Fingus Malister, tome 1 : Feux follets, mandragore et cadavre frais, Ariel Holzl

Couverture Fingus Malister, tome 1 : Feux follets, mandragore et cadavre frais

« Préparez une soupe de mandragore avec 120 g de sève de mandragore et 80 g d’or des fous. Mélangez les ingrédients dans un bocal à élixir et faites mijoter une journée à feu follet. Une fois la soupe terminée, il suffit de la répandre sur tout cadavre frais pour qu’il revienne à la vie en quelques minutes. Et le rituel de zombification est accompli ! »
Apprenti seigneur maléfique, Fingus Malister sait comment il va éblouir les jurés de sa future académie de magie. Mais il a besoin de l’aide d’une sorcière plus têtue que lui…

Rageot ( 02/10/2019) – 10/12 ans – Ebook (9,99€) – Broché (12,50€)

AVIS

Fingus Malister rêve d’entrer à l’académie de magie, mais avant de faire de son rêve une réalité, il va devoir éblouir le jury lors de l’Audition. Pour y arriver, il a déjà sa petite idée : réaliser le rituel de zombification repéré dans un manuel de nécromancie dont le piteux état n’a pas l’air de le rebuter. Reste à trouver les ingrédients de la recette qui, hélas pour lui, ne s’achètent pas dans la première épicerie venue. Et c’est comme ça qu’il part à l’aventure ou à la catastrophe (avec Fingus, c’est souvent la même chose), et qu’il entraine avec lui sa seule et meilleure amie, une jeune sorcière du nom de Poppy.

Descendant d’une lignée de sorciers maléfiques, Fingus n’est pas vraiment apprécié des villageois, et c’est un euphémisme. Seul survivant de sa famille décimée par un incendie, il ne semble pourtant pas être particulièrement affecté par la situation. Il faut dire qu’il est plus préoccupé par l’idée de faire honneur à son héritage familial en devenant un puissant nécromancien que par sa cote de popularité. Imbu de lui-même, de mauvaise foi et souvent désobligeant avec sa meilleure amie, Fingus est pourtant un personnage que je n’ai pas réussi à détester. D’abord, parce que c’est une telle catastrophe ambulante qu’il en devient comique malgré lui et puis parce que vu son passé et le manque de figures bienveillantes dans sa vie, difficile de lui en vouloir de ne pas être un parangon de vertu… J’ai, en outre, apprécié le décalage entre le monde qu’il s’est forgé et la réalité sans oublier son côté complètement décalé. Vous en connaissez beaucoup vous des enfants qui se trimballent avec le crâne de leur ancêtre ?

Malgré un caractère peu avenant, Fingus peut compter sur l’amitié de Poppy qui le soutient dans ses péripéties tout en tentant, souvent sans grand succès, de le ramener à la raison quand ses idées farfelues le conduisent dans des situations quelque peu périlleuses... Poppy est une jeune fille sérieuse, débrouillarde, douée et intelligente qui n’a absolument rien en commun avec Fingus. En plus d’avoir une influence bénéfique sur ce dernier, la jeune sorcière est aussi son garde-fou. Sans elle, pas certain que notre apprenti nécromancien aille bien loin. Une réalité qu’il n’est pas prêt à admettre, mauvaise foi de sorcier maléfique oblige !

Poppy aurait pu être fade, surtout face à un personnage aussi atypique et haut en couleur que Fingus, mais l’auteur l’a rendue intrigante et surprenante, notamment si l’on considère son refus de lancer des sorts. Elle préfère ainsi suivre un enseignement plus traditionnel de la sorcellerie, ce qui est tout à son honneur même si cela ne plaît pas forcément à son meilleur ami. Si j’ai parfois regretté que la jeune fille se laisse un peu trop marcher sur les pieds, Fingus ayant une légère tendance à se comporter comme un tyran, on finit par se rendre compte qu’elle ne manque pas de caractère et qu’il y a une explication logique à son comportement… Le duo fonctionne donc très bien, sa complémentarité ne faisant aucun doute et sa dynamique originale. 

J’ai également apprécié que le roman évoque le thème de la grossophobie à travers Fingus qui n’hésite pas à se moquer de la silhouette de son amie. Je trouve intéressant d’introduire ce genre de remarques méchantes et déplacées (tellement courantes dans une cour d’école, mais pas que…) dans la bouche d’un personnage à la base peu sympathique. Cela permet aux enfants d’associer les moqueries sur le poids d’une personne à la méchanceté tout en offrant, aux adultes, une éventuelle base pour lancer une discussion à cœur ouvert sur le sujet. Mais je vous rassure, Fingus ne passe pas non plus son temps à se moquer de Poppy, c’est juste que ce thème est tellement rare en littérature jeunesse qu’il me semblait important de le mentionner.

