From the past, tome 1 : Adaptation, Lauren Peretti

Couverture From the past, tome 1 : Adaptation

J’ai lu From the past – Adaptation de Lauren Peretti dans le cadre du Prix des auteurs inconnus, le roman concourant dans la catégorie Young Adult.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Belmont Massachussetts, 1955.
Livia a dix-sept ans. Étouffée par les angoisses de son père, elle rêve d’émancipation. Mais, alors que pour la première fois, elle est autorisée à sortir avec ses amis pour voir le succès annoncé de la Fureur de Vivre, Livia perd subitement connaissance.
Quand elle se réveille, 59 ans se sont écoulés mais elle a toujours 17 ans… Surtout, elle possède d’inquiétantes capacités inexpliquées.
Aidée par Kate, neurologue chevronnée, Livia parviendra à s’échapper de FitcherTeck qui la tient captive.
Meurtrie par la perte des siens, elle devra relever plus d’un défi : rattraper près de soixante ans d’histoire, de technologie et d’évolutions sociales et culturelles, maîtriser ses nouvelles capacités mais, surtout, découvrir ce qu’il lui est arrivé, le tout sous la menace de FitcherTeck, organisation sans scrupule qui met tout en œuvre pour la retrouver.
Dans sa fuite vers son destin, Livia découvrira l’amour avec le beau William, fils naturel de Kate abandonné à la naissance, lui-même brisé par la vie. Ensemble, ils tenteront de se reconstruire.

Rebelle éditions (25 septembre 2017) – 432 pages – Broché (21,90€) – Ebook (4,99€)

AVIS

Excitée et heureuse d’avoir obtenu de son père ultra protecteur la permission de passer la soirée avec ses amies, Livia, 17 ans, se fait kidnapper avant de se réveiller dans un endroit qu’elle ne connaît pas. Une expérience déjà difficile en soi qui se transforme en un véritable cauchemar quand elle apprend qu’elle a « dormi » pendant 59 ans ! Si la jeune fille a gardé son corps et l’esprit d’une adolescente, le monde a, quant à lui, continué sa marche sans elle…

L’année 1955 est donc bel et bien derrière elle ! Mais pire, en plus de lui voler sa vie, ses kidnappeurs ont fait d’elle un cobaye en la dotant de nouvelles capacités cognitives. Déboussolée, Livia peut heureusement compter sur Kate qui décide de la sauver de ses employeurs quitte à faire voler sa propre vie en éclats. Rejointes dans leur fuite par William, le fils de Kate qu’elle avait fait adopter dans sa jeunesse, les deux femmes prennent un nouveau départ. Mais faut-il encore que Livia arrive à tirer le trait sur son passé, à dompter ses nouvelles capacités et à ne pas attirer l’attention sur elle…

Je me suis tout de suite laissée embarquer par l’imagination de l’autrice et la manière dont elle rend la situation de Livia si réaliste. On partage l’incrédulité de la jeune fille, sa colère, ce sentiment terrible de perte, sa peur aussi… Puis les choses se sont quelque peu gâtées, le récit prenant progressivement des allures de romance pour adolescents. Cela, en plus de grandement atténuer l’intérêt que j’avais pour l’histoire, m’a frustrée n’ayant pas vraiment compris ce total revirement.

La romance se révèle, en outre, bien trop rapide pour être réaliste d’autant que l’on n’est pas dans une simple amourette, mais bien dans cette idée de l’amour fou auquel il est impossible de résister. Si l’intensité de la relation entre Livia et William semble peu plausible au regard du peu de temps qu’ils ont passé ensemble, le contexte particulier dans lequel elle se déroule en atténue néanmoins l’incongruité. On arrive donc à comprendre que parachutée dans un monde qu’elle ne (re)connaît pas, séparée définitivement des siens et avec de nouvelles capacités qui font d’elle une éponge émotionnelle, Livia s’accroche à cet homme qui, lui aussi, a vécu des choses douloureuses.

Comme dans beaucoup de romances actuelles, l’autrice nous propose un héros au passé difficile, mais elle a eu la bonne idée de ne pas en faire un tyran qui trouve du réconfort dans le mal qu’il fait à sa bien-aimée. Bien au contraire, William est plutôt du genre protecteur et essaie de se comporter en « type bien ». Il tergiverse donc énormément sur ses émotions et son droit au bonheur après les atrocités commises durant la guerre. Si au début, j’ai apprécié sa prévenance, j’ai fini par être agacée par sa manière de revenir sans cesse sur ses décisions. Le jeune homme alterne ainsi entre envie irrépressible de serrer Livia dans ses bras, et celle de s’éloigner d’elle pour ne pas la faire souffrir. Une précaution plus qu’inutile si l’on considère la force de caractère de la jeune fille.

En effet, envolée la Livia timide et soumise des années 50 ! Place à Jess, son prénom d’emprunt, une adolescente de 17 ans sympathique, mais qui ne se laisse pas marcher sur les pieds comme ses camarades de lycée le découvriront. Oui, Kate a insisté pour que Livia, ou plutôt Jess, renoue le plus tôt possible avec un semblant de normalité. Mais les lycéens d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes que ceux de son époque, et il lui faudra un petit temps d’adaptation pour être en phase avec ces derniers. J’ai trouvé intéressant de voir comment une jeune fille ayant été élevée dans une Amérique traditionnelle et puritaine s’adapte à sa nouvelle vie, aux nouvelles technologies et s’émerveille, ou au contraire reste abasourdie, devant les mœurs actuelles comme cette exposition des corps qui la choque.

