Sale quart d’heure pour la mort, Karine Gournay

Sale quart d'heure pour la mort

Je remercie Évidence Éditions pour m’avoir permis de découvrir Sale quart d’heure pour la mort de Karine Gournay.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La journée n’avait pas si bien commencé que ça pour l’inspecteur Johnny Belle Gueule et c’était loin de s’arranger.

Car les deux enquêtes successives qu’il doit mener au cœur d’un bayou de Louisiane, chez la famille Broussart, propriétaires d’une ferme aux alligators, le conduiront sur des pistes plus qu’hantées par les Ombres du passé.

Mais c’est sans compter sur sa ténacité et son humour noir qui l’aideront entre autre à braver la Mort elle-même, en chair et en os…

Livre en promotion sur le site (8.40€ à la place de 14€)

AVIS

C’est la couverture quelque peu glaçante qui m’a donné envie de découvrir ce roman dont je n’avais jamais entendu parler, ce qui est fort dommage, car ce roman à la croisée de plusieurs genres est plutôt sympathique.

Nous découvrons ainsi Johnny Belle Gueule, un policier, qui est en route pour une enquête : un bébé a disparu ! Mais attention, cette disparition ne s’est pas faite n’importe où, mais à la ferme aux alligators de la famille Broussart. Un lieu inattendu qui place d’emblée le décor puisque l’autrice nous entraîne en Louisiane, dans un bayou.

Je dois d’ailleurs dire que c’est bien ce lieu inhabituel pour un roman français qui m’a plu, et qui m’a permis de me plonger immédiatement dans le récit. Je n’ai jamais mis un pied en Louisiane, mais mon compagnon y a fait des études, et j’ai pris plaisir à retrouver certains plats ou certains endroits dont il m’avait parlé. Et puis Karine Gournay arrive à merveille à retranscrire l’atmosphère si particulière qui se dégage de cet état américain. Une atmosphère parfois étouffante, parfois inquiétante, mais qui ne laisse jamais indifférent !

Et de l’inquiétant, l’autrice vous en propose ici, car ne vous y trompez pas, nous ne sommes pas face à une enquête classique comme va, petit à petit, le découvrir Johnny Belle Gueule. Le policier connaît bien la famille Broussart dont il appréciait le paternel maintenant décédé, mais il sait aussi que cette famille cache quelque chose. Cela le titille d’autant que le mystère semble s’épaissir à mesure qu’il progresse dans son enquête. Il y a cette femme au comportement versatile, ces secrets murmurés, une nouvelle disparition, une étrange apparition… Le surnaturel qui se fait d’abord discret prend de plus en plus d’importance apportant à l’ambiance du livre un côté mystérieux et dangereux. Surnaturel et réel finissent même par se fondre au point de déstabiliser notre policier qui ne sait plus à quel sens se fier.

Il faut dire que le pauvre, en plus d’avoir une enquête qui prend un tournant inattendu et qui semble se complexifier, il doit également faire face à une rencontre inhabituelle : la faucheuse en personne ! Personnifiée sous les traits d’une rousse flamboyante, celle-ci ne correspond pas vraiment à l’image que l’on pourrait s’en faire… L’autrice a ainsi joué la carte de l’originalité avec une faucheuse qui serait plus intéressée par des RTT qu’une promotion. Caustique, libérée et déterminée à obtenir ce qu’elle veut de notre enquêteur, la faucheuse est un personnage haut en couleur que j’ai beaucoup aimé. Heureusement que face à elle, Johnny Belle Gueule ne manque pas de répondant et de mordant.

Il prend au sérieux l’enquête d’autant qu’il connaît bien les personnes impliquées, mais cela ne l’empêche pas de faire preuve d’un certain sens de l’humour et  d’une bonne capacité d’auto-dérision. En plus de rendre l’ambiance un peu moins oppressante pour lui et les personnes avec lesquelles il échange, cela lui permet de prendre un peu de distance notamment envers des situations dont il a parfois du mal à saisir tous les enjeux. Amusant et habile enquêteur, Johnny Belle Gueule est un personnage qui ne laisse pas indifférent. Le roman est trop court pour que je me sois attachée à ce dernier, mais j’ai pris plaisir à le suivre dans ses cheminements de pensée et dans ses tentatives pour faire le jour sur une enquête plutôt opaque.

La plume de l’autrice est agréable, fluide et les dialogues plutôt naturels, un bon point si comme moi, vous abhorrez les échanges surjoués. Mais ce qui devrait vraiment rendre votre lecture immersive et prenante est sans aucun doute la narration mise en place par l’autrice qui alterne entre différents personnages et différentes époques. Cette alternance de points de vue apporte un certain dynamisme à l’intrigue tout en permettant de découvrir une galerie de personnage intéressante. Si j’ai apprécié de découvrir des personnages très différents les uns des autres et, en général, plutôt hauts en couleur, j’aurais peut-être préféré qu’ils soient moins nombreux, mais que leur psychologie soit un peu plus développée… Quant à l’alternance entre le présent et le passé, elle vous permettra progressivement d’assembler les pièces du puzzle, et de comprendre les raisons pour lesquelles le sort semble s’acharner sur la famille Broussard. Je préfère rester vague pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais je peux néanmoins vous dire que les bassesses humaines ne restant jamais impunies, les ombres du passé peuvent ternir le présent de la manière la plus surprenante qu’il soit.

À cet égard, l’autrice aborde en filigrane dans son roman un thème qui ne pourra que vous révolter : l’esclavagisme. À travers un personnage malmené par la vie, elle nous rappelle à quel point des hommes ont pu se montrer cruels avec d’autres hommes en raison de leur couleur de peau, et de leur supposée infériorité. Alors, on se révolte devant la violence physique et morale, et cette manière abjecte de nier à l’autre le droit de vivre simplement parce qu’il n’est pas né blanc. Certains passages m’ont beaucoup émue et retournée, car je ne doute pas que dans le passé, des femmes ont vraiment vécu ce que nous narre l’autrice. On crie à l’injustice, on frémit et on finit nous aussi par crier vengeance ou, du moins, justice !

En conclusion, dans Sale quart d’heure pour la mort, il est question d’enquêtes et de révélations, de secrets de famille, de crimes impunis, mais aussi de justice et de vengeance. Un livre à la croisée du fantastique et du roman policier qui se révèle, grâce à une narration alternée et des sauts dans le temps, diablement envoûtant. Un peu à l’image de la Louisiane, ce roman dégage une atmosphère aussi fascinante qu’étouffante que je ne peux que vous inviter à découvrir.

Et vous, envie de découvrir le roman ?
Retrouvez-le sur le site d’Évidence Éditions.

Grisha (tome 1), Leigh Bardugo

Couverture de « Grisha »

Je remercie les éditions Milan et Babelio pour le tome 1 de la série Grisha de Leigh Bardugo.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

OMBRE. GUERRE. CHAOS.
Un royaume envahi par les ténèbres.
Une élite magique qui se bat sans relâche contre ce mal.
Des citoyens envoyés en pâture aux créatures qui peuplent le Shadow Fold.
Parmi eux : Alina Starkov.
ESPOIR. DESTINÉE. RENOUVEAU.
L’avenir de tous repose sur les épaules d’une orpheline qui ignore tout de son pouvoir.
L’Invocatrice de lumière.

  • Broché: 350 pages
  • Éditeur : Éditions Milan (11 octobre 2017)
  • Prix : 15.90€

AVIS

Quand j’ai reçu un mail m’indiquant que j’allais recevoir les tomes 1 et 2 de Grisha, j’ai sauté de joie, cette série me tentant depuis un long moment autant pour l’histoire que le magnifique travail d’édition effectué par les éditions Milan : sublime couverture, dorures, carte en début d’ouvrage, prise en main agréable de l’ouvrage… La maison d’édition s’est ainsi assurée de vous donner envie de vous jeter sur cette petite merveille.

