Le jardin des mensonges, Amanda Quick

Couverture Le jardin des mensonges

Ursula Kern fait face à la pire crise de sa carrière, et de son existence. Son employée et amie Anne est retrouvée morte et la police conclut à un suicide. Mais Ursula ne peut y croire : des indices probants lui font soupçonner un meurtre. Elle décide donc de mener l’enquête en remplaçant Anne sur son lieu de travail. « Une folie ! » la met en garde Slater Roxton, un riche archéologue qui lui impose sa présence troublante pour résoudre cette sombre affaire. Entre un assassin à débusquer et Slater, dont la personnalité énigmatique cache un tempérament ardent, Ursula comprend vite qu’elle court au-devant de grands dangers…

J’ai lu (31 octobre 2018) – 376 pages – Poche (7,40€) – Ebook (5,99€)

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Si j’apprécie la collection Aventures et passions des éditions J’ai lu, c’est le titre du roman qui m’a poussée à le lire puisqu’il contenait le mot jardin tiré au sort dans le cadre du Challenge 1 mot, des titres. Comme toujours avec cette collection, j’ai passé un bon moment de détente, mais je dois concéder, à regret, que je n’ai pas forcément ressenti les petits papillons que d’autres romances historiques m’ont procurés. La faute, probablement, à une histoire qui manque peut-être d’un peu de peps…

L’enquête au cœur du récit est intéressante, mais pas trépidante, surtout si comme moi, vous aimez les romans policier. Même chose du côté de la romance en trame de fond qui ne s’est pas révélée aussi piquante et mordante que je l’aurais souhaité. Or, ce sont les échanges passionnés et les réparties qui fusent qui déterminent l’attachement que je peux ressentir envers des personnages et leur histoire d’amour. Mais cela n’ôte rien à la maîtrise avec laquelle Amanda Quick tisse sa toile autour de ses personnages, les poussant progressivement et inexorablement à se rapprocher… 

Ursula est une femme admirable qui, après un scandale ayant entaché gravement sa réputation, a dû rebondir et se réinventer une vie à son image et à la hauteur de ses talents. Entrepreneuse dans l’âme, intelligente et travailleuse, elle a ainsi monté une agence de secrétariat qui connaît son petit succès et bénéficie d’une certaine reconnaissance. Rien donc ne la prédisposait à se lancer dans une enquête policière si ce n’est la mort de son amie et employée, Anne. La thèse officielle parle de suicide, mais Ursula en est persuadée, Anne a été assassinée !

Elle décide donc de se lancer sur la piste de son meurtrier et trouve un soutien inattendu en la personne d’un client et riche archéologue, Slater. Ce gentleman se refuse à la laisser prendre des risques inconsidérés et met donc ses ressources financières, son personnel de maison et son intelligence à son service. Surprise dans un premier temps, Ursula ne peut qu’accepter cette aide inespérée, son enquête la mettant dans des situations délicates, voire franchement dangereuses. Être une excellente patronne, secrétaire et sténographe ne vous prédispose pas, en effet, à affronter la mort de près, comme notre intrépide héroïne va le découvrir.

De fil en aiguille, on remonte la piste du meurtrier d’Anne avant de comprendre que la jeune femme, trop téméraire pour son propre bien, s’est probablement lancée dans une affaire bien trop importante pour elle, et qu’elle en a payé le prix fort. Et si derrière l’ambiance feutrée des salons, les jardins luxuriants et merveilleusement entretenus d’une lady et les apparences d’un monde aristocratique policé, la réalité était bien plus sordide ? Drogue, prostitution, manipulation, chantage… Il n’y a pas à dire, l’aristocratie anglaise n’a rien à envier aux petits voyous des bas-fonds de Londres. Mais à trop jouer avec le feu, ne risque-t-on pas de se brûler et de tomber sur plus fort et sournois que soi ?

J’ai apprécié de suivre nos personnages dans leurs investigations, mais je n’ai jamais ressenti les frissons d’une traque ou le suspense d’une bonne histoire policière. On est dans une enquête assez convenue qui bénéficie d’un bon rythme, mais qui n’a pas su me tenir en haleine d’autant qu’à mesure que l’on apprend à connaître la personnalité de la victime, l’envie de découvrir son assassin s’amenuise. Évidemment, un meurtre se doit d’être puni, mais Anne ne se révèle pas assez sympathique pour qu’on ait envie qu’Ursula prenne des risques pour lui rendre justice.

