Hadès chasseur de psycho-démons, tome 1, Shô Aimoto

Le collège Tokofushi vient d’accueillir un nouvel infirmier. Timide, maladroit et décalé, le professeur Hadès est surtout particulièrement effrayant avec son visage livide et couturé d’étranges cicatrices. Résultat, personne n’ose l’approcher, et cela à son plus grand désespoir. Mais tout va commencer à changer le jour où trois élèves découvrent son incroyable secret : il serait en réalité un chasseur de psycho-démons, en poste au collège pour en protéger les élèves… Mais d’où lui viennent ses pouvoirs ? Et quelle est la véritable origine des psycho-démons ? Ashitaba, Ryôsuke et Rentarô ne sont pas au bout de leurs surprises ! Avec l’arrivée d’Hadés, leur collège ne sera jamais plus comme avant !

Delcourt/Tonkam (4 juillet 2012) – 192 pages – Traduction : Tetsuya Yano  

La belle et gentille infirmière du collège est remplacée par un homme au faciès marqué et dont le comportement assez étrange tend à inquiéter les élèves. Ceux-ci préfèrent d’ailleurs se passer d’infirmerie au grand désespoir du très serviable Hadès qui rêve de prendre soin d’eux. Heureusement, certains élèves sont plus courageux que d’autres à commencer par le beau gosse de service, Fuji, qui confond infirmerie et dortoir et deux de ses amis, le gros lourd avec les filles et le calme qui ne se fait pas vraiment remarquer, mais qui reste apprécié des autres. Les personnages se révèlent donc assez stéréotypés sans que cela ne gêne vraiment l’intrigue d’autant que le vrai héros de l’histoire, c’est Hadès !

De fil en aiguille, on apprend à connaître cet infirmier qui est loin de se contenter de soigner les petits bobos, sa spécialité étant plutôt les dégâts causés par les psycho-démons ! Ces démons s’emparent des tourments de l’âme humaine pour posséder leurs victimes jusqu’à les rendre agressives et dangereuses. J’ai apprécié de découvrir ce personnage atypique qui ressemble physiquement à un psychopathe alors qu’il d’une grande douceur et n’hésite pas à affronter des démons pour protéger les élèves.

Le découpage du manga en différentes missions de sauvetage est intéressant et apporte un certain dynamisme bien que l’on puisse finir par ressentir une petite impression de répétition. Mais rien de bien gênant si, comme moi, vous appréciez de découvrir des démons variés et de suivre l’évolution des liens entre les différents protagonistes qui vont, petit à petit, se rapprocher. Il faut dire que combattre l’occulte et affronter des dangers d’ordre surnaturel, ça ne peut que créer des liens !

Dans ce premier tome, Hadès se dévoile progressivement à nous, mais il n’en demeure pas moins encore très mystérieux, ce qui n’est pas pour me déplaire. On sent que le personnage est loin d’avoir dévoilé tous ses secrets et l’étendue de ses impressionnantes compétences ! Autour de ce dernier, gravite également un personnage énigmatique qui semble lié à son passé…

En plus du rythme, ce qui est intéressant avec ce manga, c’est la manière dont l’auteur utilise le fantastique pour aborder des thèmes importants, surtout à l’adolescence : amitié, jalousie, rivalité, manque de confiance en soi, timidité, difficulté de s’affranchir du regard des autres et de se faire accepter lorsque l’on est différent, obsession de la beauté, rapports filles/garçons, nécessité de trouver sa place au sein d’un groupe…

Je ne suis, en revanche, pas emballée par les graphismes qui, du moins pour moi, mériteraient parfois d’être un peu moins fouillis. J’ai eu, en outre, le sentiment que les illustrations avaient mal vieilli, la série datant de 2012. Mais ce n’est qu’une appréciation personnelle, les dessins pouvant séduire d’autres lecteurs.

En bref, à travers différentes missions pour sauver des élèves possédés par des psycho-démons pas forcément très sympathiques, l’auteur aborde différents thèmes qui devraient parler à tous, et plus particulièrement aux adolescents. Rythmée et portée par un héros atypique et touchant, voici une série que je poursuivrai avec plaisir !

