Daughter of the Pirate King, Tricia Levenseller

Couverture Daughter of the Pirate King, book 1

There will be plenty of time for me to beat him soundly once I’ve gotten what I came for.

Sent on a mission to retrieve an ancient hidden map—the key to a legendary treasure trove—seventeen-year-old pirate captain Alosa deliberately allows herself to be captured by her enemies, giving her the perfect opportunity to search their ship.

More than a match for the ruthless pirate crew, Alosa has only one thing standing between her and the map: her captor, the unexpectedly clever and unfairly attractive first mate, Riden. But not to worry, for Alosa has a few tricks up her sleeve, and no lone pirate can stop the Daughter of the Pirate King. 

AVIS

Il me suffit de voir le mot pirate dans un titre pour me tenter et si en plus, on parle de femme pirate… Alosa est la fille du roi des pirates, un homme impitoyable qui contrôle les mers et plus ou moins les terres… Ce dictateur en puissance semble pourtant avoir la plus totale dévotion de la part de sa fille qu’il a chargée d’une mission : mettre la main sur une carte afin de se rapprocher d’un trésor très convoité. Et pour ce faire, Alosa a dû consentir à faire semblant de se laisser capturer et emprisonner par l’un des nombreux ennemis de son père, sa mainmise sur le monde des pirates ne faisant pas l’unanimité. Et c’est un euphémisme !

Alosa m’a paru au début un peu trop sûre d’elle, voire quelque peu fanfaronne, mais au fil des pages, ce trait de caractère s’amenuise fortement. Une évolution qui m’a permis d’apprécier cette jeune fille de 17 ans, qui ne vit que pour obtenir l’approbation dun père pourtant peu aimant et, surtout, maltraitant. Ainsi, de fil en aiguille, on découvre la cruauté de cet homme qui ne semble voir en sa fille qu’une arme destinée à servir ses rêves de grandeur et ses intérêts. Une réalité qu’Alosa se refuse obstinément à voir, ce que l’on peut comprendre, son père étant sa seule et unique famille. Mais loin d’être une frêle chose aux mains d’un tyran, c’est une jeune fille forte, obstinée et déterminée, qui a su se faire une place dans le monde des pirates, au point d’avoir déjà un bateau et un équipage presque entièrement féminin sous ses ordres.

Ses aptitudes de combattante ajoutées à sa force de caractère lui jouent parfois des mauvais tours, mais c’est aussi ce qui lui permet de ne pas flancher dans sa mission. Parce que se retrouver aux mains de l’ennemi, cela demande quand même une bonne dose de confiance en soi ! Mais ce que n’avait pas prévu Alosa, c’est de devoir affronter un jeune pirate qui ne joue pas selon les mêmes règles du jeu que les autres. Contrairement à elle, Riden ne tire aucune satisfaction de son statut de pirate, et l’on devine que si ce n’était pas pour soutenir son frère devenu le capitaine du bateau, il aurait préféré suivre un autre chemin…

La relation entre Riden et son frère est intéressante, les deux étant très proches malgré leurs différences de caractère, mais c’est la relation entre Riden et Alosa qui fera sourire et frémir d’impatience les lecteurs. Alosa lui mène la vie dure n’hésitant pas à se rebeller et à le titiller à la moindre occasion, voire à se comporter comme une véritable chipie. Mais très vite, on sent une certaine alchimie entre ces deux jeunes pirates qui ont déjà vécu beaucoup de choses difficiles, notamment de la part de leur père respectif. J’ai adoré les voir se chamailler et se rapprocher, d’autant qu’Alosa va faire de son mieux pour lutter contre son attirance naissante. La fille du roi des pirates n’a pas de temps à perdre avec une amourette, une mission l’attend !

Et mieux vaut pour elle la réussir, parce que son père n’apprécie guère d’être déçu, et encore moins par elle. Alosa m’a paru parfois un peu naïve dans l’exécution de sa mission. Par exemple, jamais elle ne se demande comment elle arrive à sortir de sa prison la nuit et à fouiller un bateau plein de pirates sans être surprise… Mais j’ai apprécié de la voir se triturer les méninges pour tenter de trouver cette satanée carte, quitte à devoir utiliser des capacités qu’elle redoute. Car loin de n’être qu’une simple fille de pirate, Alosa porte en elle une dualité que l’autrice commence véritablement à exploiter dans la dernière partie du roman. Je n’en dirai pas plus, mais c’est un aspect que j’ai adoré et qui, je l’espère, sera encore plus présent dans le deuxième et dernier tome !

Le niveau d’anglais étant plutôt accessible, j’ai lu le roman rapidement, emportée par le jeu du chat et de la souris entre Alosa et Riden, mais surtout par ce monde de la piraterie que j’affectionne tant. On reste dans un livre young adult avec un univers qui aurait mérité d’être enrichi, mais si vous aimez les intrigues avec plein de pirates, qui se déroulent en grande partie sur un bateau avec son lot de promiscuité, ce roman devrait vous plaire. J’ai, en outre, aimé qu’Alosa ne soit pas une femme cruelle et insensible, mais qu’elle n’hésite pas à faire couler le sang et à trancher des gorges quand elle le juge nécessaire, ou quand la situation l’impose. Cela me semble important de ne pas édulcorer la réalité derrière le mot pirate…

J’aurais néanmoins apprécié que Riden soit un peu plus charismatique, puisqu’il m’a paru parfois timoré sans ses réactions. Mais cela ne l’en rend que plus attendrissant et nous montre à quel point, il n’a pas sa place sur un bateau pirate. Quant à son frère qu’il aime tant et fait de son mieux pour protéger, il m’a paru exécrable, mais on sent en lui un certain potentiel. Espérons d’ailleurs que dans le tome suivant, l’autrice donne un peu plus de place et de relief aux personnages secondaires, qui, ici, manquent peut-être un peu de consistance, tout en étant assez remarquables pour susciter des émotions et réactions chez les lecteurs.

En conclusion, Daughter of the Pirate King fut une très agréable et distrayante lecture, mêlant habilement romance entre deux personnages qui aiment à se chamailler et monde de la piraterie avec son lot de sang, de manipulations et de trahisons. Alors si vous avez envie de voguer en mer depuis le confort de votre canapé, et de suivre une princesse pirate de caractère dans ses (més)aventures, ce roman devrait vous plaire !

Challenge Romantasy 2021 : l’heure du bilan !

