Rouge, Pascaline Nolot #PLIB2021

Couverture Rouge

« Ce qu’il vit avant tout, c’était l’immonde coloris écarlate qui rongeait à moitié le nouveau-né ainsi que l’infâme petite boule de peau surplombant son regard. Le monstre avait engendré un autre monstre !
– Comment devons-nous l’appeler ? lui demanda la vieille femme.
Il contempla le nourrisson en pleurs avec aversion. Puis il vomit sa sentence en un mot :
– Rouge ! »

Accroché au versant du mont Gris et cerné par Bois-Sombre se trouve Malombre, hameau battu par les vents et la complainte des loups. C’est là que survit Rouge, rejetée à cause d’une particularité physique. Rares sont ceux qui, comme le père François, éprouvent de la compassion à son égard. Car on raconte qu’il ne faut en aucun cas toucher la jeune fille sous peine de finir comme elle : marqué par le Mal.
Lorsque survient son premier sang, les villageois sont soulagés de la voir partir, conformément au pacte maudit qui pèse sur eux. Comme tant d’autres jeunes filles de Malombre avant elle, celle que tous surnomment la Cramoisie doit s’engager dans les bois afin d’y rejoindre l’inquiétante Grand-Mère. Est-ce son salut ou un sort pire que la mort qui attend Rouge ? Nul ne s’en préoccupe et nul ne le sait, car aucune bannie n’est jamais revenue…

Gulf stream éditeur (28 mai 2020) – 320 pages – 17€ (papier) – 10,99€ (ebook)
#ISBN9782354887858

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Mercy, tome 3 : La mine, nos souvenirs et la mortalité, Mirka Andolfo

Alors que la communauté de Woodsburgh livre ses derniers secrets, Lady Hellaine parvient enfin à ses fins. Ce plan machiavélique qu’elle a préparé soigneusement depuis toutes ces années arrive à son dénouement et nous découvrons enfin ses véritables intentions. Mais un grain de sable vient semer le trouble dans l’esprit de la mystérieuse jeune femme : quels sont donc ces sentiments nouveaux qu’elle ressent ? Serait-elle véritablement capable d’aimer ? Il y a fort à parier que le final explosif de la trilogie Mercy saura en surprendre plus d’un…

Glénat BD (24 février 2021) – 64 pages – 14,95€

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Frères de sang, tome 1 : L’éveil, Delphine Maeder

Couverture Frères de sang, tome 1 : L'éveil

Après un accident qui l’a plongée dans le coma, Aurore est hantée par d’affreux cauchemars de jour comme de nuit. Suite à une séance d’hypnose régressive, elle découvre avec stupeur qu’elle serait la réincarnation de Lyse-Anne, jeune femme issue d’une famille de riches vignerons du Lavaux ayant vécu deux cents ans plus tôt. Au travers de ses séances d’hypnose, Aurore partage la vie de celle-ci avec passion, jusqu’au jour où tout bascule lors de la découverte macabre d’un corps exsangue, recouvert d’étranges morsures. Aurore décide alors d’étudier de près le passé de la jeune femme afin de trouver des réponses à ses questions. Parallèlement, elle se sent troublée par Alex, jeune homme mystérieux qui travaille à la bibliothèque où elle passe la plupart de ses soirées. Elle devra surmonter sa timidité maladive et sa maladresse pour pouvoir aborder ce garçon qui éveille sa curiosité…

AVIS

Écrire un avis négatif est souvent délicat, a fortiori quand on sollicite soi-même le roman sur Simplement. Néanmoins, il arrive qu’il y ait des rendez-vous manqués malgré des attentes élevées, et c’est exactement ce qui s’est passé ici. En lisant le résumé et en voyant les notes absolument phénoménales sur la plateforme, je partais confiante, voire franchement enthousiaste.

Mais au bout de trente pages, j’ai compris qu’entre ce roman et moi, ça allait être compliqué. D’ailleurs, s’il ne s’était pas agi d’un service de presse, je n’aurais pas été plus loin que ces quelques pages. On sent un réel et consciencieux effort de la part de l’autrice pour proposer un texte bien écrit, ce que j’ai fortement apprécié, les belles plumes me ravissant toujours. Toutefois, j’ai regretté quelques maladresses et un certain manque de spontanéité et de naturel, qui m’ont donné le sentiment que l’autrice cherchait à atteindre un style, qui n’est peut-être pas naturellement le sien. Cela m’a d’autant plus freinée dans ma lecture que le côté très adolescent, voire parfois naïf et enfantin de l’intrigue et des personnages, semble complètement en décalage avec sa plume. Une plume qui souffre, en outre, de quelques lourdeurs en raison d’une tendance à tomber dans la tautologie, et à expliciter des évidences que l’on déduit aisément du contexte.

Mais ce qui m’a vraiment gênée et agacée, en plus des personnages somme toute assez clichés et à la psychologie peu développée, c’est la surenchère dans le drame avec des événements qui en perdent alors toute crédibilité et profondeur. Il y a un passage où une psychiatre parle de soap pour évoquer la vie antérieure d’Aurore, le terme est fort à propos pour évoquer le roman qui m’a semblé tomber dans le soap adolescent : une pimbêche garce à souhait qui ne s’en cache pas mais dont le comportement échappe comme par magie à son promis, une héroïne qui pardonne en trois secondes chrono sa rivale/harceleuse quand celle-ci évoque ses états d’âme, un fiancé qui n’aime pas sa promise mais qui veut quand même tout sacrifier en l’épousant pour honorer les volontés d’un père décédé et maltraitant, tout en étant follement amoureux d’une fille qu’il n’avait pas revue depuis des lustres et avec laquelle il a échangé trois mots – une jeune fille d’ailleurs qui attise la convoitise de deux frères semant la zizanie malgré elle (et dont la relation ne sera pas sans rappeler celle entre deux frères dans une célèbre série), un être surnaturel perturbé par un phénomène féminin naturel donnant lieu à un sujet « tabou » entre lui et sa bien-aimée (ça m’a au moins fait rire)… 

Tout cela a créé pour moi un effet d’accumulation qui aurait pu être évité si les événements importants avaient été un minimum développés. Or on s’attarde sur des détails qui ne font pas avancer l’histoire, mais des choses importantes sont balayées en quelques lignes, nous donnant le sentiment de ne jamais entrer dans le cœur du récit. Et j’ai trouvé cela extrêmement frustrant car l’autrice avait de bonnes idées que j’aurais adoré voir développées. À commencer par l’idée de séances d’hypnose qui permettent à Aurore, jeune vendeuse ayant abandonné la fac de psychologie, de renouer avec une vie antérieure.

