La Princesse au visage de nuit, David Bry #PLIB2021

Couverture La Princesse au visage de nuit

Dans les bois vit la princesse au visage de nuit ; ses yeux sont des étoiles et ses cheveux l’obscur.

Hugo, enfant violenté par ses parents, s’est enfui avec ses amis dans la forêt, à la recherche de la princesse au visage de nuit, qui exaucerait les vœux des enfants malheureux… Il est ressorti du bois seul et sans souvenirs, et a été placé dans une famille d’accueil.

Vingt ans plus tard, alors qu’il a tout fait pour oublier son enfance, Hugo apprend la mort de ses parents. Mais, de retour dans le village de son enfance, il découvre que ses parents auraient été assassinés, et d’étranges événements se produisent. La petite voiture de son enfance réapparaît comme par magie. De mystérieuses lueurs brillent dans les bois. Les orages soufflent des prénoms dans le vent.

L’Homme Sans Nom (8 octobre 2020) – 278 pages – 19,90€
#ISBN9782918541721

AVIS

Ayant apprécié Le garçon et la ville qui ne souriait plus de David Bry, j’étais curieuse de découvrir l’auteur dans un autre genre. Voilà chose faite avec La princesse au visage de nuit que j’ai tout simplement adoré.

Dès le début, l’auteur pose une ambiance inquiétante qui m’a semblé jouer avec certains codes des films et des romans d’horreur : une très bonne maîtrise des éléments avec, entre autres, des orages qui grondent et deviennent figure menaçante, un village qui semble vivre en vase clos, une femme en noire, une ombre qui surgit dans la nuit, un inquiétant et mystérieux château autour duquel courent d’étranges rumeurs, une apparition à la fenêtre, des yeux dans la nuit, des lucioles, un fantôme qui rôderait, des noms murmurés dans le vent, une histoire de malédiction, une vieille légende évoquant une princesse au visage de nuit…

C’est d’ailleurs cette dernière légende qui m’a passionnée, l’auteur jouant habilement entre le réel et le fantastique pour stimuler notre imagination et pousser ses personnages dans leurs retranchements. Et si le mythe de cette princesse au visage de nuit, figure salvatrice en même temps que mortifère, n’était pas qu’une invention d’enfants ou un vieux conte à effrayer les esprits les plus impressionnables ? Que se cache vraiment derrière cette légende qui remonterait au Moyen Âge ?

Et surtout, est-elle liée à la mort des parents d’Hugo qui, après vingt ans d’absence, est contraint de revenir dans son village natal pour enterrer des personnes qui mériteraient plus l’enfer que le repos éternel ? Car sous couvert d’une histoire empreinte de mystère et de secrets, et d’une enquête plutôt bien amenée et menée, l’auteur évoque, entre autres, la maltraitance infantile sous différentes formes. Rassurez-vous, il n’entre pas vraiment dans les détails, nous épargnant le plus sordide. Difficile néanmoins de rester de marbre devant la souffrance d’Hugo, mais aussi de ses amis disparus il y a deux décennies lors d’une nuit de la Saint-Jean. Une nuit maudite dont Hugo ne garde quasiment aucun souvenir, mais qui semble liée à tout ce qui se passe actuellement dans ce village devenu, dès son plus jeune âge, synonyme de malheur.

Grâce à de courts chapitres glissés entre les pages, l’auteur nous permet de remonter le temps pour faire brièvement connaissance avec l’enfant qu’Hugo a été, mais aussi avec Pierre, son ancien ami à la tristesse déchirante, et la petite Sophie dont on découvrira petit à petit les terribles souffrances. À mesure que se dessine leur vie passée, on comprend leur besoin impérieux de trouver cette princesse au visage de nuit réputée exaucer les souhaits des enfants, malgré le danger d’une telle rencontre… J’ai trouvé remarquable le travail effectué par l’auteur sur les espoirs de ces enfants perdus, pour des raisons différentes, mais toujours par la faute d’adultes maltraitants soit volontairement soit par négligence. Leur sort révolte, mais peut-être encore plus la pensée que des êtres aussi jeunes en soient venus à se tourner vers la mort, ou du moins une figure légendaire potentiellement mortelle, pour supporter la vie. Comment expliquer que dans un village où tout le monde se connaît et sait tout, personne ne fait rien ? L’histoire de lâchetés individuelles entraînant un déni collectif et le drame d’enfants qui auront perdu trop tôt leur innocence, à considérer qu’ils en aient jamais eu une.