De fil et en aiguille, Livia laisse tomber ses réserves et s’approprie nos codes même si elle conserve, au fond d’elle-même, certaines valeurs de son époque. Un mélange des mentalités qui rend la jeune fille atypique tout comme ses fascinantes capacités cognitives qui font d’elle un être hors norme ! Ressentir l’état émotionnel d’autrui, parfois en images, anticiper certaines actions, persuader les gens d’une simple phrase, retenir les informations instantanément… Tout autant d’atouts précieux dans la guerre que mène Livia contre l’organisation qui l’a kidnappée. Il est juste dommage que tout semble trop simple, la jeune fille arrivant plutôt facilement à dompter ses capacités, et à les utiliser sur ses ennemis comme sur ses proches quand les circonstances l’exigent…

Il faut d’ailleurs lui reconnaître une certaine témérité puisqu’elle n’hésitera pas à se mettre en danger pour en apprendre plus sur son passé, sur les raisons qui ont poussé une organisation à la kidnapper, et à la maintenir en vie dans un caisson pendant si longtemps. Obtenir des réponses aux questions qui la tourmentent se transforme presque en obsession pour Livia, ce qui finit par créer un fossé entre elle et Kate plus intéressée par l’avenir que le passé. Et puis il y a cette quête urgente qui a pris racine dans les étranges rêves de Livia durant lesquels un jeune homme la supplie de l’aider… Elle ne peut rester sourde à ses appels répétés et de plus en plus désespérés.

À cela s’ajoute le mystère que représente l’organisation responsable des malheurs de Livia et dont on perçoit, tout au long du roman, la toute-puissance et la menace qu’elle représente pour nos protagonistes. Arriveront-ils un jour à mener une existence normale alors que des individus influents et avec des moyens technologiques faramineux sont bien décidés à rattraper à n’importe quel prix leur « investissement »  ? Une question qui nous tient en haleine d’autant que la fin nous laisse dans une situation plutôt angoissante. Le tome 2 promet donc d’être mouvementé, et je l’espère, riche en révélations !

Petite originalité, en plus de l’histoire principale, l’autrice nous propose de revivre les grandes étapes du récit, mais cette fois-ci, du point de vue de William. Une démarche qui devrait plaire aux amateurs de romance puisqu’on découvre plus en détail ses sentiments pour Livia, et sa lutte intérieure incessante pour ne pas y succomber. Cet aspect m’a quelque peu ennuyée, mais j’ai apprécié, en revanche, de pouvoir « combler les trous », l’autrice nous dévoilant toutes les actions et agissements de William dont Livia n’a pas eu connaissance.

La plume de Lauren Peretti m’a, quant à elle, séduite : fluide, travaillée tout en restant accessible, elle se révèle aussi agréable qu’efficace pour vous immerger dans le récit et vous faire ressentir les doutes et les émotions des personnages. J’ai ainsi apprécié cette mise en avant des sentiments et des relations qu’elles soient amoureuses ou plus difficiles à cerner à l’instar de celle unissant Kate à Livia. J’aurais toutefois apprécié que l’action soit un peu plus présente, une certaine impression de lenteur et de tourner en rond ayant fini par s’emparer de moi durant ma lecture. Un trop-plein de « je t’aime, mais je ne peux pas être avec toi » et de « je t’aime, mais pourquoi tu me rejettes », probablement…

En conclusion, Adaptation pose les jalons d’une trilogie intense dans laquelle le mystère côtoie l’amour, peut-être un peu trop d’ailleurs puisque ce premier tome est principalement centré sur la relation naissante et difficile entre une héroïne sans repères et un jeune homme blessé par la vie. Les lecteurs aimant les histoires d’amour contrariées, mais pas malsaines, devraient donc trouver leur bonheur. Si j’ai regretté la prépondérance de la romance et les longueurs qui lui sont associées, j’ai, en revanche, apprécié l’imaginaire de l’autrice et cette fin qui laisse entrevoir un deuxième tome peut-être plus porté sur l’action. Et puis entre une mystérieuse organisation aux méthodes peu louables, un certain suspense et la découverte d’une héroïne aux capacités hors norme bien décidée à se rapproprier sa vie, le divertissement est au rendez-vous.

Retrouvez le roman sur le site de Rebelle éditions.

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La princesse fantôme, Laure St Andréa

Je remercie Laure St Andrea de m’avoir permis de découvrir son roman La princesse fantôme.

RÉSUMÉ AUTEURE

En 948, trois royaumes se disputent Seillos, gros bourg minier au commerce florissant. La guerre est aux portes de la ville et une négociation de la dernière chance est organisée. Exilée à Seillos pour des raisons mystérieuses, Wilia,16 ans, doit apprendre à se débrouiller seule. Accusée de sorcellerie, elle doit fuir de nouveau. Devenue l’apprentie du médecin royal, pourra-t-elle faire confiance à Pedr, le neveu de la reine ? Un personnage surgi du passé vient s’inviter au cœur de la lutte fratricide qui oppose deux conceptions du monde. Qui pourra rétablir la paix

Auto-édité (22 juillet 2018) – 359 pages – Broché (12,55€) – Ebook (2,99€)

AVIS

Devant le récapitulatif des personnages en début de roman, j’ai eu un peu peur de me perdre entre les différents noms alors que ce ne fut pas le cas, bien au contraire. Les personnages sont tellement différents les uns des autres qu’il est impossible de se mélanger les pinceaux d’autant que l’autrice a eu la très bonne idée de les introduire au fur et à mesure de l’histoire. On découvre ainsi Wilia, une jeune fille de 16 ans qui a dû quitter sa famille pour une raison mystérieuse… D’abord apprentie auprès d’une tisserande fort sympathique malgré le peu d’intérêt de son élève pour son art, elle devient l’élève du mire de la reine Alinor du Royaume de Transamatta. Une aubaine pour cette jeune fille qui se rêvait bien plus guérisseuse que tisseuse !

Si elle attire la sympathie de tous, à commencer par celle de la mère de la souveraine, elle se fait néanmoins une ennemie qui, mue par la jalousie, fera tout en son pouvoir pour lui nuire quitte à l’espionner et à l’accuser de sorcellerie. Une accusation grave à cette époque où la religion chrétienne se propage, notamment au Royaume de Némétone où le frère de la reine Alinor convertit de force ses ouailles en voyant dans cette religion un excellent moyen de contrôler les masses. Il est intéressant de voir se dessiner le schisme entre les anciennes croyances polythéistes et cette religion chrétienne monothéiste ayant tendance à l’intolérance. Les moines se révèlent donc prompts à vouloir se débarrasser de Wilia accusée de sorcellerie quand ses actes relèvent plus de la botanique et du savoir médical que du surnaturel. Mais n’est-ce pas d’ailleurs ce qui les dérange vraiment, laisser une femme accéder au savoir et donc à une forme de pouvoir qui met en danger leur autorité ?

