Bilan du Pumpkin Autumn Challenge 2021 #PAC


Halloween, Citrouille

Le Pumpkin Autumn Challenge arrivant à sa fin, je vous propose un petit bilan ou plutôt un gros bilan, parce que je n’avais pas réalisé à quel point j’ai lu ces trois derniers mois ! Certains menus et sous-menus sont plus représentés que d’autres, mais j’ai réussi à tous les valider

Au total, j’ai donc lu 82 livres dont des romans, un artbook, des BD, des mangas, un livre humoristique illustré, des albums jeunesse et un recueil de nouvelles. Malgré quelques déceptions, j’ai globalement apprécié mes lectures et ai fait de très belles découvertes !

AUTOMNE FRISSONNANT

  • Gare, Gare à la main de gloire : voleur, thriller, policier, superstition, horreur, épouvante

Couverture DévotionCouverture Stillhouse Lake, tome 3 : L'ombre du crépusculeCouverture Et vous êtes prié d'assister au meurtre de...

Couverture Le désosseur de LiverpoolL'île aux mensonges par HardingeCouverture Les Détectives, tome 2 : L'Affaire du mystérieux M. Jekyll

Couverture Le Manoir Sheridan, tome 1 : La Porte de GéhenneCouverture Mercy (BD), tome 3 : La mine, nos souvenirs et la mortalitéCouverture Black Butler, tome 30

Couverture Moriarty, tome 11

  • Double, double, toil and trouble : sorcière, pièce de théâtre, prophétie, tragédie

Couverture Magic, tome 1 : La fillette aux cheveux violetsCouverture Witch and God, tome 1 : Ella la promiseCouverture Grimoire noir

Couverture Les échos du temps, tome 1 : AutomneCouverture Les sortilèges de Zora, tome 1 : Une sorcière au collège

  • Le folklore de Chipenden : créatures surnaturelles, fantastique, obscure, fantasy

Couverture Black Blade, tome 1 :  Froid brûlantCouverture Wolf Girl, tome 1

Couverture Super Madrona, tome 1 : Des emmerdes jusqu'au couCouverture Le dit de Wolveric, tome 1 : Les portes de LlyrCouverture Sous le regard de Laria

Couverture The Bargainer, book 2: A Strange HymnCouverture Blood song, tome 1 : La voix du sangChasseuse de vampires, tome 1 : Le sang des anges par Singh

Couverture Daisy ThresholdCouverture Qu'ils y restentCouverture Les papillons géomètres

Couverture Loren Ascott, tome 1 : Esprits enchaînés / Le secret des Morriganes / Gardien EnchaînéCouverture L'Épouvanteur, tome 01 : L'Apprenti épouvanteurCouverture Hématite, tome 1 : Sérénade

Couverture Les Chroniques d'Azfaréo, tome 1Couverture Les Chroniques d'Azfaréo, tome 2

Couverture D'os et de chair

AUTOMNE DOUCEUR DE VIVRE

  • It’s just a bunch of Hocus Pocus : Halloween, Samhain, automne

Couverture Le costume secret d'HalloweenCouverture Les fantômes zen

  • Eh Jiji, tu ne trouves pas que ça sent drôlement bon à la gütiokipänja ? : parcours initiatique, jeunesse, famille, nourriture

Couverture Amari et le Bureau des affaires surnaturellesCouverture Lalie, tome 1 : Le monde caché de NaturiaCouverture Merlin et son chat

Couverture L'île de grand-père Couverture La mémoire envoléeCouverture Les cousines vampires

Couverture Mélo-Méli chez Alexander FlemingCouverture Mélo-Méli chez Marie Curie

  • Il suffit de se souvenir de rallumer la lumière : feel good, santé mentale, émotions

Couverture La lady au parapluie noir

Couverture InvisibleCouverture Les fleurs de grand frèreCouverture Mon arbre

  • J’ai un dragon et j’hésiterai pas à faire feu : humour, illustré, anthropomorphisme, animaux

Couverture CrictorCouverture Un petit besoin urgent !Couverture Tout seul ?

Couverture La baleine bibliothèqueCouverture Séverin Blaireau, tome 1 : Mémoire de PiratePauvre petit chat par Van Zeveren

Couverture Astérix, tome 39 : Astérix et le Griffon

La vache bizarre par Panafieu

AUTOMNE ENCHANTEUR

  • « La lunette de pierre, c’est extra ! Quand on veut voir ce qui ne se voit pas » : petit peuple, féérie, nature, nature writing

Couverture Un grain de magieCouverture The elf and the hunter, tome 1Couverture Une histoire de voleurs et de trolls, tome 1 : Le monde dérivant

  • Nom d’une dune : écologie, anticipation, science-fiction, post-apocalyptique

Couverture La dernière prédictionCouverture RobulesCouverture Les âges perdus, tome 1 : Le fort des Landes

Couverture The book of Ivy, tome 1Couverture Les puissants, tome 1 : Esclaves

  • Princesse princesse : inclusivité, LGBTQI+, féminisme

Couverture Alter EgoCouverture Silencieuse(s)

AUTOMNE DES MYSTÈRES

  • Le destin perdu : temps, horloge, énigme, puzzle, historique, steampunk

Couverture Le retour de l'EcossaisCouverture Le requiem du roi des roses, tome 01

Couverture Ceux du Chambon : 1939-1944 Deux frères sauvés par les JustesCouverture Les demoiselles de Beckington, tome 1 : Les audaces de lady Honor

  • Les ruines de l’Atlantide : conte moral, philosophie, récit métaphorique, mythes et légendes

Couverture Apprendre à se noyerCouverture Extraordinaires enfants de l'écume des vents

  • En avant Yvette Tempête ! : aventure, archéologie, artefact, voyage

Couverture La baronne des glaces, tome 1 : La fin d'un mondeCouverture Le palais des mille vents, tome 1 : L'héritage des steppes

  • Cabinet de curiosité : arts, sciences, musée, singularité, étrangeté

Couverture Le portrait du lapin

Et vous, avez-vous participé à ce challenge ?
Quel est votre bilan ou votre plus belle lecture ?

Le dit de Wolveric, tome 1 : Les portes de Llyr, Denis Labbé

Couverture Le dit de Wolveric, tome 1 : Les portes de Llyr

Aux portes de Llyr, en paix depuis quatre siècles, une sombre menace gronde. Les forces de l’Autre Royaume s’amassent pour récupérer leurs territoires. Elles vont trouver sur leur route, Wolveric, un jeune soldat dont la mort ne veut pas. Flanqué d’un gigantesque Phooka qui l’a pris sous son aile, il deviendra l’instrument du destin.
Dans cette quête initiatique, il découvrira un monde d’une incroyable richesse, des êtres terrifiants chantés par les légendes et il se rendra compte que l’univers est bien plus complexe qu’il ne le pensait.

AVIS

Vous dire que je n’ai pas été d’emblée attirée par la couverture ne serait pas très crédible, mais c’est quand même bien le résumé qui m’a donné envie de me plonger dans ce roman de fantasy qui m’a permis de passer un bon et mouvementé moment de lecture.

Après une période de relative paix où les créatures de l’Autre Royaume se contentaient de hanter les légendes, contes et cauchemars, il semblerait qu’elles soient bien décidées à entrer en guerre contre l’Empire ! C’est dans ce contexte difficile qu’une mission de la plus haute importance pour l’avenir de l’Empire va être confiée à un duo inattendu : Wolveric, un jeune guerrier qui rêve de mourir, et le Tors, un Phooka qui a rejoint les rangs des humains. Si d’autres personnages vont intervenir durant cette aventure plutôt épique, j’avoue avoir été plus particulièrement intéressée par les péripéties traversées par ces deux personnages très différents l’un de l’autre, mais parfaitement complémentaires. Ils dégagent, en outre, chacun à leur manière, une certaine aura de mystère.

Wolveric parce qu’il est conscient de choses qu’un humain lambda ne remarquerait pas, et parce qu’il a noué bien malgré lui une relation particulière, entre défiance et respect, avec la Mort elle-même ! Une Mort personnifiée sous les traits d’un scribe, qui refuse d’accorder cette mort à laquelle le jeune guerrier aspire de toute son âme depuis la mort des siens. Mais rien d’étonnant à ce refus : plus on tourne les pages, plus on a le sentiment que ce jeune homme au destin contrarié possède quelque chose de spécial en lui, une différence qui semble attirer les problèmes et différentes créatures plus ou moins sympathiques. Quant à le Tors, il se plaît à entretenir un certain mystère sur sa personne et son passé, jusqu’à cacher son vrai nom. Au fil des péripéties et des révélations, les raisons d’un tel comportement quelque peu énigmatique se dévoilent heureusement à nous…

En plus du duo, j’ai beaucoup apprécié un Gobelin, un trublion qui apporte un peu de légèreté à une intrigue marquée par les attaques, les trahisons, les mensonges et les complots. Moi qui apprécie les complots, je me suis d’ailleurs régalée, rien n’étant ce qu’il paraît être dans ce roman où le danger se fait de plus en plus pesant et pernicieux, la politique se pare de ses plus noirs atouts, et la cupidité noircit les âmes. Ainsi, quand certains travaillent en secret pour accroître leurs richesses, quitte à trahir les leurs et à souscrire à de terribles alliances, un être malfaisant œuvre dans l’ombre pour asseoir son pouvoir et redessiner les frontières de l’Empire, mais également de l’Autre Royaume.