Car, à l’inverse d’Anne, on se prend rapidement d’affection pour Ursula qui se montre courageuse, peut-être un peu trop au goût de Slater qui préférerait la savoir à l’abri dans son bureau qu’en plein milieu d’une enquête pour meurtre. Mais malgré ses craintes, il veille à ne jamais se montrer directif ou autoritaire, ce qui ne l’en rend que plus sympathique. Ainsi, il respecte et admire la pugnacité et la force de caractère d’Ursula, ces qualités faisant vibrer le cœur de cet homme sur lequel plane un certain mystère savamment entretenu par l’autrice. Nous sommes dans une romance, vous vous doutez donc qu’il y aura un rapprochement entre les deux partenaires, mais c’est fait avec beaucoup de naturel et de tact. Complices et complémentaires, Ursula et Slater semblent faits pour s’entendre sans néanmoins que l’un soit une pâle copie de l’autre ou que leurs sentiments amoindrissent leur personnalité.

Leur entente ne fait donc aucun doute, mais n’empêchera pas certains petits malentendus et autres incompréhensions. Il faut dire qu’Ursula, échaudée par son premier mariage, et Slater, encore affecté par une épreuve traumatisante, ne sont pas les personnes les plus expressives et expansives qu’il soit. Heureusement, leur attirance physique et intellectuelle sera assez forte pour les pousser l’un vers l’autre, sans oublier le petit coup de pouce de la mère de Slater, certaine qu’Ursula est la femme qu’il faut à son fils.

En plus de ce joli duo plein de tendresse, j’ai apprécié les personnages secondaires qui ne prennent pas une place prépondérante dans l’intrigue, mais qui possèdent cette touche d’originalité qui intrigue et éveille la curiosité des lecteurs. Slater, malgré les ragots de la presse sur ses prétendues pratiques sexuelles déviantes, se révèle être un cœur tendre qui n’a pas hésité à embaucher, sur demande de sa mère, des comédiens ratés, ou en attente de représentations, pour leur éviter l’écueil de la rue. D’ailleurs, si ses employés sont amusants et hauts en couleur, ils ne correspondent pas vraiment à l’image que l’on peut se faire du personnel de maison d’un riche gentleman… Mais cette largesse de cœur, dont il se défend, ne doit pas faire oublier que Slater peut également se révéler être un redoutable ennemi pour ceux qui le menacent ou qui tentent de s’en prendre à l’élue de son cœur. Maniant aussi bien la diplomatie que la force brute, voici un personnage complexe, énigmatique, mais aussi terriblement attachant que ce soit dans sa prévenance envers Ursula ou son manque de confiance en lui quand il s’agit de son droit à être aimé.

En conclusion, Le jardin des mensonges est une romance historique, sous fond d’enquête policière, qui devrait ravir les amateurs de jolies histoires d’amour et de duos complices et complémentaires que l’on prend plaisir à suivre dans leurs péripéties et leurs échanges. Agréable et sympathique à lire, voici un roman qui offre un bon moment de divertissement alternant entre action et tendres sentiments.

Orgueil et préjugés, version manga ou le cas typique d’un livre difficile à noter

Orgueil et Préjugés

Lorsque Monsieur Bingley, jeune homme riche et célibataire vient s’installer à Netherfield accompagné de son ami Monsieur Darcy, c’est Madame Bennet et ses cinq filles à marier les premières averties ! Car chacun sait qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit avoir envie de se marier ! Découvrez cette superbe adaptation en manga du mondialement connu chef-d’œuvre de Jane Austen. Tout l’humour et le romantisme de l’original y sont parfaitement éclairés par un dessin riche et somptueux

Soleil (23/11/2016 ) – Scénariste : King Stacy – Illustrateur : PoTse – 368 p.

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Si vous me suivez régulièrement sur le blog, vous savez peut-être qu’Orgueil et préjugés de Jane Austen est l’un de mes livres préférés. Je lis donc toujours avec impatience, excitation et crainte les livres qui tournent autour de cette œuvre. Et cette adaptation en manga n’a pas échappé à la règle…

Pour une fois, je ne vais pas vous en faire une chronique détaillée parce que d’une part, Orgueil et préjugés est assez connu pour que beaucoup d’entre vous en connaissent au moins la trame, et d’autre part, j’aimerais me focaliser sur un autre aspect : la difficulté de noter certains livres.

