Astre-en-Terre (tome 1), L.P. HUREL

Astre-en-Terre: Fantasy young adult par HUREL

Depuis que les étoiles sont tombées du ciel, le monde a changé… Abandonnant la course au progrès, les Hommes ne jurent plus que par l’extraction de nectar stellaire qui leur confère de grands pouvoirs.​ Mais après plusieurs siècles de règne prospère, une ombre plane sur le culte des Étoiles.
Enguerrand est en route pour la cour de Célestia, où il doit rencontrer sa fiancée, quand il se fait enlever par des contrebandiers.
Intriguée par la disparition de son promis, la princesse Isolina défie le Conseil, lorsque le Dévoreur de Lumière déclare la guerre à Astre-en-Terre.
Arlandor est un homme sans histoires. Mais une nuit, son village est mis à feu et à sang et sa vie bascule.
TOUT LES OPPOSE… POURTANT LEUR DESTIN EST LIÉ.
Ensemble, ils vont devoir lutter pour la survie du royaume.
Et si cette aventure les amenait à remettre en cause tout ce en quoi ils croyaient, jusqu’aux fondements mêmes de la magie ?
Un récit haletant à trois voix qui vous emmènera aux confins d’Astre-en-Terre !

EXPLORA ÉDITIONS (8 février 2021) – 360 pages – Broché (16,99€) – Ebook (4,99€)

AVIS

J’ai tout de suite été attirée par la couverture de ce sympathique roman de fantasy young adult qui nous plonge dans un univers divisé entre les défenseurs et adorateurs des Étoiles, et les partisans du Dévoreur de Lumière. Néanmoins, de fil en aiguille, on comprend que cette vision très manichéenne du monde partagée par beaucoup n’est peut-être pas si juste que cela et que l’Histoire ne dit pas tout. Après tout, n’a-t-on pas coutume que l’Histoire est écrite par les vainqueurs ?

En commençant ce roman, je ne m’attendais pas à une telle profondeur et à une telle richesse de l’univers. Une bonne surprise qui explique, en partie, le plaisir pris à découvrir la nature de la magie dans ce monde, la manière dont elle est utilisée, ce qu’elle implique vraiment, et comment celle-ci a fini par devenir une source de différends plutôt que de rapprochement. Sous couvert de fiction, difficile de ne pas voir dans ce roman une charge subtile et pleine de justesse contre la déforestation, l’accaparement des richesses de la terre par les plus riches, l’exploitation à outrance et de manière complètement déraisonnable des ressources naturelles…

Ainsi comme dans notre réalité, les puissants de ce monde semblent tellement obnubilés par le pouvoir et le contrôle des masses qu’ils en viennent à oublier que les énergies et les ressources ne sont pas éternelles et qu’à trop les exploiter, ils risquent de laisser derrière eux un torrent de larmes et un paysage de désolation. Si ces thématiques de l’écologie, de la nature et de sa protection vous intéressent, vous devriez apprécier de vous plonger dans cette histoire dans laquelle magie et préservation de l’équilibre du monde sont étroitement liées… Pour ma part, j’ai adoré ce mélange entre des thèmes sociétaux actuels et une œuvre de fiction particulièrement rythmée et prenante.

Il faut dire que l’autrice ne laisse ni les lecteurs ni ses protagonistes dormir sur leurs lauriers : l’action, l’aventure, les retournements de situation et les trahisons sont légion ! Et même quand on pense qu’un petit moment de répit nous est accordé, le drame s’invite et nous laisse parfois pantelants. J’ai, ainsi, été agréablement surprise de la dureté de certaines scènes et de la manière dont l’autrice n’hésite pas à condamner certains personnages pour en grandir d’autres. Au fil des pages, j’ai d’ailleurs eu le sentiment que plus qu’une simple aventure, l’autrice nous proposait d’assister à la création de héros, pas toujours parfaits, mais volontaires et courageux. Des personnes très différentes les unes des autres, mais unies par une destinée qu’elles n’ont pas choisie et qu’elles sont condamnées à assumer.

Si le résumé fait état de trois protagonistes, dont Arlandor, dans les faits, on se concentre plus particulièrement sur Enguerrand, la princesse Isolina et, dans une certaine mesure, la contrebandière Moera. Arlandor, un ancien forgeron, n’intervient que plus tard, et reste finalement assez en retrait par rapport aux autres. Son rôle n’en demeure pas moins important, puisque l’on sent que rien n’est laissé au hasard dans ce récit où les pièces du puzzle se mettent progressivement en place pour nous dévoiler une réalité des plus sordides. Les faux-semblants ne sont jamais loin et la réalité, un miroir trompeur et quelque peu déformé…

De prime abord, Moera nous apparaît comme une femme pirate sans foi ni loi qui n’a pas hésité à kidnapper Enguerrand et faire de la vie de ce gentil garçon un véritable enfer. Mais plus on apprend à connaître la personne qu’elle est derrière cette image de femme forte, qui fait ce qu’elle veut sans se soucier des conséquences, plus on s’attache à elle. Loin de n’être qu’une effrontée au caractère bien affirmé, on découvre chez elle un passé compliqué et une sensibilité cachée sous des couches d’impertinence. Moera est probablement le personnage auquel je me suis le plus attachée, même si j’ai également ressenti une certaine affection pour la princesse Isolina.

Contrainte par sa fonction à un mariage d’intérêt avec Enguerrand, avant que ce dernier ne se fasse kidnapper, on sent le poids de ses responsabilités en même temps que l’on comprend ses velléités de rébellion. Il n’est jamais agréable d’être considéré comme un enjeu politique, stratégique et militaire au lieu et place d’une personne avec ses propres besoins et aspirations ! Mais cette farce de mariage arrangé sera loin d’être la seule épreuve que notre princesse va devoir affronter, l’autrice ayant placé sur sa route nombre d’obstacles qui la feront soit trébucher, soit s’élever et s’imposer comme une personne à part entière, dans un monde qui part en déliquescence. Forte et déterminée, mais dans une certaine mesure assez naïve sur la fourberie dont certains sont capables, la princesse Isolina se montrera incapable de saisir les indices d’un drame annoncé. Mais cela ne la rend que plus réaliste et humaine…

Enguerrand, quant à lui, est le personnage qui évolue le plus au fil des pages. D’abord frêle, résigné, réservé et presque indolent par sa tendance à se laisser porter par les événements, il s’affirme, trébuche, remonte en selle, avant de comprendre qu’une vie ne se subit pas, elle s’expérimente et se prend à bras-le-corps ! Cette évolution progressive, et donc réaliste, est en partie due à Moera avec laquelle il va nouer une relation complexe, entre peur, méfiance, amitié et sentiments plus difficiles à nommer, du moins pour quelqu’un d’aussi peu expérimenté qu’Enguerrand

L’alternance des points de vue entre les différents personnages apporte un dynamisme certain au roman, d’autant que les chapitres sont presque tous porteurs de mouvement et/ou d’informations importantes. Mais le gros point fort de l’autrice est d’avoir su brouiller les cartes, puisqu’il est quasiment impossible de savoir comment les choses vont tourner. Est-ce que les deux fronts qui semblent s’être dessinés vont se rejoindre pour ne faire qu’un ou le deuxième tome va continuer à faire vivre nos personnages en parallèle ? Qui est le couple associant Sang bleu et Sang rouge destiné à libérer les Étoiles ? Des questions parmi tant d’autres qui donnent envie de poursuivre l’aventure aux côtés de personnages enlisés dans la plus dangereuse et importante des quêtes, celle pour la vérité et la liberté !

