Les Explorateurs, Alan Spade

Les Explorateurs (nouvelle) par [Spade, Alan]

Pour ma deuxième participation au Challenge The Maki Project, j’ai choisi une nouvelle qui me sort complètement de mes habitudes de lecture : Les Explorateurs d‘Alan Spade.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Deux officiers de la Compagnie d’Exploration Interstellaire aux personnalités divergentes, envoyés sur une planète inexplorée, vont vivre une série d’expériences paranormales au cours desquelles leurs capacités d’adaptabilité et leur esprit d’équipe vont être mis à rude épreuve.

Les Explorateurs est l’une des huit nouvelles du recueil de science-fiction (space opera) Les Explorateurs, d’Alan Spade, parue en 2009 aux Éditions Lokomodo.

AVIS

J’ai été très agréablement surprise par cette nouvelle qui, dès les premières pages, m’a conquise. D’une plume fluide et immersive, l’auteur arrive, en une trentaine de pages, à construire un récit prenant et empli de tension.

Une tension qui passe autant par la relation entre les deux protagonistes que les différentes péripéties qu’ils vont traverser. Covain Chase et Kara Elison n’auraient pu être plus différents : le premier est sûr de lui, vantard et sexiste,  quand la seconde est intelligente, réfléchie et mature. C’est d’ailleurs cette opposition de caractère qui leur a valu de devoir collaborer sur une mission. Leurs supérieurs estiment, en effet, qu’il est préférable de faire travailler ensemble deux personnes qui ne s’apprécieront jamais et ne seront donc pas tentées de compromettre le succès d’une mission en sauvant l’autre en cas de gros problème. Les adeptes de l’entraide et de l’esprit d’équipe n’ont qu’à se faire une raison, business is business !

Après quelques échanges tendus dans leur vaisseau et un atterrissage mouvementé, Covain et Kara explorent la planète X-0968 afin de confirmer ou d’infirmer la présence de trinocium, un minerai prisé. Une mission en apparence anodine qui se révèlera bien plus difficile que prévu ! Les nerfs mis à vif, nos deux explorateurs vont ainsi faire face à une série d’épreuves devant laquelle ils réagiront très différemment. La force brute et l’impulsivité contre la réflexion et l’intelligence des situations !  Ces épreuves nous permettront donc de découvrir les forces et faiblesses de chacun ainsi que quelques bribes de leur passé…

En plus des tensions entre les personnages qui apportent pas mal de piment au récit, j’ai apprécié cette plongée sur une planète mystérieuse qui recèle bien des surprises et des questions. Qui est derrière cette série de tests qui nous donne l’impression d’assister à une émission de télé-réalité version survie dans l’espace ? Qu’attend-on réellement de notre duo pas vraiment complémentaire ? Comment vont s’en sortir nos explorateurs et surtout s’en sortiront-ils vivants ? Tout autant d’interrogations qui facilitent l’empathie avec les personnages et nous donnent envie de tourner les pages afin de découvrir le fin mot de cette étrange aventure.

De la même manière, si j’aurais souhaité en apprendre plus sur les différentes espèces rencontrées tout au long du récit, force est de constater que l’auteur stimule avec aisance notre imagination grâce à une galerie d’êtres aux formes et aux capacités diverses et variées.  Quant à la chute, je l’ai trouvée plutôt savoureuse et inattendue. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que je serais ravie de lire une nouvelle, voire un roman, sur l’après….

En conclusion, entre illusions et faux-semblants, l’auteur nous offre une nouvelle emplie de tension qui repose autant sur des protagonistes que tout oppose que sur un suspense savamment distillé qui saura tenir en haleine les lecteurs !

Vous pouvez télécharger gratuitement la nouvelle sur Kobo ou sur Amazon.

Je ne suis pas une légende, Catherine Dufour

Je ne suis pas une légende

Pour inaugurer le Challenge The Maki Project, j’ai choisi une nouvelle de Catherine Dufour publié précédemment dans le recueil L’accroissement mathématique du plaisir : Je ne suis pas une légende.

À l’époque où Malo rencontra son premier vampire, il frôlait la dépression. Après deux ans de bons et loyaux services en tant que Life Time Value Manager chez Johnson & Johnson, une persistante absence de cravate doublée d’une regrettable propension à quitter le bureau en sifflotant sitôt son travail bouclé lui avait valu une mise au placard définitive. Dans les premières semaines de sa relégation, il essaya d’inverser la vapeur : il mit une cravate noire imprimée de petits ours rouges et passa de longues heures supplémentaires près de la machine à café. Peine perdue Il était trop tard. Beaucoup trop tard.