Une vie que l’on découvre au cours des séances et qui va progressivement avoir un réel impact sur sa vie actuelle. Car si Aurore sait bel et bien qu’elle n’est pas vraiment cette Lyse-Anne ayant vécu deux cents ans avant elle, il y a des choses qu’elle ne peut guère ignorer, et qui vont la conduire jusqu’aux portes d’un nouveau monde. Je n’en dirai pas beaucoup plus pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais j’ai apprécié la manière dont l’autrice s’est approprié un mythe bien connu, et sa vision de l’organisation de créatures surnaturelles que j’ai toujours plaisir à retrouver, notamment en littérature.

Je n’ai pas été convaincue un seul moment par la romance à travers les siècles qui nous est proposée ici, la trouvant niaise et clichée, mais j’ai apprécié que grâce à cette dernière, l’autrice aborde la question de la réincarnation et de l’identité. Ainsi même en accédant à ses souvenirs grâce à l’hypnose, et en partageant une partie de son âme avec cette dernière, Aurore n’est pas Lynne-Anne. Elle n’a pas eu les mêmes parents, n’a pas été élevée à la même époque, n’a pas vécu les mêmes joies et les mêmes peines… Mais malgré cela, on ne peut que s’interroger sur les liens entre les deux jeunes femmes. 

Il y a définitivement quelque chose de métaphysique dans cette question, d’autant que le passé semble vouloir se répéter. À cet égard, la fin ne manque pas d’intérêt puisque si certains pourront y voir du romantisme et la preuve que notre histoire d’amour maudite n’est pas prête de s’arrêter, pour ma part, cela m’a donné une autre vision de Tristan. Il semble reconnaître sans problème qu’Aurore n’est pas son amour perdu, mais ce qu’il dit à la fin tendrait à me prouver le contraire… Point que j’ai apprécié et qui prouve toute la complexité du principe de vie antérieure.

Au-delà de l’alternance entre les époques qui se révèle, pour moi, la force du roman, on appréciera la présence du surnaturel qui s’invite dans la vie d’Aurore, quelques mystères qui donnent envie d’aller plus loin (même quand la tentation d’arrêter la lecture est bien présente), des moments de tension qui laissent craindre le pire, et une très belle amitié entre notre héroïne et sa colocataire et confidente. Et vu tout ce qu’Aurore vit en peu de temps, et ce monde nouveau et empli de dangers qui s’ouvre à elle, cette amitié lui sera fort précieuse ! Bien qu’on tombe dans le cliché de la copine rigolote qui saute d’un homme à un autre comme si une journée de célibat était la plus grande des épreuves, j’ai largement préféré ce personnage secondaire. Sabrina m’a semblé bien moins molle que notre héroïne à la maturité toute relative, et pour laquelle je n’ai rien ressenti d’autre que de l’agacement devenu indifférence. Ceci explique peut-être que son sort n’a suscité en moi absolument aucune émotion ! Or difficile de s’intéresser à un roman quand le sort de ses personnages nous importe peu…

En conclusion, je pense que vous aurez compris que je n’ai pas réussi à accrocher à cette histoire qui évoque pourtant des sujets intéressants comme l’hypnose et les vies antérieures. Mais j’ai regretté un manque de maturité dans la construction des personnages, tous très stéréotypés, et dans le développement d’une intrigue qui n’arrive jamais vraiment à se départir des clichés. Dommage parce qu’il y avait de bonnes idées et qu’avec un travail pour les développer, et non juste les effleurer, le roman aurait pu être captivant. Il semble néanmoins avoir su trouver son public alors si vous êtes intrigués, n’hésitez pas à vous lancer dans cette romance maudite qui semble s’acharner à vouloir défier le temps et les circonstances. Pour ma part, l’aventure s’arrêtera là…

Les nouvelles aventures apeupréhistoriques de Nabuchodinosaure (tome 5), Goulesque et Widenlocher

 

Couverture Les nouvelles aventures apeupréhistoriques de Nabuchodinosaure , tome 5

Plongez au cœur de l’Apeupréhistoire !
Pas tout à fait dinosaure ni vraiment homme, Nabuchodinosaure, Nab pour les intimes, est doué de parole, d’un solide sens de l’humour et, du moins en est-il persuadé, d’une intelligence exceptionnelle qui lui permet de supporter les désagréments de son époque située un peu avant ou un peu après J.?C. (on ne sait pas trop). Et des désagréments, il y en a dans l’Apeupréhistoire : dinosaures stupides, volcans terrifiants, plantes carnivores et autres catastrophes à poil et à plume.

Bamboo éditions – 48 pages – 10,95€
Couleurs : Anne Franjou-Gille

AVIS

Avant que la maison d’édition ne me propose de découvrir le tome 5 des Nouvelles aventures apeupréhistoriques de Nabuchodinosaure, je ne connaissais pas la série ni même celle l’ayant précédée, Nabuchodinosaure. Mais cela ne gêne en rien la lecture de cette BD qui alterne, page après page, gags, humour, couleurs et bonne humeur !

Si je préfère, en général, les BD avec une intrigue par tome, ce format présentant un gag sur une ou deux planches maximum ne manque pas d’attrait pour une pause détente rapide et sans prise de tête ou pour lire quelques pages par-ci par-là. Ce format présente également l’avantage de pouvoir plaire aux enfants à condition de ne pas lire la BD d’une traite. 

J’ai ainsi lu en plusieurs séances une partie de la BD à ma nièce de 5 ans, Éva. Mon neveu de 3 ans, Émeric, n’a pas manqué, quant à lui, de venir écouter quelques planches que je lisais à sa sœur, avant de repartir vaquer à ses occupations. Il a particulièrement apprécié deux gags, ou du moins les illustrations de ceux-ci : le premier dans lequel il a pu s’identifier à l’un des personnages qui détruit sa maison en voulant l’améliorer, mon neveu ayant un petit côté bulldozer. J’ai d’ailleurs eu droit à un très lucide, « je casse tout moi ». Et le second lié à une plante carnivore végane pas si végane que cela. S’il n’a pas vraiment compris la chute (pas facile d’expliquer la notion de plante carnivore végane à un enfant de trois ans…), il a d’emblée saisi que sur un dessin, la plante semble gentille, et sur l’autre méchante. Un changement qui l’a beaucoup intéressé et interrogé, et qui s’est conclu de sa part, après explication sur la notion de duperie, par un « méchant toi » lancé à la plante d’un doigt accusateur.

