L’Appel d’Am-Heh (Les Chroniques Occultes t. 1), Guy-Roger Duvert

L'Appel d'Am-Heh (Les Chroniques Occultes t. 1) par [Guy-Roger Duvert, Mark Chac, Patrick Balou]

En 1934, Kristen, archéologue travaillant à la Miskatonic University, à Arkham, tente de faire reconnaître ses compétences dans un monde où les femmes restent méprisées.

Tout change le jour où elle reçoit un paquet envoyé d’Égypte, contenant une moitié de tablette aux inscriptions semblant dater de l’époque archéenne. Accompagnée de Milton Blake, un aventurier obéissant à un conclave occulte au sein de la Miskatonic, et de Howard Brixton, ancien espion britannique, elle s’engage dans une odyssée qui l’amènera des États-Unis en Égypte, puis en France et jusqu’en Allemagne nazie.

Mais cette course après un savoir occulte qui aurait dû rester enfoui ne risque-t-elle pas de les mener aux portes de la folie ?

Guy-Roger Duvert, réalisateur du long métrage “Virtual Revolution” et compositeur de nombreuses musiques de films, séries télé et jeux vidéos, est également l’auteur de la saga Outsphere, dont le premier tome a remporté le prix Amazon TV5 Monde en 2019, ainsi que des romans Backup, Virtual Revolution 2046 et Eschaton. L’Appel d’Am-Heh est le premier de ses romans à sortir du domaine de la science-fiction, pour lui préférer ceux du fantastique et de l’aventure pulp.

Auto-édité (2 mai 2021) – 319 pages – Papier (19,90€) Ebook (4,99€)

AVIS

Quand Guy-Roger Duvert m’a proposé de m’envoyer L’appel d’Am-Heh, je n’ai pas hésité une minute, appréciant beaucoup sa plume et son imaginaire. Et je dois dire que je ne le regrette pas ayant de nouveau passé un très bon moment de divertissement avec ce roman qui devrait combler les amoureux des aventures à la Indiana Jones.

Pour ma part, j’ai d’emblée ressenti cette impression, caractéristique du style de l’auteur, de quitter le confort de mon canapé pour m’immerger pleinement dans les décors qui prennent vie sous nos yeux. Des décors tour à tour fascinants, grandioses et emplis de mystère comme tout ce qui touche à l’Égypte ancienne. Si cette civilisation bien réelle, qui ne manque pas d’enflammer les esprits, est en trame de fond, l’auteur a choisi de la mêler à une autre civilisation, une civilisation dont on se surprend à rêver…

La question de l’existence ou non de cette civilisation sera un point de dissension dans le couple formé par l’aventurier Rick Nighy et Kristen, une archéologie et universitaire, qui se quitteront sur un échange tendu. Cela n’empêchera pas Rick de lui envoyer, depuis l’Égypte, la moitié d’une tablette comprenant des inscriptions semblant dater de l’époque archéenne. Une découverte capitale réalisée lors de la fouille d’un site archéologique connu de quelques-uns, mais protégé, de manière convaincante, du plus grand nombre. Cet envoi représente-t-il une formidable marque de confiance, un cadeau empoisonné et/ou une clé d’entrée pour Kristen, femme ayant des origines asiatiques dans un monde de l’archéologie dominé par les hommes, au cœur d’une Amérique des années 1930 peu encline à la diversité ?

À moins que ce ne soit un peu de tout ça… Quoi qu’il en soit, Kristen voit en cette tablette la chance de pouvoir enfin faire ses preuves et prouver que, comme son respecté et défunt père, elle est tout à fait capable de partir sur le terrain. Si ses espoirs de mener elle-même une expédition sont quelque peu douchés, elle obtiendra néanmoins la permission de se lancer à la recherche de Rick disparu, et de l’autre moitié de la tablette, tout en découvrant au passage l’existence d’un comité secret au sein de son université.

Dans cette mission, elle sera accompagnée du détective Milton Blake, mandaté par le comité, un homme assez mystérieux qui ne quitte jamais ses gants, et par un ami de ce dernier, Howard Braxton, un ancien espion britannique qui a gardé tous les réflexes de sa profession. Un trio plutôt inattendu, mais qui au fil des péripéties, nous prouvera sa parfaite complémentarité. En effet, trouver la seconde moitié de la tablette va se révéler plus ardu que prévu, cette relique d’une ère éloignée déchaînant les passions, et c’est un euphémisme. Notre trio va donc devoir évoluer dans des sables mouvants et faire face à de multiples dangers, certains qui ne manqueront pas de vous faire trembler. Ces péripéties seront l’occasion pour l’auteur de déployer tout son talent pour retranscrire l’intensité des scènes d’action et en restituer à la perfection la dynamique. J’ai ainsi eu l’impression de participer aux combats, de visiter des endroits fascinants, mais dans lesquels je n’aurais guère eu envie d’être piégée, et d’assister à des événements surnaturels, prémisses de l’arrivée d’un plus grand danger…

Car si le roman est parsemé d’ennemis terrestres qui se battent avec des armes traditionnelles, il est également empli de dangers bien plus pernicieux et au potentiel de destruction inégalable et inimaginable. L’auteur mêle ainsi réalité en transposant son récit dans une période historique précise, et imaginaire en parant son histoire d’une bonne dose de mythologie et d’occulte. Un occulte qui se cristallise ici autour de la tablette mais qui fait partie intégrante du monde, ce dont Milton Blake est bien conscient puisqu’il en a déjà payé le prix fort. Kristen, quant à elle, n’a pas d’autre choix que de s’ouvrir à cette idée perturbante, la jeune femme ayant été témoin de phénomènes étranges qui ne laissent que peu de doute sur l’existence du surnaturel.

Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais j’ai apprécié toute la mythologie déployée autour des Grands Anciens et d’Am-Heh, un dieu peut-être mineur, mais majeur au regard du danger qu’il fait planer sur le monde. Néanmoins, ce sont les liens entre Kristen et la tablette qui se révèlent les plus intrigants, celle-ci semblant avoir une influence grandissante sur l’archéologue, ce qui ne sera d’ailleurs pas sans conséquence sur ses capacités… Il y a également quelque chose de mystérieux au fait que contrairement aux autres personnes qui ont eu le malheur de toucher la tablette, Kristen ne semble pas sombrer dans la folie à son contact, un contact dont elle a de plus en plus besoin. Mais la jeune femme est-elle vraiment immunisée contre le pouvoir de la relique ? Pour le savoir, il vous faudra lire le roman, mais j’avoue m’être laissée surprendre par une révélation qui m’a poussée à revoir l’intrigue sous un autre jour, avant d’en déduire que oui, finalement, c’était quelque chose de palpable, à défaut d’être facilement identifiable !

Comme à son habitude, l’auteur propose une aventure rythmée sans temps mort qui, ici, transcende les frontières qu’elles soient surnaturelles ou plus terrestres, l’action se déroulant entre Égypte, Allemagne, États-Unis et France. Ajoutons à cela une écriture vive, immersive et dynamique qui pousse à tourner les pages à vitesse grand V, d’autant que plus on avance dans la lecture, plus l’action s’intensifie et la vérité se précise… pour le meilleur et pour le pire. Les personnages vont ainsi être poussés dans leurs retranchements et vont devoir abandonner leur scepticisme pour certains, leurs préjugés pour d’autres, ou encore faire face à  une vérité dangereusement occultée, soit par réelle ignorance, soit par facilité, voire un peu des deux.

Si j’ai trouvé les personnages assez bien dessinés pour être aisément identifiables et reconnaissables, sans pour autant être clichés, j’aurais peut-être apprécié d’en apprendre plus sur eux et d’avoir une connaissance plus fine de leur personnalité. Ce n’est pas un défaut en soi puisque clairement ici, on est plus dans le mystère et l’action que l’introspection, mais j’imagine que cela amenuise un peu le sentiment de proximité que l’on peut ressentir pour eux. Par conséquent, si j’ai aimé l’expertise, le courage, la force de caractère et la volonté de Kristen de s’imposer dans un monde d’hommes, la détermination et la droiture de Milton, et le côté sympathique et caméléon de Howard, en plus de son esprit cartésien dans lequel je me retrouve (et qui m’aurait probablement coûté la vie dans ce roman), aucun personnage ne se révèle terriblement attachant. Cela ne m’a pas empêchée de prendre un immense plaisir à suivre leurs péripéties, à trembler pour eux et à avoir envie que tout se termine le mieux possible pour chacun. Mais si vous avez déjà lu l’auteur, vous savez déjà que le monde des Bisounours, ce n’est pas sa tasse de thé. Alors attendez-vous à une fin qui vous donnera des sueurs froides et qui vous poussera à réclamer à cor et à cri  la suite !

