Mini-chroniques en pagaille #37 : piraterie, fée et kidnapping !

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Les aventures de Papagayo de Marie-Raymond Farré (Folio)

Couverture Les aventures de Papagayo

Découvert par hasard, ce roman jeunesse a tout de suite attiré mon attention, aimant beaucoup les récits de pirates ! Et je dois dire ne pas avoir été déçue par cette histoire d’amitié trahie, d’île mystérieuse, de carte à dénicher, de trésors fabuleux, de rhum qui coule à flots ou presque… Le tout amené à travers un personnage particulier, le perroquet du célèbre Tom Timothy, la terreur des sept mers.

Un perroquet qui va faire une entrée fracassante dans la taverne de deux jeunes sœurs, Madeleine, et Cathie Mini qui, du haut de ses dix ans, a déjà un caractère bien trempé ! Plus calme, sa sœur aînée possède néanmoins une poigne de fer, ce qui lui sera plus qu’utile pour gérer une taverne accueillant des pirates et autres brigands des mers. Des personnes de mauvaise réputation que Madeleine, en raison de sa grande myopie, prend pour des marins un peu bourrus… En tant que grande myope, j’avoue que la situation m’a amusée, parce que clairement, sans mes lunettes, mon appréhension du monde diffère quelque peu de celle des personnes ayant la chance d’avoir une bonne vue.

L’histoire contée par Papagayo, un perroquet qui, disons-le pudiquement, a de la personnalité, devrait ravir les enfants, mais aussi les adultes appréciant les histoires de pirates et de quêtes au trésor qui ne se terminent pas très bien pour les principaux belligérants. Pour ma part, j’ai apprécié le parallèle amusant entre le jeu de rôle qui conclut les journées éreintantes des deux sœurs, et l’histoire de Tom Timothy et de son meilleur ami. Si la conclusion est, dans les deux cas, la même, les conséquences sont bien différentes, car hélas, l’appât du gain peut venir à bout des plus belles amitiés … même de pirates !

Amusant, rythmé et illustré de manière très expressive et colorée, voici un petit livre jeunesse parfait pour se familiariser avec le monde de la piraterie; ou pour simplement se laisser bercer par les histoires du grand et truculent Papagayo. Un conteur à plumes et à bec haut en couleur !


  • Le gnome qui voulut être fée d’Audrey Alwett (ActuSF) :

Le gnome qui voulut être fée par [Audrey Alwett]

À la recherche d’une nouvelle à lire, j’ai jeté mon dévolu sur Le gnome qui voulut être fée qui se déroule dans l’univers de Poisons de Kartharz que je n’ai pas encore lu.

Sous fond de racisme primaire et de quête d’identité, l’autrice nous dépeint, d’une plume acérée et délicieusement caustique, la rencontre inattendue et plutôt (dés)agréable entre un gnome et une fée. Alors qu’une âme sensée et sensible se serait confondue en remerciements devant un gnome qui a fait fi de la haine ancestrale et viscérale des siens pour lui sauver la vie, notre fée se contente d’empêcher ses amis d’infliger à son sauveur une grosse correction. Après tout, comme un être aussi répugnant a-t-il osé la toucher, elle une fée ?

Notre ingrate est d’autant plus affligée qu’être touchée par le gnome ne lui a finalement peut-être pas tant déplu que cela, et que les autres fées ne peuvent s’empêcher de se gausser de sa mésaventure. Pire, le fils de la reine semble prendre ses distances avec elle, enfin, les prendre encore plus qu’auparavant. Quant à notre gnome, cette expérience n’a fait que renforcer le sentiment de décalage qu’il ressent envers les siens, celui-ci ne se sentant pas à sa place parmi des rustres qui le rejettent, et ont fait de lui, au fil des ans, leur souffre-douleur attitré.

Cette rencontre entre deux « ennemis naturels », est-elle le fruit du hasard et le début d’une nouvelle vie pour nos deux protagonistes, ou faut-il parfois se méfier des conséquences des bonnes actions que l’on peut faire sous le coup de l’émotion ? Parce que si le bien peut se trouver même dans le plus laid des êtres, la vilenie et la cruauté, quant à elles, peuvent très bien se cacher dans le beau et le délicat. Je n’en dirai pas plus, si ce n’est que j’ai apprécié la chute et son ton qui n’est pas sans rappeler celui des contes d’antan.

Caustique, cruelle et non dénuée d’intelligence, voici une nouvelle que je ne peux que vous conseiller et qui devrait vous donner envie de vous plonger dans les autres écrits de l’autrice.

Nouvelle lue dans la cadre du Projet Ombre et disponible gratuitement sur Amazon.


  • Le kidnapping de Stephen King de Romy Love :

Le Kidnapping de Stephen King par [Romy Love]

Si la couverture ne me plaît pas outre mesure, le titre de cette nouvelle a tout de suite éveillé ma curiosité. Et je dois dire que je ne regrette pas de m’être laissé tenter, l’histoire s’étant révélée truculente à souhait, voire délicieusement décalée.

Que fait un libraire au chômage, à cause du grand méchant internet, qui apprend que l’un des auteurs les plus vendus au monde prend sa retraite ? Vous séchez ? C’est pourtant simple, il s’envole pour les États-Unis et, avec l’aide de son beau-frère, il kidnappe ledit auteur ! C’est sa faute aussi au King des best-sellers, quelle idée de lâcher une bombe comme ça. Heureusement que Blaise n’est pas là, parce que je sens qu’il se serait fait une joie de détourner ma dernière phrase. Malgré son humour au ras des pâquerettes, on apprécie vite la vision très simple et légère de la vie de cet adulte piégé dans un esprit d’enfant.