On peut, en effet, qualifier de petite merveille ce roman qui, dès les premières pages, vous dévoile un univers aussi sombre que passionnant, un univers façonné par Leigh Bardugo pour tenir en haleine ses lecteurs. C’est simple, de l’ambiance, au système politique en passant par les personnages, tout dans cette histoire m’a donné envie de tourner les pages les unes après les autres ! Malgré les nombreuses informations à assimiler, vous ne verrez donc pas le temps passer, les différents rouages de l’intrigue s’enchaînant naturellement…

On découvre d’ailleurs très tôt un élément essentiel et intrigant de l’histoire, un personnage à part entière qui n’a pourtant pas d’enveloppe charnelle : le Shadow Fold. Abritant de dangereuses créatures, dont on apprendra par la suite la terrifiante origine, ce brouillard maléfique est bien souvent synonyme de mort pour les individus qui tentent de le traverser. Peu de survivants donc, mais beaucoup de morts sans que personne ne puisse y faire grand-chose. Personne ? C’est ce que l’on croyait jusqu’à ce qu’un miracle se produise ! Et ce miracle prend l’apparence d’Alina, une orpheline devenue cartographe, et bien plus. Alors qu’elle se croyait quelconque, elle va se découvrir une grande destinée, une destinée qui va lui faire croiser la route d’un autre personnage hors du commun, le ténébreux et mystérieux Darkling. Cet homme influent aux grands pouvoirs va voir en la jeune fille l’avènement d’une nouvelle ère et accessoirement, la fin d’une guerre qui n’a que trop duré. Alina n’aura donc pas d’autre choix que de le suivre au Little Palace pour apprendre à maîtriser son don et devenir L’Invocatrice de lumière sur laquelle tout le monde fonde de grands espoirs.

Une pression importante pour une jeune fille qui découvre brutalement qu’elle n’est pas aussi banale qu’elle le pensait. Il lui faudra donc un peu de temps pour accepter qu’elle possède bel et bien le potentiel de changer, aux côtés du Darkling, la face du monde. Mais avant cela, elle devra apprendre à utiliser son don que ce soit à travers les livres ou des entraînements physiques plutôt intensifs. Testée, provoquée, soumise aux jugements, poussée dans ses retranchements, la jeune fille va, petit à petit, prendre de l’assurance et de la consistance. Elle doute toujours, mais on sent qu’elle essaie de s’ajuster à sa nouvelle vie et que surtout, ses capacités commencent à se dévoiler même si la route sera longue avant qu’elles ne soient à leur apogée.

Si la vie d’Alina au Little Palace lui offre le confort dont elle a toujours manqué et ce sentiment d’appartenance qui lui a toujours fait défaut, elle n’en est pas pour autant complètement heureuse. Il y a d’abord le Darkling qui est peu présent pour elle bien que leurs rares entretiens ne laissent pas le cœur de la jeune fille indemne. Tantôt cajoleur, tantôt froid et distant, difficile de véritablement le cerner même si au cours de l’aventure, les choses deviendront plus claires. Alina ne sait donc pas vraiment sur quel pied danser avec ce puissant sorcier qui semble cacher quelques secrets. Il y a ensuite la vie à la Cour : faite de ragots, de médisance et de rivalité, Alina a du mal à trouver sa place même si elle pourra heureusement compter sur la bonne humeur et l’amitié de Genya pour évoluer dans ce panier de crabes. Mais ce qui manque le plus à la vie de la jeune fille, c’est son meilleur ami Mal dont elle a été séparée à la découverte de son pouvoir.

Mal et Alina sont inséparables depuis qu’ils sont enfants, une amitié que j’ai appréciée surtout dans un univers aussi froid et dur que celui du Grisha. J‘ai toutefois regretté que l’autrice tombe dans un cliché très courant en fantasy : l’amie amoureuse de son meilleur ami qui, lui, se plaît à papillonner, mais qui découvre ses sentiments quand un autre mâle entre en jeu. Je n’aime pas ce schéma qui, en plus, est souvent accompagné de l’idée que c’est normal pour un homme se sauter sur tout ce qui bouge, ou presque, quand une fille vraiment amoureuse doit se préserver pour l’élu de son cœur…

Je n’ai donc pas été transportée par cet aspect qui, fort heureusement, n’est pas au centre de l’intrigue. Je dois toutefois reconnaître que l’autrice utilise et exploite de manière intelligente les liens forts qui unissent Mal et Alina. Des liens qui vont être mis à rude épreuve devant les dangers que ces deux personnages vont devoir affronter… Car en plus du Shadow Fold tant redouté, se tapit dans l’ombre un danger bien plus grand que ni Alina ni les autres Grishas n’avaient vu s’élever. Je n’ai moi-même pas vu venir le retournement de situation savamment orchestré par l’autrice ! Les cartes sont ainsi redistribuées en cours de route pour mon plus grand plaisir, adorant que les auteurs prennent des risques et partent dans des directions inattendues.

Leigh Bardugo, en plus de nous offrir des personnages très différents les uns des autres et parfois difficiles à cerner, nous propose un univers riche, complexe et très immersif. Ce fut donc un véritable plaisir de découvrir le concept de Grisha, les différents ordres, les compétences de chacun et la mythologie autour du Shadow Fold ainsi que les enjeux qu’il représente. Les intrigues politiques sont également passionnantes, car l’autrice a trouvé un juste équilibre entre jeu de pouvoirs et d’influence et tension et mystère. Ainsi, rien ne semble gravé dans le marbre dans ce système politique où le roi ne brille pas par ses compétences et où le faste de la Cour tente en vain de cacher l’ambiance poisseuse qui y règne… Un terrain parfait pour l’émergence d’une force supérieure et destructrice à moins qu’Alina ne choisisse de s’y opposer en embrassant enfin ce qu’elle est vraiment, la puissante Invocatrice de lumière !

Enfin, j’ai aimé que pour ce premier tome, l’autrice ne tombe pas dans l’écueil de la lenteur en plombant sa narration par une avalanche de détails redondants. Non, bien au contraire, elle entre directement dans le vif du sujet tout en prenant le soin de distiller, au fur et à mesure, toutes les informations nécessaires pour appréhender l’univers complexe de son roman. Un procédé redoutable et efficace pour ne pas avoir l’impression d’être écrasé sous le poids des informations. On se plonge alors avec délectation dans cette histoire qui se distingue autant par le fond que la forme, la plume de l’autrice m’ayant complètement conquise. D’abord plaisante, son écriture s’enrichit au cours de l’aventure jusqu’à devenir envoûtante et surtout, complètement immersive et addictive. Une fois plongé dans le récit, bien difficile de le quitter tellement la magie des mots opère !

En conclusion, aux côtés d’Alina, de Mal et d’autres personnages, tous pas forcément très bienveillants, vous passerez un moment de lecture exaltant marqué par de l’action, des complots et rivalités, de l’amitié, de l’amour, des trahisons, de la tension et du danger. En moins de temps qu’il ne faudrait au Darkling pour vous réduire au silence, Leigh Bardugo vous entraîne dans un univers passionnant et dangereux où la magie côtoie les ténèbres. La plume de l’autrice, qui alterne entre poésie et rudesse, colle parfaitement à l’atmosphère ténébreuse de ce roman, ajoutant à ce sentiment d’immersion présent dès les premières pages. Entre faux-semblants et dangers masqués, ce premier tome ne vous laissera donc pas le temps de souffler et ne pourra que vous donner envie de vous jeter sur la suite.

Et vous, envie de découvrir ce premier tome de Grisha ?

Commandez le roman chez votre libraire ou retrouvez-le sur des sites comme Amazon.

Le Baron Miaou, Nico Bally

J’ai lu Le Baron Miaou de Nico Bally dans le cadre du Prix des auteurs inconnus, le roman concourant dans la catégorie Imaginaire. Ayant eu la chance d’avoir gagné ce roman il y a plus d’un an, je l’ai dévoré dans sa version papier.

RÉSUMÉ

Rencontrez le fabuleux alchimiste à tête de chat. Suivez la timide adolescente aux mille masques. Admirez les lueurs du dresseur de feux follets. Sauvez l’enfant tombée dans un coma lunaire. Entre carnavals nocturnes et labyrinthes oubliés, tentez le plus impossible des voyages.

  • Broché: 254 pages
  • Editeur : CreateSpace Independent Publishing Platform (17 janvier 2017)
  • Prix : 10.02€
  • Autre format : ebook (livre disponible en emprunt kindle)

AVIS

Avant de commencer la chronique, je tiens à souligner l’excellent travail d’édition : la couverture de Nicolas Trève est sublime, l’effet soft touch du roman très agréable et le travail de correction de qualité. C’est avec ce genre d’ouvrage que l’on se rend compte du potentiel de l’auto-édition.