Femme, Bateau, Ciel, Coucher De Soleil

Pour rappel, du 15 février au 15 avril, j’ai participé à la première édition du Challenge Romantasy, un challenge mélangeant romance et fantasy créé par booktubeuse Nina Quill.


Si j’ai parfois un peu dévié de ma PAL de départ, j’ai néanmoins réussi à remplir les 10 catégories du challenge. Et je dois dire que mon bilan est globalement des plus satisfaisants, n’ayant eu qu’une grosse déception : Captive. Une réécriture des contes des Milles et une Nuits dont j’attendais beaucoup, mais qui n’a pas su me convaincre.

À l’inverse, j’ai adoré relire Sans âme dont j’apprécie toujours autant l’humour, j’ai pris plaisir à lire le tome 2 d’Ivy Wilde, une sorcière rigolote et haute en couleur et à découvrir des livres qui me tentaient énormément comme Le Royaume Assassiné, Psi-Changeling et un roman dont j’aime beaucoup la couverture, Astre-en-Terre.

Sans être désagréables, trois livres ne me laisseront pas un souvenir impérissable : Léa Bacal dont j’ai d’ailleurs tout oublié ou presque, Flowers for Seri que j’aurais probablement adoré ado et Crimson Spell. En ce qui concerne ce manga, j’ai aimé l’histoire et les illustrations, mais j’ai été gênée par le fait que la relation entre les héros soit basée sur des viols répétés et banalisés… Sans cette relation problématique, le manga aurait rejoint mes bonnes lectures.

En conclusion, j’ai été ravie de participer à cette première édition du Challenge Romantasy et croise les doigts pour que d’autres éditions suivent, parce que je me suis rendu compte que le mélange romance et fantasy marche vraiment bien avec moi.

Et vous, avez-vous participez ?
Quel est votre bilan ?
Quelle a été votre plus belle découverte durant le challenge ?

Captive, tome 1 : Les nuits de Shéhérazade, Renée Ahdieh

Couverture Captive, tome 1 : Les nuits de Shéhérazade

Même consciente du terrible sort qui l’attend, Shéhérazade se porte volontaire pour épouser le jeune calife Khalid Ibn al-Rashid. Même si elle sait qu’elle est promise à la mort au lendemain de ses noces, elle est prête à tout pour venger son amie Shiva, l’une de ses récentes épousées. Pour cela, elle doit d’abord gagner du temps, en narrant des contes à rallonge au calife. Chaque jour est une menace de mort et la jeune fille échappe plusieurs fois à l’exécution. À l’extérieur, les proches de Shéhérazade préparent le sauvetage de la jeune fille. Shéhérazade n’oublie pas qu’elle doit mettre au point une stratégie pour tuer celui qui est désormais son époux. Mais c’est sans compter l’amour qu’elle se met peu à peu à éprouver pour Khalid…

Hachette Romans (30 septembre 2015) – 448 pages

AVIS

Captive fait partie de ces romans que j’aurais adoré aimer, mais qui ne m’ont hélas pas convaincue malgré quelques atouts et bonnes idées. Entre l’ennui, les facilités, le manque de développement des personnages, des comportements invraisemblables et incohérents, un manque de profondeur… j’ai eu beaucoup de mal à prendre plaisir à ma lecture. Je dois d’ailleurs avouer que si je n’avais pas entrepris de lire ce roman dans le cadre de différents challenges littéraires, je l’aurais abandonné sans aucun regret.

Il faut dire qu’une scène au début du roman m’a d’emblée braquée et très fortement agacée. Shéhérazade, pour se venger du meurtre de sa meilleure amie, se porte volontaire pour épouser son assassin, le calife Khalid. Un calife qui a tendance à tuer chacune de ses nouvelles épouses le lendemain du mariage sans que personne, ou presque, ne sache pourquoi. Alors qu’elle le déteste, qu’elle en aime déjà un autre, qu’elle est vierge, et que le calife lui explique bien qu’il ne s’attend pas à ce qu’elle lui donne son corps en plus de sa vie, Shéhérazade s’offre à lui ! Cet acte est un exemple parmi tant d’autres de comportements complètement incohérents, soit par essence soit par manque d’explications et de développement comme si l’autrice n’allait jamais vraiment au bout de ses idées.

Tout va trop vite et semble suivre une logique inaccessible aux lecteurs, ce qui se traduit notamment par une romance éclair et donc peu réaliste. Shéhérazade déteste Khalid qu’elle considère comme un monstre sans cœur mais ses réserves s’envolent fort vite, ce qui fait que ses tergiversations quant à ses sentiments me sont complètement passées au-dessus de la tête. Je n’ai pas cru un seul instant en ses doutes ni à son dilemme moral quant à savoir si elle était en droit d’aimer un assassin implacable, a fortiori l’assassin de sa meilleure amie. On est loin de la profondeur de la relation entre Céphise et l’Ombre dans les Brumes de Cendrelune, alors qu’on suit plus ou moins le même schéma. Peut-être que certaines personnes ne seront pas dérangées par ce manque de profondeur, mais j’avoue que pour moi, c’est rédhibitoire.

Ceci est d’autant plus vrai que le manque de profondeur se retrouve également dans la personnalité du calife tout juste ébauchée, bien qu’au fil de la lecture, on en apprend un peu plus sur son passé et son histoire familiale difficile. Mais ce qui m’a le plus gênée, c’est le fait qu’il renonce à tuer Shéhérazade en un claquement de doigts alors qu’il a tué des dizaines de femmes avant elle sans jamais fléchir. Il suffisait donc qu’une femme le fascine par son port de tête altier, sa haine et sa capacité à raconter une histoire prenante pour être épargnée, malgré les conséquences tragiques d’une telle décision ? Ce revirement soudain m’a semblé très mal amené et des plus invraisemblables. Au lieu de rendre le personnage presque attendrissant, il l’a rendu, du moins à mes yeux, monstrueux, parce que cela veut dire qu’il aurait pu agir bien avant sa rencontre avec Shéhérazade… Il n’était juste pas assez motivé pour briser ses chaînes et par-là même, sauver la vie de toutes ses futures victimes. Mais les plus romantiques y verront peut-être là le pouvoir de l’amour.

