Le palais des mille vents : L’Héritage des steppes (tome 1), Kate McAlistair

Couverture Le palais des mille vents, tome 1 : L'héritage des steppes

Après sa trilogie du Lotus rose, Kate McAlistair nous invite à un voyage riche en passions sur les terres glacées et sauvages de la Russie.

 

Lahore, 1838. Adolescent, Morgan vit sous le joug de son père, un mercenaire aussi cruel qu’ivrogne. Il tombe amoureux de Chali, une jeune princesse mongole, mais celle-ci doit épouser le petit-fils de l’empereur du Pendjab. Morgan s’efforce de l’oublier en prenant sous son aile Maura, une fillette venue rejoindre son père, le colonel Fleming, redoutable chef de la police de l’empereur.
Un jour, c’est le drame : alors que Morgan tente de s’opposer à son père ivre, ce dernier tombe du balcon et se tue. Fleming l’accuse de meurtre. Le jeune garçon parvient à lui échapper et s’enfuit dans l’Himalaya.
Dix ans ont passé. Maura est mariée à un botaniste britannique qui œuvre dans le renseignement. Au cours d’une réception au Palais des mille vents, en Russie, elle reconnaît Morgan. À nouveau sous son charme, elle manœuvre pour qu’il devienne le guide de l’expédition de son mari. Attiré par Maura, Morgan refuse tout d’abord. Mais lorsqu’il comprend que cette expédition est en réalité une mission de sauvetage de la princesse Chali, à présent veuve et pourchassée par des tueurs, il n’a plus qu’un désir : venir en aide à celle qu’il n’a jamais pu oublier…

Après sa trilogie du Lotus rose, Kate McAlistair signe le premier volet d’une nouvelle saga : un voyage passionné de l’Inde à la Russie orientale, jusqu’aux confins du Kazakhstan.

L’Archipel (14 octobre 2021) – 22€ (papier) – 15,99€ (ebook)

AVIS

Voici un roman qui m’a offert la dose de dépaysement et d’évasion que j’attendais. Au fil des pages, j’ai découvert différents peuples avec leurs traditions, us et coutumes, tout en traversant différents paysages d’Asie centrale, de Russie et même de Chine. Un dépaysement total qui s’accompagne de descriptions d’une grande minutie rendant l’expérience de lecture des plus immersives, d’autant que l’autrice allie l’élégance d’une plume travaillée sans excès, l’acuité de la passionnée et la fluidité de l’écrivaine aguerrie. Il en résulte un pavé certes, mais un pavé qui ne se dérobe jamais à notre attention, bien au contraire.

Le roman est découpé en trois parties, mais je serais bien incapable de vous dire laquelle m’a le plus emportée, chacune d’entre elles nous faisant vivre des péripéties et ressentir des émotions diverses et variées d’une puissance certaine. Il faut dire que l’autrice semble avoir l’art et la manière de créer et de faire grandir des personnages profondément humains qui vivent des choses difficiles, de la violence d’un père alcoolique à la perte d’une mère dans l’indifférence d’un géniteur froid et dépourvu de compassion, en passant par un mariage arrangé à des fins géopolitiques… Malgré la difficulté de certaines situations, je pense notamment à la flamboyance d’un terrible bûcher et à un événement qui m’a brisé le cœur, l’autrice évite l’écueil du pathos pour s’adresser directement à l’humanité et au cœur de ses lecteur(ice)s. On sourit, on tremble, on s’émerveille, on s’inquiète, on panique, on a l’impression que notre cœur est broyé par l’attente, la peur et l’espoir… En d’autres mots, on vit cette aventure avec une grande intensité et l’impression de grandir aux côtés de personnages que l’autrice n’hésite pas à malmener et à faire passer par de terribles épreuves.