Quant à notre libraire reconverti en kidnappeur, il va découvrir qu’il y a bien pire que kidnapper un auteur pour l’obliger à écrire un roman… Dans cette nouvelle, l’auteur ne se prend pas au sérieux, et vu le contexte actuel, ça fait un bien fou. Alors, l’humour ne vole pas haut, mais il a bien fonctionné sur moi. On s’amuse sans honte du pétrin dans lequel Romain s’est mis, chose d’autant plus aisée que ce dernier ne manque pas d’un certain esprit d’auto-dérision.

Au-delà de l’humour omniprésent et du côté complètement décalé de l’histoire, j’ai apprécié les multiples références que ce soit aux romans de Stephen King, à une série télé que je n’ai personnellement pas vue, ou à un célèbre conte détourné ici avec brio.

En bref, merci à l’auteur pour cette petite pause pleine d’humour qui m’a permis de me déconnecter du quotidien et qui ne devrait pas manquer de faire sourire les amoureux de Stephen King.

Nouvelle lue dans la cadre du Projet Ombre et disponible gratuitement sur Amazon.

Et vous, connaissez-vous ces titres ?
L’un d’entre eux vous tente-t-il ?

Risibles ! (mondes cruels et destins déroisoires), Jean Allouis #ProjetOmbre

Parfois absurdes, souvent cruelles, mais toujours d’un humour décapant, ce sont les vingt histoires de ce recueil.

Risibles ! donne le premier rôle à toute une palette de personnages décalés qu’on n’est pas près d’oublier. Qu’il s’agisse de la comédienne shakespearienne contrainte à tourner dans des blockbusters stupides, de l’homme dépressif inscrit à un stage de perfectionnement au suicide ou de la femme qui souffre d’un sulfureux dédoublement de la personnalité digne des Liaisons dangereuses, impossible de ne pas succomber à l’envie de connaître le pourquoi du comment (… et sa chute, bien sûr).

AVIS

À la recherche d’une ou de plusieurs nouvelles humoristiques pour le thème d’avril du Projet Ombre (humour), j’ai sauté sur ce recueil de nouvelles disponible en téléchargement libre sur NetGalley. Trois des nouvelles sont également proposées gratuitement en version audio sur Soundcloud, sous le titre Petites Histoires Curieuses, Cruelles et Cocasses).

Avant de parler brièvement de chacune des 20 nouvelles, je peux vous dire que le fil conducteur de l’humour est bien présent que ce soit de manière claire et nette ou plus subtile. L’auteur alternant entre cynisme, ironie, humour noir et parfois bien plus bon enfant… il y en a pour tous les goûts, ce que j’ai fortement apprécié, même si certains propos m’ont parfois gênée. Mais on peut imaginer que la désinvolture assumée avec laquelle sont traités certains sujets est également une manière de les dénoncer. Dans tous les cas, l’auteur possède indéniablement une belle plume qu’il sait moduler en fonction des thématiques et des effets recherchés.

Je me suis donc prise au jeu de ces nouvelles, étant à chaque fois impatiente de partir à la rencontre de personnages bien souvent hauts en couleur, parfois attachants, d’autres fois quelque peu antipathiques, énigmatiques, surprenants...  Aucun ne vous laissera donc indifférent. 

Que ce soit en raison des personnalités de chacun, de l’histoire ou des thématiques abordées, toutes les nouvelles ne m’ont pas forcément plu ou convaincue. J’ai donc décidé de les classer en fonction de mon appréciation globale, ce qui vous permettra éventuellement de porter attention aux textes qui m’ont semblé les plus prometteurs, à moins que vous ne préfériez vous concentrer sur ceux qui ne m’ont pas convaincue, mais qui pourraient tout à fait vous convenir…

Certaines chutes font leur petit effet, mais j’aurais peut-être apprécié que les fins soient plus marquantes. Ce n’est pas un point négatif en soi, juste l’expression de mon appétence pour les nouvelles à chute, car ce sont celles dont je me souviens le plus longtemps et que je trouve les plus savoureuses.

À noter que si l’humour est en trame de fond, il y a des thématiques qui reviennent régulièrement comme la famille, les problèmes conjugaux et l’art sous ses différentes formes.


TOP 3

L’étrange cas d’Anne Noblet : dès les premiers mots, j’ai su que j’allais adorer cette nouvelle et je ne m’étais pas trompée. À travers des extraits du carnet d’Anne Noblet et du journal du célèbre docteur Charcot, on assiste à une terrible bataille intérieure. Je préfère garder un certain mystère pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais avec cette nouvelle, l’auteur nous prouve son talent pour manier la langue française avec malice et poésie. Il possède, en outre, un côté théâtral qui n’a pas été pour me déplaire. Probablement ma nouvelle préférée de ce recueil !