Si les moments entre les deux jeunes époux sont ceux qui m’ont le moins ennuyée, ils n’ont pas vraiment réussi à me transporter ni à insuffler en moi la moindre émotion, du moins, pas avant les derniers chapitres. À la limite, j’ai plus été touchée par le père de la jeune femme que l’on voit peu, mais qui, de son côté, tente de faire ce qu’il peut pour l’arracher aux griffes d’un homme qu’il pense être son bourreau. Pour ce faire, il va prendre des décisions plutôt radicales et jouer avec des forces surnaturelles qui vont le dépasser. J’aurais d’ailleurs adoré que le surnaturel soit bien plus présent, l’autrice ne l’évoquant que par petites touches… En plus de Shérazade et de son père, on suit également l’amour d’enfance de la jeune femme qui, lui aussi, semble bien décidé à la sauver et à passer sa vie à ses côtés. Mais les choses ne vont pas forcément se passer comme il l’aurait souhaité et certaines vérités vont être difficiles à accepter.

Je ne me suis attachée à aucun personnage parce que leur psychologie n’est pas assez poussée à mon goût, mais j’ai quand même trouvé Shéhérazade courageuse, bien que parfois agaçante. À l’inverse, j’ai adoré sa suivante qui, comme sa maîtresse, a un sacré tempérament ! Les interactions entre les deux jeunes femmes m’ont beaucoup amusée, chacune d’entre elles n’hésitant pas à dire ce qu’elle a sur le cœur, et a titillé l’autre pour lui faire admettre des choses qu’elle préfère se cacher. Plus qu’en l’histoire d’amour entre Shérazade et le calife, c’est donc en la naissance de cette amitié improbable entre deux jeunes femmes pleines de fougue et de répartie que j’ai cru.

Comme vous l’aurez compris, l’autrice n’a pas su me convaincre avec ses personnages qui auraient mérité d’être bien plus travaillés. J’ai, en revanche, adoré l’ambiance orientale qu’elle a su insuffler à son histoire que ce soit à travers  les paysages, le palais, les habits, les armes, les références aux contes des Milles et Une Nuits avec cette idée d’histoire pour survivre et d’histoire dans l’histoire… À cet égard, je retiendrai plus particulièrement le conte d’un voleur sans moral qui, au gré de ses péripéties et d’une rencontre, va connaître une belle et très touchante évolution. C’est ce genre d’émotions que j’aurais aimé ressentir avec l’histoire de Shérarazade et de son époux maudit.

Quant à la malédiction entourant le calife, si elle introduit une dimension dramatique intéressante, j’avoue que les explications de l’autrice quant à ses origines m’ont laissée sceptique, car bien trop théâtrales à mon goût. Je comprends les désidérata de vengeance, mais faut-il encore qu’elles soient orientées vers la bonne personne, parce que si bien sûr, la malédiction affecte le calife, c’est quand même loin d’en être la première victime. 

La lecture a été laborieuse, mais je reconnais que le rythme s’intensifie et prend véritablement son envol dans les cinquante dernières pages. Entre un complot politique, le déchaînement de la magie et des forces de la nature, des cartes redistribuées, de nouvelles épreuves qui se profilent… mon intérêt s’est enfin éveillé ! Pas assez pour que je poursuive l’aventure, mais assez pour me donner envie de lire des avis spoilant sur la suite, d’autant que contre toute attente, j’ai fini par développer un semblant d’attachement à un couple irréaliste, mais que j’aimerais néanmoins voir triompher de l’adversité.

En conclusion, j’attendais beaucoup de ce roman, au point de l’avoir acheté en français puis dans une superbe édition en anglais, mais je dois hélas reconnaître être ressortie de ma lecture déçue. Le livre n’est pas mauvais en soi, mais manque cruellement d’approfondissement et, en ce qui concerne la romance, de réalisme. Néanmoins, si vous avez envie d’une romance maudite, d’une histoire dépaysante qui s’inspire des contes des Milles et Une Nuits et de vous plonger dans une ambiance orientale et non dénuée de sensualité, je vous invite à lui donner sa chance. Mais si vous recherchez quelque chose de plus, avec une intrigue poussée dans laquelle la psychologie des personnages est bien développée, je ne suis pas certaine que vous trouverez ici votre bonheur. Pour ma part, il m’a vraiment manqué un point d’ancrage et une certaine maturité dans le déroulement global de l’histoire pour me donner envie de poursuivre l’aventure.

 

Le Royaume assassiné, Alexandra Christo

Couverture Le Royaume Assassiné

La princesse Lira fait partie de la royauté des sirènes, et c’est la plus létale de tous. Elle possède le cœur de dix-sept princes dans sa collection et est vénérée à travers les mers. Jusqu’à ce qu’un coup du sort la force à tuer l’un des siens. Pour punir sa fille, la Reine des Mers transforme Lira en ce qu’elle hait le plus au monde : une humaine. Privée de sa voix, Lira a jusqu’au solstice d’hiver pour délivrer le cœur du Prince Elian de la Reine des Mers, au risque de rester humaine pour toujours.

L’océan est le seul lieu que le Prince Elian considère comme chez lui, même s’il est l’héritier du plus puissant royaume au monde. Chasser les sirènes est davantage pour lui qu’un répugnant passe-temps, c’est sa vocation. Lorsqu’il vient en aide à une femme sur le point de se noyer, elle se révèle être bien plus que son apparence ne le laisse supposer. Elle fait la promesse de l’aider à trouver le moyen de détruire les sirènes pour de bon. Mais peut-il lui faire confiance ? Et à combien de pactes Elian va-t-il devoir consentir pour éliminer le pire ennemi de l’humanité ?

De Saxus (26 Novembre 2020) – 500 pages – Broché (18,90€)

 

AVIS

Ayant précommandé le roman, j’ai eu la chance de le recevoir dans sa superbe version collector reliée. Mais même ceux qui possèdent le format broché pourront admirer les petits ajouts visuels agrémentant le livre, notamment en début de chaque chapitre. Un petit plus qui vient parfaire une expérience de lecture que j’ai trouvée divertissante à souhait et très prenante.

Dès le début du roman, on comprend que cette réécriture de La petite sirène s’éloigne des canons Disney, ce qui m’a évidemment beaucoup plu. Rappelons que les contes à la base sont bien souvent loin d’être des histoires avec des cœurs et de jolies paillettes… Ici, l’autrice nous présente deux ennemis naturels : l’héritière de la Reine des Mers, surnommée la Dévoreuse de Princes, et le Prince Elian. La première a comme spécialité d’arracher le cœur des princes, au lieu et place du premier matelot ou quidam qui passe. Et le second passe sa vie en mer en bon prince pirate qui s’est donné comme mission de débarrasser le monde des sirènes à bord de son navire.