Notre tandem de choc va être mis à rude épreuve, sa quête d’ingrédients pour le rituel de zombification ne se révélant pas de tout repos ! Entre des fantômes vindicatifs, la traversée d’un bois abritant des bestioles fort peu ragoûtantes et la confrontation avec leurs camarades pas très amicaux, nos deux amis vont devoir faire preuve de débrouillardise et d’imagination pour faire face aux multiples dangers qui se dresseront sur leur chemin ! Un autre danger bien plus pernicieux guette également notre jeune sorcier…

Quant à la plume de l’auteur, fluide, immersive et agréable, elle fait des merveilles sur les jeunes lecteurs, mais aussi sur des lecteurs plus âgés qui devraient se laisser séduire par l’imagination fertile de l’auteur et son humour noir et décalé. Rythmé et auréolé d’une délicieuse atmosphère mêlant mystère et doux frissons, ce roman se dévore donc très vite.

En conclusion, ayant adoré le premier tome des Sœurs Carmines, j’étais curieuse de découvrir l’auteur dans un registre plus jeunesse. Et je dois bien avouer que l’effet Ariel Holzl a de nouveau bien fonctionné sur moi ! Bien que l’humour soit un peu moins grinçant que dans sa précédente série, on reconnaît sa manière bien à lui de jouer sur les mots, de créer des personnages en théorie détestables, mais auxquels on s’attache, et d’introduire une ambiance particulière mélange d’humour noir, de morbide et d’extravagance. Voici donc un premier tome introductif, mais non dénué d’originalité, de mordant et de charme !

Merci aux éditions Rageot et à NetGalley pour cette lecture.

 

The paper magician, Charlie N. Holmberg

The Paper Magician - Édition française (Saga The Paper Magician t. 1) par [Charlie N. Holmberg, Abigaïl Tal]

C’est le cœur brisé que Ceony Twill, 19 ans, débarque chez le magicien Emery Thane. Sortie major de sa promotion à l’école Tagis Praff, elle se voit contrainte d’embrasser la magie du papier, elle qui rêvait de travailler le métal. Or une fois qu’elle sera liée au papier, matériau qu’elle dédaigne, elle sait que c’est pour le restant de sa vie.

Dès le début de son apprentissage chez l’excentrique mais si charmant Emery, Ceony découvre un monde merveilleux qu’elle ne soupçonnait pas : animer des créatures de papier, donner vie à des récits grâce aux images qui les illustrent, prédire l’avenir… Mais son bonheur se ternit quand elle se trouve confrontée aux dangers de la magie interdite.

Une Exciseuse – pratiquant la magie noire liée à l’élément de chair – attaque le magicien et lui arrache le cœur avant de s’enfuir avec son précieux butin. Pour le sauver, Ceony devra affronter l’horrible sorcière assoiffée de sang et se lancer dans un périlleux périple qui la mènera dans les méandres du cœur de son mentor dont elle va découvrir les lourds secrets.

Issue de l’imagination débridée de Charlie N. Holmberg (dont c’est le premier roman), The Paper Magician est une histoire extraordinaire, sombre et loufoque, qui réjouira les lecteurs de tous âges.

Amazon Crossing (20 septembre 2016) – 232 pages – Ebook (3,99€ )
Broché (9,99€) – Traduction : Abigaïl Tal 

 

AVIS

J’ai adoré me plonger dans ce monde où la magie est une réalité. Si plusieurs types de magie existent, Ceony n’a, quant à elle, pas eu la chance de s’orienter vers la spécialité de son choix, son école lui ayant assigné un professeur spécialisé dans le papier. Le magicien Emery Thane n’est pas méchant et se révèle plutôt bon professeur, mais Ceony a un peu de mal à accepter la situation. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, elle finit néanmoins par s’investir dans sa formation d’autant que studieuse et intelligente, elle apprend fort vite.

Découpée en deux temps, l’aventure est pleine d’originalité et plutôt surprenante. Dans une première partie, on découvre la fascinante magie du papier qui permet, à ceux qui la maîtrisent, de créer des illusions à partir de livres, de lire l’avenir, mais aussi de donner vie à des créations de papier. À cet égard, j’ai adoré le squelette majordome et eu un coup de cœur pour Aneth, un chien en papier qui suivra très fidèlement Ceony dans ses péripéties. Aux côtés de la jeune femme, on apprend également à connaître Emery dont le côté décalé, rêveur et loufoque m’a beaucoup plu, voire complètement charmée. Touchant, il semble toujours de bonne humeur bien qu’il conserve une part de mystère assez troublante et intrigante.

