Démé-Ter, Les trois couronnes (tome 1) : Le Corbeau blanc, Jo Colleen

Couverture Démé-Ter : Les trois couronnes, tome 1 : Le Corbeau blanc

Je remercie Jo Colleen de m’avoir envoyé Démé-Ter : Les trois couronnes, tome 1 : Le Corbeau blanc en échange de mon avis.

Après la Regenèse, les vestiges du continent européen sont répartis entre trois souverains immortels. Ils règnent au sein de la coalition de Démé-Ter où la magie est asservie.
Diane est esclave, dame de compagnie et garde du corps d’une comtesse. Accusée de vol, elle est trainée par le légendaire Thanatos jusqu’à l’arène de la capitale pour y purger sa peine. D’étranges dons magiques se manifestent alors en elle.
Galène, voleur hors pair, est rongé par la culpabilité de son erreur. Sera-t-il prêt à tout risquer pour la réparer, y compris ce pour quoi ses parents se sont sacrifiés ?
Et qui est ce Corbeau Blanc dont l’ombre plane sur Diane ?

Auto-édition  (29 mai 2022) – 436 pages – 18,90€
Édition reliée : 24,90€

AVIS

Attirée par la couverture et intriguée par le résumé, je me suis lancé dans ce roman sans autre attente que celle de passer un bon moment de divertissement. Chose que j’ai eue à travers cette histoire rythmée et entraînante dont on tourne rapidement les pages, l’écriture de Jo Colleen se révélant aussi fluide qu’immersive. S’appropriant sans lourdeur la thématique du réchauffement climatique et de l’inconscience des Hommes prompts à détruire notre planète, l’autrice nous plonge rapidement dans un monde rétro-futuriste qui m’a donné le sentiment d’être plongée dans une antiquité revisitée. Un monde réduit à trois zones géographiques dirigées par trois souverains réunis au sein de la coalition de Démé-Ter ; sorte d’entente permettant de préserver le fragile équilibre de ce nouvel ordre mondial, et d’assurer la paix, tout en offrant à chaque souverain une relative autonomie.

Si j’ai apprécié de découvrir toute l’histoire autour de la renaissance du monde, la Regenèse, j’ai surtout apprécié d’en découvrir les spécificités avec notamment la présence de la magie, un don qui n’est pas sans danger. J’ai, en outre, adoré la manière dont Jo Colleen mélange les inspirations, n’hésitant pas à mêler univers post-apocalyptique aride, clins d’œil mythologiques, gladiature et passages connotés très Far West. Des genres qui se marient ici à merveille et offrent l’image d’un monde fascinant, étrangement réaliste et cohérent, mais aussi très dur pour ceux qui n’ont pas la chance d’être nés libres.

À cet égard, j’ai été révoltée par ce retour en arrière vis-à-vis de l’esclavage, ici chose communément admise et acceptée. Les passages dans l’arène m’ont également soulevé le coeur, l’autrice restituant toute l’horreur de ces personnes sacrifiées sur l’autel du divertissement, la plupart des participants n’étant pas là sur la base du volontariat. Pire, certains comme Diane, notre héroïne, se retrouvent dans l’arène accusés injustement, victimes de leur statut d’esclave ne leur offrant aucune protection ou forme de justice sociale. Mais contrairement à beaucoup d’esclaves et de laissés-pour-compte massacrés dans un jeu dont les dés sont pipés, Diane va survivre à cette terrible épreuve grâce à l’aide d’un allié inattendu, et des dons qu’elle ne soupçonnait pas posséder ! Le début d’une nouvelle vie pleine de dangers et de révélations, certaines lui permettant de remonter les traces de son propre passé et de son histoire familiale… Je n’en dirai pas plus sur ce point, si ce n’est que plus on avance dans le récit, plus le titre prend tout son sens.