Un courrier de ministre : afin de le remercier de ses trente ans de bons et loyaux services, la direction d’une entreprise de fromages nomme Auguste Directeur de la Qualité et du Suivi. Un titre ronflant dont notre directeur va assez vite découvrir la vacuité. Mais pas de panique, quand les lettres des clients se tarissent et qu’il n’a plus rien à faire, il va trouver une solution assez cocasse qui ne manque ni de charme ni d’originalité. Moins truculente que la précédente, l’intérêt de cette nouvelle réside, du moins pour moi, dans la personnalité attachante du protagoniste : un homme, puis un retraité entièrement dévoué à son entreprise, qui a su trouver un palliatif assez original à l’ennui et à la solitude.

Didascalies : une nouvelle particulièrement savoureuse dans laquelle un auteur dramatique à succès et reconnu dans le monde du théâtre règle ses comptes de manière aussi malicieuse qu’intelligente. S’il y avait une morale à cette histoire que j’ai adorée, ce serait bien « tel est pris qui croyait prendre« . Quand l’art se met au service d’une douce et pernicieuse vengeance…

ELLES M’ONT TOUCHÉE

Le Maître des mariages : passer du roi des mariages à celui des enterrements, il n’y a qu’un pas… qu’a franchi allègrement notre protagoniste. Après tout, n’est-il pas question d’émotion dans les deux cas ? Et avec son talent inné pour élaborer les plus exquises et touchantes playlist, on peut dire que notre maître des cérémonies sait en véhiculer de l’émotion… Si la chute m’a perturbée pour des raisons personnelles, j’ai apprécié ce voyage dans la vie d’un personnage qui a su donner une certaine beauté à la mort, et trouver dans la musique une forme d’ultime hommage, que ce soit volontaire ou non.

La femme dans l’ascenseur : il y a des gens pas physionomistes pour un sou et parfois inconvenants, du genre à vous fixer dans l’ascenseur ! De fil en aiguille, on suit les digressions et autres pensées d’une femme sur les autres personnes qu’elle rencontre, qu’elle côtoie, sur son fils, son mari qui n’est plus… jusqu’à la chute que l’on pressent arriver, et dont l’on devine les contours avant la fin, mais qui n’en demeure pas moins très touchante.

ELLES M’ONT PLU

Murano : une fois sa femme et sa fille parties vers d’autres horizons, notre narrateur a le temps de meubler son temps comme il le souhaite. Et c’est donc tout naturellement qu’il décide de le passer en compagnie… de son énorme lustre de Murano, objet de dissension dans son ancien couple, objet d’une étrange fierté pour lui. Entre tentatives d’apaisement, envie de flatter l’ego de cet objet surdimensionné et essais de conversations peu concluants, se noue une étrange relation, teintée d’absurde, entre un homme esseulé et un lustre personnifié en ami menaçant... Voici une nouvelle non dénuée d’humour et dont la chute, dans tous les sens du terme, fut brutale !

Quand j’arrivais à la Continental : ou quand le passé rattrape une ancienne star du cinéma français, dont le comportement sous l’Occupation rappelle que derrière le strass et les paillettes se cache parfois la plus ignoble des laideurs. Cette nouvelle, dans laquelle un homme est bien décidé à mettre une femme face à la vérité et à l’horrible personne qu’elle a été, ne devrait pas manquer de vous marquer. De fil en aiguille, le ton léger, presque badin, laisse place à un propos plus fort et acerbe qui nous replonge dans une période de notre histoire bien sombre… Mais les crimes ne restent pas tous impunis et l’heure de la vengeance a sonné !

Une courte apparition : quoi de mieux pour oublier la pénibilité d’un plateau de tournage loin de chez soi, et auprès d’un metteur en scène un peu trop familier et sûr de lui, qu’une brève mais marquante apparition ? En plus de cette ambiance magie du cinéma, ou plutôt tracas de la vie d’acteur, j’ai apprécié l’ironie qui se dégage d’une rencontre entre un acteur et une actrice dont la personnalité, dirons-nous avenante, est aux antipodes du rôle qu’elle interprète…

Je m’appelle Laura : dans cette nouvelle, on parle coming-out, tentative de suicide, pédophilie, réseaux sociaux... Des thématiques fortes, mais que l’auteur a su introduire dans un texte qui fait sourire grâce à la jeune narratrice, une enfant de 8 ans et demi qui a une vision assez naïve et très pragmatique des événements, rendant le tout assez cocasse. Pour ma part, j’ai trouvé le texte intéressant, et si je ne suis pas certaine que la manière dont les parents gèrent la situation soit la plus pertinente qui soit, j’ai, en revanche, apprécié qu’ils rappellent à leur enfant que le plus important est qu’il soit heureux.

Une loge aux Italiens : si Constance vit déjà comme une séance de torture l’Opéra qui se déroule sous ses yeux, contrairement à son mari et à une lointaine cousine qu’il veut déniaiser sur le plan artistique, il s’entend, ses sentiments ne s’améliorent guère quand elle est frappée par l’évidence. J’ai aimé le retour dans le passé, la maîtrise avec laquelle l’auteur décrit le drame qui se joue sur scène, mais aussi dans la vie d’une femme rattrapée par les années et la jeunesse d’une nouvelle fleur prête à éclore.

Rock Critic : un critique de rock pas tendre avec les groupes et artistes dont il n’apprécie pas la musique, et c’est un euphémisme, va faire une désagréable rencontre, une de celles qui frappent, avant de faire la connaissance de figures emblématiques du rock que tout le monde croyait disparues. Si j’ai deviné la chute avant la fin, j’ai apprécié le mordant de la nouvelle et le ton cinglant des avis de notre critique et de son acolyte. Un duo qui dit ce qu’il pense et sans y mettre les formes !