Les enjeux de ce premier tome se révèlent donc bien plus importants que ce que le début du roman laisse présager, un point qui rend d’ailleurs la lecture passionnante. Les scènes d’action, toujours savamment orchestrées sans jamais s’éterniser, insufflent également un certain dynamisme au récit. Et puis, même quand il n’y a pas d’action à proprement parler, les lecteurs, comme les personnages, n’ont d’autre choix que de rester sur le qui-vive afin d’anticiper la prochaine menace et sa nature. Si les dangers sont multiples et variés, l’auteur évite pourtant l’écueil du manichéisme.

Ainsi, contrairement à ce qu’on serait tenté de penser, il ne s’agit pas ici des victimes contre les attaquants, de l’Empire contre l’Autre Royaume, mais d’humains et de Sidhes manipulés pour mener une guerre. Les « gentils » et les « méchants » appartiennent aussi bien à un camp qu’à un autre, d’autant que les frontières entre les deux sont bien plus perméables qu’il n’y paraît. Alors on ne s’étonnera pas de voir travailler main dans la main un humain avec un Phooka et un Gobelin, afin non pas de faire triompher un camp sur un autre, mais tenter d’éloigner une guerre dont les tenants et les aboutissants nous semblent bien opaques. Il faut dire que les trahisons sont légion et qu’un être particulièrement retors semble à lui tout seul représenter le plus grand des dangers. D’ailleurs, son ombre planera sur une bonne partie du roman, s’insinuant dans l’esprit de chaque lecteur.

Au-delà des multiples complots et mensonges qui brouillent les cartes et apportent une dynamique intéressante, le roman peut s’appuyer sur un bestiaire divers et varié. Nous rencontrons ainsi tout un tas de créatures, certaines effrayantes, d’autres accueillantes, voire adorables comme les Verdiers, des créatures volantes de petite taille. Pour ma part, j’ai apprécié que l’auteur nous transporte dans un Autre Royaume pluriel qui tranche avec l’image réduite que les habitants de l’Empire en ont. Un Autre Royaume qui réservera également quelques surprises à Wolveric qui en découvrira les différentes strates… Sans entrer dans les détails pour vous laisser le plaisir de la découverte, celle de Songerêve m’a fascinée tout comme cette idée que des Sidhe puissent naître de songes !

En conclusion, d’une plume fluide et immersive, l’auteur nous immerge dans un univers au bord d’une guerre qui risque fort bien de redessiner les frontières entre l’Empire et l’Autre Royaume. Mais comme un jeune homme, qui se rêvait barde mais qui deviendra un féroce guerrier, le découvrira, la vraie guerre ne se joue pas forcément sur les champs de bataille… Entre une ombre menaçante et écrasante dont la présence se cache derrière bien des événements, une aura puissante de mystère, des mensonges, des trahisons, des complots, et une bonne dose de manipulation, Le dit de Wolveric nous offre une aventure de fantasy épique et rythmée qui poussera les héros et les lecteurs dans leurs retranchements !

Je remercie les éditions Rebelle de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Amari et le Bureau des affaires surnaturelles, B.B. Alston

 

Amari et le Bureau des affaires surnaturelles - kit presse

Amari Peters sait trois choses :
1. Son frère Quinton a disparu.
2. Personne ne semble s’en inquiéter.
3. La disparition de Quinton est liée à son travail.

Quand elle trouve dans le placard de son frère une invitation à se rendre au mystérieux Bureau des affaires surnaturelles, Amari n’hésite pas. Et voilà qu’elle est reçue par un ascenseur parlant et rencontre une dragon-garou qui devine ses émotions !
Dans l’espoir de retrouver Quinton, Amari accepte de travailler pour le Bureau, dont la mission est de réguler le monde surnaturel. Elle fait alors une découverte qui va bouleverser sa vie. Son frère était un célèbre agent chargé de traquer les magiciens, considérés comme les ennemis du Bureau. Désormais, c’est à la jeune fille de prendre la relève.

Bayard Jeunesse (22 septembre 2021) – 15,90€ – 528 pages
Traduction : Sidonie Van Den Dries

AVIS

Amari et le Bureau des affaires surnaturelles est le genre de livre écrit pour les enfants qui plaira également aux adolescents et aux adultes, par son originalité, ses thématiques sous-jacentes, ses petits airs de Men in Black, et sa jeune héroïne courageuse. Une héroïne qui leur rappellera la personne qu’ils ont probablement rêvé d’incarner dans leurs rêves d’enfants les plus fous.

Car avec ce roman, l’auteur s’adresse directement à l’imagination des lecteurs de tout âge, leur offrant une magnifique aventure empreinte d’amitié et d’humour et emplie de créatures diverses et variées. Vous pensiez votre voisine inoffensive, si ce n’est sa tendance à mettre son nez dans vos affaires ? Grave erreur, mes amis, c’est probablement une horrible sorcière au nez crochu, à moins que ce ne soit une fourmi géante à taille humaine ? Ainsi, les apparences sont bien souvent trompeuses comme le découvrira Amari, une jeune fille de 12 ans qui va être propulsée, de manière fort surprenante, dans un monde dont elle n’avait pas conscience de l’existence…

Néanmoins, déterminée à intégrer le Bureau des affaires surnaturelles afin de retrouver son frère Quinton disparu depuis six mois dans le cadre de ses fonctions d’agent du Bureau, Amari ne se laisse pas déstabiliser par ce monde surnaturel qui se dévoile à elle, ni par toutes les révélations sur son frère, qui lui avait caché tout un pan de sa vie. L’adolescente, propulsée dans un monde étrange et excitant à la fois, devra également affronter sa propre nature : elle se croyait banale, elle se découvrira magicienne, ce qui ne sera pas sans conséquence sur sa formation, les magiciens étant considérés comme de redoutables criminels à éliminer… Déjà victime de racisme et de harcèlement dans son école humaine, en raison de ses origines afro-américaines et de son milieu social, Amari est maintenant confrontée aux préjugés entourant les magiciens. Des préjugés qui rendent son intégration au sein du Bureau des affaires surnaturelles bien difficile, certains se faisant un plaisir de lui nuire, de se moquer d’elle, et de tenter de saboter ses efforts !

Elle pourra heureusement compter sur sa camarade de chambre Elsie, une dragonne-garou, avec laquelle elle nouera une sincère amitié, ainsi que sur Dylan, membre d’une célèbre famille et jumeau d’une véritable pimbêche ! Les trois se lanceront sur la piste de Quinton et de Maria, sœur de Dylan, mais surtout coéquipière de Quinton, les deux formant le très célèbre duo VanQuish. J’ai adoré suivre Amari dans son enquête d’autant que l’on sent à quel point retrouver son frère est important pour elle, les deux ayant toujours été très proches. Quelques révélations, dont l’une que je n’avais pas anticipée, devraient en outre vous surprendre, l’auteur jouant avec brio sur le jeu des apparences et des idées préconçues qui déforment le voile de la vérité…

Entre un puissant, énigmatique et dangereux ennemi, les faux-semblants, les mystères, les secrets, les préjugés et la méchanceté, sans oublier les dangers bien réels avec des attaques violentes de créatures cauchemardesques, les lecteurs et Amari n’ont pas le temps de s’ennuyer ! J’ai d’ailleurs apprécié que l’auteur ne ménage pas sa jeune héroïne, la mettant devant des situations difficiles et la poussant très régulièrement dans ses retranchements. Mais loin de se laisser décourager par les épreuves et cette haine qu’on lui témoigne, Amari nous prouve, page après page, son courage, son intelligence, sa débrouillardise, et son sens aigu de la famille, de l’amitié et de la justice. Elle fait également montre d’une certaine noblesse d’âme en ne cherchant pas à se venger des personnes qui la harcèlent quand ses pouvoirs, dont elle découvre progressivement l’étendue, le lui permettraient…. 

L’auteur a donc réalisé un très beau travail sur son héroïne qui se révèle forte, mais pas infaillible, qui derrière sa pugnacité, connaît parfois des périodes de doute, et qui affronte avec courage les préjugés tout en les surmontant grâce à sa bravoure et à ses actes. Une héroïne inspirante et attachante que l’on voit évoluer au fil de l’aventure et des dangers et qui gagne progressivement confiance en elle. Amari apprend également à se détacher de l’ombre d’un frère protecteur, mais parfois un peu étouffant par sa perfection, pour s’affirmer et prendre toute la mesure de son propre potentiel.

Les pages ont une légère tendance à se tourner toutes seules comme par magie, ce qui s’explique aussi bien par une intrigue menée tambour que par le style particulier de l’auteur. Ainsi, si certains éléments se révèlent assez classiques, B. B. Alston y ajoute sa touche personnelle, un mélange de fantaisie, de sensibilité, d’humour et de positivité, qui donne envie de se plonger corps et âme dans son imaginaire et son univers. Pour ma part, j’ai adoré m’approprier, aux côtés d’Amari, les codes de ce monde surnaturel caché au commun des mortels, arpenter le Bureau des affaires surnaturelles, en découvrir les différents départements, les spécialités de chacun, rencontrer différents personnages, certains franchement antipathiques, d’autres ouverts d’esprit, sympathiques et prêts à évoluer. En plus des humains, les différentes créatures qui peuplent le récit ne manquent pas non plus d’intérêt, même si ce sont les ascenseurs hauts en couleur que l’on rencontre au détour des pages qui ont eu ma préférence. Il faut dire qu’entre la reine des blagues et le roi des snobs pas si snob que cela, l’auteur a veillé à ce qu’on ne regarde plus jamais un ascenseur de la même façon ! 