Une question que l’on est en droit de se poser dans un contexte géopolitique tendu où s’affrontent deux forces défendant une vision antagoniste du monde. D’un côté, il y a la reine Alinor à la tête d’un royaume où l’on hérite de mère en fille du pouvoir et au sein duquel les anciennes croyances ont toute leur place tout comme la magie, et de l’autre, se trouve son frère qui, pour instaurer un régime politique fort et impitoyable, est bien décidé à s’appuyer sur ce Dieu unique auquel il ne croit pas lui-même… J’ai beaucoup aimé cette idée de matrilignage assez rare en fantasy d’autant que l’autrice nous montre, à travers l’injustice ressentie par le frère aîné de la reine Alinor d’avoir été évincé du trône de Transamatta, que cette manière de passer le pouvoir est tout aussi injuste que celle consistant à couronner un homme en raison de son sexe. Fantasy ou non, l’égalité des sexes éviterait bien des rancœurs !

Si on comprend donc sans peine le ressentiment du frère, on ne peut, en revanche, approuver son comportement, sa méchanceté et la perfidie de cet homme prêt à tout pour conquérir le royaume de sa sœur alors même qu’un ennemi historique menace l’équilibre de la région. Les Romains tenus en échec par Vercingétorix, il y a maintenant mille ans, semblent, en effet, bien décidés à prendre leur revanche sur l’Histoire ! Diviser pour mieux régner ? Une tactique qui a longtemps fait ses preuves a fortiori quand les belligérants se détestent déjà et que les alliances de fortune tendent à voler en éclats devant les ambitions de chacun… J’ai adoré que l’autrice transforme un fait historique connu de tous, la défaite de Vercingétorix, en une victoire, les perdants devenant les gagnants dans cette uchronie. J’ai néanmoins été un peu frustrée que cet aspect ne soit pas un peu plus exploité, mais ce n’est peut-être qu’une envie très Obélixienne de ma part de « casser du Romain ».

La Princesse fantôme est un roman intéressant par les questions qu’il soulève notamment sur la religion et l’intolérance, et cette idée qu’un régime matriarcal n’est pas forcément plus juste qu’un régime patriarcal… Mais l’intérêt de l’histoire réside avant tout, du moins pour moi, dans la découverte de Wilia, une jeune fille attachante, débrouillarde et intelligente qui va, à l’aide de ses amis et de son mentor, faire de son mieux pour aider la reine et le royaume... Elle n’hésitera pas d’ailleurs à se lancer sur les traces d’un héros de légende qui devrait vous réserver quelques surprises.

Capable de douceur et d’une grande empathie, mais aussi de s’emporter à la moindre contrariété, Wilia est un personnage haut en couleur que j’ai beaucoup apprécié. Au gré de ses rencontres et de ses aventures à la cour, elle va doucement évoluer tout en restant fidèle à elle-même et à ses valeurs. Une évolution réaliste qui passe aussi par la découverte du sentiment amoureux. La jeune femme ne sera, en effet, pas insensible au charme d’un certain jeune homme bien qu’il lui faille un certain temps pour démêler ses sentiments, ce dernier ayant tendance à susciter en elle des réactions fortes et contradictoires…

Autre personnage phare du roman bien que de par son éducation, il reste dans une certaine mesure en retrait, le prince Pedr, neveu de la reine et fils de son belliqueux de frère, est probablement celui qui évolue le plus. Privé de sa mère trop jeune et élevé à la dure par un père plus préoccupé par le pouvoir que son fils, il a appris à cacher ses sentiments et à se forger une solide carapace. Une carapace qui va, petit à petit, se fendre grâce à Wilia qui suscitera en lui des réactions vives, la jeune fille aimant beaucoup le titiller, ce qui ne sera d’ailleurs pas pour lui déplaire. Après des années d’indifférence paternelle, cette attention inattendue et désintéressée ne pourra que provoquer en lui un maelström d’émotions… Et puis plutôt drôle sous ses airs de prince sérieux et imperturbable, il trouvera en Wilia un bon « adversaire » pour des joutes verbales endiablées et pleines de piquants !

J’ai beaucoup apprécié la relation entre Wilia et Pedr qui, bien que parfois un peu enfantine, ce qui n’est pas étonnant si l’on considère l’âge et l’inexpérience des deux personnages, dégage une certaine légèreté et simplicité… Une petite bulle d’humour, de douceur et de tendresse bienvenue et plutôt touchante qui vient contrebalancer la folie guerrière des adultes ! Mais le rapprochement entre une simple fille de bûcheron qui semble cacher un secret, et un prince déjà fiancé à une princesse dont on n’a plus de nouvelles depuis des années, est-il vraiment possible ?

Une question dont je vous laisserai le plaisir de découvrir la réponse même si en ce qui me concerne, je n’ai pas été surprise par le dénouement ayant vite anticipé le retournement de situation final. Mais cela ne m’a pas empêchée de passer un très bon moment de lecture et de dévorer le livre en deux soirées. Il faut dire qu’en plus d’une mise en pages aérée, la présence de nombreux dialogues apportant un certain dynamisme et beaucoup de fluidité à la lecture, la plume immersive et tout en finesse de l’autrice rend la lecture aussi rapide qu’agréable.

En conclusion, destiné d’abord à un public adolescent, ce livre devrait néanmoins séduire les lecteurs de tout âge en quête d’un récit simple, mais non simpliste, qui met en scène une jeune fille attachante, ni héroïne, ni pleutre, qui embrasse avec courage son destin et celui de son royaume. Charmée autant par la jolie plume de l’autrice qui nous plonge sans réserve dans son imaginaire que cette histoire mêlant avec brio enjeux géopolitiques, religion, amitié, amour, secrets de famille, jalousie, trahisons, et mystère, La princesse fantôme m’a fait passer un très bon moment de lecture.