Je ne note plus mes lectures sur le blog, le côté scolaire me gênant, mais je continue à le faire sur les réseaux car c’est un critère pour mieux organiser mes chroniques, du moins, c’est ainsi que je le perçois. Mais il arrive que noter un livre devienne un vrai casse-tête, le lecteur étant partagé entre son ressenti en fonction de ses attentes et les qualités intrinsèques du livre. Et c’est ce qui s’est passé pour moi avec cette adaptation en manga.

Ce manga est bon, voire très bon, mais il ne m’a pas, pour autant, transportée. Un paradoxe dont j’ai perçu, au fil de ma lecture, les raisons. J’adore Orgueil et préjugés parce qu’il forme un tout : une critique sociétale sous fond d’humour et d’amour, le tout relevé par la plume caustique de Jane Austen et son acuité pour percevoir l’âme humaine. Privée de l’un de ces aspects, l’histoire perd, du moins pour moi, de sa force et de sa portée.

Or, même si le contexte historique est conservé et que l’on a quelques critiques sociétales sous-jacentes, cette adaptation graphique se concentre principalement sur la romance. N’étant pas une inconditionnelle du genre même si je commence à l’apprécier, je n’ai donc pas réussi à me sentir totalement impliquée dans ma lecture… Ceci n’est pas un point négatif dans la mesure où l’éditeur précise clairement dans son résumé que c’est un choix voulu et assumé. En attaquant le manga, je savais donc à quoi m’attendre.

D’ailleurs, si on aime les romances historiques et les mangas, je pense sincèrement que cet ouvrage devrait vous ravir : les personnages sont attachants et hauts en couleur pour certains, les décors et les dessins sont sublimes et les détails permettent une réelle immersion dans l’histoire, les principaux freins à l’amour entre Elizabeth et Darcy bien restitués, la complicité entre l’héroïne et sa sœur Jane toujours aussi forte et belle, les émotions au rendez-vous…

La scénariste et l’illustratrice ont même réussi à rendre Lydia encore plus agaçante que dans le roman : son égocentrisme, son égoïsme, sa frivolité, son manque de bon sens transparaissant à chacune de ses apparitions… J’ai également aimé la manière dont a été scénarisée Mme Bennet qui garde son côté « obnubilée par le mariage de ses filles », mais dont la représentation graphique tout en rondeur adoucit ce trait de caractère.

Toutefois, si vous êtes un fan de l’œuvre originale, certains points pourraient, comme ce fut le cas pour moi, vous perturber. Il y a d’abord le rôle minoré de la sœur de Darcy ce que j’ai trouvé fort dommage même si je comprends sans problème que l’autrice a dû opérer des choix. Mais j’ai surtout regretté le lissage de la personnalité de Lizzie et de Darcy qui m’ont semblé bien ternes par rapport à la version originale. Lizzie perd son sens de la répartie qui est, pour moi, l’atout charme de l’histoire et Darcy se transforme bien vite en amoureux incompris et éconduit…

J’ai donc eu l’impression qu’on tombait tout simplement dans une banale histoire d’amour avec le beau gosse de service riche et taciturne qui se rend compte que la fille qu’il a jusqu’à maintenant dénigrée est un petit bijou qui ne demande qu’à être poli. Un schéma qui ne me convient guère quand il est brut comme ici, mais qui devrait ravir le cœur des amateurs de romance.

En conclusion, cette version graphique d’Orgueil et préjugés est très bonne si l’on souhaite (re)découvrir l’histoire originale uniquement d’un point de vue romantique. L’autrice a su restituer avec précision les étapes marquantes de la relation entre Elizabeth et Darcy et l’illustratrice les sublimer. En revanche, si vous aimez les romances se déroulant dans un contexte sociétal et historique bien exploité et/ou que vous espérez retrouver l’humour présent dans l’œuvre de Jane Austen, vous pourriez rester sur votre faim…

