Le Dragon qui rêvait de crépuscule, Akira Himekawa

Couverture Le dragon qui rêvait de crépuscule, tome 1

Hirasawa Kiya est un jeune garçon possédant la faculté de se transformer en un être mi-homme mi-dragon, faculté transmise par un sang venu du fond des âges. Un jour, il est attaqué dans sa propre maison par « Illumine », un groupe de mercenaires spécialisés dans les assassinats. Là, il reçoit l’ordre de faire équipe avec T.J, le tueur professionnel à la jambe artificielle ?

Éditions Clair de Lune (2014) – 192 pages – Traduction : Cyril Coppini

AVIS

Je n’avais jamais entendu parler de cette série en deux tomes, mais intriguée par le titre ne manquant pas de poésie, j’ai décidé de me lancer et je dois dire que l’expérience de lecture fut très agréable. On suit Kiya, un Archétype, arraché à sa famille d’adoption par une organisation secrète et mystérieuse, Ilumine. Celle-ci traque et extermine les digabeast, des bêtes maudites qui se repaissent de chair humaine. Et pour l’aider dans cette difficile et dangereuse tâche, elle compte bien sur la nature hybride de Kiya, qui est mi-homme mi-dragon…

Mais avant de l’envoyer en mission, l’organisation décide de le former, ce qui ne ravit guère la personne désignée pour cette formation accélérée. En effet, TJ, plutôt du genre taciturne, n’a pas la moindre envie de se coltiner un jeune hybride, même unique en son genre, et encore moins d’avoir un nouveau partenaire… Il faut dire que sa dernière mission, en plus de lui avoir fait perdre une jambe, l’a meurtri d’une manière très personnelle.

Au gré des pages, on assiste donc à la formation de Kiya par un TJ dur et implacable, qui n’hésite pas à le provoquer et à le titiller afin de l’endurcir et de faire ressortir son côté bestial. Chose difficile, Kiya n’aimant pas se battre ni faire du mal à autrui. Il y a ainsi une vraie dichotomie entre sa nature d’Archétype, sa personnalité et ce que l’on attend de lui… J’ai été très touchée par cet ado arraché à tout ce qu’il connaissait pour être plongé dans une guerre entre le bien et le mal, dont le commun des mortels n’a même pas conscience. Si le combat est nécessaire, a fortiori quand on découvre la violence et l’horreur dont sont capables les digabeast, on pourra s’interroger sur les méthodes quelque peu brutales des supposés gentils, qui n’ont pas hésité à priver un adolescent des siens et de ses repères.

Mais finalement, entre l’homme que Kiya considérait comme son père et le chef d’Illumine, il n’est pas certain qu’il y ait beaucoup de différences, les deux le considérant comme une chose à moduler en fonction de leurs besoins. À cet égard, j’ai été parfois déroutée par la naïveté et la docilité de Kiya, qui fait preuve d’une grande tolérance envers ceux qui l’utilisent sans vergogne… Heureusement, il a pu compter sur la tendresse de sa « sœur » Koyomi et plus tard sur TJ, car si ce dernier se montre très dur, on sent que sous des couches de froideur, se cache un homme qui peut se révéler bon et juste. Il faut juste espérer que la personnalité attachante de Kiya finisse par faire fondre la glace qui a enserré le cœur d’un homme focalisé sur sa mission, peut-être pour oublier tout ce que celle-ci lui a déjà fait perdre.

En plus du duo, on découvre sommairement quelques personnages secondaires qui forment une sorte de famille au sein d’Illumine. C’est quelque chose à laquelle Kiya se montre très sensible, ce qui n’est pas surprenant, car s’il y a une chose qui transparaît à travers ce premier tome, c’est son besoin viscéral d’appartenir à un ensemble. Contrairement à TJ, Kiya a besoin de contacts avec autrui et de se sentir intégré à une famille. Cela le rend terriblement humain, attachant et touchant, mais c’est aussi sa plus grande faiblesse dans un univers où la règle d’or est de tuer ou d’être tué. N’oublions pas que les digabeast ne font pas dans la dentelle et encore moins dans la sensiblerie. On comprend donc sans peine les raisons pour lesquelles TJ se montre implacable ; c’est tout simplement une question de survie pour lui et son binôme imposé sur lequel il doit veiller… qu’il le veuille ou non.

Kiya est, pour moi, le gros atout de ce premier tome, sa dualité apportant beaucoup de charme à l’histoire, mais j’ai également apprécié de me plonger dans une organisation dont on apprend petit à petit les objectifs, et les méthodes de travail. L’auteur restant néanmoins encore à la surface des choses, j’espère en apprendre plus dans la suite à ce niveau, tout en croisant les doigts pour que notre jeune mi-dragon mi-homme s’acclimate à une nouvelle vie qui s’annonce dangereuse !

Quant aux illustrations, à part quelques scènes de combat qui m’ont parfois paru confuses, elles m’ont beaucoup plu. J’ai été sensible à la fluidité du trait, au travail effectué sur les visages, et de manière générale, à l’attention portée sur Kiya que ce soit au niveau de sa silhouette humaine, de son apparence de dragon ou de la transition entre les deux états. Une transition que notre adolescent va devoir apprendre à maîtriser pour qu’elle devienne un atout au combat plutôt qu’une tare. 

En conclusion, avec Le Dragon qui rêvait de crépuscule, attendez-vous à être projetés, en compagnie d’un adolescent hybride aussi touchant que surprenant, au sein d’une organisation qui œuvre en secret pour protéger l’humanité de terribles créatures. Entre l’apprentissage d’une nouvelle vie, le besoin de nouer avec une part de lui-même qu’il a encore trop tendance à faire taire, de nouvelles amitiés et les combats, Kiya n’aura ni le temps de s’ennuyer ni celui de s’appesantir sur sa famille à laquelle on l’a arraché brutalement ! Empreint d’une certaine mélancolie, mais aussi d’espoir, voici un premier tome rondement mené qui donne envie de poursuivre l’aventure.

Manga lu dans le cadre du Challenge Mai en BD

L’Empire d’écume, tome 1 : La Fille aux éclats d’os, Andrea Stewart

Couverture L'Empire d'écume, tome 1 : La Fille aux éclats d'os

Dans un empire contrôlé par la magie d’os, Lin, la fille de l’empereur, va devoir lutter pour réclamer son droit au trône.
Sur toutes les îles de l’Empire, on prélève sur chaque enfant un éclat d’os derrière l’oreille, lors d’un rituel trop souvent mortel. Depuis son palais, l’empereur utilise ces précieux fragments pour créer et contrôler de redoutables chimères animales, les concepts, qui font régner la loi. Mais son autorité vacille et partout la révolte gronde.
Sa fille, Lin, a été privée de ses souvenirs par une étrange maladie et passe ses journées dans l’immense palais plein de portes closes et de noirs secrets. Pour regagner l’estime de son père, elle décide de se lancer dans le périlleux apprentissage de la magie d’os.
Une magie qui a un prix… Alors que la révolution vient frapper aux portes du palais, Lin devra décider jusqu’où elle peut aller pour reconquérir son héritage… et sauver son peuple.

AVIS

Je remercie Les Blablas de Tachan pour cette lecture commune que nous avons dévorée.

Il faut dire dire que nous avons toutes les deux apprécié cette histoire offrant un univers riche et complet, une galerie de personnages variés, une entêtante aura de mystère et des révélations savamment orchestrées. J’ai ainsi adoré me plonger la tête la première dans la vie de personnages pour lesquels on développe plus ou moins d’attachement et d’affection en fonction de ses propres affinités. Pour ma part, je n’ai pas été convaincue par un duo d’amantes qui permet de montrer à quel point des différences de milieu socioculturel, d’opinions et de statut peuvent séparer les individus, mais dont le traitement final m’a semblé bâclé. À l’inverse, j’ai été séduite par deux personnages à la psychologie finement travaillée : Lin, l’héritière de l’empereur, et Jovis, un contrebandier.