Nhadda Cranne est une talentueuse, bien que pas forcément très pragmatique, créatrice de masques, dont la vie va être chamboulée par un personnage plutôt atypique, le Baron Miaou, un alchimiste à la tête de chat, ou un chalchimiste pour les initiés, dont la renommée n’est plus à faire. Détestée par son odieux père et peu reconnue dans son art, la jeune fille n’hésitera pas à le suivre dans ses aventures.

Dans leurs aventures qui les conduiront sur les routes de France et de Navarre ou plutôt de Grenoble et de Venise, voire bien plus loin, mais là, c’est un secret qu’il vous faudra découvrir par vous-mêmes, ils seront accompagnés de Maria. Fille d’un Comte qui la traite plus comme une servante que comme sa précieuse progéniture, cette enfant sera à l’origine de leur voyage. Atteinte d’un mystérieux mal, elle s’enfonce ainsi parfois dans un profond sommeil. Touchés par son cas, Le Baron et Nhadda feront tout leur possible pour trouver une solution à ce problème, ce qui les poussera à essayer de retrouver un dangereux et mystérieux personnage.

Comme vous l’avez certainement compris, Le Baron Miaou, c’est un roman fantastique, mais c’est aussi un roman d’aventure qui fera battre votre cœur au rythme des dangers et des rencontres que notre équipe va faire. Une équipe formée au gré du hasard et qui se distingue par son originalité : nous avons donc un célèbre alchimiste à la tête de chat des plus énigmatiques, une jeune fille qui profite de son savoir-faire pour cacher son visage sous des masques toujours adaptés aux situations qu’elle traverse, une jeune fille malade plus à l’aise avec les animaux qu’avec les gens et qui se révèle d’une naïveté touchante, et un homme maîtrisant les feux follets, Jacques Mains-Froides.

J’ai adoré la galerie de personnages proposée par l’auteur avec un petit coup de cœur pour Maria dans laquelle je me suis parfois retrouvée notamment dans son amour immodéré pour les animaux et pour le thé. Nhadda m’a, quant à elle, touchée par sa manière de se dévoiler aux autres à travers ses créations tout en les érigeant finalement comme un bouclier infranchissable. Un paradoxe que je comprends et qui la rend assez complexe et très attachante. Mais c’est certainement le Baron Miaou qui m’a le plus intriguée puisqu’il constitue une sorte d’énigme. Habitué à jouer un rôle depuis son enfance, il lui faudra du temps pour baisser ses barrières et apprendre à faire confiance et, surtout, à s’attacher aux autres…

Quel plaisir de voir évoluer ces différents personnages hauts en couleur au fil de l’aventure et de voir leurs liens se resserrer devant les épreuves qu’ils traversent ! J’avoue toutefois être beaucoup plus réservée pour un des personnages secondaires, Jacques Mains-Froides, dont le changement d’attitude m’a semblé bien trop rapide. J’imagine que son principal intérêt, en plus d’apporter un élément de surprise, est de montrer que l’avidité peut transformer un homme, mais je n’ai pas pu m’empêcher de trouver son rôle superflu ou, peut-être, pas assez poussé… À l’inverse, Le Crabe, une femme mutilée suite à une tentative un peu folle de faire un voyage très lointain, m’a touchée. Elle intervient peu dans le livre, mais son rôle est assez fort pour provoquer un vrai impact sur les lecteurs.

Au-delà des personnages, difficile de s’ennuyer dans cette aventure, menée d’une main de maître, qui vous fera voyager à bord d’une roulotte-laboratoire, traverser un bien sombre labyrinthe, affronter des loups sauvages, du moins en théorie, faire des rencontres, certaines plus agréables que d’autres, et vous fera même assister à un concours de… thé. Il fallait y penser ! Nico Bally a incontestablement de l’imagination et un véritable talent de la mise en scène au point que certaines scènes m’ont donné l’impression de me retrouver dans un Indiana Jones pour les enfants.

Mais ce que j’ai adoré, c’est qu’il a réussi à nous proposer une histoire avec du rythme tout en lui conférant une dimension onirique qui n’est pas sans rappeler celle que l’on peut trouver dans des séries de BD comme De Capes et de Crocs. L’approche assez visuelle de l’auteur m’a d’ailleurs fait regretter que le roman ne soit pas illustré. Il y a, en effet, matière à nous offrir une aventure très riche visuellement ! Cela n’a rien d’étonnant si l’on considère que les personnages du roman étaient destinés à un projet d’album, un projet qui, je l’espère, sera un jour d’actualité. En attendant, vous pourrez toujours trouver quelques illustrations de Nicolas Trève du Baron Miaou en fin d’ouvrage ou sur Internet.

La plume de Nico Bailly est délicieusement immersive, ce qui devrait séduire autant les adultes qu’un lectorat plus jeune. D’ailleurs, gros point fort pour moi, bien que le roman soit un roman jeunesse, on sent que l’auteur ne s’est pas bridé. Le vocable utilisé est recherché tout en demeurant accessible et les constructions de phrases devraient séduire les amateurs de belles plumes. Autre point à souligner, le double niveau de lecture du roman : les enfants pourront se contenter de suivre avec amusement et intérêt les aventures d’un fantasque homme à la tête de chat et de ses amis, quand les lecteurs plus âgés pourront déceler dans cette histoire, une certaine profondeur. Nous ne sommes pas dans un roman philosophique, mais le roman flirte toutefois avec le roman d’apprentissage et nous pousse naturellement et sans lourdeur à nous interroger sur des sujets variés : les a priori et les apparences, la confiance en soi et l’acceptation de soi, l’avidité et les chemins peu vertueux qu’elle peut nous faire prendre, la famille qui peut être parfois de cœur plus que de sang, le concept de foyer…

À noter que l’auteur a ajouté quelques bonus en fin d’ouvrage apportant quelques éléments d’explications sur son œuvre.

En conclusion, d’une plume fluide, mais accessible, l’auteur nous offre ici une aventure rythmée et immersive qui devrait séduire petits et grands lecteurs, et ceci, dès les premières pages. Je recommanderai donc cet ouvrage à tous ceux qui sont en quête d’un roman mêlant habilement magie, au sens propre comme au sens figuré, amitié, trahison, action, et personnages touchants et originaux. Et puis qui sait, à l’issue de cette épopée, vous aurez peut-être appris, comme nos protagonistes, qu’il est parfois nécessaire de faire tomber le masque pour se (re)trouver ?

Nico Bally 📚

Source : compte Twitter de l’auteur

TwitterSite de l’auteur

N’hésitez pas à lire les avis des autres membres du jury sur le site du Prix des auteurs inconnus.

Prix des auteurs o

 

 

Les Chroniques des Fleurs d’Opale, Tome 1 : La Candeur de la Rose, partie 1, Ielenna

RÉSUMÉ

Si seulement j’avais su combien ma vie allait basculer.
Comment l’enfer m’aurait enchaînée.

Si seulement j’avais pu entrevoir les rouages du destin.
Les rencontres comme les pièges, les obstacles comme les révélations.

Si j’avais su mieux distinguer bontés et malveillances.
Amours, amitiés ou loyautés.

Cette histoire serait tout autre. Mon histoire.
Preuve que même les Dieux ne peuvent tout savoir.

Rare rescapée du massacre de son village natal, Diphtil, une jeune fille du peuple de l’Air, est sauvée en territoire ennemi grâce au symbole étrange qu’elle porte sur le front. Elle serait la cinquième fille de la Déesse Aveugle. Séquestrée dans un monastère et manipulée par le prêtre Sarïn qui compte la livrer au roi une fois ses pouvoirs éveillés, elle est libérée par son frère, Naid, qui la persuade de partir avec lui.
Sauf que les terres de l’Edenor sont semées de dangers et que la cruauté de certaines personnes, hantées par la haine et la guerre, s’opposent à la candeur de Diphtil, avide de découvrir ce monde dont elle a si peu joui.
Mais avant tout, elle veut échapper à son destin. Est-ce possible, lorsque l’on est vouée à devenir une Déesse ?

  • Auto-édition
  • Prix ebook : 5.99€
  • Autre format : broché

AVIS

J’avais repéré ce roman sur Ulule et avais hésité à participer à son financement. Après la lecture de ce premier tome, je suis plus que ravie de m’en être abstenue. Je ne vais pas tourner autour du pot, que cette lecture fut laborieuse et frustrante, et c’est dommage, car il y avait du potentiel ! Maintes fois, j’ai été tentée d’éteindre ma liseuse et d’abandonner ma lecture. Ce n’est que l’engagement de lire tous les titres de la présélection faite en qualité de membre du jury qui m’a permis de tenir.