Quant à ma nièce habituée aux BD du type Mickey, ma belle-sœur étant une grande passionnée du genre, elle a été sensible aux quelques gags, notamment ceux à l’humour simple et enfantin, et surtout aux couleurs vives. Moi-même, j’ai apprécié les illustrations très expressives et tout en rondeur de Widenlocher, et le travail de colorisation d’Anne Franjou-Gille apportant beaucoup de charme à l’histoire. Alors si Éva est clairement encore trop jeune pour saisir toutes les allusions et les chutes qui concluent chaque planche, cela ne l’a pas empêchée de me demander dès son réveil d’en poursuivre la lecture, et de prouver non sans fierté qu’elle savait, contrairement à nos personnages, distinguer un dromadaire d’un chameau.

Pour ma part, j’ai été ravie de me plonger dans une période indéterminée de l’histoire, dans laquelle on retrouve des décors et animaux de la préhistoire, mais aussi des objets qui nous apparaissent bien plus modernes. Ce décalage et les nombreux anachronismes rendent d’ailleurs la BD particulièrement savoureuse et amusante. Je n’ai jamais éclaté de rire, mais j’ai très régulièrement souri devant les (més)aventures de nos drôles de personnages, la version « préhistorisée » de certains objets, et des idées pas si bêtes que cela, mais qui en absence de réelles connaissances scientifiques, ne donnent jamais vraiment les résultats escomptés. Et ce n’est pas le pauvre Nab qui vous dira le contraire !

N’ayant lu qu’une BD le mettant en scène lui et ses acolytes, je ne me suis pas encore attachée au personnage, mais j’ai apprécié sa naïveté, son esprit d’initiative, et ses déboires qu’ils soient technologiques ou amoureux. Car le pauvre, si ses inventions tendent à se retourner contre lui, il ne semble pas non plus très doué pour faire la cour à l’élue de son cœur, Manon. Une femme, ou plutôt un dinosaure au féminin, au tempérament de feu ! Il faut dire qu’entre son fils et ses maladresses, il y a du travail…

Au-delà de l’humour bien présent, alliant humour léger et références religieuses, architecturales, sociétales ou encore technologiques, j’ai pris plaisir à découvrir des personnages à l’allure d’animaux, mais aux comportements et à la personnalité très humains. Un anthropomorphisme à une aire apeupréhistorique qui fait merveille et ajoute beaucoup de sel à une BD qui n’en manque déjà pas ! Alors si vous avez envie d’une petite pause détente sans prise de tête et diablement amusante, plongez-vous sans attendre dans cette série où vous découvrirez des animaux apeupréhistoriques et bien trop humains pour leur propre bien.

Je remercie Bamboo éditions de m’avoir envoyé cette BD en échange de mon avis.

 

Chamane (tome 1) : Héritage, Rachel Dubois

Héritage: Chamanes T.1 par [Rachel Dubois]

Bienvenue dans la vie de Sandra Neve, une ado la plupart du temps effacée, un peu boulotte et boutonneuse. Elle aura bientôt seize ans, âge auquel elle sera une adulte selon les lois de son monde. Que les humains au milieu desquels elle se dissimule n’en n’aient aucune conscience lui importe peu car elle n’est pas plus humaine que boulotte et boutonneuse ! Sandra est une Chamane, un être magique et puissant.

En plus de manipuler certaines formes de magies ancestrales, elle partage son corps avec son Once dont elle peut prendre la forme à volonté. La jeune femme n’a plus que quatre mois à se terrer avant de pouvoir revendiquer sa terre comme sienne, mais quatre mois ça peut être très long, surtout lorsque trois Léopards adolescents, le Prince des Lions de Catalunya et un ennemi énigmatique prennent sa vie et sa Terre comme terrain de jeu.

Il ne fait pas bon d’être une mineure isolée dans le monde impitoyable des Chamanes. La jeune Panthère des neiges va devoir dire adieu à sa seule amie, la solitude, créer des liens et des alliances, découvrir l’amour, affronter des ennemis puissants et surtout survivre à son héritage ! Parfois les apparences sont trompeuses et les secrets de famille pesants…

Bienvenue dans la vie de Sandra Neve, une Chamane presque comme les autres humaines…

Auto édition (20 avril 2021) – 270 pages – Broché (15€) – Ebook (4,50€)

AVIS

J’avais déjà repéré ce roman, mais je reconnais que c’est sa nouvelle couverture, que je trouve sublime, qui m’a poussée à franchir le pas. Et si certains points m’ont parfois chagrinée, je reste globalement satisfaite de cette lecture plutôt immersive et prenante.

Mais il est vrai que j’aurais probablement accroché encore plus à l’histoire avec des personnages plus âgés ou, du moins, peut-être un peu plus matures et moins jaloux et possessifs. Mais le vrai point qui m’a gênée, parce qu’à mon sens facilement évitable, c’est la présence de répétitions qui au bout d’un moment deviennent pesantes. À intervalles (trop) réguliers, on entend donc Sandra se lamenter sur son imbécile et arrogant voisin, Greg, et ledit Greg sur cette insignifiante, moche et voisine pas du tout à son goût. Je comprends que, par ses répétitions, l’autrice insiste sur le rapprochement inattendu entre deux adolescents qui n’ont pourtant, à première vue, aucun atome crochu, mais j’aurais aimé un peu plus de subtilité. Si ces répétitions ont mis mes nerfs à rude épreuve, elles ont néanmoins le mérite de nous permettre de mieux comprendre Greg.

En plus de devoir vivre avec sa double nature d’humain/léopard acquise relativement récemment, et qu’il essaie encore de dompter, l’adolescent doit faire face à des sentiments et des émotions qu’il ne maîtrise pas et qu’il ne comprend absolument pas. Il n’aime pas Sandra, qui ne correspond pas à ses critères de la petite amie idéale, mais il ne peut s’empêcher de la regarder et de penser à elle. Et tout ça, à cause de son léopard complètement fasciné par la jeune fille au point d’obliger Greg à passer ses nuits sur le toit de celle-ci, afin d’être certain qu’elle soit en sécurité.

L’adolescent, pour ne pas entrer en conflit avec la part animale en lui joue le jeu, mais il en est profondément ennuyé ! À sa place, je l’aurais été pour moins que ça. Quelque peu antipathique au début de l’histoire, notamment en raison de son obsession de la beauté au détriment de la personnalité, Greg finit par évoluer et ouvrir les yeux sur ce que son léopard tente de lui faire voir depuis un certain temps. Cela n’ôte en rien la gravité du harcèlement qu’il a fait vivre deux années durant à Sandra, mais cela prouve que même les imbéciles peuvent changer.