J‘ai tout raté : de quoi peut bien de plaindre un parolier richissime solidement installé ? De ne pas être pris au sérieux par des personnes qui refusent de reconnaître son talent pour écrire des œuvres plus nobles que des chansons populaires. Mais ça, c’était avant d’avoir une idée de génie… Une idée impliquant un homme d’abord réticent, puis franchement enthousiaste. Il faut dire que si l’échange de procédés n’est pas sans risque, il  n’en demeure pas moins très tentant. En effet, difficile de résister à la gloire et à la reconnaissance de ses pairs même si elles sont temporaires ! Je n’aurais pas été contre quelques pages de plus, et une fin avec plus de panache, mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier cette nouvelle.

Le suicide est un sport trop risqué (pour qu’on l’autorise à ceux qui ne l’ont encore jamais pratiqué) : si en France, la question du suicide assisté demeure un sujet tabou, ici l’auteur prend le contre-pied en abordant cette thématique de manière décomplexée. Notre narrateur en assez de la vie ? Pas de souci, une solution lui est proposée en la forme d’un stage de préparation au suicide. Parce que quitte à laisser la vie derrière soi, autant le faire avec panache ! Au programme, étude des différentes voies de sortie : pendaison, arme à feu, arme blanche, noyade… Il n’y a plus qu’à faire son choix. Mais notre protagoniste est-il certain de vouloir tirer sa révérence ? Cette nouvelle ne manque pas de cynisme et sa chute d’une ironie cinglante m’a beaucoup plu.

Première nouvelle ! : un jeune auteur de 72 ans, notre protagoniste aime la formule, laisse cours à sa fibre créatrice et écrit sa première nouvelle, dont nous avons la chance de lire des extraits. Il imagine la réception de son texte, les invitations pour en parler, mais aussi les critiques, avant d’en tirer une certaine conclusion… En voici une nouvelle qui nous plonge avec aplomb dans les affres de la création et nous prouve qu’on n’est jamais plus critique qu’avec soi-même !

SYMPATHIQUES MAIS IL M’A MANQUÉ UN PETIT QUELQUE CHOSE

Paradis Terrestre : Léopold, homme quelque peu certain de ses qualités, a une vie et des nuits parfaitement ordonnées, millimétrées et organisées, du moins jusqu’à ce qu’un grain de sable ne vienne enrayer une machine pourtant bien huilée… J’ai surtout apprécié cette nouvelle pour la nature et la personnalité du grain de sable dont le passé difficile nous est progressivement dévoilé. Quant à la fin, sans offrir une chute rocambolesque, elle m’a bien plu et promet des instants difficiles pour Léopold.

Sparadrapbien plus longue que les autres, cette nouvelle nous présente différents personnages qui, comme on le découvre en cours de lecture, sont tous liés. J’ai tout de suite ressenti un certain attachement pour Monsieur Paul, un vieillard peut-être pas si ronchon que cela, et pour Sparadrap, surnom donné à une infirmière qui panse les cœurs en plus des corps. J’ai un peu moins été touchée par sa petite amie, Laura et encore moins par La Pieuvre, le patron aux mains baladeuses de Laura. De fil en aiguille et au gré de leurs péripéties, bien souvent surprenantes, les liens entre ces différents personnages se resserrent, permettant à chacun d’évoluer… J’ai néanmoins été moins convaincue par le chapitre 4 qui m’a paru « too much ». C’est bien sûr personnel, mais je pense que j’aurais gardé un bien meilleur souvenir de cette nouvelle si elle s’était arrêtée à un événement qui marquait autant une fin qu’un commencement, d’autant que certains revirements de personnalité m’ont semblé forcés et incohérents. On notera néanmoins la construction originale de cette nouvelle autour de plusieurs chapitres, dont chacun porte un intitulé plutôt parlant et non dénué d’humour. 

Laurel Canyon : actrice de théâtre au début de carrière prometteur, Laurel passe maintenant ses journées à jouer seule devant un fond vert pour une superproduction Marvel, auprès de grandes stars qu’elle ne côtoie quasiment pas. Il y a plus stimulant dans la vie d’une actrice ! Mais finalement, n’est-ce toujours pas mieux que de rentrer chaque soir pour retrouver une famille avec des problèmes qui, hélas, ne se règlent pas à coup d’effets spéciaux ? Il y a un certain désabusement dans ce texte qui, en plus de pointer l’évolution du métier d’acteur de cinéma, a le mérite de montrer que les acteurs et actrices sont des personnes comme les autres…

Quelqu’un a vu Jack ? : en assistant à une scène gênante, mais à l’étrange pouvoir hypnotique, notre protagoniste n’aurait jamais pensé être frappé par un sentiment duquel il s’était toujours tenu à l’écart, avant de renouer de la plus incongrue des façons avec une vieille connaissance. Le hasard a parfois des coïncidences qu’il est préférable de ne pas questionner, mais plutôt de savourer. La nouvelle est bien écrite, mais j’avoue que tout ce qui touche aux relations de couple ne m’intéresse guère… J’ai néanmoins apprécié la manière dont l’auteur a su nouer habilement présent et passé.

ELLES M’ONT LAISSÉE INDIFFÉRENTE

Tu me manques : pas facile d’essayer de suivre une série d’enquêtes so british à la télé tout en tentant vaguement de répondre à une ex plaintive au téléphone, tout ça pendant que votre compagne prépare un gratin dans la cuisine… Mais quand il faut, il faut. Je n’en dirai pas plus, n’ayant pas particulièrement accroché à cette nouvelle.