Je vais commencer par le gros problème de ce roman pour moi : le style d’écriture. Si vous me suivez régulièrement, vous savez probablement que les belles plumes, les longues phrases et l’occurrence de mots peu usités me ravissent. Mais malheureusement, la juxtaposition de mots rares et l’utilisation de nombreuses métaphores ne m’ont pas convaincue ici, car l’ensemble manque cruellement de fluidité et de spontanéité. Et je ne parle pas des mots parfois employés à mauvais escient… L’auteure a, en outre, voulu faire parler son héroïne comme une érudite, mais on tombe dans l’excès avec cette impression que tout est exagéré et surjoué, ce qui rend l’histoire pesante et, pour ma part, peu agréable à lire. C’est dommage, car on peut proposer aux lecteurs un style étudié et riche tout en veillant à rendre les propos fluides et plaisants…

J’aime les belles plumes, mais j’aime surtout les auteurs qui se montrent naturels dans leurs écrits et qui ne semblent pas chercher à coller à des schémas ou à un style de littérature…. Or ici, je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir le sentiment de lire un exercice de style qui s’étend sur des centaines de pages. La lourdeur des phrases, en plus de plomber la narration, se fait ressentir jusque dans les dialogues qui en deviennent irritants, l’héroïne se prenant pour une dramaturge. Je sais que la jeune fille a été élevée dans un monastère, mais elle a quand même vécu onze ans dans sa famille et puis, le moine qui s’est occupé d’elle et qui est vraisemblablement encore plus érudit qu’elle ne parle pas comme elle le fait. En bref, rien n’explique pour moi la manière de parler de Diphtil si ce n’est éventuellement une manière de souligner sa suffisance et son plaisir à s’écouter…

Malgré ces points qui m’ont donné du fil à retordre, je dois dire que j’ai commencé à accrocher à l’intrigue dans les 150 dernières pages où j’ai eu le sentiment que la narration et les dialogues gagnaient en spontanéité et en fluidité. L’autrice a ainsi réussi à éveiller mon intérêt grâce à des rebondissements et à une certaine tension. Cela n’a pas rattrapé les débuts laborieux, mais ça m’a quand même permis de finir l’histoire sur une note bien moins négative. Je dois même avouer que l’auteure a su très agréablement me surprendre lors des derniers chapitres notamment avec un événement traumatisant vécu par l’un des personnages et auquel je ne m’attendais pas. J’avais bien senti poindre le danger, mais je n’aurais jamais pensé que l’autrice oserait s’aventurer aussi loin dans l’horreur.

Même chose pour un départ inattendu que j’espère non-définitif… Oui, car si j’ai levé les yeux au ciel une bonne partie de ma lecture, j’ai fini par m’attacher à certains personnages, ou du moins, à leur souhaiter un minimum de bonheur. La fin, à cet égard, pose un certain nombre de questions qui ont attisé ma curiosité. Je ne pense pas lire la suite, sauf si quelqu’un m’assure que le style d’écriture a gagné en fluidité, mais si vous avez cédé aux sirènes de la deuxième partie de ce premier tome, je serais curieuse d’en connaître les grandes lignes (enfin, en message privé histoire de ne pas spoiler les autres lecteurs).

Au-delà de la dernière partie où réside, pour moi, le principal intérêt de cette lecture, j’ai également beaucoup apprécié la mythologie mise en place par l’autrice avec, entre autres, une prophétie qui changera pour le meilleur, et surtout pour le pire, le destin de notre héroïne. J’ai aimé découvrir les différents dieux, mais c’est surtout le formidable bestiaire qu’elle nous propose qui a su me conquérir. Moi qui adore les créatures en tout genre, j’ai été plus que comblée et j’aurais adoré que le roman soit parsemé de quelques illustrations afin de les mettre en valeur. Quoi qu’il en soit, on sent que l’univers est riche et très bien pensé et qu’aucun détail n’est laissé de côté. D’ailleurs, je ne doute pas du travail de fourmi réalisé par l’autrice pour rendre le tout cohérent et immersif.

Il y a aussi quelques moments de vie et de convivialité, des conversations entre amis ou entre amoureux qui ont apporté cette spontanéité qui a tant fait défaut à la narration et à certains dialogues. À travers les échanges, parfois amicaux parfois plus frontaux, on apprend à mieux connaître les personnages, leurs forces et leurs faiblesses. Si l’héroïne m’a agacée une grande partie du roman, j’ai beaucoup apprécié Yasalyn au point de regretter que le livre ne lui soit pas consacré. Ce personnage n’est pas exempt de défauts (une personnalité peu crédible au regard de son âge, une coquille qui se brise dès les premiers émois amoureux…), mais il présente cette complexité prompte à stimuler l’imagination et l’intérêt des lecteurs. Dès le début, cette jeune femme dégage une aura de danger et de mystère qui la rend intéressante surtout si on la compare à l’exaspérante et naïve Diphtil. Ses dialogues intérieurs empreints d’une grande violence, son refus de s’attacher, son insolence cachant une certaine fragilité, sont tout autant d’éléments qui donnent envie de briser sa carapace pour découvrir ses plus sombres secrets. Et puis, avec deux révélations la concernant dont l’une se révèle particulièrement fracassante, on peut dire que l’auteure a su soigner son personnage ! Je ne peux pas en dire plus, mais la situation finale dans laquelle elle se trouve m’a semblé cruelle et tellement injuste…

Amateurs de romance, vous allez être ravis puisque les relations amoureuses sont une part importante du livre. Si c’est quelque chose qui, en général, m’exaspère, ici cela ne m’a pas gênée. Il faut dire que le style de narration m’avait tellement agacée et blasée que même des licornes dansant un moonwalk ne m’auraient pas dérangée outre mesure. Et puis, je vais même avouer avoir trouvé l’une des deux romances particulièrement touchante. Les deux amoureux ont vécu des choses difficiles, et c’est, d’une certaine manière, dans les bras l’un de l’autre qu’ils vont apprendre à accepter leurs émotions et leurs failles. En nous évitant des passages un peu trop fleur bleue, j’ai trouvé que l’autrice nous offrait une romance un peu plus mature que ce qu’on peut trouver dans certains livres. Je reconnais néanmoins que l’autre couple du livre est d’une mièvrerie sans nom.

À noter que sont proposés deux bonus en fin d’ouvrage : une scène du livre vue du point de vue d’un autre personnage et une histoire assez émouvante que je vous laisserai le plaisir de découvrir.

En conclusion, ce premier tome, malgré une sublime couverture et de bonnes idées, n’est pas un roman qui a su me convaincre. La faute à un style d’écriture qui, par l’abus de figures stylistiques et d’un vocabulaire parfois pompeux sans raison, rend la lecture quelque peu laborieuse. Si, pour vous, la fluidité de la plume est un critère primordial dans le choix d’une lecture, je pense que vous pouvez passer votre chemin… Par contre, si vous êtes en quête d’une histoire à l’univers extrêmement riche et détaillé, je vous invite à vous laisser tenter. Mais avant, je vous conseillerais peut-être de feuilleter un extrait du roman… N’hésitez pas non plus à aller lire d’autres avis que le mien, car vous rencontrerez sur le net de nombreuses personnes ayant apprécié la plume de l’autrice. N’oublions pas que comme tout avis, le mien est subjectif et que ce n’est pas parce que ce livre m’a déplu qu’il ne vous fera pas vivre mille émotions.

Pour plus d’avis, n’hésitez pas à lire les avis des autres chroniqueurs du prix…

 

Le Porteur de Mort, Tome 1 : L’Apprenti, Angel Arekin

LPDM

J’ai lu Le Porteur de Mort d’Angel Arekin dans le cadre du Prix des auteurs inconnus, le roman concourant dans la catégorie Imaginaire.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

À 17 ans, Seïs Amorgen est nommé pour intégrer la plus grande confrérie du royaume d’Asclépion.
S’il accepte, il deviendra l’un des guerriers les plus éminents de la monarchie.
S’il refuse, il restera le gamin frivole et arrogant qui fraye avec les bandits de sa ville natale.
Alors que l’ombre du Renégat s’étend sur sa terre d’origine,
Seïs va devoir prendre la décision qui bouleversera sa vie et, bientôt, il devra faire face à ses propres démons.