Connexions secrètes, Lucas Courage

Je remercie Babelio et les éditions Scrineo de m’avoir permis de découvrir Connexions secrètes de Lucas Courage.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Je m’appelle Lucas Courage. Je n’ai pas choisi ce nom ni d’avoir un pouvoir extraordinaire, mais secret. Je n’ai pas choisi d’avoir un père espion, ni d’être recruté avec lui par le président de la République pour démanteler un réseau de terroristes. Je n’ai pas choisi non plus l’aventure, les poursuites, les énigmes… Partir au Shahistan, être pris en otage, assister à des assassinats… ! Je n’ai pas choisi de vivre, comme dirait Manon – Ah Manon… -, dans ce monde de dingues !

Scrineo (3 octobre 2019) – 288 pages – Broché (12,90€)

AVIS

Quelle aventure ! Ce pauvre Lucas Courage en aura bien besoin de courage justement pour affronter tout ce qui lui tombe sur le coin du museau. Et dire qu’en bon adolescent, il n’aspirait qu’à avoir la paix et à lézarder. Comment ça, je caricature ? Bon, peut-être un peu, mais Lucas est plus un adepte du repos et de la manette que de la course et de l’action. Mais que faire quand c’est le président en personne qui compte sur vous et votre père pour sauver la France d’une dangereuse organisation bien décidée à la mettre à genoux ?

On retrousse ses manches, on sort son plus beau sourire et on s’active quitte à dangereusement quitter sa routine. Et du danger, il va y en avoir, Lucas et son père n’étant pas au bout de leurs surprises ! C’est que les adorateurs de la déesse Melkiar ont de la ressource et ne reculeront devant rien pour paralyser l’Hexagone en hackant ses institutions et ses grandes entreprises. Imaginez-vous une France sans Internet, sans services d’urgence, sans moyens de communication, les pigeons voyageurs ayant pris leur retraite depuis bien longtemps… Impensable et pourtant, c’est bien ce qu’il risque d’arriver si les Courage, père et fils, ne s’allient pas pour régler le problème.

Jean, le père, ancien agent secret, reprend vite ses anciens réflexes d’espion aguerri et entraîne son fils dans une mission rocambolesque et riche en action. Un enlèvement, des meurtres, des menaces, un complot, des traîtres à la nation… Il n’y a pas à dire, la vie des Courage, c’est encore mieux qu’un James Bond ! Si Lucas traîne la patte au début, il finit par se prendre au jeu et met avec enthousiasme son talent unique, la capacité de se connecter aux objets électroniques, au service de la patrie même si cela parfois lui en coûte.

Cette mission secrète tend, en effet, à s’interposer entre lui et Manon, une camarade de classe dont il est amoureux. Mais comment se rapprocher d’elle quand chaque moment passé à ses côtés tourne à la catastrophe et le fait passer pour un fou ? Difficile la vie d’ado, mais alors celle d’ado apprenti espion, n’en parlons pas ! Les jeunes lecteurs devraient s’amuser de le voir enchaîner les galères avec sa peut-être future dulcinée d’autant que cette dernière sera, avec sa mère, embarquée dans l’aventure sans vraiment le demander. Et si Lucas aborde les dangers avec une certaine décontraction, qu’elle soit de façade ou non, la jeune fille prend la chose avec beaucoup moins de légèreté.

Manon, bien qu’un peu geignarde, mais ça peut se comprendre vu les circonstances, semble le personnage le plus réaliste du livre. Contrairement aux autres, tous ces événements dignes d’un grand film d’action à l’américaine l’atteignent comme ils le feraient avec n’importe qui dans la vraie vie. À l’inverse, sa mère est plutôt enthousiaste à l’idée de suivre les Courage dans leur aventure. Il faut dire que journaliste, elle flaire là un bon scoop qu’elle ne peut décemment pas laisser passer… On suit donc la fine équipe dans ses péripéties qui ne manquent pas de mordant ! 

Naviguant entre des considérations de son âge et celles dignes d’un haut dignitaire, Lucas s’emmêle parfois les pinceaux, mais il finit par faire face à la situation avec un certain aplomb et beaucoup de courage, sans mauvais jeu de mots. Il réalise également que ce papa espion qu’il idéalise depuis qu’il est enfant et dont il est si proche n’est pas parfait et possède ses propres faiblesses. J’ai, pour ma part, trouvé leur relation père/fils très touchante et plutôt atypique en littérature jeunesse, genre dans lequel les parents sont bien souvent absents et/ou défaillants.