Les deux ont des vies très différentes, mais les deux ont en commun d’être en quête de quelque chose : Lin de son passé, la jeune femme ayant oublié une bonne partie de sa vie ; Jovis de sa femme étrangement disparue. J’ai été très touchée par la quête de souvenirs de Lin qui fait de son mieux pour se rappeler son passé et ainsi satisfaire un père exigeant, secret et manipulateur, qui manie le bâton et la carotte comme personne. Courageuse et déterminée, la jeune fille évolue au fil de ses découvertes jusqu’à commencer à s’émanciper d’un père qui n’en porte que le nom, celui-ci ne semblant éprouver pour elle qu’une attention sous condition. Bien qu’au début un peu froide, parce que dénuée de passé, Lin possède en elle ce petit quelque chose qui donne envie de la voir réussir dans sa quête de vérité, d’autant que petit à petit, elle réalise que le règne de son père est celui de l’injustice et de l’horreur. Chose qu’elle est bien déterminée à changer et pour cela, une seule solution : prendre le trône de force. Mais avant, elle va devoir apprendre à maîtriser cette magie d’os dont l’empereur ne semble pas pressé de révéler les secrets. Après tout, si le savoir est une arme, il est bien décidé à la garder pour lui !

L’empereur est probablement le personnage qui possède la plus grande aura de mystère dans ce roman ; il fait tout en secret et suivant un schéma que lui seul semble connaître. Méfiant et, disons-le clairement tordu, il n’hésite pas à manipuler Lin et son fils adoptif pour faire naître en eux une rivalité haineuse et ainsi pousser Lin dans ses retranchements. Une situation déjà inacceptable en soi, mais dont on saisit toute l’horreur à mesure que l’on progresse dans l’intrigue, et que les rouages d’un plan malsain se mettent en place. Attendez-vous à des révélations choquantes et la preuve irréfutable que certains sont prêts à tout, même au pire, pour atteindre leur objectif !

Jovis est le deuxième personnage qui m’a le plus intéressée, ayant été émue par les sentiments profonds qui le poussent à retrouver une femme depuis trop longtemps disparue. Si sa carrière de contrebandier l’a plus ou moins contraint à une vie dangereuse et solitaire, il va finir par se lier d’amitié avec une créature dont il est bien difficile d’identifier la nature. Cela fait d’ailleurs partie du charme de Mephi qui va prendre de plus en plus de place dans la vie de Jovis, au point de lui devenir indispensable. Les deux vont nouer une tendre et belle complicité parfois mise en danger par les événements et des rencontres désagréables, mais solidifiée par la certitude absolue qu’ils peuvent compter l’un sur l’autre. En plus d’être diablement attachant, Mephi va également nous prouver que son rôle ne se limite pas à celui de l’ami qui vient rompre une pesante solitude. Je n’en dirai pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, mais ce qui est certain, c’est que la rencontre entre Jovis et Mephi va bouleverser leur vie à jamais, et permettre à Jovis de quitter son statut de loup solitaire pour celui de protecteur…

Un rôle qui semble plus qu’indispensable dans ce monde soumis à la dureté d’un empereur qui, sous couvert de protéger la population du possible réveil d’anciens dieux, les soumet et leur impose une vie placée sous le signe de la peur et de la mort. Ainsi, chaque individu se voit prélever lors de ses 8 ans un éclat d’os derrière l’oreille. Ceux qui ont la chance de survivre à cette opération doivent ensuite vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de leur tête, car à tout moment, cette partie d’eux-mêmes, qui leur a été arrachée, peut servir à alimenter un concept. Une idée qui aurait pu avoir son charme si elle ne signifiait pas perdre son essence et sa vie au profit d’une créature créée par l’empereur…

Cette idée de concept soulève un certain nombre de questions d’ordre éthique et moral. Mais j’avoue avoir été fascinée, bien qu’horrifiée, par le processus de création que l’on découvre en grande partie grâce à Lin, et à ses recherches qui l’amèneront à faire de surprenantes découvertes. Certains concepts sont soumis à des ordres simples et limités, mais d’autres, comme les hauts concepts de l’empereur, nous offrent un bon aperçu de la puissance de la magie d’os ! Ces hauts concepts, capables d’autonomie et de développer leurs propres programmes et compétences, brouillent clairement la frontière entre créatures et créateur. Les concepts ne sont ainsi pas forcément des entités sans âme, ce que nous apprendrons de manière plutôt surprenante.

Le roman possède un certain nombre d’atouts : une galerie de personnages variés et facilement identifiables, un système de magie fascinant et révoltant à la fois, une aura de secret et de mystère qui titille grandement la curiosité des lecteurs, et les pousse à formuler mille et une hypothèses, une révolution en marche avec ce que cela implique de complots et de trahisons… Mais le roman peut également s’appuyer sur une narration alternée efficace et mise en valeur par une plume aussi fluide qu’agréable. Sans se perdre dans des détails inutiles, l’autrice réussit à proposer une œuvre immersive dans laquelle on se plonge tête baissée, et dont on prend un plaisir immense à découvrir les tenants et aboutissants. Que ce soit au sein d’un palais aux multiples portes closes, en mer, sur une île mystérieuse auréolée de secrets, dans l’antre de révolutionnaires prêts à renverser le système, mais pas tous très clairs quant à leur objectif final… on ne s’ennuie jamais ! Cela explique probablement que les chapitres s’enchaînent à vitesse grand V et que l’on arrive bien trop tôt à la dernière ligne.

D’ailleurs, si je suis impatiente d’avoir la suite entre les mains, j’ai apprécié que l’autrice termine ce premier tome en nous donnant la sensation d’avoir tourné une page, et d’être prêts à en commencer une autre. Il reste de nombreuses questions en suspens, que ce soit sur le potentiel retour de dieux endormis, le destin des personnages, ou la manière dont leur existence risque à un moment ou à un autre de se télescoper, mais on ne termine pas le roman frustré. On regrettera seulement une dernière partie de roman quelque peu précipitée, les révélations et les événements s’enchaînant à une vitesse folle sans être vraiment développés. Ainsi, si j’ai apprécié la manière dont la tension monte crescendo jusqu’à atteindre une intensité à couper le souffle, j’aurais préféré que certaines choses soient un peu plus approfondies, et que l’autrice prenne le temps de finaliser une bataille épique entre deux êtres dont l’existence est étroitement liée, mais pas pour les raisons que l’on pense…

En conclusion, L’Empire d’écume est un très bon roman de fantasy qui déploie sous l’oeil attentif et curieux des lecteurs un univers riche, complet et implacable dans lequel on s’immerge avec fascination, et dont on appréhende progressivement les contours, les dangers et les secrets. Rythmé, passionnant et non dénué de surprises, voici un roman que je ne peux que vous conseiller si vous avez envie de découvrir une magie puissante et délétère, et de vous plonger dans une aventure qui vous donnera l’impression d’être un pion entre les mains d’un empereur manipulateur, et d’une autrice à l’imagination vive et acérée. Entre manipulation, trahisons, révolution, fausses vérités et surprenantes révélations, vous ne devriez pas vous ennuyer !

Découvrez l’avis des Blablas de Tachan

Le jardinier de la nuit, Eric Fan et Terry Fan

De gigantesques sculptures envahissent la ville, changeant le paysage et le quotidien de ses habitants à tout jamais.

Little Urban (12 octobre 2018) – 40 pages – 15€

AVIS

Voici un album dont la couverture pleine de mystère a tout de suite éveillé ma curiosité. Une couverture à la hauteur d’une histoire qui m’a émerveillée et enchantée. J’ai ainsi été saisie par la beauté et la poésie de cet album qui, page après page, instille bonheur et espoir dans le cœur de ses lecteurs, des habitants de la ville, et d’un enfant habitant dans un orphelinat rue des Chagrins.

Dans cette magnifique histoire mêlant art et nature, nous découvrons un jardinier d’un genre très spécial, un jardinier qui œuvre dans les secrets de la nuit afin d’offrir aux gens une étincelle de beauté et de joie dans leur vie. Et pour ce faire, il leur fait le plus beau des cadeaux : de magnifiques sculptures végétales prenant la forme de différents animaux. Si les habitants sont heureux d’admirer ces magnifiques créations, le petit William semble, quant à lui, les attendre avec impatience et un plaisir touchant de simplicité. Il faut dire que le garçon y découvre les secrets de son âme, ou du moins, une vocation qui lui assurera que plus jamais le chagrin n’assombrira les recoins de son cœur.