En conclusion, voici un roman de fantasy immersif et rythmé qui ne devrait pas manquer de vous surprendre par sa richesse, mais aussi la large place qu’il accorde aux trahisons, aux faux-semblants et aux mensonges. Quand les frontières entre le bien et le mal se brouillent, les certitudes s’envolent, laissant un champ immense de possibilités et de dangers… Un champ que nos protagonistes sont bien décidés à explorer pour enfin s’approprier la vérité et trouver cet équilibre dont le monde a trop longtemps été privé. Et si entre les ténèbres et la lumière, une autre voie était possible ?

Je remercie Explora éditions de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Psi-Changeling – tome 1 : Esclave des sens, Nalini Singh

Psi-changeling, Tome 1 : Esclave des sens par Singh

Lucas Hunter est en chasse. Une de ses compagnes de meute a été assassinée et l’homme panthère ne reculera devant rien pour capturer son meurtrier, même s’il doit séduire Sascha Duncan, la froide Psi. Pourtant, l’homme comme sa bête ne peuvent s’empêcher d’être immédiatement fascinés par la jeune femme.
Une terrible guerre est sur le point d’éclater, mais c’est la bataille qui fait rage dans le coeur de Sascha qui pourrait tout changer. Les siens ont éradiqué leurs émotions depuis des générations. Sascha, elle, est différente.
Et le tourbillon de sensations qui l’emporte quand elle est en compagnie de cet inquiétant prédateur pourrait bien précipiter sa chute.
Leur coeur l’emporteront-ils sur leur raison ?

Milady (18 novembre 2011) – 432 pages – Poche (8,20€)

AVIS

Ce roman est dans ma PAL depuis des lustres, mais ayant eu peur d’y trouver une succession de scènes de sexe crues et vulgaires, je l’avais laissé de côté jusqu’à ce que je décide de participer au Challenge romantasy. Prenant mon courage à deux mains, je l’ai donc attaqué et ai su dès les premières pages que mes craintes étaient infondées. Je ne partage pas les nombreux coups de cœur que ce roman semble avoir suscités, mais je reconnais avoir passé un très bon moment de lecture avec ce premier tome qui nous propose une intrigue prenante et bien construite.

Nous découvrons ainsi un futur dominé par des Psi, des personnes dénuées de toute émotion. Il existe toutefois au moins une exception à la règle en la personne de Sascha Duncan, fille d’une dirigeante froide et calculatrice comme sont supposés l’être les Psi. Une différence qu’elle doit taire sous peine d’être démasquée et « rééduquée » ou, plus prosaïquement, réduite à l’état de légume. Dans ce monde froid et impersonnel où seuls le pouvoir et l’argent comptent, elle ne peut même pas compter sur l’aide de sa génitrice qui n’hésiterait pas à la trahir…

La situation de Sascha et son instabilité émotionnelle s’aggravent quand elle fait la connaissance de Lucas, un changeling avec lequel elle doit collaborer dans le cadre de son travail. Mais comment va-t-elle réussir à maintenir son masque impassibilité quand tout dans cet homme respire la volupté, la chaleur et la vie ? Toutes ces choses dont elle a toujours été privée, mais dont elle rêve secrètement…

Si l’attirance entre les deux est immédiate et indéniable, l’autrice prend le temps de faire monter la pression, ce que j’ai fortement apprécié, n’aimant pas quand les personnages se sautent immédiatement dessus. Sascha fait de son mieux pour cacher et résister à cette attirance physique qu’elle ressent pour Lucas, car elle craint que se laisser démasquer signe purement et simplement son arrêt de mort. Les Psi ne sont, en effet, pas très compréhensifs avec les moutons noirs et les personnes qui sortent du rang…

Quant à Lucas, il est très vite agacé par le masque que porte Sascha puisqu’il ne croit pas en cette image de femme froide et insensible qu’elle veut se donner. Il est donc déterminé à prouver à la jeune femme qu’il n’est pas dupe de son jeu et qu’il se passe quelque chose entre eux. Et ce n’est pas la bête du changeling qui s’y opposerait, cette dernière ayant compris bien avant la partie humaine de Lucas, la véritable place que doit occuper Sascha dans leur vie.

Néanmoins, rien n’est simple entre deux personnes appartenant à des populations qui se détestent, a fortiori quand un tueur en série Psi fait des ravages chez les métamorphes… Au-delà de la romance dont j’ai apprécié le développement tout en douceur, l’aspect enquête sur un Psi de la pire espèce apporte pas mal de tension à l’intrigue. Elle nous permet, en outre, d’entrer de plain-pied dans le monde froid et ignoble des Psi qui, sous couvert de civilité, nous apparaissent être de véritables monstres. Une situation non dénuée d’ironie quand on sait qu’ils méprisent le côté animal des métamorphes !

Les membres du Conseil, organisation qui impose sa loi ou plutôt sa dictature en toute impunité, fascinent par leur froideur extrême et leur cynisme assumé… Mais c’est la manière dont chaque Psi est accordé par le cerveau que j’ai trouvé la plus intéressante. Ainsi, quand les hommes ont Internet, eux possèdent une sorte d’intranet dans lequel les ordinateurs sont remplacés par des cerveaux ! Un réseau ingénieux et sécurisé, mais également un bel outil de contrôle des masses et un piège mortel pour ceux qui souhaiteraient se déconnecter… Une réalité dont a bien conscience Sascha et qui va la pousser à prendre des décisions extrêmes pour le bien d’une victime et d’une certaine personne, qui ne semble néanmoins pas voir les choses de la même façon qu’elle.

Si Sascha est une femme affaiblie par toutes ces années sans chaleur humaine et sans amour, elle n’en demeure pas moins une personne déterminée à faire ce qu’elle estime juste. J’ai donc apprécié qu’elle ne se laisse pas faire, malgré le caractère dominateur, possessif et protecteur de Lucas, qui va tout faire pour la protéger, avant de comprendre qu’elle n’est pas femme à se laisser dicter sa conduite. Quant à Lucas, il se montre parfois un peu trop directif, mais il n’en demeure pas moins un personnage attachant qui nous émeut par son passé et sa totale dévotion envers sa meute et Sascha. La dynamique de ce couple est intéressante et devrait combler les personnes appréciant les romances entre deux fortes têtes qui vont devoir apprendre à concilier leur caractère pour affronter ensemble un avenir parsemé de dangers.