Ici, le père n’est pas parfait, mais il a su nouer une réelle complicité avec son fils malgré les quelques tensions que la situation exceptionnelle dans laquelle ils sont projetés ne manquera pas de soulever. Alternant entre envie de protection et fierté paternelle de voir Lucas grandir et prendre en main les rênes de sa vie, Jean nous apparaît aussi fort que vulnérable, un mélange le rendant diablement attachant !

J’ai également beaucoup apprécié l’humour de l’auteur, pardon de Lucas Courage, qui en plus de nous offrir des situations plus cocasses les unes que les autres, n’hésite pas à partager avec ses lecteurs quelques phrases bien senties comme savent si bien en faire les adolescents. Les références à l’actualité, plus ou moins récente, ne manquent pas non plus de piquant. Vous ne regarderez ainsi plus les trottinettes électriques qui envahissent nos trottoirs de la même manière et vous ne devriez pas manquer de sourire devant l’allusion de l’escapade en scooter d’un ancien président…

Est-ce que le scénario est plausible ? Pas le moins du monde, enfin j’espère parce que sinon, c’est qu’il y a vraiment eu un problème à la DGSE, mais que c’est drôle et divertissant. J’ai eu l’impression de me trouver devant l’un de ces films que j’adorais plus jeune dans lesquels les enfants bottaient les fesses aux méchants. Une sorte de Maman, j’ai raté l’avion adolescent dans lequel ce n’est plus un enfant contre les adultes, mais un père et son fils adolescent travaillant main dans la main pour sauver la France. Bien que l’histoire soit très différente, le résultat est le même, le plaisir d’avoir passé un super moment de détente et d’avoir vécu une aventure trépidante auprès de personnages attachants et hauts en couleur !

En conclusion, Connexions secrètes est un roman bourré d’humour qui vous entraînera dans la vie d’un adolescent devenu, bien malgré lui, un atout indéniable dans la lutte secrète de la France contre une redoutable et mystérieuse organisation. Famille, aventure, enquête, action, cybercriminalité et trahison seront au programme de ce divertissement familial qui devrait vous assurer un bon et amusant moment de lecture. Et parce qu’on n’a jamais assez de Courage, j’espère que Lucas nous reviendra un jour dans de nouvelles aventures !

Retrouvez le roman sur le site des éditions Scrineo.

Aurore, Jérémie Kisling

Je remercie Babelio et les éditions Slalom pour m’avoir permis de découvrir Aurore de Jérémie Kisling.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Dans cet ouvrage singulier, entre fable, roman et journal intime, Jérémie Kisling nous fait entendre la voix d’Aurore, une adolescente sur le fil, pleine de contradictions, entre rires et déceptions. Elle partage avec le lecteur ses émotions, ses peurs, ses joies aussi… et la découverte qui va bouleverser sa vie.

Slalom (29 août 2019) – 160 pages – Broché (10,90€) – Ebook (7,99€)
Couverture : Zep

AVIS

Aurore surprend une conversation entre ses parents qui va faire voler en éclats son monde et ses certitudes sur son identité !

L’auteur aborde ici, à travers un personnage atypique et plein de verve, un sujet délicat et complexe que chaque personne concernée vivra différemment en fonction de son vécu, de sa personnalité, de son entourage… Mais ce qui est certain, c’est que ce sujet mérite une réelle conversation a fortiori quand, comme Aurore, on est encore une adolescente en pleine construction. Il est alors aisé pour le lecteur de comprendre le choc, voire le sentiment de trahison, ressenti par Aurore qui aurait mérité d’apprendre la vérité d’une autre manière.