Quant à Sandra, adolescente et chamane capable de se transformer en panthère, je n’ai pas développé d’attachement viscéral pour elle, l’autrice insistant plus sur sa personnalité de combattante que sur ses émotions. J’ai néanmoins été impressionnée par sa détermination, sa bravoure et la manière dont elle lutte vaillamment pour garder la maîtrise d’un territoire qui semble faire des envieux. Elle doit d’ailleurs travailler d’arrache-pied pour cacher le décès de sa grand-mère jusqu’à son seizième anniversaire où aura lieu sa Révélation, et donc son passage à l’âge adulte selon les lois de son monde. Or, si elle attend avec impatience cette majorité, c’est que c’est le seul moyen d’empêcher un adulte de s’emparer d’elle et de son territoire… Dans sa lutte pour son indépendance, elle pourra compter sur le soutien inattendu d’un nouveau venu, Fabio, le seul et unique héritier des Lions de Catalunya. Un soutien bienvenu, les attaques de créatures cauchemardesques se multipliant et laissant craindre à la jeune fille qu’une personne essaie de s’emparer de cette terre qui lui revient de droit.

J’ai apprécié la relation de confiance et la complicité qui s’installe progressivement entre les deux personnages. Ainsi, Sandra aide, sans même le réaliser, Fabio à retrouver ce sentiment de lien et d’appartenance que la mort de sa compagne lui a fait perdre. Quant à Fabio, il se révèle être une épaule stable et attentive sur laquelle s’appuyer et prouve à l’adolescente que les combats n’ont pas toujours à être menés en solitaire. Or pour une fille aussi seule que Sandra qui, depuis le décès de sa grand-mère, n’avait personne avec laquelle échanger sur les dangers de son monde, cela change tout !

À cet égard, ce premier tome nous offre une immersion intéressante dans un monde où le surnaturel s’invite. Sans entrer dans les détails pour vous laisser le plaisir de la découverte, je peux néanmoins vous dire que j’ai apprécié d’en apprendre plus sur le passé de certains personnages, sur les liens parfois très surprenants qui les lient, sur la conception assez particulière de la filiation chez les chamanes, sur l’histoire ténébreuse et mouvementée de ces êtres fascinants capables de se métamorphoser, sur leurs pouvoirs mais surtout sur ceux de Sandra… Pour ma part, j’ai apprécié que par mesure de précaution et pour garder un avantage sur ses ennemis, Sandra ne fasse pas étalage de ses talents. Cela nous permet de les découvrir au fur et à mesure et de réaliser à quel point l’adolescente est puissante et dangereuse. Ainsi, sa magie, couplée à une force d’esprit phénoménale et des capacités de combattante prodigieuses, fait d’elle une arme létale dont ses ennemis devraient se méfier.

Au-delà de ce monde qui s’offre à nous, l’autrice nous réserve également quelques surprises, avec notamment des secrets de famille qui ne devraient pas manquer de vous surprendre, et vous pousser à reconsidérer toute l’histoire et la mythologie des chamanes sous un autre angle. Car si certains sont prêts à tout, même à la trahison pour gagner en pouvoir et en influence, d’autres sont également capables du plus dur et cruel des sacrifices pour la sécurité des leurs… J’ai ainsi été touchée par certaines révélations dont les conséquences sont bien concrètes pour Sandra, Greg, Fabio, mais aussi tous les personnages secondaires qui habitent ce tome et qui se révèlent attachants. Je pense plus particulièrement à la cousine de Sandra qui va évoluer auprès d’elle et réaliser, grâce à l’un des cousins de Greg, que si les hommes peuvent être exaspérants, certains peuvent également se révéler attirants… Entre Greg et Sandra, et Danaë et Luc, il y a un côté romance ennemies to lovers qui n’a pas été pour me déplaire !

En ce qui concerne la plume de l’autrice, je l’ai trouvée agréable. En alternant entre différents points de vue, tout en veillant à dynamiser la narration par de nombreux dialogues vivants et réalistes, Rachel Dubois rend son histoire facile et rapide à lire. À noter que si la première partie permet de s’approprier le monde de Sandra et d’apprendre à connaître les personnages, le rythme s’intensifie et la tension monte crescendo jusqu’à un final plutôt explosif et des événements qui m’ont (agréablement) surprise par leur dureté.

En conclusion, ce premier tome d’une série prometteuse nous permet de nous approprier un univers possédant une mythologie intéressante et de découvrir une galerie de personnages variés et complémentaires, dont une héroïne déterminée à protéger son héritage à ses risques et périls. Entre l’amour, l’amitié, l’action, les trahisons, les secrets de famille et les révélations, vous ne devriez pas vous ennuyer, a fortiori si vous aimez les histoires dans lesquelles la magie se mêle au monde réel… pour le meilleur et pour le pire.

Je remercie l’autrice de m’avoir envoyé son roman en échange de mon avis ainsi que pour sa dédicace et le marque-page.

 

Mini-chroniques en pagaille #36

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


Pour cet article mini-chroniques en pagaille, je vais vous présenter trois ouvrages graphiques lus dans le cadre du challenge Mai en BD : un album jeunesse qui ravira les fans de chat, un album jeunesse offrant une véritable ode à l’imagination, et un manga s’emparant d’un personnage historique auréolé de tout un folklore plutôt sanglant.

  • Mon amie Momo de Misun Hwang (Picquier éditions)

Attendrie par cette petite fille qui serre fort contre elle un chat qui semble faire la tête, je n’ai pu que me laisser tenter par Mon amie Momo. Un joli album jeunesse qui, en peu de mots, mais avec beaucoup d’éloquence et de justesse, dépeint la belle et tendre amitié entre une fillette et une chatte appelée Momo, soit poils en coréen. Pour la majorité des heureux propriétaires de chats, ce prénom original prend tout son sens, parce que des poils, vous en aurez un peu partout chez vous avec un chat.

Nos deux amies passent de très bons moments ensemble entre séances de câlins, jeux, ronronnements… De beaux instants qui ne pourront qu’émouvoir les lecteurs et a fortiori les amoureux de chats. Mais, il arrive à Momo de sortir les griffes, ce qui peine notre fillette qui se demande alors si son amie l’aime vraiment !

Une question à laquelle elle aura heureusement une belle et démonstrative réponse, car malgré les quelques incidents qui peuvent subvenir, Momo se révèle une joyeuse, tendre et affectueuse amie. Quant aux illustrations, elles sont indéniablement le grand atout de cet album. Elles se révèlent d’une telle expressivité qu’elles pourraient se passer de texte, les lecteurs ressentant sans peine les liens forts qui unissent notre fillette et sa gentille, mais parfois caractérielle amie à poils.

Pour ma part, j’ai été séduite par ces illustrations en grand format, leur douceur rehaussée par des teintes profondes, et par le véritable travail visuel fait sur les émotions. L’autrice se montre économe en mots et effets de style, mais elle arrive néanmoins à restituer tous les sentiments des deux héroïnes et leur joie de partager de beaux moments.

En bref, Mon amie Momo est un très bel album jeunesse qui devrait toucher et ravir les amoureux des chats de tout âge. Beau, tendre et poétique, un ouvrage à lire et à relire !