  • Nb de pages : 432
  • Prix : 7.99€
  • Autre format : broché

AVIS

Le Porteur de Mort fut une bonne découverte même si je regrette deux éléments qui ne m’ont pas permis d’avoir un coup de cœur.

Premier tome d’une saga devant en comporter six, l’autrice a pris le temps de poser le décor de son histoire et de présenter les protagonistes. Cela se ressent puisque je ne vous cacherai pas que j’ai trouvé les cent premières pages un peu longues, et à mon sens, trop redondantes. Il ne se passe pas grand-chose ! On a juste ce sentiment d’être pris dans une sorte de boucle temporelle nous démontrant par A+B que Seïs Amorgen est un petit impertinent qui passe son temps à magouiller et à coucher avec toutes les prostituées de sa ville… Ce point est important pour comprendre, par la suite, l’évolution du personnage, mais insister autant n’apporte rien en soi. Autre chose qui m’a posé problème : le stéréotype du type qui noie ses problèmes de cœur et de confiance en lui dans l’alcool et les femmes de petite vertu. Est-ce que tous les auteurs de fantasy pensent vraiment que les hommes doivent se réfugier dans le sexe et la boisson pour se changer les idées ?

Malgré ces deux points qui m’ont fait ruminer au début de ma lecture, je me suis laissé emporter par la plume d’Angel Arekin qui est, pour moi, le gros point fort de ce roman. L’autrice arrive à séduire, à travers un style fluide, imagé et poétique, les amateurs de belles plumes tout en comblant les lecteurs qui aiment les univers dans lesquels il est aisé de s’immerger. On se laisse donc porter par les mots tout en s’imprégnant, petit à petit, de l’atmosphère qui se dégage de l’histoire. L’alternance des points de vue, entre Seïs et sa cousine, Naïs, facilite d’ailleurs grandement l’immersion dans le récit puisqu’en suivant la vie de ces deux personnes très différentes, on arrive à entrevoir la complexité de l’intrigue. Je dis entrevoir, car on est dans un premier tome assez introductif, et l’on perçoit assez bien que l’auteure ne fait qu’effleurer tout le potentiel de son histoire. Une sensation que la fin de ce premier tome confirme…

Le récit n’est donc pas mené tambour battant, mais j’ai apprécié de découvrir la vie de Naïs, auprès de son oncle, de sa tante et de ses cousins, et celle de Seïs qui suit son apprentissage au sein de la plus grande confrérie du royaume d’Asclépion. L’autrice n’épargne pas ces deux personnages qui vont chacun évoluer même si à ce niveau, l’évolution de Seïs est bien plus frappante. Très impertinent, porté sur le sexe et la boisson et plutôt égoïste de nature, il ne va pas changer du jour au lendemain, mais progressivement grâce à ses entraînements, une amitié avec un autre apprenti et à l’influence de son maître d’apprentissage. Afin de devenir un Tenshi, un statut envié de beaucoup, il va devoir apprendre à faire face à ses faiblesses, à ses douleurs et espérer ainsi transformer tout ce mal-être en quelque chose de plus positif, quelque chose qu’il pourra éventuellement mettre au service de la communauté et du roi.

Si j’ai aimé suivre les entraînements de Seïs, bien que ce point ne soit pas assez développé à mon goût, j’ai surtout adoré découvrir progressivement les pouvoirs des Tenshis. Ceux-ci sont assez impressionnants ! Maîtrisant aussi bien leur corps que leur esprit, les Tenshis ont accédé à un statut particulier qui leur confère un pouvoir immense, mais aussi de très grandes et lourdes responsabilités. Une réalité qui va frapper de plein fouet Seïs qui va alors devoir prendre une décision importante pour sa vie et celle des siens…

Quant à Naïs, les parties qui lui sont consacrées permettent principalement aux lecteurs de voir que la jeune femme commence à s’émanciper, mais elles sont surtout l’occasion de suivre la vie de la famille Amorgen après le départ de Seïs. Je me suis beaucoup attachée à cette famille dont les membres sont tous très différents, mais ont en commun un fort caractère. Seul l’aîné de la famille se montre quelque peu antipathique même s’il apparaît évident que derrière son caractère peu avenant se cache l’envie de protéger sa famille. La vie de Seïs va donc radicalement changer, mais celle de ses parents, de ses frères et de sa cousine également, l’autrice nous réservant quelques révélations et événements qui ne devraient pas vous laisser de marbre.

Enfin, il se dégage du récit un certain mystère notamment avec la présence de quelques pages en noir dans lesquelles s’exprime un mystérieux narrateur. De la même manière, la tension, quasi absente en début de livre, commence petit à petit à émerger et à s’intensifier à mesure que l’on approche de la fin de ce premier tome. On se rend alors compte, en même temps que Seïs, que le danger est là, bien présent, bien palpable ! Une découverte qui laisse présager un deuxième tome riche en action.

En conclusion, le principal intérêt de ce premier tome est de poser le décor, de nous présenter les protagonistes et de nous laisser entrevoir le pouvoir de nuisance d’un méchant qui va certainement rendre la suite de l’aventure plus palpitante. Alors malgré un aspect un peu trop introductif, je ne peux que vous conseiller de donner sa chance à ce premier tome qui semble poser les jalons d’une série riche en action, en révélations et en émotions.

Si le roman vous tente, n’hésitez pas à lire les chroniques des autres membres du jury sur le site du Prix des Auteurs Inconnus.

Et vous, envie de lire Le porteur de mort ? Retrouvez le roman sur le site des Éditions Plume Blanche.

Prix des auteurs o

Une plume sur l’épaule, Viviane

Une plume sur l'épaule: Roman jeunesse (Saute-mouton) par [Viviane,]

Je remercie les éditions Ex Æquo pour m’avoir permis de découvrir Une plume sur l’épaule de Viviane.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

De retour d’un voyage, Charles offre à sa fille un livre fabuleux. En le feuilletant au creux d’un chêne centenaire, Mylène s’évade dans un monde magique et se lie d’amitié avec des rapaces. Un voyage initiatique durant lequel elle va découvrir le secret du peuple Sioux, sa sagesse et son harmonie avec la nature.

  • Broché: 72 pages
  • Tranche d’âges: 6 – 9 années
  • Editeur : Ex Aequo éditions (11 juin 2018)
  • Collection : Saute-mouton
  • Prix : 8€
  • Autre format : ebook
  • Illustrations : Léa Moulin

AVIS

Mylène, qui va bientôt fêter ses dix ans, reçoit de son père un très beau cadeau, un livre intitulé La légende de Paco. Mais loin d’être ordinaire, ce livre va lui permettre de voyager dans un monde fabuleux dans lequel elle se fera deux amis assez spéciaux, Tekoa et Salto.

Adorant les récits donnant la parole aux animaux, je ne pouvais qu’être séduite par cette histoire, Tekoa et Salto étant des rapaces ! Différents l’un de l’autre, ils n’en demeurent pas moins tous les deux très attachants. D’ailleurs, Mylène, appelée dans l’autre monde Pierre de Lune, se prendra très vite d’affection pour Tekoa qui lui servira de mentor. Celui-ci va, petit à petit, lui faire découvrir la sagesse du peuple Sioux et sa relation si particulière à la nature, une relation empreinte d’amour et de respect.

C’est un très beau message que l’auteure partage à travers son récit qui alterne entre réalité et imaginaire. On apprend ainsi aux côtés de Mylène à écouter cette nature qui sait partager ses richesses à ceux qui veulent bien prendre le temps de l’observer et de l’aimer. À cet égard, j’ai particulièrement apprécié une scène dans laquelle Mylène apprend à découvrir le langage caché des arbres. L’instant est plein d’émotions et m’a rappelé une scène à laquelle j’avais assisté lors d’une randonnée.

Le livre nous offre également une jolie aventure qui devrait plaire aux enfants puisque je ne doute pas que beaucoup d’entre eux seront séduits par l’idée de voler sur le dos d’un rapace. Imaginer les sensations et les décors qui défilent sous nos yeux fait ainsi partie intégrante de la magie de cette lecture !

Mais pas besoin d’être un enfant pour apprécier ce roman puisqu’il ravira tous les lecteurs prêts à se laisser embarquer dans un voyage hors du commun où la magie de l’instant se passe de longues descriptions. L’autrice a, en effet, pris le parti de l’émotion plutôt que de l’analyse. L’histoire est donc plutôt courte, ce qui ne l’empêche pas de dégager un certain onirisme et une certaine poésie.

