Javert – L’homme sous l’uniforme, Pierre Sarrasin

Javert : L'homme sous l'uniforme par Sarrasin

Je remercie Kobo de m’avoir envoyé Javert : L’homme sous l’uniforme de Pierre Sarrasin en échange de mon avis.

Javert est le personnage maudit du plus sublime et fameux roman de Victor Hugo, Les Misérables. Le visage toujours à moitié dissimulé sous son chapeau haut-de-forme et le col de son long pardessus noir, Javert semble inaccessible au commun des mortels.
Mais sous ses abords rugueux et sa dureté apparente, qui est-il réellement ? Dans un XIXe siècle où règnent encore la misère et le crime, plongez dans l’enfance de Javert, laissez vous happer par ses premiers émois de jeune homme et découvrez enfin que sous l’uniforme de l’énigmatique policier, se cache un cœur qui ne demande qu’à battre la chamade

AVIS

Je ne connais que les grandes lignes des Misérables de Victor Hugo et ses protagonistes les plus emblématiques, mais j’ai apprécié la manière dont l’auteur s’est inspiré de ces derniers pour créer sa propre œuvre de fiction.

J’ai commencé ma lecture sans trop savoir à quoi m’attendre, mais dès les premières lignes, j’ai su que j’allais passer un bon moment avec ce roman, ayant trouvé dans le style de l’auteur cette élégance raffinée des auteurs classiques, l’accessibilité en plus. Ainsi, si les mots sont choisis avec attention et le phrasé soigné, la lecture est abordable en plus d’être agréable. Vous aurez donc compris que j’ai fortement apprécié la plume de Pierre Sarrasin dont la finesse offre un savoureux décalage avec le personnage principal, Javert.

Froid, implacable, rigoureux et obsédé par le respect de la hiérarchie, de la loi et de l’autorité, ce policier est difficilement appréciable, d’autant qu’il n’hésite pas à empoigner fermement et à emprisonner des enfants quand il l’estime nécessaire. Et pourtant, on se surprend à le suivre avec une certaine compréhension ou, du moins, le cœur assez ouvert pour comprendre ce qui l’a rendu comme ça. De fil en aiguille, l’auteur déroule avec pudeur l’enfance de Javert au bagne, les années auprès de prisonniers devenus sa famille, son rôle de gardien le faisant passer de l’autre côté, puis son affectation dans le village de Montfermeil. Une affectation qui n’est pas le fruit du hasard, Javert étant à la recherche d’un fuyard dont je vous laisserai le plaisir de découvrir l’identité…

Il était venu trouver une figure de son passé, il va tomber sur une femme qui pourrait être son avenir, à moins que les facéties du destin ne se jouent de lui et de sentiments qu’il n’aurait jamais pensé éprouver. Difficile de qualifier ce livre de roman d’amour ou de romance, et pourtant, des sentiments vont émerger. Des sentiments doux-amers qui vont conduire notre policier sur une route plus proche de la décadence que de l’insouciance, le rendant plus touchant et humain que jamais. Car oui, Javert semble posséder un cœur et, chose peut-être encore plus étonnante pour lui que pour nous, un cœur qui peut battre la chamade devant les beaux yeux d’une certaine femme. Une femme qui n’hésite pas à lui tenir tête quand personne ne l’ose vraiment, du moins pas directement…

J’ai beaucoup aimé la partie se déroulant dans le village avec un maire fourbe, magouilleur et manipulateur qui essaie tant bien que mal d’endormir la méfiance d’un Javert qui, de toute manière, ne voit rien. Il faut dire que pour lui autorité est synonyme de probité ! J’ai aussi apprécié l’amour de Javert pour son chien, seul ami qui lui reste vraiment et qui lui sert autant de compagnon de vie que de coéquipier. Me sentant bien dans ce village où notre policier commence à prendre ses marques, j’ai été surprise et déstabilisée par la coupure abrupte qui nous plonge quinze ans plus tard, en plein Paris où Javert est plus dur et intransigeant que jamais.

Des qualités qui lui permettent de briller dans sa fonction de policier. Peut-être un peu trop d’ailleurs, un préfet voyant en lui un concurrent sur la scène politique, ce qui ne l’empêche pas de s’approprier les victoires de son subordonné. Il est assez frustrant de constater l’incapacité de Javert à anticiper les coups bas, même si de toute manière, cela ne semble pas l’intéresser outre mesure…. Il est trop occupé à travailler sans relâche, prenant parfois des risques inconsidérés, pour oublier et ne pas ressentir la détresse de son cœur.

