ne peut plus cautionner. Une émancipation qui ne se fera pas sans heurt, mais qui nous prouvera plus que jamais la force de la Valkyrie qui est prête à tous les sacrifices pour ce qu’elle estime juste et digne.

Et cela englobe Sigmund, un ami inattendu pour lequel elle va éprouver et développer une pure et sincère affection. On peut dire que d’une certaine manière, cet homme que les dieux ont placé sur son chemin va se révéler être l’outil de sa délivrance. En voulant le protéger, lui et sa moitié ainsi que le futur fruit de leur amour défendu, elle trouvera le courage de couper ses ailes et de tourner le dos à un dieu qui l’a terriblement déçue et à une mission vidée de son sens. Son abnégation, son sens du sacrifice et sa force d’esprit rendent la Valkyrie terriblement inspirante et attachante et offre une belle leçon d’humilité, d’humanité et de courage à Odin. J’ai ainsi aimé la voir se battre pour ses idéaux, quitte à remettre en question une autorité divine pesante, écrasante et profondément injuste. Si les forces en jeu sont déséquilibrées, le combat en apparence perdu d’avance, on sait, on sent que rien n’est terminé et que de l’implacabilité divine peut naître une engeance encore plus retorse, fière et mortelle…

Alors que rien ne devrait nous pousser à nous identifier à cette Valkyrie engagée dans une dangereuse rébellion, notre cœur se retrouve inexorablement à battre au diapason du sien. J’ai saigné pour elle, j’ai pleuré avec elle et j’ai combattu à ses côtés pour des êtres que l’on sait condamnés, mais pour lesquels on ne peut s’empêcher d’espérer. Des trois tomes, celui-ci est celui qui m’a le plus remuée, me laissant presque démunie une fois la dernière page tournée. Il faut dire qu’il y a tellement d’injustice, mais aussi d’espoir et de nobles sentiments entre ces pages qu’il s’avère difficile de ne pas se sentir profondément touché, d’autant qu’il y a presque quelque chose d’universel dans la bataille que mène Brunehilde pour se sortir d’une foi aveugle et bornée, et s’émanciper d’une figure d’autorité peut-être pas si fiable et respectable que cela.

Notre Valkyrie ne démérite jamais en cours d’aventure, elle avance, prend des risques, remet en question ce qu’on veut lui imposer, doute parfois de sa légitimité à questionner les volontés du Père de Tout… Elle avance la tête haute au-devant d’un destin dont elle ignore tout, mais dont les lecteurs ont déjà eu l’occasion de connaître les contours. C’est d’ailleurs ce qui rend son histoire aussi prenante et touchante, et qui nous permet de ressentir autant d’empathie pour cette Valkirie bien plus noble que les dieux et bien plus humaine que beaucoup d’hommes. À cet égard, sa punition divine semble finalement presque une délivrance, comme la reconnaissance de ce qu’elle est et de ce qu’elle refuse d’être. Il est également fascinant de découvrir à quel point Brunehilde est liée à Sigurd et à ses parents… Je n’en dirai pas plus si ce n’est que si les voies du seigneur sont impénétrables, celles tissées par les Nornes nous semblent encore bien plus obscures !

J’ai apprécié l’incursion de l’auteur dans le domaine de la science-fiction avec sa duologie Lululand, mais Valkyrie me prouve que c’est dans le domaine de la mythologie qu’il arrive le mieux à déployer tout son talent. Celui d’un conteur qui arrive à s’effacer devant la légende pour en restituer avec poésie toute la quintessence et brouiller, durant un moment, la frontière entre fiction et réalité. On se laisse ainsi complètement immerger et submerger par les scènes qui prennent vie sous nos yeux avec une rare acuité, on est révolté par des volontés certes divines, mais pas très glorieuses, et on s’émeut devant ces destins humains qui se jouent dans le secret des cieux…

En résumé, l’auteur remonte les couloirs du temps pour nous présenter une héroïne à la complexité certaine, une combattante émérite qui, devant les injustices divines, a choisi de revoir son allégeance, et ainsi lier son destin avec une lignée marquée par les drames, et possédant une volonté de fer brimée, mais jamais broyée. Particulièrement prenant, Valkyrie pousse son héroïne sur la douloureuse voie de l’émancipation, et les lecteurs dans une sorte de zone émotionnelle où la curiosité se mêle à la fascination, à l’admiration, à l’empathie et à cette envie qui gronde de tout bouleverser afin que la justice du cœur et de l’honneur finisse enfin par l’emporter sur une justice divine foncièrement viciée. Entre doutes et prise de conscience, un roman qui ne manquera pas de vous toucher, de vous révolter et de vous prouver la force de la volonté !

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé Valkyrie en échange de mon avis.

 

Robilar ou le Maistre chat, tome 2 : Un ogre à marier de Chauvel, Guinebaud et Lou

Couverture  Robilar ou le Maistre chat, tome 2 : Un ogre à marier

Alors que le chambellan, le roi, sa fille et Panisse sont sous les verrous, Robilar règne en compagnie de l’ogre. Mais ce dernier, encore amnésique, veut embrasser une princesse pour retrouver mémoire et force humaine. Robilar organise alors un concours de prétendantes.

Delcourt (13 janvier 2021) – 64 PAGES – 15,50€

AVIS

Découvrez mon avis sur le premier tome : Robilar ou le Maistre Chat : Miaou !!

Je crois que j’ai encore plus aimé ce tome que le précédent ! On y retrouve l’humour de la première aventure, mais avec un côté engagé auquel je ne m’attendais pas et qui m’a enchantée.

Robilar est bien embêté : l’ogre qu’il a assis sur le trône déprime, et ce ne sont pas les bouffons du château qui l’aident à retrouver le sourire. Alors bien que cela ne l’enchante guère, il accepte de lancer un concours de princesses avec l’espoir que le baiser de la gagnante permette à notre ogre de retrouver son apparence humaine et, avec un peu de chance, le moral. Mais les choses ne vont pas se passer comme prévu, les princesses ayant toutes une forte personnalité, et c’est un euphémisme. De l’intello à la garce, en passant par l’alcoolique, les profils sont variés et difficiles à gérer, d’autant que chaque candidate est accompagnée de son animal domestique. Or comme Robilar, ces animaux ne se contentent pas de roucouler, ronronner ou faire tout autre bruit, ils réfléchissent et sont bien décidés à soutenir leur maîtresse respective… 

Notre Robilar, pourtant si intelligent et roublard, ne risque-t-il pas de trouver adversaire à sa taille en même temps que quelque chose d’autre, une chose qui pourrait bien adoucir le plus implacable des chats ? De nouveau, on rit beaucoup avec cette BD : des références à des personnes ou à des mouvements, un mélange savoureux de vielles expressions avec des expressions bien plus actuels et au charme bien plus incertain, des retournements de situation, un anthropomorphisme particulièrement bien exploité, des magouilles…

Mais ce qui m’a vraiment plu est la manière dont on revient sur ces contes qui ont bercé notre enfance pour les détourner et ainsi en dénoncer leurs fondements sexistes et réducteurs. Bien sûr, ils ont été écrits à une époque où la condition de la femme était bien différente, mais cela n’empêche pas d’en offrir une critique constructive, d’autant qu’ils continuent de bercer des générations d’enfants. Des enfants qui ne sont pas vraiment en mesure de comprendre en quoi derrière de belles histoires, se cachent des injustices et des stéréotypes. Alors, en tant que femme, j’ai adoré voir ces princesses qui sortent des clichés, et qui finissent par faire valdinguer les conventions afin de réfléchir à ce qu’elles désirent vraiment. Et ce n’est pas forcément un prince, un château, des enfants, du tricot ou toutes ces activités et choses que l’on associe volontiers aux princesses et aux femmes.

J’ai, en outre, été agréablement surprise par la fin qui m’a beaucoup émue. On découvre ainsi le drame vécu par un couple homosexuel séparé par les bien-pensants, la religion et des personnes incapables d’accepter que l’amour, ce n’est pas qu’entre un homme et une femme. À cet égard, la fin représente pour moi ce que devrait être la fin de chaque conte parlant d’amour : l’union entre deux personnes qui s’aiment et qui s’acceptent telles qu’elles sont. Quant à Robilar, il semblerait que d’autres aventures l’attentent, et je peux vous dire que je suis impatiente de les découvrir !

En conclusion, avec ce deuxième tome, l’auteur confirme son talent pour détourner avec facétie et humour des contes qui ont bercé notre enfance afin de nous proposer une aventure haute en couleur, mêlant avec un certain aplomb tradition et modernité. Truculent, coloré et savoureux, voici un ouvrage à ne pas manquer !