Et qu’on parle un peu de lui... : on alterne entre trois personnages : la femme trompée pour la énième fois, le mari volage et complètement indifférent au mal qu’il fait à sa femme, et la dernière maîtresse en date bien dépitée de ne pouvoir présenter son amant à ses parents. C’est que ça ne se fait pas ! Si comme pour les autres nouvelles, la touche d’humour est appréciable, la thématique principale et son traitement ne m’ont pas passionnée et l’absence de chute ne m’a pas permis de terminer la lecture sur une note plus positive…

Je remercie l’auteur, la maison d’édition et NetGalley pour cette lecture.

Nouvelles à chute, collectif #ProjetOmbre

N° 59 Nouvelles à chute

Sélectionnée pour la particularité de sa chute, chacune des nouvelles de ce recueil peut vous réserver une surprise si vous vous laissez guider par l’auteur… ou vous entraîner dans un véritable défi intellectuel si vous décidez de ne pas vous laisser surprendre.
Grâce à ces textes contemporains d’auteurs prestigieux, les élèves découvriront avec plaisir le genre de la nouvelle et pourront se familiariser avec les notions propres au récit. Idéal en début d’année de troisième ou de seconde pour motiver les élèves à être attentifs aux moindres indices dès leur première lecture, gageons que ce recueil original les fera également renouer avec un certain plaisir de lecture… Situé en fin d’ouvrage, l’appareil pédagogique complet est suivi d’une interview exclusive d’Anna Gavalda.

MAGNARD (19 novembre 2008) – 101 pages – Poche (5,20€)

AVIS

C’est grâce au Projet Ombre que j’ai eu envie de sortir de ma PAL ce recueil de six nouvelles provenant de six auteurs différents.

  • Happy Meal d’Anna Gavalda :

Un garçon emmène une fille manger à l’extérieur. Dans une chic brasserie ? Non, dans un commun et criard McDonald’s dont le narrateur préfèrerait n’avoir jamais eu à franchir les portes. Mais que ne ferait-on pas par amour ? Alors si la fille veut manger McDo, la fille mangera McDo. N’étant pas une grande amatrice de la célèbre chaîne de restauration rapide, j’ai quelque peu compati au malheur de notre narrateur, bien que son dégoût de l’endroit m’ait quand même semblé excessif ! Au fil des pages, on sent sa volonté de faire plaisir et de rendre heureuse, jour après jour, la personne avec laquelle il partage son repas.

Fichier:Mcdonalds France 2009 logo.svg — Wikipédia

Puis, vient la chute qui m’a totalement prise de court. Oui, il y avait un indice, voire des indices, à côté desquels je suis passée en lectrice trop impatiente que je suis. Mais à bien y penser, si la surprise est totale, je ne peux m’empêcher de ressentir un certain malaise devant la manière dont l’autrice joue sur deux registres différents de l’amour. Pour ma part, ils n’ont rien à faire ensemble et la confusion dans laquelle nous plonge l’autrice flirte dangereusement avec le malsain. Alors, oui la nouvelle est bien écrite, nous trompe et nous sature de sensations, mais je pense qu’il y a des frontières avec lesquelles il est préférable de s’abstenir de jouer.

  • Pauvre petit garçon ! de Dino Buzzati :

Dolfi, surnommé méchamment, et sans une once de compassion, Laitue par les autres enfants, est un petit garçon frêle, chétif et bien solitaire. Mais une petite étincelle d’espoir s’allume en lui quand les autres enfants semblent s’intéresser à son nouveau fusil. Et si ce jouet sans grande valeur lui ouvrait les grandes portes de l’amitié ? Touchante et émouvante, cette nouvelle joue avec nos émotions et notre compassion, l’auteur nous dépeignant le triste de sort d’un enfant de cinq ans dont la différence est moquée et sanctionnée, sous l’indifférence effrayante de sa mère…

Portrait, Enfant, Mains, Cacher

  • Continuité des parcs de Julio Cortàzar :

Je ne connaissais pas du tout cet auteur, mais cette courte nouvelle m’a donné très envie de me plonger dans ses écrits. J’ai adoré la manière dont il mélange amour des livres, éléments de livres policiers et pointe de fantastique. Quant à la chute, elle est remarquable, notamment par ce renversement de situation qu’elle introduit et cette sorte d’histoire dans l’histoire qu’elle nous permet de vivre.

Escalier, Spirale, L'Architecture

  • Lucien de Claude Bourgeyx :

Quelle est cette sorcellerie qui vous fait passer de la béatitude la plus totale à la douleur la plus vive, qui ne peut se vivre qu’au plus profond de son être ? Et si ce n’était pas de la sorcellerie, mais la plus simple des natures ? Difficile d’en dire plus devant une nouvelle aussi courte, si ce n’est que la chute est efficace et amenée avec autant de concision que d’efficacité !