Les héros sont charismatiques, intéressants et complémentaires, chacun apportant quelque chose à l’intrigue, mais j’ai également été sensible à l’un des méchants, pas à son comportement et à son aveuglement face aux conséquences de son projet, mais à ses motivations que l’on peut sans peine comprendre ! J’ai d’ailleurs été agréablement surprise de la subtilité avec laquelle l’auteur fait se côtoyer deux grandes menaces : l’une surnaturelle et finalement encore assez mystérieuse à la fin de ce premier tome, et l’autre réelle et issue de notre propre Histoire. À cet égard, un Allemand m’a beaucoup touchée et apporte cette nuance que certains semblent oublier quand l’on évoque l’une des pires périodes de notre passé pas si lointain.

Avec ce premier tome d’une série que je suivrai avec plaisir, l’auteur nous prouve son talent pour lier fiction et réalité et ainsi construire une œuvre complète, à la croisée des genres, rythmée, mystérieuse, fascinante, addictive, fantastique mais réaliste à la fois. Une œuvre qui devrait plaire aux aventuriers dans l’âme, aux Indiana Jones de cœur et à toutes les personnes passionnées par l’Égypte ancienne et les histoires mêlant enquête et occulte.

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé son roman, que vous retrouverez sur Amazon, en échange de mon avis.

Masques et Monstres, tome 1 : Magie d’artisan, R. Oncedor

Couverture Masques et Monstres, tome 1 : Magie d'artisan

Blanche et Cornélia n’ont guère l’étoffe des héroïnes. Elles sont fauchées, hirsutes, dorment en pyjama girafe et cohabitent vaillamment avec Greg, leur chat galeux mangeur de patates.

Mais lorsqu’elles rencontrent un jeune sans-abri, leur vie devient soudain beaucoup plus palpitante. Pourquoi leur offre-t-il ces masques somptueux ? Dans quel but leur confie-t-il un étrange colis ?

Bientôt, leur quotidien déraille pour de bon. Un autre monde colonise le leur : une dimension mystérieuse emplie de tarasques, de dragons orchidées et de lièvres ailés.

Et à cette faune improbable s’ajoutent deux inconnus aussi louches que séduisants, qui manœuvrent dans l’ombre…

BOD (8 octobre 2020) – 540 pages – Papier (18,90€) – Ebook (4,99€)

Je remercie l’autrice et Book on Demand pour m’avoir envoyé Masques et Monstres en échange de mon avis.

AVIS

Une belle couverture, un résumé mêlant humour, créatures et mystère, il n’en fallait pas bien plus pour me donner envie de lire Masques et Monstres que j’ai tout simplement adoré. Il n’y a pas une fausse note dans ce premier tome, l’autrice prenant le temps nécessaire pour nous présenter les principaux protagonistes de son aventure, et ceci sans jamais nous donner l’impression de se perdre dans les détails. Chose que j’ai fortement appréciée et qui explique le plaisir pris à suivre deux sœurs dont le quotidien va être mis sens dessus dessous par un sans-abri mystérieux, et par sa passion pour les masques et, elles le découvriront bien assez tôt, pour les créatures fantastiques. Des créatures pas forcément des plus dociles…

Sans vraiment leur demander leur avis, Iroël, va ainsi transformer Cordélia, l’aînée, et Blanche, sa cadette, en nounous pour des animaux qui ne devraient pas exister ailleurs que dans les livres et les légendes. Mais après tout, avec Greg, leur chat galeux mangeur de patates crues, les deux sœurs avaient déjà une petite expérience des animaux difficiles à gérer. Quoi qu’à bien y réfléchir, rien ne les avait vraiment préparées à prendre soin d’une tarasque, animal pour lequel j’ai personnellement craqué, et encore moins d’un lapin ailé carnivore et quelque peu destructeur sur les bords.

Au gré des « cadeaux » déposés par Iroël devant la porte des deux sœurs, leur appartement se transforme progressivement en refuge pour animaux de légende. Des animaux que l’autrice a eu la formidable idée de regrouper dans un bestiaire illustré en fin de roman. En plus d’être un bonus fort sympathique à admirer, la présence de ces dessins facile vraiment l’immersion dans le récit, d’autant que ceux-ci sont agrémentés de notes qui ne manquent pas d’humour ! J’ai, pour ma part, adoré le fait que l’autrice mélange deux créatures de son invention, dont l’adorable dragon orchidée, avec des créatures issues de différents folklores ( français, romain, grec, aztèque…). Des créatures qu’elle s’est appropriée pour les fondre dans un récit débordant d’imagination.

En voyant toutes ces créatures qui peuplent peu à peu la vie des deux sœurs, on se rend compte qu’il y a un côté arche de Noé. Mais rien de surprenant, car si Iroël rassemble autant d’animaux extraordinaires et extraordinairement prompts au chaos, c’est avant tout pour les sauver de la disparition. En effet, si notre monde n’est pas parfait, la Strate, dont tente de s’échapper définitivement Iroël en amenant ses animaux avec lui, n’est pas vraiment mieux : montée des eaux mettant en péril la survie des habitants, déchets qui s’accumulent, loi du plus fort avec des immortels qui dominent et exploitent… Cette dimension semble être le miroir de ce qu’il y a de pire dans notre monde ! Alors pas étonnant que des gens comme Iroël, mais aussi Aegus et Aaron, désirent la quitter sans se retourner, un projet d’exode hasardeux qui demande des moyens, des fonds et malheureusement pour elles, la collaboration de Cordélia et de Blanche…

Cordélia n’est pas vraiment emballée par l’idée d’accueillir tous ces animaux, parfois très dangereux, et encore moins ravie d’assister impuissante à l’appropriation de son territoire par Aegus, un homme serpent implacable, accompagné de son vassal, Aaron, un adolescent qui a le don de taper sur les nerfs de Blanche. À l’inverse, cette dernière, dans un élan d’optimisme mêlé d’une rafraîchissante naïveté, se plie en quatre pour tenter d’amadouer Iroël, dont elle s’est entichée, et d’accueillir comme il se doit Aaron. Et puis, curieuse au grand cœur, elle est émerveillée par ce monde nouveau et excitant qui la change d’un quotidien morne, et par toutes ces créatures sur lesquelles elle veille avec l’aide de sa sœur.

La différence de caractère entre les deux sœurs est l’occasion de dialogues savoureux et pleins d’humour, qui donnent envie de prendre sa valise et de venir s’incruster dans leur appartement déjà bien encombré. Il y a, en effet, un côté joyeux bazar qui me plaît beaucoup ! Mais la sympathique cacophonie ne doit pas laisser oublier le danger bien réel qui pèse sur les fugueurs de la Strate et leurs deux complices humaines. Entre les attaques violentes et virulentes, la tension permanente, et un monde mystérieux, dont elles commencent à appréhender la violence, nos deux sœurs vont vivre des moments difficiles, d’autant que le danger est parfois bien plus proche qu’elles ne le croient.

Si je préfère rester vague pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, je peux néanmoins vous dire que j’ai adoré la complexité, et l’aura de danger et de mystère qui plane sur certains personnages. On sait qu’il n’est pas prudent de s’attacher et de se lier, mais inexorablement comme la prudente Cordélia, et la trop confiante Blanche, on se laisse prendre au jeu. On se laisse bien malgré nous attendrir et séduire par des personnalités fortes qui oscillent entre implacabilité et gestes derrière lesquels se cache quelque chose d’autre. Un début d’humanité, de tendresse, d’affection ? Peu importe finalement parce que les enjeux sont tels qu’il n’y a pas vraiment de place pour la sensiblerie ou la pitié.  Être utile ou périr, c’est un peu la devise de la Strate, et c’est celle à laquelle vont devoir faire face nos deux sœurs plus que jamais soudées dans les épreuves.

L’autrice prend le temps de nous dévoiler des informations sur la Strate et sur les véritables intentions d’Iroël, d’Aegus et d’Aaron. Cela apporte un certain suspense et nous pousse à tourner les pages, la boule au ventre comme Cordélia, et l’espoir au fond du cœur comme Blanche. J’ai ainsi adoré m’approprier l’histoire de chacun, et ai été révoltée par certaines choses, dont un retournement de situation douloureux, mais finalement logique. Car à aucun moment, l’autrice ne cache l’implacabilité de ses personnages : ils ont un objectif et sont prêts à tout pour l’atteindre. Et même celui qui nous apparaît comme un doux rêveur et idéaliste peut utiliser des moyens quelque peu discutables pour atteindre son but…

Je dois d’ailleurs dire que j’ai été étonnée de la manière dont les deux sœurs passent facilement sur certains actes et comportements, un peu comme si à force d’être entourées de créatures mues par leurs instincts, elles avaient fini par occulter une part de leur conscience. On les découvre donc très bienveillantes, mais aussi très conciliantes envers des choses qui auraient mérité une plus vive désapprobation. Un paradoxe qui les rend réalistes et diablement humaines ! Et c’est probablement cette capacité à s’adapter et à revoir leurs normes en fonction de la situation qui leur sauvera la vie…

La galerie de personnages est assez variée pour susciter l’intérêt de tous les lecteurs, mais assez restreinte pour qu’on ne s’y perde pas. Tous les personnages ne m’ont pas plu de la même manière. Contrairement à Blanche, je n’ai pas été séduite par Iroël même si son talent d’artisan, qui lui permet de créer des masques très particuliers, a titillé ma curiosité. J’ai également été touchée par son amour inconditionnel pour les créatures fantastiques qu’il essaie de sauver contre vents et marées. J’ai néanmoins été révoltée par l’inconscience avec laquelle il plonge les deux sœurs dans un univers qui n’est pas le leur et qui se révèle extrêmement dangereux .Alors qu’elles tendent à le considérer comme le gentil, pour moi, c’est peut-être le pire dans toute cette histoire. Derrière l’image du bon samaritain, je n’ai pu m’empêcher d’y voir celle d’un monstre d’égoïsme et d’hypocrisie.