Une poésie qui provient autant du récit que de la plume de l’autrice. Une plume qui se révèle assez simple pour être accessible aux jeunes lecteurs et assez travaillée pour enchanter des lecteurs plus âgés. Ce point me semble particulièrement important pour que petits et grands lecteurs puissent partager avec plaisir cette lecture au message universel, le respect de la nature n’attendant pas l’âge.

Enfin, la relation entre Mylène et Tristan, son petit frère, m’a touchée, ce dernier se montrant parfois grognon, mais aussi très attachant. C’est donc avec plaisir que j’ai suivi l’évolution des liens fraternels et la naissance d’une belle complicité scellée autour d’un secret, celui de l’existence d’un monde où les animaux parlent et au sein duquel un peuple a appris à vivre en harmonie avec la nature.

Petit bonus, en fin d’ouvrage, sont présentes quelques photos qui vous permettront de prolonger agréablement votre lecture.

En conclusion, en plus des aventures extraordinaires d’une petite-fille détenant un fabuleux secret, l’autrice nous offre ici une très belle histoire qui vous apprendra à regarder de plus près toutes ces richesses que la nature vous offre à condition de la respecter et d’apprendre à vivre en harmonie avec celle-ci. Un livre que je conseillerais donc à tous les lecteurs, le récit étant immersif et les messages véhiculés importants.

Et vous, envie de craquer pour Une plume sur l’épaule ? Retrouvez le livre sur le site des éditions Ex Æquo ?

 

Lebenstunnel, Tome 1 : Allégeance, Oxanna Hope

J’ai lu Lebenstunnel publié aux éditions Rebelle dans le cadre du Prix des auteurs inconnus.

Prix des auteurs o

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Et si le dénouement de la Seconde Guerre mondiale n’était pas celui que l’on connaissait ?
200 ans après la victoire d’Hitler, Germania n’est plus un mythe. La race aryenne tant espérée par le Führer domine le monde et toutes les autres ethnies ont été éradiquées de la planète. Krista, jeune Aryenne, travaille dans un Lebensborn. Elle a été élevée dans le moule de la race pure et ne connaît que ce mode de vie, jusqu’au jour où elle suit malgré elle une femme dans les égouts de la ville. Ce qu’elle y découvre va ébranler toutes ses convictions et peut remettre en question le fonctionnement même du monde dans lequel elle vit.

AVIS

J’ai beaucoup aimé Lebenstunnel, mais ce ne fut pas le coup de cœur que j’espérais. Il faut dire que vu les avis dithyrambiques que j’en avais lu, mon niveau d’attente était très élevé… Or, il y a un élément qui ne m’a pas permis d’être totalement transportée par cette histoire pourtant haletante et immersive : la romance. A l’image de la plupart de celles que l’on retrouve dans les livres Young Adult, elle m’a semblé bien trop clichée et rapide pour être crédible. Une jeune femme dont la vie est soudainement bouleversée tombe immédiatement, ou presque, sous le charme d’un jeune homme qui est pourtant supposé être son ennemi… Je concèderai néanmoins qu’en faisant garder une certaine réserve à ces deux amoureux, l’auteure a su éviter les scènes trop fleur bleue.

Malgré la romance, j’ai adoré l’univers particulièrement bien soigné et complètement glaçant qu’a su créer l’autrice. Elle nous transporte ainsi dans Germania, cette ville construite à l’image d’Hitler qui a remporté la Seconde Guerre mondiale. Deux cents après sa victoire, la race aryenne est comme il l’a toujours rêvée : dominatrice, froide et guidée par d’abominables principes pouvant se résumer à la destruction de la différence. C’est dans ce contexte que Krista, aide-soignante dans une maternité, a été éduquée. Mais contrairement aux autres individus de son peuple, elle ne peut s’empêcher de faire preuve d’empathie notamment envers tous ces bébés qui passent entre ses mains et qui ne rentrent pas dans les cases…  Et c’est cette capacité à ressentir des émotions qui va, pour son plus grand désarroi, la conduire dans un monde dont elle n’aurait jamais soupçonné l’existence.

Un monde ayant pris vie sous terre afin de se protéger de la barbarie nazie, un monde composé d’un peuple censé être disparu, un monde qui n’accepte pas la présence de cette Aryenne aux cheveux blonds et aux yeux bleus si caractéristiques de sa race… Violentée, rejetée et considérée avec mépris, Krista va passer par différents stades d’émotions : peur, colère, sentiment de révolte et d’injustice, peine à l’idée de ne plus jamais retrouver sa vie d’avant, mais aussi, étonnement devant ce peuple qui a été capable de se cacher durant deux cents ans. À ce maelström d’émotions, se mêlent des sentiments plus ambivalents d’attirance et de répulsion, d’amour et de haine pour Élias, un jeune homme courageux qui ne la laisse pas indifférente.

Si l’histoire d’amour m’a bien souvent poussée à faire les gros yeux, j’ai néanmoins apprécié cette fille qui, petit à petit, se pose des questions sur sa vie d’avant, sur ce qu’elle pensait savoir, sur ce qui est juste ou non… Alors qu’elle aurait pu se morfondre ou, à l’inverse, se cacher derrière un masque d’impassibilité très aryen, elle prend le risque de se dévoiler, de poser des questions, d’essayer de comprendre ce peuple différent du sien qui ne lui fait pas de cadeaux. Ceci est d’autant plus remarquable qu’élevée dans les principes du nazisme, cela n’a rien de naturel pour Krista et dénote chez elle une grande force de caractère et un certain courage. Quant à Élias, il semble un peu plus ouvert que les autres membres de ce peuple qui vit caché. Il accepte ainsi de ne pas juger Krista sur sa seule appartenance à la race aryenne, mais plutôt sur ses actes. Une ouverture d’esprit qui facilitera le rapprochement entre les deux jeunes gens et qui les aidera tous les deux à évoluer jusqu’à les pousser à prendre, chacun de leur côté, une décision qui changera le cours de leur vie.

Au-delà des protagonistes, j’ai beaucoup apprécié de découvrir la manière dont est organisée la vie dans ce monde souterrain qui a su rester invisible aux yeux des nazis. On sent d’ailleurs un vrai sens du détail de la part de l’auteure qui a su nous offrir un monde sans fausse note qui nous apparaît alors très crédible. Un réalisme qui ne peut que susciter admiration devant l’ingéniosité de ce peuple rescapé de l’horreur et effroi à l’idée de cette vie sans soleil, de cette vie cloîtrée dans un environnement hostile…

Même si Oxanna Hope a pris le temps de poser le décor, elle a réussi à rendre son récit très rythmé. Il se passe ainsi toujours quelque chose, et en général, quelque chose qui vous tient en haleine et qui vous enferme dans une bulle d’appréhension et d’angoisse. Je me suis donc souvent retrouvée dans cette situation paradoxale où j’avais très envie de lire la suite tout en y allant à reculons de peur qu’il n’arrive malheur aux personnages. Alors si vous aimez les récits menés tambour battant et enchaînant les rebondissements, vous allez être servis. À cet égard, la révélation finale et la fin en elle-même m’ont prise de court puisque je n’avais pas imaginé que les choses prendraient cette direction.

Quant à la plume de l’auteure, fluide et immersive, elle sert à merveille ce récit qui, derrière le couvert d’un monde imaginaire, nous permet de réfléchir à différents sujets durs et hélas bien réels : l’intolérance et ce rejet viscéral de la différence, la peur de l’autre, la manipulation et l’endoctrinement, l’obéissance aveugle à l’autorité, la haine qui s’insinue insidieusement en chacun poussant les victimes à agir comme leurs bourreaux…. Des thèmes qui, en étant abordés avec intelligence et sans lourdeur, donnent une tout autre dimension à ce roman.

En conclusion, Oxanna Hope, d’une plume acérée et immersive, a su créer un monde alternatif effrayant qui aurait pu, dans une certaine mesure, devenir le nôtre. À travers cette histoire imaginaire, elle soulève des thèmes difficiles qui sont toujours d’actualité et qui ne pourront que vous faire réfléchir. Trahison, tension, suspense, action, émotions, personnages forts et attachants… Voilà un cocktail explosif qui résume en quelques mots les raisons pour lesquelles je ne peux que vous conseiller de vous jeter sur ce roman.

N’hésitez pas à lire les avis des autres membres du jury sur le site du Prix des auteurs inconnus.