Si le passé impacte encore fortement la vie d’Hugo, c’est bien le présent qui le met face à un nouveau défi : faire la lumière sur le meurtre de ses immondes parents afin d’éviter d’être accusé de leur mort. Il pourra heureusement compter sur le soutien moral de ses amis parisiens, mais surtout sur Anne, la sœur de son ancienne amie disparue, devenue gendarme. Les deux ont en commun de n’avoir jamais vraiment pu tourner la page de leur passé. Mais comment le pouvoir quand, comme Hugo, une partie de votre passé vous échappe et vous emprisonne, et que comme Anne, vous n’avez jamais su ce qui était arrivé à votre sœur. Sans vraiment m’attacher à ces deux personnages, j’ai apprécié leur travail d’équipe et le soutien mutuel qu’ils s’apportent l’un l’autre, les poussant parfois à prendre des risques et à tenter le diable… Mais tous les deux sont bien décidés à aller jusqu’au bout de leur enquête, quitte à déterrer des secrets difficiles à supporter, mais indispensables pour avancer.

Il y a un côté enquête en huis clos étouffant que j’ai apprécié, car dès qu’Hugo est dans son village, c’est un peu comme si un étau se resserrait progressivement autour de lui et que l’oxygène venait à lui/à nous manquer. Le délabrement de la maison familiale, certaines manifestations inquiétantes ainsi que certaines figures du village comme la « sorcière » qui semble se délecter de la peine des autres et en savoir plus qu’elle ne veut bien l’admettre, concourent à ce sentiment d’être pris au piège dans un village où rien de bon ne peut arriver, mais tout est à craindre. Seul un homme, ancien protecteur de notre protagoniste, apporte une touche de lumière bienvenue, alors que lui-même peut être compté au rang des âmes en souffrance. Je dois d’ailleurs dire que c’est le personnage adulte qui m’a le plus touchée. Il aurait pu/dû faire plus pour Hugo quand il était enfant, mais il n’en demeure pas moins un homme très humain, habité par ses propres douleurs et fantômes.

Les amis parisiens d’Hugo, s’ils ne sont pas d’un intérêt capital pour l’intrigue principale, permettent à l’auteur de nous montrer la place qu’ils ont et jouent dans la vie de ce dernier. Hugo et ses amis, tous avec leurs propres failles à surmonter, ont tendance à éviter les sujets difficiles et de fond, mais ils trouvent du réconfort et un peu de chaleur dans leurs soirées endiablées, leurs taquineries, leur complicité et leur solide amitié. J’aurais peut-être apprécié que ces personnages secondaires soient un peu plus développés, mais la dynamique du groupe m’a néanmoins convaincue, tout comme cette manière qu’ils ont de se soutenir et de s’aider à se (re)construire. 

Quant à la plume de l’auteur, alternance de poésie et force brute, elle m’a de nouveau enchantée et conquise. J’ai apprécié la construction presque nerveuse du récit avec un compte à rebours qui engendre un certain sentiment d’urgence et d’angoisse, et des phrases courtes qui claquent et frappent. Un peu à l’image d’une histoire sombre et difficile aux teintes poétiquement mélancoliques, mais une histoire également porteuse d’amitié et d’espoir, la résilience étant en trame de fond. J’ai également apprécié les petites touches d’humour qui permettent de se distancier du drame, voire des drames. Parce que nos personnages, vivants comme morts, ont connu leur lot de malheurs…

Mais ce qui fait vraiment la force de ce thriller est son ambiance mystérieuse, entre réel et fantastique, entre secrets et suspicion, qui devient de plus en plus suffocante et angoissante à mesure qu’Hugo et Anne se rapprochent de la vérité. Leur enquête va les pousser à déterrer certains secrets, raviver des douleurs plus ou moins grandes, réveiller des peurs d’enfant, des traumatismes jamais vraiment guéris, et une légende que l’on pensait oubliée. Mais quand trouver les morts devient nécessaire pour réparer les vivants, une seule solution, déterrer le passé pour espérer un jour enfin avancer !