Le corbeau d’Oxford : Une enquête de Loveday & Ryder, Faith Martin

Je remercie les éditions HarperCollins pour m’avoir permis de découvrir Le corbeau d’Oxford : une enquête de Loveday & Ryder de Faith Martin.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Oxford, 1960. Lorsque Sir Marcus Deering, un riche industriel de la région, reçoit plusieurs lettres de menace anonymes, il prend le parti de ne pas s’en inquiéter. Mais bientôt, un meurtre est commis, et les meilleurs éléments de la police d’Oxford sont mobilisés.
La toute jeune policière Trudy Loveday rêverait de participer à une affaire aussi importante, mais ses supérieurs coupent rapidement court à ses ambitions. Écartée de l’enquête et chargée d’assister le brillant mais peu amène Dr Clement Ryder, médecin légiste, sur une affaire classée, elle se retrouve pourtant très vite au cœur d’une énigme qui pourrait bien la mener sur la piste du mystérieux corbeau d’Oxford…

HarperCollins (13 novembre 2019) – 352 pages – Broché (14,90€) – Ebook (9,99€)
Traduction : Alexandra Herscovici-Schiller

AVIS

Trudy Loveday, policière stagiaire de presque 20 ans, n’est pas prise au sérieux par sa hiérarchie et ses collègues malgré son dynamisme et sa bonne volonté. Difficile de se faire une place en tant que femme dans une Angleterre des années 60 encore très patriarcale et pleine de « bons sentiments » envers le sexe faible. Entre une mère qui aurait rêvé sa fille en épouse et mère de famille comblées et un supérieur qui ne sait que faire d’elle, Trudy Loveday va donc devoir faire ses preuves ! Chose dont elle est bien consciente et qui est loin d’entamer sa motivation et son ambition, bien au contraire.

Et ça tombe bien, l’opportunité de montrer ce qu’elle vaut ne va pas tarder à arriver, et prendre la forme d’une collaboration avec le Dr Clement Ryder, un brillant chirurgien qui, en raison d’une maladie, s’est reconverti en coroner. Il profite de l’affaire du corbeau d’Oxford, qui s’est soldée par la mort d’un homme, pour encourager la police à enquêter de nouveau sur le décès, il y a presque cinq ans, d’une jeune femme que la victime aurait fréquentée. Une ancienne histoire qui, pour le docteur, sent le mensonge à plein nez et sur laquelle il est bien décidé à faire toute la lumière. Mais les deux affaires sont-elles vraiment liées ?

C’est que ce que vous découvrirez en dévorant ce roman, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai apprécié la manière dont l’auteure imbrique les différents éléments de son récit. Elle pousse habilement les lecteurs à s’interroger sur cette histoire de corbeau qui menace un industriel anglais et l’exhorte à se racheter quand le pauvre bougre ne comprend pas de quoi on l’accuse. La seule chose qui lui vient à l’esprit est une vieille affaire pour laquelle sa responsabilité n’est pourtant pas directement engagée ! Non, décidément, cette histoire n’a pas de sens et serait même risible si elle n’avait pas de si graves et funestes conséquences…

En parallèle, on suit l’enquête de Trudy et du Dr Ryder qui fouinent dans les secrets bien gardés d’une riche famille anglaise qui pourrait être liée à l’assassinat perpétré par le corbeau. J’ai développé d’emblée une certaine sympathie pour ce docteur, un homme respecté, bien que craint, qui ne tombe jamais dans l’apitoiement malgré sa maladie qu’il s’évertue, contre vents et marées, à garder secrète. Intelligent, implacable, intraitable, consciencieux à l’extrême, épris de justice et de vérité, le portait n’est pas forcément celui d’un boute-en-train, mais derrière le côté dur et autoritaire, se cache un homme honnête, authentique et non dénué d’une certaine sensibilité.

Face à un homme avec une telle force de caractère, il fallait quelqu’un comme Trudy, une femme intelligente, volontaire, avec la tête sur les épaules, du répondant et une volonté de fer. Consciente de la nécessité de tenir tête au docteur et de ne pas se laisser marcher sur les pieds pour obtenir son respect, elle n’hésitera ainsi pas à affirmer son point de vue et à lui prouver que loin d’être une épine dans le pied comme le pense son supérieur, elle constitue un atout dans leur enquête commune.