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Page FB Site de l’autrice

Feuilletez/découvrez le roman sur Amazon.

Le Trésor de Sunthy, Arnaud Friedmann

Je remercie Lucca Éditions de m’avoir permis de découvrir Le Trésor de Sunthy d’Arnaud Friedmann.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Suite à l’annonce de la maladie grave de son grand-père, Garance réalise qu’elle ne sait pas grand-chose de lui, notamment de sa jeunesse et des circonstances qui l’ont mené loin de son pays natal, le Cambodge. Comme pour rattraper ou rallonger le temps, elle lui rend visite aussi souvent que possible et l’interroge sur son passé. Ce passé qui risque bien de changer sa propre vie et sa relation avec ses parents…

Lucca/Hikari Éditions (17 mai 2019) – 11-13 ans – 240 pages – Broché (11,90€)

AVIS

En plus de la superbe couverture qui représente à merveille le fond du livre, une jeune fille sur les traces de ses ancêtres, j’ai été attirée par l’idée de découvrir une jolie relation entre un grand-père et sa petite-fille que les non-dits et les silences ont longtemps tenus à distance… Et je peux déjà vous dire que je ressors complètement attendrie et émue par cette lecture dans laquelle Arnaud Friedmann a su m’immerger dès les premières pages.

Suite à une remarque idiote d’un ami, Garance en vient à s’interroger sur ses origines cambodgiennes qui donnent lieu à une véritable omerta au sein de sa famille. Le père de l’adolescente de quatorze ans semble avoir coupé le lien avec ses racines se refusant à interroger son propre père sur sa vie au Cambodge qu’il a été contraint de fuir, et sa mère, d’origine française, se révèle peu encline à se lancer sur la piste des ancêtres de son époux.

Garance n’aura donc pas d’autre choix pour en apprendre plus que d’interroger son grand-père paternel qu’elle connaît finalement très peu… Au fil de ses visites à l’hôpital où, gravement malade, il séjourne, elle apprend à connaître ce grand-père qui lui est longtemps apparu intimidant, voire insaisissable. C’est que discret par nature et, probablement par culture, il ne s’épanche pas facilement sur ses sentiments et sur ce passé dont son propre fils ne s’est jamais préoccupé… Touché par l’intérêt soudain de sa petite-fille pour son histoire, il consentira heureusement à répondre aux questions qu’elle lui pose que ce soit directement ou en l’encourageant à lire le mémoire d’un étudiant qui l’a interviewé, il y a quelques années, sur son passé et les circonstances de son arrivée en France. En découvrant son témoignage plein de pudeur et de retenue, j’ai été frappée par l’humanisme de cet homme qui a affronté des choses innommables et qui a perdu des êtres chers, mais qui ne tombe jamais dans la haine ni la diabolisation des Khmers rouges

Se noue entre le grand-père et sa petite-fille une jolie relation empreinte de tendresse et de douceur qui m’a beaucoup émue. Pas d’effusion ou de grandes embrassades, mais des petits gestes qui traduisent leurs sentiments. Mais le temps les rattrape et bientôt, Garance devra poursuivre son enquête sur les traces de ses origines sans son parent… Ce sera alors le début d’un voyage qui la changera à jamais et qui lui permettra de renouer avec tout un pan du passé de son grand-père, et de cette culture qui appartient à son histoire familiale et dont on l’a longtemps tenue éloignée.

Je dois avouer que j’ai été assez dubitative devant l’attitude de ses parents que ce soit sa mère, psychologue, qui manque singulièrement d’empathie et de prévenance, ou son père dont je n’ai pas réussi à comprendre, à l’instar de Garance, l’absence de curiosité et d’intérêt pour la vie de son père et du pays de ses ancêtres. Mais j’imagine que face à un déracinement, chacun réagit différemment, et qu’il n’est pas donné à tout le monde de pouvoir affronter sa propre histoire, notamment quand elle est entachée de drames.

À travers ce récit plein de sensibilité, l’auteur aborde avec une certaine délicatesse la complexe question de l’identité, des origines, de l’immigration et de l’intégration. Est-ce que s’intégrer signifie tirer un trait sur l’histoire, la culture et le pays d’origine de sa famille comme semble le penser le père de Garance ou n’y a-t-il pas, au contraire, un moyen de faire concilier passé et présent pour construire sa propre identité comme le fait si bien Garance ? Ce livre n’apporte pas de réponse puisque cela dépendra de son propre vécu et de sa sensibilité, mais il offre une jolie réflexion sur le sujet. Il permet également, au passage, de démystifier certaines idées sur l’immigration et les problèmes d’intégration en montrant que la peur relative aux vagues d’immigration ne date pas d’hier…

En levant progressivement le voile sur le passé du grand-père de Garance, l’auteur revient sur une période mouvementée du Cambodge avec l’arrivée au pouvoir des Khmers rouges en 1975, mais il le fait de manière concise et très humaine. Plus que l’histoire avec un grand H, c’est donc celle d’un homme comme les autres pris dans les turpitudes de son pays et de son époque qui est ici au cœur du roman. Une approche efficace et accessible qui permettra aux lecteurs de tout âge de se plonger corps et âme dans un récit qui ne pourra que les toucher. Intense et sans temps mort, ce livre se lit donc très vite sans oublier son découpage intelligent en plusieurs parties qui guide à la perfection la lecture, notamment des jeunes lecteurs. Simple mais travaillée, la plume de l’auteur est, quant à elle, très agréable d’autant qu’elle dégage un certain dynamisme qui se retrouve d’ailleurs dans la personnalité de Garance.

L’adolescente va faire des découvertes parfois difficiles, mais elle ne perd jamais son entrain ni son enthousiasme pour faire la lumière sur le passé de son grand-père. C’est donc avec courage, optimisme et pugnacité qu’elle fera tomber toutes les barrières qui se dresseront sur son chemin qu’elles soient familiales, historiques ou géographiques. Pour ce faire, elle pourra compter sur le soutien de ses amis, mais aussi sur celui d’un garçon qui l’éveillera aux sentiments amoureux. N’oublions pas que Garance reste une adolescente comme les autres et que son envie de renouer avec ses racines ne l’empêche pas de partager les mêmes préoccupations que les jeunes de son âge…

Tout au long de ce travail de recherche et de mémoire que fait la jeune fille, se dessine également un certain hommage au métier d’historien dont on découvre la difficulté de plonger au cœur de l’histoire et d’en restituer avec fiabilité les événements, les sources devant toujours être questionnées et les données contextualisées… Un aspect du roman assez subtil, car très bien intégré au récit, que j’ai trouvé très inspirant que l’on apprécie ou non l’histoire.