Captive, tome 1 : Les nuits de Shéhérazade, Renée Ahdieh

Couverture Captive, tome 1 : Les nuits de Shéhérazade

Même consciente du terrible sort qui l’attend, Shéhérazade se porte volontaire pour épouser le jeune calife Khalid Ibn al-Rashid. Même si elle sait qu’elle est promise à la mort au lendemain de ses noces, elle est prête à tout pour venger son amie Shiva, l’une de ses récentes épousées. Pour cela, elle doit d’abord gagner du temps, en narrant des contes à rallonge au calife. Chaque jour est une menace de mort et la jeune fille échappe plusieurs fois à l’exécution. À l’extérieur, les proches de Shéhérazade préparent le sauvetage de la jeune fille. Shéhérazade n’oublie pas qu’elle doit mettre au point une stratégie pour tuer celui qui est désormais son époux. Mais c’est sans compter l’amour qu’elle se met peu à peu à éprouver pour Khalid…

Hachette Romans (30 septembre 2015) – 448 pages

AVIS

Captive fait partie de ces romans que j’aurais adoré aimer, mais qui ne m’ont hélas pas convaincue malgré quelques atouts et bonnes idées. Entre l’ennui, les facilités, le manque de développement des personnages, des comportements invraisemblables et incohérents, un manque de profondeur… j’ai eu beaucoup de mal à prendre plaisir à ma lecture. Je dois d’ailleurs avouer que si je n’avais pas entrepris de lire ce roman dans le cadre de différents challenges littéraires, je l’aurais abandonné sans aucun regret.

Il faut dire qu’une scène au début du roman m’a d’emblée braquée et très fortement agacée. Shéhérazade, pour se venger du meurtre de sa meilleure amie, se porte volontaire pour épouser son assassin, le calife Khalid. Un calife qui a tendance à tuer chacune de ses nouvelles épouses le lendemain du mariage sans que personne, ou presque, ne sache pourquoi. Alors qu’elle le déteste, qu’elle en aime déjà un autre, qu’elle est vierge, et que le calife lui explique bien qu’il ne s’attend pas à ce qu’elle lui donne son corps en plus de sa vie, Shéhérazade s’offre à lui ! Cet acte est un exemple parmi tant d’autres de comportements complètement incohérents, soit par essence soit par manque d’explications et de développement comme si l’autrice n’allait jamais vraiment au bout de ses idées.

Tout va trop vite et semble suivre une logique inaccessible aux lecteurs, ce qui se traduit notamment par une romance éclair et donc peu réaliste. Shéhérazade déteste Khalid qu’elle considère comme un monstre sans cœur mais ses réserves s’envolent fort vite, ce qui fait que ses tergiversations quant à ses sentiments me sont complètement passées au-dessus de la tête. Je n’ai pas cru un seul instant en ses doutes ni à son dilemme moral quant à savoir si elle était en droit d’aimer un assassin implacable, a fortiori l’assassin de sa meilleure amie. On est loin de la profondeur de la relation entre Céphise et l’Ombre dans les Brumes de Cendrelune, alors qu’on suit plus ou moins le même schéma. Peut-être que certaines personnes ne seront pas dérangées par ce manque de profondeur, mais j’avoue que pour moi, c’est rédhibitoire.

Ceci est d’autant plus vrai que le manque de profondeur se retrouve également dans la personnalité du calife tout juste ébauchée, bien qu’au fil de la lecture, on en apprend un peu plus sur son passé et son histoire familiale difficile. Mais ce qui m’a le plus gênée, c’est le fait qu’il renonce à tuer Shéhérazade en un claquement de doigts alors qu’il a tué des dizaines de femmes avant elle sans jamais fléchir. Il suffisait donc qu’une femme le fascine par son port de tête altier, sa haine et sa capacité à raconter une histoire prenante pour être épargnée, malgré les conséquences tragiques d’une telle décision ? Ce revirement soudain m’a semblé très mal amené et des plus invraisemblables. Au lieu de rendre le personnage presque attendrissant, il l’a rendu, du moins à mes yeux, monstrueux, parce que cela veut dire qu’il aurait pu agir bien avant sa rencontre avec Shéhérazade… Il n’était juste pas assez motivé pour briser ses chaînes et par-là même, sauver la vie de toutes ses futures victimes. Mais les plus romantiques y verront peut-être là le pouvoir de l’amour.

Si les moments entre les deux jeunes époux sont ceux qui m’ont le moins ennuyée, ils n’ont pas vraiment réussi à me transporter ni à insuffler en moi la moindre émotion, du moins, pas avant les derniers chapitres. À la limite, j’ai plus été touchée par le père de la jeune femme que l’on voit peu, mais qui, de son côté, tente de faire ce qu’il peut pour l’arracher aux griffes d’un homme qu’il pense être son bourreau. Pour ce faire, il va prendre des décisions plutôt radicales et jouer avec des forces surnaturelles qui vont le dépasser. J’aurais d’ailleurs adoré que le surnaturel soit bien plus présent, l’autrice ne l’évoquant que par petites touches… En plus de Shérazade et de son père, on suit également l’amour d’enfance de la jeune femme qui, lui aussi, semble bien décidé à la sauver et à passer sa vie à ses côtés. Mais les choses ne vont pas forcément se passer comme il l’aurait souhaité et certaines vérités vont être difficiles à accepter.

Je ne me suis attachée à aucun personnage parce que leur psychologie n’est pas assez poussée à mon goût, mais j’ai quand même trouvé Shéhérazade courageuse, bien que parfois agaçante. À l’inverse, j’ai adoré sa suivante qui, comme sa maîtresse, a un sacré tempérament ! Les interactions entre les deux jeunes femmes m’ont beaucoup amusée, chacune d’entre elles n’hésitant pas à dire ce qu’elle a sur le cœur, et a titillé l’autre pour lui faire admettre des choses qu’elle préfère se cacher. Plus qu’en l’histoire d’amour entre Shérazade et le calife, c’est donc en la naissance de cette amitié improbable entre deux jeunes femmes pleines de fougue et de répartie que j’ai cru.

Comme vous l’aurez compris, l’autrice n’a pas su me convaincre avec ses personnages qui auraient mérité d’être bien plus travaillés. J’ai, en revanche, adoré l’ambiance orientale qu’elle a su insuffler à son histoire que ce soit à travers  les paysages, le palais, les habits, les armes, les références aux contes des Milles et Une Nuits avec cette idée d’histoire pour survivre et d’histoire dans l’histoire… À cet égard, je retiendrai plus particulièrement le conte d’un voleur sans moral qui, au gré de ses péripéties et d’une rencontre, va connaître une belle et très touchante évolution. C’est ce genre d’émotions que j’aurais aimé ressentir avec l’histoire de Shérarazade et de son époux maudit.

Quant à la malédiction entourant le calife, si elle introduit une dimension dramatique intéressante, j’avoue que les explications de l’autrice quant à ses origines m’ont laissée sceptique, car bien trop théâtrales à mon goût. Je comprends les désidérata de vengeance, mais faut-il encore qu’elles soient orientées vers la bonne personne, parce que si bien sûr, la malédiction affecte le calife, c’est quand même loin d’en être la première victime. 

La lecture a été laborieuse, mais je reconnais que le rythme s’intensifie et prend véritablement son envol dans les cinquante dernières pages. Entre un complot politique, le déchaînement de la magie et des forces de la nature, des cartes redistribuées, de nouvelles épreuves qui se profilent… mon intérêt s’est enfin éveillé ! Pas assez pour que je poursuive l’aventure, mais assez pour me donner envie de lire des avis spoilant sur la suite, d’autant que contre toute attente, j’ai fini par développer un semblant d’attachement à un couple irréaliste, mais que j’aimerais néanmoins voir triompher de l’adversité.

En conclusion, j’attendais beaucoup de ce roman, au point de l’avoir acheté en français puis dans une superbe édition en anglais, mais je dois hélas reconnaître être ressortie de ma lecture déçue. Le livre n’est pas mauvais en soi, mais manque cruellement d’approfondissement et, en ce qui concerne la romance, de réalisme. Néanmoins, si vous avez envie d’une romance maudite, d’une histoire dépaysante qui s’inspire des contes des Milles et Une Nuits et de vous plonger dans une ambiance orientale et non dénuée de sensualité, je vous invite à lui donner sa chance. Mais si vous recherchez quelque chose de plus, avec une intrigue poussée dans laquelle la psychologie des personnages est bien développée, je ne suis pas certaine que vous trouverez ici votre bonheur. Pour ma part, il m’a vraiment manqué un point d’ancrage et une certaine maturité dans le déroulement global de l’histoire pour me donner envie de poursuivre l’aventure.