Cette découverte, difficile à accepter et à digérer, la poussera à se réfugier chez une amie chinoise nostalgique de son pays et de sa vie d’avant puis chez son grand-père. Un papy sympathique chez lequel elle fera, de manière plutôt incongrue d’ailleurs, une rencontre, celle de Sliman, un réfugié orphelin. Encouragée par son aïeul, elle va alors, à ses côtés, déambuler dans les rues de la ville avec un objectif en tête…

En tant qu’adulte, on ne peut s’empêcher de penser que sa démarche semble naïve et dangereuse, mais peu importe puisque l’auteur ne nous propose pas un roman miroir de la réalité, mais plutôt une fable pleine de poésie dans laquelle les personnages évoluent et se (re)trouvent. Ses pérégrinations urbaines seront ainsi l’occasion, pour Aurore, de se libérer d’un poids, et de se rapprocher de Sliman qui se révèle d’une jovialité contagieuse.

À son contact, l’adolescente va prendre du recul sur ses malheurs et ses peines se rendant compte que cette révélation qui l’a tant chagrinée ne peut effacer tous les beaux moments de vie, de complicité et de tendresse partagés avec ses parents et sa petite sœur. Une prise de conscience la poussant à vouloir retrouver les siens qui attendent probablement son retour avec angoisse et impatience, une chance que son nouvel ami n’a pas…

Orphelin, Sliman n’a plus personne à retrouver, mais malgré les épreuves qu’il a traversées et qui ne seront ici qu’effleurées, il garde toujours le sourire aux lèvres. C’est incontestablement l’atout bonne humeur du roman, et la personne qu’il fallait pour permettre à Aurore d’ouvrir les yeux sur le trésor qu’elle possède, une famille aimante et soudée. J’aurais aimé en apprendre plus sur cet adolescent qui conserve une belle part de mystère, mais j’ai été très touchée par son histoire, sa pudeur quant à ses sentiments, sa simplicité, sa gentillesse et le naturel avec lequel il entre dans la vie d’Aurore. Sans jamais la juger, lui qui a connu des épreuves que l’on devine difficiles, il la soutient et, d’une certaine manière, veille sur elle. Après tout, la rue, c’est son monde, pas celui de l’adolescente… L’auteur nous propose donc une jolie amitié pleine de douceur et de rires.

Les thèmes abordés sont intéressants, pertinents par rapport au public visé par l’ouvrage et apportent une certaine profondeur au récit : la famille, la construction de son identité, l’amitié, le déracinement, cette notion de l’étranger et de l’Autre… Mais je dois avouer que c’est bien la personnalité haute en couleur d’Aurore qui m’a réellement séduite. Cette adolescente est plutôt du genre attachante ! Intelligente, pleine d’humour et doté d’un esprit affûté, elle aime jouer avec les mots qu’elle manie avec une facilité déconcertante. Les adolescents, mais aussi les adultes, devraient être séduits par ce truculent personnage qui n’a pas sa langue dans sa poche.

Il faut dire qu’amusante, elle possède également une certaine capacité de recul sur ses semblables et les adultes, et une tendance à la dérision et à l’auto-dérision. J’ai d’ailleurs souvent souri face à ses réparties que d’aucuns pourraient qualifier d’impertinentes quand j’aurais tendance à les trouver rafraîchissantes. Vous aurez donc compris que j’ai été particulièrement sensible à l’humour de l’auteur et de son personnage !

Cerise sur le gâteau, l’auteur, également compositeur/chanteur, a créé une chanson pour accompagner le roman. Une chanson que vous retrouverez ici ou en scannant le QR code en fin d’ouvrage.

En conclusion, porté par deux personnages aussi amusants qu’attachants, Aurore est un joli roman jeunesse plein de poésie et d’humour qui aborde en douceur et avec philosophie des thèmes comme la famille, l’amitié, le déracinement… Tour à tour drôle et touchante, voici une charmante histoire à déguster que l’on soit adolescent ou adulte, mais en gardant en tête que plus qu’un récit qui collerait à la réalité, l’auteur nous propose avant tout une fable entre rires et chagrin qui ne manquera pas de vous toucher.

Feuilletez le roman/retrouvez-le chez votre libraire ou sur Place des libraires.