En résumé, avec Amari et le Bureau des affaires surnaturelles, c’est tout un nouveau monde qui se dévoile à nous ! Un monde de dangers et de possibles, un monde unique, fascinant et merveilleux, laissant entrevoir de riches et mouvementées péripéties pour une jeune héroïne attachante et courageuse, qui offre un beau modèle de résilience aux personnes victimes de harcèlement, de préjugés et de racisme… Touchant, non dénué d’humour, rythmé, et empli de mystères et de créatures en tout genre, voici un roman qui ravira tous les lecteurs friands d’aventure et de surnaturel.


Je remercie Babelio et les éditions Bayard jeunesse pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis. Je remercie d’autant plus la maison d’édition qu’elle m’a fait la surprise d’un très sympathique kit presse comportant une bougie, un badge, un carnet et des lunettes 3D.

 

La baronne des glaces, tome 1 : La fin d’un monde, Nicole Vosseler

Couverture La baronne des glaces, tome 1 : La fin d'un monde

Russie, 1822. Katy et Gricha rêvent de parcourir le monde et de faire fortune. Avec l’aide de Thilo et Christian, ils ont une géniale idée : exporter la glace du Nord jusque dans les Tropiques. Mais leur entreprise sera semée d’embûches. Et quand l’amour s’en mêle…

De glace et de feu

Russie, 1822. Élevés dans la misère, Katya et son frère Gricha, orphelins de mère, rêvent tous deux d’une vie meilleure. A16 ans, Gricha rêve de faire fortune et de voit le monde. Il s’enfuit à Saint-Pétersbourg avec sa petite sœur âgée de 9 ans.
Pendant un voyage sur la mer Baltique jusqu’à Hambourg, ils font la connaissance de Thilo et Christian. Ensemble, ils décident de monter une société marchande, avec une idée aussi surprenante qu’audacieuse : exporter la glace du Nord vers les Tropiques.
Mais la voie du succès est semée de difficultés et d’incertitude… et les sentiments qui lient Katya à Christian, pourtant marié, menacent de précipiter la chute de ces jeunes  » barons des glaces « …

AVIS

Ayant adoré Le ciel de Darjeeling de Nicole Vosseler, j’étais impatiente de découvrir son nouveau roman à la couverture très hivernale. Il faut dire que les deux protagonistes, un frère et une sœur, ont longtemps côtoyé le froid, d’abord la Russie puis la Norvège, avant de se rendre dans des contrées un peu moins glaciales…

Gricha, treize ans, décide de prendre son destin en main et de quitter son village de Russie où il ne pouvait espérer qu’une dure vie de labeur au service d’un autre. Un destin qui ne convenait guère à un jeune adolescent que l’on sent déjà épris d’aventure et de liberté… Très attaché à sa petite sœur, Katya, il se promet de revenir la chercher, elle qui passe son temps à travailler très dur pour la maisonnée sans une once de reconnaissance paternelle ou de chaleur humaine…

Mais si Gricha est déterminé, sa sœur l’est tout autant et s’impose à lui, venant chambouler tous ses plans de fuite. Deux âmes en quête d’une nouvelle vie que le destin va porter vers différents vents, et qui vont être confrontées, au fil des années qui passent sans se ressembler, à un certain nombre de défis personnels, professionnels et sentimentaux. Les débuts seront difficiles, mais le frère et la sœur vont trouver refuge en Norvège, chez une veuve qui, petit à petit, va développer une certaine complicité avec Katya, alors que Gricha va et vient au gré de ses engagements sur une baleinière. Ambitieux, intelligents et débrouillards, le frère et la sœur développeront néanmoins d’autres ambitions. Des rêves d’ailleurs et d’accomplissement qui les porteront jusqu’à Hambourg, où ils s’associeront avec deux frères pour se lancer dans un commerce un peu fou : celui de la vente de glace !

Dès le début, j’ai été touchée par ce frère et cette sœur, seuls contre tous, contre une famille maltraitante, contre des conditions sociales qui les enferment plus sûrement que n’importe quelle porte de prison. À cela s’ajoute, pour Katya, sa condition de femme qui autorise n’importe quel homme à la commander, à la dénigrer ou à se considérer supérieur à elle… Katya n’est toutefois pas femme à se laisser maltraiter et elle nous prouvera à maintes reprises sa bravoure, son sens de l’initiative et son intelligence. C’est d’ailleurs elle qui, forte de sa relation particulière avec la glace, aura l’idée de se lancer dans son commerce.

J’ai trouvé toute la partie commerciale passionnante, Katya, Gricha, Thilo et Christian travaillant d’arrache-pied pour financer leur projet ambitieux et un peu fou, trouver un bateau, des débouchés commerciaux, tout en devant faire face à leurs sentiments parfois confus. Ce sera d’ailleurs mon seul bémol, cette sorte d’imbroglio amoureux qui m’a laissée sceptique, car soumis à des revirements tellement soudains et répétitifs qu’ils en paraissent quelque peu irréalistes. Il aurait fallu, du moins pour moi, soit ôter certaines interactions amoureuses soit, a minima, les développer pour en comprendre l’essence. À l’inverse, j’ai apprécié que l’autrice nous propose une certaine diversité dans l’orientation sexuelle de ses personnages, que ce soit avec Gricha qui aime les hommes et les femmes, sans que cela ne suscite de problème ou de jugement, ou avec un personnage qui apprend à accepter son attirance pour le même sexe…

Ce roman nous offre une grosse bouffée d’évasion, la dimension aventure étant très présente, mais il nous permet également de découvrir des personnages qui luttent avec acharnement pour se sortir de leurs conditions sociales. Car si Gricha et Katya ont fuit la pauvreté de leur Russie natale, Thilo et Christian tentent de faire fleurir le commerce familial dans une ville qui tente de se relever de l’occupation des Français, et des règles strictes imposées par Napoléon. Le contexte géographique, qui évolue au fil des péripéties, et historique se révèle donc passionnant, d’autant que le roman semble tiré d’une histoire vraie, celle d’une famille de commerçants.

Je serais ravie d’en apprendre plus sur cette famille, en attendant, ce roman m’a permis de voyager, de faire des virées en mer et, chose étonnante, d’en apprendre beaucoup sur la glace, élément dont la richesse m’a frappée. À travers son héroïne et des petits encarts en début de chaque partie, l’autrice nous offre une sorte d’ode à la glace, à sa richesse, à sa diversité, à son chant, et à tout ce qu’elle peut apporter à celui ou à celle qui, comme Katya, sait l’écouter et la lire. Une capacité qui rend encore plus spéciale une héroïne qui, de par sa force de caractère et sa pugnacité, suscite déjà toute l’admiration des lecteurs. La capacité de son frère à prédire le temps se révèlera également utile, a fortiori quand vous naviguez en mer et développez vos compétences et connaissances maritimes.

Au-delà du côté aventure et de cette relation commerciale qui va unir deux familles, la dimension humaine, familiale, amicale et amoureuse rend la lecture aussi passionnante qu’addictive. On suit avec tendresse, parfois agacement, les liens se resserrer, se distendre ou trouver d’autres formes au gré des événements, des erreurs des uns, des attentes trompées des autres… Alors si certains comportements m’ont parfois laissée dubitative, j’ai aimé cette liberté d’esprit et de sentiments qui apporte beaucoup d’humanité à des personnages imparfaits, mais qui ne cessent d’évoluer et d’apprendre aux côtés des uns des autres.

La route jusqu’au succès est longue et parsemée d’embûches, mais nos protagonistes semblent lancés pour vivre encore de belles, éprouvantes et riches aventures, embellies par le sens de l’amitié, de la famille et des sentiments parfois bien difficiles à comprendre et à dompter, mais dont la force permet à chacun d’avancer…

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Un grain de magie, Chloé Garcia

Un grain de magie par Garcia

Dans ce recueil, la magie prend toutes les formes et toutes les couleurs. Vaisseaux conscients, êtres nocturnes étranges, créatures légendaires, mondes imaginaires extravagants, artefacts redoutables ou encore musique céleste, tout y passe ! Un grain de magie invite à rêver et à accompagner des personnages attachants, dont les aventures uniques font ressentir allégresse, tristesse, espoir ou quiétude.

Histoires de familles, quêtes insolites, complots politiques, tranches de vie étonnantes ou enquêtes policières, chaque nouvelle se veut l’écho de ce que nous traversons, aussi bien dans notre quotidien que dans nos questionnements intérieurs.

La magie vit en toutes choses et ne demande qu’à s’exprimer.

LE LYS BLEU (26 octobre 2020) – 15,20€ (papier) – 7,99€ (ebook)

AVIS

Je n’accepte plus les recueils de nouvelles en SP parce que ce sont des ouvrages extrêmement chronophages à chroniquer et que j’en ai déjà une ribambelle dans ma PAL personnelle. Je n’ai néanmoins pas résisté à l’invitation de l’autrice à découvrir ce recueil dont le titre m’a d’emblée charmée : Un grain de magie. Tentant, mais énigmatique, à l’image d’un recueil qui se dévoile à nous page après page.