 

Lululand, tome 2 : Lululand Infrarouge, Federico Saggio

Couverture Luluand, tome 2 : Lululand Infrarouge

Pays Noir, 2184.

L’Humanité a été contrainte de masquer un soleil devenu trop agressif derrière une épaisse masse nuageuse artificielle. L’Ancien Monde s’est consumé, et de ses cendres a émergé une nouvelle société autoritaire : la Fédération de Lululand, au sein de laquelle la mémoire est désormais le moyen de contrôle premier.

Mais parmi les Cerbères qui veillent à sa pérennité, il est un chien de garde qui a brisé la chaîne qui le retenait… et qui ne vit plus que pour voir sa destruction.
Lululand Infrarouge reprend le récit précisément là où Lululand Ultraviolet s’est arrêté… pour mener ses personnages dans une spirale infernale, jusque dans des profondeurs insoupçonnées, et enfin clore cette duologie d’anticipation à la narration viscérale.

Y a-t-il seulement une issue ?
Ailleurs est-il meilleur ?

Independently published (26 juillet 2020) – Papier (12,99€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Ayant apprécié le premier tome, j’ai tout de suite enchaîné avec la suite que j’ai tout autant aimée, si ce n’est plus. Cela s’explique peut-être par l’évolution du héros qui nous apparaît ici bien plus humain. Alors qu’on aurait eu tendance à le prendre pour un mercenaire en quête de souvenirs dans un monde apocalyptique où le soleil doit être caché pour ne pas être mortel, et où tout est contrôlé par une Fonction asphyxiante, il nous apparaît ici comme un être capable de sentiments pour autrui et d’une totale et pure abnégation.

Ainsi, il se refuse à abandonner Marcin à son triste sort et fait de son mieux pour sauver la vie de ce jeune homme pour lequel il va, tout au long de l’aventure, développer un certain attachement, voire une profonde affection. Un sentiment qui aurait pu lui être fatal dans ce monde du chacun-pour-soi, mais qui va le révéler à lui-même. Cela va également le pousser à se battre encore et encore pour se détacher d’une société qui ne lui convient guère, et lancer une première offensive pour en abattre les murailles. Cela ne se fera pas sans heurt et sans un énorme et ultime sacrifice qui, je dois l’avouer, m’a quelque peu surprise et peinée, tout en me semblant étrangement offrir une sorte de lumière dans l’obscurité. 

Tout détruire pour mieux reconstruire, ce serait un peu le leitmotiv de ce livre qui nous montre qu’il faut parfois se méfier des apparences et ne jamais oublier de s’interroger sur le modèle sociétal qu’on nous propose ou nous impose. Pour espérer vivre, et non survivre, doit-on vraiment renoncer à sa liberté et s’enfoncer dans une illusion qui, derrière le paravent des faux-semblants, n’en demeure pas moins une cage comme une autre ? Devoir renoncer à son individualité pour se fondre dans la masse et espérer un minimum de paix, est-il vraiment mieux qu’une vie totalement orientée vers la productivité ? Peut-être finalement, mais ce n’est pas non plus vraiment vivre. Alors ne vaut-il pas mieux accepter la dangerosité liée à une existence menée hors des sentiers battus que d’accepter de se cantonner aux limites de sa caverne ?

Ce sont tout autant de questions qui viennent s’ajouter à une longue série que cette duologie ne manquera pas de soulever. Parfois philosophiques, parfois simplement humaines et représentatives des idéaux de chacun, ces interrogations apportent une certaine profondeur à une duologie menée tambour battant. Ainsi, comme dans le premier tome, l’action est au rendez-vous, l’auteur nous entraînant dans une sorte de road-trip survivaliste où notre protagoniste accompagné de son protégé va passer de la brutalité des Territoires Perdus à la réalité trompeuse des Enfers.

Deux endroits aux règles différentes qui se révèlent, chacun à leur manière, déroutants et fascinants. Quoi que fascinant ne convienne peut-être pas vraiment aux Territoires perdus, ce no man’s land m’ayant révulsée par sa brutalité et la manière dont les mutants et humains sont réduits à l’état de viande ou d’objets comme les autres que l’on marchande et maltraite… Quant aux Enfers, ils s’apparenteraient presque au paradis si l’on considère les endroits infâmes et immondes traversés par notre duo. Comme quoi, tout est toujours question de perspective !

Je préfère rester vague sur l’intrigue en elle-même parce qu’elle est de celles qu’il est préférable de découvrir par soi-même, mais je peux néanmoins vous dire que l’auteur vous réserve encore de l’action et une révélation qui redistribue de nouveau les cartes ! Ainsi, Federico Saggio possède indéniablement un certain talent pour retourner le cerveau de ses lecteurs en même temps que celui de son protagoniste, qui semble de plus en plus marqué psychiquement… Ce qui se comprend fort bien au vu son histoire, des « améliorations » imposées à son corps, et de tout ce qu’on a fait subir à sa personnalité et à sa mémoire. Comment être soi quand on s’est arrangé pour que vous ne le soyez jamais vraiment ? À moins que cela ne compte finalement pas vraiment, et que le plus important est la personne que vous avez choisi de devenir en votre âme et conscience. Une personne bien plus humaine en ce qui concerne notre héros !

En conclusion, Luland Infrarouge conclut à merveille une duologie qui questionne aussi bien les fondements d’un monde ayant perdu toute son humanité que la notion de mémoire et de personnalité. Rythmée, haletante, non dénuée de tension, de mystère et de coups de théâtre, voici une lecture passionnante qui plaira aux lecteurs en quête d’un univers de science-fiction dur et brutal, dans lequel un homme se débat contre les règles de la société, tout en cherchant à définir les siennes…

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé ce livre, que vous pourrez trouver sur Amazon, en échange de mon avis.

 

Mini-chroniques en pagaille #33

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Les Souffrances du jeune Werther de Goethe (écouté en livre audio)

Couverture Les souffrances du jeune WertherLes Souffrances du jeune Werther est un roman dont j’avais eu l’occasion de lire un extrait dans le cadre de mon bac blanc de français qui commence sérieusement à dater. Et j’en garde la même impression : un livre dont l’intérêt réside bien plus dans la manière dont sont exprimés et exacerbés les sentiments que dans l’intrigue en elle-même.

On suit les sentiments profonds et les réflexions d’un jeune homme tellement ancré dans ses émotions et son moi intérieur qu’il en vient à s’enfermer dans une bulle qui nous apparaît parfois bien différente de la réalité… S’il part de faits concrets, il a une légère tendance à les extrapoler et en tirer ses propres conclusions, toujours très passionnées au demeurant !

Le retournement de situation, bien qu’inéluctable, m’a beaucoup touchée. Car si on a parfois envie de dire au jeune Werther de vivre au lieu de penser et décortiquer chaque bribe de sa vie et de celle de Charlotte, la femme objet de ses passions, il n’en demeure pas moins un homme d’une sensibilité à fleur de peau qui émeut. Le roman ne plaira pas à tout le monde, surtout si les atermoiements et les tourments de l’âme humaine vous rebutent, mais c’est un parfait exemple du romantisme que j’aurais envie de qualifier de triste et de beau à la fois. Au-delà de l’amour courtois magnifié et parfois idéalisé, le roman présente également quelques réflexions intéressantes sur l’éducation et l’humanité.

  • Martin et la Divine Chipie de François Vincent (Didier jeunesse)

Couverture Martin et la divine chipie

Le jeune Martin décide un jour de quitter Gondenans-les-Moulins pour Paris avec l’espoir de faire fortune, de mener la grande vie et de goûter aux joies et futilités de la vie parisienne, nonobstant les dangers et les mises en garde de ses parents. Sa décision est prise et rien ne l’en dissuadera ! D’ailleurs, la chance semble lui sourire : après une rencontre sympathique, le voilà doté de trois objets magiques qui vont vite lui révéler leur utilité, et conférer au roman, un joli air de conte d’antan.

Mais une fois arrivé à Paris, le jeune Martin va découvrir les joies, non pas des cafés parisiens, du moins pas que. Il va faire face à la duplicité, à la méchanceté, à la convoitise et à la manipulation. Des choses d’autant plus déroutantes qu’elles arrivent par l’entremise de la Divine Demoiselle, jeune femme riche à la beauté reconnue. Une femme qui n’hésite pas à jouer de ses atouts pour obtenir ce qu’elle veut.

