Qui a tué Rose ? de Claire Allan

Couverture Qui a tué Rose ?

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé Qui a tué Rose ? de Claire Allan en échange de mon avis.

Quand Emily sort du centre commercial ce jour-là, elle assiste, impuissante, à un accident : une femme est renversée par un automobiliste qui prend la fuite.
Très vite, la presse locale relaie les détails du drame : la victime s’appelait Rose. Mère d’un petit garçon et épouse du célèbre écrivain Cian Grahame, elle travaillait comme assistante dans un cabinet dentaire.
En effectuant des recherches sur les réseaux sociaux, Emily se met à envier la vie si parfaite de Rose, elle qui enchaîne les échecs, tant professionnels que sentimentaux.
Mais, à présent, « la place est libre ». Emily réussit à obtenir le poste qu’occupait Rose et à se rapprocher de son ex-époux. Mais, sous le vernis des apparences, la réalité est parfois moins reluisante… voire dangereuse.

L’Archipel (21 avril 2022) – 377 pages – 22€
Traduction : Nicolas Porret-Blanc

AVIS

Ayant apprécié Ne la quitte pas du regard de l’autrice, j’étais curieuse de découvrir son nouveau roman. Et je dois dire que je me suis complètement laissé emporter par ce thriller percutant contenant sa part de faux-semblants et de mensonges.

Dès le début, Claire Allan frappe fort avec la mort d’une jeune femme renversée par un automobiliste sous les yeux d’Emily. Un accident qui aurait eu de quoi traumatiser n’importe quel esprit mais qui prend une tout autre dimension pour Emily, une personne que l’on sent fragile psychologiquement. Il faut dire que sa vie n’est guère épanouissante : son travail est purement alimentaire, elle n’a presque pas de contact avec sa famille, sa seule amie est occupée et habite loin… Et puis, elle reste très affectée par sa relation avec son ex-petit ami violent dont elle a encore très peur, sans oublier sa tendance à noyer ses soucis dans l’alcool.

Se sentant coupable, car Emily pense que c’est elle qui aurait dû mourir dans cet accident, elle développe une sorte d’obsession pour Rose, cherchant à tout connaître de sa vie. Elle passera ainsi beaucoup de temps sur la page Facebook de la défunte où son époux éploré lui laisse des messages emplis d’amour et de désespoir. Mais ces bribes d’informations glanées ici et là ne lui suffisent plus, et Emily se met à fantasmer sur la vie de Rose, son exact opposé : elle est esseulée, isolée et nouvellement au chômage ; Rose était belle, aimée, choyée, avait un métier qui lui plaisait et un adorable bambin, Jack.

L’obsession se transforme alors en envie, voire en une certaine forme de jalousie… Prête à commencer une nouvelle vie, une vie qui ressemble à celle de Rose si possible, Emily s’arrange pour obtenir son ancien poste dans un cabinet dentaire, en cachant à ses employeurs sa présence sur les lieux de l’accident. Volontaire, professionnelle, gentille, attentionnée et à l’écoute, Emily va vite se faire une place au sein de ce cabinet, même si ses nouveaux collègues semblent encore très affectés par la mort de Rose qu’ils adoraient tous, et qu’ils considéraient un peu comme le coeur du cabinet.

Il y a quelque chose de fondamentalement dérangeant et malsain dans la manière dont Emily tente de s’approprier la vie de Rose. En plus de prendre sa place au travail, elle essaiera même de se rapprocher de son mari, un célèbre écrivain dont elle tombe très vite amoureuse. Mais Emily va petit à petit découvrir que tout ce qui brille n’est pas d’or, et que même la plus heureuse des femmes sur les réseaux sociaux peut vivre des choses difficiles et cacher bien des souffrances. Alternant entre les points de vue de Rose, que l’on découvre à travers un carnet, et d’Emily, l’autrice nous dévoile au fil des pages les dessous de la vie de Rose. Des dessous bien moins lisses et parfaits que sa vie virtuelle ne le laissait présager.