Double 6, Emmanuel Trédez

Je remercie NetGalley et les éditions Didier jeunesse pour cette lecture.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Hadrien est porté disparu. On le soupçonne d’avoir fugué. Deux policiers font irruption dans sa classe et mènent une série d’interrogatoires auprès des collégiens.
Car Hadrien est un véritable mystère. Personne ne connaît le secret de ce garçon aux multiples facettes… Tantôt effacé, tantôt bagarreur, excellent élève le lundi et mauvais le mardi, il semble avoir réussi à se mettre tout le monde à dos. Sa petite amie elle-même ne comprend rien à ce garçon qui lui envoyait des poèmes avant de la repousser brutalement… Est-il vraiment celui qu’il prétend être ? Sa disparition pourrait bien bouleverser toutes les certitudes de ses proches ! Fugue, enquête, double jeu…

Didier Jeunesse (9 mai 2019) – 9/12 ans – 160 pages – Broché (12€) – Ebook (9,99€)

AVIS

Double 6, double je… Un adolescent, deux personnalités !

Quand deux agents de police accompagnés de la grand-mère d’Hadrien débarquent dans la classe du collégien, ses camarades apprennent sa disparition. Fugue ou événement plus grave ?

Il faut faire vite afin de retrouver le jeune homme, sain et sauf de préférence. Les policiers entreprennent donc une série d’interrogatoires et recueillent les confidences des élèves les plus susceptibles de leur donner des informations sur le disparu : son meilleur ami, un camarade de foot, sa petite amie, et même son « ennemi » avec lequel il a eu récemment maille à partir.

De ces interrogatoires menés avec beaucoup de délicatesse, se dresse le portrait d’un adolescent énigmatique et tout en contradictions. Charmeur un jour, distant le lendemain, très doux tout en étant capable d’une grande violence, plein d’assurance quand il s’agit de faire rire ses camarades, mais victime d’une attendrissante timidité lors de ses interventions en classe… Difficile de savoir que penser de cet adolescent, sorte de version collégienne de Dr. Jekyll and Mr. Hyde.

Ce double jeu pimente la lecture puisque l’on ne peut s’empêcher de former un certain nombre d’hypothèses pouvant expliquer une telle inconstance et un comportement aussi déroutant. Un suspense renforcé par les interrogatoires qui nous donnent l’impression d’assister à une vraie enquête policière. Puis la vérité se lève sur Hadrien, un adolescent aux multiples facettes qui se dévoile à nous dans toute sa sensibilité.

Et de la sensibilité, il y en a dans ce joli roman qui est pour l’auteur l’occasion d’aborder différents sujets comme la famille, le deuil et la manière dont chacun y fait face, les premiers sentiments amoureux et cette question obsédante du premier baiser qui a hanté et hantera encore de nombreuses personnes, la confiance en soi, la pression parentale qui place la réussite scolaire au centre de tout quitte à faire peser un poids bien trop lourd sur les épaules d’adolescents en construction, les mensonges et leurs conséquences…

Des sujets qui parleront aux jeunes lecteurs qui, je n’en doute pas, arriveront sans peine à s’immerger pleinement dans le récit et à s’identifier aux différents personnages et aux problématiques qu’ils rencontrent. Pour ma part, même en tant qu’adulte, j’ai pris plaisir à suivre le mystère qui entoure Hadrien d’autant que la plume de l’auteur m’a séduite. Simple afin de rester accessible au public visé, les 9/12 ans, elle n’en demeure pas moins agréable et rythmée.

Cerise sur le gâteau, le roman est entrecoupé d’haïkus, ces poèmes japonais à la structure si reconnaissable qui, derrière leur brièveté, cachent une grande intensité. Poète dans l’âme, Hadrien se révélera plutôt doué dans ce domaine, un talent dont il fera profiter sa bien-aimée. Ce trait de sa personnalité ne pourra que séduire les amoureux des mots, ses compositions ne manquant ni de justesse ni d’humour.

En conclusion, grâce à un personnage intrigant à la personnalité complexe, l’auteur plonge ses lecteurs, petits et grands, dans une histoire prenante qui alterne habilement entre mystère et réflexions pertinentes autour de l’adolescence…

Lire un extrait du roman sur le site des Éditions Didier Jeunesse.