En conclusion, avec ce premier tome, l’autrice nous offre une plongée immersive et fascinante dans un monde futuriste où certains sont prêts à tout pour le pouvoir et l’argent, et même à se débarrasser de leurs émotions, et donc de leur humanité. Mais tous les Psi ne sont pas des monstres sans âme comme nous le prouvera Sascha, qui va devoir lutter pour s’affranchir des siens et trouver sa place au sein d’une meute qui pourrait être sa tombe comme son salut. Heureusement pour elle, dans cette lutte pour sa survie, elle pourra compter sur l’amitié et l’amour d’un changeling bien décidé à la garder à ses côtés. Action, amour et amitié… de quoi vous offrir une lecture entraînante et divertissante !

Pas de trois, Gwladys Viscardi

Pas de trois par Viscardi

En fuite après avoir commis l’irréparable, la belle Emma, égarée, épuisée, finit par trouver refuge au sein de bois inconnus, où les ondes paisibles du lac et les lentes allées et venues des cygnes ne suffisent à adoucir la perte de sa vie passée.

Le Prince Rawdon, vain et solitaire, rencontre la jeune femme lors d’une partie de chasse et tombe immédiatement sous son charme.

Mais dans la forêt, le danger rôde. L’enchanteur qui y a élu sa demeure, perçoit Emma comme une menace à de secrets desseins et, furieux, jette sur elle une cruelle malédiction. Cygne le jour, humaine la nuit, projetée au sein d’enjeux qui la dépassent, tout salut semble impossible, si ce n’est la mystérieuse, ténébreuse, et non moins inquiétante Eva.

Et si la fille de l’enchanteur pouvait se révéler une alliée inattendue ?

Books on Demand (27 octobre 2019) – 396 pages – Papier (13,99€) – Ebook (3.99€)

AVIS

Une plume délicate et poétique au service d’un univers enchanteur ! 

Nul besoin de vous dire que j’ai complètement craqué devant la couverture que je trouve aussi enchanteresse et mystérieuse que sublime. Elle est d’ailleurs à l’image de la plume de l’autrice qui m’a subjuguée par l’élégance et la finesse avec laquelle elle nous plonge dans cette réécriture du Lac des cygnes. N’ayant jamais eu la chance de voir ce ballet, je ne me prononcerai pas sur le degré de liberté pris, mais ce qui est certain, c’est que l’autrice a réussi à retranscrire toute l’idée de mouvement et de poésie que l’on est en droit d’attendre d’une telle œuvre.

Cela se ressent dans le choix des mots et la beauté de longues phrases qui prennent le temps de s’écouler au rythme des sentiments et des espoirs des personnages. Et puis, il y a cette manière dont l’autrice exalte nos sens et plus particulièrement la vue, sa plume étant indéniablement visuelle et immersive. Page après page, on s’imprègne de l’atmosphère des bois, de l’ambiance de suspicion, la forêt étant habitée par d’innombrables espions à bec et à plumes, de l’aura de danger, mais aussi d’espoir qui entoure nos protagonistes.

Un ballet fascinant prend ainsi vie sous nos yeux à condition d’apprécier les plumes poétiques et les romans d’ambiance dans lesquels chaque chapitre ne donne pas lieu à un rebondissement. Pour ma part, c’est quelque chose que j’ai adoré, mais j’ai conscience que ce qui fait le charme du roman pour moi pourra donner à d’autres un certain sentiment de lenteur et de langueur. Ne vous attendez donc pas à une histoire menée tambour battant, mais plutôt à une histoire qui prend le temps de se dévoiler à nous dans toute sa complexité et sa splendeur. Les enjeux et les ressorts dramatiques se dévoilent ainsi avec subtilité au fil de la lecture.

Deux jeunes femmes fortes et courageuses…

M’attendant à une narration alternée traditionnelle, j’ai quelque peu été déroutée par le découpage en trois parties du roman, chacune consacrée à l’un des trois protagonistes. Si cela manque peut-être de liant, ce découpage nous permet néanmoins d’appréhender avec une certaine acuité les différents enjeux de l’intrigue selon la perspective de chacun. À cet égard, je dois avouer avoir largement préféré la partie consacrée à Eva, le personnage, du moins pour moi, dont la psychologie est la plus fine, aboutie et complexe.

Cette jeune femme vit depuis toujours sous le joug d’un père malfaisant, violent et haineux qui utilise sa magie pour la contraindre elle, mais aussi tous ceux qui ont eu le malheur de croiser sa route. Année après année, il n’a ainsi pas hésité à transformer des êtres humains en une armée d’oiseaux obéissants et menaçants. Une méchanceté à laquelle n’a pas échappé Emma, une jeune femme de bonne naissance qui, après un crime de légitime défense, a dû fuir amis, famille et maisonnée avant de trouver refuge dans, malheureusement pour elle, la forêt de cet ignoble enchanteur.

En quittant une vie de confort afin d’éviter la mort, la douce et belle Emma n’aurait jamais pensé devoir affronter le courroux d’un enchanteur peu enclin à laisser ses plans machiavéliques menacés par l’arrivée d’une péronnelle. Ne pouvant l’occire sans en subir les conséquences, il lui lance un enchantement aussi pernicieux qu’effroyable : le jour, la belle se transformera en cygne ! Cela, suffira-t-il à l’éloigner durablement du Prince Rawdon, rencontré fortuitement, ou la jeune femme, avec l’aide inespérée d’Eva, pourra-t-elle trouver un moyen d’obtenir du prince ce salut tant espéré ?

… pour un conte qui bouleverse avec brio et subtilité les codes du genre !

Cette réécriture du célèbre ballet Le Lac des cygnes m’a très agréablement surprise, l’autrice n’hésitant pas à casser les codes des contes traditionnels dans lesquels les princes sont tout-puissants, et les princesses magnifiées dans leur impuissance. Ici, le prince nous apparaît presque faire de la figuration quand Emma et Eva prennent leur vie à bras-le-corps, se rebellent, luttent, trébuchent avant de se relever la tête haute et la tête emplie d’idées de liberté ! Chacune à leur manière, elles sont fortes et refusent de courber l’échine devant l’adversité et les épreuves qui ne manqueront pas de croiser leur route.

Rien ne les prédisposait à se rencontrer et pourtant, les deux jeunes femmes semblent être faites pour être complices, unies par ce même souhait d’émancipation. Un souhait qui m’a semblé être au cœur du récit : l’une souhaitant se libérer d’un père et d’une forêt aux limites infranchissables, l’autre des carcans de la société et du « sois belle et tais-toi » dans laquelle elle a été élevée. Si je n’ai guère été étonnée du courage d’Eva qui, élevée sans tendresse ni amour, a appris dès son plus jeune âge la force de la débrouillardise et l’importance d’être maître de son destin, Emma m’a surprise. Choyée depuis toujours, on aurait pu craindre qu’elle s’effondre devant le destin qui semble s’acharner sur elle quand elle nous prouve qu’être belle ne signifie pas être dépourvue de caractère, de pugnacité, de courage et d’audace ! La jeune femme, loin de s’effondrer, se révèle dans l’adversité.