  • Iceberg de Fred Kassak :

Quel drame d’aimer sans être aimé de retour ! Ce n’est pas Bernard qui vous dira le contraire… Épris d’Irène, une femme rencontrée fortuitement, il n’a pas réussi à exprimer ses sentiments et à lui faire comprendre qu’il aimerait dépasser le stade de la simple amitié. Ce dont il rêve lui, c’est d’une vie aux côtés d’Irène. Malheureusement pour lui, il y a Georges, le trop présent et pesant Georges qui empêche Bernard de passer tout son temps libre avec l’élue de son cœur, et ainsi d’accéder à l’état de grâce tant désiré. Mais Bernard, derrière son apparente placidité, n’a pas dit son dernier mot. La guerre est ouverte et tous les coups sont permis !

Iceberg, L'Antarctique, Polaires, Bleu

J’ai apprécié de voir la tension monter crescendo et la manière dont notre vision du protagoniste évolue au fil des mots. La compassion cède à l’effroi devant sa détermination froide et implacable, que rien ne semble pouvoir ébranler. Quant à ma chute, elle est redoutable ! L’illusion avec laquelle l’auteur joue n’est pas sans rappeler un peu celle d’Anna Gavalda, mais en le faisant à travers un personnage extérieur, il évite tout le côté malsain de la démarche.

  • Quand Angèle fut seule de Pascal Mérigeau :

Angèle est contrariée : il est déjà difficile d’enterrer son mari sans devoir en plus croiser la catin du village, qui semble avoir cru bon de faire le déplacement jusqu’au cimetière. Difficile de vous parler de cette nouvelle sans vous en délivrer le thème principal et donc la chute, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai apprécié la voie vers laquelle l’auteur nous entraîne. Les années ont beau passer, certaines choses ne changent jamais et demandent parfois que l’on prenne la situation en main… pour le meilleur et pour le pire !


À noter que cet ouvrage étant destiné aux scolaires, il est agrémenté d’un après-texte pour chaque nouvelle avec des questions et quelques rappels, notamment sur les différents types de narration, de poèmes à chute et d’une interview d’Anna Gavalda. Si ce n’est pas ce qui m’intéressait en découvrant ce recueil, j’ai néanmoins feuilleté ces différents ajouts, et plus particulièrement les poèmes.

En conclusion, voici six nouvelles très différentes les unes des autres, mais liées par un certain art de la chute ! Toutes très courtes, elles se lisent avec plaisir et permettent d’aborder différents thèmes allant de la jalousie à l’amour familial en passant par la vengeance. Un recueil simple et agréable à lire qui m’aura donné envie de partir à la découverte de certains auteurs comme Julio Cortàzar, dont j’ai très fortement apprécié le style.

Mini-chroniques en pagaille #29

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


Toutes ces nouvelles, téléchargeables gratuitement sur Amazon, ont été lues dans le cadre du challenge Le mois des nouvelles et du Projet Ombre 2021

  • 41 unités temporelles, Anthony Boulanger

41 unités temporelles par [Anthony Boulanger]

Ayant le profil psychologique idéal, le colonel Perry a été sélectionné pour effectuer une mission confidentielle de la plus haute importance et dont les retombées scientifiques sont des plus excitantes. Mais si le militaire reste peu réceptif aux explications scientifiques qu’on lui donne, on ne peut s’empêcher de se dire qu’il devrait peut-être rester attentif et se poser quelques questions quant aux contours précis de sa mission…

J’ai apprécié la tension que l’auteur instaure avec un jeu efficace sur le temps et cette sensation que quelque chose de dangereux se profile. J’ai également trouvé intéressante la manière dont il insiste sur le profil psychologique du colonel Perry, nous donnant le sentiment que rien dans cette histoire n’est du au hasard… Quant à la révélation, elle a un côté cynique qui correspond assez bien aux modèles économiques en vigueur dans nos sociétés.

En bref, voici une nouvelle qui se lit rapidement et qui, bien que très courte, ne manquera pas de captiver les lecteurs.

  • Au bon vieux temps, Raymond Milési :

Au "Bon vieux temps" par [Raymond Milési, Michel Borderie]

Difficile de trouver un titre plus approprié pour cette courte nouvelle qui nous transporte dans les pensées d’un homme isolé sur une planète dont on ne sait rien, si ce n’est qu’elle n’est pas la Terre.

Mais peu importe puisque notre narrateur la fait revivre à travers ses souvenirs, mais aussi les espoirs qu’ils placent dans l’arrivée de nouveaux colons. Quand enfin ils seront là, cette solitude qui semble sienne pourra s’envoler au profit de repas partagés, de rires, de chaleur humaine et du retour du « bon vieux temps »…

De la nostalgie d’un passé révolu et condamné aux espoirs d’un homme dont la solitude émeut, voici une nouvelle qui, en quelque pages, arrive à transmettre beaucoup d’émotions tout en poussant les lecteurs à s’interroger sur la Terre et  la propension de l’homme à la violence et à la destruction.

  • Tous les robots s’appellent Alex, Jean Bury

Tous les robots s’appellent Alex par [Jean Bury]

Quand les robots et les intelligences artificielles sont bien souvent présentés comme les destructeurs de l’humanité, ils ont ici tenté de la sauver sans grand succès. Un virus a ainsi éradiqué tous les hommes qui n’ont laissé derrière eux qu’un vaisseau spatial habité par une intelligence artificielle, Père, et sa créature, un cyborg de quatorze ans qu’il élève comme un humain. Ainsi, si les hommes ont disparu physiquement, Père est, quant à lui, bien décidé à poursuivre sa mission et à sauvegarder le souvenir de leur existence et de leurs us et coutumes.