Ces deux héritiers n’auraient jamais dû se rencontrer, ou alors brièvement avec comme issue la mort rapide de l’un d’entre eux, mais c’était sans compter sur le machiavélisme et la perfidie de la Reine des Mers. Ainsi, après l’avoir transformée en humaine, elle ordonne à Lira de lui rapporter le cœur du Prince Elian si elle veut espérer retrouver sa forme de sirène en même temps que sa place à la Cour. Une mission qui n’aurait peut-être pas posé problème à Lira, la sirène sanguinaire, mais qui s’avère bien plus compliquée pour Lira, l’humaine. Dans son malheur, elle aura néanmoins la chance d’être sauvée par le Prince qui ignore tout de son identité, et de nouer avec lui une alliance afin de trouver et libérer un cristal magique qui pourrait changer sa vie et celle du monde à jamais… Les deux alliés de fortune, en compagnie de l’équipage du Saad, vont affronter des tempêtes et surmonter des dangers, parfois tout aussi pernicieux que la Reine des Mers.

J’ai adoré le personnage de la Reine des Mers, une version bien plus cruelle et sanguinaire qu’Ursula dans le dessin animé Disney. Froide, méchante et calculatrice, seuls le sang, le pouvoir et la domination semblent l’intéresser. Cela explique la manière dont elle tente d’éloigner sa fille du trône en la condamnant sous un prétexte fallacieux. Notre Reine n’est, en effet, pas vraiment prête à abdiquer et encore moins au profit d’une fille dont elle abhorre l’étincelle d’humanité qui perdure en elle, malgré toutes les atrocités qu’elle lui a fait subir. La Reine des Mers est, pour moi, la seule et véritable méchante de l’histoire, car si le résumé nous laisse penser que les deux antagonistes sont, chacun à leur manière, des tueurs implacables, l’image ne tient guère longtemps.

J’ai d’ailleurs été un petit peu frustrée : j’aurais aimé que Lira et Elian soient plus sombres et ténébreux. J’ai, néanmoins, apprécié que l’autrice ne tombe pas dans le manichéisme et opte pour des personnages nuancés. En effet, si Lira et Elian commettent des atrocités et des meurtres de sang-froid, c’est bien plus en raison des circonstances que de leur nature profonde. Une réalité qui nous frappe de plein fouet à mesure que l’on apprend à connaître Lira et qu’on la voit évoluer au contact des pirates du navire. Pour la première fois de sa vie, elle est confrontée à l’humanité dans ce qu’elle a de plus beau : l’affection, l’amitié, l’amour, la loyauté méritée et non imposée par le sang et la terreur… Des choses dont elle a toujours été privée et qui ne la laissent pas aussi indifférente que cela. 

Et si finalement, toute cette haine des humains que sa mère instille dans le cœur de chaque sirène dès son plus jeune âge, n’était qu’un prétexte pour les soumettre et assouvir sa soif de pouvoir ? Et si le vrai ennemi de ses sœurs n’était pas l’Homme, mais leur propre souveraine et le règne de la vengeance et de la terreur qu’elle a instauré ? Des questions, parmi d’autres, qui pousseront Lira à reconsidérer toutes ses certitudes, d’autant que sa petite étincelle d’humanité, qu’elle réservait à sa cousine, semble grandir et l’ouvrir à de nouveaux sentiments. J’ai apprécié l’évolution de Lira et la manière dont elle réalise qu’elle peut se libérer du carcan de haine dans lequel sa mère l’a enfermée !

Aventurier et épris de liberté, Elian nous apparaît, quant à lui, comme un jeune homme attachant et parfois un peu trop impulsif, mais au sens du sacrifice certain. Cela explique, en partie, la dévotion de son équipage prêt à aller jusqu’en enfer pour lui ! Si vous aimez les histoires de pirates, vous devriez apprécier cette ambiance de franche camaraderie et de loyauté à bord du navire. J’ai toutefois regretté que les personnages secondaires ne soient pas plus développés, notamment Madrid, une jeune femme au passé compliqué. Alors qu’il y aurait eu matière à étoffer les liens entre Madrid, Kye, Torik et Elian, l’autrice a préféré centrer son intrigue sur Elian et Lira dont elle alterne les points de vue..

Reconnaissons d’ailleurs qu’elle a réalisé un très bon travail sur leur psychologie : on découvre au fil des pages leurs craintes, leurs doutes, leurs espoirs, les rêves qu’ils n’osent qu’ébaucher à demi-mot, le poids écrasant des responsabilités que leur statut d’héritier fait peser sur leurs épaules… Je me suis beaucoup attachée à ces deux personnages qui se ressemblent bien plus qu’ils ne le pensent. En outre, quel plaisir de suivre leurs échanges pleins de verve, de mordant et de piquant. Ils se jaugent, se titillent en permanence et se provoquent jusqu’à développer une complicité, voire des sentiments plus profonds que ni l’un ni l’autre n’avait espérés ou même recherchés. Les choses se font assez naturellement entre eux comme s’ils formaient les deux facettes d’une même pièce…

Néanmoins, le poids des secrets, des mensonges, des faux-semblants et de la trahison se fait de plus en plus pesant à mesure que l’on avance dans la lecture. Il en résulte une tension qui monte crescendo avec cette impression qu’un orage puissant et potentiellement mortel risque à tout moment d’éclater. À cet égard, j’ai adoré le sens de la mise en scène de l’autrice qui semble posséder un talent certain pour ménager les entrées de ses personnages et décrire avec force et précision les scènes de combat. Certaines sont particulièrement sanguinolentes, nous rappelant, si besoin en est, que la Reine des Mers n’est guère du genre à accepter les velléités d’indépendance et encore moins la morsure de l’échec !

Au-delà des personnages, de la vie à bord du bateau pirate et des escales dans différents pays, le charme du roman réside dans ce monde de la mer imaginé par l’autrice. Un monde froid, dur et cruel dénué d’une once d’humanité, de bienveillance et de respect pour la vie. J‘ai adoré naviguer dans ces eaux troubles où se côtoient des espèces différentes, mais bien souvent mortelles : femmes-poissons rêvant de devenir humaine, hommes-poissons n’aspirant qu’à la guerre, sirènes calculatrices condamnées à voler chaque année le cœur d’un homme pour marquer leur anniversaire… Le monde de la mer est régi par des règles impitoyables et bestiales que l’on découvre avec une horreur teintée de fascination.