AVIS

C’est la référence au roman Je suis une légende de Richard Matheson qui a tout de suite attiré mon attention. Si je ne l’ai pas lu, j’avais apprécié son adaptation cinématographique bien qu’il me semble que cette dernière ait pris quelques libertés avec l’œuvre originale…

Tout au long de la nouvelle, l’autrice fait preuve d’un cynisme et d’un humour féroce, voire mordant, qui m’a bien plu. Elle pointe avec un certain talent les tares de nos sociétés capitalistes avec ces grands groupes historiques bercés par la valse ininterrompue des changements plus ou moins absurdes, mais qui ont au moins le mérite de leur donner l’impression d’être dans le mouvement…

Un mouvement que notre héros, Malo, a bien du mal à suivre. En ne jouant pas la comédie du parfait employé selon les critères de son employeur, le voilà placardé… Une aubaine selon ses amis (à lui la piscine en pleine journée), le début de la déprime pour lui ! Il saura néanmoins rebondir en utilisant les outils de la disgrâce mis à sa disposition par son employeur. Une capacité de rebond qui ne sera guère appréciée par ledit employeur qui espérait une lettre de démission et non pas un salarié ragaillardi par sa nouvelle réussite professionnelle aux frais de l’entreprise…

Mais les affres de la vie professionnelle ne sont finalement rien eu égard à l’épidémie de vampirisme qui frappe de plein fouet le pays… Nous suivons alors notre protagoniste dans sa lutte pour la survie dans un monde dominé par les vampires. La disparition de l’humanité se fait progressivement, sans révolte, sans tentative d’arrêter l’épidémie, les individus ressemblant à de gentils moutons conduits sans embûche à l’abattoir.

Seul Malo semble conscient de la situation sans pour autant pouvoir y faire grand-chose. Seul contre tous, que peut-il de toute manière faire si ce n’est s’arranger pour survivre et ne pas se transformer en réservoir à hémoglobine… C’est que le sang frais se fait rare ! Il est assez déstabilisant de constater que ce monde dont l’absurdité nous frappe de plein fouet ne semble pas perturber outre mesure notre protagoniste qui s’adapte avec une certaine facilité à la situation. Enfin au début parce la solitude et la folie finissent par le rattraper jusqu’à cette fin abrupte dont j’ai aimé le côté assez désabusé… 

Si l’écriture est très agréable, les critiques sous-jacentes non dénuées d’intérêt et le ton féroce à souhait, il m’a manqué un petit truc pour être totalement conquise.  À cela s’ajoute un passage court, mais particulièrement malsain, qui a joué sur mon appréciation globale. Un peu trop glauque pour moi…

En résumé, voici une nouvelle bien écrite qui se lit toute seule et qui a le mérite de nous pousser à nous interroger sur notre monde qui n’a pas attendu d’être vampirisé pour être bestial… Vampire ou humain, cela change-t-il finalement quelque chose à la marche du monde et de son économie ?

Pour télécharger gratuitement la nouvelle, ça se passe sur le site de la maison d’édition Le Bélial’, sur Kobo ou Amazon.

Souffle Celte, Alvyane Kermoal

Je remercie Alvyane Kermoal pour m’avoir permis de découvrir son recueil de nouvelles, Souffle Celte.

PRÉSENTATION AUTEURE

Il existe des lieux qui parlent à votre âme, qui vous offrent des histoires où se mêlent le passé et le présent. Alors vient l’idée de les écrire, au fur et à mesure qu’elles apparaissent. Des scènes de vie qui se mettent en place, crescendo… où peu à peu la magie s’installe. »Souffle celte » vous offre ce voyage au travers des chemins de Bretagne… entre réalité et rêves, parfois cauchemars, la vie, l’amour, la mort, la haine… des liens qui rendent la vie plus passionnante et précieuse. Des nouvelles qui parlent au cœur.