C’est d’ailleurs dans ce but qu’il a créé et conditionné Alex, mais de fil en aiguille, ce dernier va en venir à s’interroger sur la notion d’humanité et la pertinence de préserver le souvenir d’un monde déchu depuis des siècles. Des questions qui en appellent d’autres et qui vont le conduire sur un chemin dangereux, celui de la vérité.

J’avais très vite anticipé le secret que va mettre à jour Alex, mais cela ne nuit en rien au plaisir que l’on prend à suivre ce jeune cyborg dans ses questionnements et à le voir interagir avec son créateur. Une relation créature/machine qui se révélerait presque touchante même si c’est finalement Alex qui émeut le lecteur de par sa solitude, ses besoins de réponse et le poids des responsabilités qui pèsent sur ses épaules…

En bref, voici une nouvelle fort immersive qui ne manquera pas de vous faire réfléchir sur de nombreux thèmes comme la notion d’humanité et le rapport homme/IA/machine. Mon seul petit regret est ne pas en savoir plus sur l’après, sur le nouveau chemin emprunté par un protagoniste qui a compris que vivre, ce n’est pas simplement exister.

  • Notre Mère, Philippe Deniel

Notre Mère par [Philippe DENIEL]

Nous suivons ici une escouade dépêchée pour accoster un navire-colon, l’Amerigo Vespucci, mais à bord, tout ne se passera pas comme prévu, et ce qui aurait dû être une classique mission va prendre une tournure inattendue. En plus des Déchus que les Chevaliers, accompagnés d’un shaman, sont venus détruire, le navire semble abriter une autre entité.

Quant à découvrir sa nature, il vous faudra lire cette courte nouvelle dans laquelle la tension monte crescendo. En plus de l’hostilité des Chevaliers envers le shaman qu’ils considèrent comme une abomination malgré son savoir-faire, une menace bien plus grande semble être sur le point d’être démasquée à moins que…

J’ai beaucoup apprécié cette nouvelle dont la fin m’a vraiment surprise, et m’a prouvé que, d’une part, ceux qui aboient ne sont pas forcément ceux qui mordent, et que d’autre part, certains sont prêts à tout pour combler une Mère extrêmement possessive !

  • Sale temps pour un mutant, Guillaume Sibold

Sale temps pour un Mutant par [Guillaume Sibold]

Dans une ambiance de fin du monde, nous suivons un mutant qui tente, tant bien que mal, de survivre durant une nuit sanglante où les Jack-O’ sont de sortie.

Ces monstres, pourtant faits de chair et de sang, terrorisent chaque année, durant une seule et unique nuit, tout le monde : des mutants ayant subi des transformations physiques aux pillards en passant par les créatures peu ragoûtantes qui hantent les recoins de la ville, une fois la nuit tombée.

L’auteur instille, page après page, pas après pas, une bonne dose d’horreur à travers cette bande déguisée et violente qui traque et massacre leurs proies. Et quand ce n’est pas entre les mailles de leur filet que notre mutant doit passer, c’est entre celles d’une créature qui, heureusement pour lui, possède un étrange et intéressant point faible.

Si vous aimez ressentir cette bouffée d’angoisse qui monte à mesure que se tournent les pages, vous allez apprécier cette nouvelle qui donne l’impression déstabilisante de devoir, aux côtés de notre protagoniste, lutter pour sa survie dans un monde post-apocalyptique digne d’un bon film d’horreur.

Et vous, lisez-vous parfois des nouvelles et/ou de la science-fiction ?
Certaines de ces nouvelles vous tentent-elles ?

La belle et le grenadier, Philippe Laperrouse

La Belle et le Grenadier par Laperrouse

À l’été 1813, un grenadier de l’armée De Napoléon, Rigobert, meurt sur le champ de bataille à Dresde. Quelques jours plus tard une jeune provinciale, Pauline, décède lors d’un bal donné par l’Impératrice.

Au moment de leurs morts, les deux jeunes gens sont interpellés par les voix de leurs ancêtres respectifs. Pauline et Rigobert sont transformés en fantômes chargés de retrouver un trésor dissimulé par le Templier.

La recherche va durer deux siècles, ce qui conduira Rigobert et Pauline à traverser plusieurs époques historiques.

Librinova (5 octobre 2020) – 103 pages – Papier (11,90€)

AVIS

Sous fond de chasse au trésor, l’auteur nous fait traverser les époques auprès de deux personnes mortes en 1813 et transformées en fantômes. Si cette chasse au trésor va rythmer leur vie spectrale, c’est bien plus sur demande de leur ancêtre respectif que pour répondre à une quelconque velléité d’enrichissement post-mortem.

Rigobert, grenadier dans l’armée napoléonienne, est quelque peu décontenancé par la demande de son ancêtre, un Templier, de retrouver son trésor. Il faut dire que mourir, être transformé en fantôme et sommé de poursuivre une quête, qui s’annonce bien ardue, a de quoi déstabiliser même le plus courageux et averti des soldats ! Mais étrangement, Pauline, pourtant bien moins expérimentée dans la vie, semble prendre la situation avec beaucoup plus de sérénité. Elle se met d’ailleurs très vite au travail afin de satisfaire sa propre ancêtre, Isabeau, qui lui a également demandé de trouver le trésor du Templier.