C’est la raison pour laquelle j’ai largement préféré Aegus qui, en plus d’être bien plus charismatique, ne triche pas sur ce qu’il est et sur la violence qui sourde en lui. J’ai, en outre, apprécié la relation qu’il noue progressivement avec Cordélia, une relation tout en subtilité qui passe par des regards et des attentions, peut-être pas frappantes pour un humain, mais qui démontrent chez lui un certain effort. Après tout, n’oublions pas que nous sommes face à un être plus proche du serpent que de l’humain. Ne vous attendez donc pas à un prince charmant, mais à un être fascinant et difficile à cerner, qui peut très vite passer de la moquerie à une certaine bestialité. Un être que l’on préfère avoir comme allié plutôt que comme ennemi, et qu’il est fort peu prudent d’incommoder !

Quant aux deux sœurs, difficile de ne pas fondre devant leur gentillesse et leur indéniable complicité. Très différentes l’une de l’autre, elles se complètent à merveille ! Je n’ai pu m’empêcher, comme Cordélia, d’admirer le courage et le côté un peu fou fou de Blanche, qui sait vivre la vie au jour le jour et prendre des risques, peut-être un peu trop d’ailleurs… Mais loin de n’être qu’une écervelée au cœur tendre, c’est une jeune fille optimiste qui aime voir le meilleur en chacun, qu’il soit humain ou non. Une qualité qui peut vite devenir un inconvénient quand on se frotte à la Strate, mais qui apporte une belle touche d’humanité à un roman peuplé de créatures en tous genres. Si Cordélia se révèle assez sérieuse, car responsable pour deux, elle ne manquera pas de nous faire sourire et de nous toucher, celle-ci ayant un cœur bien plus tendre qu’elle ne veut bien l’admettre. Rien d’étonnant donc à ce que même le très froid Aegus finisse par apprécier ces deux sœurs bien souvent amusantes malgré elles.

En conclusion, d’une plume aussi fluide qu’élégante et immersive, l’autrice nous plonge avec perte et fracas dans la vie de deux sœurs qui vont devoir troquer un quotidien fade et banal pour une existence emplie de créatures plus ou moins dangereuses, d’hommes aussi exaspérants qu’énigmatiques, de mystère, de magie et d’une bonne dose de dangers. Entre une dimension qui s’invite dans la nôtre, des créatures parfois difficiles à gérer (chat bouffeur de patates y compris), des demi-vérités et des vérités qu’il aurait mieux valu ignorer, vous n’aurez pas le temps de reprendre votre souffle, et encore moins de vous ennuyer. Alors si vous avez envie d’une histoire rythmée et fantastique à plus d’un titre, vous avez trouvé votre bonheur. Mais n’oubliez pas, si vous découvrez un carton devant votre porte, ne l’ouvrez qu’à vos risques et périls ! 


Mes impressions en bref

Points positifs                                                                                              Point négatif
Plume fluide et immersive                                                                           Devoir attendre la suite !                
Bestiaire illustré
Des créatures folkloriques à ne plus savoir où donner de la tête                                               
Un duo de sœurs terriblement attachant                                                     
Des personnages nuancés à la psychologie travaillée
Des dialogues truculents et de l’humour à gogo
Un rythme bien dosé et une tension qui monte crescendo
Le fantastique qui s’invite dans notre réalité
Du mystère, de la magie et des dangers


 

Drifting dragons (tome 1), Taku Kuwabara

Couverture Drifting Dragons, tome 01

Autrefois, nombreux furent les aventuriers à se mettre en quête des dragons légendaires qui se dissimulent dans les cieux… aujourd’hui, le Quin Zaza est l’un des rares dirigeables dragonniers encore en activité.
Chacun a ses raisons d’embarquer et de poursuivre les dragons qui sillonnent les mers de nuages : pour l’argent, pour fuir ou pour les denrées que ces créatures offrent !
Mais à chaque voyage, c’est la vie de tout l’équipage qui est en danger, entre tempêtes effroyables, attaques de pirates de l’air ou traques de dragons hostiles…

Pika (4 mars 2020) – 208 pages – 7,50€

AVIS

Ce manga est une erreur de casting qui m’est complètement imputable. La couverture me plaisant et le titre m’intriguant, je l’ai emprunté sans même en lire le résumé. Or, si l’histoire n’est pas mauvaise, elle m’a mise mal à l’aise…

Je ne suis pas végétarienne, mais je ne supporte pas les ouvrages dans lesquels les animaux sont traqués et réduits à l’état de nourriture. Et c’est malheureusement ce qui se passe dans ce manga : nous suivons l’équipage d’un dirigeable dragonnier dont la mission est de chasser les dragons et d’en tirer le maximum de profit, puisque tout ou presque est utilisable dans cet animal rare. Peut-être que si les dragons avaient été une menace pour l’homme, cela ne m’aurait pas autant dérangée, mais ici, il nous est clairement dit qu’ils n’attaquent quasiment jamais les êtres humains. D’ailleurs, la seule fois où l’on voit un dragon attaquer, c’est pour venger le meurtre de son enfant… Difficile de lui en vouloir !

Autre point qui m’a vraiment gênée, l’obsession de Mika pour les dragons qu’il adore traquer, tuer, dépecer et manger. Un point sur lequel le mangaka insiste lourdement, rendant son personnage plus proche du psychopathe que du chasseur dont la traque de dragons n’est qu’une manière de subvenir à ses besoins. Heureusement, une autre chasseuse, Vanabelle, est bien plus nuancée :  si elle est douée, elle ne prend aucun plaisir à tuer les dragons. On sent même chez elle une certaine tristesse au fait de devoir s’y résoudre… Bien qu’elle soit peu présente par rapport à Mika dont les prouesses de chasseur le rendent indispensable à la vie du dragonnier, Vanabelle est probablement mon personnage préféré, d’autant qu’elle bénéficie d’une certaine aura de mystère qui la rend très intrigante.

Au-delà de ces deux chasseurs, qui ont une approche très différente de leur métier, on suit d’autres membres de l’équipage comme la petite nouvelle qui désire ardemment faire ses preuves. Le côté chasse sans discernement des dragons m’a perturbée, mais j’ai adoré l’ambiance de camaraderie qui règne à bord du dragonnier, l’un des derniers encore en activité. Chaque membre a son propre passé et est là pour des raisons qui lui sont propres. Il y a ainsi un petit côté récit de pirates qui m’a bien plu. D’ailleurs, puisqu’on parle de pirates, attendez-vous à de l’action et du mouvement, la vie à bord d’un dirigeable dragonnier étant loin d’être un long fleuve tranquille. Entre les tâches ingrates et physiques, les dragons pas toujours prêts à se laisser tuer et manger sans résister, les tempêtes et les accostages sauvages, notre équipage ne s’ennuie jamais !

Et entre deux parties de chasse et deux dangers à affronter, notre équipage est bien occupé à manger. La cuisine prend ainsi une place prépondérante dans cette intrigue. Mika, qui fonctionne la plupart du temps sur un mode binaire, se révèle d’ailleurs très inventive dans ce domaine, n’hésitant pas à sortir des sentiers battus et à proposer des plats originaux, même pour ses coéquipiers. Vous trouverez quelques recettes disséminées tout au long du manga, une idée qui m’aurait probablement séduite si on avait parlé muffins plutôt que steaks de dragons.

Quant au travail réalisé sur les illustrations, il m’a complètement convaincue. Le découpage est dynamique, les gros plans sur les visages utilisés à bon escient et les expressions particulièrement parlantes. Seule la représentation des dragons m’a parfois étonnée, ayant du mal à identifier les traits de ces animaux de légende. Mais il est tout à fait possible que ce soit une volonté de l’auteur afin d’offrir aux lecteurs cette même distanciation émotionnelle que l’on ressent à la vue d’une barquette de viande dont l’aspect rend difficile l’identification de l’animal qui s’y trouve…

En conclusion, je ne peux que reconnaître à ce premier tome un certain nombre de qualités allant des illustrations au rythme en passant par l’ambiance de franche camaraderie qui règne à bord du dirigeable. Toutefois, la manière dont le mangaka réduit les dragons à l’état de produits comestibles comme les autres m’a vraiment mise mal à l’aise, même s’il a veillé à apporter une certaine nuance grâce à l’un des protagonistes. Je ne conseillerais donc pas ce titre aux personnes sensibles à la cause animale à moins qu’elles ne possèdent une bonne capacité de distanciation… En revanche, les amateurs d’histoires qui se déroulent dans les airs, et qui confrontent l’homme à l’animal, devraient prendre un certain plaisir à suivre les aventures d’un dragonnier à l’équipage divers et varié.