Dès les premières lignes, le style de l’autrice m’a conquise : fluide, élégant, poétique, imagé et extrêmement immersif. Derrière des mots que l’on sent choisis avec soin, l’autrice nous offre un peu d’elle-même, de sa capacité indéniable à titiller l’âme humaine, à sonder les cœurs, à faire émerger des sujets de société derrière un imaginaire riche et varié.

Dans ce recueil, il est question de contrées lointaines et imaginaires, de lieux inconnus que l’on s’approprie pourtant sans peine grâce à des descriptions concises, mais pointues qui nous débarrassent du superflu pour nous recentrer sur l’essentiel. Au fil des nouvelles, nous croisons des créatures du Petit Peuple, des fées protectrices qui luttent pour protéger les êtres humains, des fantômes victimes de maltraitance, des vaisseaux d’un genre spécial, des êtres de légende en détresse mais pas sans pouvoir, et même un tapis volant !

Les histoires sont variées, mais elles ont toutes en commun de nous faire voyager, de provoquer des remous en nous, de l’émotion à l’état brut, de l’émerveillement, de la révolte, de la surprise, chaque chute étant particulièrement inattendues. Adorant les nouvelles à chute je peux d’ailleurs vous dire que j’ai été ravie de me laisser berner, surprendre ou emporter vers des directions que je n’avais pas envisagées ! Cerise sur le gâteau, des titres bien souvent inspirés qui jouent avec brio sur les mots.

Mais la plus grande force de ce recueil, du moins pour moi, est la manière dont l’autrice réussit à parler du monde actuel à travers un monde imaginaire, tout en veillant à offrir un moment de lecture divertissant et entraînant. Sous couvert de fiction, des thématiques sociétales fortes sont ainsi abordées avec beaucoup de subtilité et de délicatesse : obscurantisme, peur de l’autre, violences conjugales, tromperie, avidité, mais aussi amour sincère et inconditionnel, amitié, dévotion, tendresse… Le tout enrobé d’une bonne dose de magie, parfois de science-fiction, et toujours de poésie et d’évasion !

En résumé, mélange de poésie et de réalisme, de noirceur humaine et de magie, ce recueil est un enchantement qui ravira ceux et celles en quête de nouvelles sublimement écrites qui, sous couvert d’imaginaire, n’oublient pas de toucher directement le cœur des lecteurs.

Si vous voulez en apprendre plus sur ce beau recueil, je vous propose un petit avis sur les douze nouvelles qui devraient vous prouver la magie des mots et d’un imaginaire puissant et débordant… 


La magie d’Ela : alors qu’un village est en pleines festivités, un massacre de moutons est découvert. Il n’en faut pas plus pour mettre un terme aux réjouissances, rendre furieux les commerçants et pousser Ela, la fille du chef du village, a quitté le réconfort de la forêt pour mener l’enquête… De l’héroïne douce et proche de la nature, mais pas reconnue à sa juste valeur par les villageois, à l’ambiance de ce village peut-être pas aussi paisible qu’il n’y paraît, en passant par la présence de différentes formes de magie, j’ai tout apprécié dans cette nouvelle. La confrontation de la magie blanche, à travers la magie de la musique, à celle de la magie noire se révèle également très intéressante, quand la chute ne devrait pas manquer de vous surprendre !


Deus ex machina : si les batailles spatiales ne sont pas ma tasse de thé, bien que l’autrice maîtrise à merveille les scènes d’affrontement, j’ai beaucoup aimé la nature des Dieux qui protègent ici les humains et leur apportent un appui technique et matériel dans la lutte contre leurs opposants. En plus d’être intéressante, la nature de ces Dieux implique un sujet de SF que j’apprécie particulièrement… De nouveau, la chute est excellente et m’a complètement prise de court ! Avec un certain cynisme, j’ajouterai qu’elle est une réalité bien réelle pour certains grands acteurs de l’économie mondiale.


Un monde par fée : dans cette nouvelle beaucoup plus longue que les précédentes, l’autrice nous offre une vision originale des fées, bien différente de celle propagée par Disney et les contes. Ici, les fées sont laides, ne peuvent guère voler longtemps et dépendent de leur double humain. Ainsi, chaque fée est assignée, dès sa naissance, à un humain qui lui assure, sans même le savoir, sa protection. Mais là où beaucoup de fées ne voient en leur hôte qu’un moyen de survivre et une source d’énergie, notre protagoniste a noué une relation particulière avec Arthur, l’adolescent qui l’abrite, tout comme elle l’avait fait avec sa première humaine… Alors si elle ne peut pas dévoiler sa présence à son protégé, un adolescent intelligent et adorable, elle veille sur lui et ses nuits.

Néanmoins, un évènement lugubre risque de tout remettre en question, et pousser certaines fées à se retourner contre les humains jugés mauvais, dominateurs et vindicatifs ! En plus de l’ambiance que j’ai adorée, alternance de beau et de laid, l’intérêt de cette nouvelle réside dans les questions qu’elle soulève, notamment sur la peur qui pousse à la haine et à toutes les velléités de violence. Il est, en outre, intéressant de voir comment certains utilisent ce sentiment universel pour contrôler les masses, bien que la révélation finale nous entraîne vers un terrain assez différent, qui donnera tout son sens au titre !

Quant à l’héroïne, je l’ai beaucoup aimée. Différente de la plupart de ses congénères, elle aime sincèrement son jumeau humain et prend un vrai plaisir à veiller sur lui dans l’ombre, en profitant de sa lumière. Mais ce que j’ai préféré, c’est sa capacité à réfléchir par elle-même, à ne pas se laisse submerger par le climat ambiant de peur et à rester fidèle à sa nature bienveillante et aimante. Une nature qui ne l’empêchera pas de prendre une décision radicale, car après tout, que ne ferait-elle pas pour protéger Arthur ?


Cocon protecteur : profitant de la disparition de son père, Ryn retourne sur cette planète aride qu’elle avait fuie, pour une pause bien méritée entre collègues… Empreinte d’une certaine mélancolie, cette courte nouvelle marque principalement par la jolie relation nouée entre notre héroïne blessée par son passé et des missions difficiles, et son compagnon ailé. En trame de fond, une thématique difficile dont la noirceur est compensée par la tendresse certaine unissant ces deux amis. Ainsi notre dragon est prêt à tout pour alléger le cœur de son amie, quitte à prendre une décision éthiquement discutable. À la fin, une question s’impose : est-ce vraiment dans l’oubli que l’on se reconstruit ?


Solde de tout conte : courte, mais intense, j’ai adoré cette nouvelle qui nous transporte en Arabie auprès d’un conteur qui rêve de gloire et de fortune. Mais si son public est très réceptif, l’homme étant doué pour faire monter le suspense et ménager ses effets, les choses ne vont pas se passer comme prévu... Méfiez-vous des feux magiques et des trésors qu’ils protègent ! Certains ne sont pas toujours ce qu’ils paraissent être.


Les enfants de Dana : privés de Terre car certains n’avaient pas respecté les règles établies par la Déesse Dana, les Grim’Oires n’en demeurent pas moins un peuple joyeux et apprécié des membres du Petit Peuple qu’ils conseillent avec plaisir. Un moyen détourné de continuer à veiller sur les êtres humains tout en respectant la volonté de Dana… Mais les visites du Petit Peuple se tarissent et les Grim’Oires d’habitude si insouciants découvrent la déprime, d’autant que leur déesse ne semble plus répondre à leurs appels. Comme d’habitude, la chute est bien trouvée et nous permet de comprendre ce que traversent les Grim’Oires, qui vont devoir faire face à une surprenante vérité.


Chaque couleur a sa place : nous voici plongés dans une société où après des années à expérimenter, on doit choisir une seule et unique couleur qui déterminera les aliments que l’on peut manger, la couleur de sa propre peau et de celle de son partenaire. Une vie conditionnée par la couleur donc… Je n’ai pas tout de suite compris où l’autrice voulait nous embarquer avec notre narratrice, jeune femme en décalage avec les siens, et qui cherche un exutoire dans la passion des corps. Mais je dois admettre que j’ai apprécié le parallèle entre fiction et réalité, nous rappelant que certains combats sont loin d’être gagnés !


Une nouvelle ère : les amoureux du mythe arthurien se régaleront avec cette nouvelle qui nous permet de retrouver des personnages de légende (la Dame du Lac, Viviane, Merlin, Morgane…), certains en proie à de terribles dangers. Il faut dire que les anciennes croyances et traditions ne font guère faire le poids face à la montée du christianisme et à un Arthur qui semble s’être détourné de son célèbre mentor… Mais si le véritable danger ne provenait pas de la foi en un dieu unique ? En plus de cette ambiance Petit Peuple à laquelle je suis très sensible, les réflexions quant à la religion ne manquent pas d’intérêt, nous rappelant que ce qui pose problème, ce sont bien plus les hommes que les croyances…


La vie en bleu : Teora adore la mer, qui le lui rend bien. Néanmoins son père ne semble pas partager son enthousiasme, ce qui la chagrine… Un chagrin qui se transforme en colère quand il l’oblige à lui remettre un étrange artefact lumineux qu’elle a trouvé lors d’une balade avec son ami, un dauphin. Tous les éléments sont mis en place pour que l’on devine rapidement le secret derrière l’appétence de la jeune fille, tout juste devenue adulte, pour la mer. Néanmoins, on se laisse prendre au jeu de cette nouvelle, aux allures de conte, teintée de sel et de mystère.