Au fil de ma lecture, je n’ai pu m’empêcher de m’interroger sur les raisons l’ayant conduit à reprendre ses travers et à les amplifier. Qu’est-il arrivé après l’événement ayant frappé le camp de bohémiens à Montfermeil ? Qu’est devenue la femme qui a su toucher son cœur, peut-être pas aussi impénétrable qu’il le pensait ? Des questions qui n’obtiendront pas toutes une réponse, même si Javert semble finalement obtenir la vérité qui lui importe. Il aurait d’ailleurs été fort aimable de sa part de la partager… J’ai donc été frustrée par la fin sans que cela ne nuise à mon ressenti général sur un roman que j’ai trouvé original dans une construction en deux actes, presque théâtrale.

Si j’ai préféré l’aspect plus sentimental de la première partie, bien que sentimental ne traduise pas vraiment la personnalité de Javert, toute la partie de déroulant à Paris se révèle intéressante par le contexte historique du XIXe siècle qu’elle dépeint, avec, entre autres, de jeunes révolutionnaires qui se réunissent afin de renverser le pouvoir en place. Il sera aussi question de banditisme, d’ambition politique, d’enquête dans les bas-fonds de Paris, d’espionnage, et même brièvement de féminisme à travers une jeune femme qui n’a pas envie de jouer les plantes vertes. Une femme qui fera d’ailleurs le lien entre le présent et le passé de Javert, et qui réveillera un cœur et des émotions mis sous cage depuis de trop nombreuses années… Le policier nous dévoilera alors cette parcelle d’humanité, qui fait que s’il est impossible de profondément l’aimer, il l’est tout autant de réellement le détester !

En conclusion, prenant le pari audacieux et risqué de s’inspirer de personnages emblématiques de Victor Hugo, Pierre Sarrasin nous propose, d’une plume fluide et raffinée, un roman difficilement classable. Un roman qui se démarque par sa construction en deux temps, et un protagoniste dont la rigueur et l’intransigeance ne sauraient complètement masquer une part d’humanité (r)éveillée par le charme d’une rencontre. À la croisée des genres, Javert : l’Homme sous l’uniforme nous offre le portrait d’un homme que tout le monde pense connaître, mais que personne ne comprend vraiment. Du moins, pas avant d’avoir lu l’histoire de l’homme derrière le policier et de s’être plongé dans les secrets d’un cœur cadenassé, mais prêt à vibrer..

29 réflexions sur “Javert – L’homme sous l’uniforme, Pierre Sarrasin

  1. J’ai toujours aimé les oeuvres permettant de revenir sur des titres cultes en exploitant par exemple un personnage secondaire. Je trouve cela tellement enrichissant.
    Merci pour la découverte. Je ne suis pas sûre de me diriger vers celui-ci car je ne suis pas une fan des Misérables et je n’ai pas forcément envie de retrouver l’univers, mais c’est chouette pour les amateurs du titre ^^

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    • Je trouve aussi le principe intéressant 🙂
      Ne connaissant pas en profondeur l’univers des Misérables, je m’avance peut-être, mais j’ai l’impression que l’auteur fait bien plus un focus sur les personnages que l’univers. J’aurais d’ailleurs tendance à penser que le livre ne s’adresse pas vraiment aux grands amateurs de l’œuvre originelle..

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    • L’histoire m’a vraiment intéressée mais c’est tellement subjective que je crois que la seule solution est peut-être un jour de te lancer 🙂 Mais si tu aimes la période, ça pourrait clairement te plaire, d’autant que je pense que tu pourrais être sensible à la plume de l’auteur.

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  2. Je vais passer mon tour pour celui-ci, ce n’est pas un concept qui me parle. Je préfère une réécriture de l’ensemble d’une oeuvre plutôt que juste reprendre un perso de « méchant » pour expliquer comment il est devenu le perso qu’on connaît.
    Je relirais bien Les Misérables, par contre 🙂

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    • Il faudrait un jour que je prenne le temps de lire ce monument de la littérature française…
      Je t’avoue que je n’aurai pas signé pour une réécriture d’ensemble, parce que c’est vraiment le côté simple et accessible que j’ai apprécié ici 🙂

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      • Je l’ai lu quand j’avais 11 ou 12 ans, alors autant dire qu’une relecture m’apporterait vraiment un point de vue différent! J’en garde un souvenir assez précis, ceci dit, peut-être parce que j’ai vu plusieurs adaptations.
        Je comprends parfaitement pourquoi ce genre de réécriture peut plaire et même ça peut être un bon moyen de permettre un premier contact avec un classique , surtout si on a des appréhensions pour s’y lancer 😉

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