Les aventures d’Alduin et Léna – tome 1 : Les guerriers de glace, d’après le roman d’Estelle Faye

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Dans le village de Rosheim, Alduin et Léna sont devenus les meilleurs amis du monde alors que tout les sépare : Alduin est le fils du chef ; Léna est la fille de la guérisseuse.

Lors d’une promenade en forêt, ils découvrent que les Guerriers de Glace, ces êtres cruels qui vivent au-delà des montagnes, revienntn au village pour enlever une jeune fille. Un soir Alduin apprend que les villageois sont prêts à sacrifier son amie pour épargne leurs filles !
Léna décide alors de s’enfuir.

Jungle (9 juillet 2020) – 48 pages – 11,95€

AVIS

Cette BD est l’adaptation graphique d’un roman d’Estelle Faye que je n’ai pas encore lu, mais que je le lirai avec plaisir, ayant beaucoup apprécié cette belle aventure menée tambour battant.

Tous les 8/10 ans, le village de Rosheim doit livrer une jeune femme aux terribles Guerriers de Glace. Une situation cruelle et inacceptable contre laquelle les villageois se sont par le passé révoltés. Mais en absence de leur héros disparu, ils décident cette fois de céder en leur livrant Léna, la fille de la guérisseuse. Après tout, n’est-elle pas plus ou moins une sorcière et puis, sans frère, père ou fiancé pour la protéger, n’est-elle pas la victime toute désignée ?

J’ai été horrifiée et révoltée par la lâcheté des hommes du village. Si je peux aisément comprendre qu’aucun ne souhaite sacrifier sa propre fille, il est beaucoup moins pardonnable de voir la rapidité avec laquelle ils désignent une victime et les critères sur lesquels ils se basent pour le faire…

Heureusement, quand Alduin découvre par hasard le sort terrifiant et révoltant que l’on réserve à sa meilleure amie, il décide de fuir à ses côtés. Commence alors pour les deux amis une aventure périlleuse durant laquelle ils feront la connaissance d’un homme balafré et plutôt mystérieux. Peuvent-ils lui faire confiance ou doivent-ils se méfier de la diligence avec laquelle il s’est spontanément proposé de les aider ? Et si leur bienfaiteur n’était pas un total inconnu ? Une question qui m’a taraudée pendant une bonne partie de la BD, l’autrice semant le doute dans l’esprit d’Alduin et des lecteurs !

Alors que je m’attendais à une histoire assez classique, l’autrice a réussi à agréablement me surprendre par une révélation audacieuse qui donne une tout autre saveur à ce récit… Je préfère rester vague pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais je peux vous dire que je n’avais rien vu venir. Et cela ne m’arrive pas si souvent, et encore moins dans un roman ou une BD jeunesse.

Au-delà de la fin très finement amenée, j’ai adoré les liens unissant nos deux jeunes héros courageux, complices, complémentaires et solidaires. On sent qu’ils sont prêts à tout pour veiller l’un sur l’autre, ce qui les rend extrêmement attachants et attendrissants. L’autrice nous propose donc une belle et tendre amitié dans laquelle les jeunes lecteurs pourront aisément se projeter.

Nathaniel Legendre a réussi à condenser et retranscrire de manière dynamique, immersive et prenante un roman faisant 120 pages. Mais ce qui fait également le charme et la force de cette adaptation, ce sont les magnifiques illustrations d’Elisa Pocetta et d’Antonio Baldari. J’ai été éblouie par leur beauté, la délicatesse des traits des visages et leur expressivité. Les regards et mimiques restitués avec force permettent ainsi de ressentir avec acuité chacune des émotions des personnages, d’autant que les occasions de s’arrêter sur les visages sont nombreuses. Je tenais également à souligner l’excellent et lumineux travail de colorisation de Simona Fabrizio qui fait passer les illustrations de magnifiques à somptueuses !

Illustration Les aventures d’Alduin et Léna - tome 1 : Les guerriers de glace, d'après le roman d'Estelle Feye

En bref, j’ai tout adoré dans cette BD qui a frôlé le coup de cœur : les magnifiques illustrations lumineuses tout en rondeur et à l’expressivité certaine, les couleurs somptueuses qui donnent un air féerique à l’histoire, le duo adorable et attachant, les doutes quant à l’homme qui va aider nos héros, la fin que je n’avais absolument pas anticipée. C’est indéniablement une très belle aventure qui divertira et enchantera petits et grands lecteurs !

Livre lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres.

Au pays des eucalyptus, Elizabeth Haran

Couverture Au pays des eucalyptus

Quand, en 1910, Nola Grayson, une jeune préceptrice en avance sur son temps, quitte l’Angleterre pour rejoindre les terres hostiles et inhospitalières d’Australie, elle sait qu’elle aura fort à faire pour trouver sa place. Parviendra-t-elle à trouver le bonheur par-delà les océans ? Une saga digne des meilleurs romans de Tamara McKinley et Sarah Lark.
Nola Grayson est une jeune préceptrice en avance sur son temps. Mais, en 1910, la bonne société londonienne ne veut pas d’une enseignante aux méthodes pédagogiques jugées subversives. Ne prône-t-elle pas, entre autres, l’émancipation de la femme ?
Aussi, quand Nola se voit proposer un poste à des milliers de kilomètres de chez elle, en Australie, décide-t-elle de tenter l’aventure. Pleine d’optimisme.
Mais, une fois arrivée sur l’île continent, elle déchante. Les habitants de cette partie reculée du bush attendaient un instituteur. Quelle n’est donc pas leur surprise de voir débarquer une femme… Nola parviendra-t-elle à s’imposer dans cette terre dure et inhospitalière ? Et à trouver le bonheur ?

L’Archipel (4 février 2021) – Papier (22€) – Ebook (15,99€)
Traduction : Penny Lewis

AVIS

J’ai tout simplement adoré cette histoire dépaysante à souhait ! Il ne m’a d’ailleurs pas fallu longtemps pour dévorer ces 450 pages d’aventure, d’amitié, d’amour et de quête de soi, sous un soleil de plomb et dans une sécheresse de tous les diables !

Dans un prologue qui ne manque pas d’humour, l’autrice ébauche déjà les principaux traits de son héroïne résolument en avance sur son temps : indépendante, volontaire, contre les conventions sociales qui enferment les femmes dans des rôles prédéterminés, pour l’égalité entre les sexes, aux méthodes d’enseignement atypiques… Cette femme ne ressemble pas vraiment à celles que l’on peut rencontrer au sein de l’aristocratie londonienne de 1910, ce qui explique le fait qu’elle n’arrive guère à conserver sa place d’enseignante plus que quelques semaines. Alors, elle n’hésite pas très longtemps quand une opportunité se présente à elle, quand bien même celle-ci serait à des milliers de kilomètres de chez elle, dans le très isolé outback australien.

Malheureusement pour elle, l’accueil est plutôt froid, et c’est un euphémisme. Le propriétaire du domaine où elle doit travailler, Langford Reinhart, et son intendant, Galen Hartford, attendaient avec impatience un enseignant, et non une enseignante. Ils se refusent donc obstinément à lui ouvrir leurs portes ! En effet, pour ces messieurs, le sexe faible n’a rien à faire dans l’outback où les conditions de vie sont extrêmement difficiles et pour le moins solitaires. Mais il faudra bien plus à Nola que le rejet de ses employeurs pour la convaincre de retourner en Angleterre, où rien ne l’attend si ce n’est le regard désapprobateur et réprobateur de la bonne société.

La jeune femme va donc tout faire pour gagner sa place et prouver que oui, une femme peut affronter la faune et la flore locales, survivre dans un climat fiévreux où la sécheresse et la chaleur vous étouffent, faire face sans geindre aux intempéries et multiples dangers qui entourent une vie isolée de tous ! Mieux, Nola est bien déterminée à prouver à ces deux hommes, qui la rejettent sans même la connaître, qu’elle désire ardemment cette vie d’aventure, dépourvue des artifices de la vie en société. Dans l’outback, seules vos compétences, votre détermination, votre pugnacité et votre capacité à travailler dur comptent, pas la manière dont vous respectez des codes sociétaux, bien souvent futiles et injustes envers les femmes.

J’ai eu un énorme coup de cœur pour Nola qui est une jeune femme volontaire qui sait ce qu’elle veut et qui est prête à se battre pour l’obtenir, quitte à tout chambouler autour d’elle et à se lancer à la découverte d’un mode de vie complètement différent du sien. Ainsi, elle ne recule devant rien et affronte avec courage et la tête haute toutes les situations. Malgré le rejet de ses employeurs, elle s’investit corps et âme dans sa nouvelle vie, allant bien au-delà de ce que l’on attend d’elle, et se montrant bien souvent très utile pour trouver des solutions innovantes aux problèmes du domaine… Mais si elle a confiance en elle et en sa capacité d’adaptation, elle sait aussi faire preuve d’humilité et ne se présente jamais en madame Je-sais-tout. Elle est convaincue de l’importance de l’éducation, mais reconnaît aussi la valeur de l’expérience.