Auto-édition (2 mars 2019) – 103 pages – Broché (4,99) – Ebook (1,99€)

AVIS

Avec 15 nouvelles en cent pages, vous vous doutez que les récits sont courts, voire très courts, pour certains. Des nouvelles concises, un pléonasme probablement, mais j’ai pour ma part l’habitude de nouvelles plus longues. Ce point ne m’a pas dérangée trouvant même un certain charme à cette idée de déambuler rapidement d’une histoire à l’autre, mais je sais que cela pourra gêner certains lecteurs…

Au gré des pages, l’autrice nous offre une plongée dans cette Bretagne qui semble si chère à son cœur. Vous voyagerez et découvrirez, en parcourant des lieux qui existent, une terre aux mille facettes, entre légendes et traditions, entre rêves et réalité… Dans un souffle, la beauté viendra côtoyer le funeste, les souvenirs se teinter tour à tour de sang et de joie, l’espoir se confronter aux dangers d’une terre soumise aux caprices d’une nature fascinante et indomptée…

Un voyage entraînant et immersif sublimé par la plume poétique et imagée de l’autrice qui invite à l’évasion et à l’abandon. Et pour ceux qui aimeraient en apprendre plus sur ce joli recueil, je vous propose un bref avis pour chacune des nouvelles :

  • Breizh, ma bro : une très touchante et poétique déclaration d’amour à cette Bretagne multiple, accueillante, fascinante avec ses légendes, ses zones d’ombre et de lumière qui sait s’immiscer dans le cœur de ses habitants et de ses visiteurs.

Coeur, Herzchen, L'Amour, Romance

  • L’expatrié : une certaine nostalgie se dégage de ce texte abordant le thème du déracinement, du temps qui passe et qui apporte son lot de changements parfois synonyme de perte de sens, de racines et de repères. Mais un regard dans les yeux de sa fille suffit à notre narrateur pour regagner ce souffle de vie qui le pousse à vouloir regagner les terres qu’il apprécie tant avant de leur redonner leur âme et offrir à son enfant une précieuse denrée, des racines.

Arbre, Root, Forest, Impressionnant

  • La galette de blé noir : très proche de ma grand-mère, j’ai été particulièrement touchée par cette séance de cuisine entre une grand-mère et sa petite-fille en pleine préparation de galettes, un moment important qu’il convient de faire dans les règles de l’art. Au passage, les gourmands devraient être ravis de découvrir les différences entre les crêpes et les galettes !
  • Le Kig-ha-Farz : à travers ce titre énigmatique, l’autrice nous propose un nouveau voyage dans l’antre de la très riche et généreuse cuisine bretonne vecteur de gourmandise, mais aussi de partage et de beaux moments de rires et de joie.
  • L’indomptable : entre amour et défiance, entre provocation et respect, notre indomptable jeune Bretonne prend de la hauteur pour affronter  la nature et la prier de ne point lui ravir l’être aimé. On sent toute l’ambiguïté qui peut exister entre des personnes aimant cette nature dans laquelle elles puisent leur force, mais dont elles redoutent également les colères.

Jeune Fille, Femme, Côte, Rive, Falaises

  • La Terre-Neuva : une autre nouvelle qui nous montre que l’homme n’est que peu de chose face au déchaînement de la nature comme l’en atteste la confrontation de notre marin avec la mer, une maîtresse parfois généreuse, parfois cruelle et implacable.

Bateau, Détresse, Mer, Vague, Transférer

  • Le lien :  après le funeste, l’autrice nous plonge dans le beau et le romantique avec une jeune femme guettant le retour de son mari, un capitaine qu’elle espère retrouver sain et sauf malgré les combats et les batailles qu’il n’a pas dû manquer d’affronter… Cette touchante histoire d’amour nous montre la force du lien qui peut exister entre deux êtres unis malgré les périodes de séparation. La fin nous offre, quant à elle, un très beau moment de douceur.

Corde, Noeud, Attaché, Twisted, Bateau

  • Le peintre d’azur : ou comment un peintre anonyme arrive à saisir l’instant présent, à capter et capturer une atmosphère, la beauté d’un décor, d’un moment, d’un endroit et de sa nature… Une jolie immersion au pays de la création qui sublime et illumine l’existant.

Peinture, Peinture D'Homme, Peintre

  • La petite flamme de Locronan : une sympathique tranche de vie durant laquelle une fillette en vacances avec les siens va assouvir sa gourmandise, sa curiosité et faire une étrange rencontre qui rendra ce séjour en famille, qu’elle craignait ennuyant, palpitant ! Pour ma part, je rêverais de visiter la Librairie Celtique mentionnée, et peut-être, à mon tour,  découvrir que l’imagination a parfois une part de réalité.
  • Les amoureux de Belle-Ile : à huit ans, l’amitié est facile et ne dépend que d’une barre de chocolat… Mais plus que la complicité touchante qui unit nos deux jeunes protagonistes, c’est bien les légendes et l’aura de magie et de mystère qui entourent l’île qui devraient séduire les lecteurs.