  • Adélidélo ne s’ennuie jamais ! (tome 2) de Marie-Agnès Gaudrat, illustrée par Frédéric Benaglia (min BD kids) :

Couverture de « Adélidélo ne s’ennuie jamais ! »Je ne connaissais pas cette série pleine d’humour et de peps mettant en scène une toute jeune héroïne, Adélidélo, qui déborde de bonne humeur et d’imagination.

Du découpage d’un pauvre livre qui n’avait rien demandé à l’invention de mots rigolos qui amusent son père, en passant par une théorie originale qui vous poussera à ne plus jamais regarder votre frigo de la même manière, Adélidélo ne s’ennuie jamais et trouve toujours un moyen de s’amuser. Un moyen plus ou moins sage et farfelu, mais un moyen quand même de transformer les situations du quotidien en une aventure qui amusera les enfants et les adultes ayant conservé leur âme d’enfant.

Les enfants devraient, en outre, apprécier que l’on s’adresse parfois directement à eux, un procédé qui a le mérite de favoriser leur implication dans la lecture. Quant à la mise en page simple et aérée et les illustrations colorées et vives, elles apportent un côté doux et enfantin qui sied à merveille à ces petites tranches de vie pleines d’humour et de punch.

En bref, tendre et amusant, voici un album jeunesse pour petits et grands lecteurs en quête d’une jeune héroïne haute en couleur et à l’imagination débordante !

  • Vlad Draculea (tome1) dAkiyo Ohkubo (Soleil Manga)

Couverture Vlad Draculea, tome 1

Intriguée par sa couverture et son titre, j’ai décidé de lire ce manga sans trop savoir à quoi m’attendre. Et je dois dire que j’ai été surprise par cette histoire qui nous offre une plongée mouvementée et fascinante dans les arcanes du pouvoir, et de ses jeux d’influence. Le jeune Vlad III est le prince de Valachie, mais dans les faits sa sphère d’influence est très réduite puisque ce sont les boyards qui prennent toutes les décisions, du moins celles qui comptent. Sans oublier que de par son positionnement stratégique et géographique, son royaume est pris entre deux grandes puissances, le royaume de Hongrie et l’Empire Ottoman… Cela ne lui laisse guère de marge de manœuvre.

C’est d’ailleurs une menace à peine voilée du Sultan qui va révéler aux lecteurs la position délicate dans laquelle se trouve le prince, qui doit faire bonne figure devant des ennemis extérieurs, mais aussi intérieurs. Mais loin d’être le pion que l’on attend de lui et qu’il semble, dans un premier temps, être, Vlad va nous prouver que son calme cache un sens de la stratégie politique impressionnant !

De fil en aiguille, il va déployer sa toile autour de personnes qui se pensaient au-dessus de tout, de la morale, du peuple, des marchands et lui-même. Grave erreur parce que loin d’être une faiblesse, sa tempérance n’était qu’un moyen pour entreprendre en sous-main une révolution qui menace bien de tout faire vaciller, et de redistribuer les cartes du pouvoir en Valachie, mais aussi dans la région entière.

Il y a peu d’action à proprement parler dans ce premier tome puisqu’on est plus sur le terrain de l’échiquier politique, mais la fin nous laisse entrevoir un tome 2 un peu plus mouvementé à ce niveau, voire carrément sanglant. En effet, il semblerait que Vlad commence à laisser tomber son image de prince soumis et plus ou moins conciliant pour, peut-être, se rapprocher un peu plus de cette version de lui-même, que l’on connaît sous le nom de Vlad l’Empaleur.

Du cadre historique, à l’intrigue politique, aux jeux de dupe et de faux-semblants entre les personnages, en passant par les illustrations qui accordent une large place aux expressions des visages, tout m’a plu dans ce premier tome que je vous recommande chaudement pour une plongée fascinante dans les arcanes du pouvoir et de la vie d’une figure historique à la réputation sanguinaire.

Et vous, connaissez-vous ces titres ?
L’un d’entre eux vous tente-t-il ?

 

 

Valkyrie, Federico Saggio

Couverture La Saga de la Dernière Geste, tome 3 : Valkyrie

Depuis que Midgard a émergé du Ginnungagap et que du chaos primordial est née la vie, une mission est échue aux Valkyries : écumer les champs de bataille, et faire le tri entre les âmes des guerriers occis pour convoyer les braves au Valhalla… Afin qu’aux côtés des Dieux, ils affrontent le Ragnarök qui approche à grands pas.

Mais à mesure que le temps passe, Brunehilde est saisie d’un doute affreux ; Odin est-il réellement à même de les protéger du froid infernal qui avance et menace de les submerger ?

Et qui est ce mystérieux guerrier qui semble avoir la faveur des Ases, et auquel elle est censée apporter une épée ?

Tandis que les fils de sa destinée se nouent jusqu’à la faire suffoquer, la Valkyrie se sent plus seule que jamais. L’heure n’est plus au doute, ni à la passivité… Ou les neuf mondes partiront en fumée.

Auto-édité (28/02/2021) – Papier (14,99€) – Ebook (6,99€)

AVIS

Valkyrie s’inscrit dans la saga de La Dernière Geste dont j’avais adoré les deux premiers tomes Sigurd et Le Royaume des Brumes. Après nous avoir présenté le destin hors nome et quelque peu dramatique de Sigurd, héros qui a forgé sa légende dans la douleur, Federico Saggio remonte le passé pour s’attarder maintenant sur un autre personnage de la saga, Brunehilde. Nous l’avons découverte femme endormie, puis femme libérée et aimée, nous la retrouvons ici dans sa forme d’origine, une Valkyrie puissante, immortelle et guidée par la foi en Odin, le Père de Tout.

Une foi qui, petit à petit, s’étiole devant les incohérences et les injustices profondes d’un système régi par des dieux qui le bafoue sans le moindre remord dès que leurs intérêts sont en jeu. Comment accepter de prendre part à une comédie de justice cosmique qui glorifie les faits d’armes et l’honneur, mais qui condamne à l’enfer les guerriers vaillants qui n’ont pas eu le malheur ou, si l’on se fie aux dieux, la chance de mourir au combat ? Comment garder la foi en un dieu s’entourant de personnes faibles qui, à défaut de se battre vaillamment lorsque le Ragnarök surviendra, ne tenteront jamais de le renverser ? Un dieu censé protéger et veiller, mais qui finit par révéler sa vraie nature, celle d’un être faible et lâche, qui se laisse guider par ses peurs, créant ainsi le cycle de la haine et de la destruction.