En plus du travail effectué sur la psychologie des deux jeunes femmes, j’ai apprécié la manière dont l’autrice a pensé le duo et son évolution. Alors qu’en début de roman, Eva nous apparaît presque inquiétante, que ce soit en raison du noir qu’elle porte ou des secrets qu’elle refuse de dévoiler, elle finit par gagner le cœur des lecteurs, mais pas seulement. De fil en aiguille, la relation entre les deux jeunes filles change de nature, se renforce jusqu’à prendre une tournure que je trouve magnifiquement amenée. Il y a ainsi beaucoup de tendresse et de poésie dans la relation entre Eva et Emma, chacune exprimant ses émotions et sentiments avec une retenue teintée d’espoir et de craintes face à un avenir qui s’annonce compliqué…

Un prince sauveur ou troisième roue du carrosse ?

Quant au prince, s’il nous offre d’abord l’image d’un bellâtre superficiel et inconstant intéressé seulement par la chasse, le portrait finit par nous sembler quelque peu injuste et réducteur. En suivant son point de vue, on comprend que la chasse est pour lui un exutoire à sa frustration et qu’il n’est pas plus libre de ses choix que nos deux jeunes femmes, sa prison étant seulement d’une autre nature. On apprend donc à connaître les tours et contours d’une vie rythmée par les obligations royales, l’espoir d’obtenir auprès de la reine des fées un remède à la maladie d’un père qui ne semble guère lui faire confiance, et ses rêveries au sujet d’Emma. Une jeune femme qui, malgré les doutes qu’il a à son sujet, a réussi à capter son attention et à lui donner des envies de noces…

Plus complexe qu’il n’y paraît sans être d’une profondeur abyssale, Rawdon ne vole néanmoins pas la vedette à Emma et Eva, nous apparaissent plutôt comme un rouage nécessaire à leur desiderata de liberté. J’ai, en outre, apprécié la manière dont l’autrice utilise ce personnage pour nous pousser avec subtilité à réfléchir aux archétypes des princes dans les contes et autres histoires de princesse. Ainsi, quand on loue la bravoure des princes, on occulte que leur motivation n’est point la noblesse ou une quelconque grandeur d’âme, mais bien la beauté de leur demoiselle en détresse et la volonté de prouver leur bravoure… Un schéma auquel ne déroge pas Rawdon même si au fil du livre, on finit par ressentir une certaine pitié pour ce jeune homme qui n’aspire qu’à prouver sa valeur à un père qui semble bien plus prompt à le dédaigner qu’à le soutenir et à l’encourager.

Quand l’ennemi se conjugue également au féminin…

Au-delà du trio, j’ai également apprécié l’aura de mystère et de danger entourant l’enchanteur bien que j’aurais peut-être apprécié d’en apprendre un peu plus sur ce dernier, d’autant qu’il m’a semblé quelque peu caricatural par rapport aux autres personnages. La manière dont l’intrigue autour de cet affreux personnage est résolue m’a, en outre, paru un peu précipitée. En revanche, la reine des fées nous apparaît plus nuancée avec cette impression que cette alliée d’aujourd’hui pourrait faire le redoutable ennemi de demain. Puissante et intelligente, elle semble, en effet, tisser sa toile autour du prince sans que ce dernier ne s’en rende compte. Il faut dire qu’il est bien plus doué à la chasse que sur le terrain politique qui nécessite une subtilité et une certaine capacité à toujours avoir un pion d’avance, dont il semble complètement dépourvu… Je suis vraiment curieuse de découvrir comment les choses vont évoluer dans le deuxième tome, en croisant les doigts pour que notre beau prince gagne en perspicacité.

En conclusion, j’ai trouvé un petit côté révolutionnaire, voire féministe, à ce conte qui nous montre comment deux jeunes femmes, contraintes par les hommes et la société, vont tout faire pour gagner leur liberté, une liberté à laquelle aspire également un prince. Cette magnifique réécriture du célèbre ballet Le Lac des cygnes tout en poésie ravira les amateurs de belles plumes qui savent retranscrire, grâce à la beauté et le choix des mots, l’essence d’une histoire empreinte de magie, de mystère, de danger, d’espoir et d’illusions. Un roman à l’ambiance délicate, enchanteresse et envoûtante que je ne peux que vous recommander si vous appréciez les histoires immersives dont l’intérêt réside autant dans l’atmosphère que l’intrigue et les personnages.

Chaque jour Dracula, Loïc Clément et Clément Lefèvre

Chaque jour Dracula par Clément

Comme chaque matin de la semaine, Dracula va à l’école. Mais c’est avec une boule au ventre car certains de ses camarades de classe, de gros balourds, n’arrêtent pas de l’embêter. Certes, quelques-unes de ses particularités font de lui un garçon différent mais est-ce une raison suffisante pour qu’il subisse ce harcèlement constant ? Comment y remédier ? Un soir, il franchit le pas et en parle à son papa…

Delcourt (25 avril 2018) – 40 pages – 10,95€

AVIS

Tout le monde connaît Dracula, mais saviez-vous que Dracula avait été un enfant comme les autres ou, plus justement, un enfant victime de harcèlement scolaire comme tant d’autres ? Trop pâle, trop intelligent, trop cultivé, trop bizarre… Trop de ci et pas assez de ça, tout est prétexte à Christophe et à ses acolytes pour se moquer de lui, l’agresser, lui jouer des mauvais et tours et transformer la vie scolaire de cet élève doué, en un véritable enfer !

Une situation qui plonge inexorablement le jeune vampire dans une certaine léthargie, son mal-être ne cessant de croître au gré des méchancetés gratuites de ses « camarades ». Pourquoi n’en parle-t-il pas à son père, Vlad, certains pourront se demander ? Parce que parfois le silence est le dernier rempart pour ne pas craquer et que sa tentative de s’ouvrir à son père n’a pas donné les résultats escomptés. Pas que Vlad ne l’écoute pas, mais il ne saisit pas, sur l’instant, le poids qui pèse sur le cœur de son enfant unique.

Mais la situation pourrait bien changer avec l’intervention d’un médecin assez loufoque qui ouvre les yeux à Vlad et permet à ce père aimant de soutenir comme il se doit son enfant….

Ayant été victime de harcèlement scolaire durant de longues années, cette thématique ne pouvait que m’intéresser. Et je dois dire que j’ai été touchée par la justesse et la sensibilité avec laquelle Loïc Clément l’aborde. À travers le personnage adorable du petit Dracula, il réussit à faire ressentir aux lecteurs tout le désarroi, le sentiment d’impuissance et parfois de culpabilité que l’on ressent face aux harceleurs. Cette volonté de passer inaperçu qui ne donne guère les résultats attendus, les quelques tentatives de rébellion qui finissent par empirer la situation, et le mal-être qui rend chaque nouveau jour d’école plus pénible que le précédent.