Tout autant de qualités qui la rendent précieuse et inspirante ! Dommage que Galen et Langford ont du mal, du moins dans un premier temps, à le voir et à le reconnaître. Il faut dire que ces deux hommes, très différents l’un de l’autre, partagent pourtant cette même défiance envers les femmes ! Une situation intenable qui va pousser Nola à tout faire pour en comprendre les causes. De fil en aiguille, des secrets vont être dévoilés, et Nola va devoir faire face à ses propres sentiments afin de démêler le vrai du faux… Il existe un certain mystère autour de la disparition des femmes de Galen et de Langford, et si j’avais plus ou moins rapidement compris la réalité derrière les non-dits, j’ai apprécié la manière dont l’autrice a géré cet aspect de l’intrigue. Cela, en plus d’introduire un peu de suspense et de mystère, permet de mieux comprendre les deux hommes.

À cet égard, je ressors complètement séduite par leur évolution, et plus particulièrement par celle de Langford, un homme amer, tyrannique et aigri qui va réussir à faire fondre mon cœur. Et je dis chapeau à l’autrice, parce que pendant une bonne partie du roman, j’ai fini par croire son cas désespéré ! Mais de fil en aiguille, la détermination, le courage et le franc-parler de Nola vont arriver à s’immiscer dans le cœur de cet être revêche, qui va alors nous dévoiler une tout autre facette de sa personnalité. Une facette qui permet de mieux comprendre la fidélité et l’affection de Galen à son égard, et d’imaginer l’homme qu’il avait été avant que le drame ne vienne le frapper. Si son évolution est si touchante, c’est avant tout parce qu’elle est progressive et réaliste !

Galen est également un homme auquel je me suis attachée et dont j’ai apprécié la gentillesse discrète, la présence rassurante et la dévotion envers ses enfants qu’il a tentés, peut-être un peu maladroitement, de protéger du passé. D’ailleurs, si j’ai apprécié la personnalité des trois enfants, j’avoue avoir craqué pour la petite dernière qui a noué une belle et profonde relation avec Nola, la seule présence féminine dans sa vie depuis la mort de sa mère.

Je n’évoquerai pas tous les personnages, mais ce qui est certain, c’est que l’autrice a réalisé un très beau travail sur ceux-ci, les dotant d’une personnalité complexe, dont on a envie de comprendre toutes les forces et les faiblesses. Certains personnages m’ont très agréablement surprise, mais j’ai eu également une petite déception, qui prouve que les bonnes intentions n’aident pas à former les plus belles et fortes relations. Si l’ambiance est résolument masculine au sein du domaine, Nola saura nouer une amitié avec une patronne d’hôtel qui a aussi son franc-parler. Ouverte d’esprit, notre enseignante fera également connaissance avec une tribu aborigène, découvrant une culture autre, faite de périodes d’errance, de croyances fortes, et d’un bel esprit d’accueil… J’ai beaucoup apprécié ces échanges entre Nora et la tribu avec laquelle elle sera plus ou moins liée, du moins provisoirement.

Au-delà des personnages, ce roman est une ode à l’aventure ! L’action et les dangers sont ainsi bien présents, qu’ils soient météorologiques ou humains. Au fil des pages et d’une vie dont elle appréhende progressivement tous les aspects, Nola va être poussée dans ses retranchements et va devoir puiser au fond d’elle-même les ressources pour affronter un avenir qui s’annonce difficile, mais à la hauteur d’une femme de sa trempe ! Une femme, certes avec ses propres peurs, mais une femme d’exception qui semble plus que taillée pour l’outback australien.

Quant à la plume de l’autrice, je l’ai beaucoup appréciée. Simple, rythmée, dynamique et fluide, elle rend la lecture très plaisante, d’autant que l’autrice, à travers son héroïne et son légendaire franc-parler, n’hésite pas à introduire quelques pointes d’humour. C’est le genre de style efficace qui vous donne parfois plus l’impression de vivre le roman que de le lire…

En conclusion, Au pays des eucalyptus est un roman qui m’a tenue en haleine, que ce soit pour le beau moment d’évasion et de dépaysement qu’il m’a offert ou son côté grande aventure qui ne manquera pas d’apporter son lot de dangers et d’actions. Mais c’est surtout un très beau roman de vie, une fresque épique et touchante dépeignant la manière dont une femme en avance sur son temps va s’imposer dans un environnement hostile, et prouver à tous qu’être une femme, même en 1910, ce n’est pas être faible ! Empli de tendres et intenses moments, d’amitié, de doutes et de promesses d’amour, cet ouvrage devrait tour à tour vous divertir, vous toucher et vous pousser à croire en l’existence des secondes chances et de la capacité de chacun à retrouver le bonheur après la tempête.

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis..

Félines, Stéphane Servant #PLIB2020

Félines | rouergue

Personne ne sait exactement comment ça a commencé. Ni où ni quand d’ailleurs. Louise pas plus que les autres. Ce qui est sûr, c’est quand les premiers cas sont apparus, personne n’était prêt et ça a été la panique. Des adolescentes qui changeaient d’un coup. Des filles dont la peau se recouvrait de… dont les sens étaient plus… et les capacités… Inimaginable… Cela n’a pas plu à tout le monde. Oh non ! C’est alors qu’elles ont dû se révolter, être des Félines fières et ne rien lâcher ! Après Sirius (prix Sorcières 2018), Stéphane Servant revient avec un roman coup de poing.

Éditions du Rouergue (21 août 2019) – 464 pages – Broché (15,80€) – Ebook (10,99€)
#ISBN9782812618291 #PLIB2020

AVIS

Vu les avis assez contradictoires, Félines me faisait un peu peur. Mais fort heureusement, dès les premières pages, l’auteur avait gagné une lectrice avide de découvrir son roman prenant la forme d’un témoignage fictif, celui de Louise. J’ai adoré me plonger dans la vie de cette adolescente cabossée par la vie qui, deux ans après un accident lui ayant fait perdre sa mère et sa popularité, doit affronter une nouvelle épreuve : sa mutation. Un phénomène inattendu et inexplicable recouvrant progressivement les jeunes filles de poils et les dotant de meilleurs sens. Dans une société où les poils demeurent tabous, voilà une transformation qui ne passe guère inaperçue, a fortiori quand elle est instrumentalisée par des fondamentalistes qui voient en cette évolution une manière d’abrutir et de contrôler les masses jouant sur cette peur ancestrale et profondément ancrée de la différence.

Les adolescentes ne sont donc plus des jeunes filles, ce ne sont plus les enfants de parents censés les soutenir et les aimer inconditionnellement, ce ne sont plus des sœurs ni des amies ou des petites amies… Non, ce sont des dépôts de Satan qu’il convient de traquer, de parquer, de châtier et d’éduquer comme les animaux qu’elles sont devenues. Voici la position défendue par les extrémistes de La ligue de la Lumière qui, pour notre plus grand écœurement, gagne en puissance jusqu’à atteindre les plus hautes sphères du pouvoir. De manière explicite, l’auteur reproduit ce dont notre Histoire a déjà été le témoin. Et ça marche parce qu’il suffit de regarder autour de nous pour se rendre compte que cette même haine de l’Autre et de ce qui est différent de nous est encore fortement ancrée dans le cœur et le corps des hommes.

Les réactions auraient-elles été aussi extrêmes et violentes si le phénomène avait concerné les hommes ? Peu probable parce que les dirigeants, la plupart du temps masculins, auraient veillé à changer les règles pour protéger leur position et leurs acquis. Mais ici, on parle de femmes, cette catégorie de la population qui n’a pas le droit à l’erreur, qui ne doit pas faire de vague et dont le corps est soumis constamment aux jugements et aux diktats de la société. Il se dégage donc de ce roman un message féministe fort auquel j’ai été particulièrement sensible et que je trouve très important, notamment si l’on considère le lectorat visé par cette publication. J’ai également apprécié la solidarité féminine qui se développe entre les Félines, condition sine qua non pour leur assurer une place au sein d’une société qui les rejette.

Ni monstres ni Obscures, les Félines sont juste des jeunes filles qui ont vu leur corps changer et leurs capacités évoluer, mais qui conservent le droit d’exister, d’aimer et de vivre leur vie sans être ostracisées ni violentées. Devant les injustices qu’elles subissent, les Félines vont peu à peu se réunir, se rebeller et s’opposer aux autorités… Certaines se montreront plus féroces que d’autres, mais Louise fera de son mieux pour leur éviter de tomber dans cette violence à laquelle on essaie de les acculer afin de pouvoir les exterminer en toute impunité en raison de leur « dangerosité ». J’ai apprécié la manière dont l’auteur nous montre le cercle vicieux que certains peuvent mettre en place, avec le soutien des médias contents de faire du sensationnalisme et donc de l’audimat, pour justifier l’usage de la force et créer un profond clivage au sein de la population… La société se divise d’ailleurs ici rapidement entre Félines et humains, entre créatures de l’enfer et enfants de Dieu selon La Ligue de la Lumière, une organisation qui utilise le prétexte de la religion pour asservir et tuer.