En début d’ouvrage, Martin n’attire guère la sympathie puisqu’il nous apparaît assez ingrat, peu reconnaissant et comme notre Demoiselle, quelque peu cupide. Et puis, il se révèle parfois exaspérant par sa manie de se laisser duper encore et encore. Mais de fil en aiguille, le naïf des débuts laisse place à un jeune homme un peu plus réfléchi et moins obnubilé par la réussite. On appréciera, en plus du jeu sur les apparences, la belle leçon de vie que notre protagoniste va apprendre. Et si finalement, le véritable bonheur ne passait pas par la gloire et la richesse ?

Les amateurs de contes et de romans de chevalerie devraient également apprécier les références disséminées tout au long du roman. Les illustrations en couleurs apportent, quant à elles, beaucoup de charme à l’aventure, tout en facilitant l’immersion des jeunes lecteurs.

En bref, Martin et la Divine Chipie est un conte plein d’humour et d’intelligence qui séduira petits et grands lecteurs.

  • Ève d’Anne Langlois (application Rocambole)

Ayant souscrit il y a quelques semaines à l’application Rocambole, j’ai enfin pris le temps de lire ma première série : Ève. Je ne suis pas croyante, mais j’avoue que le résumé m’a bien intriguée et que j’étais curieuse de découvrir l’une des histoires les plus connues au monde à travers le point de vue d’Ève. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’expérience fut concluante et des plus amusantes !

En 11 chapitres et moins d’une heure de lecture, l’autrice nous offre une petite pépite féministe qui, sous couvert d’humour, aborde des thématiques importantes allant de la charge mentale des femmes aux stéréotypes liés au sexe. C’est drôle, grinçant, voire parfois mordant, mais c’est surtout plein d’intelligence, de bons sens et de pertinence.

Dans cette histoire, Adam en prend clairement pour son grade : niais au possible, peureux, complètement à côté de la plaque, incapable de se débrouiller sans Eve qui joue le rôle de nounou, de maman et d’épouse… L’image pourrait paraître caricaturale, elle l’est d’ailleurs parfois. Mais derrière les comportements d’Adam et ses arguments à la mords-moi le nœud, on retrouve tout un pan de notre culture. Un pan qui porte aux nues la « masculinité des hommes  » tout en n’oubliant pas de louer la dextérité des femmes pour les travaux ménagers et la capacité à tout mener de front (sans se plaindre, c’est encore mieux). Après tout, c’est bien connu, on naît toutes avec des aiguilles dans les mains pour repriser plus vite que notre ombre les chaussettes ou, dans le cas d’Adam, les slips.

Heureusement que notre Ève, en plus d’avoir du caractère, peut compter sur le soutien de ses copines auxquelles on s’attache d’ailleurs fort vite. Chacune issue d’une espèce différente, elles lui apportent un peu de cette solidarité féminine indispensable dans un monde créé par et pour les hommes… Si Adam m’a donné des envies de meurtre, j’ai également beaucoup ri, notamment grâce aux remarques sarcastiques d’Ève et sa capacité à prendre du recul face à un compagnon imposé pour le meilleur, et surtout pour le pire.

La fin m’a paru un peu abrupte, mais elle laisse la porte ouverte à d’éventuelles nouvelles aventures… Dans tous les cas, Ève est une série pleine d’humour que je ne peux que vous recommander, a fortiori si la condition de la femme est une thématique qui vous intéresse.

Et vous, certains de ces textes vous tentent-ils ?
En avez-vous déjà entendu parler ?

Eschaton, Guy-Roger Duvert

Eschaton par Duvert

Dans un futur proche, la population est passée du statut d’insouciance à celui d’inquiétude, pour enfin vivre dans la résignation : la planète est trop endommagée, le désastre climatique est en cours, la fin de notre civilisation approche. Et pourtant, hormis un fatalisme ambiant, cela affecte peu le quotidien de chacun. Autant profiter de ce qu’on l’a tant que cela dure.

Casey est un compositeur de musiques de films célèbre, confortablement installé dans sa villa sur les hauteurs de Hollywood. Ayant perdu ses parents, des climatologues faisant partie des derniers à s’être battus pour empêcher la catastrophe, il est comme les autres, profitant des bienfaits d’une existence certes agréable, mais qu’il sait condamnée. À sa propre surprise, il se retrouve contacté par un homme qui prétend connaître la date exacte de la fin du monde, et qui parle d’un programme lancé pour permettre à notre civilisation d’y survivre. Un monde virtuel dans lequel seront copiés les personnalités de tous les plus grands scientifiques et artistes vivants, et duquel ils pourront sortir des siècles plus tard, lorsque la planète sera à nouveau habitable. Pour résumer : lui mourra bien le jour de l’Eschaton, du jugement dernier, mais sa copie digitale lui survivra. N’ayant rien à perdre, il accepte.

Tout bascule lorsque peu après, il tombe amoureux d’Eve, une brillante journaliste. L’idée qu’une partie de lui puisse survivre sans elle devient insupportable. Le couple va alors s’élancer dans une enquête à travers les États-Unis, sur fond de fin du monde climatique, afin de localiser le site du programme et en convaincre les responsables d’intégrer Eve.

Auto-édité (24 janvier 2021) – 233 pages – Papier (17,99€) – Ebook (4,99€)

AVIS

Imaginez un futur proche où l’inconscience humaine a atteint un tel stade que le monde ne peut plus être sauvé de lui-même. Réchauffement climatique, incendies, catastrophes naturelles en série, montées des eaux entraînant d’importants flux migratoires et des guerres civiles… C’est dans ce climat anxiogène de fin du monde que les humains continuent pourtant à évoluer. Conscients de leur fin prochaine, un certain fatalisme s’est d’ailleurs emparé d’eux. Et Casey, célèbre compositeur de musique, n’échappe pas à la règle. Cela explique peut-être l’étrange attraction que la journaliste Eve, rencontrée lors d’une interview, exerce sur lui, cette femme respirant la bonne humeur et la joie de vivre. Des qualités qui tranchent quelque peu avec la morosité ambiante.

Riche, reconnu professionnellement et vivant dans un quartier à l’abri des inondations, Casey n’est pas à plaindre même s’il s’avère difficile de le considérer comme quelqu’un de profondément épanoui. Sa bonne étoile semble le poursuivre quand on lui propose d’intégrer un projet secret visant à sauvegarder la personnalité et la mémoire de personnes triées sur le volet afin que leur esprit survivre à leur mort physique. Une fois le monde redevenu sain et habitable, il est prévu de transférer ces copies digitales dans des clones fabriqués à partir de l’ADN des quelque 60 000 participants. En attendant, ces sauvegardes évoluent en parfaite autonomie dans une sorte de paradis artificiel, le Framework, modulable selon les attentes et les souhaits de chacun.

Un projet un peu fou qui offre un véritable espoir en l’avenir et en la possibilité de faire revivre le monde de ses cendres, mais qui ne sera pas sans soulever de nombreuses questions d’ordre éthique et moral. Est-il juste que quelques personnes s’arrogent le droit de vie et de mort sur tout le monde ? En quoi un grand artiste est-il plus apte à participer à la reconstruction d’un monde équilibré qu’une personne altruiste ou un simple individu à l’éthique irréprochable ? Si j’ai pu comprendre, intellectuellement, cette volonté de sauvegarder la crème de la crème, je n’ai pu, humainement, m’empêcher d’être rebutée par cet élitisme qui ne se cache même pas. Et puis, l’élite qui, soit dit en passant, prend déjà une bonne partie des décisions, ne risque-t-elle pas de reproduire purement et simplement les conditions d’une nouvelle catastrophe ?

Malgré son aspect peu éthique, immoral et amoral, Casey ne résiste pas à cette offre inespérée de continuer à vivre au-delà de la mort, ce que je comprends très bien, d’autant que la date de fin du monde qu’on lui a annoncée approche à grands pas. Notre solitaire n’avait néanmoins pas prévu de tomber amoureux ! Or, si son moi virtuel est bien à l’abri de la fin du monde et coule des jours heureux dans le Framework, Eve, quant à elle, n’a pas eu la chance d’être contactée pour être sauvegardée. Une situation intolérable pour ces deux amoureux qui, tels deux héros dramatiques, aimeraient continuer à être unis après leur mort physique. Déterminés à faire de cet ardent désir une réalité, Eve et Casey se lancent sur la piste de l’entreprise à l’origine du projet, ce qui ne sera pas une tâche aisée, cette dernière ayant veillé à cacher ses traces.