Ce duo intergénérationnel, en plus d’être terriblement attachant, fonctionne à merveille et fait des étincelles, les deux protagonistes étant parfaitement complémentaires. Le docteur prend ainsi la jeune femme sous son aile tempérant son enthousiasme quand il lui fait perdre de vue la cohérence des indices tout en l’encourageant à prendre confiance en elle. Quant à Trudy, elle lui apporte ce dynamisme qui lui fait défaut et ce sang frais qui lui permet d’aborder les choses sous un angle nouveau.

Le roman se lit très vite, le suspense étant bien présent, la galerie de personnages variée et intrigante, l’histoire menée à bon rythme et la plume de l’autrice assez agréable, fluide et efficace pour vous donner envie de tourner les pages les unes après les autres jusqu’au dénouement tant attendu. J’avais anticipé l’identité du corbeau, mais cela ne m’a pas dérangée d’autant que je n’avais, en revanche, pas compris à quel point la situation était tordue et malsaine. Il y a des personnes vraiment prêtes à tout par amour, quel que soit le sens que l’on puisse donner à ce mot.

En conclusion, en plus de nous offrir une enquête rythmée, prenante et immersive dans une Angleterre des années 60 ne manquant pas de charme, bien qu’ayant des progrès à faire en matière d’égalité des sexes, l’autrice introduit un duo d’enquêteurs particulièrement attachant, complémentaire et complice dont on prend plaisir à suivre les échanges et les investigations. Parce que rien ne pourra entraver l’enthousiasme et l’ambition de Trudy et la volonté du Dr Ryder de faire triompher la justice et la vérité, quelque chose me dit que nous n’avons pas fini d’entendre parler de ce duo de choc !

Retrouvez le roman sur le site des éditions HarperCollins

L’inconnue de Queen’s Gate, Anne Martinetti

Je remercie les éditions De Borée de m’avoir permis de découvrir L’inconnue de Queen’s Gate d’Anne Martinetti.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

A 20 ans, Beth devient cuisinière pour l’aristocratique famille Hewes : une chance pour cette jeune femme dégourdie et créative. Un soir, alors qu’elle est discrètement sortie fumer dans le jardin, elle découvre le corps d’une inconnue poignardée avec un kriss malais appartenant à Lord Hewes. Rajiv, le valet indien de la famille et amant de Beth, fait un coupable bien commode : n’est-ce pas lui qui a offert l’arme du crime au maître de maison ? Doutant de tous, naviguant dans les milieux interlopes de la prostitution et des suffragettes, Beth ne pourra compter que sur sa ténacité pour sauver Rajiv et faire la lumière sur cette sombre histoire.

Éditions De Borée (20 juin 2019) – 284 pages – Broché (19,90€) – Ebook (9,99€)

AVIS

Devenue, du moins temporairement, cuisinière à tout juste 20 ans chez une famille d’aristocrates, les Hewes, Beth se distingue nettement des autres domestiques de la maison. Elle n’a pas eu la chance de recevoir une instruction lui permettant, par exemple, de savoir lire, mais cela n’entache en rien ses ambitions professionnelles. Intelligente, sûre d’elle, dotée d’un sacré sens pratique et d’une bonne capacité à garder la tête froide en toute occasion, Beth est un personnage auquel on s’attache d’emblée séduit autant par son franc-parler que sa personnalité de battante.

Une personnalité qui lui sera fort utile pour faire face à une découverte macabre dans le jardin de ses employeurs. Une inconnue assassinée chez des aristocrates bien établis ? So shocking pour la bonne société londonienne ! Cela explique peut-être la rapidité avec laquelle le maître de maison laisse arrêter son fidèle valet indien que les preuves semblent bizarrement accabler. Pratique après tout, l’affaire résolue rapidement, les chances que le scandale s’ébruite s’amenuisent. Tellement pratique et rapide d’ailleurs que Beth, qui partage régulièrement la couche de Rajiv, décide de mener sa propre enquête. Quittant dès qu’elle le peut sa cuisine qui l’occupe quand même pas mal, il faut dire que la jeune femme aime son métier, elle récoltera certains indices et prendra même un mystérieux homme en filature jusqu’à Buckingham Palace ! Mais à trop s’exposer, ne se met-elle pas en danger ?