L’apprentissage de Ceony se passait relativement bien jusqu’à ce qu’une femme fasse irruption chez le magicien afin de littéralement lui voler son cœur ! Une solution provisoire permet de le maintenir en vie, mais le compte à rebours a commencé puisque sans son cœur, le magicien est condamné. N’écoutant que son courage, Ceony se lance alors à la recherche de cette femme qui semble pratiquer une magie interdite et destructrice qui devrait vous faire froid dans le dos. La légèreté des débuts laisse place à une intrigue plus sombre dans laquelle Ceony va être mise à rude épreuve. En plus de devoir affronter une puissante magicienne bien décidée à la détruire, elle devra également faire face aux espoirs, aux doutes et aux souvenirs joyeux comme pénibles de son professeur. Un voyage dans son cœur qui ne sera pas de tout repos… 

Ceony arrivera-t-elle à sauver Emery et, par la même occasion, à trouver la sortie du piège qui s’est refermé sur elle ? Une question qui vous tiendra en haleine et qui vous poussera à faire défiler les pages les unes après les autres d’autant que la plume de l’autrice se révèle fluide et très immersive. Si j’ai regretté que Ceony ne bataille pas plus dans son apprentissage de la magie du papier, j’ai adoré qu’elle ne soit pas épargnée, l’autrice la plongeant dans des situations extrêmement difficiles dont elle ne sortira pas indemne, du moins, mentalement. Cela rend l’intrigue plutôt mouvementée et passionnante et donne du relief à une jeune fille qui aurait pu paraître fade face à l’excentrique Emery…

Au cours de l’aventure, Ceony semble développer pour ce dernier des sentiments dépassant la simple relation étudiante/professeur. Pour ma part, j’ai trouvé cette attirance peut-être un peu trop rapide, mais vu l’intensité des événements qu’elle a traversés, je peux comprendre que ses sentiments aient été exacerbés d’autant que Ceony a eu l’occasion de découvrir son mentor dans toute sa complexité. Loin de n’être qu’un gentil excentrique, Emery est, en effet, un homme avec ses zones d’ombre et un passé douloureux dont il semble encore prisonnier…

Ayant trouvé le duo complémentaire et ayant apprécié sa dynamique, je ne serais pas contre un rapprochement à condition, bien sûr, que la romance ne prenne pas le pas sur l’action et la découverte de la magie du papier. Je dois confesser que cette magie m’a fascinée et que toutes ses possibilités m’ont éblouie. Je n’ai d’ailleurs pas partager les réticences de Ceony à se lancer dans cette forme de magie qui est, pour la livraddict que je suis, une source d’émerveillement. Et puis, si ce premier tome nous apprend bien une chose, c’est que la magie du papier est pleine de surprises et peut se révéler des plus redoutables !

En conclusion, porté par une héroïne intelligente, douée, volontaire et courageuse, ce premier tome nous plonge avec fracas dans une intrigue mouvementée et pleine d’actions au cours de laquelle les masques vont tomber et les cœurs être mis à nu. Prise en étant entre une femme cruelle et son désir de vengeance et un homme bon mais écrasé par son sentiment de culpabilité, Ceony va devoir trouver la clef de la liberté et se forger son propre destin. Rythmé, prenant, original et plein de charme, un roman à ne pas manquer !

Retrouvez le roman sur Amazon.

Interview with the robot, Lee Bacon

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Fugitive. Criminal. Robot.

A sci-fi adventure for young listeners, Interview with the Robot introduces a unique heroine who seeks the truth about herself.
Eve looks like an ordinary 12-year-old girl, but there’s nothing ordinary about her. She has no last name. No parents or guardian. She’s on the run from a dangerous and secretive organization that will stop at nothing to track her down.
And most astonishing of all: she’s a robot, a product of Eden Laboratories. When Eve discovers the truth, she realizes everything she thought she knew about herself is a lie. Eve manages to escape, fleeing the lab, the only home she’s ever known.
After being arrested for shoplifting, Eve is interviewed by Petra Amis from Child Welfare Services. Her incredible story unfolds during the interrogation, with flashbacks to her life inside Eden Laboratories, which has a dark secret. Listeners follow Eve from her first moment of consciousness to her evolution as a nearly-human companion to Emory, the son of the founder of Eden Laboratories.
Exploring a range of topics that drive our society and our lives—topics such as artificial intelligence and human nature – Interview with the Robot is a story told by a startlingly original protagonist, a story that explores the vast potential of technology and the deep complexities of humanity.