J’ai beaucoup aimé suivre nos héros dans cette quête qui va les conduire à traverser des décors de désolation dignes d’un bon film post-apocalyptique. Si notre monde est déjà soumis aux caprices de la météo, à travers leur mini road trip, on réalise que la situation pourrait être bien pire… Eschaton, à cet égard, est un très bon roman d’anticipation, les propos de l’auteur semblant tristement crédibles et réalistes que ce soit au niveau de l’état de ce monde où la nature a clairement décidé de faire payer aux hommes le prix de leurs imprudences et excès, les comportements ayant conduit à ce grand gâchis ou encore, la manière dont les pays ont opté pour des stratégies de repli plutôt que de coopération. Ainsi, au lieu de trouver une solution globale afin d’éviter la surchauffe de la planète ou, à défaut, de développer un moyen de protéger le maximum de monde, chaque gouvernement a tenté de développer dans son coin une solution. Et bien sûr, une solution dont seuls les plus nantis et influents pourront bénéficier. À cet égard, on peut dire que secteur public et privé se ressemblent bien plus qu’ils ne le devraient…

De la première à la dernière ligne, l’auteur a su me captiver, d’autant que le rythme est haletant, l’écriture rythmée et les chapitres dynamiques. Je crois d’ailleurs que de tous ses romans, Eschaton est mon préféré, peut-être parce que je me suis terriblement attachée à ce couple qui doit affronter la fin du monde main dans la main, mais plus probablement en raison de cette idée d’arche de Noé virtuelle qui soulève des questions d’ordre éthique et moral qui n’ont pas manqué de m’interpeller. J’ai également apprécié d’alterner entre le Casey de la réalité et celui du Framework, tous les deux évoluant différemment, puisque pas soumis aux mêmes épreuves.

L’auteur introduit d’ailleurs un certain suspense : là où l’enjeu dans la vraie vie est la sauvegarde de l’esprit d’Eve, dans le Framework, il s’agit bien plus de l’adaptation de notre compositeur à sa vie virtuelle. Or, au fil des jours, ce dernier sent que quelque chose ne va pas : des photos noircies, des souvenirs manquants, un sentiment inexplicable de vide… Et si Kinglsey, sorte de concierge virtuel, lui cachait des informations et que le Framework n’était pas le paradis qu’on lui a vendu ? Je n’en dirai pas plus, si ce n’est que l’auteur dénoue avec brio les doutes de son protagoniste et de ses lecteurs, en introduisant notamment une dimension psychologique à son roman. En effet, conserver les esprits de personnes brillantes est une chose, mais en assurer l’équilibre psychologique et le bien-être mental, en est une autre…

En résumé, ce roman d’anticipation confirme le talent de Guy-Roger Duvert pour proposer des intrigues accessibles, fluides et captivantes qui poussent les lecteurs à réfléchir à l’état du monde actuel et à se poser de nombreuses questions d’ordre éthique et moral. Teintée de romance, mais avant tout dérangeant de réalisme, Eschaton devrait vous offrir un moment de divertissement agréable entre monde virtuel, enquête sur les traces d’une entreprise secrète et espoir en la technologie pour faire renaître de ses cendres un monde condamné par l’inconscience humaine.

Merci à l’auteur de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Mini-chroniques en pagaille #31

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Prunelle : La fille du cyclope de Vicky Portail-Kernel et Cédric Kernel (Ankama)

Couverture Prunelle, tome 1 : La Fille du Cyclope

Condamnés, après une petite bêtise, à réaliser quatre quêtes épiques, Prunelle, moitié-cyclope et moitié-muse, le Minotaure et Héraclès partent à l’aventure. Ils devront collaborer pour faire face aux multiples défis et dangers ainsi qu’aux créatures et grandes figures mythologiques qui croiseront leur route.

Une divinité semble, en outre, bien décidée à mettre des bâtons dans les roues de la jeune et fine équipe. Et elle s’y prend plutôt bien, mais peut-être pas assez pour venir à bout de la chance insolente de nos jeunes amis, ni de leurs talents conjugués. Les enfants et les adultes appréciant la mythologie grecque devraient savourer cette aventure colorée et pleine de peps menée tambour battant. Les aventures, les combats et les différents affrontements s’enchaînent sans temps mort, ce qui ne laisse aucune place à l’ennui.

Une belle place est également accordée à l’humour que ce soit à travers quelques comiques de situation ou les traits volontairement forcés des personnages. À cet égard, le côté « tout dans la cervelle, rien dans les muscles » d’Héraclès ne manquera pas de faire sourire. Le demi-dieu a, en effet, une légère tendance à foncer dans le tas avant et de réfléchir après, mais reconnaissons que cela semble lui porter chance ! Prunelle se révèle, quant à elle, bien plus réfléchie, et joue un peu le rôle de la voix de la raison au sein de l’équipe. Sa relation avec sa mère, une muse quelque peu égocentrique, n’est pas non plus dénuée d’intérêt, tout comme la petite morale de fin : l’expérience est importante, mais l’éducation n’en demeure pas moins nécessaire.

Les dessins très colorés et dynamiques participent indéniablement au plaisir que l’on prend à découvrir cette aventure rondement menée. On appréciera également, en fin d’ouvrage, quelques pages présentant certains héros et autres créatures mythologiques. Un rappel qui pourra d’ailleurs guider la lecture des plus jeunes.

En bref, voici une plongée sympathique et amusante en pleine mythologie grecque !


  • Enola & Les animaux extraordinaires : le griffon qui avait une araignée au plafond de Joris Chamblain et Lucile Thibaudier (les éditions de la Gouttière) :

Couverture Enola & les animaux extraordinaires, tome 6 : Le griffon qui avait une araignée au plafond

Je suis la plus grande fan de cette série jeunesse mettant en scène une vétérinaire pour animaux légendaires et extraordinaires. Et si tous les tomes m’ont plu, j’ai eu un coup de cœur pour celui-ci qui aborde un sujet qui me tient particulièrement à cœur : les cirques avec animaux. J’aime beaucoup les arts du cirque, mais ceux qui n’impliquent pas l’exploitation d’animaux sauvages dont la place est dans la nature et non dans une cage et/ou sur une scène.

Une réalité qui nous frappe de plein fouet avec l’histoire de ce griffon qui s’est blessé lors d’un spectacle et que son propriétaire veut vite remettre au travail, nonobstant ses blessures. C’est que business est business ! Et notre directeur de cirque n’a pas de temps à perdre avec le bien-être animal qui ne rapporte rien. Bien sûr, l’image est poussée à l’extrême, mais elle n’en demeure pas moins vraie : les spectacles avec animaux sont d’une cruauté sans nom que rien ne pourrait  justifier, et certainement pas l’appât du gain… Méprisable, notre directeur va néanmoins recevoir une belle leçon de la part de notre vétérinaire bien décidée à soigner notre griffon avant de lui rendre sa liberté.

En plus d’une histoire très touchante et des illustrations toujours aussi sublimes, il y a un réel travail de sensibilisation réalisé dans ce tome qui évoque aussi bien le problème des cirques avec animaux que le travail de réhabilitation des animaux élevés en captivité. Tout en condamnant fermement et légitimement l’exploitation des animaux, l’auteur nous offre également une belle bouffée d’espoir à travers notamment une jeune femme qui va réaliser que sa sincère affection pour son griffon ne saurait venir combler les besoins d’un animal sauvage. Aimer signifie parfois littéralement laisser l’autre s’envoler…

En bref, si la protection animale vous tient à cœur et/ou que vous avez envie d’une belle lecture, Le griffon qui avait une araignée au plafond est fait pour vous ! Le ton est pédagogique, l’histoire émouvante et la fin une magnifique ode à la liberté animale.


  • Simon Portepoisse (tome 1) d‘Antoine Dole et Bruno Salome, (Actes Sud Junior) :

Couverture Simon Portepoisse, tome 1 : Petits malheurs en famille

Dans une ambiance colorée et quelque peu loufoque, nous découvrons le jeune Simon qui a le malheur d’appartenir à une famille de monstres. Et si je dis le malheur, c’est parce que notre protagoniste n’a guère envie de perpétuer la tradition familiale : porter la poisse aux humains. Il n’a néanmoins pas le choix et doit s’acquitter, en compagnie de Monsieur Georges, un chat noir qui parle, de sa première mission : empêcher la famille Chouquette de partir en vacances.