Coucher De Soleil, Mariage, Mariée

  • Les amants de Sainte-Barbe : je resterai volontairement vague vous laissant le plaisir de la découverte, mais je peux néanmoins vous dire que passé et présent s’appellent, se mêlent et s’entremêlent dans un murmure de désir et de passion.
  • Souffle de la mort : c’est probablement la nouvelle qui m’a le plus surprise ne m’attendant pas à la tournure prise par les événements, l’autrice nous plongeant dans un passé fait de sang, de larmes, de morts et de vengeance. Mais c’est aussi l’identité de la protagoniste qui apporte le sel du récit, condensé de ces scènes de guerre qui furent l’apanage de nos ancêtres et que la mémoire collective porte en elle.

Fantaisie, Pierre Tombale, Creepy

  • L’ovate et le chirurgien : l’autrice nous propose un dialogue entre deux figures historiques qui, les chanceuses, devraient avoir l’éternité pour l’alimenter. Empreints de vérité et de réflexions non dénuées d’intérêt, ces échanges ne manquent ni de mordant ni de piquant !
  • La photo cornée : en découvrant, par une journée maussade, une vieille boîte, des enfants offrent à leurs grands-parents un très joli et émouvant voyage dans le passé. Beaucoup de tendresse et d’émotions dans cette histoire qui illustre le parfait exemple du véritable amour.

Photo, Album, Photographe, Vieux, Photos

  • Hommage : difficile de ne pas percevoir derrière les mots et les émotions de l’autrice, l’être exceptionnel et de conviction auquel s’adresse ce bel hommage tout en délicatesse et émotions. Pour ma part, j’ai été touchée par le début du texte qui m’a rappelé mon grand-père paternel dont je n’ai jamais su surmonter le départ :

Il existe des hommes qui vous marquent à jamais. Des êtres à l’humanité profonde qui par leurs actes deviennent figure de proue. Ce sont parfois des âmes discrètes, à l’écoute facile, ou des esprits libres, qui mettent en avant leur valeur et amour des autres.

En conclusion, vie, mort, amour, vengeance, mythes et légendes vous attendent dans ce recueil empli de poésie et porté par l’écriture tout en finesse et délicatesse de l’autrice.

Alvyane Kermoal, auteure

Site de l’autriceLien d’achat

Des nouvelles du métro, Jacques Villiers

Je remercie les éditons B&O de m’avoir invitée à découvrir Des nouvelles du métro de Jacques Villiers.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un projet de recueil de nouvelles fantastiques où les bateaux ont leur cap, les rues ont leur histoire et les rats payent leur loyer.Les mots ont une adresse, la maladie un plan de carrière, l’argent est gréviste , le temps en crise d’ado et l’Infini têtu.

Voilà le nouveau concept de ce livre :
Réfléchir et se divertir plutôt que perdre son temps dans le métro ou les transports, c’est l’objectif qu’a ce livre.

Le soleil ne se couche jamais au pays Imagination .

AVIS

Je ressors charmée de ce petit recueil de nouvelles que j’ai dévoré d’une traite.

L’auteur joue sur les formes et les mots : nouvelles poétiques aux allures de slam, témoignages rapides, mais toujours empreints d’humour, une photo, des dialogues vifs, percutants et amusants dans lesquels, entre autres, la raison combat la pensée, et les rats fomentent une révolte. Il y a un dialogue que j’ai d’ailleurs particulièrement apprécié. Surréaliste, il se déroule dans les latrines de l’Olympe assiégées par un Chronos en pleine crise d’adolescence ! Il fallait y penser et surtout oser, mais je suis contente que l’auteur ait fait preuve d’une telle audace ayant trouvé son texte fort amusant et divertissant.

L’émotion est également au rendez-vous au détour des lignes couchées intelligemment et avec grâce sur le papier. J’ai été, par exemple, attendrie par les conseils d’un père à ses enfants ou amusée par un prématuré, devenu grand, regrettant son paradis perdu et l’attention démesurée dont il avait, par le passé, pu bénéficier.

Mais j’ai surtout été étonnée de la facilité avec laquelle l’auteur a réussi à me faire ressentir de l’attachement envers une rue ! Il donne ainsi la parole à une rue qui nous explique brièvement son évolution à travers le temps, partage ses fiertés et ses peines, s’émeut devant la tristesse de ses passants chouchous, râle face aux incivilités, se regorge de sa prestance qui n’a rien à envier aux rues des beaux quartiers… Bref, elle vit comme vous et moi ! Qui aurait pu se douter qu’une rue pouvait cacher autant de sensibilité et d’humanité ?