Quant à la fin, je l’ai trouvée quelque peu précipitée, bien que cohérente avec l’envie de Lira d’en finir avec tout ça et de se libérer de l’influence de sa mère. J’aurais aimé que la confrontation finale dure un peu plus longtemps et permette aux parties engagées de montrer toute l’étendue de leur force de frappe et, peut-être, de la difficulté de s’affranchir du joug de la dictature. Je salue toutefois l’ingéniosité avec laquelle l’autrice a réussi à conclure son roman sans renier les aspirations et la nature profonde de ses protagonistes !

En conclusion, renouant avec l’image meurtrière des sirènes, Alexandra Christo nous propose un roman sombre dans lequel voler le cœur d’un prince doit se comprendre au sens littéral du terme. Mais loin de se cantonner à une opposition binaire entre les gentils et les méchants, elle développe un univers riche et cohérent qui fait voler en éclats les frontières entre le bien et le mal, et nous rappelle que dans une guerre, le sang coule des deux côtés. Réécriture de conte, roman de piraterie, de fantasy, d’action, d’aventure et de loyauté, Le Royaume assassiné offre une expérience de lecture complète, immersive et palpitante qui devrait vous tenir en haleine jusqu’à la dernière page !

Flowers for Seri (tome 1), Tomu Ohmi

Couverture Flowers for Seri, tome 1

Yuzuki partage un curieux destin avec son amie Seri qui se voit embringuée dans un mariage arrangé avec le jeune homme. Cette dernière, croyant en l’amour, résiste face à l’enthousiasme général qui selon elle n’est qu’une question d’argent et de réputation. En effet, la famille de Seri est riche et a besoin d’un nom. Quant à la famille de Yuzuki, famille renommée japonaise, elle est plutôt sur la paille et aimerait bien profiter de la fortune de la fiancée ! Et pour couronner le tout, Yuzuki, qu’elle connaît depuis l’enfance, est un garçon boudeur, toujours de mauvaise humeur et particulièrement désagréable. Pourtant, alors qu’elle visite la magnifique maison de famille de son potentiel futur mari, elle entre en contact avec le seigneur Haruhisa, l’esprit d’un ancêtre du jeune homme qui lui révèle une terrible vérité : par une malédiction inconnue, tous les hommes de cette famille meurent jeunes et jusqu’ici, aucun n’a pu y échapper ! Les fantômes de Yuzuki vont alors commencer à hanter la pauvre Seri afin de l’inciter à se marier ! Mais la responsabilité de la jeune femme est encore plus grande qu’il n’y paraît, au-delà d’apporter la fortune ou la descendance, elle pourra peut-être lui sauver la vie…

Soleil (9 janvier 2013) – 192 pages

AVIS

Flowers for Seri, c’est l’histoire d’un mariage arrangé qui ressemble pas mal à ceux que l’on retrouve dans les romances historiques : un titre, ou du moins la réputation d’une grande lignée, contre la fortune. Pas très romantique, vous en conviendrez. D’ailleurs, Seri s’y refuse : elle se mariera par amour, et certainement pas avec Yuzuki, un ancien ami d’enfance qu’elle ne supporte pas. Hélas, pour elle, ses parents ainsi que ceux de son promis sont tellement enthousiastes à l’idée de cet accord qu’ils ne l’écoutent guère. Cela donne lieu à un certain comique de situation avec une Seri qui proteste dans l’indifférence générale.

Et si on en sourit aisément, c’est que contrairement à ce qui se jouait dans le passé, ici, on reste dans la légèreté. Les parents des deux protagonistes sont adorables et l’opposition franche et farouche de Seri semble assez rapidement s’affaiblir, à mesure qu’elle côtoie Yuzuki et qu’elle découvre le secret de sa famille : les hommes Furumidô sont poursuivis par une malédiction les conduisant à une mort prématurée.

Un secret dévoilé par le fantôme de l’un des ancêtres de Yuzuki qui s’est mis en tête de réunir les deux jeunes adultes et de protéger Seri au même titre que son promis. Et s’il ressent ce besoin de protection, c’est qu’il est certain que Seri détient en son sein le pouvoir de protéger Yuzuki d’un bien funeste destin ! J’ai apprécié ce fantôme adorable, bien qu’un peu trop présent pour la santé mentale de Seri qui ne goûte guère ses apparitions inopinées. Petit à petit, on assiste à l’évolution des sentiments de Seri qui passe du refus net et précis à l’agacement puis à des sentiments bien plus doux envers un Yuzuki qu’elle réapprend à connaître… Et plus elle passe de temps avec lui, plus elle réalise que sa présence semble bénéfique au jeune homme, lui permettant même de se sortir de situations délicates sans trop de séquelles.

En tant qu’adulte, j’ai regretté que les choses évoluent bien trop vite entre les protagonistes et que l’on fasse peser sur une jeune femme le poids du salut d’un homme. Le titre n’en demeure pas moins agréable et devrait plaire aux adolescentes et aux jeunes adultes, les deux protagonistes se révélant complémentaires et plutôt mignons ensemble. Derrière une relation chien/chat qui ne manque pas de charme, difficile de ne pas voir l’affection sincère que Yuzuki porte à son amie d’enfance. Si le Yuzuki actuel ne m’a pas plus touchée que cela, j’ai été très émue par le Yuzuki enfant que l’on découvre à travers quelques flashback. Un enfant conscient du poids de la malédiction de sa famille et abandonné par une amie qui lui avait pourtant promis de toujours le soutenir et le protéger…

On comprend aisément que Seri, alors encore très jeune, a eu tout simplement peur, mais l’on comprend également qu’elle désire maintenant rattraper son erreur passée. Après tout, ce n’est plus une enfant apeurée, mais une jeune femme avec du caractère et une belle force intérieure. Courageuse, gentille et forte, j’ai apprécié Seri et la manière dont elle essaie de faire face à ce mariage arrangé, à la malédiction et à ces fantômes qui s’invitent dans sa vie. Cela fait beaucoup pour une seule personne, mais elle affronte ce chaos avec beaucoup de témérité.