Comment ne pas être ému et profondément touché par cette histoire criante d’humanité, de poésie, de douceur et de beauté ? Des qualificatifs qui conviennent aussi bien au fond qu’à la forme, les illustrations possédant ce charme suranné alliant douceur de l’enfance, mélancolie poétique et beauté classique. Des illustrations grand format, à défaut de pouvoir être grandeur nature, qui émerveillent, et qui soulignent à merveille l’arrivée de la couleur et de la vie dans une rue que l’on aurait pu craindre destinée au désespoir et à l’ennui.

Avec subtilité, élégance et tendresse, les auteurs nous montrent ici toute la force et la magie de l’art, une force vive qui touche et éveille, mais ils nous montrent également qu’il suffit parfois d’un peu de magie du cœur, et d’une âme bienveillante et altruiste, pour apporter une étincelle de vie ! Parce que tant que les hommes seront prêts à s’émerveiller, l’espoir sera toujours là, tapi même dans la plus sombre des rues. Et quand la nature reprendra ses droits, aucun paysage de désolation, juste le bonheur en trame de fond, comme la réminiscence de la promesse de jours meilleurs et en couleurs…

En bref, voici un album plein de douceur et de poésie que je ne peux que conseiller aux personnes appréciant les belles histoires, de celles qui réconfortent, qui donnent espoir en la beauté de la vie, et qui prouvent qu’il suffit parfois d’une seule personne pour faire oublier la monotonie de la grisaille et apporter de la couleur dans les cœurs.

Le Renard et le Petit Tanuki, Mi Kitagawa

Le Renard et le Petit Tanuki T01

Animaux magiques et folklore japonais : un conte touchant pour faire grandir les petits… et les grands !

Il était une fois Senzo, un renard surpuissant craint de tous les animaux, qui semait la terreur sur son passage… à tel point que les dieux, pris d’une vive colère, le plongèrent dans un profond sommeil… 300 ans plus tard, à notre époque, ils décident de l’en sortir… à une condition ! Privé de sa force destructrice, le voilà chargé d’une mission spéciale : élever le petit tanuki Manpachi pour faire de lui un digne serviteur de la déesse du Soleil.

Manpachi a été rejeté par sa famille car il possède des pouvoirs immenses, qu’il a encore du mal à contrôler. Allergique à toute autorité, Senzo refuse de s’embarrasser d’un disciple, aussi mignon soit-il… Sauf qu’au moindre signe de rébellion, il est parcouru d’une douleur insoutenable ! Le voilà bien obligé d’accepter le marché…

Impossible de rester de marbre face à cette fable animalière ultra-craquante ! Mi Tagawa est de retour dans un récit plein de tendresse, après nous avoir déjà fait fondre avec sa peinture poignante des liens familiaux dans Père & Fils. À la manière d’un film de Ghibli, Le Renard et le Petit Tanuki touchera le cœur des petits comme des grands !

Ki-oon (5 novembre 2020) -156 pages – 7,90
Traduction : Geraldine Oudin

AVIS

Ayant complètement craqué pour la douceur qui se dégage de la couverture, j’étais impatiente de découvrir ce manga qui a fait fondre l’amoureuse des animaux en moi.

Après un long repos, destiné à le punir d’avoir semé la terreur autour de lui, Senzo, un grand méchant renard, se réveille avec des pouvoirs affaiblis, l’impossibilité de se rebeller sans en subir les conséquences, et l’obligation de former et de s’occuper d’un petit tanuki qu’il nommera Manpachi. Des trois punitions, c’est certainement la dernière qui exaspère le plus notre renard, qui n’a guère envie de jouer les nounous auprès d’un petit tanuki extrêmement affectueux et démonstratif ! Il a d’ailleurs beau le repousser, ce dernier ne peut s’empêcher de le coller.

Et si cela ne suffisait pas, voilà que notre duo doit également effectuer des missions sous la surveillance d’une bande de loups que notre renard rêverait de réduire en charpie. Il faut dire qu’en plus d’être ses ennemis naturels, ils ne sont pas du genre docile, même s’il y a quelques exceptions comme Tachibana, qui se révèle aussi fou fou que sympathique. De fil en aiguille, on suit donc cette bande de plus ou moins joyeux métamorphes et l’on assiste aux liens qui se forment entre Senzo et Manpachi. Car sous ses airs durs et implacables, Senzo n’est peut-être pas ce méchant renard que tout le monde pense et dont il aime se donner l’image.

J’ai adoré la relation entre le renard et le tanuki, une relation intergénérationnelle version animale non dénuée de poésie et de tendresse. Et ceci malgré le côté bourru et gros dur de Senzo qui a bien du mal à admettre que le sort de son protégé ne le laisse pas indifférent. Il y a d’ailleurs une scène dans laquelle on les retrouve endormis et collés l’un à l’autre des plus attendrissantes. Mais ne le répétez pas à Senzo parce que vu son caractère, je ne suis pas certaine que cela lui plairait beaucoup qu’on lui fasse remarquer.

Quant à notre petit tanuki, j’ai eu un véritable coup de cœur pour lui. Joyeux, confiant, optimiste, et mignon à souhait, il est impossible de ne pas s’attacher et de ne pas vouloir prendre soin de lui, d’autant qu’il a une histoire familiale difficile. Rejeté par les siens en raison de ses pouvoirs, et donc de sa différence, il cherche désespérément une famille. Mais Senzo acceptera-t-il de baisser suffisamment ses barrières pour lui laisser une place dans son cœur, dans sa vie et lui servir d’ancrage émotionnel et affectif ?

Au-delà de la relation qui se noue entre deux animaux qui n’ont apparemment rien en commun, mais qui sont liés à plus d’un titre, ce premier tome nous immerge avec brio dans le folklore japonais, fait de légendes et de créatures fantastiques fascinantes. À cet égard, en plus des métamorphes présents tout au long du manga, j’ai apprécié l’intrigue liée à un esprit de la maison chassé par un autre esprit... Cet épisode, qui apporte une petite touche d’horreur sympathique, sera l’occasion de réaliser que Senzo n’est pas encore prêt à se soumettre, et qu’aussi mignon soit-il, notre petit tanuki est peut-être bien plus fort qu’il n’y paraît... Mais l’est-il assez pour résister à une menace dont notre renard n’avait pas saisi toute l’ampleur ? 

Ce premier tome se finit ainsi sur une scène qui nous donne envie de nous jeter sur la suite et de découvrir ce qui va arriver à un tanuki pour lequel on développe très vite une vive et franche affection. Quant aux illustrations, elles sont à la hauteur de la couverture : mignonnes, douces et splendides. Le trait très rond des dessins, avec un accent volontairement mis sur les yeux, apporte beaucoup de douceur à une histoire pleine de sensibilité, mais non dénuée de moments plus durs, bien que jamais vraiment effrayants. Nous restons, après tout, dans une œuvre qui pourra plaire, divertir, attendrir et émerveiller les lecteurs de tout âge. 

En résumé, tout en abordant des thèmes parfois difficiles comme l’abandon et la peur de la différence, Le Renard et le Petit Tanuki est un manga adorable qui met en scène avec sensibilité et une certaine pudeur deux personnages très différents, mais dont le destin se trouve inexorablement lié. Doux et tendre à la fois, voici un manga qui devrait enchanter et émouvoir les amoureux des animaux, et les lecteurs en quête d’une plongée mouvementée et pleine d’émotions dans le folklore japonais.

Manga lu dans le cadre du challenge Mai en BD

Mini-chroniques en pagaille #35

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Blue au pays des songes (tome 1) : La forêt envahissante de Davide Tosello ( Vents d’Ouest) :

Blue au pays des songes - Tome 01Si j’ai adoré l’ambiance onirique instaurée par l’auteur, j’avoue avoir été assez déstabilisée par l’histoire qui a un petit côté absurde à la Alice au pays des merveilles. Je ne suis d’ailleurs pas certaine que sans le résumé qui est, pour le coup, très clair, j’aurais totalement su appréhender le contenu de cette magnifique BD. Cela ne m’a pas empêchée de me laisser bercer par l’imaginaire de l’auteur, et d’être enchantée par les somptueuses illustrations, dont j’ai adoré les couleurs et les contours.