Dès le départ, l’auteur frappe fort avec un suspense autour d’un trésor dont on ignore bien des choses, de l’emplacement à la nature en passant par les motivations ayant conduit deux défunts à exhorter leur descendance respective à le retrouver. De fil en aiguille, le mystère autour du trésor s’épaissit et soulève un certain nombre de questions auxquelles nos deux protagonistes sont bien décidés à répondre… Cette quête de vérité va les conduire sur un chemin plus personnel puisqu’au gré de leurs découvertes, ils vont retracer l’histoire du Templier et d’Isabeau, une histoire qui semble comporter sa part de mystère et de drame. C’est peut-être d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai tant apprécié la fin et sa belle note d’espoir qui nous donne le sentiment que si trésor il y a, ce n’est pas forcément celui auquel on pense.

Très différents l’un de l’autre, Rigobert et Pauline se sont révélés tous les deux, et à leur manière, plutôt attachants et intéressants. J’ai adoré les suivre chacun de leur côté dans leur mission, et voir comment leur route allait se croiser à de multiples reprises, avant de prendre une direction plutôt inattendue. J’ai, en outre, été touchée par ces deux êtres qui n’ont pas vraiment eu l’occasion de profiter de la vie de leur vivant. Rigobert était bien trop occupé à semer la mort sur les champs de bataille et à éviter de passer de vie à trépas, quand la santé fragile de Pauline ne lui a pas vraiment permis de profiter de sa prime jeunesse…

J’ai également aimé l’originalité avec laquelle l’auteur pense la figure du fantôme. Sous sa plume, ces derniers, qui ne perçoivent pas le temps de la même manière que le commun des mortels, peuvent choisir ou non d’apparaître devant autrui et toucher des objets. Mais ce n’est là qu’un perçu de leurs capacités qui se révéleront plutôt utiles et efficaces pour les aider à mener à bien une mission délicate qui les fera traverser les couloirs du temps...

D’ailleurs, les amateurs d’Histoire devraient apprécier les brèves incursions dans différents épisodes et périodes de l’histoire de France comme l’exil de Napoléon. À travers le personnage de Rigobert, qui a dédié sa vie à Napoléon et à la nation, on ressent le climat de défiance envers l’ancien Empereur fort vite désavoué par des gens qui n’ont probablement pas hésité, par le passé, à l’encenser… De la même manière, l’auteur nous offre une petite plongée intéressante dans l’histoire des Templiers, des moines-soldats de légende qui n’ont pas manqué de marquer les esprits.

Quant à la plume de l’auteur, je l’ai trouvée fort agréable d’autant que Philippe Laperrouse n’hésite pas à ajouter, par-ci, par-là, quelques touches savoureuses d’humour. Il y a ainsi quelques réparties et scènes qui m’ont fait sourire. Je pense notamment aux passages avec un archiviste très décontenancé par nos deux fantômes. Il faut dire que pour lui qui ne voit jamais personne de la journée, l’arrivée d’un ancien grenadier de l’armée napoléonienne en uniforme et d’une belle femme bien apprêtée brise quelque peu ses habitudes.

En conclusion, La belle et le grenadier est une sympathique aventure pleine de mystère qui, sous couvert d’une fascinante et troublante chasse au trésor, vous permettra de traverser les siècles auprès de deux personnages/fantômes que tout oppose, mais qui se révéleront tous les deux très attachants. Un moment de lecture rapide et divertissant mêlant grande et petite histoire.

Je remercie Philippe Laperrouse de m’avoir envoyé son livre en échange de mon avis.
Vous pouvez télécharger gratuitement le livre sur Amazon et/ou le retrouver en format papier sur le site.

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Projet Ombre 2021 : vive les formats courts ! #challengelittéraire

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Cette année, c’est OmbreBones qui reprend The Maki Project, un challenge littéraire mettant à l’honneur les formats courts. Le challenge, devenu le Projet Ombre 2021, connaît quelques changements comme l’ajout de missions mensuelles afin de pimenter l’expérience de lecture et stimuler les participants. Un ajout que, pour ma part, je trouve fort sympathique d’autant qu’à l’issue du challenge, quelques livres seront à gagner.

Parmi les différents niveaux proposés, je me suis inscrite au doublé de l’ombre qui consiste à lire au moins deux nouvelles par mois. Un défi qui me semble accessible et pas trop contraignant… À noter également que cette année, vous n’êtes pas obligés de rester cantonnés au domaine de l’imaginaire puisque tous les genres sont acceptés. Une liberté de choix que j’apprécie et qui ouvre le challenge à de nouveaux lecteurs.

Pour toutes les modalités de participation et les inscriptions, je vous invite à découvrir l’article d’OmbreBones qui, je l’espère, vous donnera envie de découvrir un format qui me semble encore peu plébiscité en France même si les choses commencent à évoluer !

Je n’ai pas fait de PAL précise, mais ayant, ces dernières années, accumulé les nouvelles individuelles et les anthologies, je ne devrais pas avoir du mal à trouver de quoi alimenter mes chroniques.

Anthologies nouvelles - Projet Ombre 2021

Pour ceux qui lisent en numérique et qui souhaiteraient participer, mais qui restent frileux à l’idée d’investir dans des formats courts, je vous invite à vous tourner, dans un premier temps, vers les offres gratuites. Par exemple, le webzine l’Indé Panda vous propose régulièrement une sélection de nouvelles dans des genres variés (science-fiction, contemporain, fantasy…). Les textes sont de qualité et m’ont déjà réservé de très bonnes surprises !

Et vous, pensez-vous participer à ce challenge ?