En conclusion, Le Trésor de Sunthy, un titre énigmatique dont vous découvrirez en fin d’ouvrage l’explication, est un superbe récit qui alterne entre France et Cambodge, entre présent et souvenirs du passé. Un passé qui prend vie grâce à la quête de vérité d’une adolescente bien décidée à se réapproprier ses origines et cette histoire familiale dont on l’a trop longtemps dépossédée. Un voyage dans le temps et dans l’espace qui la changera à jamais… Cette histoire offre également une réflexion plus que jamais d’actualité sur l’immigration et l’intégration, mais aussi sur l’importance de savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. Touchant, plein de délicatesse et d’émotions, voici un roman intergénérationnel que je ne peux que vous conseiller.

Feuilletez un extrait /retrouvez le roman sur le site de Lucca Éditions.

Salomé et les femmes de parole, Nathalie Charles

Couverture Salomé et les femmes de parole

Je remercie NetGalley et les éditions Rageot pour m’avoir permis de découvrir Salomé et les femmes de parole de Nathalie Charles.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Salomé entre en 6e, dans un tout nouveau collège. Rêveuse, amoureuse des mots grâce à sa mère traductrice, inventrice d’interviews imaginaires, elle est qualifiée d’« intello » par certains. Timide, elle sait réagir face à l’injustice. Sa grande rivale en classe est Capucine, déléguée et initiatrice de rumeurs. Bientôt, Salomé relève un défi : proposer un nom pour le collège. À cette fin, elle doit être parrainée par un professeur et faire un exposé devant ses pairs pour les convaincre de voter en sa faveur. Capucine se lance aussi dans ce défi. Quel personne célèbre va choisir Salomé ? Dans ce collège, parmi tous ses camarades, saura-t-elle trouver sa place ?

Rageot Éditeur (9 mai 2019) – 9/12 ans – Broché (12,90€) – Ebook (9,99€)

AVIS

Faire son entrée au collège, c’est toujours une grande étape dans la vie d’un enfant… Mais Salomé peut heureusement compter sur le soutien de sa meilleure amie, Emma, qu’elle aura d’ailleurs la chance de retrouver dans sa classe. Malgré cette bonne surprise, tout n’est pas rose au collège ! Entre les moqueries des autres élèves de sa classe, les rivalités et les injustices, Salomé aura de quoi occuper ses journées.

N’oublions pas non plus ce projet qui mobilisera une bonne partie des collégiens : la délicate tâche de trouver un nom à ce collège fraîchement sorti de terre. Alors que les esprits s’échauffent et que la compétition fait rage, Salomé est bien décidée à proposer le nom d’une personnalité qui a marqué les esprits, mais qu’on ne retrouve pas à chaque coin de rue… Et parce qu’une conversation avec sa cousine lui a permis d’ouvrir les yeux sur certaines inégalités, la collégienne désire honorer la mémoire d’une femme. Reste à choisir l’heureuse élue…

Il y a donc une touche de féminisme bienvenue dans cet ouvrage qui montre à quel point toutes ces femmes célèbres, qui ont pourtant contribué à façonner le monde d’aujourd’hui, sont peu représentées dans l’espace public. C’est donc avec plaisir que l’on suit Salomé dans sa recherche du nom idéal, celui d’une femme ordinaire qui a fait quelque chose d’extraordinaire. Je ne vous gâcherai pas la surprise, mais je dois dire que je trouve le choix de Salomé très bien trouvé, le combat de cette femme héroïque étant hélas toujours d’actualité…

Si cette question du futur nom de l’établissement scolaire et les tensions qu’elle fait émerger forment le fil conducteur du roman, Nathalie Charles évoque également d’autres thèmes qui ne manqueront pas de parler aux enfants : les peurs liées à un nouvel environnement et à de nouvelles habitudes, les moqueries des autres quand on a le malheur de ne pas entrer dans la norme, les complexes, les professeurs qui ne semblent pas toujours très justes, le manque de confiance en soi, mais aussi l’amitié, l’entraide, la nécessité de croire en ses rêves et d’affronter ses peurs, la famille…

Bien que mes années collège soient dorénavant loin derrière moi, les aventures de Salomé et de ses amis ont néanmoins fait remonter quelques souvenirs à la surface comme cette étiquette d’intello qu’on a tôt fait de vous coller à la peau… Mais contrairement à la collégienne timide que j’étais, Salomé a assez de caractère pour se défendre, et prouver à la peste de sa classe, la stupidité de ces étiquettes distribuées à l’emporte-pièce. Salomé m’a ainsi épatée par son intelligence, sa capacité d’adaptation et la force de ses convictions. Elle ne tombe jamais dans la provocation, mais va jusqu’au bout de ses idées, ce qui la rend aussi attachante qu’intéressante.

Cette force de caractère est encouragée par le cadre familial stable dans lequel évolue la jeune fille. Si je regrette parfois l’éviction des parents dans les livres jeunesse, l’autrice a brossé ici le portrait d’une famille unie et soudée avec une mère interprète occupée mais toujours à l’écoute, un père stressé mais impliqué dans l’éducation de ses enfants, un grand frère peu intéressé par l’effort intellectuel, et une grand-mère très jeune d’esprit aussi douée pour faire de bons petits gâteaux que donner de bons conseils… Un portrait familial touchant et réaliste qui nous donne l’impression d’entrer de plain-pied dans la vie de cette charmante famille qu’on a d’ailleurs bien du mal à quitter. 