Nous suivons ici Blue, une jeune fille qui fuit une forêt sombre qui grandit et grignote tout ce qui se trouve sur son chemin, humains et maison y compris. Dans sa fuite, Blue sera accompagnée d’une baleine miniature enfermée dans un bocal, puis par un jeune garçon avec lequel elle désire se rendre à la cité de la tristesse, un endroit où il est possible d’échanger des larmes contre un vœu. Mais la route ne sera pas dénuée de dangers et de rencontres allant de surprenantes à fortement désobligeantes.

En plus d’être sublime et très rythmée, cette BD offre un très beau travail sur les songes, les cauchemars et n’est pas dénuée de messages importants, notamment sur la force de la magie, l’importance de croire en soi et la nécessité de connaître son passé pour construire son futur. Le passé de Blue nous apparaît d’ailleurs par petites touches à mesure qu’elle progresse dans son aventure…

En bref, La forêt envahissante nous offre un énigmatique, étrange et mystérieux voyage au pays des rêves, ou plutôt des cauchemars, en même temps qu’une aventure rythmée qui enchantera les yeux des lecteurs. Belle et intrigante, voici une BD que je ne peux que vous conseiller.


Les trois titres suivants sont proposés en accès libre sur NetGalley. Je remercie d’ailleurs le site et les maisons d’édition pour ces lectures.

  • La musique d’Édouard de Monika Filipina (Editions Crackboom !) 

Couverture La musique d’Edouard

J’ai tout de suite craqué devant la couverture que ce soit pour ses couleurs pleines de pétillants, l’illustration de couverture adorable, ou tous les animaux qui y sont représentés. Et je dois dire que j’ai été enchantée par cette belle histoire qui nous plonge en pleine jungle. On y découvre tout un panel d’animaux divers et variés qui partagent une passion commune : la musique. Mélomanes dans l’âme, ces animaux jouent donc chacun d’un instrument. Tous sauf le pauvre Édouard, un éléphant qui a tout essayé, mais qui s’est fait une raison : aucun instrument ne lui sied ou ne résiste à sa force.

Loin de se laisser abattre, il s’est donc transformé en soutien et fan inconditionnel de ses amis dont il écoute avec un plaisir non dissimulé les concerts en pleine jungle. Mais un jour, un petit contretemps va lui permettre de faire une surprenante et très belle découverte !

J’ai adoré cette histoire d’animaux mélomanes et j’ai été touchée par ce petit éléphant dont l’amour de la musique ne peut pas s’exprimer comme il le souhaiterait. Mais ce qui fait la beauté de cet album est la manière dont l’autrice permet aux enfants de comprendre qu’il faut toujours garder espoir et que chacun d’entre nous possède ses propres talents et dons. Une belle leçon d’espoir et de confiance en soi qui plaira autant aux enfants qu’aux parents et adultes.

À noter également, un petit récapitulatif des différents instruments joués par les animaux de l’album, un beau moyen de montrer leur variété aux enfants et de leur apprendre à bien les reconnaître/nommer. Quant aux illustrations, elles sont à la hauteur de l’illustration de couverture : mignonnes à souhait, douces et colorées.

En bref, voici un très bel album jeunesse qui plaira aux amoureux des animaux et de la musique, et qui à travers un jeune éléphant montre que chacun d’entre nous possède un talent qui lui est propre et qui ne demande qu’à s’exprimer.


  • Les filles modèles – tome 1 : Guerre froide de Potvin, Morival et Bussi (Kennes éditions) :

Les filles modèles, BD tome 1 : Guerre froide (BD) par Potvin

Il s’agit ici de l’adaptation en BD du roman Les filles modèles que je n’ai personnellement pas lu.

Marie-Douce porte bien son nom. Gentille et adorable, elle réserve un très bon accueil à Laura, sa nouvelle demi-sœur avec qui elle va devoir partager sa chambre. Il faut dire qu’en fille aimante, elle est prête à tout pour que son père soit heureux avec la mère de Laura, sa nouvelle compagne. Malheureusement pour elle, Laura n’est pas dans les mêmes dispositions et ne possède pas un caractère aussi conciliant. Franchement odieuse, elle fera tout pour se montrer désagréable dans l’espoir de pouvoir déménager, et de se tenir éloignée de mademoiselle Barbie et de son agaçant et trop parfait père.

Si j’ai trouvé Laura franchement agaçante, elle évoluera en cours d’aventure et apprendra à mettre sa colère de côté pour se rendre compte que Marie-Douce n’est peut-être pas la fille naïve et insipide qu’elle pensait. Une jolie manière pour l’autrice de montrer qu’il faut se méfier des apparences et qu’il est toujours dangereux de cataloguer des individus du seul fait de ses aprioris.

Quant à Marie-Douce, elle se révèle d’emblée attachante et touchante, notamment dans son envie de bien faire et d’assurer une certaine harmonie au sein de sa famille recomposée. J’ai également apprécié que l’on nous montre que l’on peut être très gentille, aimer le rose et la danse, mais aussi avoir une certaine force de caractère et être douée dans les sports de combat. Une image qui sort clairement des stéréotypes que l’on a coutume de voir.

Le début de la BD m’a bien plu, avec notamment cette confrontation entre deux jeunes filles à la personnalité diamétralement opposée, mais unies par le même amour pour leur animal de compagnie, un chien pour l’une, et un chat pour l’autre. Néanmoins, si j’ai apprécié que l’un des personnages offre une leçon de vie à Laura, qui en avait clairement besoin, j’ai trouvé le moyen de le faire assez mesquin, voire humiliant. Pas certaine que dénoncer un comportement problématique au moyen d’un comportement qu’il l’est tout autant soit très pertinent… 

Mais c’est peut-être toute l’intrigue amoureuse qui se dessine qui m’a le moins intéressée, étant probablement trop âgée maintenant pour ce genre de schéma et de retournement de situation. Je reconnais toutefois que ce point et la manière dont il est amené devraient séduire les jeunes lectrices. Et je dis lectrices parce que la BD est somme toute connotée très girly, que ce soit au niveau des personnages, de leurs sujets de conversation ou des tons pastels des illustrations. Des illustrations dont j’ai d’ailleurs apprécié les couleurs et la douceur.

En bref, Les filles modèles est une BD qui plaira aux adolescentes en quête d’une histoire mêlant rivalités entre deux jeunes filles devant apprendre à vivre ensemble, amitiés et prémisses d’une histoire d’amour qui s’avère compliquée ou, du moins, délicate.


  • Mé en vré il fo mangé koi ? de Cédric Yout (Publishroom Factory)

Couverture Mé en vré il fo mangé koi ?

Contrairement aux ouvrages précédents, la couverture ne m’a pas inspirée plus que cela et j’avoue que le titre en langage SMS aurait eu plutôt tendance à me faire fuir. À l’inverse, le résumé a attiré toute mon attention, la question de l’alimentation m’intéressant.

Avant d’aller plus loin, je préfère préciser que l’ouvrage n’est pas un album, mais plutôt un mini guide très accessible qui aborde succinctement différents points liés à l’alimentation : les bénéfices apportés par une bonne alimentation, les différents « personnages » de l’alimentation (lipide, glucides, vitamines)… et leurs effets positifs ou négatifs sur le corps ainsi que les aliments où on peut les trouver… On évoque aussi le sport, l’importance de ne pas se jeter sur les plats préparés, l’application Yuka, quelques exemples de petits-déjeuners (avec la tendance française à trop insister sur les glucides, le combo pain/miel ou confiture étant quelque peu déconseillé…) et l’auteur propose même une petite visite des rayons des supermarchés avec quelques recommandations de fréquence de consommation.

En bref, si le fond est intéressant, il m’a semblé qu’il faudrait peut-être revoir quelques passages et faire un bref rappel sur le fait que l’alimentation est l’un des facteurs qui joue sur le poids et qu’à ce titre, il est important d’être bien renseigné sur le sujet, mais qu’il y a d’autres variables à considérer. Mis à part ce bémol, ce guide se révèle très accessible et offre un premier pas intéressant pour sensibiliser les adultes et surtout les enfants au thème de l’alimentation et de l’importance de l’équilibre alimentaire.