À partir de 10 ans – 3hrs 42mins

AVIS

J’ai profité du fait qu’Audible propose des livres audio à écouter gratuitement durant le confinement pour me lancer dans Interview with the robot de Lee Bacon. Si la science-fiction n’est pas mon genre de prédilection, les intelligences artificielles et la robotique m’intéressent beaucoup, ce qui explique peut-être le plaisir pris à découvrir ce roman jeunesse qui soulève des  questions intéressantes sur ces sujets notamment d’un point de vue éthique et moral.

Qu’est-ce qui différencie l’homme de la machine ? Une machine faite de métal, de circuits imprimés et ayant la conscience d’exister ne peut-elle pas être considérée comme une entité vivante ? Les émotions sont-elles l’apanage des hommes et des animaux ? Tout autant de questions que l’histoire d’Eve, robot ayant l’apparence d’une enfant de douze ans, ne manquera pas de susciter en vous. Une histoire qu’elle raconte à un membre des services sociaux, Petra Amis, après avoir réussi à s’échapper de l’organisation qui l’a conçue. À mesure que l’on découvre tout ce qu’elle a traversé et qu’on apprend à la connaître, on en vient à s’interroger sur sa véritable nature…

En plus de la conscience d’être, elle semble éprouver des sentiments, notamment envers le fils de son créateur qui est devenu, au fil du temps, son meilleur ami. À travers des flash-backs, on découvre d’ailleurs leur réelle et belle complicité et la manière dont, aux côtés d’Emory, Eve a gagné en humanité, apprenant, par exemple, à faire des plaisanteries ou à détecter les nuances parfois subtiles dans les échanges entre humains. Elle n’a pas de sang ou d’organes humains et se recharge comme un téléphone portable, mais la réduire au statut de simple machine au service de l’humanité semble donc terriblement injuste…

J’ai adoré découvrir le récit de cette héroïne atypique et hors du commun à laquelle je me suis beaucoup attachée à l’instar de Petra qui va traiter Eve comme n’importe quel autre enfant : avec empathie, patience et gentillesse. Les interactions et les dialogues entre les deux personnages sont truculents et m’ont fait régulièrement sourire, car si Eve semble humaine par bien des aspects, elle n’a pas encore toutes les clefs en main pour comprendre les comportements parfois irrationnels des humains… L’entretien entre Petra et Eve permet également de réaliser le fossé entre ce que son créateur veut d’elle et ce qu’Eve désire vraiment. Elle a, en effet, appris à exprimer ses propres envies et est capable de prendre des initiatives qui n’entrent pas forcément dans le cadre de ses prérogatives.

Au-delà de la question des intelligences artificielles et des réflexions sur la nature humaine, le roman aborde également des thèmes comme la famille. Qu’est-ce qu’une famille ? Cela se réduit-il vraiment aux liens du sang ? Une interrogation soulevée tout au long du roman qui trouve son apogée dans une révélation qui m’a complètement prise de court. Je ne l’avais pas du tout anticipée, ce qui m’a donné envie d’écouter le roman depuis le début afin de voir si l’auteur avait laissé quelques indices. Je ne l’ai pas fait, mais j’ai apprécié la manière dont ce retournement de situation parfaitement orchestré bouleverse l’ordre des choses et donne une certaine profondeur au roman. Il soulève, en outre, certaines questions, notamment sur le bien et le mal, et ce que l’on est en droit de faire au nom de ses idéaux et/ou de sa famille.

Destiné aux enfants à partir de 10 ans, le roman, bien qu’en anglais, se révèle tout à fait accessible. Le vocabulaire et les constructions grammaticales sont simples, et les nombreux flash-back, accompagnés d’une petite transition sonore, aident à s’immerger complètement dans l’intrigue. N’hésitez donc pas à vous lancer si vous avez envie de tester ou de vous remettre à la lecture de livres audio en anglais d’autant qu’en plus d’être rapide (moins de quatre heures), l’écoute se révèle rythmée, prenante et plutôt addictive.

En conclusion, à travers l’histoire mouvementée et surprenante d’une héroïne atypique et attachante, l’auteur soulève d’intéressantes et pertinentes réflexions sur la notion d’humanité, la technologie, mais également sur la famille, ce qui fait son socle et comment l’amour des siens peut pousser une personne à commettre l’indicible… Captivant, intelligent, teinté d’humour et empli de mystère, voici un roman jeunesse fort sympathique que je ne peux que vous conseiller pour une plongée fascinante dans le monde de la robotique.

Pour écouter gratuitement le roman durant le confinement, rendez-vous sur le site d’Audible Stories.

La vie compliquée de Léa Olivier, tome 1 : perdue, Borecki et Alcante d’après l’œuvre de Catherine Girard-Audet

Découvrez La vie compliquée de Léa Olivier T01 dans sa version BD. Connaissez-vous Léa Olivier? Si ce n’est pas le cas, voilà une jolie façon de faire connaissance, avec l’adaptation en bande dessinée des aventures de la jeune Québécoise préférée des ados.