En conclusion, d’une plume simple mais très agréable, Nathalie Charles nous immerge dans la vie d’une jeune fille à laquelle il est bien difficile de ne pas s’attacher, et ceci quel que soit l’âge du lecteur. Entre l’entrée dans cette année de 6ème tellement redoutée, l’amitié, les rivalités, et une mission à laquelle elle se donne complètement, Salomé va vivre des moments forts qui la feront grandir, et lui prouveront l’importance de se battre pour ses valeurs… Voici une collégienne pleine de courage qui ne devrait pas manquer d’inspirer les enfants et leur donner envie de découvrir la suite de ses aventures.

Découvrez un extrait du roman sur le site des éditions Rageot.

Save our souls – Tome 1 : Sans attache, Elle Guyon

J’ai lu Save our souls : Sans attache d’Elle Guyon dans le cadre du Prix des auteurs inconnus, le roman concourant dans la catégorie Young Adult.

PRÉSENTATION

Sous une écharpe élimée et un blouson trop grand pour lui, Aldric s’obstine à cacher aux autres lycéens sa vie de marginal. Mais une succession de mauvais choix le précipite vers une issue fatale. Loin d’en avoir conscience, il agresse même la seule personne capable de modifier son avenir, la jeune Riane. Épaulée par son gardien, un immortel, celle-ci tente le tout pour le tout pour défier le destin et lui sauver la vie, car c’est la survie de sa propre âme qui est en jeu… Mais comment mener sa mission à bien quand celui que vous devez protéger se rebelle et quand votre allié vous cache des informations capitales ? Et si ce qui s’est passé il y a près de trois cents ans était la clé de la réussite ?

Auto-édition (1 décembre 2017) – 222 pages – Ebook (2,99€) – Broché (13€)

AVIS

En voyant la couverture et le titre, j’ai eu un peu peur de tomber sur l’une de ces romances malsaines à la vogue auxquelles j’ai beaucoup de mal à adhérer. Mais que nenni ! Il est bien ici question de sauver un jeune homme perdu, mais l’autrice nous épargne les clichés et les bons sentiments.

Riane désire ardemment sauver la vie d’Aldric, mais pas par bonté d’âme ou un amour inconditionnel pour un individu qu’elle vient de rencontrer. Non, Aldric est sa mission et sauver sa vie, c’est le seul moyen de sauver sa propre âme. La mission se révélera néanmoins assez périlleuse, le jeune homme étant un aimant à ennuis. Il faut dire que contraint de vivre dans rue, il est loin d’avoir la vie d’un lycéen lambda. Quand ses petits camarades peuvent se permettre une certaine futilité, Aldric doit lui s’assurer de trouver de quoi manger tout en veillant à ne pas se faire voler ses maigres possessions.

On ne tombe néanmoins jamais dans le pathos ce qui tient en partie au sale caractère de ce lycéen qui a érigé, autant par honte que nécessité, des barrières tout autour de lui. Si ces dernières suffisent à tenir éloigner ses anciens amis de sa vie de marginal, elles cèderont petit à petit face à la pugnacité de Riane qui est bien décidée à remplir sa mission. Elle n’a de toute manière pas le choix, aucune seconde chance ne lui sera accordée…

Dès le début du roman, l’autrice insuffle un certain mystère à son récit ne distillant qu’au compte-gouttes les informations sur Riane et sur les autres personnages gravitant autour d’elle à l’instar de son gardien, Gebrail, et du meilleur ami de ce dernier, Jeremy. Nous apprenons d’ailleurs à mieux connaître ces deux hommes, et plus particulièrement Jeremy, à travers des flashback qui nous transportent au XVIIIe siècle. S’il faut un peu de temps pour comprendre l’intérêt de ces retours dans le passé, on se rendra compte qu’ils nous permettent de mieux appréhender la situation présente et le comportement des deux gardiens. Deux hommes qui, bien que meilleurs amis, ont des personnalités diamétralement opposées, l’un étant plutôt du genre taciturne, et l’autre bien plus avenant et souriant. Mais malgré leurs différences, ils partagent tous les deux des blessures profondes, les années ne les ayant pas épargnés…

C’est peut-être parce que je suis adulte, mais j’ai été bien plus touchée par l’histoire de ces gardiens charismatiques sur lesquels plane une aura de mystère que par l’histoire entre Riane et Aldric. Celle-ci n’en demeure pas moins intéressante, la rencontre entre les deux lycéens ainsi que leurs échanges ne manquant pas de piquant. Méfiant, Aldric aura ainsi du mal à faire une place dans sa vie à cette fille qui fait montre à son égard d’une curiosité et d’une attention dont il n’a plus vraiment l’habitude. Quant à Riane, elle se méfie de ce jeune homme dont elle a vu les facettes les moins reluisantes. Au gré des épreuves et des coups durs, ils finiront néanmoins par nouer une certaine complicité. 

J’ai, pour ma part, apprécié que l’autrice prenne le temps de faire évoluer la relation entre les deux personnages. Riane perd ainsi peu à peu ses a priori sur « sa mission » qui devient bien plus que cela. Une situation qui ne plaira d’ailleurs guère à son gardien qui aimerait qu’elle veille sur Aldric avec un professionnalisme dénué de sentiments. Quant à Aldric, malgré ses réticences de départ et sa propension à se replier sur lui-même, il finit par considérer d’un autre œil cette enquiquinante camarade de classe qui apporte un peu de cette lumière et de cet espoir qui avaient déserté sa vie. Mais rien n’est simple, et la dure réalité va les rattraper…

Le roman étant relativement court, Elle Guyon ne s’embarrasse pas de détails et de descriptions superflus ce qui ne m’a pas empêchée d’être complètement embarquée dans son univers, et d’apprécier l’aura de mystère qu’elle fait planer sur son récit. Pas de place à l’ennui d’autant que les nombreux dialogues, la tension et l’alternance passé/présent apportent un certain dynamisme à ce roman dont on tourne les pages avec plaisir.