Et vous, certains de ces titres vous tentent-ils ?
Les avez-vous déjà lus ?

Mini-chroniques en pagaille #34

 

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Nous sommes tous des féministes de Chimamanda Ngozi Adichie, illustré par Leire Salaberria (Gallimard Jeunesse)

Couverture Nous sommes tous des féministes, illustré

N’ayant pas encore pris le temps de lire le livre original, j’ai sauté sur cette adaptation graphique destinée à la jeunesse. En s’appuyant, entre autres, sur sa propre expérience, l’autrice revient sur toutes ces situations durant lesquelles elle a été traitée différemment, mise de côté ou ignorée en raison de son genre. Une injustice que l’on ressent pleinement à travers ses mots, a fortiori si l’on est une femme. Car si la situation au Niger n’est pas celle de tous les pays, il y a néanmoins certaines choses auxquelles presque toutes les femmes sont soumises à travers le monde, comme cette injonction au paraître, à la « féminité », à la douceur, à la soumission et à la discrétion. En fonction des cultures, cette injonction est plus ou moins forte, mais elle existe bien.

En plus d’être très accessible, que ce soit grâce à un texte aéré et concis ou à de douces et jolies illustrations, l’intérêt de cet album réside également dans l’accent mis sur l’éducation. L’autrice fait le constat des différences de traitement entre les hommes et les femmes, mais elle n’en demeure pas moins positive quant à la possibilité de faire évoluer les choses. Et cela commence par arrêter de traiter différemment les enfants en fonction de leur sexe, et leur laisser l’occasion de s’exprimer et de faire ce qu’ils souhaitent vraiment, plutôt que de les brimer en fonction de normes culturelles et sociétales profondément injustes. Ceci est d’autant plus important que ces stéréotypes liés au genre nuisent aux femmes, mais également aux hommes, enfermés dans la cage de la « virilité »…

Si la thématique est primordiale et sérieuse, le ton de l’ouvrage n’est pas dénué d’humour, l’autrice n’hésitant pas à s’amuser de tous ces préjugés entourant le mot et le concept de féministe, avant de mieux les déconstruire et d’en montrer l’absurdité. Une féministe peut prôner l’égalité des sexes, mais aimer porter des robes et se maquiller pour se faire plaisir et non faire plaisir…

En bref, voici un livre intéressant et accessible parfait pour entamer un dialogue avec les enfants sur l’égalité des sexes, les stéréotypes et la manière de faire évoluer les choses, parce que Nous sommes tous des féministes !


  • L’Atelier Détectives, tome 1 : Les Mystères de la nuit de Béka et Goalec (Bamboo Édition)

Couverture L'Atelier Détectives, tome 1 : Les Mystères de la nuit

Aimant beaucoup les ouvrages de la maison d’édition, les livres jeunesse et les enquêtes, j’ai tout de suite été intriguée par cette BD. Et je dois dire que je n’ai pas été déçue de ma lecture, bien au contraire.

Jules, Isidore et Lola sont trois amis liés par le même amour des enquêtes, ce qui explique d’ailleurs leur inscription et leur participation à l’Atelier Détectives de leur école. Toujours à la recherche de mystères à résoudre et de pistes à explorer, ils vont se lancer successivement dans trois enquêtes différentes, la première impliquant potentiellement un zombie, la deuxième un dinosaure et la dernière une sorcière !

Courageux et non dénués d’un certain sens de l’observation, nos jeunes héros ne vont pas hésiter à se confronter au danger, bien qu’ils aient une légère tendance à envoyer d’abord Jules au front, à imaginer des hypothèses et à tenter de faire toute la lumière sur les mystères et autres phénomènes surnaturels dont ils ont des échos. Néanmoins, au fil des pages, on se rend compte que les apparences sont bien souvent trompeuses et que nos enquêteurs ont une légère tendance à se laisser déborder par leur imagination !

En plus d’être rythmée et colorée, cette BD ne manquera pas de faire sourire les jeunes et moins jeunes lecteurs, notamment en raison des retournements de situation bien trouvés et diablement amusants. Je ne doute pas que les enfants se régalent des aventures des protagonistes et qu’ils apprécient de mener les enquêtes à leurs côtés. Pour ma part, j’ai adoré me laisser emporter par l’imagination contagieuse et débordante d’Isidore, de Jules et de Lola, trois jeunes enquêteurs pleins d’enthousiasme et liés par une belle amitié. Peut-être que nous avons là de futurs Sherlock Holmes ! Après tout, ils ont déjà le goût du mystère et la loupe…


  • Le mystère de Pouleville d‘Albert Arrayas (Éditions Crackboom !) : je remercie la maison d’édition et NetGalley pour cette lecture.

Couverture Le mystère de Pouleville

Je suis complètement fan de la couverture et du titre qui ne manquent pas d’humour ! Des poules qui vivent comme des coqs en pâte, vous y croyez vous ? Pourtant, c’est bien ce qui se passe à Pouleville, un village où les poules sont mieux traitées que le plus choyé des animaux de compagnie. Pour preuve, elles ont droit à leur propre peignoir quand elles sortent de leur bain. Si ce n’est pas poulettement sympa ça. Mais Pouleville est surtout connu pour son célèbre concours de la Plume d’Or qui récompense chaque année la meilleure poule de l’année. Un sacre très important dans la vie d’une poule.

Malheureusement, l’excitation du concours est quelque peu gâchée quand quelques jours avant qu’il ne démarre, des poules commencent à disparaître de leur chambre en pleine nuit. Et ni les indices relevés ni la surveillance des villageois ne permettent de mettre la main sur le ou la coupable. Il n’en faudra pas plus pour que la sorcière du village décide de mettre au point un plan pour faire toute la lumière sur cette histoire, et permettre à chaque poule de retrouver une certaine tranquillité d’esprit….

Mais cela sera-t-il suffisant pour résoudre le mystère de Pouleville ? Pour le savoir, il vous faudra dévorer cet album jeunesse plein d’humour sans oublier, au passage, de mener votre propre enquête et d’élaborer vos propres hypothèses en vous appuyant sur les indices laissés par le ou la coupable. Mais prenez garde, les apparences sont parfois trompeuses ! Pour ma part, je reconnais m’être laissée complètement surprendre par la fin que j’ai trouvée des plus savoureuses.

Dans tous les cas, j’ai adoré le ton de l’ouvrage, le focus sur un animal que j’aime beaucoup et une enquête pleine de charme qui rappelle que tout ce qui brille n’est pas d’or, et que certains sont prêts à beaucoup pour atteindre leur objectif. Les illustrations colorées et pleines de douceur contribuent également au plaisir que l’on prend à s’immerger à Pouleville.

En bref, si vous aimez les poules, les enquêtes et être surpris, Le mystère de Pouleville est fait pour vous.

Et vous, connaissez-vous ces livres ?
Vous tentent-ils ?

 

Robilar ou le Maistre chat, tome 2 : Un ogre à marier de Chauvel, Guinebaud et Lou

Couverture  Robilar ou le Maistre chat, tome 2 : Un ogre à marier

Alors que le chambellan, le roi, sa fille et Panisse sont sous les verrous, Robilar règne en compagnie de l’ogre. Mais ce dernier, encore amnésique, veut embrasser une princesse pour retrouver mémoire et force humaine. Robilar organise alors un concours de prétendantes.

Delcourt (13 janvier 2021) – 64 PAGES – 15,50€

AVIS

Découvrez mon avis sur le premier tome : Robilar ou le Maistre Chat : Miaou !!

Je crois que j’ai encore plus aimé ce tome que le précédent ! On y retrouve l’humour de la première aventure, mais avec un côté engagé auquel je ne m’attendais pas et qui m’a enchantée.