Ce premier tome de  « La Vie compliquée de Léa Olivier » nous emmène à Montréal, en compagnie de Léa, 14 ans, qui vient tout juste d’y emménager avec ses parents. Séparée de sa meilleure amie Marilou et de son amoureux Thomas, elle peine un peu à se faire à son nouvel environnement. Il faut dire qu’entre les maladresses de Thomas, pas très doué pour les relations à distance, les filles du lycée qui la prennent de haut et son frère Félix qui joue les beaux gosses, Léa se sent parfois un peu seule. Heureusement, il y a Marilou, à qui elle raconte tout, par mail et par chat. Laquelle la tient au courant de la vie de leur village, des faits et gestes de Thomas et des aléas de sa vie amoureuse

Kennes (Octobre 2014) – 48 pages – Relié (11,95€) – Ebook (8,99€)

AVIS

Un déménagement, c’est souvent compliqué, mais ça peut prendre une tournure carrément dramatique pour une adolescente que l’on prive de sa meilleure amie et de son petit ami. Mais si Léa vit très mal ce déménagement à Montréal imposé par son père qui a trouvé un nouveau travail, elle n’a néanmoins pas d’autre choix que d’accepter la situation. Elle finit donc par sortir de chez elle et explorer cette nouvelle ville qui s’offre à elle avant d’affronter la rentrée dans son nouvel établissement scolaire…

Léa, bien que volontaire, est un peu intimidée à l’idée de devoir se faire de nouveaux amis d’autant qu’une pimbêche semble bien décidée à lui mener la vie dure en se moquant d’elle à la moindre occasion. Et n’oublions pas les cours d’anglais et de sport qui se transforment en sessions de torture ! Heureusement, la jeune fille va se faire de nouveaux amis et commencer, petit à petit, à s’adapter à sa nouvelle vie. Entre les fêtes, l’écriture d’un article pour le journal de l’école, les amitiés naissantes et les inimitiés, elle n’aura donc pas le temps de s’ennuyer.

Léa veille également à garder le contact par sms avec sa meilleure amie qui compte énormément pour elle. En plus de se remonter le moral mutuellement, les deux adolescentes se confient tout ce qui se passe dans leur vie, et notamment leurs (més)aventures amoureuses. Ainsi, si Marilou se rapproche inopinément d’un garçon, Léa, quant à elle, pense énormément à son petit ami qu’elle a peur de perdre au profit d’une fille de son ancienne école. Et malheureusement, Thomas, assez taiseux, ne fait rien pour rassurer la jeune fille. Pire, il semble même s’éloigner d’elle, ce qui lui fait beaucoup de peine…

Le jeune couple arrivera-t-il à garder une relation à distance ou les kilomètres viendront-ils à bout de leur amour ? Une question qui ne devrait pas manquer d’intéresser les adolescent(e)s qui trouveront dans cette BD des sujets qui leur parlent : le premier amour, les relations avec le sexe opposé, les doutes, les séparations, mais aussi l’amitié avec un grand A, les relations qui évoluent, le besoin de s’adapter, la famille, le sentiment de déracinement… Des thématiques abordées de manière simple et assez directe pour que les jeunes lecteurs s’identifient facilement aux aventures de Léa et partagent ses peurs, ses peines, mais aussi ses moments de joie et ses succès.

L’héroïne étant une fille et les relations sentimentales évoquées de son point de vue, il est fort probable que les adolescentes se montrent plus enclines à se pencher sur cette histoire. Néanmoins, le récit n’étant pas girly à l’excès, un public masculin curieux et ouvert d’esprit peut tout à fait y trouver son compte et/ou partager cette lecture avec leurs sœurs ou leurs amies.

Quant aux illustrations, je les ai trouvées modernes, agréables, lumineuses, colorées et très vivantes. Les visages sont ébauchés de manière assez simple, mais leurs expressions se révèlent très parlantes et les mimiques particulièrement expressives. Il est donc aisé de lire les émotions des personnages sur leur visage, ce qui ne pourra que faciliter le processus d’identification chez les lecteurs et susciter leur empathie. 

En conclusion, trentenaire, je ne me suis pas vraiment sentie concernée par les péripéties de Léa, ce qui ne m’a pas empêchée de suivre la jeune fille avec plaisir dans sa nouvelle vie d’autant qu’entre les différents lieux mentionnés et les quelques expressions québécoises distillées par-ci par-là, le dépaysement est au rendez-vous. Frais, pétillant et abordant des sujets qui parleront aux préadolescents et aux adolescents, cet ouvrage devrait les séduire et leur offrir un moment de divertissement agréable et facile d’accès.