Avec ou sang : scientifique dans l’âme et spécialiste des maladies du sang, notre héroïne se méfie des Vagabonds, surnommés les Crochus, supposés avoir une maladie de sang nécessitant des transfusions. Si des volontaires se font un plaisir de leur fournir le sang nécessaire, elle, elle ne peut s’empêcher de douter de ces personnes arrivées il y a deux ans, et qui refusent de répondre à ses questions. Élucubrations d’une scientifique qui passe trop de temps enfermée à faire ses expériences, divagations d’une femme encore marquée par son agression ou propos pleins de bon sens ?

Une rencontre devrait lui permettre d’y voir plus clair… Si la fin m’a moins emballée que dans d’autres rebelles, j’ai adoré le climat de doute et de confusion instauré par l’autrice. Les pensées de l’héroïne nous semblent friser la paranoïa, avec peut-être cette peur de l’inconnu qui rend méfiant, mais d’un autre côté, on ne peut que s’interroger sur la véritable nature des Crochus. Qui sont-ils véritablement ? Des vampires ? Des êtres dangereux ? Et qui est ce petit garçon qui s’est entiché de notre scientifique ? Impossible de s’attacher à la narratrice à la pensée trop froide, mais impossible de ne pas succomber à cette nouvelle qui ferait un excellent épisode de série.


La puissance de l’amour : avec cette nouvelle, l’autrice prouve qu’on peut faire court mais puissant et émouvant. Une mère regarde ses enfants, regrettant de les voir s’enfoncer dans un puits de tristesse : la petite dernière, asservie de cauchemars craint l’obscurité, l’aîné se perd dans les jeux vidéos. Pourtant, cette mère aimante est là, phare sans lumière mais pilier fidèle et aimant… La chute est terrible et la vérité dévoilée apporte son lot d’émotions et de colère, rappelant le sort révoltant que trop de femmes connaissent encore. C’est la nouvelle qui m’a le plus touchée et suscité en mois le plus d’émotions.


Suer sang et eau : ravie de son séjour en Provence où elle participe aux vendanges, notre protagoniste, amatrice de romans, semble avoir l’imagination fertile, au point de donner aux paroles de son patron une bien étrange signification… à moins que… Jouant habilement sur la couleur du vin et celle du sang, sur la volonté d’une jeune fille de se protéger du soleil et sur le mythe du vampire, l’autrice nous propose ici une nouvelle à l’ambiance soignée et à la chute digne d’un film d’horreur. Et rappelez-vous, gardez-vous bien d’être trop curieux, la vérité pourrait bien vous faire l’effet d’un coup de pioche en pleine tête !

Je remercie l’autrice de m’avoir envoyé ce recueil en échange de mon avis.

Dévotion, Dean Koontz

Couverture Dévotion

Woody Bookman, 11 ans, n’a pas dit un mot depuis sa naissance. Pas même quand son père est mort dans un prétendu accident. Mais pour Megan, sa mère, le plus important est que son fils autiste, doté d’une intelligence supérieure, soit heureux.

Woody, lui, est persuadé qu’un laboratoire se livrant à des expériences génétiques secrètes et ultrasensibles est responsable de la mort de son père. Et que la menace se rapproche désormais de lui et de sa mère.

Avec l’aide de Kipp, un golden retriever télépathe, Woody va tenter de stopper l’être maléfique tapi dans l’ombre…

L’Archipel (2 septembre 2021) – 450 pages – Broché (22€) – Ebook (15,99€)
Traduction : Antoine Guillemain

AVIS

Ma seule expérience avec l’auteur s’étant soldée par une lecture en demi-teinte, j’avais quelques appréhensions quant à la lecture de Dévotion, des appréhensions qui se sont heureusement envolées dès les premières pages. Si j’aime les thrillers psychologiques, j’apprécie aussi, de temps en temps, des thrillers qui, comme ici, sortent l’artillerie lourde. Ne vous attendez donc pas à un roman subtil, l’auteur ayant quand même tendance à jouer sur les heureux hasards et à privilégier l’action au détriment du réalisme, mais cela n’est pas dérangeant en soi.

Dévotion nous offre ainsi du grand divertissement, digne d’un bon film. Le résumé, bien que très alléchant, ne laisse en rien présager de la diversité des protagonistes qui vont intervenir dans ce roman que j’ai lu très rapidement. Il faut dire que prise dans l’enchevêtrement des événements, je n’ai pas vu le temps passer et me suis surprise régulièrement à vouloir accélérer ma lecture pour être certaine que la situation ne s’aggrave pas pour les gentils. Des gentils qui, au fil de l’aventure, vont tous converger vers un point : la maison de Megan et de son fils de onze ans. Depuis la mort de son mari Jason, il y a trois ans, Megan veille avec beaucoup d’amour et d’attention sur Woody, autiste à haut potentiel qui n’a jamais prononcé un mot, mais avec lequel elle a réussi à créer des liens solides. Si Woody n’ouvre jamais la bouche, il parle autrement…

On se prend immédiatement d’affection pour ce garçon sensible, extrêmement intelligent et fragile, qui « se sent en pagaille », gêné par lui-même et les autres. Cela ne l’empêche pas de mener une enquête à partir de son ordinateur pour prouver que l’accident de son père est en réalité un meurtre déguisé. Une enquête qui ne sera pas sans conséquence pour lui et sa mère, car s’il est intelligent, d’autres ont, quant à eux, d’infinies ressources… En parallèle, Woody va attirer, sans le vouloir ni le savoir, l’attention d’un chien. Mais pas un chien normal, un chien évolué qui appartient à une communauté, le Mystérium, composée de chiens aussi intelligents que les êtres humains, et capables de parler par télépathie sur le Circuit.

Privé de sa maîtresse décédée d’un cancer, Kipp, un golden retriever adorable et attachant, n’a qu’une idée en tête : retrouver Woody, seul humain capable de communiquer avec lui par télépathie, d’autant qu’il semble en pleine détresse. En parallèle de ces personnages, d’autres interviennent, certains bienveillants comme Rose ou Ben, un ancien SEAL, d’autres bien plus vicieux et dangereux… Si l’auteur intègre des menaces classiques, avec entre autres un milliardaire intouchable et un shérif corrompu plus intéressé par sa carrière et son profit personnel que par la collectivité, il teinte son roman d’une aura de science-fiction que ce soit avec cette communauté de chiens évolués et télépathes ou un homme en pleine mutation, Lee.

Lee n’est pas sorti complètement indemne d’un incident dans un laboratoire faisant des recherches, officiellement sur le cancer, officieusement sur le génie génétique. En plus de gagner en force physique et de voir ses sens s’affûter, grâce aux archées que son corps semble avoir absorbées, la rage le gagne. Une rage qui se transforme en un déchaînement de violence inouïe et en une faim insatiable… Et puis, il y a Megan, son ex-petite amie que Jason lui aurait volée il y a longtemps, comme si elle était un vulgaire objet. Un objet qu’il est bien déterminé à récupérer, à façonner selon ses propres désirs ou à détruire. À mesure que son envie de vengeance le gagne, la faim se fait vorace, la faim se précise, la faim le hante et le transforme en un hybride, du moins psychologiquement, à mi-chemin entre l’homme et l’animal, mais un animal réduit à ses instincts. Âmes sensibles s’abstenir, certaines scènes, heureusement très courtes, étant peu ragoûtantes.

J’ai apprécié le chemin emprunté par l’auteur qui, espérons-le, ne nous dessine pas ici le futur de l’Homme. Transhumanisme, évolution humaine provoquée par des visionnaires dépourvus de toute morale, limites d’un progrès scientifique sans éthique… tout autant de thématiques que j’ai trouvées intéressantes. Mais en grande amoureuse des animaux, ce sont les réflexions autour des chiens, de la complicité et de l’amour les unissant aux hommes qui m’ont le plus touchée. On reste sur une œuvre de fiction qui va très loin dans la communion mentale et la coopération entre les deux espèces, mais j’ai aimé m’imaginer que la vision de l’auteur devienne un jour réalité.

Au-delà de ce doux rêve, on prend un plaisir immense à découvrir le fonctionnement de cette communauté de chiens intelligents et soudés qui ne connaissent ni la haine ni le mensonge, juste l’amour, la bienveillance et l’espoir. J’ai ainsi été touchée par l’envie très forte de ces chiens de comprendre d’où ils viennent, comme n’importe quel être humain, sans pour autant négliger les familles qui les ont accueillis. J’ai, en outre, apprécié d’entrer dans le Circuit, y découvrir Bella, chienne veillant à ce que les communications urgentes soient bien transmises à tous, et voir se dessiner les espoirs de ces représentants particuliers de l’espèce canine

En résumé, Dévotion est un thriller efficace, qui manque peut-être un peu de subtilité quant au déroulé des événements, mais qui se démarque par sa patte particulière, son rythme haletant et cette impression que tout converge vers un jeune autiste et un chien qui, à eux deux, risquent bien de changer la face du monde ! Les amoureux des animaux et des romans où le danger semble arriver de tous les côtés devraient apprécier ce roman qui mêle habilement action et une science, dépourvue de garde-fous, dont les avancées s’apparentent parfois à un net recul de l’humanité…

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

 

Les chroniques d’Azfaréo (tome 1), Shiki Chitose

Les chroniques d'Azfaréo, tome 1 par Shiki

La rumeur raconte que le royaume d’Azfaréo est protégé par le pouvoir du Dragon Bleu… Mais depuis quelques temps, il ne pleut plus sur les terres, et l’équilibre est menacé. Le pouvoir du dragon serait-il en train de s’affaiblir ? C’est dans ce contexte que Rukul, héritière d’une famille de prêtres, est envoyée pour servir la créature mythique. Cette dernière, en échec familial, trouvera-t-elle sa place auprès du dragon ? Et quels secrets royaux découvrira-t-elle ?

