Coeur de loup, Katherine Rundell

Coeur de loup par Rundell

Je remercie Bianca du blog Des livres, des livres ! pour cette lecture commune de Cœur de loup de Katherine Rundell.

Féodora a grandi parmi les loups. Ils sont tout pour elle et, bientôt, elle deviendra maître-loup, comme sa mère. Mais ce destin extraordinaire est anéanti quand surgit l’armée du tsar, dévastant tout sur son passage. Alors que sa mère est faite prisonnière, l’intrépide Féo part avec sa meute à travers les forêts enneigées de Sibérie. Bravant l’ennemi, le froid, les tempêtes, elle est prête à tout pour la sauver…Une héroïne fougueuse et à l’âme sauvage. Une envoûtante épopée russe où souffle le vent de la liberté

Gallimard Jeunesse (22 septembre 2016) –  336 pages
Traduction : Emmanuelle Ghez – Illustrations : Gelrev Ongbico

AVIS

Je pense pouvoir affirmer sans me tromper qu’avec ma binôme de lecture, nous sommes toutes les deux conquises par ce roman jeunesse aux allures de conte, qui trouve sa force dans les paysages enneigés de Sibérie. Des paysages qui subliment la merveilleuse épopée narrée avec une main de maître par une autrice qui nous fait vivre pendant plus de 330 pages, une aventure grandiose où se mêlent amour amical et familial, aventure avec un grand A et naissance d’une révolution !

Dès le début, j’ai été saisie par l’ambiance de ce roman où derrière le froid omniprésent se cache une chaleur incroyable, à l’image des compagnons à quatre pattes de notre héroïne et de sa mère, toutes les deux maîtres-loups. D’une plume fluide qui suscite une grande empathie et émotion chez le lecteur, Katherine Rundell nous fait ressentir le profond amour et, chose tout aussi importante, l’indéfectible respect de Féo et de sa mère pour ces beaux, fiers, aimants et fidèles animaux.

En grande amoureuse des loups, cet aspect essentiel du roman a revêtu une grande importance pour moi, l’autrice nous offrant le portrait d’une magnifique et inconditionnelle amitié entre une fillette et ses amis à quatre pattes. La connexion entre Féo, Nox, Blanche et Feu-Gris m’a émerveillée, cette humaine et sa meute communiquant par de multiples moyens : les déplacements du corps, les regards, les sons, les gestes tendres qui ne trompent pas, les rapprochements plus secs pour protéger, sans oublier les actes d’abnégation totale pour offrir réconfort et protection. J’ai été émue à de très nombreuses reprises par cette amitié hors norme qui n’occulte en rien la réalité, à savoir qu’un loup reste un animal sauvage, comme le prouvent les cicatrices sur le corps de Féo et de sa mère. Et c’est parce que Féo a conscience de ne pas pouvoir les contrôler, qu’elle l’accepte, voire qu’elle encourage leur indépendance, que sa relation avec ses amis les loups fonctionne si bien.

Mais au cours du roman, Féo va faire d’autres rencontres, l’arrestation injuste de sa mère la poussant à quitter une vie recluse, mais heureuse, afin de la libérer de la prison dans laquelle elle est injustement enfermée. Elle pourra compter, dans cette grande aventure, sur le soutien d’un jeune soldat, Ilya, qui préfère la danse au fusil et, bien sûr, sur les membres de sa meute. Meute dont j’ai aimé découvrir les membres, chaque loup ayant sa propre personnalité. Ilya est un personnage très attachant dont j’ai apprécié la personnalité, la sincère gentillesse et le courage, ce jeune garçon acceptant de tout quitter pour aider Féo à libérer sa mère. Une décision fort courageuse, l’armée du tsar n’étant pas tendre avec les déserteurs…

Et encore moins Rakov, un gradé tyrannique profitant de la faiblesse du Tsar pour terroriser la population et racketter des villageois qui n’ont déjà pas grand-chose. Bien que le personnage manque peut-être un peu de nuance, tout en restant très plausible, il représente ici à merveille cette force brute et destructrice qui pousse les fortes têtes, et ceux qui n’ont plus rien à perdre, à se révolter. Une révolte menée ici par un jeune trouble-fête pour l’armée, un leader né pour les lecteurs, bien décidé à capitaliser sur la réputation de Féo et de ses loups pour susciter chez ses compatriotes l’envie de se battre. Notre révolutionnaire se montre parfois un peu lourd, ne prenant pas en compte les souhaits de Féo, mais j’ai admiré sa capacité à motiver et à rassembler, mais aussi à voir plus loin. Car plus que la libération d’une femme, même si c’est la mère de Féo, c’est le sursaut et la libération de tout un peuple qu’il vise !

J’ai pris beaucoup de plaisir à voir ce sentiment de révolte grandir dans les cœurs et réchauffer les esprits, moi-même ayant ressenti une grande indignation devant les injustices subies par les habitants. Ceci explique d’ailleurs à quel point, j’ai savouré le moment où la révolution se met réellement en marche, d’autant que Katherine Rundell nous offre des scènes très visuelles et dignes de ces téléfilms dans lesquels des enfants s’organisent et s’entraînent pour lutter contre des adultes. Il y a, pour les jeunes lecteurs, un côté libérateur et inspirant indéniable, les enfants se montrant tout aussi courageux que leurs aînés, voire bien plus. Cet aspect n’est peut-être pas le plus réaliste du récit, mais il m’a donné des frissons d’admiration et quelques sueurs froides, ayant eu peur que certains personnages pâtissent durement de cet élan de courage. En effet, si on reste dans un roman jeunesse, l’autrice n’hésite pas à apporter des élans d’authenticité à ce roman, avec des moments difficiles où le sentiment de perte est immense.

Immense à l’image de décors grandioses que l’on parcourt à vitesse de loup, savourant le sentiment de liberté et de grandeur que l’on ressent à voyager aux côtés de loups dont l’amitié est certainement le plus beau et le plus précieux des cadeaux.  Des loups omniprésents, mais pas invincibles, dont la représentation à travers les sublimes illustrations de Gelrev Ongbico qui parsèment le récit, inspirent la plus grande des admirations. Ainsi, en plus du fond, la forme émerveille et ajoute à ce sentiment d’immersion puissant et total, apanage des œuvres fortes dans lesquelles le coeur et l’esprit entrent en totale symbiose. Avec ce roman, on ne se contente pas de lire, on vit l’histoire intensément et sans réserve, avec cette impression d’être entré dans une bulle hors du temps où la morsure du froid nous rappelle à quel point nous sommes libres et vivants !

En conclusion, captivante, belle, rythmée, tendre, émouvante et inspirante, une belle aventure dans laquelle une fillette va s’ouvrir à l’amitié, affronter moult dangers et vivre une révolution de l’intérieur, mais aussi une belle ode aux loups, des animaux qui restent sauvages, mais qui n’en demeurent pas moins capables de la plus belle et de la plus totale des fidélités. Entre roman d’apprentissage, roman d’aventure et quête de liberté, Cœur de loup est un livre jeunesse d’une rare sensibilité qui émerveille et qui joue avec brio sur la magnificence de décors glacés et d’animaux fascinants. Je tiens à remercier Bianca pour nos échanges, car il est difficile de se plonger entre les pages de ce roman sans avoir envie d’en parler avec une personne ayant vécu la même expérience littéraire et ressenti les mêmes intenses émotions.

Découvrez l’avis de Bianca

 

Publicité

37 réflexions sur “Coeur de loup, Katherine Rundell

  1. Pingback: C’est le 1er, je balance tout ! janvier 2023 | Light & Smell

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.