NB : il s’agit ici de l’adaptation du premier tome d’une série de romans que je n’ai pas lue. Je ne pourrai donc pas juger de sa fidélité.

Je remercie NetGalley et les éditions Kennes pour cette lecture.

 

La singulière aventure de Pénélope Vermillon, Valija Zinck

La singulière aventure de Pénélope Vermillon par [Valija Zinck]

Pénélope a les cheveux gris et une odeur de feu. Cela a beau être étrange, la petite fille ne s’en est jamais vraiment souciée. La seule chose qui attise un peu sa curiosité, c’est que chaque été, le jour de son anniversaire, il pleut et que, ce jour-là, la pluie ne mouille pas. Cependant, quand Pénélope découvre par hasard qu’elle a en fait les cheveux roux et des pouvoirs un peu bizarres, tous les petits mystères de sa vie se transforment en un océan d’énigmes. Ces pouvoirs sont-ils hérités de son père, comme le lui révèle finalement sa mère ? Pourquoi cette dernière lui a-t-elle fait croire qu’il était mort alors qu’il les a tout simplement abandonnées ? Tandis que la magie croit en Pénélope, s’épanouit aussi la colère et l’envie de partir à la recherche de ce père absent…

Rageot (11 avril 2018) – 304 pages – Broché (13,90€) – Ebook (10,99 €) – 10/12 ans

AVIS

Rarement un titre aura aussi bien été choisi puisque c’est bien dans une singulière aventure que l’autrice transporte ses jeunes et moins jeunes lecteurs. Nous faisons ainsi la connaissance d’une héroïne qui se révèle aussi originale que haute en couleur. Du haut de ses dix ans, Pénélope a les cheveux gris, une odeur de feu et possède l’étrange don d’Entendre-Avant. Avouons que question originalité, elle se pose en modèle ! Mais si sa vie est déjà émaillée d’un petit grain de folie, elle va prendre une tournure encore plus inattendue et extravagante quand la jeune fille fera de surprenantes découvertes sur ses cheveux, ses facultés, et sa famille. Des découvertes qui mettront en perspective toute sa vie et qui lui donneront l’élan nécessaire pour enfin être elle-même.

Débrouillarde, courageuse, intelligente et pugnace, Pénélope est une jeune fille attachante que l’on suit avec beaucoup de plaisir dans ses péripéties. On la voit ainsi faire de son mieux pour s’approprier tout un pan de sa vie qui lui était jusqu’à maintenant inconnu, ce qui ne la rend que plus touchante. Elle affrontera également sans sourciller les dangers que son désir de renouer avec une personne de son passé mettra sur sa route… Entre l’étude d’un précieux livre de magie, ses séances pour, entre autres, apprendre à voler, ses sorties entre amis et son enquête sur ses origines, elle n’aura donc pas le temps de s’ennuyer.

Pour l’épauler dans ses aventures, Pénélope pourra heureusement compter sur le soutien de son chat, un sympathique félin auquel je me suis tout de suite attachée. Elle obtiendra également l’aide d’autres personnages dont l’un qui fut pour moi un véritable coup de cœur, peut-être parce que comme notre jeune héroïne, il n’a pas la langue dans sa poche. J’ai rarement vu un auteur donner vie à un protagoniste de cette nature, et c’est fort dommage parce que cela apporte une jolie touche d’extravagance et d’humour. D’ailleurs, l’humour ne manque pas dans ce roman, ce qui tient en grande partie à l’esprit vif, fantasque et parfois un peu culotté de Pénélope qui possède une bonne dose d’imagination et de détermination. 

Au-delà de la galerie de personnages variée et originale, j’ai apprécié le mystère qui plane tout au long de l’aventure, notamment sur le père de Pénélope et les pouvoirs magiques que la jeune fille semble avoir hérités de ce dernier. Si j’ai regretté que le côté magie ne soit pas un peu plus exploité, j’ai néanmoins apprécié la manière dont l’autrice a creusé les relations familiales, que ce soit dans l’absence ou la présence… La mère de Pénélope n’apparaît pas énormément dans l’intrigue, mais on sent toute la complicité qui l’unit à sa fille et sa détermination à lui offrir une certaine normalité malgré les circonstances. Mais la normalité n’est pas vraiment compatible avec l’esprit Vermillon, ce qu’elle finira bien par accepter… On notera aussi le charme qui se dégage de la maison « dragon » habitée par trois générations de femmes et un chat, il ne faut jamais oublier le chat, surtout quand ce dernier détient un petit secret.