Au-delà de l’action et des personnages, j’ai également été séduite par la très jolie plume de l’autrice qui arrive à retranscrire avec force et authenticité les émotions des personnages. Ils nous touchent, nous agacent, nous font craindre le pire… mais ne nous laissent jamais indifférents. Ma seule petite frustration provient des seconds rôles qui n’ont pas encore dévoilé tout leur potentiel dans ce premier tome. Mais je croise les doigts pour que la suite des aventures nous permette de mieux les appréhender et de saisir leur rôle dans cette histoire dont on sent le soin porté aux détails.

En conclusion, ce premier tome d’une trilogie dont je lirai la suite avec plaisir a su me séduire autant pour la qualité de la plume de l’autrice que l’intrigue qui, bien qu’elle mériterait peut-être d’être un peu plus étoffée, n’est pas dénuée de charme. Si vous avez envie d’une histoire prenante et empreinte d’un certain mystère, ce roman fantastique alternant entre passé et présent devrait vous plaire.

Elle Guyon

Source : Amazon

Site de l’autricePage FB de l’autrice
Feuilletez/achetez le roman sur Amazon

Double 6, Emmanuel Trédez

Je remercie NetGalley et les éditions Didier jeunesse pour cette lecture.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Hadrien est porté disparu. On le soupçonne d’avoir fugué. Deux policiers font irruption dans sa classe et mènent une série d’interrogatoires auprès des collégiens.
Car Hadrien est un véritable mystère. Personne ne connaît le secret de ce garçon aux multiples facettes… Tantôt effacé, tantôt bagarreur, excellent élève le lundi et mauvais le mardi, il semble avoir réussi à se mettre tout le monde à dos. Sa petite amie elle-même ne comprend rien à ce garçon qui lui envoyait des poèmes avant de la repousser brutalement… Est-il vraiment celui qu’il prétend être ? Sa disparition pourrait bien bouleverser toutes les certitudes de ses proches ! Fugue, enquête, double jeu…

Didier Jeunesse (9 mai 2019) – 9/12 ans – 160 pages – Broché (12€) – Ebook (9,99€)

AVIS

Double 6, double je… Un adolescent, deux personnalités !

Quand deux agents de police accompagnés de la grand-mère d’Hadrien débarquent dans la classe du collégien, ses camarades apprennent sa disparition. Fugue ou événement plus grave ?

Il faut faire vite afin de retrouver le jeune homme, sain et sauf de préférence. Les policiers entreprennent donc une série d’interrogatoires et recueillent les confidences des élèves les plus susceptibles de leur donner des informations sur le disparu : son meilleur ami, un camarade de foot, sa petite amie, et même son « ennemi » avec lequel il a eu récemment maille à partir.

De ces interrogatoires menés avec beaucoup de délicatesse, se dresse le portrait d’un adolescent énigmatique et tout en contradictions. Charmeur un jour, distant le lendemain, très doux tout en étant capable d’une grande violence, plein d’assurance quand il s’agit de faire rire ses camarades, mais victime d’une attendrissante timidité lors de ses interventions en classe… Difficile de savoir que penser de cet adolescent, sorte de version collégienne de Dr. Jekyll and Mr. Hyde.

Ce double jeu pimente la lecture puisque l’on ne peut s’empêcher de former un certain nombre d’hypothèses pouvant expliquer une telle inconstance et un comportement aussi déroutant. Un suspense renforcé par les interrogatoires qui nous donnent l’impression d’assister à une vraie enquête policière. Puis la vérité se lève sur Hadrien, un adolescent aux multiples facettes qui se dévoile à nous dans toute sa sensibilité.

Et de la sensibilité, il y en a dans ce joli roman qui est pour l’auteur l’occasion d’aborder différents sujets comme la famille, le deuil et la manière dont chacun y fait face, les premiers sentiments amoureux et cette question obsédante du premier baiser qui a hanté et hantera encore de nombreuses personnes, la confiance en soi, la pression parentale qui place la réussite scolaire au centre de tout quitte à faire peser un poids bien trop lourd sur les épaules d’adolescents en construction, les mensonges et leurs conséquences…

Des sujets qui parleront aux jeunes lecteurs qui, je n’en doute pas, arriveront sans peine à s’immerger pleinement dans le récit et à s’identifier aux différents personnages et aux problématiques qu’ils rencontrent. Pour ma part, même en tant qu’adulte, j’ai pris plaisir à suivre le mystère qui entoure Hadrien d’autant que la plume de l’auteur m’a séduite. Simple afin de rester accessible au public visé, les 9/12 ans, elle n’en demeure pas moins agréable et rythmée.

Cerise sur le gâteau, le roman est entrecoupé d’haïkus, ces poèmes japonais à la structure si reconnaissable qui, derrière leur brièveté, cachent une grande intensité. Poète dans l’âme, Hadrien se révélera plutôt doué dans ce domaine, un talent dont il fera profiter sa bien-aimée. Ce trait de sa personnalité ne pourra que séduire les amoureux des mots, ses compositions ne manquant ni de justesse ni d’humour.

En conclusion, grâce à un personnage intrigant à la personnalité complexe, l’auteur plonge ses lecteurs, petits et grands, dans une histoire prenante qui alterne habilement entre mystère et réflexions pertinentes autour de l’adolescence…

Lire un extrait du roman sur le site des Éditions Didier Jeunesse.

Bounty, Kurtis Wiebe – Mindy Lee

Bounty par Wiebe

Je remercie Babelio et les éditions Kinaye pour m’avoir permis de découvrir Bounty.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

LES BASTONNER. TIRER D’ABORD. SE FAIRE PAYER.

Les Gadflies étaient les criminelles les plus recherchées de la galaxie. Durant des années, elles ont dépouillé des sociétés immorales et redistribué leurs biens mal acquis aux pauvres. Ça leur a valu la réputation de « plus dangereuses hors-la-loi de l’univers », et la mise à prix de leurs têtes ! Maintenant, avec la loi qui les rattrape, les Gadflies sont contraintes d’abandonner leurs habits d’escrocs pour ceux de chasseurs de prime…

Si vous ne pouvez pas battre vos adversaires, rejoignez-les et dépouillez-les en douce !