Fort heureusement, tout le monde ne cède pas à la haine ni à la peur. À cet égard, j’ai adoré la famille de Louise, et en particulier son petit frère qui se révèle des plus attendrissants. Pour ce dernier, peu importe que sa sœur ait gagné une pilosité importante, elle reste la même personne, celle qui joue avec lui, l’emmène à l’école et lui raconte des histoires le soir. Et puis c’est doux les poils, non ? Quant à son père, bien que dépassé par la situation, il fera de son mieux pour aider et soutenir Louise comme tous les parents devraient le faire, ce qui est loin d’être le cas que ce soit dans le roman ou la réalité. Regrettant que les parents soient bien souvent défaillants ou absents dans les romans young adult, cette figure paternelle, bienveillante et aimante, m’a beaucoup touchée.

J’ai également apprécié Tom, un jeune homme stigmatisé, non pas en raison d’un système pileux hyperactif, mais de sa différence, de sa sensibilité, de son amour des livres, de son amour des histoires d’amour, de son amour des hommes, de son embonpoint…Ce personnage, en plus d’être émouvant et de soutenir inconditionnellement Louise, permettra à l’auteur d’aborder la notion d’amour qui peut être protéiforme, de genre, mais aussi l’importance de laisser chacun être soi sans tenter de l’enfermer dans des cases.

J’aurais peut-être aimé que ces thèmes soient un peu plus développés, mais devant la multiplicité des thématiques abordées, je comprends qu’il ait fallu opérer des choix. Car en plus du racisme et de la méfiance envers les Félines qui traduit surtout celle envers les femmes qui osent se démarquer des carcans de la société, le roman interroge la notion de liberté et de désobéissance civile, et évoque des thèmes comme le harcèlement scolaire, le viol et la culpabilisation des victimes, la question des réfugiés qui sont traités de manière abjecte et avec un manque d’humanité flagrant, les mécanismes de la propagande et le rôle des médias, la manière dont un contexte socio-économique difficile peut servir de terreau à la haine…

Les personnages secondaires et les thématiques abordées sont donc intéressants, mais c’est le travail réalisé sur la personnalité de Louise qui m’a le plus agréablement surprise. Cette jeune fille fait montre, dès le début du roman, d’un sacré recul sur sa vie d’avant l’accident l’ayant fait tomber de son piédestal et de sa vie de petite princesse capricieuse et odieuse. On l’entend nous parler de cette adolescente méchante et superficielle qu’elle était tout en découvrant la jeune fille courageuse, forte et battante qu’elle est devenue. Le jugement sans concession de Louise sur sa vie d’avant la rend assez sympathique malgré un certain manque de chaleur dans la manière dont elle nous raconte son histoire. Cela m’a d’ailleurs un peu perturbée en début de lecture puisque j’ai eu l’impression que Louise ne parlait pas de sa vie, mais de celle de quelqu’un d’autre. Mais la pertinence du ton de la narration a fini par s’imposer à moi parce que l’histoire de Louise, ce n’est pas que la sienne, c’est un peu celle d’Alexia, de Fatia, et de toutes ces Félines, anonymes ou non, mortes au combat ou bien décidées à se battre pour revendiquer le droit d’exister !

Tout au long du livre, on apprend d’ailleurs à connaître certaines Félines comme La Rouquine et Fatia qui sont celles qui m’ont le plus marquée. La première en raison de sa personnalité et de son altruisme malgré les circonstances, et la seconde pour sa révolte qu’elle porte haut et fort comme pour faire un pied de nez à tous ces hommes et ces humains qui la rejettent, elle et ses sœurs, pour ce qu’elles sont. Louise et Fatia sont un peu les exacts opposés, mais chacune aura une certaine influence sur l’autre : Fatia donnera l’inspiration et le courage à Louise de se battre et Louise insufflera à Fatia un peu d’espoir quant à l’humanité. Et vu les actes de certains « hommes », de l’espoir, il en faudra !

Quant à la plume d’auteur, agréable et immersive, elle permet de se plonger sans réserve dans l’histoire, de vivre de l’intérieur le combat de Louise et de ses sœurs, de ressentir toute l’injustice de la situation… Le roman se lit donc tout seul, presque en apnée, tellement il est difficile de lever le nez du livre une fois les premières lignes avalées. Il faut dire qu’en plus de thématiques sociétales fortes, le roman bénéficie d’un bon rythme, les événements s’enchaînant rapidement et l’action étant omniprésente. Les instants émouvants de vie, d’amitié et de complicité alternent avec des moments plus durs, ce qui apporte un certain sentiment d’urgence et donne l’impression presque oppressante que tout peut basculer d’un moment à l’autre…

En conclusion, Félines fut une lecture pleine d’intelligence qui, sous couvert d’un phénomène extraordinaire et inexpliqué, permet de soulever des questions importantes autour de thématiques sociétales fortes allant de l’oppression des femmes au racisme en passant par l’extrémisme religieux. Immersive, haletante, et parfois choquante de réalisme, cette lecture ravira les lecteurs en quête d’une aventure rythmée et sous tension dans laquelle l’humanité s’apprête à affronter son plus gros changement. Plus qu’une révolte, la révolution Félines est en marche, et rien ne pourra l’arrêter !

Sally Jones, La grande aventure de Jakob Wegelius

Sally Jones n’est pas une gorille comme les autres. Dans son destin, tout est singulier. Une aventure aux mille péripéties, de l’Afrique à l’Asie, en passant par New York, Istanbul et Bornéo.

Éditions Thierry Magnier (5 octobre 2016) – 112 pages – 15,50€
Traduction Marianne Ségol-Samoy – Agneta Segol

AVIS

Contrairement à ce que j’ai cru durant ma lecture et lors de la rédaction de mon avis, il ne s’agit pas ici de l’adaptation graphique du roman Sally Jones, mais de sa préquelle illustrée. Bien que je n’aie pas lu le roman, cela ne m’a pas empêchée d’être captivée par l’histoire de cette femelle gorille qui va avoir une existence mouvementée, passant d’un pays à l’autre et de propriétaire peu scrupuleux en propriétaire peu scrupuleux. Une vie qui ne manquera pas de révolter toutes les personnes ayant un minimum d’empathie pour les animaux parce que la pauvre Sally va être plus traitée comme un objet que comme un être doté d’une sensibilité propre…

Si les coups qu’elle reçoit m’ont révoltée, c’est peut-être le comportement de l’une de ses « adoptantes » (le terme bourreau conviendrait mieux) qui m’a le plus choquée. Cette dernière, une femme en apparence des plus respectables, va câliner Sally lui faisant croire en son réel intérêt avant de mieux l’exploiter et la transformer en voleuse de bijoux et d’argent. Une carrière dans laquelle Sally va briller avant que la justice ne la rattrape… Alors que son adoptante va prendre la poudre d’escampette devant le retournement de situation, Sally, quant à elle, va se morfondre s’inquiétant pour son « amie ». C’est à se demander parmi ces deux personnages qui est vraiment l’animal…

D’ailleurs, l’autrice prend le parti original de traiter Sally non pas comme un animal avec une conscience de soi limitée, mais comme un être hybride capable d’appendre à lire ou même à conduire ! Un peu surprise au départ, l’idée m’a semblé pleine de justesse et de pertinence pour susciter de l’empathie même chez ceux qui ont tendance à ne pas voir la sensibilité derrière les yeux d’un animal. Et puis cela apporte une part de romanesque à laquelle les jeunes lecteurs ne devraient pas être insensibles.

Si Sally va connaître des situations extrêmement angoissantes et d’une totale injustice, elle pourra heureusement compter sur des souvenirs plus heureux que ce soit dans le réconfort trouvé auprès d’un orang-outang ou l’étrange et solide amitié nouée avec Koskela, un chef mécanicien rencontré dans un bateau. À cet égard, j’ai adoré leur relation qui m’a beaucoup touchée et émue… Sally et Koskela vont se sauver mutuellement, Sally trouvant en cet homme une personne de confiance avec laquelle couler des jours heureux et notre chef mécanicien, une famille lui permettant de combler sa solitude. Il y a une scène que je vous laisserai découvrir, mais qui m’a semblé d’une très grande justesse et beauté parce que dans la vraie vie, tout le monde n’a pas cette même présence d’esprit. Certains sont ainsi prêts à se débarrasser de leur compagnon à la moindre occasion malgré les liens noués…

Quant aux illustrations, elles s’accordent à merveille avec le ton de l’histoire et facilitent grandement l’immersion dans le récit. L’auteur/illustrateur réussit à restituer à merveille les caractéristiques principales des personnages et leurs émotions. Les rustres portent ainsi leur méchanceté sur leur visage et dans leur manière de se tenir bien souvent conquérante et sans bienveillance, quand l’on perçoit avec une grande acuité la gentillesse de Sally, son abattement quand tous semblent l’abandonner, sa colère, ses moments de bonheur… Le visage de Koskela est plus neutre dans ses expressions, mais nous découvrons la bonté de cet homme dans ses actes, ce qui est tout aussi bien puisque les grands discours ne font pas toujours les grandes personnes. Une leçon que Sally apprendra de sa vie en captivité et qu’elle retiendra dans sa vie en liberté auprès d’un humain qui lui prouvera que tous les hommes ne sont pas dénués d’humanité.