En ce qui concerne Yuzuki, il reste encore un peu difficile à cerner, ce qui s’explique par les barrières qu’il a érigées entre lui et les autres pour se protéger des abandons qu’il pense inévitables. Il n’en demeure pas moins très attaché à Seri, ce qui se traduit d’ailleurs par quelques élans de jalousie et de possessivité quand un autre homme ne semble pas indifférent à la jeune femme. Bien que la personnalité de Yuzuki mériterait encore quelques approfondissements, j’ai apprécié de le voir tiraillé entre son envie d’épouser Seri qu’il a toujours aimée et celle de ne pas la contraindre à ce mariage… Un dilemme moral qui prend une tout autre dimension quand le jeune homme en vient à considérer tous ces dangers qui font son quotidien et dont son corps porte les stigmates. Peut-il mettre la vie de Seri en danger pour protéger la sienne et offrir à ses parents cet héritier tant attendu ? Mais cette question qui le fait douter n’est-elle pas erronée ? La question, n’est-elle pas plutôt de savoir ce dont a envie Seri qui nous apparaît ici déterminée à faire entendre sa voix ?

Quant aux illustrations, j’ai apprécié leur rondeur, leur douceur et le jeu important sur les regards, tous très expressifs. J’ai néanmoins parfois été déstabilisée par un problème de proportion, surtout au niveau des bustes des personnages masculins, et la manière dont la mangaka joue sur le visage de l’héroïne. Si j’imagine que c’est dans un but artistique, ne lui représenter qu’un œil sur deux ou laisser un blanc à la place du nez et/ou des lèvres ne m’a pas paru particulièrement attrayant…

En conclusion, bien que l’autrice avance ses pions un peu trop rapidement pour l’adulte que je suis, j’ai trouvé ce premier tome divertissant et ai apprécié l’apport du surnaturel dans la relation tumultueuse entre deux jeunes adultes dont le destin semble étroitement lié… Quant à savoir si c’est pour le meilleur ou pour le pire, il faudra lire la suite. Dans tous les cas, je vous conseillerais ce titre si vous avez envie d’une romance laissant une belle place au surnaturel et à une malédiction qui fait peser une lourde menace sur toute une famille et deux jeunes adultes qui doivent faire face à leurs sentiments.

Livre lu dans le cadre du challenge Romantasy.

Astre-en-Terre (tome 1), L.P. HUREL

Astre-en-Terre: Fantasy young adult par HUREL

Depuis que les étoiles sont tombées du ciel, le monde a changé… Abandonnant la course au progrès, les Hommes ne jurent plus que par l’extraction de nectar stellaire qui leur confère de grands pouvoirs.​ Mais après plusieurs siècles de règne prospère, une ombre plane sur le culte des Étoiles.
Enguerrand est en route pour la cour de Célestia, où il doit rencontrer sa fiancée, quand il se fait enlever par des contrebandiers.
Intriguée par la disparition de son promis, la princesse Isolina défie le Conseil, lorsque le Dévoreur de Lumière déclare la guerre à Astre-en-Terre.
Arlandor est un homme sans histoires. Mais une nuit, son village est mis à feu et à sang et sa vie bascule.
TOUT LES OPPOSE… POURTANT LEUR DESTIN EST LIÉ.
Ensemble, ils vont devoir lutter pour la survie du royaume.
Et si cette aventure les amenait à remettre en cause tout ce en quoi ils croyaient, jusqu’aux fondements mêmes de la magie ?
Un récit haletant à trois voix qui vous emmènera aux confins d’Astre-en-Terre !

EXPLORA ÉDITIONS (8 février 2021) – 360 pages – Broché (16,99€) – Ebook (4,99€)

AVIS

J’ai tout de suite été attirée par la couverture de ce sympathique roman de fantasy young adult qui nous plonge dans un univers divisé entre les défenseurs et adorateurs des Étoiles, et les partisans du Dévoreur de Lumière. Néanmoins, de fil en aiguille, on comprend que cette vision très manichéenne du monde partagée par beaucoup n’est peut-être pas si juste que cela et que l’Histoire ne dit pas tout. Après tout, n’a-t-on pas coutume que l’Histoire est écrite par les vainqueurs ?

En commençant ce roman, je ne m’attendais pas à une telle profondeur et à une telle richesse de l’univers. Une bonne surprise qui explique, en partie, le plaisir pris à découvrir la nature de la magie dans ce monde, la manière dont elle est utilisée, ce qu’elle implique vraiment, et comment celle-ci a fini par devenir une source de différends plutôt que de rapprochement. Sous couvert de fiction, difficile de ne pas voir dans ce roman une charge subtile et pleine de justesse contre la déforestation, l’accaparement des richesses de la terre par les plus riches, l’exploitation à outrance et de manière complètement déraisonnable des ressources naturelles…

Ainsi comme dans notre réalité, les puissants de ce monde semblent tellement obnubilés par le pouvoir et le contrôle des masses qu’ils en viennent à oublier que les énergies et les ressources ne sont pas éternelles et qu’à trop les exploiter, ils risquent de laisser derrière eux un torrent de larmes et un paysage de désolation. Si ces thématiques de l’écologie, de la nature et de sa protection vous intéressent, vous devriez apprécier de vous plonger dans cette histoire dans laquelle magie et préservation de l’équilibre du monde sont étroitement liées… Pour ma part, j’ai adoré ce mélange entre des thèmes sociétaux actuels et une œuvre de fiction particulièrement rythmée et prenante.

Il faut dire que l’autrice ne laisse ni les lecteurs ni ses protagonistes dormir sur leurs lauriers : l’action, l’aventure, les retournements de situation et les trahisons sont légion ! Et même quand on pense qu’un petit moment de répit nous est accordé, le drame s’invite et nous laisse parfois pantelants. J’ai, ainsi, été agréablement surprise de la dureté de certaines scènes et de la manière dont l’autrice n’hésite pas à condamner certains personnages pour en grandir d’autres. Au fil des pages, j’ai d’ailleurs eu le sentiment que plus qu’une simple aventure, l’autrice nous proposait d’assister à la création de héros, pas toujours parfaits, mais volontaires et courageux. Des personnes très différentes les unes des autres, mais unies par une destinée qu’elles n’ont pas choisie et qu’elles sont condamnées à assumer.