Je n’ai pu m’empêcher de me reconnaître, du moins en partie, en Dracula. Mais la force de cet ouvrage, c’est surtout l’espoir qu’il instille chez les jeunes lecteurs en leur montrant que le harcèlement n’a pas à durer toute une vie, et que les choses peuvent toujours s’améliorer avec le soutien d’adultes et l’appui de ses propres ressources intérieures. J’ai, en outre, apprécié les petites pointes d’humour qui, ajoutées à la douceur des illustrations, rendent l’album touchant, mais jamais larmoyant.

D’ailleurs, on reste dans un livre jeunesse et les choses sont quelque peu enjolivées par rapport à la réalité où il est bien plus difficile de sortir d’une situation de harcèlement de longue durée, d’autant qu’elle est bien souvent normalisée par les adultes eux-mêmes. Il me semble néanmoins important de proposer des lectures de cet acabit aux enfants. Elles permettent d’aborder en douceur, et sans brusquer, le thème du harcèlement scolaire, et, peuvent, espérons-le, donner la force aux victimes de briser l’omerta et le cercle vicieux du renfermement sur soi.

Autre point intéressant, le fait que l’auteur évoque, même brièvement, les raisons pouvant expliquer la méchanceté de certains. Cela ne les déresponsabilise pas de leurs actes, mais nous prouve que derrière une agressivité se cache un mal-être qui nécessite également une prise en charge…

Quant aux illustrations, elles sont à la hauteur de la couverture : splendides, douces, expressives et délicates. Elles dégagent également une certaine poésie qui offre un joli contraste avec la dureté du sujet évoqué.

En conclusion, Chaque jour Dracula est un superbe album qui aborde avec beaucoup de douceur et de délicatesse cette thématique difficile, mais ô bien courante, du harcèlement scolaire. Un ouvrage à lire et à relire avec les enfants pour délier la parole et leur offrir une vraie prise de conscience sur les conséquences du harcèlement.

N’hésitez pas à lire l’avis des Voyages de Ly pour qui cet album a également été un coup de cœur.

Dessine-moi… Ton monde idéal, Victor de Coster

Dessine-moi... ton monde idéal par De Coster

Je remercie Les Éditions du rêve pour m’avoir permis de découvrir Dessine-moi… Ton monde idéal.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Nous avons posé la question à des bouts de choux rencontrés dans toute la France, âgés de 5 à 9 ans. Les réponses fusent, sans détour, comme seuls des enfants savent le faire. Étonnantes, drôles, créatives, responsables, inattendues, matures… elles sont surtout très imagées. Grâce à ces mots ainsi recueillis, et uniquement grâce à ces mots, nous avons dessiné leur monde idéal. Le monde tel que le rêvent ceux qui le porteront demain. Ce livre garde toute la légèreté –et l’humour –d’une parfaite histoire du soir. Mais il est également, et bien évidemment, plein de sens.

  • Éditeur : Éditions du Rêve (8 mars 2018)
  • Prix : 7 euros

 

AVIS

J’ai tout de suite trouvé l’idée de demander à des enfants âgés de 5 à 9 ans de nous décrire leur monde idéal originale et surtout intéressante dans la mesure où il est rare de leur donner la parole sur ce genre de questions, que ce soit dans la vie courante ou en littérature. Je salue donc l’initiative de la maison d’édition et de l’auteur.

Le fond…

Alors que je m’étais attendue à des propos assez loufoques ou du moins, centrés sur leurs centres d’intérêt, les enfants abordent régulièrement des thèmes « sérieux » qui montrent une véritable prise en compte des enjeux de société : écologie et pollution (deux thèmes très présents), cause animale, solidarité, racisme, terrorisme… J’ai également été marquée par ce souci de la paix, et une volonté de vivre dans un monde où les relations entre les individus seraient pacifiées.

Derrière ces considérations sérieuses, les enfants évoquent également des thèmes plus légers comme le sport, les jeux, les voyages, l’amitié, la famille, l’alimentation qui semble être un domaine pour lequel les goûts sont très disparates entre amateurs de plats équilibrés et amoureux de junk-food…

Au fil de ma lecture, certains propos m’ont impressionnée par la maturité qu’ils dénotent, quand d’autres m’ont franchement fait sourire par leur côté très imaginatif, un peu naïf ou décalé :

  • « On mangerait des choses équilibrées comme des petits pois avec saucisses » (Jiméo, 9 ans) : comme quoi, la notion d’équilibre alimentaire est assez subjective…
  • « J’aimerais rester à l’âge de 10 ans, car après, à partir de 11 ans ce n’est pas trop rigolo, je ne pourrai plus faire de sport ni courir. » (Julia, 7 ans) : j’imagine que derrière cette phrase se cache le spectre de la puberté, mais si quelqu’un a une autre explication, je suis preneuse.
  • « J’aurais le pouvoir de glacer les arbres pour pouvoir grimper dessus et m’en servir comme toboggan » (Julie, 6 ans) : l’une des idées les plus cool que je n’ai jamais lues.
  • « J’aurais un vélo qui vole, il irait très vite » (Victor, 8 ans) : un moyen de transport pour lequel je signerais tout de suite ! Il est d’ailleurs amusant de voir que le vélo semble plaire à pas mal de nos rêveurs.
  • « Tous les pauvres auraient une maison et tout le monde aurait un cinéma dans sa douche » (Zoé, 9 ans) : une très jolie idée…
  • « On pense que le requin blanc est dangereux mais il ne l’est pas. » (Zakaria, 10 ans) : ce jeune homme fait preuve d’un discours empreint de bon sens que ce soit à travers ces quelques mots ou sa participation. En tant qu’amoureuse des animaux, c’est réconfortant de constater qu’il y a une véritable prise en considération de la cause animale chez certains enfants.

Les adultes devraient être séduits par la teneur de l’album qui leur permettra, je l’espère, de se rendre compte que finalement, il est possible de participer à la construction d’un monde dans lequel les enfants seraient heureux de vivre, certains de leurs rêves ne dépendant que de la bonne volonté de chacun. Quant aux jeunes lecteurs, nul doute qu’ils prendront plaisir à découvrir les textes des participants avant, peut-être, de partager avec leurs aînés, leur propre vision des choses.

La forme…

Léger, mais avec une couverture assez rigide pour ne pas qu’elle se plie à la moindre occasion, cet album est indéniablement agréable à prendre en main que l’on soit un enfant ou un adulte. Quant aux illustrations, elles retranscrivent à merveille les rêves de ces enfants qui nous content, sans détour ni cachotteries, le monde tel qu’ils aimeraient le voir. Cela se traduit par des dessins lumineux aux couleurs pimpantes et rafraîchissantes à l’image de ces jeunes personnes qui ont encore cette naïveté et cette joie de vivre que certains adultes ont, malheureusement, perdues. Les lecteurs découvrent donc, page après page, un festival de couleurs qui assure une lecture plaisante et pleine de peps. Difficile de ne pas avoir le sourire aux lèvres en tournant les pages !