Akata (10 septembre 2020) – 182 pages – 6,99€
Traduction : Sahe Cibot

AVIS

Une jolie couverture avec un dragon bleu, il n’en fallait pas bien plus pour attirer mon attention sur un manga que j’ai trouvé fort sympathique.

Nous faisons la connaissance de Rukul, une jeune fille appartenant à une lignée de prêtres, envoyée à la cour servir le dragon bleu du royaume d’Azfaréo. Une tâche importante puisqu’il est dit que l’état de la créature influe directement sur la météo. Or le pays a désespérément besoin de pluie… Contre toute attente, alors que les autres jeunes filles se sont évanouies devant l’impressionnante créature, Rukul ne montre aucun signe de peur et semble bien déterminée à prendre soin de ce dragon au caractère difficile.

Gaffeuse, naïve, pas très sûre d’elle, mais téméraire, bienveillante, sincère, gentille et pleine de bonne volonté, Rukul se révèle aussi sympathique que touchante et émouvante. Elle n’a pas le talent de sa sœur que tout le monde encense, mais elle possède beaucoup de cœur et fait de son mieux pour s’occuper de Julius. Il est d’ailleurs amusant de voir un personnage aussi délicat physiquement se poser en farouche protecteur d’un dragon caractériel à la taille imposante. Pour ma part, j’ai adoré cette jeune fille d’une grande fraîcheur et ai apprécié la voir, au fil des pages, prendre de plus en plus confiance en elle, même si elle a toujours en elle ce petit complexe d’infériorité dû notamment à un père qui m’a paru assez dur et cassant.

Le duo formé par Rukul et Julius fonctionne à merveille, d’autant que contrairement aux apparences, ce dernier n’est peut-être pas aussi revêche que cela. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que j’ai apprécié tout l’enjeu autour de son identité, et sa manière de prétendre être agacé et malpoli quand il se révèle surtout pudique quant à ses sentiments. Je l’ai d’ailleurs trouvé assez mignon et plutôt protecteur, bien qu’il ne serait pas probablement ravi que je le mentionne. N’a-t-il pas une image de dragon à préserver après tout ? On découvre, en outre, chez ce dragon une réelle et surprenante volonté de protéger le peuple qui rend le personnage fort sympathique et plus profond qu’il n’y paraît.

Entre l’existence d’une malédiction et la différence de caractère et de nature entre nos deux protagonistes, il y a un côté La Belle et la Bête, syndrome de Stockholm en moins, qui m’a bien plu. À cela, on peut ajouter une dimension politique avec un complot qui apporte une petite tension dramatique intéressante. Le seul point qui m’a un peu moins convaincue est que tout semble arriver trop vite que ce soit au niveau politique ou de la relation entre les personnages, notre apprentie prêtresse faisant tomber rapidement certaines barrières. Cela n’est pas dérangeant en soi, mais ce bémol rend la lecture un peu superficielle pour des lecteurs ou souhaitant un réel travail sur l’univers et l’évolution des sentiments.

Bien qu’effleuré, l’univers semble néanmoins prometteur avec, entre autres, cette idée de lier dragon, météo et prospérité d’un royaume, sans oublier cette aura de secret et de mystère qui hante la cour. Des secrets que Rukul semble bien malgré elle destinée à percer, ce qui ne sera pas aux goûts de tous, mais qui aura au moins le mérite de faciliter sa complicité naissante avec Julius et de promettre quelques péripéties…

En résumé, j’ai passé un très bon et divertissant moment de lecture auprès de deux protagonistes attachants et mignons dont on prend plaisir à suivre la rencontre et l’évolution de la relation. Si vous avez envie d’un manga porté par de superbes illustrations, alliant finesse et expressivité, dans un univers de fantasy intéressant où il est question, entre autres, de dragon et de secret, cette série est faite pour vous. 


En fin de manga, est proposée une petite histoire complètement indépendante et qui, sans être transcendante, reprend un peu ce schéma d’un personnage bougon et d’un autre plus placide. Nous découvrons ainsi une adolescente de caractère, au physique juvénile, qui décide d’apprendre à nager et entraîne, bien malgré lui, un maître-nageur dans son aventure. Les deux se révèlent sympathiques et mignons, d’autant qu’au gré des leçons, ils vont se rapprocher et revoir les idées qu’ils s’étaient fait l’un sur l’autre. Mignonne, cette histoire vaut également pour le message positif qu’il apporte sur la force de la détermination et la capacité à surmonter ses peurs pour atteindre un objectif qui nous tient à cœur… 

L’ombre du crépuscule, Rachel Caine

L'ombre du crépuscule

Après L’Ombre de la menace et L’Ombre de l’assassin, traduits dans 16 pays et no1 des ventes de USA Today et du Wall Street Journal, Gwen Proctor revient dans L’Ombre du crépuscule.
Une nouvelle traque commence !

Gwen est parvenue à se débarrasser de son ex-mari, le serial killer Melvin Royal, et à sauver ses enfants. Mais elle continue de subir le harcèlement de ceux qui refusent de la croire étrangère aux crimes de Melvin.

Gwen espérait désormais vivre sans se cacher, c’est de nouveau impossible. C’est alors qu’une inconnue l’appelle. Marlene Crockett, qui réside à Wolfhunter, a besoin de son aide. Elle sent planer au-dessus d’elle une menace latente.

De fait, quand Vee, 15 ans, la fille de Marlene, contacte à son tour Gwen, elle lui annonce que sa mère est morte – et qu’elle est la prochaine sur la liste…

Gwen se rend alors à Wolfhunter. Mais, dans cette sombre bourgade, chacun peut aisément échapper à la lumière

L’Archipel (19 août 2021) – 450 pages  – Papier (22€) – Ebook (15,99€)
Traduction : Sebastian DANCHIN

AVIS

Après L’Ombre de la menace qui avait dépoussiéré le thriller domestique, et L’Ombre de l’assassin, une suite palpitante qui monte d’un ton dans l’horreur, j’attendais avec impatience ce troisième tome, me demandant si l’autrice allait réussir à donner un nouveau souffle à sa série. Or, si j’ai apprécié ma lecture, je n’ai pas ressenti l’excitation du premier tome que j’avais dévoré en très peu de temps. L’autrice nous propose néanmoins un thriller efficace, bien que peut-être plus consensuel que les deux précédents…

Dans l’ombre d’un tueur en série ou quand la mort ne marque pas la fin du calvaire !

Après un prologue qui fait monter la tension et la pression, il en est toujours ainsi quand la vie d’un enfant est en danger, nous retrouvons une Gwen débarrassée de son ex-mari, le serial killer Melvin Royal, mais pas de son ombre. Melvin était un pervers particulièrement retors, et même mort, il continue à tourmenter son ex-femme, ses enfants et  Sam. Et quand ce n’est pas lui qui s’en charge, ce sont les médias et toutes ces personnes qui continuent à harceler Gwen et les siens, à menacer leur intégrité physique et mentale, faisant de leur vie un véritable enfer.

Il ne m’a fallu que quelques pages pour retrouver ce puissant sentiment de révolte qui avait accompagné ma lecture des deux premiers tomes devant cette famille que l’on ne laisse pas se reconstruire. La justice a lavé Gwen de tout soupçon, mais le tribunal populaire, encouragé par la hargne de certains, a parlé : elle est coupable de complicité ! Dérives des réseaux sociaux, manipulation des médias, puissance du Net, perversion et haine que certains tentent de faire passer pour une volonté de justice… tout autant de thématiques que l’autrice soulève avec un tel réalisme que vos nerfs seront mis à rude épreuve.

Dans l’ombre d’une mère courage face à la haine et à la vengeance… 

Malgré les tentatives d’intimidation et les menaces, Gwen reste cette femme forte et courageuse prête à se battre pour ses deux enfants, Lanny et Connor, et sa relation encore fragile avec Sam. Elle fait face comme elle le peut à tous ces inconnus qui veulent la tuer, elle et ses enfants, et au désir de revanche fortement ancrée chez la mère de l’une des victimes de Melvin. Aidée de sa fortune personnelle, Miranda est d’ailleurs à l’origine d’un projet qui, s’il venait à son terme, menacerait de nouveau l’équilibre et la sécurité de Gwen et sa famille.

Bien que l’on comprenne la douleur de cette mère, Miranda nous apparaît dangereuse et, d’une certaine manière, assez lâche : elle n’a jamais eu le courage de s’attaquer à Melvin de son vivant, sous prétexte que la justice s’occupait de lui, mais elle n’hésite pas à traquer et harceler une mère et ses enfants. Mais après tout, les femmes ne sont-elles pas toujours coupables ? Dans le cas de Gwen, coupable de ne pas avoir « satisfait » son mari, coupable de ne pas l’avoir arrêté, coupable, coupable, coupable… et pire, complice, car elle devait savoir ! C’est bien connu que les tueurs en série l’affichent sur leur front… Au-delà de l’obsession irrationnelle de Miranda et de ses griefs complètement injustes envers Gwen, on reconnaîtra cette tendance fort commode à toujours rejeter la faute des hommes sur les femmes.