Et au jeu du malheur, deux personnages semblent avoir tiré le gros lot : une princesse mongole, descendante du grand Gengis Khan et Morgan, un adolescent partagé entre un père alcoolique et violent, guerrier irlandais soutenu par l’empereur du Pendjab, et une mère aimante qui lui promet un grand destin. En attendant, cette dernière subit les coups de son mari avec courage, autant pour protéger son fils que par habitude culturelle. Après tout, dans cette Inde du XIXe siècle, femmes et enfants sont la propriété du mari qui peut bien faire d’eux ce qu’il souhaite. Certaines scènes m’ont d’ailleurs profondément révoltée ! Néanmoins, en plus de traduire une réalité historique, elles permettent de mieux comprendre la personnalité de Morgan, un adolescent sensible qui aimerait pouvoir protéger sa mère, mais qui est meurtri par son impuissance.

Il pourra heureusement trouver un peu de réconfort auprès d’un homme qu’il considère comme son père, des chevaux, d’un religieux, et de deux jeunes filles récemment rencontrées. La première est une inconnue dont il ne parle pas la langue et ne connaît pas l’identité, mais avec laquelle il trouvera d’autres manières de communiquer. Celle-ci, en plus de l’introduire à l’art de la fauconnerie, faisant naître chez lui un véritable amour et respect pour les aigles, lui offre une sorte de cocon protecteur. À ses côtés, il se sent bien et accède à cette quiétude absente de son quotidien, a fortiori quand son père est de retour de ses exploits guerriers. La seconde personne avec laquelle Morgan va devenir ami est Maura, une jeune irlandaise curieuse et exaltée venue rejoindre son père en Inde, un homme froid et violent dont l’idée de justice constitue en un festival d’exécutions… Pas étonnant qu’il s’entende très bien avec le père de Morgan.

Un drame va soudainement mettre fin au semblant de bonheur de Morgan dont le chemin va se séparer de ses deux amies, avant qu’un concours de circonstances ne vienne, dix ans plus tard, rappeler à l’adolescent devenu homme, un passé qu’il a pourtant tout fait pour oublier et laisser derrière lui.  Si je ne suis pas une grande amatrice des ellipses temporelles, j’ai apprécié de sauter dix ans pour retrouver nos personnages changés et grandis : Maura est devenue une belle jeune femme sûre d’elle et mariée avec un célèbre botaniste, elle l’amoureuse des sciences naturelles. Et Morgan, devenu Aleksandr après avoir été adopté par un baron russe, a changé de vie et d’identité. On retrouve en lui sa gentillesse, son courage, son goût pour l’aventure, mais au fil des pages, il nous apparaît peut-être plus dur et sec, les épreuves et blessures du passé ne l’ayant pas laissé indemne. Après un premier refus, Morgan va accepter d’accompagner Maura, retrouvée par hasard, et son mari dans une expédition dont le réel objectif n’est peut-être pas celui annoncé…

Un jeu séduction s’opère entre les deux anciens amis, mais j’avoue que je n’y ai pas été sensible, leur attraction physique m’ayant semblé d’emblée sans commune mesure avec les sentiments profonds unissant Maura et son mari, et ceux portés par Aleksandr à la seule personne qu’il ait jamais vraiment aimée, et qu’il est bien décidé à sauver des griffes des assassins lancés sur sa route pour une affaire de trône… La dimension géopolitique est très bien amenée, d’autant qu’elle apporte son lot de drames, de contrariétés et de dangers, sans jamais occulter le côté humain de cette aventure rythmée et emplie de nobles sentiments, mais aussi de bassesse humaine. Amour, haine, méfiance, attirance, regrets, espoir, convoitise, soif d’or et de pouvoirs… tout y est pour permettre aux lecteurs de passer un moment de divertissement enivrant, dépaysant et romanesque.