Les dessins sont assez simples un peu comme si c’était les enfants eux-mêmes qui avaient sorti les crayons pour mettre en scène leur monde idéal. Le texte et les images forment donc un ensemble harmonieux qui permet aux lecteurs de se plonger pleinement dans l’album et de s’imaginer voyager d’un monde idéal à l’autre.

En conclusion, derrière des visions très différentes de ce que serait un monde idéal, même si plusieurs thèmes reviennent régulièrement, se cache toujours une certaine simplicité qui rend les propos de ces enfants touchants et pleins de bon sens. Entre l’envie d’un monde dénué de pollution et de guerres et celui où l’on aurait une mini-corne sur la tête, cet album devrait plaire aux enfants et à leurs parents, et marquer le début de jolies discussions intergénérationnelles.

Et vous, envie de craquer pour Dessine-moi… Ton monde idéal ?

Rose tome 1 : Rose et la maison du magicien, Holly Webb

C’est le thème de février du Challenge mystère, Lire un livre avec une couverture rose, qui m’a poussée à sortir ce roman de ma PAL. Et je dois dire que c’est une très bonne chose puisque j’ai beaucoup apprécié cette lecture jeunesse.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Rose quitte son orphelinat pour travailler au service du célèbre magicien, Mr Fountain. Une drôle de vie commence : formules, potions, mais surtout, une maison dans laquelle il se passe des choses étranges. Un jour Rose réalise qu’elle n’est pas une petite fille comme les autres et qu’elle aussi, maîtrise la magie… Alors quand des orphelins disparaissent mystérieusement, Rose n’hésite pas à se servir de ses pouvoirs…

  • Broché: 339 pages
  • Tranche d’âges: 9 – 11 années
  • Éditeur : Flammarion (1 mai 2011)
  • Prix : 13€

AVIS

Le résumé avait tout pour me plaire puisqu’on y parle de magie et d’enquête, deux choses que j’apprécie toujours dans un roman. Et sans surprise, le mélange des deux fonctionne à merveille dans cette histoire mettant en scène Rose, une orpheline qui est embauchée pour travailler dans la maison d’un alchimiste, M. Fountain.

Rose est ravie de quitter l’orphelinat, car si elle n’y est pas maltraitée et qu’elle a des amies, notamment la jeune Maisy, elle rêve depuis longtemps de gagner de l’argent et, peut-être, une certaine indépendance. Elle est, en revanche, bien décidée à rester loin de la magie qu’elle a appris à considérer d’un mauvais œil. Et ce n’est pas les autres domestiques de la maison qui ne l’apprécient pas non plus qui lui feront changer d’avis.

Malheureusement pour elle et heureusement pour les lecteurs, Rose devra bien se rendre à l’évidence : elle n’est pas une petite fille comme les autres et possède un talent naturel pour la magie. D’ailleurs, la maison de l’alchimiste, qui a vite détecté son potentiel, n’hésite pas à se dévoiler à elle en lui jouant des gentils tours. Et quand le chat de la maison, l’illustre Gus, engage un dialogue avec elle par télépathie, le doute n’est plus permis, Rose possède bel et bien des pouvoirs magiques que cela lui plaise ou non.

Bien qu’elle fasse tout pour cacher ses talents, Rose finira par attirer l’attention de l’apprenti-magicien de la maison, Freddy, qu’elle sauvera d’une périlleuse situation. Si ce dernier est au début profondément antipathique, il évolue au fil de l’intrigue. Au contact de cette orpheline de caractère qui, malgré sa position de nouvelle domestique, n’hésite pas à lui tenir tête, l’apprenti nous apparaît sous un jour nouveau. Derrière son masque d’arrogance, on découvre un jeune homme pétri de doutes qui se révèle beaucoup plus gentil que ce qu’il aimerait faire croire.

D’abord « ennemis », les deux jeunes se rapprochent donc et finissent même par s’allier pour sauver Maisie, une amie de Rose qui, à l’instar d’autres enfants, a été kidnappée. Mais avant d’arriver à libérer Maisie et, l’espèrent-ils, les autres enfants, il leur faudra mener une enquête afin d’identifier le responsable de toutes ces disparitions. Et c’est là que la magie de Rose montrera toute son utilité et, surtout, son étendue. La jeune fille va, en effet, découvrir qu’elle est beaucoup plus puissante qu’elle ne le pensait. Entre attraction et répulsion, elle n’aura alors d’autre choix que de laisser son talent naturel pour la magie s’exprimer pour le plus grand plaisir de Freddy. Celui-ci souhaiterait, en effet, que Rose accepte sa prédisposition à la magie et le rejoigne dans sa formation auprès de M. Fountain.

L’aide et le soutien du jeune homme seront fort utiles à Rose pour sauver les enfants, mais n’oublions pas non plus la participation active et poilue de Gus, un chat que j’ai juste adoré. Gourmand, amusant, courageux et attachant, c’est un peu mon personnage coup de cœur. Mais il faut dire que je ne résiste jamais à un chat qui parle ! Isabella, la fille capricieuse de l’alchimiste, finira également par les aider pour une raison que je vous laisserai le plaisir de découvrir puisqu’il faut bien conserver une part de mystère. J’ai apprécié que l’auteure fasse évoluer ce personnage qui se montre, dans un premier temps, particulièrement odieux. Sans devenir un modèle de gentillesse, cette petite fille de sept ans semble, au fil de l’aventure, s’adoucir quelque peu et révéler une certaine fragilité…

Mais cette petite peste n’est rien en comparaison d’un personnage féminin qui m’a fortement fait penser à Mme Coulter dans A la croisée des mondes de Philip Pullman. J’ai adoré l’aura de danger qui émane d’elle et qui vous donne juste envie de ne jamais croiser sa route. Chance que n’a pas eu M. Fountain qui est littéralement tombé sous son charme… Cette femme apporte la petite dose de frissons qui devrait ravir les jeunes lecteurs en quête de sensations fortes et, peut-être, impressionnés les moins hardis d’entre eux.

Quant à la plume de l’auteure, elle m’a séduite par sa simplicité, mais également sa fluidité. Les phrases, sans être ni trop courtes ni trop longues, sont bien travaillées et permettent de s’immerger rapidement dans ce récit plutôt rythmé. Holly Webb prend, en effet, le temps de poser son intrigue, mais l’action et les révélations s’enchaînent ensuite rapidement. J’aurais peut-être aimé que certains passages soient plus développés notamment ceux concernant la traque de la personne responsable des enlèvements… Mais étant dans un roman jeunesse et non dans une aventure de Sherlock Holmes, je conçois aisément que ce ne soit pas une direction dans laquelle ait choisi de s’engager l’auteure.

En conclusion, si vous aimez les enquêtes et la magie, ce premier tome de la série Rose devrait vous enchanter. En plus d’une jeune héroïne courageuse qui apprend, petit à petit, à s’accepter, l’auteure nous offre une galerie de personnages hauts en couleur que vous devriez prendre plaisir à découvrir. Magie, amitié, acceptation de soi, mystère et une petite dose de frissons, voilà tout autant d’ingrédients qui ne vous offrent pas la recette d’une nouvelle potion, mais d’une lecture qui devrait enchanter petits et grands.