Mais sur place, il va vite découvrir que les membres de cette famille, qui m’a un peu fait penser aux Tuche, ne seraient peut-être pas si mécontents que cela de rester chez eux et d’éviter de passer du temps ensemble. Une situation inacceptable autant pour Simon qui aimerait apprendre à cette famille le plaisir du vivre-ensemble que Monsieur Georges qui tient à ce que le premier ticket-poisse de son protégé soit correctement distribué. Or, apparemment, priver les Chouquette de vacances serait plus un cadeau qu’une malédiction…

Avec beaucoup d’humour et de facétie, l’auteur plonge les lecteurs dans l’envers du décor de la poisse et de toutes ces superstitions tournées en dérision. De fil en aiguille, on réalise que les malheurs des uns peuvent faire le bonheur des autres et que si la malchance existe, elle peut servir de tremplin pour rebondir et transformer le négatif en quelque chose de positif. Tout n’est qu’une question de perspective, après tout !

Au-delà des gags plutôt efficaces, notamment pour un jeune public, on appréciera le duo enfant/chat parfaitement complémentaire et attachant. Quand l’un, sensible et gentil, ne pense qu’à faire le bonheur des humains, l’autre cherche à tout prix à faire leur malheur. Mais on pardonnera volontiers à notre oiseau de malheur cet excès de méchanceté, puisqu’il faut bien quelques moments difficiles pour pouvoir apprécier les moments de félicité. Et puis, Simon est tellement adorable qu’il compense largement toute cette poisse que ses proches, Monsieur Georges inclus, se font un malin plaisir à distribuer aux humains.

En bref, si vous avez envie d’une petite lecture jeunesse colorée, divertissante et pleine d’humour, Simon Portepoisse devrait vous plaire.


Et vous, certains de ces titres vous tentent-ils ?

Les chroniques de la Cité, tome 2 : Exil, Magali Guyot

Couverture Les chroniques de la Cité, tome 2 : Exil

Après les derniers évènements, la Cité tente de sauver les apparences tandis que les communautés éclatent.
La Vallée est en fuite, scindée en deux groupes à la survie incertaine. Les années passent, détruisant Yannis, poussant son fils, Alexis, à prendre la relève pour la quête de pouvoir.
Un allié inattendu veille. Mais les nouveaux dirigeants de la Cité sont plus cruels que jamais. Poussés à la fuite, Brionne et Raul, anciens dirigeants de la Vallée, séparés, se retrouvent confrontés à certains choix et de nouvelles rencontres.
Au sud du territoire, à l’abri des humains, une brise aussi inespérée qu’instable se lève.

FARALONN éditions (2 décembre 2019) – 218 pages – Papier (14,50€) – Ebook (5,99€)

AVIS

L’action se déroule juste après les terribles et dramatiques événements du premier tome, dont l’un m’avait cruellement brisé le cœur. Je crois que je ne m’en suis toujours pas remise et ce n’est pas cette suite qui va m’aider à panser mes blessures, l’autrice poussant de nouveau ses protagonistes dans leurs retranchements. Bien que les circonstances soient différentes et inhérentes à la vie humaine en elle-même, mon cœur a d’ailleurs de nouveau été mis à rude épreuve !

Les Vallériens, ces hommes, femmes et enfants qui ont fui l’oppression de la Cité, ont dû se résoudre à se séparer en deux groupes, avec l’espoir un jour de pouvoir se réunir sans danger et sans subir la vengeance d’un pouvoir politique vicié et autoritaire. En attendant, chaque groupe poursuit sa propre route qui se révélera semée d’embûches, mais aussi de nouvelles rencontres et de belles alliances, qui nous prouvent qu’il y a une vie en dehors de la Cité et de la Vallée. Une réalité que les dirigeants de la Cité sont bien décidés à garder cacher, sous peine d’une révolte populaire qu’ils n’ont guère envie d’affronter. C’est qu’un peuple apeuré devant les caprices de la nature et d’un monde en partie décimé est bien plus facile à gérer que des individus pleinement conscients des forces en jeu et des véritables enjeux de leur soumission…

En trame de fond, la question politique est donc essentielle, les drames vécus par les Vallériens n’étant finalement que les conséquences de vastes machinations et de décisions mues par la convoitise et l’appétit de pouvoir de certains. Mais ce tome laisse également une très large place à l’action, puisque nous suivons au plus près les aventures des deux groupes. Si j’ai apprécié d’alterner entre les deux fronts et de voir comment chacun allait faire face à la situation, je dois reconnaître avoir préféré suivre le groupe mené par Brionne et Alaric. Rien d’étonnant à cela, Alaric étant l’un de mes personnages préférés.

Bien qu’il soit profondément affecté par une perte immense, il refuse de céder à la vengeance et fait de son mieux pour tempérer la fougue de Brionne et l’aider à diriger le groupe en bonne intelligence. Parfois encore un peu renfermé, année après année, cet homme nous prouve son humanité, sa gentillesse et son envie d’aller de l’avant sans s’enfermer dans la haine. Des caractéristiques qui nous frappent à mesure que l’on découvre ses carnets où il a consigné scrupuleusement les différents événements des dernières années. Une démarche d’historien pleine d’intelligence et non dénuée d’un certain optimisme quant à la possibilité qu’en découvrant les erreurs du passé, les générations futures évitent de les reproduire.

La question de la vengeance et du pardon est récurrente dans ce tome : si certains veulent panser leurs blessures pour s’assurer un avenir de paix où la haine n’a pas sa place, d’autres se révèlent plus vindicatifs et n’aspirent qu’à rendre coup pour coup. Malgré ces différences de points de vue, il semble néanmoins y avoir une certaine entente et joie de vivre à l’intérieur des deux groupes. Mais rappelons que dans cet univers, rien n’est jamais gravé dans le marbre et que la paix n’est jamais assurée bien longtemps. Et si finalement, cet idéal de paix prôné par certains risquait de coûter très cher à la communauté ? Que peuvent les velléités de paix et de reconstruction de survivants face à la technologie de la Cité et à la fourberie de son dirigeant, qui ne conçoit le pouvoir qu’à travers le prisme de la domination et de la manipulation ?

La manipulation semble être l’arme des puissants, mais est-elle toujours utilisée à mauvais escient ? Une question qu’Alexis, fils de Yannis, nous pousse à nous poser. Ce personnage est probablement le plus insaisissable de ce tome. Froid, intelligent et calculateur comme son grand-père et l’ancienne version de son père, il se révèle encore plus insondable, au point que même son plus grand soutien en vient parfois à douter de ses motivations et de ses réactions. Sans être attachant, c’est un personnage fascinant qui représente peut-être la plus grande chance de paix, que ce soit à moyen ou longs termes, à condition que le pouvoir ne finisse pas par le pervertir et le détruire comme il l’a fait avec son propre père.

À cet égard, l’autrice a réussi l’exploit de rendre Yannis si pathétique que j’en suis venue à le prendre en pitié, alors que je l’ai détesté une bonne partie du premier tome. Rongé par la culpabilité et cette ambition qui l’a poussé à commettre la pire des trahisons, on assiste à sa descente aux enfers, une descente aux enfers bien méritée ! Néanmoins, devant son changement de personnalité et une certaine prise de conscience de sa part sur ses actes passés, j’avoue espérer le voir revenir sur le devant de la scène et, peut-être, tenter d’œuvrer pour la paix. Ce serait une belle manière de rendre hommage à un personnage dont on sent encore l’ombre planer.

En plus des deux groupes et de différentes personnalités de la Cité, on suit Fento, un robot faisant le pont entre la machine et l’humain, que j’avais adoré dans le premier tome. Il découvre ici un rôle surprenant pour un robot : celui de père ! Grâce à ses souvenirs et à ses connaissances en encyclopédiques, il a fait de son mieux pour élever Keira, un nourrisson qu’il a voulu éloigner et sauver de la perversion et de la méchanceté humaine. Toutefois, au fil des années, Fento réalisera que condamner toute une humanité sur la base des exactions de certains n’est finalement pas la plus sage des décisions… Je vous avouerai avoir complètement craqué devant la relation père/fille qui s’est nouée entre notre robot et Keira !

En raison d’une éducation peu conventionnelle, cette dernière est devenue une jeune femme forte et déterminée, mais pas très douée pour les relations humaines. Elle se révèlera assez drôle sans le vouloir, son absence de connaissance des codes sociaux la faisant ressembler parfois fortement à Fento, qui n’est pas connu pour sa diplomatie. Je n’en dirai pas plus, mais j’anticipe, j’espère à raison, une confrontation avec des personnes liées à son histoire familiale. Dans tous les cas, la fin nous laisse entrevoir quelques rebondissements et un jeu du chat et de la souris entre la jeune fille et le pouvoir en place au sein de la Cité. Les ennemis naturels d’hier, deviendront-ils les alliés de fortune de demain ? Tout est possible dans ce monde de manipulation et de faux-semblants, où chacun semble porter un masque et ses ambitions comme reflet de sa personnalité.