Les contes et légendes du Vercors et du pays des quatre montagnes, Claude Ferradou

Les contes et légendes du Vercors et du pays des quatre montagnes par Ferradou

Je remercie Marivole éditions pour m’avoir permis de découvrir ce recueil de contes qui m’a enchantée du début à la fin.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Il n’existe à notre connaissance dans les bibliothèques, aucun recueil ancien publié de contes propres au terroir du Vercors, avant le travail remarquable de collectage publié par le Parc Naturel Régional en 1997, et réédité depuis.

« Ce pays fermé, haut dressé sur les plaines passagères, fait de gorges, de défilés, d’escarpements abrupts, de grottes, de forêts épaisses, de rivières encaissées bouillonnantes et vertes, de déserts criblés de trous, ce pays n’a donné naissance à aucune légende  » comme le regrettait Jean Noaro dans sa « Découverte du Vercors » (1979).

Et pourtant…  » Si l’on cédait à la tentation de parler du beau en ce pays, on ferait des volumes. » ainsi que l’a écrit Stendhal dans les « Mémoires d’un touriste ».

Que faire alors pour faire vivre dans notre mémoire collective et dans celle de nos enfants qui deviendra un jour la nôtre, cette grande nef de pierre et de nature foisonnante posée sous l’océan du ciel…?

Le dessein est audacieux : il faut, comme d’autres l’ont si bien fait avant nous, retrouver ou alors réinventer de toutes pièces ce répertoire si rare, à partir des sources orales ou écrites qui restent disponibles. Tel est le projet de Claude FERRADOU membre de la Société des écrivains dauphinois, à partir de souvenirs épars des veillées d’autrefois mais aussi de vieux grimoires notariés ou de notes oubliées d’un curé sur son registre mortuaire…

Il nous présente aujourd’hui quelques-uns de ces contes et nouvelles oubliés qui sont l’âme du pays du Vercors et des Quatre montagnes et de tous ceux qui l’ont habité.

  • Broché: 154 pages
  • Editeur : Marivole Editions (3 mai 2018)
  • Prix : 19€

AVIS

Le livre commence de manière intrigante avec le conte des quatre gargouilles (l’Ours, le Sanglier, le Chien et l’Homme), chacune désirant raconter ses contes à Petit Jean, graine de conteur. Mais le temps presse, les adultes pouvant être sourds à la magie des contes, il faut profiter de sa jeunesse pour lui narrer toutes ces belles histoires et légendes du Vercors et du pays des quatre montagnes. Le livre est donc découpé en quatre parties, un découpage original que j’ai beaucoup aimé d’autant que chaque gargouille, en fonction de ses caractéristiques, s’attarde sur un aspect différent des légendes…

Dans la pure tradition des contes oraux, l’auteur nous propose ici un livre avec des histoires que l’on s’imagine sans peine s’échanger lors de longues soirées d’hiver autour d’une cheminée pour se distraire ou pour divertir des visiteurs qui n’auraient pas la chance de connaître le Vercors. Pour ma part, je ne peux que reconnaître un certain manque de connaissances envers cet endroit, ses paysages, ses habitants et ses traditions dont on a ici un très joli aperçu. J’ai d’ailleurs régulièrement fait quelques recherches pour voir de mes propres yeux tous ces lieux que le recueil nous invite à visiter. Et puis, en grande amatrice de fromages, je n’ai pas pu m’empêcher d’aller rechercher une petite description/photo du Sassenage qu’il va falloir d’ailleurs que je goûte. Au-delà des paysages et des villages que nous traversons au cours de cette lecture, quelques références sont également faites à l’histoire. Un petit détail que je n’avais pas anticipé et qui m’a bien plu même si l’histoire avec un grand H n’est pas ici le sujet du recueil.

Ce recueil nous invite plutôt à la détente, à la réflexion, au plaisir et au voyage à travers des contes empreints de solidarité, de sagesse populaire, d’amitié, de générosité, et plus rarement de pingrerie et de mesquinerie. C’est qu’il s’en passe des choses dans le Vercors ! Entre la présence d’une déesse déchue, du Diable si craint dans les campagnes, de créatures magiques, d’un sorcier à tête de chat et de tant d’autres choses, le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer !

Et puis, ce recueil ne manquera pas de vous faire passer par de multiples émotions et réactions, j’ai ainsi :

  • souri en découvrant que mettre de l’eau dans son vin n’était pas qu’une expression et que décidément, la rencontre d’un ivrogne et d’un chien pouvait se conclure de manière aussi drôle qu’improbable,
  • été horrifiée devant la disparition étrange d’un poupon de son couffin ou l’apparition de deux pieds crochus que, je n’en doute pas, vous pourrez aisément associer à son propriétaire,
  • été attendrie devant un enfant rêveur et naïf qui, à défaut des preuves de sorcellerie qu’il recherchait tant, va découvrir quelque chose de bien plus beau, l’amitié,
  • été émue devant les retrouvailles d’amants séparés par les affres de la guerre et ceci, sous la bénédiction d’une mère disparue,
  • été marquée par la leçon de sagesse et de partage offerte par une mamie à ses deux petites filles auxquelles elle apprend que « le partage n’appauvrit pas, mais fait vivre et enrichi tout au contraire« …

Tous les contes du recueil m’ont donc fait réagir et ressentir des choses même si, comme dans un recueil de nouvelles, certains m’ont plus parlé et intéressé que d’autres…

Une fois les premières pages dévorées, se posera à vous une question : lire ces contes les uns à la suite des autres pour s’immerger dans ce Vercors des légendes et n’en sortir qu’une fois la dernière page tournée, ou savourer, jour après jour, un ou deux contes. Pour ma part, les histoires étant assez courtes et plutôt captivantes, il s’est avéré difficile, si ce n’est impossible, de ne pas finir le livre en deux soirées. Mais vous préférerez peut-être faire durer votre plaisir…

À vous de voir, mais ce que je peux vous dire, c’est que j’ai adoré cette impression de découvrir le Vercors de l’intérieur, pas en passant par son passé historique qui, j’en suis certaine, doit être passionnant, mais par toutes ces histoires qui forgent une région et qui lui donnent tout son charme et sa personnalité. D’ailleurs, l’auteur a parfois inséré du patois, un point que j’ai apprécié et qui confère une certaine authenticité au recueil. Quant aux illustrations en noir et blanc parsemées dans le livre, elles apportent un véritable plus et elles contribuent à ce sentiment d’immersion qui se renforce au fur et à mesure de notre lecture.

Enfin, nous sommes ici dans un recueil de contes, et cela se ressent dans la narration avec un vocabulaire recherché et parfois assez descriptif. Le style est donc plutôt soutenu, ce qui correspond parfaitement à l’image que je me fais des contes. En ce qui me concerne, cette manière de nous raconter les légendes et contes du Vercors m’a donc complètement séduite, mais j’imagine que ce point pourra gêner les amateurs de lectures plus contemporaines…

En conclusion, l’amoureuse des contes en moi a été plus que séduite par ce recueil de Claude Ferradou qui, en nous narrant les légendes et contes du Vercors et des quatre montagnes, nous invite à un voyage entre paysages et traditions. Alors si vous avez envie de découvrir le Vercors par la littérature, ce recueil est fait pour vous d’autant que l’auteur a su retranscrire à merveille le charme si particulier qui se dégage des contes. La qualité du travail éditorial (illustrations, prise en main agréable, textes aérés) rend, quant à elle, l’expérience de lecture des plus agréables.

Et vous, avez-vous envie de découvrir ce beau recueil de contes ?

Journal d’un ogre, Valeria Dávila and Mónica López

Je suis inscrite sur NetGalley, mais lisant peu en numérique, je n’ai encore jamais sollicité de titre. Adorant les contes et les créatures fantastiques, j’ai néanmoins sauté sur Journal d’un ogre publié aux éditions Crackboom ! et proposé en lecture libre. Je remercie donc le site et la maison d’édition pour ce sympathique moment de lecture et de détente.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Le monde des ogres est en péril et leurs secrets pourraient disparaître avec eux. Ce journal d’un ogre lève le voile sur bien des mystères de leur vie monstrueuse : les fameux combats de massue, les cours de d’éructations et de crachats. Il est même question de la rumeur voulant que les ogres portent le même pantalon toute leur vie… Une lecture qui changera ta perception des ogres pour toujours!

«Mon cher journal,
C’est la fin.
Les ogres ont disparu
Le monde ne va pas bien.»