Et vous, envie de craquer pour Rose et la maison du magicien ?

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Challenge Littérature de l’imaginaire 2018 : 6ème édition

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Comme l’année dernière, j’ai décidé de m’inscrire au Challenge littérature de l’imaginaire dont l’objectif est de promouvoir la littérature de l’imaginaire dans son ensemble : science-fiction, fantastique, fantasy…

Organisé cette année par Ma Lecturothèque, un blog que je suis toujours avec plaisir, le challenge se tiendra du 1er janvier 2018 au 31 janvier 2018. Les inscriptions se déroulent, quant à elles, sur le forum de Livraddict.

Il vous faudra pour participer choisir un échelon parmi ceux proposés ainsi qu’une catégorie. Pour ma part, j’ai choisi l’échelon 4  » Immersion dans le vide » avec au moins 48 livres à lire et la catégorie A qui me permet de lire tous les supports et tous les genres souhaités.

Et vous, envie de participer au Challenge de l’imaginaire ?

Codex Memoriae 2 : Le sacrifice des âmes du Purgatoire, Christophe Michaud

Je remercie Christophe Michaud de m’avoir fait parvenir son roman Le sacrifice des âmes du Purgatoire via le site Simplement et d’avoir pris le temps de me le dédicacer. Je le répète souvent, mais c’est toujours le genre de petite attention qui me fait plaisir.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un vagabond amnésique est conduit au sanitarium local spécialisé dans les troubles post-traumatiques de la Première Guerre mondiale. Il n’a aucune mémoire, ni présente ni passée.

Pour ne pas sombrer, il essaye de se raccrocher comme il peut à tout ce qui l’entoure dans l’espoir de se construire une identité, mais c’est sans compter sur la rivalité de deux médecins qui se cristallise à son sujet.

Il poursuit ainsi son cheminement mental dans une errance onirique teintée de mythologie grecque avant de se trouver confrontée à une réalité brutale qui prend corps au travers de l’étrange docteur Bonne.

 

  • Poche: 288 pages
  • Editeur : Christophe Michaud (17 novembre 2015)
  • Prix : 10,17€
  • Autre format : Ebook

AVIS

Tout d’abord, je tiens à dire que je trouve le livre très réussi autant au niveau de la couverture que des illustrations intérieures qui nous permettent de nous plonger de manière réaliste dans l’histoire. Cet apport visuel est un atout indéniable pour l’histoire et devrait ravir les amateurs de livres illustrés. L’auteur a même poussé le sens du détail jusqu’à insérer des bonus comme des rapports journaliers concernant le patient amnésique ou encore un rapport confidentiel. La police d’écriture qui donne l’impression que le livre a été tapé à la machine vient, quant à elle, parfaire une expérience de lecture déjà agréable.

Je peux d’ores et déjà vous dire que j’ai adoré ce livre et que je le considère comme l’un des meilleurs que j’ai pu lire ces derniers mois. C’est simple, tous les ingrédients sont mis en place pour que vous ouvriez la première page avec la ferme intention de ne pas décoller de votre canapé/lit/siège avant d’avoir lu le dernier mot de l’auteur.

L’histoire…

Le docteur Olivier Quine, psychiatre de profession, a assouvi son rêve, celui de créer un endroit où les patients atteints de troubles psychiatriques seraient accueillis et traités de manière humaniste. Un projet avant-gardiste pour une époque où les « malades mentaux » étaient loin d’être traités avec humanité. De ce rêve devenu réalité, va naître la rencontre puis une association avec le docteur Bonne, médecin militaire qui a exercé durant La Première Guerre mondiale. Mais cette alliance qui, sur le papier, semblait prometteuse est-elle finalement une réelle aubaine pour le docteur Quine ? L’arrivée d’un patient amnésique qui va intéresser de près nos deux associés va pousser le psychiatre à se poser sérieusement la question.

Le livre pourrait se scinder en deux parties. Dans la première partie, nous découvrons le docteur Quine et ses séances de thérapie avec le patient amnésique. Sous hypnose, celui-ci va raconter différentes histoires inspirées de la mythologie grecque comme si elles étaient siennes. Ces incursions dans le monde de la mythologie, à travers différentes figures emblématiques et mythes comme celui de Perséphone, est pour moi le gros point fort de ce roman. J’ai adoré la manière dont l’auteur a su se les approprier et les exploiter nous donnant autant envie de connaître la suite des événements que de réviser nos connaissances en matière de mythologie.

Dans la deuxième partie, on conserve cette part de voyage entre réalité et rêve, mais l’histoire prend une tournure plus angoissante voire étouffante. Au fil de l’intrigue, on en vient à se poser des questions sur le docteur Bonne et à se demander si le psychiatre, par ambition professionnelle, n’a pas plus ou moins passé un pacte avec le diable. Déjà mystérieux, le médecin devient ainsi de plus en plus inquiétant et nous pousse à nous interroger, avec angoisse, sur la nature de ses activités qu’il veille à tenir secrètes. Quine finit bien par ouvrir les yeux sur ce collaborateur gênant, mais il est trop tard, le médecin ayant déjà tissé sa toile tout autour de lui. L’étau se resserre alors inexorablement autour du psychiatre dont le lecteur ressent parfaitement l’effroi à cette prise de conscience : le Mal est en la demeure.

Au-delà de l’intrigue principale, l’auteur évoque également différents points comme la dichotomie entre la médecine du corps et celle de l’esprit parfaitement symbolisée par l’antagonisme entre Quine et Bonne. Nous retrouvons également une critique de la médecine psychiatrique de l’époque dont heureusement les méthodes ont depuis fortement évolué. Des questions presque métaphysiques sont également soulevées… Au cours de l’histoire, on ne peut d’ailleurs qu’en venir à s’interroger sur la nature humaine et sur ce qui distingue l’homme du monstre.

Des personnages complexes…

Bonne peut être vu comme l’un des méchants de l’histoire, mais il n’en reste pas moins assez complexe. Si ses méthodes sont radicales, comme vous le découvrirez, son objectif final renvoie néanmoins à la fameuse question : la fin justifie-t-elle les moyens ? Pour sauver l’humanité, quels sacrifices jugeons-nous acceptables ? L’auteur utilise, en outre, ce personnage aussi fascinant que repoussant, pour évoquer les traumatismes engendrés par La Première Guerre mondiale. Ce point m’a particulièrement semblé intéressant puisque pour des soldats, une guerre, quelle qu’elle soit, ne prend pas forcément fin une fois la paix signée. Il en va de même pour les personnes comme ce médecin qui ont dû faire face quotidiennement aux conséquences de la barbarie humaine. Pour sauver des vies, a-t-il fini par y laisser son âme ? Je vous laisserai le soin d’en juger par vous-mêmes.