D’emblée, je me suis pris d’affection pour Diane qui se montre loyale, courageuse, déterminée mais pas obstinée, d’une droiture exemplaire, et qui n’a pas la langue dans sa poche. Elle va, en outre, se révéler d’une maturité surprenante pour une fille de son âge, offrant un certain contraste avec Athénaïs, son amie et la fille sur laquelle elle veille depuis qu’un noble l’a échangée contre une dette de jeu lorsqu’elle était enfant. Athénaïs nous semble, dans un premier temps, assez superficielle, la jeune fille étant bien plus intéressée par ses robes et son futur mariage avec un homme qu’elle ne connaît pas que par le bien-être des autres membres du personnel. Son rôle reste minime dans ce premier tome, mais la jeune fille bénéficie néanmoins d’une évolution intéressante. Je dois d’ailleurs dire qu’elle m’a agréablement surprise, dévoilant une combativité et une force de caractère que je ne lui aurais pas soupçonnées ! Elle m’a également touchée, celle-ci subissant une épreuve qui est, hélas, encore la réalité de nombreuses femmes dans notre réalité…

Diane et Athénaïs sont très différentes l’une de l’autre, mais elles ont développé des liens forts et uniques, rendant leur amitié émouvante et réaliste. J’ai toutefois regretté qu’Athénaïs ne se batte jamais vraiment pour la liberté de son amie qui reste aux yeux du monde une esclave avec les privations de liberté que cela implique…  À l’inverse, alors qu’elle est elle-même dans une situation délicate, Diane va tout faire pour sauver son amie des griffes d’un puissant bourreau, non pas par obligation, mais par loyauté et amitié ! Dans cette mission périlleuse, elle pourra heureusement compter sur Galène, le garçon responsable de ses malheurs, qui semble prêt à tout pour réparer les torts qui lui a causés. Bien qu’à cause de lui, Diane ait failli mourir, ce voleur mélomane se révèle très touchant, a fortiori quand l’on découvre son histoire. Une histoire encore empreinte de zones d’ombre qui, je l’espère, seront levées dans le deuxième tome.

D’abord méfiante, Diane va, petit à petit, accepter de s’appuyer sur cet allié inattendu… J’ai beaucoup aimé l’évolution de leur relation, l’autrice nous offrant de jolis moments, où l’on voit naître une belle complicité entre ces deux personnages qui ont dû grandir trop tôt. Elle nous propose également des moments emplis de tension durant lesquels la réalité des dangers qu’ils encourent, et leur différence de statut, l’une esclave, l’autre citoyen, s’imposent à eux. Au-delà de ces deux protagonistes dont on alterne les points de vue, Jo Colleen a su créer et développer des personnages secondaires intéressants, hétéroclites et attachants. J’ai ainsi adoré l’extravagance d’Ursul, un gladiateur dopé à la célébrité prêt à tout pour combattre dans l’arène, où ses pitreries et son art du combat sont fortement appréciés. J’ai été charmée par son apparente légèreté qui cache une force de caractère implacable et un coeur bien plus gros que son égoïsme ne le laisse penser. C’est probablement le personnage qui évoluera le plus, une prise de conscience suite à une mort tragique lui permettant enfin de revoir son sens des priorités…Cela n’excuse pas ses manquements passés, mais cela nous laisse espérer que lui et Galène développent enfin cette relation père de substitution/ fils qui aurait dû les lier si Ursul n’avait pas été aussi obsédé par la gloire.

Autre personnage que j’ai adoré suivre et apprendre à mieux connaître, un chasseur de primes craint par tous en raison de sa particularité ; une particularité exploitée par les trois souverains de Démé-Ter qui le tiennent sous leur coupe. De fil en aiguille, il nous offre une image bien différente de celle qu’on lui associe, peut-être parce que grâce à Diane, sa carapace se fendille petit à petit jusqu’à révéler l’homme derrière le Thanatos. Un homme, et non une machine sans âme, que rien ne prédestinait à devenir la personne la plus effrayante et le plus seule de Démé-ter, tout le monde fuyant sa présence de peur de ne pas y survivre. Je ne m’attendais pas à être autant touchée par cet homme mystérieux et secret qui va naturellement s’intégrer au duo formé par Diane et Galène… Ce personnage est celui qui m’a le plus attendrie alors qu’objectivement, il fait partie des plus dangereux ! Un paradoxe qui le rend d’autant plus intéressant et qui prouve le talent de l’autrice pour créer et développer des protagonistes qui nous étonnent et entrent dans notre coeur même quand on ne s’y attend pas le moins du monde.