Quant à la plume de l’auteure, travaillée tout en demeurant accessible, elle véhicule de jolies valeurs et est empreinte de cet humour qui rallie les lecteurs de tout âge. Ce roman jeunesse devrait donc ravir les enfants qui pourront s’identifier à l’esprit d’aventure de Pénélope, et plaire aux adultes qui ont gardé leur âme d’enfant et leur capacité à s’émerveiller devant l’histoire d’une fillette pas comme les autres.

En conclusion, La singulière aventure de Pénélope Vermillon séduira les lecteurs par sa touche de fantastique, son héroïne haute en couleur, ses personnages secondaires inattendus et attachants, sa bonne dose de mystère et d’action, mais surtout son atmosphère pétillante empreinte de magie, d’extravagance et d’originalité. Quant à l’humour subtilement distillé par-ci, par-là, c’est un peu la cerise sur le gâteau ou le dernier ingrédient d’une potion qui fera des étincelles et vous offrira un joli moment de divertissement

Je remercie les éditions Rageot et NetGalleypour cette lecture.

109 rue des soupirs,Tome 1 : Fantômes à domicile, Mr Tan

La nouvelle série gothique et désopilante de Mr Tan ! Lorsque Elliot et ses parents emménagent au 109 rue des Soupirs, à Belle-en-joie, ils ne peuvent se douter que cette maison sinistre est réellement hantée… Enfin, surtout Elliot, car ses parents, accaparés par leur travail, l’abandonnent vite à son sort. Il ne tarde pas à rencontrer ses colocataires plutôt spéciaux, tandis que débarque une baby-sitter pas très commode, qui semble chercher quelque chose… Des fantômes, peut-être ?

CASTERMAN (4 septembre 2019) – 128 pages – 10,90€
Illustrations : Yomgui Dumont 

AVIS

Bienvenue à Belle-en joie, avec ses belles rues, ses spécialités locales et ses fantômes ! Car si la ville semble être l’endroit idéal où poser ses valises, elle abrite au 109 rue des soupirs une bâtisse menaçante et hantée. Une découverte que va faire Elliot en y emménagement avec ses deux parents qu’il ne voit qu’en coup de vent.

Après le choc de cette rencontre inattendue avec le monde de l’au-delà, le jeune garçon va vite s’apercevoir qu’être ami avec des fantômes n’a pas que des inconvénients ! Bien qu’un peu envahissants, ceux-ci se révèlent ainsi adorables et toujours prompts à  veiller sur lui et à s’assurer de son bien-être. À défaut d’une famille de chair et de sang, le voilà maintenant doté d’une famille spectrale à laquelle il s’attache et qu’il est bien décidé à protéger d’un terrible danger…

En plus d’une ambiance gothique qui passe autant par l’intrigue que le ton bleuté des illustrations, cette BD offre de jolis moments de tendresse et de complicité entre des personnages hauts en couleur pour lesquels on se prend immédiatement et irrémédiablement d’amitié. La galerie de personnages est ainsi variée, amusante et plutôt atypique.

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Quel plaisir donc de suivre cette bande de fantômes qui a su créer une cellule familiale, peut-être un peu particulière, mais complètement fonctionnelle ! Un point qui ne pourra que faire du bien à Elliot complètement délaissé par des parents obnubilés par leur carrière professionnelle au point de ne pas savoir l’âge exact de leur enfant unique…

Quant à la menace qui pèse sur le 109 rue des soupirs, je préfère vous laisser le plaisir de la découverte, mais je peux néanmoins vous dire que féroce, dangereuse et machiavélique, elle a de quoi effrayer même le plus courageux des fantômes ! L’amitié, l’imagination, la débrouillardise et la solidarité peuvent heureusement soulever des montagnes…

Destiné aux enfants, ce livre joue sur l’humour pour atténuer le côté angoissant que peuvent avoir les fantômes pour de jeunes lecteurs d’autant que dans cette histoire, nos fantômes sont bien plus victimes que bourreaux. Une inversion des rôles qui ne manque pas de piquant et qui devrait permettre aux enfants de passer un moment de lecture divertissant et amusant. 

En conclusion, empreint d’humour et de réparties qui font mouche, de personnages terriblement attachants, de suspense et d’action, 109 rue des soupirs fut une lecture particulièrement agréable qui m’a donné le sourire aux lèvres. On a coutume de dire qu’on ne choisit pas sa famille, Elliot vous prouve ici le contraire !