Très vite, on comprend que le mari de Rose, Cian, était loin d’être le mari parfait dont il donne l’image, mais ce qu’on ignore, c’est son degré de monstruosité. Cet homme violent, manipulateur et dominateur, est-il responsable de la mort de Rose ? A-t-il commandité son assassinat ? Ou, comme le craint Emily, c’est Ben son ex-petit ami à elle qui, cinq ans après leur rupture, décide de prendre sa revanche sur elle ? Une peur qui vire à la paranoïa, mais que l’on comprend aisément au regard de ce que Ben lui a fait subir par le passé… J’ai d’ailleurs été révoltée par le manque de soutien de la famille d’Emily qui a préféré croire son bourreau plutôt qu’elle.

J’ai apprécié le suspense entourant la mort de Rose, d’autant que l’enquête de la police laisse entrevoir des zones d’ombre et des interrogations sur son prétendu meurtrier. Au passage, l’autrice fait une critique acérée et plutôt juste des médias et de leurs dérives. Mais ce que j’ai préféré, c’est tout le travail réalisé autour de la psychologie d’Emily, de ses failles et de ses faiblesses que Cian prend un malin plaisir à exploiter. Ainsi, quand elle voit en lui le prince charmant, le lecteur se le représente en dangereux prédateur au visage d’ange.

Bien sûr, le comportement d’Emily est tordu et malsain, mais l’autrice réussit le tour de force de rendre son héroïne touchante et émouvante. Plus on apprend à la connaître, plus on réalise le degré de solitude de cette jeune femme qui, comme Rose, a vécu sous l’emprise d’un homme violent. On pourrait penser qu’inconsciemment, elle recherche ce même genre de relation destructrice, mais on réalise que n’importe qui aurait pu tomber entre les filets de Cian, un as de la manipulation aussi beau que dangereux. Il faut dire qu’à première vue, cet homme a tout de l’homme idéal : beau, gentil, amoureux, sincère, doux, protecteur avec son fils, attentionné…

La tension s’intensifie à mesure que l’on tourne les pages, notamment grâce aux mensonges d’Emily qui risquent de lui exploser à la figure à chaque instant, et à la personnalité de Cian qui se précise et nous permet de réaliser la perversité du personnage… Mais le doute persiste malgré tout : est-il vraiment capable de meurtre ? J’ai aimé cette impression d’avancer sous un ciel orageux, et de voir progressivement les pièces du puzzle se (re)mettre en place jusqu’à dévoiler une vérité que je n’avais pas anticipée ! C’est toujours agréable d’avoir l’impression qu’une autrice a su faire simple, tout en faisant assez complexe pour conclure son récit sur une évidence à côté de laquelle on est pourtant passé.

Au-delà de l’aspect thriller parfaitement maîtrisé, Claire Allan aborde différentes thématiques comme les dangers des réseaux sociaux qui sont loin d’être le reflet de la réalité et qui peuvent cacher bien des souffrances. Mais l’autrice évoque également la dépendance affective et la difficulté de se sortir d’une situation de violence conjugale quand la parole des victimes est toujours remise en cause et/ou que la victime est trop isolée et détruite pour être capable de se sortir de l’emprise de son bourreau, du moins sans aide… Cette thématique des violences conjugales est de plus en plus abordée dans les thrillers, et je trouve cela très bien parce que dans la réalité, un gros travail de sensibilisation et de protection reste à faire.

En conclusion, alternant entre la vie de deux femmes que tout oppose, mais qui ont peut-être plus en commun qu’on pourrait le croire, l’autrice, d’une plume vive et fluide, nous plonge dans un thriller psychologique efficace dont la révélation finale m’a surprise, tout en s’imposant à moi comme une évidence. Si vous aimez les histoires emplies de suspense et de tension, qui jouent avec brio sur les mensonges, les apparences et les faux-semblants, les héroïnes au comportement parfois contestable, mais possédant cette fragilité qui les rend attachantes, et les révélations inattendues, Qui a tué Rose est fait pour vous !

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