Robilar est bien embêté : l’ogre qu’il a assis sur le trône déprime, et ce ne sont pas les bouffons du château qui l’aident à retrouver le sourire. Alors bien que cela ne l’enchante guère, il accepte de lancer un concours de princesses avec l’espoir que le baiser de la gagnante permette à notre ogre de retrouver son apparence humaine et, avec un peu de chance, le moral. Mais les choses ne vont pas se passer comme prévu, les princesses ayant toutes une forte personnalité, et c’est un euphémisme. De l’intello à la garce, en passant par l’alcoolique, les profils sont variés et difficiles à gérer, d’autant que chaque candidate est accompagnée de son animal domestique. Or comme Robilar, ces animaux ne se contentent pas de roucouler, ronronner ou faire tout autre bruit, ils réfléchissent et sont bien décidés à soutenir leur maîtresse respective… 

Notre Robilar, pourtant si intelligent et roublard, ne risque-t-il pas de trouver adversaire à sa taille en même temps que quelque chose d’autre, une chose qui pourrait bien adoucir le plus implacable des chats ? De nouveau, on rit beaucoup avec cette BD : des références à des personnes ou à des mouvements, un mélange savoureux de vielles expressions avec des expressions bien plus actuels et au charme bien plus incertain, des retournements de situation, un anthropomorphisme particulièrement bien exploité, des magouilles…

Mais ce qui m’a vraiment plu est la manière dont on revient sur ces contes qui ont bercé notre enfance pour les détourner et ainsi en dénoncer leurs fondements sexistes et réducteurs. Bien sûr, ils ont été écrits à une époque où la condition de la femme était bien différente, mais cela n’empêche pas d’en offrir une critique constructive, d’autant qu’ils continuent de bercer des générations d’enfants. Des enfants qui ne sont pas vraiment en mesure de comprendre en quoi derrière de belles histoires, se cachent des injustices et des stéréotypes. Alors, en tant que femme, j’ai adoré voir ces princesses qui sortent des clichés, et qui finissent par faire valdinguer les conventions afin de réfléchir à ce qu’elles désirent vraiment. Et ce n’est pas forcément un prince, un château, des enfants, du tricot ou toutes ces activités et choses que l’on associe volontiers aux princesses et aux femmes.

J’ai, en outre, été agréablement surprise par la fin qui m’a beaucoup émue. On découvre ainsi le drame vécu par un couple homosexuel séparé par les bien-pensants, la religion et des personnes incapables d’accepter que l’amour, ce n’est pas qu’entre un homme et une femme. À cet égard, la fin représente pour moi ce que devrait être la fin de chaque conte parlant d’amour : l’union entre deux personnes qui s’aiment et qui s’acceptent telles qu’elles sont. Quant à Robilar, il semblerait que d’autres aventures l’attentent, et je peux vous dire que je suis impatiente de les découvrir !

En conclusion, avec ce deuxième tome, l’auteur confirme son talent pour détourner avec facétie et humour des contes qui ont bercé notre enfance afin de nous proposer une aventure haute en couleur, mêlant avec un certain aplomb tradition et modernité. Truculent, coloré et savoureux, voici un ouvrage à ne pas manquer !

Robilar ou le Maistre Chat – tome 1 : Miaou ! ! de Chauvel, Guinebaud (illustrations) et Lou

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Robilar est un chat domestique qui coule des jours heureux auprès d’une comtesse dont l’obsession est de marier son fils à la fille du roi. Un jour qu’ils cheminent tous ensemble vers le royal château, un ogre vient malencontreusement pulvériser le carrosse, ne laissant parmi les débris qu’un seul survivant : Robilar. Anéanti, perdu, chassé, passé à tabac, il ne doit son salut qu’à la gentillesse d’un fils de meunier et décide de le remercier… à sa façon.

Delcourt (30 septembre 2020) – 64 pages – 15,50€

AVIS

Ayant entendu beaucoup de bien de cette BD, j’étais impatiente de la commencer. Et je dois dire que j’ai adoré la manière dont l’auteur s’inspire d’un conte très connu pour nous proposer une histoire pleine de saveur et de mordant !

En plus des références au vieux français, aux contes et à diverses chansons enfantines et populaires, l’auteur a créé un personnage absolument fascinant qui mêle caractéristiques félines et humaines. Si l’apparence de Robilar est indéniablement celle d’un chat, et qu’il possède les qualités et défauts que l’on associe volontiers à cet animal, c’est aussi un personnage très humain, notamment dans son désir de vengeance. Rappelons, en effet, pour les gens peu coutumiers des chats, que ces derniers ne se vengent jamais : leurs bêtises traduisent toujours un mal-être, un besoin de se dépenser ou un problème physique, pas de fourbes intentions…

Ce qui est loin d’être le cas de Robilar qui n’aspire qu’à une chose, se venger. Se venger d’un ogre qui a détruit jusqu’à la moindre parcelle de sa vie de pacha et qui a tué sa maîtresse, se venger de paysans grossiers et violents, se venger d’autres chats qui l’ont rossé sans raison, se venger d’à peu près tout le monde… Et pour ce faire, il peut compter sur sa roublardise, son bagoût, son intelligence et sur la stupidité des êtres humains qui sont prêts à tout pour accéder à leurs désirs, quitte à faire confiance à un chat ! Et ce n’est pas lui qui va s’en plaindre.

Au fil des pages, on assiste à la transformation physique et mentale de Robilar : là où il perd en formes généreuses, il gagne en dureté et malignité. Grâce à un cerveau affûté qui trouve en chaque situation une opportunité, il fait ce que sont supposés faire tous les chats,  rebondir sur ses pattes. Et si ce dernier n’hésite pas à manipuler, même la seule personne qui l’a vraiment aidé, à ourdir des complots, à promettre avant de mieux trahir, on se surprend à très vite le soutenir dans ses desiderata de vengeance, bien qu’il aille peut-être quand même très loin pour les assouvir. Mais quand on voit à quel point l’humanité qui nous est présentée ici ne l’est qu’à travers ses vices (violence, méchanceté, avidité, lâcheté…), on peut le comprendre.

Les pages s’enchaînent rapidement, notre protagoniste étant fort affairé. Mais on ne ressent aucune précipitation, chaque acte semblant s’insérer parfaitement dans une trame qui se durcit à mesure des épreuves traversées par un chat qui a l’instinct de survie chevillé au corps, et le désir de vengeance ancré dans l’ADN. Parce que si on le cherche, on le trouve, la fin laisse entrevoir de nouveaux plans machiavéliques pour ce personnage à la forte personnalité, qu’il serait fort dangereux de sous-estimer, d’autant qu’il semble avoir trouvé un nouvel allié de poids ! Et c’est ça aussi qui fait sa force, sa capacité à forger des alliances providentielles pour les tourner à son avantage.

Au-delà d’une histoire captivante et de son protagoniste charismatique, les lecteurs devraient apprécier le ton de cette BD qui joue sur le charme des contes d’antan qu’elle détourne, conférant ainsi parfois un côté satirique aux situations. À cet égard, j’ai adoré les premières planches dans lesquelles maîtresse et chat sont fardés plus ou moins de la même manière. Elles accentuent le côté gros pépère à sa maman qui tranche tellement avec l’image que l’on se fait de Robilar au cours de cette aventure riche en actions et en retournements de situation. Preuve que derrière un minet qui aimait se la couler douce, se cachait un tempérament de feu qui ne demandait qu’à se révéler. Et maintenant que c’est fait, j’ai envie de dire sauve qui peu, parce que notre Maistre chat semble bien déterminé à semer la zizanie avant de tout chapeauter.

Quant à l’ambiance graphique, elle correspond à merveille à l’histoire. En plus du choix des couleurs que j’ai particulièrement apprécié, j’ai aimé la manière dont les caractéristiques principales des personnages se lisent sur leurs traits, mimiques et expressions. Il y a ici un sens de l’esthétique particulièrement expressif.

En conclusion, Robilar fut une excellente lecture que j’ai autant aimée pour cette plongée dans la quête de vengeance d’un chat retors, et particulièrement machiavélique, que la manière dont l’auteur détourne un conte emblématique pour nous offrir une aventure trépidante à l’humour grinçant !

Mini-chroniques en pagaille #31

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Prunelle : La fille du cyclope de Vicky Portail-Kernel et Cédric Kernel (Ankama)

Couverture Prunelle, tome 1 : La Fille du Cyclope

Condamnés, après une petite bêtise, à réaliser quatre quêtes épiques, Prunelle, moitié-cyclope et moitié-muse, le Minotaure et Héraclès partent à l’aventure. Ils devront collaborer pour faire face aux multiples défis et dangers ainsi qu’aux créatures et grandes figures mythologiques qui croiseront leur route.