J’ai apprécié la fougue de Maura, le courage d’Aleksandr et son caractère passionné, la manière dont un vieux baron recollera son cœur en morceaux en adoptant et sauvant la vie d’un garçon dont il ne connaissait pourtant presque rien, la dévotion d’une mère pour son fils…mais j’ai peut-être été encore plus touchée par le destin d’une princesse dont la vie et le bonheur sont sacrifiés sur l’autel politique. Il y a une telle injustice à se voir déposséder de sa vie par des hommes en quête de pouvoir, de prestige et d’argent ! Alors bien que la princesse Chali soit finalement peu présente dans ce premier tome, c’est le personnage qui a suscité en moi la plus grande empathie et le plus d’admiration. Elle se sacrifie pour son peuple et fait face avec beaucoup de dignité aux épreuves qui jalonnent sa vie, dont l’une effroyable qui aurait pu l’anéantir. Tout au long du roman, je n’ai donc pas pu m’empêcher d’espérer très fort que le destin se montre plus clément avec elle et qu’elle puisse enfin accéder à un bonheur plus que mérité…

Si je lirai la suite de la saga avec plaisir, j’ai apprécié que l’autrice ne termine pas son tome sur un cliffhanger mais sur une fin qui peut aussi bien servir de conclusion, du moins pour moi, que de prémices à une suite que l’on présage forte en émotions, sentiments, rebondissements et dépaysement.

En conclusion, L’Héritage des steppes est le premier tome d’une série parfaite pour les lecteurs en quête d’un voyage culturel, en même temps que d’une belle épopée romanesque mêlant avec brio aventure, dangers, évasion, sentiments, exaltation, amour, haine, passion, contexte historique et géopolitique fort, dépaysement… Le tout porté par une plume fluide et immersive, alternance de précision et d’émotions, et des personnages d’envergure à la construction impeccable et au destin hors du commun !

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis et l’autrice pour sa superbe dédicace !

 

Top Ten Tuesday #164 : 10 livres hors fiction que je vous recommande

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« Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. »


Si j’aime beaucoup la fiction, il m’arrive aussi parfois de lire d’autres genres : essais, biographies, documentaires, livres d’histoire… Je vous recommande donc une sélection de 10 ouvrages hors fiction qui m’ont beaucoup plu. Tous ces livres ont été chroniqués sur le blog.

  • Du côté de l’Asie : Les évaporés du Japon est un reportage-photo fascinant sur un phénomène japonais conduisant des personnes à choisir délibérément, et avec l’aide d’entreprises de déménagement, de disparaître de la société. De ces trois titres, c’est mon ouvrage préféré et probablement le plus accessible.

Couverture Les évaporés du Japon : Enquête sur le phénomène des disparitions volontairesCouverture Urbanités coréennesCouverture Séoul, visages d'une ville

  • Histoire et biographies : si Léonard de Vinci ne m’a pas entièrement convaincue, le travail colossal réalisé par l’autrice n’en demeure pas moins impressionnant ! Quant à Cléopâtre, je ne peux que vous encourager à vous pencher dessus si cette figure historique vous intéresse. Destiné aux enfants, Rencontre avec Vercingétorix est un album dont je garde un très bon souvenir…

Couverture CléopâtreCouverture Léonard de Vinci : L'Indomptable

Couverture Nostalgie FriendsCouverture Tu sais pas quoi ?!, tome 2Couverture Grand dictionnaire des superstitions et des présages

Couverture Chats : Tout ce qu'ils essaient de  nous dire

Et vous, lisez-vous parfois autre chose que de la fiction ?

 

Olya, Michel Louyot

Couverture Olya

Je remercie Babelio et les Ateliers Henri Dougier pour m’avoir permis de découvrir Olya de Michel Louyot.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Une quête entre Orient et Occident

 » À elle seule, elle est la revenante, l’initiatrice, le rêve, le cauchemar, la trame de l’histoire, l’Eurasie, Éros et Agapé réconciliés.  »
Yoshi san est en révolte contre son père, un haut dignitaire japonais. Alors qu’il sombre dans la marginalité, il se perd dans les quartiers de plaisir d’une grande ville du sud-ouest du Japon où il rencontre une hôtesse de bar, Olya. D’origine russe, cette jeune femme à la fois sensuelle et énigmatique va bouleverser sa vie et l’entraîner dans une quête haletante des origines entre la Corée, la Chine, la Russie et la France.
Un roman initiatique, une méditation politique sur les rapports passionnels entre l’Orient et l’Occident.

