Autopsie, tome 1 : Whitechapel, Kerri Maniscalco

Couverture Autopsie, tome 1 : Whitechapel

Je vous propose aujourd’hui une chronique qui dort dans mes brouillons depuis plusieurs mois, celle d’Autopsie : Whitechapel de Kerri Maniscalco.

Audrey-Rose a toujours vécu dans l’opulence et le bonheur jusqu’à la mort de sa mère. Depuis, malgré la compagnie de sa tante et ses robes en soie, la jeune fille mène une vie secrète. Contre l’avis de son père et les attentes de la haute société, Audrey-Rose passe beaucoup de temps dans le laboratoire de son oncle pour étudier la médecine légale, en compagnie de Thomas, un apprenti charmant, intelligent mais méprisant. Elle passe ainsi ses après-midi à disséquer et à lire à travers les corps humains. Mais une série de meurtres perpétrés par un certain Jack l’Éventreur à Whitechapel vont l’accaparer. Chaque corps est mutilé et les crimes sont de plus en plus horribles. Audrey-Rose et Thomas vont enquêter afin de découvrir le meurtrier qui semble graviter autour de la famille de la jeune femme. Est-ce son père, dont l’absence coïncide avec l’arrêt des meurtres ? Son oncle, dont les connaissances en anatomie pourraient être celles du meurtrier ? Le commissaire Blackburn qui la tient à l’oeil ? Ou encore Thomas qui, sous ses airs de jeune arrogant, semble cacher beaucoup de choses?… À travers les descriptions d’autopsies, et de nombreux rebondissements, l’auteur nous plonge avec horreur et élégance dans les bas-fonds londoniens du XIXe siècle et de la science médicolégale.

Éditions Milan (18 janvier 2017) – 296 pages – 15.90€

Je suis frustrée, frustrée parce que les éditions Milan n’ont pas publié la suite de cette série dont j’ai dévoré et adoré le premier tome. Pouvant lire en anglais, sans être bilingue, je poursuivrai donc la série dans cette langue, mais je croise les doigts pour qu’un éditeur français, quel qu’il soit, reprenne la série avec peut-être des couvertures plus proches de l’édition originale.

Autopsie, c’est un savant mélange entre enquête et romance dans un cadre victorien, et c’est terriblement addictif. J’ai d’ailleurs lu le roman en une soirée complètement happée par l’intrigue. Il faut dire que si on me parle de Jack L’Éventreur, je réponds présente… L’ombre de ce célèbre tueur en série, dont l’autrice a repris les crimes en y ajoutant son empreinte, plane dans ce roman et dans la vie d’Audrey-Rose. Âgée de 17 ans, cette jeune fille de bonne famille est en avance sur son temps et c’est un euphémisme ! Alors qu’elle devrait chercher un époux et se perfectionner dans l’art des bonnes manières, elle préfère étudier la médecine légale et pratiquer des autopsies dans le laboratoire de son oncle.

Des passe-temps originaux, même pour une personne de notre époque, qui se révèlent carrément inconvenants en cette fin de 19e siècle. D’ailleurs, Audrey-Rose doit cacher ses activités à son père, un père au comportement étrange qui semble obnubilé par les microbes… Pour garder son secret, la jeune femme pourra heureusement compter sur son frère, dont elle est très proche, en plus de la complaisance de son oncle qui, s’il se refuse à parler prostitution devant elle, ne voit aucun inconvénient à la laisser autopsier des corps plus ou moins frais. L’ouverture d’esprit a ses limites.

J’ai apprécié cet oncle, à la fois progressiste et conservateur sur certains sujets, mais j’ai surtout adoré Audrey-Rose et sa personnalité. Intelligente, courageuse, têtue quand c’est nécessaire, et débrouillarde, elle est époustouflante sans être parfaite. Ainsi, il pourra lui arriver de vaciller devant les carnages commis par Jack L’Éventreur ; un tueur en série dont elle s’évertue à découvrir l’identité en se mettant parfois dans des situations délicates. Cette enquête va la pousser dans ses retranchements et la conduire vers des directions qu’elle n’aurait jamais soupçonné d’emprunter… Habituée aux romans policiers et aux thrillers, j’ai trouvé l’identité du tueur bien avant la fin, mais cela ne m’a pas dérangée, bien au contraire.

Dès le début, l’autrice m’a prise dans ses filets en proposant une enquête passionnante qui tient en haleine les lecteurs, et qui semble monter d’un cran dans l’horreur à chaque crime. Page après page, il apparaît de plus en plus urgent d’arrêter ce tueur sanguinaire qu’Audrey-Rose tente de débusquer avec l’aide, entre autres, de Thomas. Issu d’une bonne famille, ce jeune homme est l’atout charme du roman ! Aussi séduisant qu’arrogant, il aura la fâcheuse tendance à briller par son intelligence froide et analytique, en même temps qu’agacer Audrey-Rose par son assurance à toute épreuve.

Attiré par cette jeune femme si différente des autres, Thomas se plaira à tenter de la séduire à la moindre occasion. Mais sous son ton badin, on sent très vite des sentiments plus profonds, et un personnage plus complexe qu’il n’y paraît. Thomas est, dans ce premier tome, la seule personne qui semble vraiment accepter et soutenir Audrey-Rose telle qu’elle l’est. Il ne tente pas de la garder sous cloche comme son père, et l’encourage même dans la voie qu’elle a choisie, tout en essayant d’être à ses côtés pour la protéger, car personne ne peut faire face seul à Jack L’Éventreur.