Une divinité semble, en outre, bien décidée à mettre des bâtons dans les roues de la jeune et fine équipe. Et elle s’y prend plutôt bien, mais peut-être pas assez pour venir à bout de la chance insolente de nos jeunes amis, ni de leurs talents conjugués. Les enfants et les adultes appréciant la mythologie grecque devraient savourer cette aventure colorée et pleine de peps menée tambour battant. Les aventures, les combats et les différents affrontements s’enchaînent sans temps mort, ce qui ne laisse aucune place à l’ennui.

Une belle place est également accordée à l’humour que ce soit à travers quelques comiques de situation ou les traits volontairement forcés des personnages. À cet égard, le côté « tout dans la cervelle, rien dans les muscles » d’Héraclès ne manquera pas de faire sourire. Le demi-dieu a, en effet, une légère tendance à foncer dans le tas avant et de réfléchir après, mais reconnaissons que cela semble lui porter chance ! Prunelle se révèle, quant à elle, bien plus réfléchie, et joue un peu le rôle de la voix de la raison au sein de l’équipe. Sa relation avec sa mère, une muse quelque peu égocentrique, n’est pas non plus dénuée d’intérêt, tout comme la petite morale de fin : l’expérience est importante, mais l’éducation n’en demeure pas moins nécessaire.

Les dessins très colorés et dynamiques participent indéniablement au plaisir que l’on prend à découvrir cette aventure rondement menée. On appréciera également, en fin d’ouvrage, quelques pages présentant certains héros et autres créatures mythologiques. Un rappel qui pourra d’ailleurs guider la lecture des plus jeunes.

En bref, voici une plongée sympathique et amusante en pleine mythologie grecque !


  • Enola & Les animaux extraordinaires : le griffon qui avait une araignée au plafond de Joris Chamblain et Lucile Thibaudier (les éditions de la Gouttière) :

Couverture Enola & les animaux extraordinaires, tome 6 : Le griffon qui avait une araignée au plafond

Je suis la plus grande fan de cette série jeunesse mettant en scène une vétérinaire pour animaux légendaires et extraordinaires. Et si tous les tomes m’ont plu, j’ai eu un coup de cœur pour celui-ci qui aborde un sujet qui me tient particulièrement à cœur : les cirques avec animaux. J’aime beaucoup les arts du cirque, mais ceux qui n’impliquent pas l’exploitation d’animaux sauvages dont la place est dans la nature et non dans une cage et/ou sur une scène.

Une réalité qui nous frappe de plein fouet avec l’histoire de ce griffon qui s’est blessé lors d’un spectacle et que son propriétaire veut vite remettre au travail, nonobstant ses blessures. C’est que business est business ! Et notre directeur de cirque n’a pas de temps à perdre avec le bien-être animal qui ne rapporte rien. Bien sûr, l’image est poussée à l’extrême, mais elle n’en demeure pas moins vraie : les spectacles avec animaux sont d’une cruauté sans nom que rien ne pourrait  justifier, et certainement pas l’appât du gain… Méprisable, notre directeur va néanmoins recevoir une belle leçon de la part de notre vétérinaire bien décidée à soigner notre griffon avant de lui rendre sa liberté.

En plus d’une histoire très touchante et des illustrations toujours aussi sublimes, il y a un réel travail de sensibilisation réalisé dans ce tome qui évoque aussi bien le problème des cirques avec animaux que le travail de réhabilitation des animaux élevés en captivité. Tout en condamnant fermement et légitimement l’exploitation des animaux, l’auteur nous offre également une belle bouffée d’espoir à travers notamment une jeune femme qui va réaliser que sa sincère affection pour son griffon ne saurait venir combler les besoins d’un animal sauvage. Aimer signifie parfois littéralement laisser l’autre s’envoler…

En bref, si la protection animale vous tient à cœur et/ou que vous avez envie d’une belle lecture, Le griffon qui avait une araignée au plafond est fait pour vous ! Le ton est pédagogique, l’histoire émouvante et la fin une magnifique ode à la liberté animale.


  • Simon Portepoisse (tome 1) d‘Antoine Dole et Bruno Salome, (Actes Sud Junior) :

Couverture Simon Portepoisse, tome 1 : Petits malheurs en famille

Dans une ambiance colorée et quelque peu loufoque, nous découvrons le jeune Simon qui a le malheur d’appartenir à une famille de monstres. Et si je dis le malheur, c’est parce que notre protagoniste n’a guère envie de perpétuer la tradition familiale : porter la poisse aux humains. Il n’a néanmoins pas le choix et doit s’acquitter, en compagnie de Monsieur Georges, un chat noir qui parle, de sa première mission : empêcher la famille Chouquette de partir en vacances.

Mais sur place, il va vite découvrir que les membres de cette famille, qui m’a un peu fait penser aux Tuche, ne seraient peut-être pas si mécontents que cela de rester chez eux et d’éviter de passer du temps ensemble. Une situation inacceptable autant pour Simon qui aimerait apprendre à cette famille le plaisir du vivre-ensemble que Monsieur Georges qui tient à ce que le premier ticket-poisse de son protégé soit correctement distribué. Or, apparemment, priver les Chouquette de vacances serait plus un cadeau qu’une malédiction…

Avec beaucoup d’humour et de facétie, l’auteur plonge les lecteurs dans l’envers du décor de la poisse et de toutes ces superstitions tournées en dérision. De fil en aiguille, on réalise que les malheurs des uns peuvent faire le bonheur des autres et que si la malchance existe, elle peut servir de tremplin pour rebondir et transformer le négatif en quelque chose de positif. Tout n’est qu’une question de perspective, après tout !

Au-delà des gags plutôt efficaces, notamment pour un jeune public, on appréciera le duo enfant/chat parfaitement complémentaire et attachant. Quand l’un, sensible et gentil, ne pense qu’à faire le bonheur des humains, l’autre cherche à tout prix à faire leur malheur. Mais on pardonnera volontiers à notre oiseau de malheur cet excès de méchanceté, puisqu’il faut bien quelques moments difficiles pour pouvoir apprécier les moments de félicité. Et puis, Simon est tellement adorable qu’il compense largement toute cette poisse que ses proches, Monsieur Georges inclus, se font un malin plaisir à distribuer aux humains.

En bref, si vous avez envie d’une petite lecture jeunesse colorée, divertissante et pleine d’humour, Simon Portepoisse devrait vous plaire.


Et vous, certains de ces titres vous tentent-ils ?

Le Royaume assassiné, Alexandra Christo

Couverture Le Royaume Assassiné

La princesse Lira fait partie de la royauté des sirènes, et c’est la plus létale de tous. Elle possède le cœur de dix-sept princes dans sa collection et est vénérée à travers les mers. Jusqu’à ce qu’un coup du sort la force à tuer l’un des siens. Pour punir sa fille, la Reine des Mers transforme Lira en ce qu’elle hait le plus au monde : une humaine. Privée de sa voix, Lira a jusqu’au solstice d’hiver pour délivrer le cœur du Prince Elian de la Reine des Mers, au risque de rester humaine pour toujours.

L’océan est le seul lieu que le Prince Elian considère comme chez lui, même s’il est l’héritier du plus puissant royaume au monde. Chasser les sirènes est davantage pour lui qu’un répugnant passe-temps, c’est sa vocation. Lorsqu’il vient en aide à une femme sur le point de se noyer, elle se révèle être bien plus que son apparence ne le laisse supposer. Elle fait la promesse de l’aider à trouver le moyen de détruire les sirènes pour de bon. Mais peut-il lui faire confiance ? Et à combien de pactes Elian va-t-il devoir consentir pour éliminer le pire ennemi de l’humanité ?

De Saxus (26 Novembre 2020) – 500 pages – Broché (18,90€)

 

AVIS

Ayant précommandé le roman, j’ai eu la chance de le recevoir dans sa superbe version collector reliée. Mais même ceux qui possèdent le format broché pourront admirer les petits ajouts visuels agrémentant le livre, notamment en début de chaque chapitre. Un petit plus qui vient parfaire une expérience de lecture que j’ai trouvée divertissante à souhait et très prenante.