Les nouvelles sont très courtes, mais n’en demeurent pas moins agréables à parcourir d’autant qu’elles sont variées autant sur le fond que la forme. De Paris à Venise en passant par les États-Unis, attendez-vous donc à voyager, à sourire et à découvrir un panel varié de personnages, d’une rue à des rats en passant par une légende dont on assiste à la construction.

En bref, voici un agréable petit recueil de nouvelles protéiformes à emporter dans son sac partout avec soi. Il se lit rapidement, mais la prose de l’auteur est assez agréable pour donner envie de le relire entre deux arrêts de métro, de tram ou de bus. Une petite pause hors du temps, contre la grisaille et les visages fermés, à offrir et à s’offrir !

Retrouvez le livre sur Amazon.

Mini-chroniques en pagaille #16

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps de chroniquer de manière plus classique.


Les trois petits ouvrages présentés dans cet article sont proposés gratuitement (cliquez sur les titres pour les télécharger).

Couverture Teddy The Squirrel Becomes a Pilot
Teddy est un écureuil qui ne s’intéresse pas vraiment aux noisettes ni à l’idée de faire des provisions pour l’hiver. Lui, c’est plutôt un doux rêveur qui s’imagine volontiers en pilote d’avion. Un rêve inattendu pour un écureuil qui ne manque pas de personnalité !

Mais ce qui aurait pu rester une douce lubie va devenir une réalité quand l’avion télécommandé d’enfants jouant dans le parc s’écrase entre les branches d’un arbre….

Voici un mignon petit livre sur le courage et la force des rêves qu’il ne faut jamais abandonner ! Très courte et très accessible au niveau de la langue, l’histoire de cet écureuil et de son frère est parfaite pour une première lecture en anglais. Elle pourrait également séduire les adultes avec une âme d’enfant souhaitant se replonger en douceur dans la langue de Shakespeare.

Le très insolent Harry Watson est surpris à l’annonce du challenge organisé par sa professeure d’économie ménagère : choisir une boîte mystère et utiliser une partie de ses ingrédients dans une recette ! Les fans de MasterChef et autres émissions du genre de sa classe sont ravis, lui beaucoup moins. Mais comme il nous semble un peu râleur cet élève, rien d’étonnant à sa réaction.

La suite des événements, quant à elle, est beaucoup plus inattendue, Harry n’étant pas au bout de ses surprises. Je n’en dirai pas plus sur ce point puisque tout le charme du roman réside dans l’imagination fertile de l’autrice. Il se dégage d’ailleurs un petit air d’Alice au pays des merveilles dans ce récit qui tend quelque peu vers l’absurde, les élèves se comportant de manière plutôt étrange face à une situation qui n’a rien de normale ! Mais je vous rassure, le livre, très accessible, n’est pas aussi déroutant que peut l’être l’œuvre de Carroll Lewis.

Voici une petite histoire sympathique qui devrait vous surprendre et à l’issue de laquelle, vous ne devriez plus cuisiner de la même manière.

Adorant les histoires de sorcières depuis que je suis enfant, le titre et l’image de ce chaudron en pleine ébullition m’ont tout de suite attirée. En aidant sa mère à débarrasser et nettoyer un placard, Tania trouve des livres qu’elle met à disposition de tous dans son club de lecture sauf un qu’elle s’empresse de dévorer. Elle y découvre alors le récit d’une jeune fille ayant décidé de lancer un mauvais sort à un autre enfant qui se montre méchant avec elle…

Pour rigoler et se venger, pour de faux, d’un garçon qui n’est pas sympathique avec elle, elle décide avec son amie Tanisha de lancer ce sort dont elles suivent scrupuleusement la recette. Si les poils de chat sont faciles à obtenir, d’autres ingrédients comme les cheveux de la future victime demandent un peu plus de travail et d’imagination… Mais les filles s’en sortent très bien ! Le sort lancé, elles passent à autre chose. Après tout, ce n’était qu’un jeu. Mais l’était-ce vraiment ? Certaines coïncidences commencent sérieusement à les faire douter…

Je ne vous dirai pas si le sort a véritablement fonctionné ou non, mais je peux néanmoins vous assurer que cette petite histoire très divertissante se lit toute seule d’autant qu’elle est agrémentée de quelques petits illustrations ce qui facilite l’immersion même pour les jeunes lecteurs. Ils devraient prendre beaucoup de plaisir à assister les deux fillettes dans la recherche des ingrédients, plus ou moins ragoûtants, et sourire devant certaines situations.