En plus d’être fascinant et intrigant, ce chasseur de primes permet à l’autrice de questionner la notion de véracité historique, et de rappeler à quel point il est aisé pour les gagnants de façonner l’Histoire à leur guise afin de manipuler ceux qui y croient, et ainsi assurer leurs intérêts et asseoir leur pouvoir. La chute de l’humanité est-elle vraiment une punition des dieux, ou la sanction divine n’est-elle pas une excuse pratique permettant à quelques-uns de dominer tout le monde ? Je vous laisserai découvrir la réponse à cette question, d’autant que l’autrice vous réserve quelques surprises, permettant de réaliser que les projets des uns ne sont pas forcément mieux que les projets des autres.

J’ai regretté quelques hasards forts commodes, mais pas complètement irréalistes, mais je reconnais m’être parfois laissé surprendre, et avoir apprécié la manière dont l’autrice mène d’une main de maître ses personnages vers leur destin. Un destin qui unit certains d’entre eux de manière surprenante et qui tire ses sources dans un passé réservant son lot de révélations. De fil en aiguille, les pièces du puzzle se mettent en place, nous offrant une vérité qui s’est longtemps dérobée à Diane et qui ne fera que renforcer sa détermination… Mais cela suffira-t-il face aux dangers qui la guettent, elle et ses amis ? Une question qui instaure une certaine tension et qui trouve sa réponse dans une fin donnant quelque peu envie de se jeter sur la suite. Sans être inutilement cruelle, l’autrice nous montre avec quelle facilité la réalité peut vite rattraper ses personnages, tous volontaires, mais tous soumis aux caprices d’une vie placée sous le sceau de la servitude et/ou de difficiles épreuves.

En conclusion posant les bases d’un univers intéressant et original, aux frontières de plusieurs genres et aux inspirations multiples, Le Corbeau blanc nous plonge dans une aventure emplie d’action, de rebondissements et de révélations. Une aventure qui laisse une belle place aux relations humaines qu’elles soient amicales, familiales et, dans une certaine mesure, amoureuses, tout en rappelant le poids du déterminisme social dans une société encore marquée par l’esclavagisme… De fil en aiguille, la richesse du roman nous saute aux yeux, Jo Collenn nous proposant un texte fluide et pourtant fort où est questionnée la notion de véracité historique, qui dépend bien plus des vainqueurs que des faits. Il est également question d’une idéologie humaniste dévoyée sur l’autel du fanatisme, d’une organisation mystérieuse dont on découvre les rouages, de secrets de famille jalousement gardés, de lourds sacrifices, d’amour contrarié mais dont on ne doute jamais de la puissance, d’amitié avec un grand A qui dépasse les frontières sociales, de magie… Un roman riche, mais accessible, rythmé et entraînant porté par une écriture fluide et immersive !

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24 réflexions sur “Démé-Ter, Les trois couronnes (tome 1) : Le Corbeau blanc, Jo Colleen

  1. Ça doit être très surprenant tout ce mélange des genres qu’on ne pense à mettre ensemble au premier abord.
    Les thématiques ont l’air riche aussi et portés par une belle plume. C’est attirant !
    Ça fait du bien de voir la mythologie revenir en force dans les histoires ces derniers temps 😁

    Aimé par 1 personne

  2. J’ai commencé ta chronique en me disant que le mélange des genres (far west, post-apocalyptique,…) était super intéressant, et puis ton passage juste après sur l’esclavage et les combats d’arène m’ont refroidie d’une traite aussi. Heureusement le portrait que tu fais de Diane et celui du chasseur de primes montrent bien que ce livre à plein de belles choses à offrir, avec un univers riche. Merci pour cette belle idée lecture ! 🙂

    Aimé par 1 personne

    • Les passages dans l’arène sont durs mais je les ai trouvés très intéressants pour montrer la cruauté de ce monde qui heureusement a des pointes de lumière 🙂 J’ai apprécié Diane mais j’ai encore plus aimé le chasseur de primes que j’espère encore plus voir dans la suite. Avec plaisir !

      Aimé par 1 personne

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