Contrôler et éradiquer au lieu d’accepter, d’éduquer et de guider, condamner avant même de laisser l’autre s’amender, rompre le Cycle pour assouvir ses propres désirs… Dans ce tome, Odin perd l’aura divine qui l’entoure pour prendre celle d’un dieu qui ne mérite pas d’en porter le nom, celle d’un père prêt à sacrifier sa propre lignée pour se préserver. Rien d’étonnant donc à ce que Brunehilde finisse progressivement par briser ses chaînes, refusant de rester prisonnière d’une foi aveugle qu’elle ne peut plus cautionner. Une émancipation qui ne se fera pas sans heurt, mais qui nous prouvera plus que jamais la force de la Valkyrie qui est prête à tous les sacrifices pour ce qu’elle estime juste et digne.

Et cela englobe Sigmund, un ami inattendu pour lequel elle va éprouver et développer une pure et sincère affection. On peut dire que d’une certaine manière, cet homme que les dieux ont placé sur son chemin va se révéler être l’outil de sa délivrance. En voulant le protéger, lui et sa moitié ainsi que le futur fruit de leur amour défendu, elle trouvera le courage de couper ses ailes et de tourner le dos à un dieu qui l’a terriblement déçue et à une mission vidée de son sens. Son abnégation, son sens du sacrifice et sa force d’esprit rendent la Valkyrie terriblement inspirante et attachante et offre une belle leçon d’humilité, d’humanité et de courage à Odin. J’ai ainsi aimé la voir se battre pour ses idéaux, quitte à remettre en question une autorité divine pesante, écrasante et profondément injuste. Si les forces en jeu sont déséquilibrées, le combat en apparence perdu d’avance, on sait, on sent que rien n’est terminé et que de l’implacabilité divine peut naître une engeance encore plus retorse, fière et mortelle…

Alors que rien ne devrait nous pousser à nous identifier à cette Valkyrie engagée dans une dangereuse rébellion, notre cœur se retrouve inexorablement à battre au diapason du sien. J’ai saigné pour elle, j’ai pleuré avec elle et j’ai combattu à ses côtés pour des êtres que l’on sait condamnés, mais pour lesquels on ne peut s’empêcher d’espérer. Des trois tomes, celui-ci est celui qui m’a le plus remuée, me laissant presque démunie une fois la dernière page tournée. Il faut dire qu’il y a tellement d’injustice, mais aussi d’espoir et de nobles sentiments entre ces pages qu’il s’avère difficile de ne pas se sentir profondément touché, d’autant qu’il y a presque quelque chose d’universel dans la bataille que mène Brunehilde pour se sortir d’une foi aveugle et bornée, et s’émanciper d’une figure d’autorité peut-être pas si fiable et respectable que cela.

Notre Valkyrie ne démérite jamais en cours d’aventure, elle avance, prend des risques, remet en question ce qu’on veut lui imposer, doute parfois de sa légitimité à questionner les volontés du Père de Tout… Elle avance la tête haute au-devant d’un destin dont elle ignore tout, mais dont les lecteurs ont déjà eu l’occasion de connaître les contours. C’est d’ailleurs ce qui rend son histoire aussi prenante et touchante, et qui nous permet de ressentir autant d’empathie pour cette Valkirie bien plus noble que les dieux et bien plus humaine que beaucoup d’hommes. À cet égard, sa punition divine semble finalement presque une délivrance, comme la reconnaissance de ce qu’elle est et de ce qu’elle refuse d’être. Il est également fascinant de découvrir à quel point Brunehilde est liée à Sigurd et à ses parents… Je n’en dirai pas plus si ce n’est que si les voies du seigneur sont impénétrables, celles tissées par les Nornes nous semblent encore bien plus obscures !

J’ai apprécié l’incursion de l’auteur dans le domaine de la science-fiction avec sa duologie Lululand, mais Valkyrie me prouve que c’est dans le domaine de la mythologie qu’il arrive le mieux à déployer tout son talent. Celui d’un conteur qui arrive à s’effacer devant la légende pour en restituer avec poésie toute la quintessence et brouiller, durant un moment, la frontière entre fiction et réalité. On se laisse ainsi complètement immerger et submerger par les scènes qui prennent vie sous nos yeux avec une rare acuité, on est révolté par des volontés certes divines, mais pas très glorieuses, et on s’émeut devant ces destins humains qui se jouent dans le secret des cieux…

En résumé, l’auteur remonte les couloirs du temps pour nous présenter une héroïne à la complexité certaine, une combattante émérite qui, devant les injustices divines, a choisi de revoir son allégeance, et ainsi lier son destin avec une lignée marquée par les drames, et possédant une volonté de fer brimée, mais jamais broyée. Particulièrement prenant, Valkyrie pousse son héroïne sur la douloureuse voie de l’émancipation, et les lecteurs dans une sorte de zone émotionnelle où la curiosité se mêle à la fascination, à l’admiration, à l’empathie et à cette envie qui gronde de tout bouleverser afin que la justice du cœur et de l’honneur finisse enfin par l’emporter sur une justice divine foncièrement viciée. Entre doutes et prise de conscience, un roman qui ne manquera pas de vous toucher, de vous révolter et de vous prouver la force de la volonté !

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé Valkyrie en échange de mon avis.

 

Robilar ou le Maistre chat, tome 2 : Un ogre à marier de Chauvel, Guinebaud et Lou

Couverture  Robilar ou le Maistre chat, tome 2 : Un ogre à marier

Alors que le chambellan, le roi, sa fille et Panisse sont sous les verrous, Robilar règne en compagnie de l’ogre. Mais ce dernier, encore amnésique, veut embrasser une princesse pour retrouver mémoire et force humaine. Robilar organise alors un concours de prétendantes.

Delcourt (13 janvier 2021) – 64 PAGES – 15,50€

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Captive, tome 1 : Les nuits de Shéhérazade, Renée Ahdieh

Couverture Captive, tome 1 : Les nuits de Shéhérazade

Même consciente du terrible sort qui l’attend, Shéhérazade se porte volontaire pour épouser le jeune calife Khalid Ibn al-Rashid. Même si elle sait qu’elle est promise à la mort au lendemain de ses noces, elle est prête à tout pour venger son amie Shiva, l’une de ses récentes épousées. Pour cela, elle doit d’abord gagner du temps, en narrant des contes à rallonge au calife. Chaque jour est une menace de mort et la jeune fille échappe plusieurs fois à l’exécution. À l’extérieur, les proches de Shéhérazade préparent le sauvetage de la jeune fille. Shéhérazade n’oublie pas qu’elle doit mettre au point une stratégie pour tuer celui qui est désormais son époux. Mais c’est sans compter l’amour qu’elle se met peu à peu à éprouver pour Khalid…

Hachette Romans (30 septembre 2015) – 448 pages

AVIS

Captive fait partie de ces romans que j’aurais adoré aimer, mais qui ne m’ont hélas pas convaincue malgré quelques atouts et bonnes idées. Entre l’ennui, les facilités, le manque de développement des personnages, des comportements invraisemblables et incohérents, un manque de profondeur… j’ai eu beaucoup de mal à prendre plaisir à ma lecture. Je dois d’ailleurs avouer que si je n’avais pas entrepris de lire ce roman dans le cadre de différents challenges littéraires, je l’aurais abandonné sans aucun regret.