Quant à la fin, j’ai apprécié la manière dont l’autrice aborde la question des superstitions et de certains biais cognitifs. Cela manque peut-être un peu de subtilité pour des adultes, mais ses explications par l’exemple permettront aux enfants de s’approprier facilement des concepts pas toujours évidents à appréhender.

Légendes urbaines, Sébastien Gallois

Légendes Urbaines

Je remercie Évidence éditions pour m’avoir envoyé Légendes urbaines de Sébastien Gallois dans le cadre du Crazy Books Day qui a lieu le premier jeudi de chaque mois.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Il y a des personnes que vous pouvez croiser dans une rue sans leur accorder la moindre attention. Des gens dont l’histoire ne fera jamais les gros titres, dont les drames ne seront connus que de quelques personnes pour être vite oubliés. Après tout, qui s’intéresse aux souffrances que peut causer une femme éprise d’amour et de liberté, aux enquêtes menées par un flic retraité…

Évidence éditions – Collection Clair-Obscur – 198 pages
Broché (12,99€) – Ebook (5.99€)

AVIS

Visages et silhouettes anonymes dans une rue à l’atmosphère violacée… cette magnifique couverture a tout de suite attiré mon attention et donné envie de m’intéresser à ces Légendes urbaines.

Sébastien Gallois nous propose ici trois nouvelles très différentes les unes des autres, mais toutes très marquantes. Avant de vous parler plus en détail de chacune d’entre elles, je tenais à mettre en avant l’atout charme de ce livre : la plume de l’auteur. Poétique, fine et élégante, elle permet de ressentir pleinement l’intensité qui se dégage des différents récits qui, comme vous le verrez, devraient vous faire vivre de multiples émotions.

  • La symphonie de la tempête

Une jeune musicienne qui doit étudier et travailler en attendant de pouvoir vivre pleinement son rêve, un jeune homme qui lui aussi a un projet artistique, une rencontre, une union… et la désillusion.

J’avoue que cette nouvelle m’a quelque peu déroutée ne sachant pas exactement où voulait en venir l’auteur. S’agissait-il simplement du récit d’une relation amoureuse commencée sur un rêve et terminée par un cauchemar, celui d’une vengeance, une histoire destinée à prôner la poursuite de ses rêves et aspirations profondes quelles qu’en soient les conséquences ? La fin grandiose et très théâtrale, qui m’a d’ailleurs complètement surprise, pourrait faire pencher la balance pour l’une de ces hypothèses… Mais peu importe, le plus important étant, à mon sens, que l’auteur a réussi à offrir une histoire courte et intense dans laquelle on se plonge sans réserve et avec curiosité.

Au fil des pages, on suit le schéma classique d’une relation qui part en déliquescence sans pouvoir s’empêcher de ressentir agacement, peine et indulgence. Et de l’agacement, j’en ai eu face à une femme égocentrique qui tend à rejeter tout son malheur sur la société et son mari sans se questionner sur ses propres choix et actions. Quelle femme horripilante ! Elle dégage pourtant de la beauté par son amour pour la liberté, la musique et l’art. Il est juste dommage que sa passion annihile, paradoxalement, toute trace d’humanité et d’empathie chez elle… Brillante musicienne et compositrice, elle est donc le parfait exemple de ces personnes dont on admire le travail, mais dont on ne supporte pas la personnalité.

Cette nouvelle m’a fait ressentir des émotions plutôt intenses, et m’a conquise par les différentes réflexions qu’elle induit sur le processus créatif, l’importance de vivre l’instant présent, la portée de ses rêves et de ses ambitions, l’amour et la haine, et la tempête intérieure que de tels sentiments peuvent provoquer en chacun d’entre nous pour le meilleur et pour le pire…

Music, Heart, Love Of Music, Clef

  • Sa dernière enquête

Cette nouvelle a été un coup de cœur ! Je vais d’ailleurs avoir du mal à vous dire pourquoi je l’ai tant appréciée sans partir dans tous les sens…

Il y a d’abord ce titre dont le côté dramatique a titillé ma curiosité dès le début de ma lecture introduisant d’emblée un certain suspense. Mais ce que j’ai le plus apprécié est sans aucun doute le protagoniste, un sexagénaire appartenant à un groupe de « super-héros », que j’ai trouvé particulièrement bien construit, attachant et touchant. Lasse de ces coéquipiers masqués plus intéressés par les réunions et les vues sur YouTube que par l’action, il va se lancer en solitaire dans des opérations dont on peut questionner la pertinence d’autant qu’elles le mettront dans une situation délicate… On suit avec plaisir et une certaine angoisse cet homme qui, depuis son départ à la retraite, cherche à continuer à aider la justice et à retrouver un rôle actif dans la société.