Fuite, recherche de nouveaux territoires, découverte d’autres survivants, construction d’une nouvelle vie pour certains, soif de pouvoir pour d’autres, il se passe toujours quelque chose dans ce deuxième tome particulièrement rythmé et immersif. En plus de l’action omniprésente et de la tension qui n’est jamais bien loin, la force de ce roman réside également dans l’alternance des points de vue et l’utilisation parfaitement maîtrisées des ellipses temporelles. Sans nous perdre dans des détails inutiles, futiles ou redondants, l’autrice se concentre sur l’important, nous permettant ainsi d’avoir une vision claire et précise de l’évolution de la situation et des personnages. Un peu comme si nous étions dans un immense jeu de stratégie et de survie. Elle n’en oublie pas pour autant de partager avec nous quelques tranches de vie, condition sine que non pour susciter l’attachement des lecteurs aux personnages et humaniser un récit dans lequel certains sont aussi froids que des robots…

À noter que pour les lecteurs qui auraient laissé passer un certain temps entre la lecture des deux tomes, une liste des principaux personnages est disponible en début d’ouvrage ainsi qu’un prologue qui ne devrait pas manquer de réveiller votre mémoire.

En conclusion, ce deuxième tome intitulé Exil porte parfaitement son nom puisque l’autrice ne nous propose ni plus ni moins qu’une aventure dans laquelle des survivants vont devoir se séparer pour espérer survivre et s’éloigner des griffes d’une Cité gangrénée par un pouvoir manipulateur, qui ne recule devant rien pour imposer sa domination. Entre l’espoir, les rencontres et les désillusions, le danger n’est jamais loin et les forces en place peut-être plus mouvantes qu’il n’y paraît. Paix ou destruction, quel avenir pour la Cité et les anciens Vallériens ?

Retrouvez le roman sur le site des éditons Faralonn.
Je remercie Magali Guyot pour sa dédicace et l’envoi de son roman en échange de mon avis.

Flowers for Seri (tome 1), Tomu Ohmi

Couverture Flowers for Seri, tome 1

Yuzuki partage un curieux destin avec son amie Seri qui se voit embringuée dans un mariage arrangé avec le jeune homme. Cette dernière, croyant en l’amour, résiste face à l’enthousiasme général qui selon elle n’est qu’une question d’argent et de réputation. En effet, la famille de Seri est riche et a besoin d’un nom. Quant à la famille de Yuzuki, famille renommée japonaise, elle est plutôt sur la paille et aimerait bien profiter de la fortune de la fiancée ! Et pour couronner le tout, Yuzuki, qu’elle connaît depuis l’enfance, est un garçon boudeur, toujours de mauvaise humeur et particulièrement désagréable. Pourtant, alors qu’elle visite la magnifique maison de famille de son potentiel futur mari, elle entre en contact avec le seigneur Haruhisa, l’esprit d’un ancêtre du jeune homme qui lui révèle une terrible vérité : par une malédiction inconnue, tous les hommes de cette famille meurent jeunes et jusqu’ici, aucun n’a pu y échapper ! Les fantômes de Yuzuki vont alors commencer à hanter la pauvre Seri afin de l’inciter à se marier ! Mais la responsabilité de la jeune femme est encore plus grande qu’il n’y paraît, au-delà d’apporter la fortune ou la descendance, elle pourra peut-être lui sauver la vie…

Soleil (9 janvier 2013) – 192 pages

AVIS

Flowers for Seri, c’est l’histoire d’un mariage arrangé qui ressemble pas mal à ceux que l’on retrouve dans les romances historiques : un titre, ou du moins la réputation d’une grande lignée, contre la fortune. Pas très romantique, vous en conviendrez. D’ailleurs, Seri s’y refuse : elle se mariera par amour, et certainement pas avec Yuzuki, un ancien ami d’enfance qu’elle ne supporte pas. Hélas, pour elle, ses parents ainsi que ceux de son promis sont tellement enthousiastes à l’idée de cet accord qu’ils ne l’écoutent guère. Cela donne lieu à un certain comique de situation avec une Seri qui proteste dans l’indifférence générale.

Et si on en sourit aisément, c’est que contrairement à ce qui se jouait dans le passé, ici, on reste dans la légèreté. Les parents des deux protagonistes sont adorables et l’opposition franche et farouche de Seri semble assez rapidement s’affaiblir, à mesure qu’elle côtoie Yuzuki et qu’elle découvre le secret de sa famille : les hommes Furumidô sont poursuivis par une malédiction les conduisant à une mort prématurée.

Un secret dévoilé par le fantôme de l’un des ancêtres de Yuzuki qui s’est mis en tête de réunir les deux jeunes adultes et de protéger Seri au même titre que son promis. Et s’il ressent ce besoin de protection, c’est qu’il est certain que Seri détient en son sein le pouvoir de protéger Yuzuki d’un bien funeste destin ! J’ai apprécié ce fantôme adorable, bien qu’un peu trop présent pour la santé mentale de Seri qui ne goûte guère ses apparitions inopinées. Petit à petit, on assiste à l’évolution des sentiments de Seri qui passe du refus net et précis à l’agacement puis à des sentiments bien plus doux envers un Yuzuki qu’elle réapprend à connaître… Et plus elle passe de temps avec lui, plus elle réalise que sa présence semble bénéfique au jeune homme, lui permettant même de se sortir de situations délicates sans trop de séquelles.

En tant qu’adulte, j’ai regretté que les choses évoluent bien trop vite entre les protagonistes et que l’on fasse peser sur une jeune femme le poids du salut d’un homme. Le titre n’en demeure pas moins agréable et devrait plaire aux adolescentes et aux jeunes adultes, les deux protagonistes se révélant complémentaires et plutôt mignons ensemble. Derrière une relation chien/chat qui ne manque pas de charme, difficile de ne pas voir l’affection sincère que Yuzuki porte à son amie d’enfance. Si le Yuzuki actuel ne m’a pas plus touchée que cela, j’ai été très émue par le Yuzuki enfant que l’on découvre à travers quelques flashback. Un enfant conscient du poids de la malédiction de sa famille et abandonné par une amie qui lui avait pourtant promis de toujours le soutenir et le protéger…

On comprend aisément que Seri, alors encore très jeune, a eu tout simplement peur, mais l’on comprend également qu’elle désire maintenant rattraper son erreur passée. Après tout, ce n’est plus une enfant apeurée, mais une jeune femme avec du caractère et une belle force intérieure. Courageuse, gentille et forte, j’ai apprécié Seri et la manière dont elle essaie de faire face à ce mariage arrangé, à la malédiction et à ces fantômes qui s’invitent dans sa vie. Cela fait beaucoup pour une seule personne, mais elle affronte ce chaos avec beaucoup de témérité.

En ce qui concerne Yuzuki, il reste encore un peu difficile à cerner, ce qui s’explique par les barrières qu’il a érigées entre lui et les autres pour se protéger des abandons qu’il pense inévitables. Il n’en demeure pas moins très attaché à Seri, ce qui se traduit d’ailleurs par quelques élans de jalousie et de possessivité quand un autre homme ne semble pas indifférent à la jeune femme. Bien que la personnalité de Yuzuki mériterait encore quelques approfondissements, j’ai apprécié de le voir tiraillé entre son envie d’épouser Seri qu’il a toujours aimée et celle de ne pas la contraindre à ce mariage… Un dilemme moral qui prend une tout autre dimension quand le jeune homme en vient à considérer tous ces dangers qui font son quotidien et dont son corps porte les stigmates. Peut-il mettre la vie de Seri en danger pour protéger la sienne et offrir à ses parents cet héritier tant attendu ? Mais cette question qui le fait douter n’est-elle pas erronée ? La question, n’est-elle pas plutôt de savoir ce dont a envie Seri qui nous apparaît ici déterminée à faire entendre sa voix ?

Quant aux illustrations, j’ai apprécié leur rondeur, leur douceur et le jeu important sur les regards, tous très expressifs. J’ai néanmoins parfois été déstabilisée par un problème de proportion, surtout au niveau des bustes des personnages masculins, et la manière dont la mangaka joue sur le visage de l’héroïne. Si j’imagine que c’est dans un but artistique, ne lui représenter qu’un œil sur deux ou laisser un blanc à la place du nez et/ou des lèvres ne m’a pas paru particulièrement attrayant…

En conclusion, bien que l’autrice avance ses pions un peu trop rapidement pour l’adulte que je suis, j’ai trouvé ce premier tome divertissant et ai apprécié l’apport du surnaturel dans la relation tumultueuse entre deux jeunes adultes dont le destin semble étroitement lié… Quant à savoir si c’est pour le meilleur ou pour le pire, il faudra lire la suite. Dans tous les cas, je vous conseillerais ce titre si vous avez envie d’une romance laissant une belle place au surnaturel et à une malédiction qui fait peser une lourde menace sur toute une famille et deux jeunes adultes qui doivent faire face à leurs sentiments.