En conclusion, Sally Jones est une magnifique et poignante aventure pleine de rebondissements, d’injustice, mais aussi parsemée de beaux moments de complicité et d’amitié. Une histoire émouvante qui comblera les amoureux des animaux et tous ceux désirant découvrir le destin hors norme d’une femelle gorille courageuse et bien plus humaine que beaucoup d’êtres humains.

L’Agence Pendergast, tome 4 : Les Griffes de la forêt, Christophe Lambert

Un troupeau de bœufs vient d’être massacré : voilà une nouvelle mission de taille pour Sean, Joe et Célia, les super agents de M. Pendergast ! Les éleveurs suspectent un abominable homme des forêts, surnommé Big Foot.
Lorsque la créature jette son dévolu sur Célia et la kidnappe, l’enquête se corse… et une piste bien plus inquiétante voit le jour !

Didier Jeunesse (5 février 2020) – 160 pages – 9 ans et +
Broché (12,90€) – Ebook (9,99€) – Illustrateur : Florent Sacré

AVIS

Si j’ai passé un très bon moment avec le premier tome de cette série, Le Prince des ténèbres, je n’ai pas encore lu les deux suivants ce qui ne m’a pas empêchée d’apprécier ma lecture de cette quatrième aventure, chaque tome pouvant se lire indépendamment.

Célia, la cartomancienne, Joe, l’Indien, et le jeune Sean sont envoyés par le patron de l’Agence Pendergast dans le Wyoming. Leur mission : faire toute la lumière sur les attaques sauvages de bétail dont sont victimes les paysans locaux et qui seraient imputables à un géant poilu aux longs bras. Ce qui s’annonçait comme une mission de routine pour ces professionnels du surnaturel va néanmoins prendre une tournure inattendue, les choses se révélant un peu plus compliquées que prévu…

Durant leur voyage, les trois New-Yorkais vont faire des rencontres plus ou moins agréables à commencer par celle d’un Prussien à l’accent prononcé, le baron von Luckner. Raciste, irrespectueux, fou de la gâchette et collectionneur de cadavres d’animaux exotiques, sa compagnie n’est pas des plus plaisantes d’autant qu’il a une légère tendance à faire comprendre de manière appuyée son intérêt pour Célia. Si le baron est détestable, il montrera parfois son utilité avant de dévoiler toute sa perfidie. Il m’a d’ailleurs fait penser, dans une certaine mesure, à Gaston  dans la Belle et la Bête, notamment quand il prendra la tête d’une expédition punitive…

Volontairement caricatural, le baron s’insère parfaitement dans l’ambiance Far West que l’auteur a su donner à cette aventure et qui m’a complètement séduite : voyage en « cheval de fer », saloon, mines d’or, cow-boys, rixes sous fond d’alcool, immigration européenne… Mais si l’histoire se passe à la fin du XIX e siècle, elle met également en lumière des thèmes qui restent toujours d’actualité : préjugés, tendance à chercher des boucs-émissaires chez les immigrés en cas de crise économique, racisme…

Nos trois protagonistes, en plus de devoir affronter différentes créatures surnaturelles, vont ainsi devoir faire face à bien plus dangereux, la bêtise humaine ! Les migrants sont traités avec défiance, bousculés, ostracisés et accusés de voler le pain de la bouche des « vrais Américains ». Une expression qui ne veut absolument rien dire, a fortiori dans un pays comme les États-Unis…

Au-delà de ces thèmes abordés sans lourdeur, l’auteur nous offre ici une aventure trépidante, rythmée et diablement immersive. Aucun temps mort dans ce roman qui se lit d’une traite et que l’on prend énormément de plaisir à parcourir. J’ai adoré la manière dont les événements s’enchaînent, les surprises étant au rendez-vous et l’auteur n’hésitant pas à prendre des risques. Je ne sais pas comment l’enfant que j’étais aurait réagi, mais l’adulte que je suis a complètement été déstabilisée par la fin. Je m’attendais à ce que l’auteur arrondisse les angles, mais non, il est allé jusqu’au bout de son idée. Je ne peux pas vous donner plus de détails sans vous spoiler, mais j’en reste encore coite !

Comme dans le premier tome, la fine équipe formée par Célia, Joe et Sean fonctionne à merveille. Tous très différents les uns des autres, ils se titillent et se chamaillent, mais l’on sent qu’ils s’apprécient et qu’ils ont su nouer une belle complicité. Mais c’est un tout autre personnage qui a attiré mon attention et fait vibrer ma corde sensible, l’homme-singe soupçonné, à tort ou à raison, d’attaquer le bétail. Je préfère vous laisser le plaisir de découvrir cette créature, mais je peux vous dire qu’en peu de pages, l’auteur a réussi à la rendre attachante. Il se dégage de cette dernière une certaine candeur et une touche d’humanité qui m’ont beaucoup touchée et ont su m’attendrir…

D’autres créatures, bien que plus classiques, se sont également révélées intéressantes en raison de leur nature, de leur mode de vie et des réflexions d’ordre éthique et moral qu’elles permettent de soulever sur, entre autres, le travail de l’Agence Pendergast et ses limites. J’ai ainsi apprécié que notre trio se pose des questions et ne se contente pas de suivre aveuglément les ordres…

Quant à la plume de Christophe Lambert, ni trop complexe pour ne pas rebuter les jeunes lecteurs ou ceux peu habitués à lire ni trop simple, je l’ai trouvée très agréable et immersive. Le roman peut donc être autant apprécié par des enfants que des adultes attirés par les récits teintés de mystère et de créatures fantastiques, à condition, évidemment, de ne pas en attendre la profondeur d’une œuvre destinée à un lectorat plus aguerri. Ce roman bénéficie, en outre, d’une mise en page fort plaisante et particulièrement bien adaptée aux enfants : des dialogues nombreux et percutants un texte aéré, des illustrations disséminées par-ci, par-là, de gros caractères, un marque-page à détacher en début d’ouvrage…

L'Agence Pendergast, tome 4 : Les Griffes de la forêt, Christophe Lambert

En conclusion, avec Les Griffes de la forêt, Christophe Lambert nous propose une aventure emplie de danger, de mystère et d’action qui devrait enchanter les petits et les grands lecteurs amateurs d’enquête et de fantastique. Mais faites attention avant de vous balader en forêt, vous n’êtes pas à l’abri de faire de surprenantes rencontres bien que, finalement, les plus dangereuses ne soient peut-être pas celles tapies dans l’ombre…

« L’homme est un loup pour l’homme ». Thomas Hobbes

Je remercie Babelio et les éditions Didier Jeunesse pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Anouchka des Landes, Alain Paraillous

Début du xxe siècle. Précocement et doublement orpheline, Anouchka, une fillette d’origine russe, ne devra qu’à son fort tempérament et à la protection d’une vieille landaise un peu sorcière de débuter une vie digne et de s’enraciner dans sa nouvelle terre d’adoption.

Éditions De Borée (12 mars 2020) – 224 pages – Broché (18,90€) – Ebook (9,99€)

AVIS

C’est un très beau roman que nous propose ici Alain Paraillous qui s’est inspiré d’une histoire vraie, celle d’une femme hors du commun surnommée par un de ses amis, également fidèle lecteur de l’auteur, Anouchka des Landes.

Toute la vie d’Anouchka est parsemée de drames, mais c’est aussi une belle ode à l’espoir, au courage, à la liberté et à la puissance d’une âme qui s’est toujours refusée à courber l’échine. Orpheline dès son plus jeune âge, ses parents tout deux victimes du régime stalinien qui avait vite fait de considérer ses propres compatriotes comme des ennemis, elle sera heureusement recueillie par la Mamounette, un peu guérisseuse, un peu sorcière.

Rien ne destinait la jeune Russe a finir dans un village des Landes, si ce ne sont les facéties d’un destin plaçant sur la route de la jeune femme de multiples épreuves dont elle saura toujours se relever : la mort de ses parents adorés dans des circonstances difficiles, la trahison, la persécution, le mépris d’un village qui ne voit en elle qu’une sauvage recueillie par une vieille femme que l’on tolère pour ses dons mais qu’on préfère éviter, la méchanceté des autres enfants, la jalousie aussi, la solitude qui devient, au fil du temps, une solide et appréciée alliée, le communisme comme épée de Damoclès, puis la Seconde Guerre mondiale, la mort, le nazisme…

Romanesque et digne d’un (grand film), la vie d’Anouchka le fut assurément ! Ce fut un plaisir, voire un honneur, de partager durant le temps d’un roman les bons comme les mauvais moments d’une personne que l’on voit grandir et devenir une femme hors du commun, une femme forte, ancrée dans sa terre d’adoption, et fidèle aux valeurs inculquées par sa Mamounette qui a connu son propre lot de malheurs. Cette mère d’adoption a aimé dès les premiers instants cette petite fille tombée de nulle part, parfois maladroitement, mais toujours avec dévouement. La relation entre les deux femmes, qui m’a beaucoup touchée, a indubitablement contribué à la belle personne qu’est devenue Anouchka.