Au-delà de cette histoire captivante, l’auteur aborde avec beaucoup de justesse et sans lourdeur différents thèmes : la course à la notoriété sur des réseaux tels que YouTube, le thème du terrorisme et de la place des réseaux sociaux dans son expansion, la morale et la justice… et la notion de super-héros.

Un super-héros doit-il porter une cape et avoir des super-pouvoirs pour changer le monde ? Ou chacun peut-il devenir un super-héros du quotidien contribuant, par des actions individuelles et petits gestes, à améliorer la société ? Une question que je trouve intéressante d’autant qu’elle traduit une tendance que l’on constate parfois sur les réseaux sociaux : des gens qui se mobilisent derrière leur écran, mais qui ne traduisent pas forcément leurs revendications par une action concrète…

Quant à la fin, elle m’a, comme pour la nouvelle précédente, prise de court, mais je l’ai  trouvée très belle et pleine de sensibilité.

Superhero, Shirt, Tearing, Superman, Everyday Life

  • Ils sont jugés. Ils sont châtiés.

Sébastien Gallois termine son recueil avec une histoire sombre et dérangeante à souhait ! Anne, étudiante en prépa à Lyon, vit un événement traumatisant qui ne la laissera pas indemne. Blessée et déboussolée, elle rencontrera un énigmatique personnage qui lui montrera la possibilité d’une nouvelle vie, une vie guidée par un sens particulier de la justice. La jeune femme prendra alors une décision qui ne souffre d’aucun retour en arrière…

Je préfère rester vague quant à ce récit bouleversant qui ne pourra que susciter en vous une avalanche d’émotions plutôt fortes et parfois contradictoires. Il faut dire que l’auteur, à travers un drame réaliste, soulève un certain nombre de questions quasi philosophiques sur des notions complexes telles que la morale, la loi, la justice… Jusqu’où peut-on aller pour punir un criminel sans perdre soi-même son humanité ? La loi du talion est-elle vraiment le seul moyen pour « venger » une victime ou du moins, lui rendre justice ?

Restant parfois interloquée voire dégoûtée face à certaines décisions de justice, j’ai réussi, sans l’accepter, à comprendre la logique développée par ce personnage aux allures d’ange vengeur qui fascine autant qu’il horrifie. Une antithèse de super-héros à moins que ce soit une version de super-héros dépouillée de toute humanité…

L’ambiance noire et étouffante qui se dégage de ce récit ne plaira pas à tout le monde, mais l’auteur nous prouve ici qu’il arrive avec brio à pousser les lecteurs dans leurs retranchements. J’ai d’ailleurs retrouvé, dans une certaine mesure, la même impression de noirceur qui colle à la peau que dans certains thrillers très sombres.

Lawyer, Scales Of Justice, Judge, Justice, Court


En conclusion, sans jamais tomber dans la facilité, Sébastien Gallois arrive à surprendre par des récits forts qui suscitent émotions et réflexions, et des fins inattendues. Qu’il explore les tourments d’une artiste, ceux d’un retraité ou d’une étudiante victime d’un acte barbare, il le fait avec beaucoup d’intensité, de finesse et une certaine poésie.  Amour, haine, rêve, vengeance… sont au programme d’un ouvrage qui ne devrait laisser aucun lecteur indifférent.

Découvrez le livre sur la boutique en ligne d’Évidence éditions.

Dans un battement d’ailes, Amélia Varin

PRÉSENTATION AUTEURE

« Le vent souffle, emportant les feuilles mortes. Posé sur le rebord de la fenêtre, l’oiseau prend son envol. J’aimerais tellement le suivre. Planer vers la liberté. »

Même lorsqu’on souffre, qu’on pense qu’il n’existe qu’une seule échappatoire, une petite lueur apparaît. Inattendue. Et doucement, le sourire revient. Tellement beau, tellement vrai. Et c’est en déployant ses ailes, que l’on s’envole vers de nouveaux horizons…

  • Prix : 0.99€

AVIS

Amélia, c’est la super chroniqueuse du blog Les histoires d’Amélia Culture Geek et accessoirement la co-organisatrice du Prix des auteurs inconnus, mais c’est aussi une autrice à la plume poétique qui m’étonnera toujours par sa capacité à mettre des mots sur ses maux. C’est donc avec plaisir que j’ai accepté de lire sa dernière nouvelle, Dans un battement d’ailes.