Livre lu dans le cadre du challenge Romantasy.

Astre-en-Terre (tome 1), L.P. HUREL

Astre-en-Terre: Fantasy young adult par HUREL

Depuis que les étoiles sont tombées du ciel, le monde a changé… Abandonnant la course au progrès, les Hommes ne jurent plus que par l’extraction de nectar stellaire qui leur confère de grands pouvoirs.​ Mais après plusieurs siècles de règne prospère, une ombre plane sur le culte des Étoiles.
Enguerrand est en route pour la cour de Célestia, où il doit rencontrer sa fiancée, quand il se fait enlever par des contrebandiers.
Intriguée par la disparition de son promis, la princesse Isolina défie le Conseil, lorsque le Dévoreur de Lumière déclare la guerre à Astre-en-Terre.
Arlandor est un homme sans histoires. Mais une nuit, son village est mis à feu et à sang et sa vie bascule.
TOUT LES OPPOSE… POURTANT LEUR DESTIN EST LIÉ.
Ensemble, ils vont devoir lutter pour la survie du royaume.
Et si cette aventure les amenait à remettre en cause tout ce en quoi ils croyaient, jusqu’aux fondements mêmes de la magie ?
Un récit haletant à trois voix qui vous emmènera aux confins d’Astre-en-Terre !

EXPLORA ÉDITIONS (8 février 2021) – 360 pages – Broché (16,99€) – Ebook (4,99€)

AVIS

J’ai tout de suite été attirée par la couverture de ce sympathique roman de fantasy young adult qui nous plonge dans un univers divisé entre les défenseurs et adorateurs des Étoiles, et les partisans du Dévoreur de Lumière. Néanmoins, de fil en aiguille, on comprend que cette vision très manichéenne du monde partagée par beaucoup n’est peut-être pas si juste que cela et que l’Histoire ne dit pas tout. Après tout, n’a-t-on pas coutume que l’Histoire est écrite par les vainqueurs ?

En commençant ce roman, je ne m’attendais pas à une telle profondeur et à une telle richesse de l’univers. Une bonne surprise qui explique, en partie, le plaisir pris à découvrir la nature de la magie dans ce monde, la manière dont elle est utilisée, ce qu’elle implique vraiment, et comment celle-ci a fini par devenir une source de différends plutôt que de rapprochement. Sous couvert de fiction, difficile de ne pas voir dans ce roman une charge subtile et pleine de justesse contre la déforestation, l’accaparement des richesses de la terre par les plus riches, l’exploitation à outrance et de manière complètement déraisonnable des ressources naturelles…

Ainsi comme dans notre réalité, les puissants de ce monde semblent tellement obnubilés par le pouvoir et le contrôle des masses qu’ils en viennent à oublier que les énergies et les ressources ne sont pas éternelles et qu’à trop les exploiter, ils risquent de laisser derrière eux un torrent de larmes et un paysage de désolation. Si ces thématiques de l’écologie, de la nature et de sa protection vous intéressent, vous devriez apprécier de vous plonger dans cette histoire dans laquelle magie et préservation de l’équilibre du monde sont étroitement liées… Pour ma part, j’ai adoré ce mélange entre des thèmes sociétaux actuels et une œuvre de fiction particulièrement rythmée et prenante.

Il faut dire que l’autrice ne laisse ni les lecteurs ni ses protagonistes dormir sur leurs lauriers : l’action, l’aventure, les retournements de situation et les trahisons sont légion ! Et même quand on pense qu’un petit moment de répit nous est accordé, le drame s’invite et nous laisse parfois pantelants. J’ai, ainsi, été agréablement surprise de la dureté de certaines scènes et de la manière dont l’autrice n’hésite pas à condamner certains personnages pour en grandir d’autres. Au fil des pages, j’ai d’ailleurs eu le sentiment que plus qu’une simple aventure, l’autrice nous proposait d’assister à la création de héros, pas toujours parfaits, mais volontaires et courageux. Des personnes très différentes les unes des autres, mais unies par une destinée qu’elles n’ont pas choisie et qu’elles sont condamnées à assumer.

Si le résumé fait état de trois protagonistes, dont Arlandor, dans les faits, on se concentre plus particulièrement sur Enguerrand, la princesse Isolina et, dans une certaine mesure, la contrebandière Moera. Arlandor, un ancien forgeron, n’intervient que plus tard, et reste finalement assez en retrait par rapport aux autres. Son rôle n’en demeure pas moins important, puisque l’on sent que rien n’est laissé au hasard dans ce récit où les pièces du puzzle se mettent progressivement en place pour nous dévoiler une réalité des plus sordides. Les faux-semblants ne sont jamais loin et la réalité, un miroir trompeur et quelque peu déformé…

De prime abord, Moera nous apparaît comme une femme pirate sans foi ni loi qui n’a pas hésité à kidnapper Enguerrand et faire de la vie de ce gentil garçon un véritable enfer. Mais plus on apprend à connaître la personne qu’elle est derrière cette image de femme forte, qui fait ce qu’elle veut sans se soucier des conséquences, plus on s’attache à elle. Loin de n’être qu’une effrontée au caractère bien affirmé, on découvre chez elle un passé compliqué et une sensibilité cachée sous des couches d’impertinence. Moera est probablement le personnage auquel je me suis le plus attachée, même si j’ai également ressenti une certaine affection pour la princesse Isolina.

Contrainte par sa fonction à un mariage d’intérêt avec Enguerrand, avant que ce dernier ne se fasse kidnapper, on sent le poids de ses responsabilités en même temps que l’on comprend ses velléités de rébellion. Il n’est jamais agréable d’être considéré comme un enjeu politique, stratégique et militaire au lieu et place d’une personne avec ses propres besoins et aspirations ! Mais cette farce de mariage arrangé sera loin d’être la seule épreuve que notre princesse va devoir affronter, l’autrice ayant placé sur sa route nombre d’obstacles qui la feront soit trébucher, soit s’élever et s’imposer comme une personne à part entière, dans un monde qui part en déliquescence. Forte et déterminée, mais dans une certaine mesure assez naïve sur la fourberie dont certains sont capables, la princesse Isolina se montrera incapable de saisir les indices d’un drame annoncé. Mais cela ne la rend que plus réaliste et humaine…

Enguerrand, quant à lui, est le personnage qui évolue le plus au fil des pages. D’abord frêle, résigné, réservé et presque indolent par sa tendance à se laisser porter par les événements, il s’affirme, trébuche, remonte en selle, avant de comprendre qu’une vie ne se subit pas, elle s’expérimente et se prend à bras-le-corps ! Cette évolution progressive, et donc réaliste, est en partie due à Moera avec laquelle il va nouer une relation complexe, entre peur, méfiance, amitié et sentiments plus difficiles à nommer, du moins pour quelqu’un d’aussi peu expérimenté qu’Enguerrand

L’alternance des points de vue entre les différents personnages apporte un dynamisme certain au roman, d’autant que les chapitres sont presque tous porteurs de mouvement et/ou d’informations importantes. Mais le gros point fort de l’autrice est d’avoir su brouiller les cartes, puisqu’il est quasiment impossible de savoir comment les choses vont tourner. Est-ce que les deux fronts qui semblent s’être dessinés vont se rejoindre pour ne faire qu’un ou le deuxième tome va continuer à faire vivre nos personnages en parallèle ? Qui est le couple associant Sang bleu et Sang rouge destiné à libérer les Étoiles ? Des questions parmi tant d’autres qui donnent envie de poursuivre l’aventure aux côtés de personnages enlisés dans la plus dangereuse et importante des quêtes, celle pour la vérité et la liberté !

En conclusion, voici un roman de fantasy immersif et rythmé qui ne devrait pas manquer de vous surprendre par sa richesse, mais aussi la large place qu’il accorde aux trahisons, aux faux-semblants et aux mensonges. Quand les frontières entre le bien et le mal se brouillent, les certitudes s’envolent, laissant un champ immense de possibilités et de dangers… Un champ que nos protagonistes sont bien décidés à explorer pour enfin s’approprier la vérité et trouver cet équilibre dont le monde a trop longtemps été privé. Et si entre les ténèbres et la lumière, une autre voie était possible ?

Je remercie Explora éditions de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.