Ateliers Henry Dougier (5 septembre 2019) – 221 pages – Broché (19€) – Ebook (8,99€)

AVIS

Yoshi, notre narrateur, est un homme qui se cherche perdu entre le manque d’une mère morte en couches et cette figure maternelle qu’il cherchera en vain, l’ombre écrasante d’un père autoritaire qui ne s’est jamais occupé de lui et le souvenir d’une grand-mère, seul puits d’amour et de réconfort dans une vie de désœuvrement. Amalgame de sentiments divers, intenses et contradictoires…

Au fil des pages, Yoshi se dévoile à nous et nous raconte ses souvenirs empreints de nostalgie, mais également sa vie de maintenant à Paris. Une alternance des époques maniée assez subtilement pour nous donner l’impression de suivre au plus près le fil de ses pensées… Des pensées qui tournent bien souvent autour de ce rejet d’un Japon qu’il n’accepte pas et dans lequel il ne se reconnaît pas. Cette normalisation à outrance des rapports sociaux, cette hypocrisie constante permettant de cacher le sale et le honteux derrière les silences, les sacrifices consentis au nom de la croissance et de la puissance économique… Très peu pour lui quoi que puisse en dire son père, un homme richissime et puissant qu’il déteste, mais dont il reste pourtant dépendant !

Ce rejet puissant et viscéral du Japon moderne est contrebalancé par son amour pour la Russie et le communisme, du moins dans leur version fantasmée. Peut-être se retrouve-t-il dans le statut un peu particulier de ce pays, point de jonction entre Orient et Occident… Destin ou heureux hasard, cette Russie qui lui plaît tant viendra à lui d’abord sous la forme de Sacha, un secrétaire culturel avec lequel il prend plaisir à échanger sur les différences et les ressemblances entre leurs pays bien que Yoshi soit parfois indisposé par l’attrait du Russe pour l’Archipel.

Puis il y aura Olya, une fille de joie, dans tous les sens du terme, qui lui offrira la blancheur de sa peau, son expertise dans l’art de l’amour, ses sourires, de beaux moments de complicité et d’amour, mais aussi son tempérament volcanique… Auprès d’elle, il connaîtra un certain apaisement jusqu’à ce qu’elle le conduise sur une route qu’il ne pensait pas prendre, celle des secrets de famille et de ses origines. Commencera alors pour notre protagoniste une quête entre Chine, Corée, France, Japon et Russie, un voyage physique autant qu’intérieur parsemé de nouveaux paysages, de questionnements, d’échanges et de découvertes…

Enchanteresse, l’écriture de Michel Louyot se dévoile à nous dans toute sa beauté et sa poésie : entre des phrases empreintes de solennité se cachent des merveilles de sons et d’images, des mots énoncés au rythme des pensées, des phrases imagées et pleines de sensibilité. Un style unique à l’orée de la poésie et de la philosophie qui témoigne de la maîtrise de la langue par l’auteur. Mais rassurez-vous, bien que la plume soit travaillée, elle n’en demeure pas moins fluide et accessible.

Un roman plaisant à lire donc, mais aussi sur lequel on s’arrêtera volontiers afin d’y cerner toute la profondeur et de revenir sur les réflexions soulevées par un protagoniste, partagé entre Orient et Occident, en quête de repères et d’identité. Appréciables, en outre, les références littéraires, culturelles et historiques qui permettent d’en apprendre un peu plus sur le Japon, et dans une moindre mesure, sur la Russie. Petit bonus, un glossaire des quelques mots japonais utilisés dans l’ouvrage est glissé à la fin.

En conclusion, Olya est un roman sublimement écrit et plein de sensibilité dans lequel on suit avec empathie l’introspection d’un homme en décalage avec son époque et son pays… Entre Orient et Occident, finira-t-il par se (re)trouver ?

Découvrez un extrait du roman sur le site des Ateliers Henry Dougier.

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