Dans cette histoire, il est question de violence morale et physique, mais aussi d’espoir. Et à ce titre, le récit de cette lycéenne harcelée moralement par ses « camarades » et maltraitée physiquement par un ancien ami ne pourra que provoquer en vous de multiples émotions : peine, colère, révolte, inconfort… et enfin, apaisement et espoir. En d’autres termes, cette histoire remue, dérange, nous pousse à essayer de comprendre ce jeune homme qui reproduit un schéma familial délétère, et à tenter d’imaginer ce qui peut pousser des lycéens lambdas à se faire complices de ce déferlement de haine voire à l’entretenir.

Et puis, il y a Élaé, victime silencieuse, qui ne partage sa douleur avec personne et qui affronte son calvaire quotidien dans une résignation qui donne envie autant de pleurer à ses côtés que de la prendre par les bras et de lui dire, STOP. Cela ne peut plus durer, il te faut réagir, arrêter de protéger ta mère et lui en parler, alerter le corps enseignant… Chaque coup rapproche la jeune fille d’un point de non-retour, d’une implosion interne qui nous fait trembler pour elle d’autant qu’Amélia instaure le doute, la peur, par la présence d’un compte à rebours à l’allure menaçante. Élaé est un personnage de fiction, mais j’ai eu mal et j’ai tremblé pour elle, peut-être parce que d’une certaine manière, elle symbole toutes ces victimes silencieuses de harcèlement…

Le texte est dur, mais j’ai aimé la fin qui, à mon sens, apporte une vraie leçon de vie sur le fait qu’il suffit souvent d’une main tendue pour que la vie prenne une nouvelle direction… Et cette main tendue sera tout ce dont avait besoin Élaé pour enfin retrouver une vie dénuée des brimades de ses « camarades » et de la violence physique d’un ancien ami. Cette main tendue ce n’est pas la solution à tous les problèmes de la lycéenne, mais c’est la preuve qu’elle mérite que quelqu’un lui vienne en aide sans rien attendre en retour.

Cette prise en considération de sa personne, qui ne passe pas par des coups au corps et à l’âme, marquera alors le premier pas d’une nouvelle vie qui ne sera plus synonyme de peur et de souffrance. Une jolie conclusion qui devrait donner espoir aux personnes qui sont victimes de harcèlement scolaire et qui devrait faire réfléchir les personnes qui en sont témoins…

Il y a néanmoins un point qui m’a dérangée, mais c’est peut-être dû à ma manie de toujours tout analyser. Élaé est une victime de harcèlement certes, mais elle en retire quelque chose même si c’est de manière inconsciente : l’impression de venir en aide à son ancien ami en lui servant de défouloir et en lui permettant d’extérioriser physiquement la colère et la violence qui le rongent. L’abandon de son corps à son bourreau ressemble à un moyen pour Élaé d’avoir une utilité et de donner un sens à tout ce qu’elle vit. Or, se laisser frapper, ce n’est pas et ce ne sera jamais un moyen d’aider une personne même si celle-ci est également victime de violence…

À travers sa nouvelle, que ce soit volontaire ou non, Amélia aborde donc le harcèlement scolaire, mais aussi la permutation des rôles entre victime et bourreau, et la tendance naturelle des humains à entrer dans un triangle dramatique schématisé par Karpman.

Résultat de recherche d'images pour "analyse transactionnel et triangle de karpman"Je ne suis pas psychologue ni psychiatre, je ne développerai donc pas ce point, mais à mon sens, Élaé s’est positionnée inconsciemment dans le rôle de la sauveuse avant d’endosser celui de victime. Quant à son ancien ami, il est passé de victime à bourreau/persécuteur. Un schéma dramatique qui sera fort heureusement cassé en fin d’ouvrage par une main tendue, car si une main tendue est toujours salutaire, jouer le rôle de sauveur ne fera que relancer une machine infernale dont personne ne peut ressortir gagnant.

En conclusion, je ne peux que vous conseiller de lire cette nouvelle dans laquelle Amélia Varin a réussi à aborder un thème difficile, le harcèlement scolaire, de manière très belle et poétique. C’est dur, c’est poignant, mais c’est aussi plein d’espoir comme peut l’être la vie !

Et vous, envie de découvrir Dans un battement d’ailes ?