Si le résumé fait état de trois protagonistes, dont Arlandor, dans les faits, on se concentre plus particulièrement sur Enguerrand, la princesse Isolina et, dans une certaine mesure, la contrebandière Moera. Arlandor, un ancien forgeron, n’intervient que plus tard, et reste finalement assez en retrait par rapport aux autres. Son rôle n’en demeure pas moins important, puisque l’on sent que rien n’est laissé au hasard dans ce récit où les pièces du puzzle se mettent progressivement en place pour nous dévoiler une réalité des plus sordides. Les faux-semblants ne sont jamais loin et la réalité, un miroir trompeur et quelque peu déformé…

De prime abord, Moera nous apparaît comme une femme pirate sans foi ni loi qui n’a pas hésité à kidnapper Enguerrand et faire de la vie de ce gentil garçon un véritable enfer. Mais plus on apprend à connaître la personne qu’elle est derrière cette image de femme forte, qui fait ce qu’elle veut sans se soucier des conséquences, plus on s’attache à elle. Loin de n’être qu’une effrontée au caractère bien affirmé, on découvre chez elle un passé compliqué et une sensibilité cachée sous des couches d’impertinence. Moera est probablement le personnage auquel je me suis le plus attachée, même si j’ai également ressenti une certaine affection pour la princesse Isolina.

Contrainte par sa fonction à un mariage d’intérêt avec Enguerrand, avant que ce dernier ne se fasse kidnapper, on sent le poids de ses responsabilités en même temps que l’on comprend ses velléités de rébellion. Il n’est jamais agréable d’être considéré comme un enjeu politique, stratégique et militaire au lieu et place d’une personne avec ses propres besoins et aspirations ! Mais cette farce de mariage arrangé sera loin d’être la seule épreuve que notre princesse va devoir affronter, l’autrice ayant placé sur sa route nombre d’obstacles qui la feront soit trébucher, soit s’élever et s’imposer comme une personne à part entière, dans un monde qui part en déliquescence. Forte et déterminée, mais dans une certaine mesure assez naïve sur la fourberie dont certains sont capables, la princesse Isolina se montrera incapable de saisir les indices d’un drame annoncé. Mais cela ne la rend que plus réaliste et humaine…

Enguerrand, quant à lui, est le personnage qui évolue le plus au fil des pages. D’abord frêle, résigné, réservé et presque indolent par sa tendance à se laisser porter par les événements, il s’affirme, trébuche, remonte en selle, avant de comprendre qu’une vie ne se subit pas, elle s’expérimente et se prend à bras-le-corps ! Cette évolution progressive, et donc réaliste, est en partie due à Moera avec laquelle il va nouer une relation complexe, entre peur, méfiance, amitié et sentiments plus difficiles à nommer, du moins pour quelqu’un d’aussi peu expérimenté qu’Enguerrand

L’alternance des points de vue entre les différents personnages apporte un dynamisme certain au roman, d’autant que les chapitres sont presque tous porteurs de mouvement et/ou d’informations importantes. Mais le gros point fort de l’autrice est d’avoir su brouiller les cartes, puisqu’il est quasiment impossible de savoir comment les choses vont tourner. Est-ce que les deux fronts qui semblent s’être dessinés vont se rejoindre pour ne faire qu’un ou le deuxième tome va continuer à faire vivre nos personnages en parallèle ? Qui est le couple associant Sang bleu et Sang rouge destiné à libérer les Étoiles ? Des questions parmi tant d’autres qui donnent envie de poursuivre l’aventure aux côtés de personnages enlisés dans la plus dangereuse et importante des quêtes, celle pour la vérité et la liberté !

En conclusion, voici un roman de fantasy immersif et rythmé qui ne devrait pas manquer de vous surprendre par sa richesse, mais aussi la large place qu’il accorde aux trahisons, aux faux-semblants et aux mensonges. Quand les frontières entre le bien et le mal se brouillent, les certitudes s’envolent, laissant un champ immense de possibilités et de dangers… Un champ que nos protagonistes sont bien décidés à explorer pour enfin s’approprier la vérité et trouver cet équilibre dont le monde a trop longtemps été privé. Et si entre les ténèbres et la lumière, une autre voie était possible ?

Je remercie Explora éditions de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Psi-Changeling – tome 1 : Esclave des sens, Nalini Singh

Psi-changeling, Tome 1 : Esclave des sens par Singh

Lucas Hunter est en chasse. Une de ses compagnes de meute a été assassinée et l’homme panthère ne reculera devant rien pour capturer son meurtrier, même s’il doit séduire Sascha Duncan, la froide Psi. Pourtant, l’homme comme sa bête ne peuvent s’empêcher d’être immédiatement fascinés par la jeune femme.
Une terrible guerre est sur le point d’éclater, mais c’est la bataille qui fait rage dans le coeur de Sascha qui pourrait tout changer. Les siens ont éradiqué leurs émotions depuis des générations. Sascha, elle, est différente.
Et le tourbillon de sensations qui l’emporte quand elle est en compagnie de cet inquiétant prédateur pourrait bien précipiter sa chute.
Leur coeur l’emporteront-ils sur leur raison ?

Milady (18 novembre 2011) – 432 pages – Poche (8,20€)

AVIS

Ce roman est dans ma PAL depuis des lustres, mais ayant eu peur d’y trouver une succession de scènes de sexe crues et vulgaires, je l’avais laissé de côté jusqu’à ce que je décide de participer au Challenge romantasy. Prenant mon courage à deux mains, je l’ai donc attaqué et ai su dès les premières pages que mes craintes étaient infondées. Je ne partage pas les nombreux coups de cœur que ce roman semble avoir suscités, mais je reconnais avoir passé un très bon moment de lecture avec ce premier tome qui nous propose une intrigue prenante et bien construite.