Dans l’ombre d’une communauté repliée et viciée où la vérité se paie… 

Acculée, harcelée et menacée, Gwen vole néanmoins à la rescousse de Vee, la fille d’une inconnue terrifiée qui l’avait appelée, mais qu’elle n’avait guère pu aider, cette dernière se montrant trop évasive. Mais Marlene maintenant assassinée et Vee accusée de meurtre, elle refuse de rester les bras croisés. Direction l’enfer ou plus précisément Wolfhunter ! Au fil des pages, cette bourgade se fait oppressante, malsaine, voire inquiétante et menaçante d’autant que Gwen n’est clairement pas la bienvenue. Il en faudra toutefois plus pour la détourner de sa mission : sauver Vee dont le sort semble jouer d’avance et qui risque bien plus que l’emprisonnement.

J’ai adoré me plonger dans l’ambiance suffocante de cette communauté rurale viciée par la corruption et déterrer, aux côtés de Gwen et des siens, les petits secrets, les gros mensonges et autres manigances. Gwen et Sam pourront heureusement compter l’un sur l’autre, sur un membre du FBI et sur un inspecteur n’appartenant pas à des autorités locales plus que douteuses. Lanny, malgré ses peines de cœur, et Connor participeront également, à leur manière, à l’enquête pour innocenter Vee… Mais Wolfunter n’est pas un endroit sûr pour ceux qui y cherchent des réponses comme le découvriront nos personnages qui vont, de nouveau, devoir affronter l’horreur et la violence. Progressivement, l’action se fait plus pressante, la violence monte d’un cran et les évènements s’enchaînent avec une telle rapidité qu’il devient presque difficile de reprendre son souffle. D’une violence latente, on passe à de la violence physique pure avec des scènes d’action très cinématographiques et des moments d’angoisse quant à la sécurité de chacun.

Dans l’ombre d’une famille atypique et d’un couple en questionnement… 

En plus de l’action, de l’enquête, de révélations particulièrement glauques et du plaisir de retrouver des personnages attachants bien que cabossés par la vie, l’autrice nous offre de nouveau une narration alternée parfaitement maîtrisée. On entre ainsi de plain-pied dans la tête des personnages et l’on assiste au plus près à l’évolution d’un couple dont la relation semble solide et vacillante à la fois. Solide parce qu’après avoir vécu tant de drames ensemble, Sam et Gwen sont liés à tout jamais, mais vacillante car leur passé respectif érige une frontière entre eux deux. Ceci est d’autant plus vrai que Sam n’a pas encore dévoilé à sa compagne une partie de son passé qui la concerne directement et qui risque de les rattraper. Quant à Gwen, elle ne semble, pour le moment, pas encore prête à se projeter.

Si j’ai été touchée par ce couple qui s’est construit dans l’adversité, j’ai regretté l’inconstance et les tergiversations de Sam qui m’a semblé bien incohérent d’une ligne à l’autre. Entre « je l’aime et je reste avec elle et les enfants » et « si je prenais un nouveau départ », j’ai plusieurs fois eu envie de le secouer et de lui dire de prendre une décision et de s’y tenir. Je comprends que lui-même soit dans une situation compliquée, sa sœur ayant été l’une des victimes de Melvin, mais j’ai trouvé son image assez bancale par rapport à celle que j’avais pu m’en faire précédemment. Mais je vous rassure, il finira par retrouver grâce à mes yeux par son sens du sacrifice et du devoir et l’amour sincère qu’il porte à Gwen, Lanny et Connor.

Sam se révèle d’ailleurs très proche du jeune adolescent qui trouve en lui une figure paternelle bien plus stable et saine que celle de son défunt et tueur en série de père. Pour un adolescent aussi renfermé que Connor, cette relation revêt une importance particulière à laquelle Gwen ne peut être que sensible. Quant à cette dernière, elle essaiera de trouver un compromis avec sa fille qui, lasse de subir sa vie et les évènements, aimerait au moins être utile, quitte à mettre les pieds dans une enquête qui s’annonce de plus en plus dangereuse… J’aurais apprécié de voir un peu plus le frère et la sœur, dont la relation semble encore affectée par une erreur passée. Ainsi, si ne doute pas qu’ils s’aiment beaucoup, les chamailleries sont au rendez-vous, ce qui, vu les circonstances, leur donne presque cette allure de famille normale dont ils ont grand besoin. 

En conclusion, L’ombre du crépuscule n’offre pas la même intensité psychologique des premiers tomes, mais il n’en demeure pas moins un thriller efficace et rythmé qui vous tiendra en haleine, d’autant que la plume de l’autrice se révèle de nouveau diablement efficace. Alternant entre les personnages et des événements que l’on tente de relier avant de se laisser porter par le fil de l’intrigue, Rachel Caine signe ici un troisième tome qui marque une rupture avec le ton des précédents, tout en ouvrant une nouvelle porte. Car en enquêtant pour innocenter une adolescente accusée à tord, Gwen va nous prouver qu’en plus d’être douée pour survivre et protéger les siens, elle possède bien d’autres atouts que je suis curieuse de voir mettre en œuvre de manière plus officielle. Sans être indispensable, voici un troisième tome plaisant qui se lit très vite et qui nous montre une Gwen dont, pour une fois, le passé ne semble pas être la plus grande des menaces !

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Magic, tome 1 : La fillette aux cheveux violets, Lylian et Audrey Molinatti (illustrations)

Couverture Magic, tome 1 : La fillette aux cheveux violets

Evelÿne est une fillette turbulente aux cheveux violets. Abandonnée à la naissance, elle a été élevée par des sœurs dans un couvent. Et du haut de ses 7 ans, on peut dire qu’elle leur mène la vie dure ! Chaque jour, elle fait les quatre cent coups aux côtés de Benedict, le chat adopté en même temps qu’elle. Finalement, rien de vraiment anormal pour une enfant. À un détail près : elle fait également parler les statues et voit des fantômes !
Cette particularité rend son éducation plus compliquée, d’autant qu’Evelÿne ne maitrise pas encore ses pouvoirs. Les sœurs décident alors de la confier, ainsi que Benedict, au mystérieux Neil Farfadet, un chapelier londonien qui aidera la fillette à découvrir qui elle est vraiment.

Dargaud (20 août 2021) – 49 pages – Papier (9,99€) – Ebook (6,99€)

AVIS

Le destin tient parfois a peu de chose. Ici, en l’occurrence, à des cheveux violets qui pousseront un homme a abandonné son bébé au plus grand désespoir de sa femme…

Si le début peut paraître un peu sombre, bien que l’ambiance graphique sublime avec ses tons chaleureux tende à réchauffer l’atmosphère, l’humour est bien au rendez-vous. Car le bébé des débuts est devenu une enfant de sept ans plutôt turbulente. Et ce ne sont pas les nonnes qui l’ont recueillie et élevée qui vous diront le contraire ! Rebelle et quelque peu impertinente, Evelÿne n’est clairement pas la petite fille la plus facile à éduquer, d’autant qu’en plus de ses dons magiques, des événements surnaturels se multiplient autour d’elle. Son caractère plein de fougue ferait presque regretter à Bénédict, son chat un peu spécial, de lui avoir appris quelques tours de magie, et de l’avoir éveillée au monde de la sorcellerie… Il faut dire qu’Evelÿne ne fait pas montre de la plus grande des discrétions quant à ses pouvoirs et n’hésite pas à les utiliser pour des choses aussi futiles qu’éviter un bain.

Magic - couvent

Bien que parfois un peu agaçante par sa propension à n’en faire qu’à sa tête, Evelÿne se révèle très touchante et semble finalement bien plus attachée à ses protectrices qu’elle ne le montre. Néanmoins, dépassées par la situation, les nonnes décident de la confier aux bons soins d’un maître artisan chapelier, Neil Farfadet. Avec un tel nom, on ne peut que se poser des questions sur sa réelle identité, d’autant que le personnage dégage une certaine aura de mystère… Son comportement éveille, en outre, la suspicion de Bénédict et la nôtre, à défaut de celle d’Evelÿne.

Magic - Farfadet

Nous sommes ici dans un tome introductif qui nous laisse encore dans le flou quant au devenir de notre jeune sorcière auprès de son nouveau mentor et, de manière plus générale, quant à son destin que l’on pressent hors du commun. Quelle est vraiment l’étendue des pouvoirs et des capacités dEvelÿne ? Pour ma part, j’ai hâte de le découvrir bien que l’on devine que la fillette n’est qu’au début d’un long parcours…

J’ai apprécié la relation maître/apprentie naissante, mais c’est celle entre notre jeune sorcière et Bénédict qui m’a fait fondre et attendrie. La fillette et ce chat qui parle forment un duo aussi adorable que complémentaire, dont j’ai adoré suivre les échanges non dénués d’humour et de mordant, les deux ayant la langue bien pendue ! Notre minet va faire de son mieux pour veiller sur une Evelÿne inconsciente des dangers guettant les personnes ayant les cheveux violets. Dans ce monde comme dans le nôtre, la différence fait peur, ce que notre fillette va découvrir dans les rues de Londres ! Une ville dont la splendeur l’éblouira, avant de lui révéler une facette bien plus sombre. Il faut dire que sa vie auprès des nonnes ne l’avait pas vraiment préparée à affronter la malveillance et la haine.