Éditions Kinaye (12 avril 2019) – 144 pages – Papier (14,50€) – Ebook (6,99€)
Illustrations : Mindy Lee – Traduction : Romain Galand

AVIS

Après le très punchy Space Battle Lunchtime, les éditions Kinaye nous proposent un autre titre tout aussi coloré, Bounty. Porté par deux sœurs au physique et à la personnalité diamétralement opposés, ce titre saura plaire aux lecteurs de tout âge en quête d’un comics bourré d’action et non dénué d’un certain humour.

L’auteur nous plonge, dès les premières pages, dans un univers futuriste intéressant mais pas forcément des plus accueillants, du moins, quand on est deux sœurs dont la tête est mise à prix… Le règne des Gadflies semble bel et bien terminé, Nina et Georgie ayant été contraintes d’abandonner leur fortune personnelle et une très lucrative carrière de criminelles pour celle bien moins rentable de chasseurs de prime. Exit donc la grande vie et place à une lutte acharnée pour faire rentrer de l’argent dans les caisses presque vides ! Et ce n’est pas une mince affaire vu la concurrence comme cet exaspérant chasseur de prime, Sovereign, dont la popularité ne cesse de croître et leur faire de l’ombre. Mais en acceptant une nouvelle mission bien rémunérée, Georgie devrait offrir un nouveau souffle à son équipe à moins qu’elle n’ait mis le pied dans un engrenage dont elle n’a pas mesuré toutes les conséquences…

Devenir chasseur de prime, ce n’était définitivement pas l’avenir dont les deux sœurs rêvaient, mais l’essentiel est qu’elles aient pu rester ensemble et former une famille avec leur amie Viv, une hackeuse hors pair, une adorable minette et Alan, le mari de Georgie… Une équipe pour laquelle on se prend d’emblée d’affection même si avouons que parmi ces femmes à la personnalité chatoyante, le personnage d’Alan nous apparaît fade et presque superflu. On appréciera néanmoins ses interactions avec Nina qui aime le chambrer lors de leurs missions, Alan n’étant pas vraiment ce que l’on pourrait qualifier un homme de terrain. Nina aurait d’ailleurs préféré continuer à faire équipe avec Georgie comme au bon vieux temps…. Mais depuis sa blessure survenue quelques années plus tôt, cette dernière se cantonne à un rôle en coulisse organisant et planifiant les différentes missions de l’équipe depuis son vaisseau.

Si Georgie est la tête du duo de sœurs, Nina en est la main armée. Grande et musclée, cette femme impressionne par sa force physique et sa capacité à se jeter dans la mêlée même si elle apprendra à ses dépens qu’il vaut mieux parfois savoir attendre avant d’agir. Au fil des pages, on se rendra compte que derrière son côté badass et femme à forte tête, se cache une personne comme les autres avec des failles, des blessures et un secret qui la hante depuis bien trop longtemps… J’ai d’ailleurs apprécié la révélation faite en cours d’aventure puisqu’elle permet de voir l’intrigue sous un nouveau jour et apporte un autre éclairage sur la personnalité de Nina, bien plus complexe qu’au premier abord.

Nina et Georgie sont des femmes fortes et indépendantes qui n’ont pas froid aux yeux, mais leur amie Viv n’est pas en reste. Petit génie de l’informatique, cette hackeuse de choc devrait vous éblouir par ses talents, son humour et sa personnalité hors norme ! Son domaine à elle, c’est le virtuel et je peux vous dire qu’elle ne laisse rien au hasard et aucune chance à ses ennemis. Et puis dans un monde futuriste dans lequel la technologie domine, avoir quelqu’un comme elle dans son équipe ne peut qu’être un gros atout. Autre personnage atypique qui apporte également une bonne dose d’humour au récit, le Doc, un robot qui ne maîtrise pas vraiment les codes sociaux, ce qui donne des réparties hilarantes et l’impression d’être face à un psychopathe en puissance.

Au-delà des personnages attachants et de l’humour bien présent, les lecteurs aimant les récits menés tambour battant devraient être séduits par le rythme effréné de cette aventure dont les péripéties s’enchaînent sans aucun temps mort ! Pas de place à l’ennui donc, les nombreux temps forts et scènes d’action étant entrecoupés de flash-back qui permettent de mieux appréhender les tenants et aboutissants d’une histoire bien plus complexe qu’il n’y paraît. Il faut dire que bien que jeunesse, cet ouvrage n’est pas dénué d’une certaine profondeur.

L’action, qui est au cœur du récit, est parfaitement capturée par l’illustratrice dont la représentation très juste du mouvement apporte fluidité et dynamisme à la lecture. Les couleurs plutôt flashy et pleines de peps attirent, quant à elles, le regard des lecteurs qui n’auront alors pas d’autre choix que de vivre pleinement cette aventure dont on appréciera le degré de détails autant d’un point de vue visuel que narratif. J’ai, en outre, apprécié la complémentarité entre le travail de l’auteur et celui de l’illustratrice, le texte sachant se faire oublier durant les scènes d’action, et les illustrations arrivant à retranscrire à la perfection les émotions des personnages.

J’ai également apprécié les quelques discrètes, mais pertinentes allusions, à des travers de notre société comme l’impunité dont bénéficient les grands groupes ou cette médiatisation de tout et n’importe quoi. Mais l’atout charme de ce comics réside avant tout dans le superbe travail éditorial réalisé par la maison d’édition : illustration en grand format pour introduire chaque partie, papier glacé et épais et de très bonne qualité, couverture avec rabats, quelques bonus tels que le making-of du design des personnages… Tout autant de points qui font de cet ouvrage un très bel objet à posséder dans sa bibliothèque.

Bounty, Kurtis Wiebe

En conclusion, un univers futuriste immersif, une pincée de romance, une belle relation entre sœurs, du girl power, des personnages hauts en couleur, beaucoup d’action, du suspense, un art du flash-back maîtrisé, des illustrations pleines de peps et colorées, le tout saupoudré d’humour… Voilà la recette gagnante d’une aventure trépidante et immersive qui ne devrait pas manquer de vous faire sourire et de vous faire passer un très agréable moment de lecture.

Découvrez/achetez le livre sur le site des Éditions Kinaye.