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » (Rabelais)

Quine, bien que mû par un objectif louable, n’est pas non plus exempt de défauts. L’auteur ne nous offre par sur un plateau une blanche colombe, mais un personnage avec ses zones de lumière et d’ombre. Ainsi, je l’ai parfois trouvé très limite dans sa manière de traiter son entourage et notamment son assistante ainsi que son patient qu’il considère plus comme un sujet d’étude que comme un être humain. Il n’hésitera d’ailleurs pas à le livrer aux mains de Bonne en vue d’une future publication. Son ambition professionnelle et son égo viennent donc se heurter à ses idéaux ce qui ne le rend finalement que plus humain. Les zones d’ombre du personnage ne m’ont pas permis de compatir pleinement à la situation dans laquelle il finit par se trouver. N’étant pas un monstre, j’ai bien sûr trouvé son sort horrible, mais n’ai pu m’empêcher de penser qu’à trop jouer avec le feu, on finit toujours par se brûler. Il s’est fait le propre artisan de son malheur et aurait pu limiter l’emprise que le docteur Bonne finira par exercer sur lui et sa clinique s’il avait été au bout de ses idéaux, et avait traité avec respect toutes les personnes de son entourage.

Quant au patient amnésique, il évolue au fil de l’intrigue passant de « légume » incapable de mémoriser des informations et d’agir de sa propre volonté à une personne capable de prendre des décisions et de se souvenir d’événements récents. Il m’a fait de la peine notamment quand sa conscience s’est éveillée lors de séances de travail plutôt douloureuses. Mais j’avoue ne pas avoir réussi à m’attacher à cet individu sans passé ni identité... Il faut dire que si en deuxième partie de livre son existence ne s’efface plus au profit de ses errances oniriques, il n’en demeure pas moins très énigmatique. Cela m’a d’ailleurs beaucoup frustrée ; j’aurais aimé en apprendre plus sur celui-ci, sur son passé et la raison pour laquelle il a perdu la mémoire. Est-ce la manière que son psychisme a trouvée pour faire face à des événements difficiles à supporter, est-ce le résultat d’un accident ou celui d’une punition divine ? L’incertitude autour du personnage ne m’a néanmoins pas empêchée d’admirer son courage et sa ténacité devant l’adversité.

Une plume envoûtante et des allers-retours entre rêve et réalité captivants, mais qui ne plairont pas à tous…

Grâce à une plume fluide et efficace, pas de digressions ou de temps morts ici, l’auteur a cette capacité de vous immerger totalement dans son monde ou, plutôt, ses mondes. Alors que l’on évoque quand même des personnages issus de la mythologie grecque, le récit finit par sembler naturel voire plausible. Au début, comme Quine, on peut être tenté d’analyser les rêves du patient sous le prisme du symbolisme et de diverses interprétations psychiatriques, mais la véracité des rêves s’impose presque d’elle-même. Et ça n’en rend le suspense que plus intense et le patient que plus mystérieux.

Complètement séduite par ce livre, j’aurais envie de le mettre entre les mains de tous les lecteurs croisant mon chemin, mais je pense que les allers-retours entre la réalité et le rêve pourront déstabiliser certaines personnes. En effet, il faut parfois quelques secondes de lecture avant de saisir de qui nous sommes en train de découvrir l’histoire. Mais cette alternance entre réalité et rêve apporte un dynamisme certain au récit et rend la lecture prenante au point qu’il vous sera difficile de la poser. Et puis, le lecteur, pris entre ces deux mondes, se retrouve presque subjugué et n’a qu’une hâte : connaître la suite des événements tout en se demandant comment l’auteur va réussir à lier réalité terrestre et errances oniriques.

Un récit qui se lit tout seul, mais dont la richesse nécessite une lecture attentive…

Portée par les talents de narrateur de l’auteur, l’histoire est très facile à suivre, mais sa richesse nécessite néanmoins un minimum d’implication de la part du lecteur et, j’aurais envie d’ajouter, une certaine continuité dans la lecture pour en savourer les tenants et aboutissants. D’ailleurs, malgré une lecture attentive, j’ai parfois eu l’impression de ne pas avoir saisi toute la subtilité de l’histoire ou d’être passée à côté de certains enjeux. Réalité ou fausse impression, peu importe puisque j’ai dévoré le livre et n’ai qu’une hâte, le faire découvrir à mon entourage.

En effet, j’ai frôlé le coup de cœur ! La seule raison pour laquelle je n’ai pas mis 20/20, c’est la fin qui m’a un peu déconcertée et laissée, sans mauvais jeu de mots, sur ma faim. Mais je dois reconnaître qu’elle est complètement cohérente avec cette aura de mystère qui plane sur notre amnésique. Un happy end avec toutes les réponses à nos questions aurait quelque peu dénaturé l’essence même du roman. Et puis, la fin demeure assez ouverte pour nous laisser l’espoir de retrouver notre personnage dans un futur que je n’espère pas trop éloigné.

En conclusion, Le sacrifice des âmes du Purgatoire est un livre que je conseillerais à toutes les personnes en quête d’une histoire addictive bien écrite où se côtoient mystère, personnages complexes et parfois inquiétants, références à la mythologie grecque et ambiance angoissante. Si vous acceptez de ne pas avoir toutes les réponses à vos questions et aimez vous questionner sur la nature humaine, vous devriez passer un très bon moment de lecture.

Lien d’achat du roman Le sacrifice des âmes du Purgatoire

 

 

Challenge Littérature de l’Imaginaire 5ème édition (31/12/17)

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Enfant et adolescente, je m’intéressais beaucoup à la littérature de l’imaginaire avant de mettre ce genre de côté. Puis, il y a environ deux ans, j’ai commencé à lire des BD fortement ancrées dans ce genre avant de me remettre, depuis quelques mois, à lire également des romans fantastiques, de fantasy…

C’est donc naturellement que j’ai décidé de participer au challenge Littérature de l’imaginaire qui aura lieu du 1er décembre 2016 au 31 décembre 2017.

L’objectif de ce challenge est de lire et chroniquer des ouvrages (romans, BD, comics…) appartenant à la littérature de l’imaginaire (fantasy, science-fiction, fantastique).

Il vous est au préalable demander de choisir un échelon et une catégorie. J’ai, pour ma part, choisi l’échelon 1 : Atterrissage dans l’irréel qui correspond à un objectif de lecture de 12 livres. Il est possible de changer d’échelon durant le challenge ce que j’espère faire.

En ce qui concerne la catégorie, j’ai choisi la E : Elfe de l’incontournable  :

« Vous lirez ce que vous voudrez durant ce challenge dans le genre que vous voulez MAIS il vous sera obligatoire de lire 3 livres écrits par des auteurs que l’on qualifie de « classiques » de l’imaginaire. »

Les trois auteurs que je compte lire sont : Stephen King, George R.R. Martin et Neil Gaiman. J’ai déjà choisi mes lectures pour les deux premiers auteurs, il me reste à trouver un titre pour Neil Gaiman :

Pour tous les détails et/ou vous inscrire, je vous invite à consulter le topic consacré à ce challenge sur le site Livraddict.

Alors, vous avez envie de vous inscrire ?