Deux secondes en moins, Marie Colot et Nancy Guilbert

Je remercie Babelio et les éditions Magnard Jeunesse pour m’avoir permis de découvrir Deux secondes en moins de Marie Colot et Nancy Guilbert.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Deux lycéens racontent l’impensable, le drame, la révolte, dans un roman puissant et rempli d’espoir.
Depuis qu’un accident de voiture l’a complètement défiguré, Igor se mure dans le silence. Sa rancune envers son père, responsable de l’accident, est immense, comme sa solitude. Rhéa sombre dans le chagrin après le suicide de son petit ami. Encore sous le choc, elle ne sait plus à qui ni à quoi se raccrocher dans la ville où elle vient d’emménager. Pour l’un et l’autre, tout s’est joué à deux secondes. Deux secondes qui auraient pu tout changer… Et pourtant, Igor et Rhéa reprennent jour après jour goût à la vie en se raccrochant à la musique. Une fantaisie de Schubert et un professeur de piano pas comme les autres vont les réunir et les mener sur un chemin inespéré.

Un roman bouleversant, où un perroquet, le « thé des Sages », l’amitié et les mots apportent une douceur salutaire.

  • Broché: 320 pages
  • Editeur : MAGNARD (13 février 2018)
  • Age :à partir de 13 ans
  • Prix : 14.90€
  • Autre format : epub

AVIS

Deux secondes en moins, c’est l’histoire de deux adolescents meurtris, l’un dans sa chair, l’autre dans son esprit. Igor s’est ainsi vu défiguré suite à un accident de voiture, quand le cœur de Rhéa a explosé en mille morceaux à l’annonce du suicide de son petit ami, Alex.

Deux drames auxquels les lecteurs ne peuvent rester insensibles d’autant qu’au gré des pages, on apprend à connaître ces deux jeunes gens très différents l’un de l’autre, mais pourtant unis par le même amour de la musique. Cette passion pour la musique, c’est ce qui va d’ailleurs leur permettre de sortir la tête de l’eau, de reprendre goût à la vie et de se rendre compte que tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Une phrase qui peut sembler ô combien éculée, mais que Marie Colot et Nancy Guilbert ont su rendre réelle et tellement pleine de sens.

Mais avant la reconstruction, les deux adolescents ont traversé des zones de turbulences et ont été assaillis par une multitude d’émotions comme la colère, la haine pour Igor, et la culpabilité ou le désespoir pour Rhéa. Et si le père d’Igor n’avait pas regardé son portable au volant ? Et si l’entourage d’Alex avait su saisir son désarroi et son mal-être avant qu’il ne commette l’irréparable ? Des questions que les deux jeunes ne peuvent que se poser et qui, bien que naturelles, finissent par leur faire plus de mal que de bien. Le passé demeurant figé quoi que l’on puisse faire ou penser, le titre prend alors tout son sens : deux secondes en moins, c’est ainsi ce qu’il aurait fallu à Igor et Rhéa pour continuer à vivre normalement, mais deux secondes en moins, c’est aussi ce qu’ils n’auront jamais…

Englués dans ce passé qu’ils ne pourront jamais réécrire, ce n’est que l’intervention d’un professeur de musique, Fred, qui va leur permettre de progressivement réapprendre à vivre, puis à savourer les petites choses de la vie. Cela ne se fera évidemment pas sans heurts, sans moments de doute ou de peine, mais les deux adolescents pourront compter sur le soutien inconditionnel de leur professeur de musique. Ce dernier fait preuve, tout au long du livre, d’une telle sensibilité et d’une telle douceur qu’il force l’admiration et le respect. Mais en découvrant son passé, on ne peut que comprendre la justesse avec laquelle il intervient dans la vie des deux jeunes gens. Il arrive à leur insuffler l’énergie pour avancer dans la vie tout en leur laissant toujours la distance nécessaire pour ne pas les brusquer. Il n’impose jamais rien, mais se contente de suggérer et de guider Rhéa et Igor tout en leur rappelant régulièrement à quel point il croit en eux, en leur force et en leur capacité à avancer malgré l’adversité. Fred est définitivement un personnage auquel on s’attache et qu’on aimerait avoir à ses côtés notamment dans les moments difficiles quand la douleur physique et/ou mentale ne permet plus d’avancer…

Pour reprendre les rênes de leur vie, Rhéa et Igor pourront évidemment compter sur Fred, mais aussi sur un perroquet nommé Obama. Presque aussi bon orateur que l’original, ce perroquet est un concentré de bonne humeur et d’ondes positives. En plus d’être très drôles, ses interventions tombent souvent à pic et apportent un peu de légèreté, ce qui permet parfois aux personnages de dédramatiser la situation. Je peux vous dire qu’Obama m’a fait rire à plus d’une occasion et que je rêve maintenant de l’adopter.