Nous découvrons ainsi un futur dominé par des Psi, des personnes dénuées de toute émotion. Il existe toutefois au moins une exception à la règle en la personne de Sascha Duncan, fille d’une dirigeante froide et calculatrice comme sont supposés l’être les Psi. Une différence qu’elle doit taire sous peine d’être démasquée et « rééduquée » ou, plus prosaïquement, réduite à l’état de légume. Dans ce monde froid et impersonnel où seuls le pouvoir et l’argent comptent, elle ne peut même pas compter sur l’aide de sa génitrice qui n’hésiterait pas à la trahir…

La situation de Sascha et son instabilité émotionnelle s’aggravent quand elle fait la connaissance de Lucas, un changeling avec lequel elle doit collaborer dans le cadre de son travail. Mais comment va-t-elle réussir à maintenir son masque impassibilité quand tout dans cet homme respire la volupté, la chaleur et la vie ? Toutes ces choses dont elle a toujours été privée, mais dont elle rêve secrètement…

Si l’attirance entre les deux est immédiate et indéniable, l’autrice prend le temps de faire monter la pression, ce que j’ai fortement apprécié, n’aimant pas quand les personnages se sautent immédiatement dessus. Sascha fait de son mieux pour cacher et résister à cette attirance physique qu’elle ressent pour Lucas, car elle craint que se laisser démasquer signe purement et simplement son arrêt de mort. Les Psi ne sont, en effet, pas très compréhensifs avec les moutons noirs et les personnes qui sortent du rang…

Quant à Lucas, il est très vite agacé par le masque que porte Sascha puisqu’il ne croit pas en cette image de femme froide et insensible qu’elle veut se donner. Il est donc déterminé à prouver à la jeune femme qu’il n’est pas dupe de son jeu et qu’il se passe quelque chose entre eux. Et ce n’est pas la bête du changeling qui s’y opposerait, cette dernière ayant compris bien avant la partie humaine de Lucas, la véritable place que doit occuper Sascha dans leur vie.

Néanmoins, rien n’est simple entre deux personnes appartenant à des populations qui se détestent, a fortiori quand un tueur en série Psi fait des ravages chez les métamorphes… Au-delà de la romance dont j’ai apprécié le développement tout en douceur, l’aspect enquête sur un Psi de la pire espèce apporte pas mal de tension à l’intrigue. Elle nous permet, en outre, d’entrer de plain-pied dans le monde froid et ignoble des Psi qui, sous couvert de civilité, nous apparaissent être de véritables monstres. Une situation non dénuée d’ironie quand on sait qu’ils méprisent le côté animal des métamorphes !

Les membres du Conseil, organisation qui impose sa loi ou plutôt sa dictature en toute impunité, fascinent par leur froideur extrême et leur cynisme assumé… Mais c’est la manière dont chaque Psi est accordé par le cerveau que j’ai trouvé la plus intéressante. Ainsi, quand les hommes ont Internet, eux possèdent une sorte d’intranet dans lequel les ordinateurs sont remplacés par des cerveaux ! Un réseau ingénieux et sécurisé, mais également un bel outil de contrôle des masses et un piège mortel pour ceux qui souhaiteraient se déconnecter… Une réalité dont a bien conscience Sascha et qui va la pousser à prendre des décisions extrêmes pour le bien d’une victime et d’une certaine personne, qui ne semble néanmoins pas voir les choses de la même façon qu’elle.

Si Sascha est une femme affaiblie par toutes ces années sans chaleur humaine et sans amour, elle n’en demeure pas moins une personne déterminée à faire ce qu’elle estime juste. J’ai donc apprécié qu’elle ne se laisse pas faire, malgré le caractère dominateur, possessif et protecteur de Lucas, qui va tout faire pour la protéger, avant de comprendre qu’elle n’est pas femme à se laisser dicter sa conduite. Quant à Lucas, il se montre parfois un peu trop directif, mais il n’en demeure pas moins un personnage attachant qui nous émeut par son passé et sa totale dévotion envers sa meute et Sascha. La dynamique de ce couple est intéressante et devrait combler les personnes appréciant les romances entre deux fortes têtes qui vont devoir apprendre à concilier leur caractère pour affronter ensemble un avenir parsemé de dangers.

En conclusion, avec ce premier tome, l’autrice nous offre une plongée immersive et fascinante dans un monde futuriste où certains sont prêts à tout pour le pouvoir et l’argent, et même à se débarrasser de leurs émotions, et donc de leur humanité. Mais tous les Psi ne sont pas des monstres sans âme comme nous le prouvera Sascha, qui va devoir lutter pour s’affranchir des siens et trouver sa place au sein d’une meute qui pourrait être sa tombe comme son salut. Heureusement pour elle, dans cette lutte pour sa survie, elle pourra compter sur l’amitié et l’amour d’un changeling bien décidé à la garder à ses côtés. Action, amour et amitié… de quoi vous offrir une lecture entraînante et divertissante !

Challenge Romantasy : ma PAL prévisionnelle

Femme, Bateau, Ciel, Coucher De Soleil

Appréciant beaucoup les romans mélangeant romance et fantasy, je ne pouvais que participer à ce nouveau challenge créé par Nina Quill. Organisé autour de différentes catégories, il a commencé le 15 février et se terminera le 15 avril. À noter que Nina considère le mot fantasy au sens large et que vous pouvez donc inclure dans vos lectures des romans fantastiques, d’urban fantasy…

Pour tous les détails, n’hésitez pas à regarder la vidéo de Nina :

Voici pour chaque catégorie, le ou les livres que j’aimerais lire, en sachant qu’il est probable que je ne lise pas tout et/ou que je remplace certains titres par d’autres :

  • Ennemies to lovers

Couverture Le Royaume AssassinéCouverture Le Peuple de l’Air, tome 1 : Le Prince cruel

  • Vampires, Loups-garou, witch…

Couverture L'inconsoléCouverture Ivy Wilde, tome 2 : Meurtre, magie et télé-réalité

  • Carte au début

Couverture Nevernight, tome 1 : N'oublie jamais

  • Graphique

J’ai déjà lu Fangs, mais il faut que je le relise pour le chroniquer, et ce challenge est l’occasion idéale de le faire.

Couverture FangsCouverture Twilight (manga), tome 1 : Fascination, partie 1Couverture Alice au royaume de coeur, tome 1

Couverture Sailor Moon : Eternal Edition, tome 1 : Pretty GuardianCouverture Angel Sanctuary, deluxe, tome 01Couverture Flowers for Seri, tome 1

  • Femme badass

Couverture Kate Daniels, tome 05 : Meurtre magique

  • Auteur.ice ou personnage racisé

Couverture Legendborn

  • LGBTQIA

Couverture These witches don't burn, book 1Couverture Les Chroniques de Ren, tome 1 : Prisonnier

  • Belle couverture

Couverture Les contes inachevés, tome 1 : La vilaine belle-soeur

  • VO Anglais ou traduit de l’anglais.

Couverture Blood and Ash, book 1: From Blood and Ash

  • Favoris d’un.e Booktubeur.euse.