Il faut dire qu’une scène au début du roman m’a d’emblée braquée et très fortement agacée. Shéhérazade, pour se venger du meurtre de sa meilleure amie, se porte volontaire pour épouser son assassin, le calife Khalid. Un calife qui a tendance à tuer chacune de ses nouvelles épouses le lendemain du mariage sans que personne, ou presque, ne sache pourquoi. Alors qu’elle le déteste, qu’elle en aime déjà un autre, qu’elle est vierge, et que le calife lui explique bien qu’il ne s’attend pas à ce qu’elle lui donne son corps en plus de sa vie, Shéhérazade s’offre à lui ! Cet acte est un exemple parmi tant d’autres de comportements complètement incohérents, soit par essence soit par manque d’explications et de développement comme si l’autrice n’allait jamais vraiment au bout de ses idées.

Tout va trop vite et semble suivre une logique inaccessible aux lecteurs, ce qui se traduit notamment par une romance éclair et donc peu réaliste. Shéhérazade déteste Khalid qu’elle considère comme un monstre sans cœur mais ses réserves s’envolent fort vite, ce qui fait que ses tergiversations quant à ses sentiments me sont complètement passées au-dessus de la tête. Je n’ai pas cru un seul instant en ses doutes ni à son dilemme moral quant à savoir si elle était en droit d’aimer un assassin implacable, a fortiori l’assassin de sa meilleure amie. On est loin de la profondeur de la relation entre Céphise et l’Ombre dans les Brumes de Cendrelune, alors qu’on suit plus ou moins le même schéma. Peut-être que certaines personnes ne seront pas dérangées par ce manque de profondeur, mais j’avoue que pour moi, c’est rédhibitoire.

Ceci est d’autant plus vrai que le manque de profondeur se retrouve également dans la personnalité du calife tout juste ébauchée, bien qu’au fil de la lecture, on en apprend un peu plus sur son passé et son histoire familiale difficile. Mais ce qui m’a le plus gênée, c’est le fait qu’il renonce à tuer Shéhérazade en un claquement de doigts alors qu’il a tué des dizaines de femmes avant elle sans jamais fléchir. Il suffisait donc qu’une femme le fascine par son port de tête altier, sa haine et sa capacité à raconter une histoire prenante pour être épargnée, malgré les conséquences tragiques d’une telle décision ? Ce revirement soudain m’a semblé très mal amené et des plus invraisemblables. Au lieu de rendre le personnage presque attendrissant, il l’a rendu, du moins à mes yeux, monstrueux, parce que cela veut dire qu’il aurait pu agir bien avant sa rencontre avec Shéhérazade… Il n’était juste pas assez motivé pour briser ses chaînes et par-là même, sauver la vie de toutes ses futures victimes. Mais les plus romantiques y verront peut-être là le pouvoir de l’amour.

Si les moments entre les deux jeunes époux sont ceux qui m’ont le moins ennuyée, ils n’ont pas vraiment réussi à me transporter ni à insuffler en moi la moindre émotion, du moins, pas avant les derniers chapitres. À la limite, j’ai plus été touchée par le père de la jeune femme que l’on voit peu, mais qui, de son côté, tente de faire ce qu’il peut pour l’arracher aux griffes d’un homme qu’il pense être son bourreau. Pour ce faire, il va prendre des décisions plutôt radicales et jouer avec des forces surnaturelles qui vont le dépasser. J’aurais d’ailleurs adoré que le surnaturel soit bien plus présent, l’autrice ne l’évoquant que par petites touches… En plus de Shérazade et de son père, on suit également l’amour d’enfance de la jeune femme qui, lui aussi, semble bien décidé à la sauver et à passer sa vie à ses côtés. Mais les choses ne vont pas forcément se passer comme il l’aurait souhaité et certaines vérités vont être difficiles à accepter.

Je ne me suis attachée à aucun personnage parce que leur psychologie n’est pas assez poussée à mon goût, mais j’ai quand même trouvé Shéhérazade courageuse, bien que parfois agaçante. À l’inverse, j’ai adoré sa suivante qui, comme sa maîtresse, a un sacré tempérament ! Les interactions entre les deux jeunes femmes m’ont beaucoup amusée, chacune d’entre elles n’hésitant pas à dire ce qu’elle a sur le cœur, et a titillé l’autre pour lui faire admettre des choses qu’elle préfère se cacher. Plus qu’en l’histoire d’amour entre Shérazade et le calife, c’est donc en la naissance de cette amitié improbable entre deux jeunes femmes pleines de fougue et de répartie que j’ai cru.

Comme vous l’aurez compris, l’autrice n’a pas su me convaincre avec ses personnages qui auraient mérité d’être bien plus travaillés. J’ai, en revanche, adoré l’ambiance orientale qu’elle a su insuffler à son histoire que ce soit à travers  les paysages, le palais, les habits, les armes, les références aux contes des Milles et Une Nuits avec cette idée d’histoire pour survivre et d’histoire dans l’histoire… À cet égard, je retiendrai plus particulièrement le conte d’un voleur sans moral qui, au gré de ses péripéties et d’une rencontre, va connaître une belle et très touchante évolution. C’est ce genre d’émotions que j’aurais aimé ressentir avec l’histoire de Shérarazade et de son époux maudit.

Quant à la malédiction entourant le calife, si elle introduit une dimension dramatique intéressante, j’avoue que les explications de l’autrice quant à ses origines m’ont laissée sceptique, car bien trop théâtrales à mon goût. Je comprends les désidérata de vengeance, mais faut-il encore qu’elles soient orientées vers la bonne personne, parce que si bien sûr, la malédiction affecte le calife, c’est quand même loin d’en être la première victime. 

La lecture a été laborieuse, mais je reconnais que le rythme s’intensifie et prend véritablement son envol dans les cinquante dernières pages. Entre un complot politique, le déchaînement de la magie et des forces de la nature, des cartes redistribuées, de nouvelles épreuves qui se profilent… mon intérêt s’est enfin éveillé ! Pas assez pour que je poursuive l’aventure, mais assez pour me donner envie de lire des avis spoilant sur la suite, d’autant que contre toute attente, j’ai fini par développer un semblant d’attachement à un couple irréaliste, mais que j’aimerais néanmoins voir triompher de l’adversité.