Parsemée de références aux contes de fées classiques, la collection Cher Journal offre un accès privilégié aux aspirations secrètes de personnages mythiques et souvent pas si sympathiques. De courts textes rythmiques révèlent les rêveries privées et très drôles d’un ogre, d’un monstre, d’une sorcière et d’une fée.

  • Relié
  • Editeur : Crackboom (20 septembre 2018)
  • Âge : 3 ans et plus
  • Prix : 5.95€

AVIS

Avec cette chaleur étouffante et écrasante, vous prendrez bien une petite glace à la vermine ?

Comment ça, non ? J’en déduis que vous êtes humain ou que vous faites partie de ces nouveaux ogres qui n’ont d’ogre que le nom ! Un problème que notre protagoniste, un ogre, un vrai, est bien décidé à résoudre. Et pour cela, il a LA solution : ouvrir une école pour apprendre à devenir un ogre à l’image de ceux que l’on a l’habitude de rencontrer dans les contes de fées. Vous savez, ceux qui sont bien moches, puants, idiots, mangeurs d’enfants…

A la lecture de ce petit album, on peut dire que notre ogre a l’étoffe d’un visionnaire. Avec lui, toute une nouvelle génération d’ogres faisant honneur à l’espèce devrait voir le jour ! Devant son enthousiasme, le lecteur ne peut que prendre plaisir à découvrir ce projet qui semble tellement tenir à cœur à cet ogre pur souche qui ne rêve que de saleté et de puanteur.

Aimant beaucoup les ogres, j’ai tout de suite été attirée par ce petit ouvrage jeunesse proposé par une maison d’édition que je ne connaissais pas. Assez court et rapide à lire, cet album devrait plaire aux enfants qui pourront le lire et le relire à l’envi d’autant que la narration simple et enjouée rend la lecture très agréable et, surtout, très drôle.

La mécanique est, en outre, bien rodée : une page avec quelques lignes où notre ogre, scandalisé par le comportement actuel des membres de son espèce, explique ce qu’il apprendrait à ses étudiants et une illustration mettant en scène ses propos. Un duo texte/image qui donne tout son charme à cette histoire toute mignonne, ou pardonnez-moi, bien crado. N’oublions pas que nous parlons ici d’ogres et qu’il ne faudrait pas leur donner de mauvaises idées sous peine d’affronter le courroux de notre directeur d’école autoproclamé.

Les dessins de Laura Aguerrebehere sont colorés, vivants, simples tout en étant assez détaillés pour avoir l’impression de participer aux cours dispensés dans cette école ogresque. Des cours qui sont d’ailleurs empreints d’un certain humour. Sourires garantis donc, et ceci, quel que soit son âge !

En bref, conseillé à partir de 3 ans, nul doute que ce petit album devrait trouver une place de choix dans votre bibliothèque familiale.

Et vous, envie de découvrir Journal d’un ogre ?

Night world – Tome 1 : Le secret du vampire, L.J. Smith

Couverture Night world, tome 01 : Le secret du vampire

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Le Night World ne se limite pas à un endroit précis. Il nous entoure. Ses lois sont très claires : sous aucun prétexte son existence ne doit être révélée à qui que ce soit d’extérieur. Et ses membres ne doivent pas tomber amoureux d’un individu de la race humaine. Sous peine de conséquences terrifiantes. Découvrez ce qui arrive à ceux qui enfreignent les règles…

Il n’y a plus aucun espoir pour Poppy : sa maladie est incurable. Elle se prépare donc au pire. Jusqu’à ce que James, le plus beau garçon du lycée qu’elle aime en secret, lui fasse le plus fabuleux des cadeaux : un baiser vertigineux qui lui donne accès à son âme. Elle apprend ainsi que James partage ses sentiments depuis toujours, mais fait partie du Night World.
Bravant les interdits de son monde, le jeune homme propose à Poppy de le suivre jusqu’à la mort, et même au-delà. Mais il lui faudrait pour cela devenir un vampire…

  • Poche: 286 pages
  • Editeur : Michel Lafon Poche
  • Prix : 6.60€

AVIS

Je suis complètement passée à côté de cette histoire bourrée de clichés. On a donc d’un côté Poppy, une jeune fille éperdument amoureuse de son meilleur ami depuis ses 5 ans et de l’autre, James, un meilleur ami beau gosse qui se révélera être une créature de la nuit. Vous me direz, c’est quand même super pratique pour Poppy qui est condamnée à mourir à cause d’un cancer quelque peu foudroyant. Je pense qu’à ce stade, vous devinez la suite : James va la transformer en vampire ! Mais l’auteure a essayé de pimenter son histoire avec le Night World et ses lois interdisant aux vampires, sorcières et loups-garous de tomber amoureux d’un humain ou de dévoiler l’existence de ce monde aux mortels.

Aucune surprise n’est à attendre de ce roman qui suit une trame des plus classiques. Si on ajoute à cela, un manque probant de suspense et de tension, on peut dire que je me suis ennuyée durant toute ma lecture. Il y a bien un peu d’action dans les derniers chapitres, mais là aussi, rien de bien croustillant à se mettre sous la dent, sans mauvais jeu de mots. Seul le cousin, stéréotype du méchant vampire, aurait pu être intéressant, mais ce personnage est tellement survolé qu’il fait plus figure de figurant que de personnage auquel l’auteur aurait donné sa chance.

Quant à Poppy, je n’ai pas réussi à m’attacher à elle malgré le drame qu’elle vit. Il faut dire que ses réactions enfantines, son manque de logique et ses pensées complètement à côté de la plaque à la vue de sa situation ne m’ont pas vraiment permis de l’apprécier. Le point positif, c’est que je n’ai pas pleuré lors des scènes qui, si elles avaient été un minimum réalistes, m’auraient transformée en fontaine à eau. Je suis d’ailleurs impressionnée par la capacité de l’auteure à aborder un sujet difficile comme le cancer sans arriver à transmettre la moindre émotion. A ce stade, ça frise le talent !

Quant à la relation entre Poppy et son frère jumeau, elle m’a semblé peu convaincante et son amour pour son meilleur ami, d’une niaiserie sans nom. Elle aime James depuis de nombreuses années et même s’il multiplie les petites amies, elle en est convaincue, ce sera son mari… Et tout le récit est de cet acabit. Alors si vous êtes en quête d’une belle romance, car une romance peut être belle sans être ridicule, vous pouvez passer votre chemin sans aucun regret.

En plus d’une histoire cousue de fil blanc, l’auteure se paie le luxe de la pauvreté stylistique. Alors la langue française n’est pas massacrée, du moins, rien ne m’a choquée, mais ça manque de profondeur, l’auteure s’étant contentée d’utiliser des phrases simples et un vocabulaire assez pauvre. J’imagine que le roman s’adresse à des adolescent(e)s, mais je ne peux me défaire de l’idée qu’être adolescent ne signifie pas qu’on ne puisse pas lire des phrases complexes et recherchées. A voir si la version originale en anglais est un peu meilleure à ce niveau…

Je regrette également un manque de naturel dans la narration, les dialogues et les pensées des personnages. C’est comme ça qu’on entend Poppy dire de son frère jumeau « Ce cher vieux Phil ». C’est vrai qu’en tant que lycéen, il doit être à la limite de se faire une teinture pour cacher ses cheveux blancs…

En bref, le manque d’originalité de l’auteure ainsi que la pauvreté de son style ne m’ont pas permis d’apprécier Le secret du vampire, mais je pense qu’il trouvera son public notamment auprès des lecteurs et lectrices, jeunes et moins jeunes, qui ne sont pas regardants à ces deux points. Si vous acceptez le parti pris de l’auteur d’offrir une histoire passe-partout et peu approfondie, vous pourrez peut-être passer un bon moment de lecture… D’ailleurs, vous devriez trouver un certain nombre d’avis enthousiastes sur la toile.

NB : après avoir publié ma chronique, je me suis souvenue que ce roman datait d’une vingtaine d’années. Peut-être donc qu’à cette époque, l’histoire, sans être très élaborée, n’était pas encore clichée…. L.J. Smith a peut-être même contribué à mettre en place ces clichés que l’on retrouve dans certains romans de vampires pour adolescents. Cela ne rend pas le roman, à mes yeux, plus intéressant, mais il en devient moins exaspérant.

Et vous, êtes-vous tentés par Le secret du vampire ?

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