Dès le début du roman, on comprend que cette réécriture de La petite sirène s’éloigne des canons Disney, ce qui m’a évidemment beaucoup plu. Rappelons que les contes à la base sont bien souvent loin d’être des histoires avec des cœurs et de jolies paillettes… Ici, l’autrice nous présente deux ennemis naturels : l’héritière de la Reine des Mers, surnommée la Dévoreuse de Princes, et le Prince Elian. La première a comme spécialité d’arracher le cœur des princes, au lieu et place du premier matelot ou quidam qui passe. Et le second passe sa vie en mer en bon prince pirate qui s’est donné comme mission de débarrasser le monde des sirènes à bord de son navire.

Ces deux héritiers n’auraient jamais dû se rencontrer, ou alors brièvement avec comme issue la mort rapide de l’un d’entre eux, mais c’était sans compter sur le machiavélisme et la perfidie de la Reine des Mers. Ainsi, après l’avoir transformée en humaine, elle ordonne à Lira de lui rapporter le cœur du Prince Elian si elle veut espérer retrouver sa forme de sirène en même temps que sa place à la Cour. Une mission qui n’aurait peut-être pas posé problème à Lira, la sirène sanguinaire, mais qui s’avère bien plus compliquée pour Lira, l’humaine. Dans son malheur, elle aura néanmoins la chance d’être sauvée par le Prince qui ignore tout de son identité, et de nouer avec lui une alliance afin de trouver et libérer un cristal magique qui pourrait changer sa vie et celle du monde à jamais… Les deux alliés de fortune, en compagnie de l’équipage du Saad, vont affronter des tempêtes et surmonter des dangers, parfois tout aussi pernicieux que la Reine des Mers.

J’ai adoré le personnage de la Reine des Mers, une version bien plus cruelle et sanguinaire qu’Ursula dans le dessin animé Disney. Froide, méchante et calculatrice, seuls le sang, le pouvoir et la domination semblent l’intéresser. Cela explique la manière dont elle tente d’éloigner sa fille du trône en la condamnant sous un prétexte fallacieux. Notre Reine n’est, en effet, pas vraiment prête à abdiquer et encore moins au profit d’une fille dont elle abhorre l’étincelle d’humanité qui perdure en elle, malgré toutes les atrocités qu’elle lui a fait subir. La Reine des Mers est, pour moi, la seule et véritable méchante de l’histoire, car si le résumé nous laisse penser que les deux antagonistes sont, chacun à leur manière, des tueurs implacables, l’image ne tient guère longtemps.

J’ai d’ailleurs été un petit peu frustrée : j’aurais aimé que Lira et Elian soient plus sombres et ténébreux. J’ai, néanmoins, apprécié que l’autrice ne tombe pas dans le manichéisme et opte pour des personnages nuancés. En effet, si Lira et Elian commettent des atrocités et des meurtres de sang-froid, c’est bien plus en raison des circonstances que de leur nature profonde. Une réalité qui nous frappe de plein fouet à mesure que l’on apprend à connaître Lira et qu’on la voit évoluer au contact des pirates du navire. Pour la première fois de sa vie, elle est confrontée à l’humanité dans ce qu’elle a de plus beau : l’affection, l’amitié, l’amour, la loyauté méritée et non imposée par le sang et la terreur… Des choses dont elle a toujours été privée et qui ne la laissent pas aussi indifférente que cela. 

Et si finalement, toute cette haine des humains que sa mère instille dans le cœur de chaque sirène dès son plus jeune âge, n’était qu’un prétexte pour les soumettre et assouvir sa soif de pouvoir ? Et si le vrai ennemi de ses sœurs n’était pas l’Homme, mais leur propre souveraine et le règne de la vengeance et de la terreur qu’elle a instauré ? Des questions, parmi d’autres, qui pousseront Lira à reconsidérer toutes ses certitudes, d’autant que sa petite étincelle d’humanité, qu’elle réservait à sa cousine, semble grandir et l’ouvrir à de nouveaux sentiments. J’ai apprécié l’évolution de Lira et la manière dont elle réalise qu’elle peut se libérer du carcan de haine dans lequel sa mère l’a enfermée !

Aventurier et épris de liberté, Elian nous apparaît, quant à lui, comme un jeune homme attachant et parfois un peu trop impulsif, mais au sens du sacrifice certain. Cela explique, en partie, la dévotion de son équipage prêt à aller jusqu’en enfer pour lui ! Si vous aimez les histoires de pirates, vous devriez apprécier cette ambiance de franche camaraderie et de loyauté à bord du navire. J’ai toutefois regretté que les personnages secondaires ne soient pas plus développés, notamment Madrid, une jeune femme au passé compliqué. Alors qu’il y aurait eu matière à étoffer les liens entre Madrid, Kye, Torik et Elian, l’autrice a préféré centrer son intrigue sur Elian et Lira dont elle alterne les points de vue..

Reconnaissons d’ailleurs qu’elle a réalisé un très bon travail sur leur psychologie : on découvre au fil des pages leurs craintes, leurs doutes, leurs espoirs, les rêves qu’ils n’osent qu’ébaucher à demi-mot, le poids écrasant des responsabilités que leur statut d’héritier fait peser sur leurs épaules… Je me suis beaucoup attachée à ces deux personnages qui se ressemblent bien plus qu’ils ne le pensent. En outre, quel plaisir de suivre leurs échanges pleins de verve, de mordant et de piquant. Ils se jaugent, se titillent en permanence et se provoquent jusqu’à développer une complicité, voire des sentiments plus profonds que ni l’un ni l’autre n’avait espérés ou même recherchés. Les choses se font assez naturellement entre eux comme s’ils formaient les deux facettes d’une même pièce…

Néanmoins, le poids des secrets, des mensonges, des faux-semblants et de la trahison se fait de plus en plus pesant à mesure que l’on avance dans la lecture. Il en résulte une tension qui monte crescendo avec cette impression qu’un orage puissant et potentiellement mortel risque à tout moment d’éclater. À cet égard, j’ai adoré le sens de la mise en scène de l’autrice qui semble posséder un talent certain pour ménager les entrées de ses personnages et décrire avec force et précision les scènes de combat. Certaines sont particulièrement sanguinolentes, nous rappelant, si besoin en est, que la Reine des Mers n’est guère du genre à accepter les velléités d’indépendance et encore moins la morsure de l’échec !

Au-delà des personnages, de la vie à bord du bateau pirate et des escales dans différents pays, le charme du roman réside dans ce monde de la mer imaginé par l’autrice. Un monde froid, dur et cruel dénué d’une once d’humanité, de bienveillance et de respect pour la vie. J‘ai adoré naviguer dans ces eaux troubles où se côtoient des espèces différentes, mais bien souvent mortelles : femmes-poissons rêvant de devenir humaine, hommes-poissons n’aspirant qu’à la guerre, sirènes calculatrices condamnées à voler chaque année le cœur d’un homme pour marquer leur anniversaire… Le monde de la mer est régi par des règles impitoyables et bestiales que l’on découvre avec une horreur teintée de fascination.

Quant à la fin, je l’ai trouvée quelque peu précipitée, bien que cohérente avec l’envie de Lira d’en finir avec tout ça et de se libérer de l’influence de sa mère. J’aurais aimé que la confrontation finale dure un peu plus longtemps et permette aux parties engagées de montrer toute l’étendue de leur force de frappe et, peut-être, de la difficulté de s’affranchir du joug de la dictature. Je salue toutefois l’ingéniosité avec laquelle l’autrice a réussi à conclure son roman sans renier les aspirations et la nature profonde de ses protagonistes !

En conclusion, renouant avec l’image meurtrière des sirènes, Alexandra Christo nous propose un roman sombre dans lequel voler le cœur d’un prince doit se comprendre au sens littéral du terme. Mais loin de se cantonner à une opposition binaire entre les gentils et les méchants, elle développe un univers riche et cohérent qui fait voler en éclats les frontières entre le bien et le mal, et nous rappelle que dans une guerre, le sang coule des deux côtés. Réécriture de conte, roman de piraterie, de fantasy, d’action, d’aventure et de loyauté, Le Royaume assassiné offre une expérience de lecture complète, immersive et palpitante qui devrait vous tenir en haleine jusqu’à la dernière page !