En conclusion, j’attendais beaucoup de ce roman, au point de l’avoir acheté en français puis dans une superbe édition en anglais, mais je dois hélas reconnaître être ressortie de ma lecture déçue. Le livre n’est pas mauvais en soi, mais manque cruellement d’approfondissement et, en ce qui concerne la romance, de réalisme. Néanmoins, si vous avez envie d’une romance maudite, d’une histoire dépaysante qui s’inspire des contes des Milles et Une Nuits et de vous plonger dans une ambiance orientale et non dénuée de sensualité, je vous invite à lui donner sa chance. Mais si vous recherchez quelque chose de plus, avec une intrigue poussée dans laquelle la psychologie des personnages est bien développée, je ne suis pas certaine que vous trouverez ici votre bonheur. Pour ma part, il m’a vraiment manqué un point d’ancrage et une certaine maturité dans le déroulement global de l’histoire pour me donner envie de poursuivre l’aventure.

 

Lululand, tome 2 : Lululand Infrarouge, Federico Saggio

Couverture Luluand, tome 2 : Lululand Infrarouge

Pays Noir, 2184.

L’Humanité a été contrainte de masquer un soleil devenu trop agressif derrière une épaisse masse nuageuse artificielle. L’Ancien Monde s’est consumé, et de ses cendres a émergé une nouvelle société autoritaire : la Fédération de Lululand, au sein de laquelle la mémoire est désormais le moyen de contrôle premier.

Mais parmi les Cerbères qui veillent à sa pérennité, il est un chien de garde qui a brisé la chaîne qui le retenait… et qui ne vit plus que pour voir sa destruction.
Lululand Infrarouge reprend le récit précisément là où Lululand Ultraviolet s’est arrêté… pour mener ses personnages dans une spirale infernale, jusque dans des profondeurs insoupçonnées, et enfin clore cette duologie d’anticipation à la narration viscérale.

Y a-t-il seulement une issue ?
Ailleurs est-il meilleur ?

Independently published (26 juillet 2020) – Papier (12,99€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Ayant apprécié le premier tome, j’ai tout de suite enchaîné avec la suite que j’ai tout autant aimée, si ce n’est plus. Cela s’explique peut-être par l’évolution du héros qui nous apparaît ici bien plus humain. Alors qu’on aurait eu tendance à le prendre pour un mercenaire en quête de souvenirs dans un monde apocalyptique où le soleil doit être caché pour ne pas être mortel, et où tout est contrôlé par une Fonction asphyxiante, il nous apparaît ici comme un être capable de sentiments pour autrui et d’une totale et pure abnégation.

Ainsi, il se refuse à abandonner Marcin à son triste sort et fait de son mieux pour sauver la vie de ce jeune homme pour lequel il va, tout au long de l’aventure, développer un certain attachement, voire une profonde affection. Un sentiment qui aurait pu lui être fatal dans ce monde du chacun-pour-soi, mais qui va le révéler à lui-même. Cela va également le pousser à se battre encore et encore pour se détacher d’une société qui ne lui convient guère, et lancer une première offensive pour en abattre les murailles. Cela ne se fera pas sans heurt et sans un énorme et ultime sacrifice qui, je dois l’avouer, m’a quelque peu surprise et peinée, tout en me semblant étrangement offrir une sorte de lumière dans l’obscurité. 

Tout détruire pour mieux reconstruire, ce serait un peu le leitmotiv de ce livre qui nous montre qu’il faut parfois se méfier des apparences et ne jamais oublier de s’interroger sur le modèle sociétal qu’on nous propose ou nous impose. Pour espérer vivre, et non survivre, doit-on vraiment renoncer à sa liberté et s’enfoncer dans une illusion qui, derrière le paravent des faux-semblants, n’en demeure pas moins une cage comme une autre ? Devoir renoncer à son individualité pour se fondre dans la masse et espérer un minimum de paix, est-il vraiment mieux qu’une vie totalement orientée vers la productivité ? Peut-être finalement, mais ce n’est pas non plus vraiment vivre. Alors ne vaut-il pas mieux accepter la dangerosité liée à une existence menée hors des sentiers battus que d’accepter de se cantonner aux limites de sa caverne ?

Ce sont tout autant de questions qui viennent s’ajouter à une longue série que cette duologie ne manquera pas de soulever. Parfois philosophiques, parfois simplement humaines et représentatives des idéaux de chacun, ces interrogations apportent une certaine profondeur à une duologie menée tambour battant. Ainsi, comme dans le premier tome, l’action est au rendez-vous, l’auteur nous entraînant dans une sorte de road-trip survivaliste où notre protagoniste accompagné de son protégé va passer de la brutalité des Territoires Perdus à la réalité trompeuse des Enfers.

Deux endroits aux règles différentes qui se révèlent, chacun à leur manière, déroutants et fascinants. Quoi que fascinant ne convienne peut-être pas vraiment aux Territoires perdus, ce no man’s land m’ayant révulsée par sa brutalité et la manière dont les mutants et humains sont réduits à l’état de viande ou d’objets comme les autres que l’on marchande et maltraite… Quant aux Enfers, ils s’apparenteraient presque au paradis si l’on considère les endroits infâmes et immondes traversés par notre duo. Comme quoi, tout est toujours question de perspective !

Je préfère rester vague sur l’intrigue en elle-même parce qu’elle est de celles qu’il est préférable de découvrir par soi-même, mais je peux néanmoins vous dire que l’auteur vous réserve encore de l’action et une révélation qui redistribue de nouveau les cartes ! Ainsi, Federico Saggio possède indéniablement un certain talent pour retourner le cerveau de ses lecteurs en même temps que celui de son protagoniste, qui semble de plus en plus marqué psychiquement… Ce qui se comprend fort bien au vu son histoire, des « améliorations » imposées à son corps, et de tout ce qu’on a fait subir à sa personnalité et à sa mémoire. Comment être soi quand on s’est arrangé pour que vous ne le soyez jamais vraiment ? À moins que cela ne compte finalement pas vraiment, et que le plus important est la personne que vous avez choisi de devenir en votre âme et conscience. Une personne bien plus humaine en ce qui concerne notre héros !

En conclusion, Luland Infrarouge conclut à merveille une duologie qui questionne aussi bien les fondements d’un monde ayant perdu toute son humanité que la notion de mémoire et de personnalité. Rythmée, haletante, non dénuée de tension, de mystère et de coups de théâtre, voici une lecture passionnante qui plaira aux lecteurs en quête d’un univers de science-fiction dur et brutal, dans lequel un homme se débat contre les règles de la société, tout en cherchant à définir les siennes…

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé ce livre, que vous pourrez trouver sur Amazon, en échange de mon avis.