Celle-ci, à force de courage, d’un travail acharné, de pugnacité et d’une envie de prouver sa valeur, a gravi les échelons et fait fonctionner ce fameux ascenseur social qui semble en panne de nos jours. Devenue institutrice, elle a ainsi gagné ce respect dont on l’a privée durant toute sa jeunesse… Et du respect, difficile de ne pas en avoir pour cette femme de caractère qui, en plus d’être brillante, n’hésitera pas à prendre des risques et mettre sa vie en danger pour soutenir la résistance.

Car si l’auteur nous plonge avec brio dans la vie d’Anouchka, il n’en occulte pas pour autant de partager le contexte historique dans lequel elle a grandi et évolué. Des atrocités du régime stalinien à la Seconde Guerre mondiale, on fait donc une petite remontée dans le temps et l’on redécouvre ces faits historiques que l’on connaît tous et qui font toujours aussi froid dans le dos : purge stalinienne, occupation, privation, persécution des juifs, dénonciation, opportunisme de certains qui profitent de la situation pour s’enrichir, l’après-guerre et ses tristes dérives…

Mais dans toute cette obscurité, il y a également de la lumière : la solidarité, l’amour, la bonté et le courage d’hommes et de femmes qui feront de leur mieux pour résister face à la barbarie et ramener la paix dans un monde parti en déliquescence… À cet égard, j’ai été particulièrement touchée par quatre personnages : un résistant qui a tout quitté pour lutter contre le nazisme, l’ancien professeur et mentor d’Anouchka durement touché par la guerre, le maire du village, mais aussi un homme d’Église, tous refusant de baisser les bras devant la situation et le barbarisme. Ils seront une belle source d’inspiration et d’aide pour notre héroïne. .

Quant à la plume de l’auteur, je l’ai trouvée fluide, agréable et immersive. Bien que nous soyons loin d’être dans un thriller, j’ai ressenti le même côté addictif lors de ma lecture, peut-être parce que je me suis tellement attachée à Anouchka qu’il m’était difficile de ne pas tourner avidement les pages pour suivre sa vie riche en péripéties et en émotions. J’ai ainsi eu souvent peur pour cette femme courageuse qui, fidèle à ses valeurs et d’une surprenante liberté d’esprit pour l’époque, fait partie de ces personnes qui ne demandent pas le respect, mais qui l’imposent par leur personnalité et leur bravoure.

Du tragique bien sûr, le stalinisme et la Seconde Guerre mondiale ne pouvant que laisser des traces dans une vie, mais aussi beaucoup de beauté, d’amour et de pugnacité dans ce roman qui dépeint avec réalisme et de manière touchante le destin d’une petite fille Russe devenue une femme forte et inspirante. Roman d’aventures, par certains aspects, d’amour au sens large, mais surtout roman de vie, et quelle vie ! Si vous aimez les romans mêlant brillamment grande et petite histoire, ce livre est fait pour vous. Attendez-vous à vibrer et à tressaillir aux côtés d’une femme qu’une fois rencontrée, il s’avère bien difficile d’oublier !

Retrouvez le roman sur le site des éditions De Borée que je remercie pour cette lecture.

Mini-chroniques en pagaille #19

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Chat Gris d’Alexandre Saltiel ( Mouck) :

Depuis la disparition prématurée de Gribouille, j’évite les photos de chats gris, mais mue par la curiosité et l’envie de découvrir ce qui se cache derrière cette jolie couverture, je n’ai pas résisté au plaisir de découvrir ce petit album.

Nous faisons la connaissance d’un chat qui mène sa petite vie de chat entre rencontres avec une souris qui n’a pas très envie de jouer avec lui, la vilaine, et avec un gros chien qui lui aimerait beaucoup jouer avec lui, ce dont n’a pas très envie notre petit minet. Différence de gabarit probablement !

Mignonne à souhait, cette histoire très rapide à lire devrait vous faire passer un très joli moment de lecture en solo ou en famille puisqu’il est bien difficile de résister au charme des illustrations et de ce chat plein de vie. Cerise sur le gâteau, grâce à un jeu de couleurs parfaitement maîtrisé, l’auteur vous réserve une très sympathique chute qui ne manquera pas de vous faire sourire.

Un joli album pour les petits, à partir de 3 ans, et pour tous les amoureux des chats !

 

  • La Craie des Étoiles de Raphaël Drommelschlager (Bamboo éditions ) :

La craie des étoiles par [Raphaël Drommelschlager]

En vacances pour l’été chez son arrière-grand-mère, Max fait une découverte qui va changer sa vie ! Grâce à une craie spéciale et une montre à gousset ayant appartenu à l’un de ses ancêtres, Théophile Loiseau, le voilà transporté dans différents pays, de la Chine au Canada en passant par l’Inde. Tout autant de destinations qui, en plus de se révéler diablement fascinantes, lui permettront de faire de belles rencontres qu’elles soient humaines ou animales.

En effet, en plus de faire la connaissance de sympathiques personnes prêtes à l’aider, Max va se lier d’amitié avec des animaux sauvages comme le Tigre de Mandchourie ou l’ours polaire. Tous les animaux ne seront pas aussi sympathiques que ces derniers, mais peu importe, Max ayant le courage et l’aplomb nécessaires pour affronter les situations, plus ou moins périlleuses, qui se présentent à lui.

La Craie des Étoiles nous offre une jolie histoire d’aventure, de voyage et de dépaysement, mais c’est également un outil pédagogique intelligent qui sensibilise les enfants aux menaces que les hommes font peser sur les animaux et l’importance de préserver chaque espèce. Au gré de ses voyages, Max découvre ainsi les spécificités de chaque animal rencontré allant de ses caractéristiques physiques à son mode de vie. Des informations intéressantes qui, présentées de manière ludique et colorée, rendent la lecture prenante et très enrichissante.

Cerise sur le gâteau, un cahier pédagogique est inclus en fin d’ouvrage afin de parler plus en profondeur de certaines espèces et évoquer les différents rôles d’un zoo… En bref, voici une BD intelligente qui, à travers l’aventure extraordinaire d’un petit garçon ordinaire, informe et sensibilise les lecteurs de tout âge sur les animaux sauvages peuplant notre planète et l’importance/l’urgence de les préserver.

  • Avant de partir de Mi-Jin Jung et Ja-Seong Gu (Sarbacane) :

L’absence de résumé et le sentiment de calme et de sérénité qui se dégage de cette couverture m’ont tout de suite attirée.

L’ouvrage est divisé en deux parties. Dans la première, nous faisons la connaissance d’un homme relativement jeune qui pourrait presque servir de psychanalyste pour animaux même si l’on découvrira plus tard que son rôle est tout autre…

Devant lui défilent ainsi un chat, un chien, un hamster et un oiseau qui lui font part de leurs doléances vis-à-vis de leurs maîtres. L’un survolté rêve de se venger, l’autre de trois délicieux repas par jour quand le hamster n’aspire qu’au noir et à la solitude, et l’oiseau à ce qu’on ne lui demande plus de chanter alors qu’il n’aime pas ça. Difficile la vie d’animaux avec ces êtres humains pas toujours très perspicaces en ce qui concerne les besoins de leurs compagnons ! Puis en filigrane, est question d’un grand voyage auquel il convient de se préparer…

Dans la seconde partie, changement de couleurs et de ton, on suit notre joyeuse bande accompagnée du jeune homme dans leur périple. Mais avant le grand départ, une lettre sera envoyée à chacun des propriétaires. On alterne alors entre le voyage en lui-même et quelques scènes dans lesquelles interviennent ces humains privés de leurs compagnons…

Bien que le titre laisse entrevoir le sujet principal du livre, je dois avouer ne pas l’avoir tout de suite cerné préférant me laisser transporter par la douceur des illustrations, et le côté quelque peu loufoque de ces animaux un poil râleurs. Mais quand le message de l’auteur s’est précisé, mon amusement du départ s’est mué en tristesse devant la dureté du sujet évoqué. Un sentiment qui a très vite laissé sa place à l’émerveillement et à l’émotion, l’auteur insufflant humour, vie, poésie et tendresse à son récit.

Des scènes de jeux entre les animaux, des échanges amusants, de très beaux graphismes et un magnifique message d’espoir en fin de livre apportent, quant à eux, une certaine légèreté à une histoire empreinte de douceur et d’amour. Un coup de cœur !

Et vous, avez-vous lu certains de ces livres ?
Vous tentent-ils ?