J’ai été captivée par la relation qui se noue entre ces deux fortes têtes et leurs échanges piquants, Audrey-Rose n’étant pas du genre à avoir la langue dans sa poche. Si j’ai aimé toute la partie enquête, c’est aussi par la manière dont elle permet de favoriser les rencontres entre ces deux personnages hauts en couleur, dont j’ai apprécié et guetté absolument toutes les interactions. Mais je vous rassure, leur relation ne prend pas le pas sur l’intrigue, elle lui apporte juste ce supplément d’humanité qui rend supportable certaines scènes peu ragoûtantes.

Quant à l’écriture de l’autrice, elle m’a complètement convaincue. Son art des dialogues et de la mise en scène, ainsi que sa capacité à faire monter la pression à mesure que les pages se tournent, rendent la lecture aussi fluide qu’addictive !

En conclusion, Autopsie : Whitechapel est un roman magistral que je n’ai pas pu quitter avant d’avoir tourné la dernière page. Les amateurs de livres mettant en scène Jack L’Éventreur devraient apprécier la manière dont Kerri Maniscalco s’est appuyée sur ses crimes pour nous proposer une enquête passionnante menée par une héroïne qui ne l’est pas moins. En avance sur son temps, Audrey-Rose nous épate tout au long du roman par sa volonté de fer, son intelligence, sa pugnacité et sa capacité à faire face à l’indicible avec aplomb ! Entre un tueur en série qui terrorise Londres, une héroïne qui revendique une place dans une société victorienne étouffante et traditionaliste, du suspense, une tension qui va crescendo, et une relation pleine de piquant et de verve entre deux fortes têtes, vous ne devriez pas voir le temps passer. Un roman parfait pour les lecteurs appréciant les récits mêlant enquête, rebondissements et sentiments !

39 réflexions sur “Autopsie, tome 1 : Whitechapel, Kerri Maniscalco

  1. Je l’ai lu il y a longtemps. J’avais vraiment bien aimé l’enquête car, comme toi, je suis curieuse de tout ce qui touche à Jack l’éventreur, mais j’avais été moins séduite par la romance. Cela reste un bon souvenir littéraire et je suis contente d’en voir une chronique 🙂

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  2. Complètement d’accord avec toi ☺️ j’aime beaucoup Audrey-Rose et Thomas ainsi que leur relation qui commence dans ce tome ☺️
    L’ambiance fait frissonner et l’enquête (même si on peut deviner rapidement le coupable) est vraiment top! Je me demande ce que tu penseras du tome 3!

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  3. Voilà ! Je suis complètement séduite par ta chronique et j’ai une envie irrépressible de commencer ce premier tome ! C’est rare quand ça m’arrive de vouloir à ce point tout de suite un livre. Je vais de ce pas voir si je le trouve ! En plus, j’adore l’époque et l’ambiance. Ca me rappelle une série que j’avais vu sur Netflix, avec Sean Bean, qui se passait, je pense, à la même période en Angleterre. Je ne voudrais pas dire de bêtises, mais je crois qu’elle s’appelait Whitechapel.

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    • Je croise très fortement les doigts pour que tu puisses rapidement laisser libre court à ton envie et suis sincèrement ravie de t’avoir tentée, ce roman m’ayant complètement emportée !
      L’époque est fascinante et l’ambiance finement retranscrite… Je ne pense pas avoir vu la série, mais c’est une piste que j’explorerais volontiers.
      J’ai, dans tous les cas, hâte de lire tes impressions sur ce roman que je regrette de ne pas avoir lu avant.

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  4. Je suis surprise de la différence entre les deux couvertures, elles ne donnent pas du tout le même effet. Mais j’aime bien la version française aussi malgré tout. Dommage c’est vrai de ne pas proposer de suite en VF. J’aime beaucoup déjà Audrey-Rose qui semble en effet en avance sur son temps en se passionnant pour ce domaine particulier. L’histoire de Jack l’éventreur me plairait bien, mais si les autres tomes ne sont pas traduits, ça me freine assez du coup. A voir pour plus tard si jamais une traduction est proposé 🙂

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    • C’est vrai que les deux couvertures ne traduisent pas du tout la même atmosphère… Je n’aime pas trop la version française parce qu’on a l’impression qu’Audrey-Rose est en position de victime alors que dans le roman, elle est bien plus que cela. Mais si ça se trouve, ce n’est même pas l’héroïne qui est représentée 🙂
      Je comprends tout à fait. Rien de plus désagréable de commencer une série, de vraiment accrocher avant d’apprendre que la suite n’est pas traduite. C’est pour cela que je l’ai mentionné…

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      • Tu as bien fait de le mentionner, merci 😊
        Comme toi, j’aurais tendance à penser que le personnage féminin représente l’héroïne du coup, alors que ça se trouve, tu as raison, ce n’est peut être même pas elle. Mais l’ambiance qui se dégage de la couverture est très différente vraiment, plus sombre, plus triste aussi je trouve. 🤭

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