Autre lecture pour le PLIB 2021 : La Ville sans Vent

 

Top Ten Tuesday #182 : les 10 prochains livres policier et thrillers que j’aimerais lire

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« Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. »


Le challenge polar et thriller lancé par Sharon m’a donné envie de réfléchir aux 10 livres du genre que j’aimerais lire en priorité. Le challenge étant assez souple, j’ai inclus, en plus des romans, des ouvrages graphiques et un document sur Sherlock Holmes…

Couverture Sur la piste de Sherlock HolmesCouverture Dans la tête de Sherlock Holmes, tome 1 : L'Affaire du Ticket Scandaleux

Couverture Francesca Cahill, tome 1 : Un odieux chantageCouverture Vatican Miracle Examiner (roman), tome 1 : L'Ecole NoireCouverture Au service secret de Marie-Antoinette, tome 1 : L'enquête du Barry

Couverture Siège 7AArsène Lupin, tome 1 : Le diadème de la princesse de Lamballe par Morita

Et vous, dans cette liste, quels ouvrages avez-vous déjà lus ou lesquels vous tentent ?

Écrit dans le sang, Edmonde Permingeat

Couverture Écrit dans le sang

La jeune Maya, une rousse sulfureuse, tombe en panne un soir d’été devant la grille de la Giraudière, un manoir perdu en pleine campagne tarnaise. Elle y est accueillie.
Mais, à peine installée dans cette étrange demeure où vit la famille Rascol, la « belle aux yeux de chatte » va jouer de sa séduction pour exacerber tous les conflits latents. Aucun membre de cette grande fratrie n’échappera à son emprise.
Quelques jours plus tard, elle disparaît de façon subite et inexpliquée… Avec les taches de sang laissées sur le tapis et les murs, sa chambre a tout d’une scène de crime.
Qu’est-il advenu de Maya ?
Une intrigue psychologique où jalousie et vengeance distillent un suspense angoissant.

L’Archipel (9 juillet 2020) – 456 pages – Broché (20€) – Ebook (14,99€)

AVIS

L’autrice nous plonge d’emblée dans un prologue super intrigant avec des airs d’Indiana Jones, version criminelle ! Extrait d’un roman fictif, son intérêt prendra tout son sens dans la suite de l’histoire et offre une belle mise en abyme que j’ai, pour ma part, appréciée... Puis nous découvrons, petit à petit, les différents membres de la famille Rascol réunis pour les vacances dans le manoir familial, demeure permanente pour l’un, propriété secondaire pour les autres. La famille va accepter d’héberger provisoirement Maya, une jeune femme dont la voiture est tombée en panne près du manoir, sans se douter de l’engrenage infernal dans lequel elle a mis le doigt.

Mais ne vous laissez pas tromper par cette bonne action, le portrait de famille des Rascol étant loin de faire rêver. Le grand-père, maintenant décédé, était un pilleur de tombe, voire pire, qui ne s’est jamais occupé de ses trois fils. L’aîné, Stéphane, écrivain raté, est cynique et méchant quand le cadet, Frédéric se révèle arrogant et imbu de lui-même dénigrant avec force jusqu’à ses propres enfants pas assez bien pour lui et sa brillante carrière. On aurait pu prendre ces derniers en pitié, mais ils ne se montrent pas non plus sous un jour favorable : Hugo, le beau gosse de service ne pense qu’à s’amuser et ne supporte pas qu’une fille lui préfère un autre, et sa jumelle, Marion, est jalouse à l’extrême et possessive. Des caricatures de gosses de riche nés avec une cuillère dans la bouche à qui tout est dû même s’il est vrai que Marion semble avoir travaillé dur pour réussir son agrégation… Un concours qui lui est passé sous le nez, ce qu’elle aura du mal à digérer.

Heureusement que le dernier des trois frères Rascol, Clément, semble bien plus sympathique, bienveillant et débonnaire au point qu’on se demande comment il arrive à côtoyer ses frères. Sa femme est adorable et aimante, et son fils surdoué, étudiant en médecine, attire, du moins dans un premier temps, la sympathie. Je me suis ainsi reconnue dans sa timidité maladive et ce sentiment de n’être pas à sa place parmi les gens de son âge. Toutefois, sa vision bien trop poussée de l’amour courtois a fini par m’agacer… On peut traiter avec respect les femmes sans les mettre sous cloche et se montrer cucul la praline.

Quant à Maya, elle s’est révélée détestable et manipulatrice bien que j’aie apprécié de suivre ses pensées couchées dans les pages de son journal intime. Cette jeune femme énigmatique aurait pu apporter une certaine dose de suspense, sa présence dans le manoir apparaissant rapidement comme suspecte, mais il n’est pas difficile de comprendre ses motivations… Sa disparition soudaine, dans des circonstances suspectes, soulèvera néanmoins quelques questions chez les lecteurs : que lui est-il arrivé ? Pourquoi tout ce sang ? Est-elle morte ? Si oui, qui l’a tuée ? Où est son corps ? Si des gens sensés auraient tout de suite appelé la police pour faire le point sur cette inquiétante disparition, les Rascol préfèreront opter pour une solution plus radicale. Mais avec une famille aussi perturbée et dysfonctionnelle, on ne s’étonnera de rien..