L’Immortelle 1 : La clef de cuivre, Marilyn Stellini (#PLIB2020)

L'Immortelle 1- La Clef de cuivre par [Stellini, Marilyn]

Northumberland, Angleterre

Anna, vingt et un ans, fréquente la section Lettres de l’Université de Newcastle, aime sa famille et l’équitation, et est certes solitaire et introvertie, mais pense être une jeune femme tout à fait ordinaire, menant une vie tout à fait ordinaire.
Jusqu’à ce jour où elle tente de s’interposer dans une agression. Ne pouvant deviner à quelle force ténébreuse elle a affaire, elle se retrouve en bien mauvaise posture lorsqu’un homme aussi austère que séduisant la sauve, mais la séquestre par la suite dans son manoir grandiose d’un autre temps.
Entre surnaturel et intrigues divisant des clans ancestraux, elle va découvrir que le monde n’est pas ce qu’elle croyait et qu’un grand destin l’attend.

Éditions Kadaline (18 octobre 2019) – 271 pages – Ebook (5,99€)

AVIS

Reçue en version numérique dans le cadre du PLIB 2020, cette lecture ne m’a malheureusement pas convaincue. Les amateurs de romances fantastiques pourront peut-être trouver leur bonheur dans ce livre même si j’ai tendance à croire qu’il existe des romans du genre bien plus palpitants et originaux sur le marché. J’ai, pour ma part, failli l’abandonner à plusieurs reprises ne ressentant aucun intérêt pour les événements ou les personnages. Ce qui m’a fait tenir, c’est l’idée de valider une lecture pour le challenge Book ta journée. Oui, chacun ses sources de motivation…

Nous faisons la connaissance d’Anna, une étudiante solitaire et assez introvertie, qui rêve d’aventure ! Il faut parfois faire attention à ce que l’on souhaite parce que de ce côté, elle va être servie. En tentant de sauver la vie d’un adolescent agressé par deux individus, elle se retrouvera ainsi mêlée à une guerre de clans entre Immortels. Heureusement pour elle, elle obtiendra la protection d’une puissante famille même si les débuts à leurs côtés ne seront pas de tout repos. Entre la découverte de secrets ancestraux et d’un monde dont elle n’avait pas conscience, l’exploration de ses propres capacités, et la volonté farouche de protéger sa famille et sa meilleure amie qui se comporte bizarrement, elle n’aura pas le temps de s’ennuyer d’autant que le fils de la famille l’attire comme un aimant…

Bien que l’écriture soit plaisante et fluide, j’ai regretté un manque de profondeur et d’originalité : les personnages sont caricaturaux et leur psychologie peu développée, l’intrigue est cousue de fil blanc, les atermoiements de l’héroïne lassants, les enjeux peu exploités, les longueurs nombreuses, la romance peu convaincante et trop niaise à mon goût… Je me suis donc ennuyée durant ma lecture attendant avec impatience qu’un élément vienne dynamiser le récit et lui donner un peu plus de mordant.

Cela n’est malheureusement jamais arrivé, et c’est dommage parce qu’il y avait de bonnes idées comme cette guerre des clans entre d’un côté, des Immortels défendant le droit d’avoir des serfs et de l’autre, ceux luttant pour la liberté. Une guerre fratricide qui n’est pas sans rappeler, dans une certaine mesure, la guerre de Sécession aux États-Unis. Mais l’autrice passe plus de temps à nous décrire l’attirance de son héroïne pour le beau mâle de service qu’à vraiment exploiter ce point. La suite sera peut-être un peu plus convaincante de ce côté…

La seule chose qui m’a vraiment intéressée est de découvrir les différentes capacités des Immortels puisque chacun possède et développe ses propres talents, certains étant plutôt impressionnants ! Mais je ne vous en dirai pas plus sur ce point préférant vous laisser le plaisir de la découverte. La mythologie autour de cette population qui se tient en retrait de la vie publique, sans pour autant se cacher, n’est pas non plus dénuée d’intérêt. J’ai également été surprise par quelques scènes de torture qui tranchent avec le ton un peu mièvre de la romance, une chose que j’ai appréciée et qui apporte un peu de tension.

En bref, L’immortelle est un roman qui n’a pas su me convaincre malgré la plume agréable de l’autrice et de bonnes idées comme cette guerre de clans entre Immortels aux idéaux bien différents. Liberté contre asservissement, lumière contre ténèbres…. Si certains livres young adult peuvent être lus par tous, j’aurais tendance à croire que celui-ci s’adresse principalement à un public adolescent ou à de jeunes adultes, la romance peu crédible et le manque de maturité et de consistance des personnages pouvant constituer un vrai frein pour un lectorat plus âgé.

Comme toujours, n’hésitez pas à vous faire votre propre avis d’autant que ce roman semble avoir de bonnes évaluations sur la toile. Peut-être que ce rendez-vous manqué ne le sera pas pour vous…

Merci au PLIB et aux éditions Kadaline pour cette lecture.