En parallèle de son envie d’innocenter son amant et de tous ces petits plats qu’elle prépare avec amour dès le levé du jour, elle s’inquiète également pour la famille Hewes. Entre un employeur toujours en goguette, une Lady pleine de secrets et dont l’engagement en faveur des suffragettes n’est pas sans danger, une jeune fille de 12 ans aux étranges confidences, un jeune homme qui se noie dans la luxure et le jeu, servir cette famille d’aristocrates n’est pas une sinécure, loin de là.

L’immersion dans le quotidien de Beth et les petits secrets de ses employeurs est l’aspect du roman qui m’a le plus intéressée, l’autrice nous offrant une critique assez fine de cette aristocratie anglaise de la fin du XIXe siècle engluée dans des principes qu’elle propage doctement, mais qu’elle est bien loin de suivre. Ce n’est pas M. Hewes et son addiction au sexe tarifé avec des beautés « exotiques » qui vous dira le contraire… Mme Hewes n’est pas non plus la dernière pour accepter de vivre dans une hypocrisie permanente. Alors qu’elle est fermement engagée dans un mouvement visant à assurer aux femmes des droits dont celui de vote, son combat s’arrête là où commence la différence de classe. Autre époque, autre idée…

Heureusement pour elle, grâce à son solide sens des réalités et à un certain cynisme, Beth n’est pas dupe et comprend fort bien que pour améliorer ses conditions de vie, elle ne pourra que compter sur son travail et son talent. C’est peut-être cette acuité dans la perception des choses de la vie qui font d’elle une femme en avance sur son temps qui sait tirer partie de chaque opportunité pour avancer et s’imposer. En femme de son époque qui a bien compris les règles du jeu pour les « petites gens », elle accepte donc avec un détachement assez perturbant de subir certains affronts ou, du moins, de parler sans émotions de ceux du passé. C’est là qu’on se dit que même s’il y a encore beaucoup de combats à mener, les droits des femmes en Europe ont quand même bien avancé…

La dénonciation d’une époque, de ses inégalités, de ses travers et cette montée en puissance du féminisme qui ne se fera pas sans heurts sont des sujets qui m’ont particulièrement plu, car ils sont très bien intégrés à l’histoire. Le ton très actuel rend, en outre, les propos accessibles et plutôt fluides, ce qui devrait plaire aux lecteurs ayant un peu peur des récits dans lesquels le contexte historique revêt une place primordiale. Le roman se lit donc très vite d’autant que la plume de l’autrice est simple et agréable, et les dialogues plutôt entraînants et réalistes. 

L’enquête, quant à elle, n’est pas inintéressante, mais elle reste peut-être un peu trop en surface des choses pour les amateurs du genre. D’ailleurs à ma grande surprise, si Beth se lance bien sur la piste du véritable meurtrier, cela est loin de totalement l’accaparer. Elle se contentera, avec ses moyens et le temps dont elle dispose, de récolter des indices et de faire certaines connexions. Ses apports à l’enquête seront donc utiles, mais il faudra également le travail d’investigation d’une journaliste têtue qui ne manque pas de courage, et les intuitions d’un inspecteur pour découvrir les tenants et aboutissants d’un meurtre bien plus complexe qu’il n’y paraît. Sous fond de corruption, la résolution de cette enquête passera ainsi par la découverte d’une pratique abjecte et révoltante qui ne pourra que vous pousser à vous interroger sur la bassesse et la noirceur de l’âme humaine.

Ce premier tome étant le premier d’une série, le traitement de certains personnages, à l’instar de Ravij, reste assez superficiel alors que l’on sent un véritable potentiel à exploiter, notamment en ce qui concerne son passé sur lequel plane de grandes zones d’ombre. Attendant avec impatience d’en apprendre plus sur les personnages, j’espère donc bientôt lire la suite des aventures culinaires et criminelles de Beth, une redoutable cuisinière et une graine d’enquêtrice.

En conclusion, les lecteurs friands d’enquêtes historiques se déroulant dans la bonne société anglaise de la fin du XIXe siècle devraient être ravis d’en retrouver l’ambiance si particulière. À travers un meurtre auréolé d’un certain mystère, l’autrice nous offre une héroïne attachante et combative, une enquête rythmée, et une plongée mouvementée et passionnante dans les méandres d’une classe sociale obnubilée par les conventions, le prestige et l’argent…

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