Ainsi, derrière la magie, l’humour, les secrets, une certaine tendresse unissant un chat et une petite fille dont la fougue promet moult péripéties, il est également ici question d’intolérance et de la peur de la différence, poussant des individus à haïr ceux qui ne leur ressemblent pas. Un aspect traité tout en subtilité rendant le message pertinent sans être écrasant, l’auteur n’oubliant pas avant tout de nous offrir une sympathique aventure qui devrait plaire aux enfants. Ceux-ci n’auront d’ailleurs aucun mal à s’identifier à une jeune héroïne prompte aux bêtises, mais sympathique, amusante et pleine d’enthousiasme.

Quant aux sublimes illustrations tout en rondeur, vibrantes de vie, de couleurs et de bonne humeur, elles contribuent indéniablement au plaisir que l’on prend à se plonger au cœur des péripéties, à parcourir les différents lieux, avant de mieux s’arrêter sur les détails et les traits des visages particulièrement expressifs.

En conclusion, avec cette BD jeunesse de toute beauté, l’auteur nous offre une sympathique aventure qui n’en est qu’à ses débuts, mais dont on ne peut qu’attendre la suite avec impatience. En alliant esthétique, mystère, magie, aventure, personnages attachants et humour, La fillette aux cheveux violets devrait ravir les enfants, mais aussi tous les adultes ouverts à la littérature jeunesse, ou qui aimeraient partager une divertissante lecture avec les plus jeunes. Et puis, argument suprême, il y a un chat trop mignon qui parle !

Je remercie les éditions Dargaud et Netgalley de m’avoir permis de lire cette BD en échange de mon avis.

 

Steam Sailors, tome 1 : L’Héliotrope, E.S. Green #PLIB2021

Couverture Steam Sailors, tome 1 : L'Héliotrope

Il fut un temps où les Alchimistes nourrissaient le Haut et Bas-Monde de leurs inventions merveilleuses, produits de magie et de science. Un temps de machines extraordinaires, de prodiges électriques et d’individus aux pouvoirs fantastiques. Une époque révolue depuis que les Industriels ont éradiqué les Alchimistes et leur formidable savoir. Pourtant, on raconte qu’à l’aube de leur disparition, ils auraient caché leur fabuleux trésor dans une cité secrète…

Quatre siècles après la Grande-Fracture, les habitants du Bas-Monde traversent une ère obscure et rétrograde, tandis que le Haut-Monde, figé depuis l’extinction des Alchimistes, demeure inaccessible et fait l’objet de tous les fantasmes. Originaire du Bas-Monde, Prudence vit en paria car elle voit l’avenir en rêves. Une nuit, son village est attaqué par des pirates du ciel. Enlevée et enrôlée de force à bord de l’Héliotrope, un navire volant à la sinistre réputation, la jeune orpheline découvre un nouvel univers, celui du ciel et des pirates. Prudence fait la connaissance des membres de l’équipage, qui ne tardent pas à lui révéler leur secret : ils détiennent un indice, menant à une série de « clefs » disséminées dans le monde, qui permettait de retrouver la cité des Alchimistes…

Gulf stream éditeur (11 juin 2020) – 384 pages – Papier (17€) – Ebook (10,99€)
#ISBN9782354887759

 

AVIS

Steam Sailors était le roman des 5 finalistes du PLIB 2021 qui me tentait le plus, et sans grande surprise, je l’ai adoré, de la première à la dernière ligne. Quel plaisir de vivre cette aventure trépidante aux côtés d’une bande de pirates et de leur jeune captive qui se révèlera pleine de ressources !

Prudence, 15 ans, n’a pas une vie facile dans le Bas-Monde qui, depuis la Grande-Fracture ayant conduit à la disparition des Alchimistes, vit sous le joug de l’obscurantisme, tout en rêvant en secret à ce Haut-Monde inaccessible et fantasmé. Alors, si elle ne goûte guère d’être enlevée par des pirates du ciel, elle réalisera très vite que ce malencontreux évènement n’est peut-être pas aussi dramatique que cela. Certes, ses nouveaux compagnons n’auraient pas hésité à la jeter par-dessus bord si elle ne s’était pas montrée utile, mais ils ne la méprisent pas et ne craignent pas sa différence… Or, pour cette jeune fille, possédante des dons surnaturels, cela signifie beaucoup.

J’ai adoré suivre l’évolution de la relation entre Prudence et les pirates, bien loin de la relation captive/geôliers que l’on aurait pu attendre. Nos pirates sont bruyants, coupent des gorges sans sourciller, pillent avec entrain, arrosent leurs soirées de rhum, ont un langage fleuri, mais loin d’être des brutes assoiffées de sang et d’or, ils se révèlent prévenants à leur manière, savants, amusants, fidèles, respectueux de leur code d’honneur, taquins… Je me suis donc beaucoup attachée à cette bande de joyeux drilles : au capitaine plutôt mystérieux, implacable, mais courtois, à Petrus et son côté secret, bougon et la manière dont il sort souvent de ses gonds pour exprimer une inquiétude qu’il se refuse à nommer, à Ezekiel et son exubérance teintée d’espièglerie, à Gareth et sa gentillesse, à Sergeï et sa bonhomie… Chaque pirate possède sa propre personnalité, permettant aux lecteurs de très vite les différencier les uns des autres, et de se sentir bien parmi eux, malgré leur vie emplie de dangers et de pillages.

D’ailleurs, Prudence elle-même prendra ses habitudes et trouvera sa place à bord de l’Héliotrope, personnage à part entière du roman. J’ai adoré me promener à ses côtés dans les couloirs du navire, en parcourir les coins et recoins, tomber sur des trappes et des passages secrets, découvrir les instruments et différentes machines… Le roman se pare ainsi de sympathiques et convaincantes touches de steampunk, qui se retrouveront même dans des endroits inattendus ! En plus de ce navire qui a la particularité d’évoluer dans les airs, j’ai apprécié d’assister à l’évolution et à l’émancipation de Prudence qui trouvera auprès des pirates quelque chose qu’elle n’avait jusqu’alors fait qu’effleurer…

Loin d’être une petite chose frêle et fragile, malgré son apparence physique, Prudence surprend par sa force de caractère, sa tendance à foncer dans la mêlée pour soigner ses camarades, sa détermination et son courage à toute épreuve, dignes des plus grands pirates. Pas étonnant donc qu’elle se forge avec naturel et simplicité une place dans le cœur des pirates, qui lui témoigneront leur confiance et, peut-être encore plus important, leur respect. Au gré des péripéties, la jeune fille prendra de plus en plus confiance en elle et en ses dons surnaturels que je vous laisserai le plaisir de découvrir. L’autrice fait, en outre, planer une certaine aura de mystère sur ce personnage dont on ne connaît pas encore toute l’étendue des pouvoirs, mais qui semble promis à un grand destin.

Qui dit pirates, dit chasse au trésor et à ce niveau, les lecteurs sont particulièrement gâtés ! Je vous laisserai le plaisir de la découverte, mais il est question ici d’un peuple disparu, d’une citée cachée, d’un trésor oublié, d’une langue qui n’est plus parlée, d’indices à trouver et à décrypter… Le tout dans un univers original que l’on découvre avec plaisir au fil des escales sur différentes îles suspendues. Pour ma part, j’ai été captivée par l’univers développé par l’autrice, par cette dichotomie entre terre et ciel, par les multiples dangers qui attendront les membres de l’équipage dont fait maintenant partie notre héroïne, et par ce sens de l’amitié et de l’honneur si présent à bord du navire.

Quant à la plume de l’autrice, fluide, immersive et rythmée, elle sied à merveille à cette aventure menée tambour battant et non dénuée de mystère ! L’action est également bien présente avec des scènes de bataille réalistes, des opérations d’infiltration, des abordages, des parties endiablées d’un jeu que je n’aimerais personnellement pas tester, tenant à mes membres et à mon nez… Des scènes plus douces permettent néanmoins de souffler un peu et de vivre de beaux instants de complicité et de franche camaraderie, tout en nous offrant des informations utiles pour mieux comprendre les personnages, leur passé et les liens les unissant. En plus d’offrir une dynamique intéressante, cette alternance entre action et scènes plus calmes, mais jamais ennuyeuses, présente également l’avantage de nous rappeler la complexité de nos pirates du ciel, capables de massacrer des gens, mais aussi d’offrir à une jeune orpheline la chance d’être enfin elle-même.

En conclusion, roman d’aventure et de piraterie, avec des touches parfaitement maîtrisées de steampunk, Steam Sailors se révèle particulièrement percutant, divertissant et immersif. En plus d’un univers fascinant, qui se dévoile à nous progressivement, l’autrice nous propose une passionnante quête de trésor, empreinte d’une belle aura de légende et de magie, qui liera étroitement une jeune fille rejetée par tout le monde à une bande de pirates recherchés par beaucoup. Des pirates hauts en couleur auxquels on s’attache et dont on partage avec un plaisir non dissimulé la vie trépidante à bord de Héliotrope, personnage à part entière dont l’essence imprègne indéniablement les pages du roman. Membres de la flotte royale, tremblez, quant aux autres, sautez à bord de ce navire de légende pour suivre au plus près les dangereuses et périlleuses aventures d’une bande de pirates, qui a fait du ciel son élément, et de leur nouvelle recrue aux dons surnaturels.