En d’autres mots, si vous avez besoin de vous attacher aux personnages d’un roman pour apprécier votre lecture, vous risquez ici d’avoir du mal… À cela s’ajoute un point encore plus problématique pour moi : le manque de nuance. Tous les personnages, ou presque, sont caricaturaux à l’extrême et manquent cruellement de complexité. Il en ressort des comportements invraisemblables et peu crédibles, le tout accompagné d’énormes coïncidences et de grosses ficelles que l’on voit venir à des kilomètres à la ronde. Ce manque de subtilité et de finesse m’a frustrée d’autant que le roman possède quand même quelques atouts et des idées intéressantes.

L’écriture de l’autrice est fluide et agréable, ce qui rend la lecture rapide malgré un suspense quasiment inexistant pour les personnes ayant l’habitude de lire des thrillers. Je reconnais toutefois m’être complètement laissée berner par le retournement de situation final qui apporte un certain cachet au roman… J’ai, en outre, apprécié la présence omniprésente de la littérature que ce soit dans les références littéraires que l’on rencontre au fil des pages, cette idée d’écriture comme catharsis qui me plaît beaucoup ou encore, la figure de l’écrivain raté, cynique et désabusé…

À cet égard, si j’abhorre la littérature élitiste défendue par Stéphane qui exclut, au lieu de rassembler les lecteurs autour de l’amour des livres, je reconnais que certains de ses propos ne manquent pas de pertinence. Je pense, par exemple, à ces scènes de sexe devenues omniprésentes dans les livres comme si c’était un moyen en vogue de s’assurer du succès d’un ouvrage. D’ailleurs, comme pour illustrer les propos de notre écrivain et le faire enrager un peu plus, Écrit dans le sang contient pas mal de coucheries bien que l’autrice n’entre pas dans les détails. À défaut de m’avoir pleinement convaincue (on tombe de nouveau dans la surenchère), ces scènes de sexe ont au moins le mérite de mettre en lumière l’un des aspects de la personnalité ambivalente de Maya que je vous laisserai le soin de découvrir…

Malgré mon absence d’attachement aux personnages, il n’en demeure pas moins que j’ai eu envie de faire toute la lumière sur leurs secrets, leurs petites affaires, leurs mensonges et autres trahisons. Parce que si Maya a mis le feu aux poudres en distillant ses mensonges et son venin, elle n’a pas eu besoin de faire grand-chose pour embraser une famille déjà encline à l’hypocrisie, à la jalousie, aux faux-semblants et à la méchanceté. Ce n’est finalement qu’une allumette qui a mis le feu à une forêt viciée et aride ! De fil en aiguille, on en vient donc à découvrir toute la perfidie des personnages et leur manque cruel de morale. Seuls Clément, sa femme et son fils semblent avoir une conscience, mais cela sera-t-il suffisant pour les protéger du danger qui plane sur le manoir et leur vie ? La vengeance est bien souvent aveugle et froide, et ne fait que très rarement la distinction entre les gentils et les méchants, les coupables et les innocents…

En conclusion, malgré un prologue qui annonçait un roman empli de tension et de suspense avec une histoire prenante de vengeance,  Écrit dans le sang n’a pas répondu à mes attentes. Si l’idée de plonger dans les affres et les petits secrets d’une famille complètement dysfonctionnelle était plaisante, la mise en œuvre m’a semblé manquer de crédibilité et de subtilité. Entre les personnages caricaturaux dont les comportements extrêmes paraissent peu probables, la succession de meurtres digne d’un slasher movie et l’absence de réel suspense, l’amoureuse des thrillers psychologiques en moi n’a pas été comblée. Le roman possède néanmoins quelques atouts : une écriture simple et facile à lire, des réflexions intéressantes autour de la littérature, un retournement de situation inattendu qui donne un peu plus de profondeur au récit… Comme d’habitude, si le livre vous intrigue, je vous invite donc à vous forger votre propre opinion d’autant qu’il semble avoir reçu un accueil plutôt favorable sur le net.

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.