Et puis, personnage à part entière, il y a bien sûr la musique, la musique qui offre à ces deux adolescents meurtris l’occasion de s’exprimer, d’exprimer des émotions que les adultes de leur entourage, mus dans leurs propres douleurs et problèmes, ne sont pas forcément capables d’accueillir et d’accompagner. Le roman est en cela un peu une ode à la musique, à celle du cœur, à celle qui apporte du réconfort, à celle qui vous pousse dans vos retranchements, à celle qui vous prouve que oui, vous êtes toujours vivant, et qu’il va vous falloir travailler dur, très dur pour dompter les mélodies qui bercent vos vies. La musique, c’est également ce qui va lier la vie d’Igor à celle de Rhéa, deux adolescents que les lecteurs vont voir évoluer chacun de leur côté, mais aussi ensemble. La musique transcende alors la douleur pour nous offrir une belle histoire d’amitié, une lueur d’espoir dans le brouillard. Comme c’est très justement souligné dans le livre, à deux, Rhéa et Igor n’auront pas moins mal, mais ils seront plus forts, plus forts pour faire la paix avec le passé et pour réapprendre à vivre, différemment, mais à vivre quand même jusqu’à, de nouveau, trouver le chemin du bonheur.

Alors que ce roman aborde des sujets difficiles, il a indéniablement des airs de feel-good, car une fois la dernière page tournée, c’est bien l’espoir qui nous imprègne, de la tête aux pieds, du corps à l’âme. Les deux autrices ont ainsi réussi à parler du mal-être chez les adolescents, du suicide, du deuil sans jamais tomber dans le pathos. Elles ne minimisent pas la douleur des personnages, mais montrent qu’elle ne les définit pas et qu’il est toujours possible, même si c’est difficile, de faire face aux drames qui peuvent survenir à tout moment…

Je tiens également à souligner la parfaite symbiose entre les plumes de Marie Colot qui a donné voix au personnage d’Igor et Nancy Guilbert qui s’est consacrée à celui de Rhéa. Bien qu’écrit à quatre mains, il n’y a aucune dissonance, ce roman semblant être l’œuvre d’une seule et même personne ! Seule l’alternance des points de vue, chapitre après chapitre, permet de distinguer l’apport de chacune dans cette histoire qui sonne tellement juste, tellement vraie. Les deux autrices ont su, en effet, trouver les mots pour rendre la douleur et les émotions de leurs personnages réalistes et palpables. Cela s’explique, peut-être et en partie, par le fait qu’elles ont elles-mêmes traversé un drame dans leur vie. Que ce livre ait une fonction cathartique ou non, ce qui est certain, c’est que Marie Colot et Nancy Guilbert ont su nous offrir une histoire sans fausses notes qui touche directement le cœur des lecteurs.

Je pourrais vous parler pendant des heures de ce livre qui m’a touchée et émue, qui m’a fait traverser différentes émotions et qui a réveillé en moi certaines choses bien enfouies. C’est d’ailleurs un peu la force de ce livre qui, bien qu’il soit destiné d’abord aux adolescents, pourra plaire et parler à tout le monde ; la mort, les drames, la vie et l’espoir n’attendant pas l’âge. Je m’arrêterai donc en vous conseillant simplement de vous laisser tenter par ce roman qui a été pour moi un véritable coup de cœur que ce soit pour son histoire, ses personnages ou le message d’espoir qu’il véhicule. Car oui, la vie et la douleur sont intrinsèquement liées, mais cela vaut la peine de se diriger vers la lumière quand la noirceur semble vous aspirer. Et si cela vous semble trop dur, mettez un CD qui vous fera ressentir des émotions, qui vous fera vibrer, faites-vous un thé… Ou plongez-vous dans cette histoire qui met du baume au cœur et qui vous apporte la dose d’optimisme nécessaire pour vous prouver que oui, après la douleur, le bonheur est possible.

Et vous, envie de découvrir Deux secondes en moins ?